Le plaisir de revoir “Twin Peaks”
Plaisirs des retrouvailles…
On commémore, ces jours, les dix ans de la télé-réalité, versant devenu sordide, associés à l’apparition de « Loft story » ou les vingt ans de l’irruption d’un ovni dans l’audiovisuel, « Twin peaks ». Qui veut du pipolle se souviendra de Loana au bain : je passe ! Combien plus important pour son esprit de créativité, ce « Twin peaks », ( en reprise sur ARTE les mardis en fin de premier rideau jusqu’en juin), source de plaisir, comme le sont aussi les « Maupassant » ( retour de la 3ème saison sur France 2 quelques mercredis durant) et la présence même trop tardive de la fascinante et étrange équipe enfumée dans les années soixante du « Mad men » ( TSR1, dimanches fort tard le soir, mais heureusement disponible sur le web durant sept jours).
Mais qui a tiré sur JR ?
Qui rappelle que David Lynch et Mark Frost transcendent le côté soap-opéra de « Dallas » a raison, même si ce n’est pas immédiat. Une ville américaine, avec son côté propret, ripoliné, mais bien vite derrière les apparences, de sombres histoires, des comportements sordides, sous de grands chapeaux de gardiens de vache. Mais qui a tué Laura Palmer ? n’est pas la première question ainsi formulée. Elle est bien proche du « Qui a tiré sur JR ? » du « Dallas » des années 80 ( lequel JR reviendra, par la vertu des scénaristes qui ne craignent surtout rien. Ce « Dallas » n’était même pas un hasard. Cinquante ans plus tard, une question n’a toujours pas trouvé de réponse, qui a tué John Kennedy, à Dallas, en 1962 ?. On se retrouve ainsi dans l’histoire récente. Et on aperçoit en Laura au bord de l’eau la lointaine Ophélie noyée d’un Hamlet de Shakespeare.
Harry S Truman
Tel était le nom du 33ème président des USA qui succéda en 1945 à Roosevelt. Donner ce nom au shérif de Twin Peaks, le « S » y compris, n’est ni un hasard, ni même un gag. On sent tout de même, sourire en coin, une volonté d’humour à travers cette allusion au super shérif qu’est tout président des USA « Twin peaks » a donc plusieurs raisons d’être bien enraciné dans son passé.
Tous coupables

Retour brutal au présent. Laura est bien morte, corps bientôt autopsié, apportant de bien bizarres informations. Sa meilleure amie surgit, blessée, sur un pont de métal.
Cooper qui aime tant les tartes, s’inspire de la spiritualité du Tibet, ne croit qu’à la force de son intuition, dicte des rapports secs à sa secrétaire lointaine, va vite sentir que le vrai coupable, c’est peut-être n’importe lequel parmi la cinquantaine de personnages. On apprendra peu à peu que Laura Palmer se droguait, trafiquait, avait un comportement sexuel assez trouble. Tous coupables, criera un proche de Laura, mais pas du meurtre d’une innocente. N’importe lequel de ceux qui assistent à l’enterrement de Laura aurait pu tuer Laura Palmer pour une bonne raison.
Les descendants
Même au niveau anecdotique, on peut diriger l’attention vers ce qui sera la descendance de cette formidable aventure d’énergie créatrice audiovisuelle que fut « TwinPeaks », l’équivalent en temps et en inventivité de quinze longs-métrages de cinéma. La série donna la preuve que « la télé peut voir grand », selon cette heureuse formule due à Guy Astic ( cité sur l’excellent site consacré par Arte à « Twin Peaks » )

Kyle MacLachan, l’agent Cooper, qui sera plus tard donc le mari de Bree, avec le shérif Harry S Truman
La petite historie veut qu’une première version de «Desperate housewives » ait été proche dans son esprit de « Twin pekas », Wisteria Lane regroupant sur son espace réduit tous les plus habitants observés dans la ville de cinquante mille habitants de Lynch. Pour Guy Astic, les épisodes nos 1, 3, 9,10, 15 et 30 sont plus importants que les autres pour avoir été réalisés par Lynch lui-même. Il a peut-être raison, mais j’avoue n’être pas encore assez imprégné par la série pour m’en rendre compte. On peut toutefois relever un élément anecdotique : l’acteur qui joue Orson Hodge, au passé à tout le moins trouble et que Bree, veuve Van de Kamp née Massib épouse n’est autre que Kyle MacLachlan, l’étrange enquêteur de « Twin Peaks ». Vraiment un hasard ?
Un récit « épican »…
*Twin peaks » est aussi un spectacle dit « epican »,néologisme formé pour exprimer le plaisir pris dans un groupe où l’on raconte des bribes de film en commençant par « et puis quand », quand … elle fait parler sa buche, quand Cooper savoure sa tarte, quand le psy se rend seul au cimetière, quand Audrey salue le colonel Cooper, quand l’agent intuitif du FBI l’invite à sa table, amorce d’une longue suite à tirer de chaque épisode de « Twin peaks ».
Le plaisir en conclusion
« Twin peaks », tout simplement, c’est un immense cinéaste, Lynch, un grand scénariste, Frost, qui ont su admirablement su pimenter leur récit de poésie, de surréalisme, d’absurdité, de suspens, d’émotion, d’humour. Et vingt ans plus tard, tout reste bien en place, moderne, pour notre plus grand plaisir…



