Qui est l’auteur d’une série ?

L’illustration ? Juste en passant, un salut à « Plus belle la vie », puis l’occasion d’attirer l’attention sur une série danoise inédite, proposée par la RTS durant cinq semaines (  dès le mercredi  25 septembre à une heure agréable, 21h15), « Traque en série » et rappeler que « Borgen », autre danoise, s’arrête à la fin de la  troisième saison ( vendredi 27 septembre dès 22h55). « Traque en série », avec cadavres, en premier rideau ! « Borgen » , sans cadavres, entre 23h00 et 01h00. Mystère de la programmation romande ?  (fyly –  25.09.13 à 16h15)

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A qui attribuer la responsabilité de la démarche créatrice à la base de toute œuvre audiovisuelle de fiction ? Peut-on appliquer la « politique des auteurs » si efficace pour le cinéma, même si elle reste assez peu répandue ? Quelques réflexions amorcent une réponse.

« Sur », Par » ou « De » ?

veDans l’abondance de l’offre de la télévision, plus imposante que celle du cinéma, avec la multiplication des chaînes et des supports (téléviseur, internet, console, portable, DVD), comment faire pour choisir ? La télévision assure avec efficacité la promotion de ses programmes. Si l’on s’arrête un instant à l’audiovisuel de fiction, force est de reconnaître que constater que cette promo s’exprime fréquemment  « SUR » le sujet, assez souvent disant « PAR » quels acteurs les rôles sont tenus, plus rarement  « DE » qui attribue l’œuvre à un auteur.

La politique des auteurs

La notion d’auteur de films est devenue importante à partir de la moitié du siècle dernier sans parvenir à supplanter le genre et l’interprète. Les tenants de cette assez célèbre « politique des auteurs », souvent associée en francophonie aux « CAHIERS DU CINEMA » de la grande époque des années cinquante, avec les Bazin, Chabrol, Truffaut, Godard, Rohmer et bien d’autres restent pourtant aujourd’hui encore minoritaires.

Mais que faut-il pour qu’existe un film, notion qu’il faut remplacer par celle d’œuvre audiovisuelle, qu’il s’agisse de films ou de téléfilms, de fiction, de documentation, d’animation, de tous formats ? A la base économique, il y a la structure de production qui se charge du financement, de l’organisation de la fabrication et de la vente du produit fini aux multiples diffuseurs.

 

Laura Bach et Jacob Dedergren  Trauque en série

Laura Bach ( Katrine Ries Jansen, capitaine de police) et Jacob Dedergren (Thomas Schaeffer, psychiatre) dans
Traque en série, six fois deux épisodes de 45 minutes). Une nouvelle réussite danoise ? Probablement !

La création audiovisuelle en quatre étapes

Pour la création, il  faut franchir quatre  étapes

+ l’écriture du scénario et des dialogues qui tient de la littérature

+ la direction artistique qui assure la cohérence esthétique et tient des arts plastiques ( décors, couleurs, costumes, lumières )

+ la mise en scène qui se rattache au théâtre et repose sur les deux démarches qui précèdent pour diriger les acteurs et la caméra

+ les finitions, qui comprennent le montage, la sonorisation qui tient d’une sorte de musicalité qui ne se borne pas à la seule musique et la préparation des supports de diffusion

Le véritable auteur d’une œuvre audiovisuelle doit participer aux quatre étapes, mais la « politique des auteurs » n’a souvent retenu que l’étape de la mise en scène. Un film ou téléfilm d’une centaine de minutes est comparable à une nouvelle d’une centaine de pages.

"Plus belle la vie" : le 23 septembre, ce fut le numro 2328

« Plus belle la vie » : en septembre 2013, déjà plus de 23oo numéros de cet agréable « soap-opéra »

Les soap-opéras

Depuis bien des années, la télévision donne naissance à des séries que l’on nomme avec un peu de mépris « soap-opéras » qui reviennent chaque jour avec la régularité métronomique d’un téléjournal. Sur la seule RTS, actuellement, le 24 septembre 2013, « Plus belle la vie » en est à l’épisode 2330, « Top Models » arrive au 6534 et « Les feux de l’amour » suivent à 6224.

Jacob Cedergren /traque en série

Jacob Cedergren (Thomas Schaeffer) /Traque en série

Des unitaires aux récurrentes

Les séries qui en principe réapparaissent chaque semaine sont dans l’ensemble plus intéressantes. Elles sont de nature assez différentes. Les « unitaires » racontent une histoire différente à chaque mais avec des mêmes personnages qui restent semblables à eux-mêmes. Les récurrentes » proposent des récits qui progressent d’un épisode à l’autre avec plusieurs personnages dont le comportement se modifie.  On retrouve alors les qualités de la grande littérature épique, dans d’étonnantes sagas souvent familiales.  Entre deux se situent les « hybrides ».

Laura Bach

Laura Bach (Katrine Ries Jensen) / Traque en série.

 

La domination américaine

Les américains dominent largement le monde des séries depuis bien des années, mais dans nos régions occidentales, les anglais comme les français s’expriment parfois avec bonheur. Sur TSR, la programmation fait place aux heures dites de grande écoute, entre dix-huit et vingt-trois heures, à une majorité d’unitaires américains. Leur mérite tient à la fois à leur coût, cent francs la minute et à la force attractive qu’ils exercent sur le grand public. De nombreuses cases horaires sont occupées à moindres frais en maintenant les parts de marché annuelles à un bon niveau.

Programmation en duos

Légende Birgitte Nyborg (Sidse Babett Knudsen), Katrine Fønsmark (Birgitte Hjort Sørensen), Erik Hoffmann (Kristian Halken) et Nete Buch (Julie Agnete Vang Christensen). Crédit/Copyright : RTS/Mike Kollöffel Saison 3/ep2

Birgitte Nyborg (Sidse Babett Knudsen), Katrine Fønsmark (Birgitte Hjort Sørensen), Erik Hoffmann (Kristian Halken) et Nete Buch (Julie Agnete Vang Christensen).
Crédit/Copyright : RTS/Mike Kollöffel
Borgen, Saison 3/épisode 2

 

A l’origine, les séries sont faites pour être consommées une par une à intervalles réguliers. C’est ainsi que cela se passe au pays des séries triomphantes, aux USA, où la fidélisation est particulièrement soignée en fin d’un épisode par un point d’interrogation ?

Curieusement, dans l’Europe surtout francophone à laquelle nous nous référons, le mode de diffusion n’est pas le même. On y présente des duos le même jour ou même des triplets. Ces habitudes des chaînes généralistes commerciales ont débordé sur les chaînes généralistes de service public. La RTS ne fait que suivre ces habitudes parfois en présentant certaines séries doublées avant les chaînes françaises, en s’alignant sur FT1 et M6

On doit aussi remarquer que les séries récurrentes sont programmées à la RTS en milieu ou fin de premier rideau, parfois même en nocturne, alors que les unitaires occupent les heures de grande écoute. Les unitaires d’un abord facile feraient-elles de meilleures audiences que les récurrentes ou les hybrides ? Le critère de qualité n’est donc probablement pas pris en compte.

égende Birgitte Nyborg (Sidse Babett Knudsen) et Bent Sejrø (Lars Knutzon). Crédit/Copyright : RTS/Mike Kollöffel


Birgitte Nyborg (Sidse Babett Knudsen) et Bent Sejrø (Lars Knutzon).
Crédit/Copyright : RTS/Mike Kollöffel

 

Comment aborde les séries récurrentes ?

La politique des auteurs, culturellement solide, prend en  compte une notion de qualité qui n’est pas forcément confirmée par la quantité issue du box-office.  Comment adapter cette politique aux séries récurrentes ? Il faut d’abord apprendre à se poser les bonnes questions. On commence à en deviner quelques-unes. Il est certain que l’écriture est désormais primordiale : on commence à parler du « Showrunner», le patron d’une équipe de scénaristes et dialoguistes qui a une vue d’ensemble sur la série qui se décline parfois en plusieurs saisons. Mais l’habitué à la politique des auteurs dans le sillage des « Cahiers du Cinéma » et maintenant peut-être plus encore de « Positif » ne sait plus très bien décrire le rôle que joue le réalisateur et comment se déroulent les finitions avec l’étape pourtant essentielle du montage. Un nouvel apprentissage devient indispensable. Ces lignes amorcent une réflexion

2 réponses à to “Qui est l’auteur d’une série ?”

  • Aux trois étapes de la création audiovisuelle mentionnées par Freddy Landry, j’en ajouterais une quatrième, particulièrement importante dans le cas des séries : les choix de la direction artistique (production design). Il s’agit de toutes les décisions qui contribuent à donner une cohérence esthétique au projet, en fonction de son propos et de l’ambiance qu’il s’agit de créer (décors, couleurs, costumes, coiffures, photographie,…) De ce point de vue, « Real Humans » sur Arte était particulièrement réussie.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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