Un envahisseur à la RTS : Blocher

Un mini-dossier en quatre parties:

TABLE DES MATIERES

  1. Et encore Blocher ( 05.06.14 – 10:15)
  2. Et maintenant, « Pardonnez-moi » (01.06.14)
  3. « Infrarouge » pouvait faire mieux (04.06.14)
  4. Autour de Blocher le 28 mai (04.06.14)

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Mais d’abord une introduction : Emissons à ne pas manquer

+ Ce mercredi 5 juin, la troisième déclinaison de la prometteuse émission « Les coulisses de l’événement » intitulée « Le bal des menteurs ou la fin de secret bancaire » sur RTS 1 dès 20h15

Légende Reconstitution de la réunion secrète du 21 septembre 2008 au domicile de Phillipe Hildebrand, membre du directoire de la BNS. Crédit/Copyright : RTS/CAPTURE D'ECRAN Date de prise de vue : 13/05/2014

Reconstitution de la réunion secrète du 21 septembre 2008 au domicile de Phillipe Hildebrand, membre du directoire de la BNS.
Crédit/Copyright : RTS/CAPTURE D’ECRAN
Date de prise de vue : 13/05/2014

 

+ Jeudi 5 juin dès 20h50,les épisodes 7 et 8 de « Real Humans » ( saison 2) sur Arte

reals humans - saison 2 - Mimi,

La tension monte !

 

 + Lundi 9 juin, vers 22h00, les épisodes 3 et 4 d’une nouvelle série américaine haut de gamme, « True detective  » sur laquelle nous reviendrons.

Matthew McConaughey (Rust Cohle) dans "True detective", tenant son grand cahier de notes ( 3ème épisode - HBO/RTS)

Matthew McConaughey (Rust Cohle) dans « True detective », tenant son grand cahier de notes à l’entrée d’une église brûlée
( 2ème épisode – HBO/RTS)

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Et encore Blocher ! 

(05.06.14 – 10h00)

Mercredi 4 juin 2014, 20h15, troisième numéro de « Les coulisses de l’événement », intitulé « Le bal des menteurs, ou la fin du secret bancaire », une sorte de produit bi-national, du reste fort intéressant, fait d’apport de la SRF (Zürich) adapté à la sauce romande (RTS), à ne plus très bien savoir comment fonctionne la responsabilité éditoriale. Mais ceci est une question pour un autre texte.

On y entend des acteurs qui reconstituent des discussions. On y interroge de hauts fonctionnaires, des spécialistes de la finance, des membres du conseil fédéral, de rares banquiers et quelques politiciens. Côté socialiste, Hubacher et Levrat, une fois chacun. En face, un seul, deux fois au moins, l’incontournable Blocher. Sur le petit écran, ces derniers jours, la RTS tend vers « Télé-Blocher ».

Il y a quelque chose de beaucoup plus intéressant, par  hasard. Dans « Le Temps » de ce jour paraît en page 7 un long entretien d’Yves Petignat avec Helmut Hubacher qui vient d’écrire un « Hubachers Blocher » (Zytglogge Verlag).

La photo choisie par "Le Temps" - Courtemaîche, 3 juin 2014, pour illustrer le texte d'Yves Petitgnat. Une certaine ressemblance avec Blocher côté attitude de tribun ?

La photo d’Helmut Hubacher, choisie par « Le Temps » – Courtemaîche, 3 juin 2014, pour illustrer le texte d’Yves Petitgnat. Une certaine ressemblance avec Blocher côté attitude de tribun ? Voir image ci-dessous !

Dans le même numéro, Alexandre de Senarclens signe en page 11 un texte intitulé « Christoph Blocher, fossoyeur du modèle suisse ».

Deux textes intéressants, qui en disent beaucoup, et sereinement, sur Blocher : temps de lecture, aux environs de douze/treize minutes, stylo en mains pour souligner des parties importantes. Par exemple, dans l’entretien avec Helmut Hubacher, cette ouverture sur le pouvoir financier :

(..) On peut expliquer une partie (des succès de Blocher) par son argent. La NZZ a écrit qu’aux élections de 2007, l’UDC a pu investir 12 millions dans la campagne, soit au moins le double de ce qu’ont pu mettre ensemble les autres partis.

Blocher, au centre de deux interventions dans « Le Temps », à un niveau d’exigences qui sont celles de « *L’expérioence Blocher », le film de JSBron; Blocher, bien entendu, au centre de l’entretien conduit par Darius Rochebin dans « Pardonnez-moi ». Blocher, vraiment présent alors qu’il avait presque disparu du débat d’ « Infrarouge » qui dévia vers les « populismes » européens.

Deux conceptions de l’information !

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Et maintenant, « Pardonnez-moi

En suisse alémanique, une fois par semaine, Christoph Blocher s’exprime sur une chaîne privée, qui pourrait bien être la sienne, à tout le moins proche de lui. Ces derniers jours en tous cas, la RTS qui aura joué le rôle de « Tél-Blocher », avec deux présences sur son antenne. Le mercredi 28 mai 2014 dès 20h15 ce fut la projection de « L’expérience Blocher » de J.S.Bron, suivie d’un débat à « Infrarouge » (voir ci-dessous)

Dans « Pardonnez-moi », Darius Rochebin interroge M.Blocher sur l’herbe verte bien ordonnée de la terrasse de sa propriété dominant le lac de Zürich. L’ancien conseiller national, depuis le premier juin, est souriant et détendu. Assez simple sa vision capitaliste : un entrepreneur doit avoir de l’argent pour être bon entrepreneur. Mais, lui, Blocher, se prépare dès maintenant à dire EU(ro)-NON, quand dans deux ans le peuple sera appelé peut-être à voter sur les bilatérales. C’est leretour confirmé sur le « réduit national », dans des formes différentes de celles des années 39-45 et suivantes. Il se dit prêt à dépenser cinq millions!

Pas de cravate  mais le lac en contre-ba : manquent l'herbeet le contre-champ, celui qui écoute Blocher, Darius Rochebin

Pas de cravate mais le lac en contre-bas : manquent l’herbe et le contre-champ, celui qui écoute Blocher, Darius Rochebin

Paradoxe : Darius Rochebin aura conduit le tribun à parler assez longuement du film de Bron. Il a accepté d’être  l’acteur qui recommence d’entrer dans sa voiture. Mais le solitaire qu’il prétend être doit faire d’autres provocations encore. La RTS lui aura servi de tribune pendant trente minutes intéressantes et révélatrices sur l’avenir.

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 « Infrarouge » pouvait faire mieux !

Mercredi 28 mai 2014 : « Soirée spéciale Christophe Blocher », pendant près de 150 minutes ; excellent principe, mais rarement mis en œuvre. Dimanche 1 juin : Darius Rochebin interroge Christoph Blocher pour « Pardonnez-moi », pendant 30 minutes. Cela fait près de trois heures consacrées théoriquement à Blocher !

Au début de la soirée, Mme Mamarbachi affirme que la RTS a participé au financement du film de Bron pour permettre l’ouverture d’un débat sur Blocher. Cà, c’est un scoop : les « docs » dirigés par Irène Challand se mettent au service d’ « infrarouge ». !!!

Antoine Vitkine

Antoine Vitkine, journaliste et réalsateur

Pendant la soirée du 28 mai, aucune allusion n’est faite à « Pardonnez-moi » (sauf distraction de ma part). Un des invités Antoine Vitkine, journaliste et réalisateur, a signé un document intitulé « Populisme, l’Europe en danger ». Personne ne prit la peine de rappeler que ce document avait été présenté par la RTS le lundi 30 mars 2014 dans une case des « docs » et qu’il est possible de le visionner maintenant encore sur le site de la RTS. C’eut pourtant été un élément enrichissant pour la soirée thématique ! Mais il en va ainsi souvent à la RTS dans le cadre de la programmation : les baronnies sont indépendantes les unes des autres !

Une image de "Populisme : l'Europe en danger"

Une image de « Populisme : l’Europe en danger », le document d’Antoine Vitkine

 

A 23h00, quand l’audience baisse, au lieu de lancer une série américaine guère intéressante (« Touch »), pourquoi pas reprendre le document de Vitkine, en plein dans l’actualité du débat qui vient de se dérouler avec belle place aux populismes européens ?

Alors, imaginer une soirée thématique en deux parties, avec « L’expérience Blocher » d’une part, la reprise de « Citizen Kane » d’Orson Welles de l’autre pour comparer la solitude de deux hommes puissants, riches et dominateurs, tient plus de la provocation que de l’utopie.

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Autour de Blocher, le 28 mai 2014

Hier, les « Dossiers de l’écran »

La projection d’un film est souvent le prétexte à ouvrir un débat télévisé qui en oublie immédiatement son sujet. Ce principe est vieux comme la télévision. Ainsi faisait Armand Jammot dans « Les dossiers de l’écran » de l’ex-ORTF.

Mais certaines chaînes mirent à l’antenne des émissions sur le cinéma, consacrées à un film, parfois à ses qualités formelles parfois, à l’œuvre d’un auteur. Sur l’ancienne TSR, ce furent « Cinéma-Vif » remplacé par le « Spécial-cinéma » de Christian Defaye, Chaque film bénéficiait d’une introduction et était suivi d’un débat. L’émission a disparu depuis quelques années déjà : le lundi soir, « Box-Office » qui fait allusion au succès public, donc à l’audimate, prolonge le règne américain, sans introduction ni discussion.

Cette télévision «moderne » obéit au principe « La radio parle, la télévision montre ». « Infrarouge » n’est donc pas une émission où l’on parle : c’est un spectacle où l’on se prend de bec sans écouter l’autre ! C’est parfois aussi un retour aux bons vieux « Dossiers de l’écran », comme ce 28 mai 2014, avec introduction en compagnie du réalisateur Jean-Stéphane Bron, projection de « L’expérience Blocher », suivi d’un débat, le tout plus de cent cinquante minutes. C’est ce dernier qui retient notre attention.

L’échec relatif de « L’expérience Blocher » en salles

Au début de la discussion, on aura pendant moins de dix minutes parlé du film. On apprit, entre autres, que MM.Chérix et Göppel venaient de voir le film récemment. Le jour même ou le précédent. Le public ne s’est pas précipité, l’automne dernier, pour voir « L’expérience Blocher » sur grand écran (huit mille romands, sept mille alémaniques !). On aurait pu s’interroger sur ce relatif insuccès. Pourquoi le public n’a-t-il pas voulu voir sur grand écran ce Blocher dont on parle tant ? Peut-être ses partisans, 26 % qui ont voté UDC lors de la dernière élection permettant de comparer entre eux les partis, craignaient-ils que ce soit pas un hymne à la gloire de leur grand homme ? Et bon nombre des autres pressentaient-ils à juste titre qu’il ne s’agissait pas d’une brillante démolition à la Michael Moore .

Mix&Remix - Blocher - Infrarouge - 28 mai 2014

Mix&Remix – Blocher – Infrarouge – 28 mai 2014

Le film assez rapidement oublié

Le refus de parler du film comme sujet apparut assez rapidement. L’un des participants, le linguiste, Jean-Michel Adam, annonce qu’il va tirer cinq exemples du film pour appuyer son intervention. Il ne pourra en citer que deux. A la fin de tout film, il y a un générique qu’il est normal de porter à la connaissance du public, par égard pour ceux qui ont contribué à son existence. Le générique final ne fut montré au qu’après les applaudissements des figurants qui assistent, passifs, au débat. De plus, « L’expérience Blocher », pourtant largement soutenu financièrement par la SSR-SRG, ne sera actuellement pas visible sur le site de la RTS pour des question de droits. Bizarre autant qu’étrange !

 

Mix&Remix - Blocher - Infrarouge - 28 mai 2014

Mix&Remix – Blocher – Infrarouge – 28 mai 2014

Un dessin qui disparaît !

Autre bizarrerie : durant tout débat d’ »Infrarouge », Mix&Remix dessine ses personnages stylisés et écrit des commentaires réjouissants dans les bulles. Un des dessins passé dans l’émission ( à la minute 44 et 11 secondes) fait apparaître à gauche un texte «  La différence entre l’UDC et les autres partis nationalistes…. » complété à droite par une montagne de fric en forme conique surmonté d’un petit drapeau suisse. Or, ce dessin n’est pas repris sur le site de l’émission. Mix&Remix y attire l’attention sur un problème qui n’a été évoqué durant l’émission qu’une seule fois, juste avant la conclusion : le rôle joué par l’argent, allusion faite aux futurs cinq millions que Blocher a l’intention d’investir dans l’EURO-NON qu’il est en train de créer !! Pourquoi ce silence sur l’argent ? On en parle, au moins un peu, dans le film !

Glissement vers les populismes européens

A la fin, le réalisateur est récompensé de son silence par un octroi de parole. Il tente alors de s’interroger sur un aspect du comportement de MM.Nidegger ou Köppel. On le coupe presque au milieu d’une phrase. Mais c’est sans surprise : « L’expérience Blocher » a fini par servir de prétexte à un débat sur les « populismes » qui viennent de s’exprimer exprimés lors des récentes élections européennes. Et quel sens donner aux applaudissements nourris donnés à la fin du débat, avec le générique séparé du film ?

Une carte des "populismes" euiropéens selon ARTE

Une carte des « populismes » européens selon ARTE. La Suisse, bien entendu, en blanc !! En gris, pas ( pas encore?) de populisme notable

 

Les réponses aux questions posées

La volonté de coller à l’actualité, un principe à la base d’ »Infrarouge », conduit à faire la promotion de l’émission à travers des communiqués de presse, qui peuvent être pris comme une promesse ou un alléchant appât. Il vaut donc la peine de rappeler les questions annoncées comme composantes du débat :

Christoph Blocher joue-t-il double jeu ?

 Même en ayant pris la précaution de revoir intégralement le débat sur internet, il faut prendre acte que rien n’a été dit a de ce double jeu. De quoi peut-il bien s’agir ? De se contenter des bilatérales plutôt que d’entrer dans l’EEE ? Ou s’agit-il de prévenir une insidieuse entrée dans l’Europe .

Mix&Remix - Blocher - Infrarouge - 28 mai 2014

Mix&Remix – Blocher – Infrarouge – 28 mai 2014

Est-il dangereux ?

Dans son film, Bron laisse le spectateur libre de répondre à cette question, mais le réalisateur a clairement dit ce qu’il pensait des options politiques de Blocher et de ses méthodes. Sur la « dangerosité », quelques allusions contradictoires y furent faites durant le débat. Rien de plus.

Comment expliquer qu’il séduise 30 % de l’électorat suisse ?

Trente pourcent, c’est un plafond qui reste à atteindre. D’ailleurs, existe-t-il une explication qui permette de comprendre pourquoi, en février dernier, la moitié des suisses ayant voté ont accepté de s’aligner sur Blocher ? Les réponses sont forcément multiples. On aurait au moins pu faire une allusion à la puissance financière de Blocher, mentionnée dans le film de Bron et se demander de manière même provocante pourquoi la moitié des votants s’est laissé séduire par un milliardaire ayant construit de nombreuses usines en Chine ? Mais à coup sûr, ce cinquante et un brin pourcent n’est pas formé uniquement d’extrémistes, d’anti-islamistes ou de fascistes.

Est-il devenu un modèle pour les populistes européens ?

Mix&Remix - BLOCHER - INFRAROUGE - 28 MAI 2014

Mix&Remix – BLOCHER – INFRAROUGE – 28 MAI 2014

 

Là au moins, le débat aura frôlé quelques éléments de réponse. Mais il est probable que le vote européen du 25 mai 2014 n’aura guère été différent si Blocher et son courant en Suisse n’existaient pas. Modèle, pour qui ? Peut-être pour Marine Le Pen apparue à travers un document. Sa remarque affirmant que si la France disposait du droit de référendum comme la Suisse, « Il y aurait eu une très large adhésion »  au rejet de la « libre circulation » ne tient pas compte du « OUI » ä un petit 50.3 % ; presque un match nul, avantage gagné par le courant le mieux financé ?? Considérer une votation sur les minarets comme un « vrai problème » témoigne d’un étrange sens de la hiérarchie des valeurs.

Les limites du débat d’actualité !

Une bonne partie du débat , la moitié peut-être, aura tourné autour des votations du 25 mai dans quelques-uns des 28 pays de l’Europe, avec la France privilégiée, Blocher oublié ! On aura beaucoup parlé de populisme, de sa nuance péjorative à l’explicative. « Infrarouge » s’installe dans l’actualité. Il s’est passé ce que l’on pouvait en attendre. On y aura escamoté le sujet proposé. On n’y aura que très peu répondu aux questions annoncées. Vaut-il la peine de poser des questions avant l’émission pour mettre l’eau à la bouche et finalement n’y répondre que très partiellement ? On aura, mais un peu moins que d’habitude, dérapé vers la confrontation spectaculaire.

Tant et aussi longtemps que l’on suivra l’actualité au pas de charge, à chaud, avec ou sans film pour l’introduire, la réponse sera négative. C’est le principe même du débat d’actualité sans recul qui est en cause.

Une réponse à to “Un envahisseur à la RTS : Blocher”

  • Barbey:

    Pourquoi les journaliste se laissent-ils séduire autant par M. C. Blocher?
    Cet homme est un danger pour la cohésion nationale, il répand la discorde entre confédérés, il est persuadé de détenir la science infuse. Il n’accepte pas que l’on ne pense pas comme lui. Je préférerai que le les médias, financés par les toutes les suissesse et les suisses, l’ignore le plus possible. Merci et bonne journée.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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