Deux regards sur le sport-roi
Le premier regard, bien sûr, c’est celui de tous les jours. Mais faut-il en rajouter alors que le football occupe pratiquement RTS2 dès le début de la soirée jusque tard dans la nuit, les animations autour des rencontres occupant beaucoup de temps ?
Le second c’est celui porté par Arte, le mardi 10 juin à 20h50, sévère, mais pas au point de rejeter le plaisir d’assister à de parfois beaux spectacles, longuement présentés et commentés surtout sur la SSR ( texte ci-dessous)
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Sport : Le revers de la médaille
Remarquable, de très haute tenue, ce document inédit de 90 minutes proposé par ARTE le mardi 10 juin 2014, à une heure de grande audience, entre 20h40 et 22h30. Xavier Deleu et Yonathan Kellerman se demandent ce qui se passe pour les sportifs de haut niveau à la fin de leur carrière. Ils font un choix très clair, annoncé dès le début de leur enquête d’investigation, conforme au texte paru dans le magazine romand « TV8 » : Comment le culte et le marché de la performance sportive condamnent les athlètes de haut niveau à une escalade néfaste, avec de graves conséquences sur leur santé. Impressionnant de document, à croire par instants que l’on se trouve dans un film d’horreur, tant les conséquences peuvent être douloureuses pour certains athlètes, jusqu’ au suicide. On y fournit parfois le résultat d’enquêtes statistiques qui montrent que la population des anciens sportifs de haut niveau est plus fortement frappée par certaines maladies qu’une population normale.

Jutta Gottschalk, ex-nageuse dopée de la RDA, a donné naissance à une fille à la vue diminuée ( photo ARTE)
Programmation multiple
Arte, come d’autres, applique le principe de l’accès aux émissions récentes durant sept jours sur son site. Il arrive parfois que l’on apprenne que le document n’est pas disponible pour le territoire suisse. Le principe de programmation de chaîne généraliste de service public franco-allemande à certes public restreint à un mérite, celui de proposer des rediffusions annoncées à l’avance : le vendredi 13 juin à 09h00, le lundi 23 à 08h55 et le vendredi 14 juillet 01h45. (informations trouvées sur le site www.arte.tv/guide).
S’agit-il d’une volonté de porter atteinte à la «Coupe du monde » qui se déroule au Brésil ? Serait-ce le cas que ce serait inefficace. Un tel document n’empêchera personne de suivre les reportages largement proposés qui permettent d’en apprendre un peu plus sur le Brésil et ses problèmes et sur les soixante-quatre rencontres.
Les cinq premières minutes
Il vaut la peine de s’arrêter sur les premières minutes du document qui considère le sport-spectacle comme un important secteur économique et une industrie florissante. Le chiffre d’affaires total et annuel s’élève, selon certaines estimations, à sept cent milliards d’euros qui représentent le trois pourcent de l’ensemble du commerce mondial, le deux pourcent de la richesse produite dans les pays développés. Le poids financier du sport-spectacle de haut niveau est équivalent à celui de l’automobile et du textile. Mais qui profite de cette industrie ? Les actionnaires, les sponsors, les équipementiers et les diffuseurs.
L’inflation du coût de la compétition est sidérant, passant de 6 milliards d’euros en Allemagne en 2006, à 15 au Brésil en 2014, 34 annoncés en Russie dans quatre ans et 74 prévus au Qatar en 2022.
Parmi les témoignages d’anciens athlètes, il vaut la peine de citer ceux de trois sportifs, mais ce ne sont pas les seuls cités, qui se portent tout de même assez bien aujourd’hui encore, Jean-Pierre Papin (football), Laurent Brochard (cyclisme) ou Marion Bartoli (tennis).

Laurent Brochard, ancien champion du monde sur route, qui a passé par l’EPO chez « Festina », peine à rebondir, abandonné par ses anciens employeurs. Sur le circuit automobile du Mans, il participe à une course entre amateurs. ( Photo ARTE)
La SSR-SRG important diffuseur
« Notre » télévison diffusera l’intégralité des soixante-quatre rencontres. Et ce n’est pas tout : sur RTS2, peu après 20h00 sera diffusé un journal quotidien de 25 minutes, « le journal des Suisses ». 23 joueurs et leur entourage méritent donc autant de temps ou presque que celui accordé aux événements régionaux, nationaux et mondiaux dans le « 19 :30 » ! Faut-il s’en étonner ? Il est bon de rappeler alors que la SSR-SRG diffuse consacre chaque année environ deux mille heures ( six par jour) aux sports en général, avec forte proportion de direct : le sport est en effet rassembleur, y compris aussi devant les plages publicitaires.
A titre personnel
ARTE vient de montrer le revers de la médaille d’une manière forte. Ce qui ne m’empêchera pas à titre personnel de prendre plaisir à suivre tout ou partie de bon nombre de rencontres, dont trois au moins de l’équipe suisse ; en espérant même que cela ne se limite pas à trois !
