Charlie-Hebdo
Jeudi 15 janvier 2015 : 17h00
CHARLIE-HEBDO, Journal irresponsable, no 1178
« On » avait annoncé qu’ « ils » allaient sortir un numéro de huit pages au lieu de seize, tiré certes à un million d’exemplaires. Le no1178 a seize pages, tiré à cinq millions d’exemplaires. Le prochain sortira le 28 janvier 2015, assise financière assurée pour quelques mois.
Que va-t-il se passer quand « Charlie » aura plus d’un million ou beaucoup plus de lecteurs ? Tous assumeront-ils encore le « Je suis Charlie » ? Pas certain !
Parfois, quelques-uns ont déjà pris leur distance, comme cet invité du dernier « infrarouge » ( RTS, mardi 13.01.15) qui parle d’ « Ignominie », apparue au tournant de 2011/2012, de cette équipe qui avait « vidé » Siné et qui n’avait plus de lecteurs ! Siné, lui, vient de sortir un « Hors-série » avec, en une, « ACHETEZ CHARLIE ».
Juste en passant : un quart d’heure de lecture d’un journal vaut mieux qu’une heure de cette forme de débat sur l’actualité qui sombre dans la confusion.
Passé plus d’une heure avec le no 1178 – il faudra plus de temps pour tout bien regarder et lire, attentivement. Etrange, ce sentiment de ne pas savoir démêler ce qui est dû à ceux qui ne sont plus de ceux qui sont encore. Pas seulement étrange : magnifique !
Envie de citer plein de choses. Mais décidé de me « restreindre ». Deux exemples :
1/ « Mêmes pas morts : Antonio Fischettti
«Je n’étais pas avec eux mercredi dernier, car j’assistais aux funérailles de ma tante Michelina. Avoir la vie sauve grâce à un enterrement : il y en a un que ça aurait fait plier de rire, c’est Tignous »
2/ Journal d’un économiste en crise par Oncle Bernard
Dans un texte intitulé QUAND « CHARLIE » AVAIT 20 ANS
(…) « Charlie est plutôt de gauche, même si (..) »
Et Oncle Bernard, à partir du sujet de certains éditoriaux, de rappeler qu’une petite et parfois grande partie de l’équipe n’était pas d’accord, d’ajouter
Les éditos étaient longs et argumentés. Les dessins étaient frappants et pleins de sens ( l’avantage d’un dessin, c’est qu’il n’a pas à être long et argumenté)…
Pourquoi ces choix ? L’humour grave de Fischetti, le rappel de la sensibilité « politique » de Charlie. Et, une fois encore, ce dessin de feu de Charb…
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Mardi 13 janvier 2015 : 15h00
La « une » du 14 janvier 2015. Un numéro » normal ». Enfin, huit page semble-t-il au lieu de seize ! Tirage à trois millions au lieu de soixante mille : de quoi assurer l’indépendance économique pendant assez longtemps. Mais il faudra plus de lecteurs, pas seulement des porteurs de « Je suis Charlie », pour défendre « la liberté d’expression ».
Ce matin, beaucoup de dignité et d’émotion ; à Paris et à Jérusalem. A Dresde, hier, un peu moins !!
Voici, par ordre alphabétique, dix-sept noms :
Boisseau Frédéric, agent d’entretien
Braham Philippe, cadre retraité, client « hyper cacher »
Brinsolaro Franck, officier de police au service de la protection des personnes
Cabu, dessinateur
Cayat, Elsa, psychiatre et journaliste
Charb, dessinateur et journaliste
Cohen Yoha, employé « hyper cacher »
Jean-Philippe Clarissa, policière municipale
Hattah Yaov, étudiant, client « hyper cacher »
Honoré, dessinateur
Maris, dit « Oncle Bernard », économiste et journaliste
Merabet Ahmed, gardien de la paix
Ourrad Mustapha, correcteur
Saada François-Michel, cadre en informatique, client « hyper cacher »
Renaud Michel, voyageur, invité de la rédaction le 7 janvier
Tignous, dessinateur
Wolinski, dessinateur
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Lundi 12 janvier 2015 : 16h00
Presque six heures à sauter d’une chaîne à l’autre, y compris sur celles qui montrent quatre images en même temps, ou deux, avec en médaillon le journaliste qui commente le direct avec ses invités : ce n’est à peu près rien de plus que de l’«Actu». Cela n’a pas grand chose à voir avec l’information qui implique déjà un choix pour maîtriser l’actualité et commencer de comprendre ou à tout le moins, chacun pour soi, frôler ce qui est important.
Décidé, hier, à un certain moment, de cesser de pitonner entre cinq chaînes, pour rester avec la RTS. Xavier Colin fait bien son travail, aidé par les interventions de ses invités, surtout Barrigue, pour appuyer ce qui vient de Paris. Début d’ordre dans l’actu au « 19h30 ». A « Mise en point » ? Une amorce d’information, pas plus qu’une amorce.
Et ce lundi, commencé par lire un journal du jour au moins, continuer de lire un déjà ancien, sorti samedi, arrivé en Suisse dimanche, relire des notes. En tirer quelques remarques, sans jugement sur leur valeur. En voici quelques-unes.
Des images et des mots
L’actu, ce sont des images, nombreuses, ce dimanche, presque sans le moindre temps d’arrêt. Le son, lui, se résume à des mots, ceux des journalistes, de leurs invités ; et des bruits sourds. On chante un peu partout « La marseillaise » nous dit-on. Peu entendue. D’ailleurs, pas de regrets. Il y a certaines paroles qu’il vaut mieux ne pas retenir. A un moment donné, la foule se fige. Il faut tout de même quelques secondes pour que les commentateurs s’associent par leur silence à ce qui est enfin annoncé par eux comme une « minute de silence ».
« Eviter l’amalgame », dit-on un peu partout. Ce ne sera pas facile. Une apparition de Marine Le Pen, qui n’était pas à Paris. Dans cette foule immense, il devient bien y avoir quelques-uns des vingt-cinq pourcent d’électeurs qui ont voté pour le FN. Ile ne sont certainement pas tous alignés sur elle. Ceux qui votent pour l’UDC en Suisse ne sont forcément pas tous alignés sur Blocher et ses milliards. Relu : j’hésite à supprimer ce paragraphe depuis « Une apparition… » Non, il reste !
La liberté de la presse
Depuis le 7, et beaucoup ce dimanche 11 janvier, la liberté de la presse aura largement été mise en valeur. Des milliers et des milliers « Je suis Charlie ». Pas vu de « Je lisais Charlie ». Il est vrai qu’il ne restait qu’environ trente mille lecteurs chaque semaine, pour un tirage de plus de cinquante mille ! Diable, pourquoi si peu ?
« Charlie-Hebdo » a failli, fin 2014, cesser son activité, faute de moyens financiers. Par petites touches, le sauvetage était assuré : Charb l’avait dit dans « 28 minutes ». La liberté de la presse passe aussi, et parfois d’abord, par un problème purement économique.
Tirage annoncé de « Charlie » le 14 janvier 2015 : un million d’exemplaires. De quoi assurer la liberté de « Charlie » survivant pendant longtemps. « On voit beaucoup de dessins…. Parce qu’il y a des morts » : amer, Barrigue, avec Xavier Colin (RTS1, dimanche après-midi) ; noir son humour ?
Barrigue ne répond pas à Xavier Colin qui lui demande de parler d’un de ses dessins d’après le mercredi 7 janvier. Difficile de le décrire à la télévision ! Dans « Charlie », il y avait, chaque semaine une page souvent plus dure encore que les autres, « Les couvertures auxquelles vous avez échappé ».
Brèves
Ali Bongo, président du Gabon, était parmi les chefs d’Etat à l’Elysée et au défilé. Un noir gabonais, réfugié en France, dit pourquoi il a fui son pays : pour sauver son droit de s’exprimer (sa vie, aussi ?)
Dans l’ «Hyper cacher », des clients ont été « cachés » dans une chambre froide. Ils ont ainsi eu vie sauve. Leur sauveur est un employé malien.
S’abonner
Vendredi 9 janvier 2015, environ midi. Par courriel, je m’abonne .. à « Vigousse ». Puis je me demande ce qui vient de me passer par la tête ; je ne comprends pas ce que je viens de faire. Pas évident !
Probablement ceci : pour défendre la presse marginale (tirage de « Vigousse », treize mille, ce qui ne veut pas dire treize mille numéros payés), mieux vaut s’y abonner que procéder à quelques achats de temps en temps. Je crois bien que cela remontait à une remarque de Jean-Luc Wenger, rédacteur à « Vigousse », il y a quelques semaines déjà. Il sera possible de s’abonner à « Charlie 2015 ».
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Dimanche 11 janvier 2015 : 22h00
Six heures, à passer en pitonnant de TF1 et M6 ( généralistes commerciales) à France 2, TV 5 et RTS1 ( généralistes de service public) : pas pour établir un classement, mais surpris en bien par les « commerciales ». Forcément des moments, nombreux, d’émotion. Trois millions, quatre millions dans les rues de France, quarante-neuf responsables d’Etat autour, non, avec François Hollande. En tête, trop de choses en désordre. Ce ne sera, en effet, après plus comme avant. Mais trop d’idées, futiles peut-être, ou conduisant à une amorce, timide, de compréhension. Pour ce soir, préférence pour le silence : d’abord relire mes notes. Ne rien écrire avant de croire pouvoir y voir un peu plus clair !
Tout de même ces deux images . un autoportrait de Coco, survivante, que l’on rencontre dans le « 28 minutes » d’Arte ; qui sera encore avec « Charlie-Hebdo » 2015; aussi associée à « Vigousse ». Et pour saluer une forme d’humour qui subsistera, un dessin pour « Arte » …
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Samedi 10 janvier 2015 : 20h00
Difficile de reprendre le cours normal des choses. Il faudra que je parvienne à parler de télévision, dans le secteur où elle n’a de rival que le cinéma, la fiction. Prometteur, la « Salamandre » d’origine flamande de Belgique ( RTS1, vendredis). Décevant, mais à vérifier, « Le croque-mort » (RTS 1, jeudis).
Tirage annoncé : un million d’exemplaires. Ils seront tous vendus. Enorme contraste : le vente des derniers numéros tournait bien autour de trente mille ! Presque trois ans de vente au numéro !!!
L’émotion
Sur ARTE, dans « 28 minutes », chez Elisabeth Quinn, Charb y venait regulièrement dessiner. Dur, de réentendre Charb, dur d’entendre Coco, rescapée : pas besoin de relancer l’émotion. Elle n’est que confirmée, amplifiée.
Oui, mais, pour essayer de comprendre, il y a mieux que la télévision. La lecture garde alors sa supériorité : « Le Monde », bien sûr. Mais il y a aussi cet autre possibilité, relire « Charlie », y compris d’il y a quelques années. Pas seulement regarder des dessins. Je confirme ce qui devient certitude : les textes, dans « Charlie » avaient autant d’importance que les dessins. Moins d’impacts, assurément. Dans ces lectures, ces relectures, l’émotion est permanente, profonde, intense.
Je suis Charlie
Quinze signes (en français) : ils font le tour du monde. « Le Monde » raconte : Joachim Roncin, qui travaille pour « stylist », s’est exprimé quelques minutes après l’annonce du carnage : « J’ai écrit Je suis avec la typo de notre magazine, et j’y ai accolé le logo de Charlie Hebdo. C’est tout ». Il n’a pas déposé son slogan. Mais il a même déjà reçu des propositions pour en faire une marque commerciale déposée ! Incroyable. Il n’a même pas pensé à un autre « Je suis » : Ich bin ein Berliner ». Kennedy, Charlie, Ich bin ; je suis !! ; troublante similitude !
Humour noir
Dans un récent « Charlie » de l’été dernier, sur une double page : Un reportage de Zineb El Rhazoui, au moins quinze mille signes, pour un reportage sur les français en vacances, « Sète- Tanger : vogue la galère vers le bled » : un texte au scalpel, dur, froid, précis, dénonciateur de profiteurs. Six dessins de Tignous, parfaitement associés au texte. La quintessence de Charlie dans le lien texte/dessin.
Collaboratrice qui n’était par à Paris le jour des exécutions, Zineb el Rhazoui pense aux blessés, à Simon, le web.master, celui qui entre autres faisait face au « shits storms », moëlle épinière atteinte, poumon perforé. Une courte incise dans le texte du « Monde » à propos de Simon : « Lui qui avait réussi à arrêter de fumer ». Magnifiques d’audace douloureuse, ces huit mots.
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Vendredi 9 janvier 2015 : 21h00
Difficile, ces jours, de regarder à la télévision ce que j’aime y trouver ; difficile de revenir à un sujet ordinaire – il faudra bien y arriver. L’assassinat de Kennedy, 11 septembre 2001, et « Charlie » exécuté : indissociables. C’est peut-être très personnel !
La semaine prochaine, il y aura un « Charlie » dont on annonce qu’il sera tiré à un million d’exemplaires. Dans les kiosques, les réservations sont faites – y compris la mienne. « Je suis Charlie » a fait le tour de monde. Impossible d’oublier que le tirage de « Charlie » était modeste (cinquante mille, un peu plus ?), que les ventes étaient devenues insuffisantes ( trente mille ?).. Mais l’appel lancé par Charb permettait semble-t-il d’assurer le proche avenir. Je lisais Charlie, de plus en plus irrégulièrement. En surface de papier, le trait des dessins en occupait la moitié, et le texte ( bulles comprises) l’autre. Je regarde et relis des anciens numéros. Ils sont restés fidèles à eux-mêmes.
On a même vu des panneaux sur fond noir en lettres blanches avec « Je suis Charb ». Et d’autres …
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Jeudi 8 janvier 2015, 16h30
Ce dessin, de Charb, son dernier :
Fouillé dans mes piles de journaux, de là où je tire le papier qui contribue à fabriquer des milliers de dossiers. Voici, encore intact, un numéro d’août 2014. Visite faite au galetas dans lequel traînent des piles de journaux ficelés. Retrouvés un « Charlie Hebdo » d’août 95 ( 10 francs français, 3 francs suisses), une demi-douzaine d’autres de 1992 (10 français, 3 francs suisses), mais aussi un « HaraKiri bête et méchant », deux numéros reliés pour 29 ff. 3ème trimestre 1985. Dans l’ours, « fondateurs bien vivants », Cavanna, Choron, red en chef Gébé, dans l’équipe, entre autres, Wolinski, Cabu (quand il passe par là), Reiser (quand il n’est pas mort). Coup d’oeil sur un ours de « Charlie »en septembre 92, parmi les responsables de la rédaction, Cabu, Charb, Tignous, parmi les collaborateurs, Cavanna, Oncle Bernard, Siné, Wolinski. Regardé, relu en partie le « Charlie » de 2014, parcouru les autres de 1995 ou 1992, auxquels le 2014 ressemble; évidemment.
Envie de citer, de reproduire des dessins. Passons : il faut rappeler quelque chose d’essentiel. Bien sûr, des dessins avec leur bulles, ils y sont, mais aussi des textes denses, manuscrits avec dessins (Wolinski ou Siné), et plus encore, des textes, de Charb, de Bernard Maris, Oncle Bernard, économiste, mais oui, avec rigueur et humour assez sombre. Plaisir amer que ces retrouvailles….
France 2, m’a-t-on dit, n’a traité qu’un seul sujet dans son journal prolongé. Arte aura « Fini de rire » avec des dessinateurs de France, d’Allemagne, de Belgique, des Etats-Unis, d’Israël, de Palestine, de Tunisie et aura permis à Marlyse, Zep et d’autres de parler de et avec Wolinski, entre 19h45 et un peu plus de 22h30. Arte a fait tout juste….Finalement, avec un document de 2006 consacré à « Charlie-Hebdo », sur la seconde chaîne vers 21h30, ce jeudi 8 janvier, la RTS aura fait assez juste….
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Mercredi 7 janvier 2015, 21h00
A 17h00, comme d’habitude, éloigné de l’urgence permanente de l’info, je ne savais pas. D’où l’intervention ci-dessous, sur un sujet tout de même futile ! Vers 18h00 : Bizarre, ce sujet traité sur France5, dans « C…dans l’air ». Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre et vouloir en savoir plus sur l’horreur; comme la mort de Kennedy, ou septembre 2001. Quitté vers 19h50 le journal de la RTS, au changement de sujet, pour passer sur ARTE, y trouver après l’info, ce « 28 minutes » où régulièrement passait Charb; parfois Coco. Appris, mais est-ce vrai, que « Charlie-Hebdo » ne tirait plus qu’à trente mille exemplaires ! Charb avait même remercié des anonymes de leurs aides. Resté sur Arte, qui a modifié son programme, avec « Fini de rire » (2013) et un portrait de Wolinsky (2011), pour osciller entre larmes et rires; parodoxal ? Début des années soixante, Harakiri mensuel puis hebdo, sur le petit écran, un peu dans le même esprit, « Les raisons verts » de J.C.Averty, puis Charlie Hebdo, « L’écho des savannes », des arrêts et de nouveaux départs, Cavanna et le Professeur Choron, Reiser, Val, leurs conflits; et les Wolinsky, Tignous, Cabu, Charb, Oncle Bernard ( Bernard Maris), souvent parfois plus qu’un rendez-vous par mois, puis ces dernières années un peu moins de régularité : ils étaient devenus, sans les avoir rencontrés, comme des amis… Entre tous, ils ont – ils avaient – le don d’aller au moins une fois par numéro « trop loin ». Au point de m’inquiéter quand ce » trop loin » était absent….Mais rarement !










