Retour tardif sur « Station Horizon »
Erreur peut-être, que d’avoir laissé mes lectures relatives à la LRTV remplacer ces dernières semaines les réflexions sur la télévision et ses émissions. Il vaut la peine de revenir, même plus d’un mois plus tard, sur «Station horizon», la plus intéressante qualitativement des séries «maison» de ces dernières années, depuis «Dix» diffusée vers 23h en décembre 2010.
Question de goût? Assurément, mais au moins avec tentative d’argumentation. Double retour un peu paradoxal sur l’appréciation qualitative.
« Ca va trop vite ! »
Entendu dire à plusieurs reprises ce reproche, conduisant à renoncer à suivre l’entier de la série. Oui, en effet, cela allait très vite, mais c’est une qualité pour ce type de série récurrente, qui aura tout de même laissé place parfois pour reprendre son souffle. Il y a des personnages assez nombreux pour que les interactions soient fréquentes et variées. Déjà l’écriture devait laisser pressentir cette volonté de «rapidité». La mise en scène, avec souvent de belles idées, a respecté l’écriture, mais sans l’inscrire dans l’esprit du clip qui alignerait en rafale les plans courts. Et le montage aura confirmé cette volonté d’emporter le récit d’un personnage à l’autre, d’un affrontement à l’autre, d’une action à l’autre sans perte de temps. Entre deux actions, quelques utiles rares plans intermédiaires! Bref, une forme de récit haletant réussi comme dans un film d’action qui tout de même reste compréhensible.
Singer les américains?
De la réponse de Claude, le 1er avril 2015, quelques extraits: «J’ai tenu dix minutes et zappé derechef. (..) Doit-on singer les Américains pour obtenir de l’audience? Enfin dommage, une série de ratée.»
Réaction parfaitement claire, dont la partie centrale est le «doit-on singer les Américains». Nous verrons plus bas que le public a suivi, en ayant apporté à «Station horizon» large soutien.
Au générique de «Station horizon», on retrouve certains partenaires de deux films restés discrets, mais qui furent déjà présentés par la RTS, le musicien, les monteurs, un des réalisateurs du «Big sur» et de «All that remains», qui du sud au nord de la côte ouest des USA et du Nord au sud de l’archipel nippon tenaient du road-movie américain, avec quatre personnages usant de la langue anglaise. Pierre-Adrian Irlé s’est pour «Station horizon» retrouvé scénariste, dialoguiste, réalisateur et producteur avec Romain Graf. Des motos, voitures et même camions sont souvent présents. Le paysage de la vallée du Rhône a un côté parfois sauvage qui rappelle celui du western. Dans le cinéma américain de genre, on y construisait des lignes de chemin de fer remplacées aujourd’hui par un chantier d’autoroute. De séduisantes hôtesses dansent dans des établissements où les hommes s’amusent et boivent abondamment.Etc
Rendre hommage!
Oui, «Station horizon» est une transposition dans notre Valais touristique de l’esprit du western, de ses grands espaces, de ses affrontements, de ses excès. Reste alors un problème de vocabulaire: on peut parfaitement dire «singer», comme notre lecteur, là où il y a une toute autre intention, celle de rendre hommage à l’esprit du western, réinstallé dans une société, la nôtre, qui n’a plus grand chose à conquérir et où les conflits sont devenus plus économiques qu’existentiels.
On se trouve avec «Station horizon» nettement au plus haut du milieu de gamme; en espérant qu’un jour la RTS atteigne le haut!
Une bonne programmation
Une série représente, pour une «petite» télévision généraliste comme la nôtre, un imposant investissement, qu’elle ne peut répéter que deux ou trois fois l’an. Mais treize mille francs la minute, c’est modeste par rapport aux moyens des grands pays producteurs, comme les USA surtout, mais aussi la Grande-Bretagne ou la France, ou même plus modestes que certains des pays comparables aux nôtres, comme le Danemark.
La programmation sur la RTS des séries récurrentes ambitieuses est un de ses points faibles, car elle est trop tardive et présentée en duos alors que le principe même de la série c’est le retour jour après jour ou semaine après semaine d’un récit qui se poursuit.
Montrer une série récurrente épisode par épisode, en début du premier rideau, à vingt heures, c’est prendre un risque, là où le téléspectateur romand a habituellement ses rendez-vous avec des émissions d’information. Prolonger le rendez-vous sept semaines durant demande tout de même un brin d’audace. Bien des séries récurrentes de haut niveau ne bénéficient pas de cette bonne exposition, avec des diffusions tardives, comme «Broadchurch», (trois par trois dès 23h) ou encore «Games of thrones» (23h, mais un par un) ou «Boardwalk empire» (après minuit, quand tout le monde ou presque dort!). Mais ceci est une autre question. Ce regrettable principe de programmation n’est pas l’apanage de la seule RTS, France 2 ou ARTE ne faisant pas mieux!
Du côté de l’audimat
Sur cent personnes qui se trouvent au même moment devant la télévision, combien y en a-t-il qui regardent une chaîne en particulier? A l’aide de différentes mesures statistiques, on peut définir un pourcentage, y compris avec marge d’erreur qui n’est pas très souvent indiquée. Cette part de marché permet aussi de calculer le nombre de spectateurs qui ont vu une émission donnée (à noter qu’un spectateur qui ne regarde que la moitié d’une émission compte pour un demi). De telles mesures peuvent inclure les séances de rattrapage sur internet après la diffusion en direct.
Restons-en à une mesure relativement « lisible », le nombre de spectateurs, plus que la part de marché en pourcentage. Mais comment définir une bonne fréquentation, résumée par l’expression de «bon audimate»? Pas facile à définir, ni à comprendre ce « bon audimate ».
En France, chaque jour sur internet , on trouve parts de marché en pourcent et fréquentations en milliers de spectateurs pour les émissions du jour précédent. TF1 reste la chaîne la plus suivie. Celui qui dépasse ou égale l’audience de TF1 est content: il le fait largement savoir. Dépasser TF1 définit le « bon audimate » !!
En Suisse, les informations statistiques ne sont guère rendues publiques. Il est difficile de les trouver, si tant est qu’elles soient disponibles. Impossible de savoir quelle est la moyenne annuelle de la case horaire du samedi soir entre 20 et 21 heures. Donc impossible de savoir si «Station horizon» se situe en-dessous, à la même hauteur ou en dessus de la moyenne annuelle.
Reste alors au moins à comparer les résultats d’émissions semblables, proposées sur RTS Un entre 20h10 et 21h. D’août à octobre 2014, les six épisodes de «A livre ouvert» ont obtenu une part de marché de 24,6 % et une moyenne de 107’000 téléspectateurs. Pour les sept épisodes de «Station Horizon», du 18 février au 11 avril, la part de marché s’inscrit à 25.8 % et le score en milliers à 148’000 téléspectateurs. « Bon audimate »? Peut-être…