Desintox (ter)!

Selon Larousse, la «désintoxication» est «action de débarrasser des effets nocifs de la propagande». Après «Desintox!» et «Desintox (bis)» ce ter s’impose. Une victoire du OUI le 14 juin 2015 serait tout de même un meilleur tremplin pour amorcer une réflexion sur la radio et la télévision de service public dans un esprit débarrassé de la polémique actuelle.

3 juin 2015: Le Temps, page 7

Titre du jour sur six colonnes: « La redevance radio-TV sera un impôt déguisé ».  Encore? Dans le même sens? Pas vraiment, dans la nuance d’un vrai dialogue! A d’excellentes questions d’Yves Petitgnat, il y a de fort bonnes réponses de vaudois Nicolas Leuba, qui avant de s’occuper d’une gérance dirigeait un garage. Et une belle attitude de franchise: avec le nouveau système, son ancien garage lui coûterait 6.300 francs au lieu de 800 environ. Pour un chiffre d’affaires de vingt-cinq millions ce ne serait pas « susceptible de mettre en péril les activités de l’entreprise, Heureusement! ». Voilà qui contraste avec des déclarations d’autres interlocuteurs. Que la nouvelle redevance devienne un « impôt déguisé » déplait à M.Leuba. Mais il reconnaît bien des qualités à l’actuelle RTS: « A mon sens, la SSR doit se concentrer sur ce qui est spécifique à sa mission et pour quoi elle est très bonne: les émissions d’actualité, la culture, le sport et probablement pas sur suisses les séries. Pourquoi produire des séries suisses qui coûtent (…) 20 fois plus que celles achetées à l’étranger. 

Parenthèse: on se trouve évidemment bien loin de l’objet de la votation du 14 juin. Mais il ne faut pas résister au plaisir de commenter cette dernière remarque en oubliant la votation un paragraphe durant. Juste appréciation pour l’actualité et le sport, bien généreuse pour la culture, mais hors du sujet pour les séries. Une série achetée aux USA coûte parfois 100 francs la minute. Une série produite par la RTS vaut au moins dix mille la minute, cent fois plus. Mais les danois investissent plus que la Suisse dans leurs séries à l’international succès. Et un petit virage vers le cinéma permet une intéressante comparaison: « Mad Max, fury road » de Georg Miller vaut cent millions de dollars, pour cent-vingt minutes. On est alors dans un ordre de grandeur de 800 mille francs la minute. Il serait intéressant de trouver aussi le coût-minute de « Games of thrones », plus proche de *Mad max » que de « Station horizon ».

2 juin 2015: Le Temps, page 11

Le texte de Jean-René Fournier, Conseiller aux Etats PDC (Valais) s’inscrit dans la mouvance USAM/UDC. Citons-en une partie qui va dans le même sens que le titre: En déléguant au Conseil fédéral la compétence d’adapter les tarifs, c’est prendre déjà quasiment la décision de porter rapidement cet impôt à mille francs pas ménage et par an. La baisse promise de 62 francs  par particulier et par an fait figure d’appât(..). Passons: rien de nouveau sous le soleil des perverses intentions prêtées au Conseil fédéral! Chic alors: avec une redevance à mille francs, plus besoin de publicité sur le petit écran; et la SSR-SRG pourra doubler sur toutes ses chaînes  de radio et de télévision, sur tous les supports, sa production propre! Le paradis!!

1 juin 2015: Le Temps, page 3

Sous le titre «SSR, le mammouth aux pieds d’argile», on peut lire, sous la signature Sylvain Besson, adjoint au rédacteur: »Alimentée par une alliance hétéroclite d’ennemis (petits patrons, UDC et presse écrite), la campagne s’est transformée en large révolte contre la redevance, voire contre la SSR dans sa forme actuelle ».

Les petits patrons

Parmi ces ennemis, on sait l’importance prise par l’USAM, son président, le romand Jean-François Rime, son directeur alémanique, Hans-Ulrich Bigler. Le tous-ménages apparu récemment, dont la ressemblance tant formelle que d’esprit avec d’autres (sur les minarets à construire ou autres moutons noirs à expulser) contribue à faire croire que l’USAM et l’UDC ne font qu’un. On y apprend que la redevance, à terme, sera portée à mille francs, puisque le conseil fédéral est, cela va de soi, aux ordres des patrons de la SSR-SRG!

Le 16 % des entreprises sont invitées à payer par la suite plus de deux cent millions ( contre une quarantaine actuellement) pour soutenir l’audiovisuel suisse, y compris les chaînes régionales. La redevance pour les ménages peut ainsi baisser de 450 sans TVA à 400 francs. Un transfert de nature sociale!

Quelles entreprises paieront? Le 75 pourcent sera exempté. Le 9% de celles dont le chiffre d’affaires se situe entre cinq cents mille francs et un million réglera quatre cent francs, comme auparavant, du moins pour celles qui étaient déclarées. Dans le 16% restant, combien de «petits» patrons, si tant est qu’une entreprise qui atteint un CA de un million soit encore dirigée par un «petit» patron?

Deux peut-être «petits» patrons ont se sont exprimés à la télévision. Leur contribution, actuellement de l’ordre de deux mille francs passera à plus de quinze mille francs. Mais ce montant sera demandé à des entreprises dont le chiffre d’affaires se situe entre cent millions et un milliard. Pour une entreprise du secteur automobile, il faudrait un million et demi de CA pour former un bénéfice de quinze mille francs. C’est une bien petite marge bénéficiaire pour qui n’est tout de même plus un «petit» patron!

Rappel: quinze mille francs, pour un CA de cent millions au moins, c’est quinze centimes au maximum pour mille francs.

L’UDC

Le 22 mai dernier, dans «Le Temps», remarquable intervention d’un expert, Philippe Viallon, sociologue de l’Université de Strasbourg, qui justifie sa position bien résumée par le titre: «Face à Google et Youtube, les médias suisses n’ont d’autre choix que de s’entendre ou disparaître ». Parmi les adversaires de la SSR-SRG, il mentionne «… l’UDC pour des raisons idéologiques et Natalie Rickli pour des raisons d’intérêt personnel».

Pour Yves Besson, Roger de Weck est «un directeur isolé et amer». Tout serait parti d’une «conférence organisée par la très blocherienne Holding pour la diversité des médias. En Suisse alémanique, la campagne s’est focalisée autour du patron de la SSR-SRG dont Yves BESSON écrit qu’il «… incarne un intellectuel aristocratique, parfaitement francophone et ouvertement favorable à l’adhésion de l a Suisse à l’UE» Une définition qui ne doit pas faire sursauter les pontes de l’UDC. Et on vole en rase-motte en suisse alémanique, en avançant le salaire de Roger de Weck, 560 mille francs.

Parenthèse: le chiffre d’affaires de la SSR-SRG se situe à un peu plus de 1.5 milliard l’an. Celui de la FIFA tournerait autour cinq milliards sur une période de quatre ans. Qui connaît le salaire de l’helvétique patron du football, qui doit dépasser celui de Roger de Weck? A porter au crédit de la SSR-SRG, une certaine transparence.

La presse écrite

Un peu sommaire que de regrouper sous «presse écrite» certains «ennemis» de la SSR-SRG. Il s’agit plutôt de deux grands éditeurs, Tamedia et Ringier fortement implantés en Suisse romande, certes aussi de quelques journalistes, rédacteurs en chefs ou adjoints, proches de leurs éditeurs. Il est vrai aussi que le rendement de la publicité est en baisse dans certains journaux et peut-être  sur le petit écran, ce qui reste à contrôler. Des grands éditeurs ont fait tout ce qui est en leur pouvoir, qui n’est pas négligeable, pour empêcher les entreprises de la SSR d’introduire la publicité sur internet. Affaiblir le service public audiovisuel ne va pas automatiquement renforcer les éditeurs de la presse écrite. (A suivre encore un brin!)

 

 

Les commentaires sont fermés.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

Derniers commentaires
Catégories
Archives