Emissions RTS

Infrarouge : il faut en changer!

Pour alléger ce mini-dossier, qui se compose de paragraphes parfois autonomes annoncés par des intertitres, malgré la violence des événements récents qui auraient pu toucher n’importe qui, un moyen de résistance: l’humour de dessinateurs, même difficile à supporter

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

 En cette période d’événements tragiques, chacun réagit à sa manière. J’ai peine à m’arrêter, depuis quelques jours, à une télévision de la futilité, de pur divertissement, aussi clinquant soit-il, tel «Générations» et ses publics bruyants. A chacun son choix de détente: le mien est ravitaillé, et largement comme souvent, par le sport bien présent sur les deux chaînes de la RTS.

28 minutes arte coco 13 novembre 2014

Première attitude à adopter: quels sont les faits? Dans la rapidité de l’information qui arrive en direct, il n’est pas toujours facile de savoir où situer les certitudes. Mais suit rapidement un autre besoin: celui de commencer à comprendre alors que continuent d’arriver de nouvelles informations.

La télévision, comme la radio, sont avides d’instantanéité: tout, tout de suite, sur presque tout. C’est dans les téléjournaux que l’on trouve la première amorce de réflexion. La RTS, comme beaucoup d’autres, a su consacrer le temps qu’il convenait à l’information immédiate en cassant les grilles horaires.

13 novembre 2015

Reste ensuite à trouver réponse à ce besoin de comprendre, sans trop attendre. Certaines chaînes disposent de rubriques quotidiennes qui remplacent ou complètent le journal télévisé. Sur ce point, la RTS est plutôt en état de fragilité: seules «Mise au point» et «Infrarouge» permettent de réagir assez rapidement devant l’actualité.

La télévision s’auto-critique enfin…

Il convient donc de s’interroger non seulement sur le contenu de l’information et des premiers commentaires, mais aussi sur la manière dont la télévision répond à un besoin. Dans la presse écrite, la télévision fait rarement l’objet de chroniques régulières. Mais la télévision n’aime pas tellement s’interroger sur elle-même. Paradoxe: la RTS vient de tolérer l’introduction d’une rubrique dans «26 minutes». Samedi soir, 21 novembre, «ils» y sont pas allés très fort. L’ «Infrarouge» du 17 y fut mis à l’honneur pour ses confrontations assez inaudibles ou presque (pendant une minute, la dixième), «hommage» ainsi rendu à la provocatrice du désordre, Mme Amaudruz, complété par Cassandre Freysinger triste d’avoir toujours raison (sur canal 9). Les deux Vincent ne se sont pas dérobés devant l’actualité avec la présence de Jean-Pierre Garnier, porte-parole de l’Elysée, même si ce qui n’était pas le meilleur de leurs sketches. Plus de cent mille admirateurs de «26 minutes» ont donc eu droit à des extraits d’ «Infrarouge», dont les assidus sont moins nombreux!

28 minutes arte coco 13 novembre 2014 marine récupère

 Il est presque normal que les pugilats repris par «26 minutes» perturbent «Infrarouge». Voici pourquoi: depuis des années, «Infrarouge» n’est pas un débat d’idées: c’est une confrontation entre ceux qui, à une question répondent oui et les autres non. C’est même souvent l’occasion pour ceux qui disent oui de s’en prendre à ceux qui disent non sans s’expliquer sur leur oui. La réciproque est vraie. Le décor en «U», un animateur au centre, deux tables qui se font face, participe à la mise en scène de l’affrontement.

Bonne décision, dimanche 15, de proposer une émission spéciale de 80 minutes présentée par Catherine Sommer («Mise au point») et Esther Mamarbachi («Infrarouge»). Cinq minutes de présentation en commun, apports intéressants de «Mise au point» avec un résumé des faits (douze minutes), une prise de température à Lyon (quatre minutes) et un reportage en Egypte (douze minutes) qui rappelle les plus de deux cents morts russes de l’avion abattu dans le Sinaï, quarante-cinq minutes pour «Infrarouge», avec cinq invités en plateau et trois en duplex, dont deux à Paris et l’un à Sion.

Siné mensuel - Mix&Remix

Forcément, comme d’habitude, trop de monde, auquel le temps va manquer pour s’exprimer avec nuance. Une partie de ce temps doit être utilisée par certains invités pour recadrer la discussion puisque l’animatrice, Esther Mamarbachi mit sur cette table de débats ouverte à tous les vents le problème (la nécessité?) de la fermeture de nos frontières suisses, chose, déjà techniquement, impossible à faire!

Un débat à partir d’une banlieue de Marseille

13 novembre 2015

Soirée spéciale du mercredi 11, autour de l’éducation, avec le l’excellent film «Spartiates» de Nicolas Wadimoff suivi d’un débat, «Education: le retour du bâton?», Etrange, cette soirée thématique, qui s’appuie sur un film soulevant des problèmes et une solution apparus dans une grande ville française, Marseille, assez éloignés de ceux qui se posent en Suisse. Avec six invités, plus une éducatrice entourée d’une dizaine d’adolescents, c’était trop de monde aussi, chacun n’ayant que de peu de temps pour s’exprimer vraiment sur des sujets partant en tous sens.

Le 17 novembre vers 23h00

 «Terreur : et maintenant, on fait quoi?»: un peu trivial, ce titre, avec son côté langage parlé. Longtemps, je me serai demandé si une certaine allergie face à «Infrarouge» tenait à la présentatrice. Partielle erreur: il y a autre chose. D’abord, trois «Infrarouge» en sept jours, c’est peut-être trop pour une équipe habituée à des débats hebdomadaires rarement préparés au dernier moment.

coco - arte - 28 minutes - 13 novembre 2015

Ce mardi 17, les invités forment trois groupes qui auraient pu servir de base à trois émissions différentes, le tout pourtant en à peine plus d’une heure. Voici donc deux représentants de la classe politique, deux genevois, une UDC, Céline Amaudruz, un socialiste, Carlo Sommaruga, infrarougement incompatibles: affrontement droite-gauche. Voici deux intellectuels, Philippe Gonzalez, sociologue des religions et Haounes Seniguer, philosophe, qui ne se heurtent pas, mais semblent un peu égarés dans ce débat qu’ils n’arrivent pas à élever: amorce d’un débat d’idées presque philosophique. Voici, de Paris, Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du ministère français de la défense en duplex, avec Jean-Paul Rouillier, directeur d’un centre d’analyse du terrorisme et Denis Froidevaux, président de la société suisse des officiers, trois «spécialistes» qui se complètent. Une conversation de grand intérêt aurait pu s’amorcer entre trois hommes de «terrain».

coco arte - 28 minutes 13 novembre 2015

Il fallut attendre près de vingt minutes pour entendre une première fois M.Rouillier qui fit carrière dans le «renseignement». C’est – évidemment – la représentante de l’UDC qui mit le feu au poudre, même si sa dextérité verbale n’atteint pas des sommets escaladés avec quelques «euh»! Un David Berger, débordé, permit à «Infrarouge» d’alimenter «26 minutes»!

Trouver une autre formule…

Avec «Infrarouge», la TSR dispose d’un peu plus de soixante minutes par semaine pour commenter des sujets souvent liés à l’actualité. Les trois dernières émissions ont fait appel sept invités au moins. France 5, avec «C…dans l’air», dispose de plus de cinq heures par semaine, avec quatre invités chaque jour et un animateur. Les invités ont le temps de s’exprimer. Ils se trouvent en face d’un (d’une) animateur(trice) qui maitrise son dossier et sait profiter de l’occasion d’en savoir davantage à la fin de l’émission. Les dérapages sont rares. Les invités sont là pour expliquer pourquoi ils pensent avoir raison, pas pour démolir les autres.

13 novembre 2015

«Infrarouge» se déroule en public, qui applaudit au début probablement pour remercier la puissance invitante. Mais comment interpréter les applaudissements finaux: comme un indice de satisfaction? Une émission dite de débats mériterait, en principe, mieux qu’un soir de semaine aux environs de 23h00, quand les téléspectateurs se font rares.

Le temps est venu de trouver une autre formule pour «Infrarouge». Pourquoi pas s’inspirer du modèle de «C..dans l’air», deux fois au moins par semaine…

« Je suis femen » sur RTS1 à minuit !!

Les « femen »? Elles font partie de l’histoire récente de l’Ukraine, tout de même avant les violences d’une guerre. Le film d’Alain Margot est proposé par RTS 1 ce jeudi 19 novembre à 23h45, quand le public est à tout le moins clairsemé. Voici un texte paru dans « L’événement syndical » du 14 mai 2014 dont je suis l’auteur. Remarques sur la programmation suivent : entre minuit et deux heures du matin, combien de divisions – c’est la question que se posait Staline, sauf erreur, à propos du Vatican! (fyly-17.11.15-16h23)

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

 Les rectangles jaune et bleu du drapeau de l’Ukraine sont transformés en cercles pour suggérer des yeux peints sur du carton, représenter un symbole sur une affiche, recouvrir des seins nus. Le mouvement « Femen » s’est assurément fait connaître par ces poitrines montrées devant des foules parfois nombreuses, appuyé du slogan « Nudité-Liberté » pour que cela se trouve « dans tous les journaux » puisque « on n’est pas habitué à voir un objet sexuel protester ». Pas d’exhibitionnisme, mais on peut être choqué, à tout le moins surpris ! Assurément, de la provocation : et volontaire !

wp-artwork4

Au début, en 2011, elles étaient quatre pour former leur association, Oxana, aux cheveux sombres, Anna, la rouquine, Sasha et Inna, en toute blondeur, pour défendre la démocratie dans leur pays. Puis elles furent plus nombreuses et sortirent d’Ukraine pour s’en aller en Biélorussie, à Moscou, dans d’autres pays d’Europe. Elles veulent contribuer à refaire le monde, protester un peu tous azimuts, contre le comportement de la direction d’un zoo, devant la direction zurichoise de la ligne internationale de hockey-sur-glace soutenant le dictateur Loubachenko qui reçoit actuellement des championnats du monde. La politique est bien présente, contre des dictateurs (Poutine), des politiciens contestés (Victor Ianoukovytch l’enrichi ou Ioulia Tymochenko).

Je suis Femen - Caravel films

Cinéaste neuchâtelois, Alain Margot, sensible à l’univers féminin, la citation de Cioran en début de film en témoigne, a commencé de tourner en 2011 avec le quatuor, durant certains préparatifs, lors d’apparitions en public. Il se met à saisir des visages dans la foule, des témoignages admiratifs ou agressifs, des policiers qui traînent Sasha qui se laisse aller mais crie le plus fort possible sa réprobation. En équipe réduite, il s’immerge dans les actions publiques des « femen », peu à peu accepté dans leur vie privée, avec l’aide d’une traductrice amie d’Oxana qui devient son assistante. Au fur et à mesure du temps qui passe, l’une d’elles va même s’adresser à la caméra, autrement dit à Margot. Les heures enregistrées s’accumulent. Un « Temps Présent » de 26 minutes donne une première idée du mouvement.

Je suis femen - Oxana

Mais il est impossible de montrer ce qu’il advint à Moscou ou en Biélorussie où les « Femen » furent malmenées, battues, obligées mains liées de tenir des panneaux sur lesquels furent dessinées des croix gammées. Il restera de ces violences racontées un visage tuméfié, le plâtre sur un bras cassé.

Il faut tirer de ce matériel abondant un film. Cela se fera forcément au montage. Des heures et des heures d’images et de son numériques va émerger la colonne vertébrale, Oxana, qui accepter de parler d’elle, suivie par le cinéaste lorsqu’elle rend visite à sa mère ou dans son lieu de vie où elle travaille, observée dans les plus quotidiens de ses gestes, prendre un crayon pour faire fonctionner un interrupteur en mauvais état, peut-être le même crayon qui lui servit d’épingle à cheveux. Oxana finit par sourire à la caméra. Parfois, on la voit parler en direct, mais d’autres images se substituent à son visage, pas forcément celles de l’instant du dialogue.

Je

On va découvrir son enfance, les liens avec sa mère qui a peur pour elle à cause de ses engagements. De son père elle se souvient qu’il tombé au chômage après la chute de l’empire soviétique, au point de « sombrer dans l’indifférence ». Sa sensibilité artistique lui fait dessiner minutieusement des icônes, alors qu’elle s’imaginait entrer dans un couvent. Sa présence est alors si forte, si juste, si lucide que c’est elle qui finit par dire « Je suis femen ». Elle est devenue celle qui fait le passage entre les actions et les engagements des « femen » et le spectateur. C’est un très beau portrait d’une femme.

Entre des séquences différentes, un même thème musical fait parfois le lien. Un déplacement en train permet de mieux découvrir les membres du quatuor initial. Les informations sur la date d’un événement, les lieux où il se déroule ne sont peut-être pas assez nombreuses. « Je suis Femen » et Oxana méritent ce coup de cœur. Le reportage initial par immersion s’est transformé en document de création.

 

La grande lessive 2ème : avec Frédéric Maire

Pour commencer, reparlons consommation dans un autre domaine: actuellement, je ne lis plus jamais «20 minutes», rarement «Le Matin» en semaine – pour le jeu des ponts! –, assez souvent le quotidien local, mais tous les jours «Le Temps» et «Le Monde». Dans un journal, on choisit, quand on veut, ce que l’on veut lire, parfois même attiré par un titre!

Il est plus facile de feuilleter un journal que de pitonner devant son petit écran d’une chaîne à l’autre. Et bien difficile de comprendre, parfois, devant quoi on se trouve: commencer de regarder une émission, c’est souvent s’imposer d’y aller jusqu’au bout, surtout si on ne sait rien de son contenu.

Agréable triple choix, donc précieuse partielle liberté pour « La grande lessive », deux possibilités sur le petit écran, le soir vers 18h15 sur RTS Un, avec reprise le lendemain à 12h40, sur RTS 2, plus la visite sur internet. En gros, «La grande lessive» équivaut à quelques (parfois bonnes) pages du «Matin» ou du quotidien local.

Le choix des invités

 Or donc, on l’a compris: l’invité du lundi propose à la production le nom de certains de ses proches (on ne sais pas s’il en propose plus que quatre) qui vont apparaître à leur tour comme invités les autres jours de la semaine. Le hasard veut que je connaisse beaucoup de choses de Frédéric Maire.

 

Lundi 2 novembre 2015 : question posée à Frédéric Maire pour passer au sujet pilaIre : avez-vous porté la barbe. Voici la réponse, tirée du cinémaon no 832 de Gérard Courant, à la Chaux-de-Fonds en 1986

Lundi 2 novembre 2015 : question posée à Frédéric Maire pour passer au sujet pilaire : avez-vous porté la barbe? Voici la réponse, tirée du « cinématon no 832 » de Gérard Courant, à la Chaux-de-Fonds en 1986

Ses invités, Chicca Bergonzi, sa proche collaboratrice tant à Locarno qu’à Lausanne, Carlos Henriquez, humoriste qui actuellement se produit en Suisse alémanique et en profite pour flâner, par exemple à Zürich, qui dans un lointain passé gagna sa première pige par «La lanterne magique», Teresa Larraga, comédienne, acrobate, chanteuse, directrice en son théâtre Frenesi, Fabrice Aragno, cinéaste neuchâtelois, collaborateur de Jean-Luc Godard depuis une dizaine d’années, témoignent de la sensibilité et de la curiosité de l’auteur de ces choix cohérents.

Reste tout de même que ce choix d’invités de l’invité, aussi cohérent soit-il, est le reflet soit d’une bonne idée à la base du concept de l’émission, soit d’une certaine paresse des concepteurs qui abandonnent une partie de leur responsabilité de puissance invitante à leur propre invité. Les deux, peut-être!

A quoi sert le décor de "La grande lessive" ? A présenter les collaborateurs, Yann-Olivier Wicht

A quoi sert le décor de « La grande lessive » ? A présenter les collaborateurs, Yann-Olivier Wicht

Le décor associé au titre de l’émission, est-ce vraiment une bonne idée? Et même le titre? L’intertitre qui suit eut fait l’affaire… comme titre!

Du coq à l’âne

 Au moins une fois par émission, Maurine Mercier utilise l’expression, comme si toute l’émission tenait de ce principe de passer d’un fier coq à un âne bâté. Et peut-être bien que derrière l’expression tout de même ambiguë, il y a réelle volonté de liberté de ton, de diversité dans les rubriques régulières portées par des chroniqueurs internes ou externes réguliers. Option possible: choisir un thème d’actualité chaque jour: entreprise beaucoup plus risquée!

Comment dès lors faire passer ce «Coq-à-l’âne»? Priorité à l’animatrice: Maurine Mercier s’en tire plutôt bien, sur la foi d’une dizaine d’exemples déjà vus. Il semble même qu’elle parvienne à commencer de remplacer des dialogues entre chacun d’eux et elle par des conversations à plusieurs.

Parler de Godard Jean-Luc et de légumes oubliés

Bon exemple, le vendredi 6 novembre 2105. Le chroniqueur «cuisine» présente un choix de légumes oubliés dont les qualités sont à redécouvrir. L’invité de l’invité est sommé de s’expliquer sur le cinéma selon Jean-Luc Godard, version vingt-et-unième siècle. Question: qui a vu du Godard? Monsieur cuisine s’est clairement annoncé plutôt gendarme à St-Trop!

Philippe Ligron, le cuisinier aux légumes oubliés mais savoureux...

Philippe Ligron, le cuisinier aux légumes oubliés mais savoureux…

Mais voilà que les mêmes mots pour décrire l’attention face à l’inattendu insolite font comprendre qu’ils témoignent de la même attitude de curiosité. Une conversation un peu plus large révèle un accord de sensibilités.

Alors, ce vendredi, un petit miracle? «La grande lessive» pourrait-elle en créer un, chaque jour?

«Les yeux dans les yeux»: deux personnes dans le même cadre qui se parlent sans se voir ni se regarder, c’est un «face-à-face» disons original!!

Préférence personnelle: je resterai, en fin d’après-midi, devant le sujet largement traité de «C…dans l’air», mais ne manquerai pas de revenir en d’autres temps devant «La grande lessive». Pour saluer des progrès…..

La grande lessive : premier retour

Parenthèse initiale, qui n’a strictement rien à voir : très belle finale entre Nadal et Federer, bien filmée, bien commentée. Bien entrelardée de pub : les images qui précèdent et suivent depuis quelques semaines les spots sont d’une grande élégance. Mais le rappel forcément fréquent du sponsor avec ces aiguilles d’un garde-temps qui jouent avec une belle jaune, à la vitesse d’une échange de ping-pong, était bougrement ennuyeux et exaspérant !

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

Isabelle Nussbaum, productrice hors-antenne de "La grande lessive"

Isabelle Nussbaum, productrice hors-antenne
de « La grande lessive »

 

Dans le dernier paragraphe du texte « La grande lessive : pour quel linge ? », nous annoncions : « On y reviendra ». Promesse tenue ce dimanche 1 novembre 2015.

Ce fut, mercredi dernier, une sorte de retour personnel à de lointaines sources : rendre compte d’une émission le lendemain même de son passage. Le vendredi matin, après un « Temps Présent » par exemple, on trouvait une bonne demi-douzaine de textes dans la presse romande. Aujourd’hui, pratiquement plus rien. Le « média-presse » a été supprimé, même pas par mesure d’économie, mais faute de combattants. On écrit beaucoup moins sur la télévision que l’on vient de voir. Et à l’intérieur de l’entreprise tv, le lendemain, il y a la « précieuse » publication des parts de marché, en pourcent et en milliers de spectateurs. C’est tellement plus sérieux, le quantitatif, que le reflet de réflexions plus ou moins amicales !!

 

Samuel Vuillermoz, chroniqueur "Musique" dans le tambour de "La grande musique" (Photo RTS,Laurent Bleuze)

Samuel Vuillermoz, chroniqueur « Musique » dans le tambour de « La grande musique » (Photo RTS,Laurent Bleuze)

Assez satisfait de mes considérations du 28.10.15 : vu plutôt juste après avoir suivi, en direct ou sur play tv, les cinq émissions de la première semaine.

Oui, c’est vif, bien conduit, détendu. Oui, la diversité est au rendez-vous. On ne s’ennuie pas. On parle beaucoup, en effet. « Tv talk-show », c’est une émission-débat télévisée. « Talk », c’est une conversation, et « show », un spectacle. On trouve aussi « causerie » comme proposition de traduction.

En cours d’émission, une bizarre partie, image coupée en deux, pour une conversation dite « les yeux dans les yeux » : l’animatrice et son interlocuteur ne se regardent pas !!

« La grande lessive » est une suite de dialogues, dont l’un des membres est l’animatrice, sur un nombre de sujets au moins égal au nombre des invités, quatre, que ceux-ci soient des chroniqueurs réguliers ou des invités occasionnels, et encore pas n’importe lesquels puisque l’invité du lundi aura été sommé de proposer quatre autres personnes pour les jours qui suivent. Confirmation d’un sentiment de méfiance : les responsables de « La grande lessive » donnent dans la paresse en empruntant les bonnes adresses de leur invité principal.

 

Claire Braillard / Jost Reding / Delphine Mistelli / Yann-Olivier Wicht / Quatre chroniqueurs de "La grande lessive" (Photo RTS/Laurent Bleuze)

Claire Braillard /Jost Reding /Delphine Mistelli /
Yann-Olivier Wicht / Quatre chroniqueurs de « La grande lessive » (Photo RTS/Laurent Bleuze)

Y a-t-il débat ? Pour le moment, rien ! Au moins, on évite l’esprit d’ « Infrarouge » où ce débat tient très souvent du pugilat ! Il s’agit d’autre chose : d’une suite de dialogues entre l’animatrice et chacun des autres présents. Dessiné un pentagone et relié ses sommets d’un trait pour lors de chaque partie de l’émission : la grande majorité des segments de droite s’appuie sur Maurine Mercier.

Les dialogues sont souvent intéressants. Mais il suffit de citer l’animatrice pour résumer ce qui se passe à l’antenne durant presque trente minutes : on passe du coq à l’âne ! Reste ainsi à se définir par rapport au principe même de ce type d’émission « coq-à-l’âne » : on doit oser pouvoir lui préférer des reportages plus fouillés ou des enquêtes d’investigation. Car c’est bien une des tendances des chaînes de télévision généraliste même de service public que de se donner pour mission de faire court ! On doit pourvoir oser le regretter !!

Conclusion personnelle : en semaine, vers 17h45, je resterai fidèle à « C…dans l’air » de France 5. Mais je m’en irai glaner sur internet en Play tv « La grande lessive », ne serait-ce que pour entendre Frédéric Maire directeur de la Cinémathèque parler de la collaboration de son institut avec la radio et la télévision autour de l’émission « Travelling »!

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

PS I qui n’a presque rien à voir : « Travelling » est assurément une émission dite « *culturelle », si tant est que l’audiovisuel appartienne à la culture. Trouvé sur twitter une fort intéressante citation : QUAND ON PROPOSA A WINSTON CHURCHILL DE COUPER DANS LE BUDGET CULTURE POUR AIDER L’EFFORT DE GUERRE, IL REPONDIT TOUT SIMPLEMENT : MAIS ALORS POURQUOI NOUS BATTONS-NOUS ?

PS II : intéressante présence, le mercredi 28 octobre 2015, d’Eric Burnand, pour présenter le « C’était mieux avant? » consacré à l’amour, émission sur laquelle il faudra revenir. Une bonne idée à retenir, cette rubrique où l’on pourrait entre coq et âne, parfois, parler de radio et de télévision…

 

 

La Grande Lessive: pour quel linge?

Sur RTS Un, jusqu’au vendredi 23 octobre 2015, c’était encore, à 18h05, «Top models» ( no 7077 !), puis à18h30, «La roue de la chance» (possibilité de gagner jusqu’à cent mille francs), de la télévision populaire pour faire concurrence à Tf1 et M6, la télévision généraliste commerciale.

Depuis le lundi 26 octobre, «La roue de la chance» passe à 17h20, «Top models» à 17h45 ( nos 7078 et suivants ). A 18h10, c’est «Le court du jour» parfois intéressant et dès 18h15, la grande petite nouvelle émission de conversation (talk-show), «La Grande Lessive», durant trente minutes. Cette intéressante télévision s’éloigne des commerciales généralistes pour s’approcher un tout  petit peu de rivales généralistes de service public comme France 5 et Arte. Donc à tout le moins, un progrès, un brin de courage au plan du programme: à saluer! Et qu’importe les futurs parts de marché en milliers ou en pourcent.

Un générique assez plaisant

Le titre?

Qui dit «lessive» dit linge, mais ce ne sera heureusement pas pour le laver en famille: il ne faut pas fouler les territoires si brillamment occupés par «Infrarouge» où, depuis quelques temps, le public invité se met à applaudir, sans qu’on comprenne qui ou quoi! Dans une machine installée dans une grande buanderie, on pourra donc enfiler toutes sortes de linges entre eux mélangés, même si la température idéale pour les uns n’est pas celle des autres. On y parlera de tout et de rien.

Le concept

 Il est relativement simple: trente minutes, un plateau, des dialogues, des documents entre eux insérés. Une animatrice accompagnée par une collègue, un ou deux chroniqueurs chacun spécialiste dans son domaine, un ou une invitée le lundi qui donne les noms de quatre personnes à convier pour les autres jours de la semaine. La production cherche donc seulement un invité par semaine qui lui assure des présences pour toute la semaine. Un peu de paresse dans l’air! Mais intéressant tout de même.

Espérons-le pour la production: un budget pas trop chiche, probablement « emprunté »  à l’ensemble des autres producteurs d’émissions de la RTS plus ou moins linéairement ou avec des suppressions à venir d’émissions existantes comme « Outre-Zapping », une des rares occasions sur la RTS de savoir comment on fait de la télé à Zürich et Lugano ou encore «Travelling», le cinéma pour cinéphile unissant cinémathèque, radio et télévision – en attendant d’autres coups de rabot.

Une vingtaine, pour 150 minutes par semaine.....

Une vingtaine, pour 150 minutes par semaine…..

Le résultat? Mais deux numéros, lundi 26 et mardi 27 suffisent-ils pas pour s’en faire une première idée? Prenons le risque…

L’animation

La réussite d’un tel spectacle de mots passe évidemment par la présence de l’animateur ou de l’animatrice qui doit tisser des liens, et entre les sujets, et entre les invités. Pas facile à faire! Employons le féminin. Voilà qui demande d’être curieuse, détendue, attentive, de savoir s’exprimer avec facilité, élégance et rigueur. Examen de passage sur le chemin de la réussite, rodage en cours, pour Maurine Mercier, fort à l’aise dans ses dialogues avec certains participants.

Maurine Mercier, l'animatrice, devant quatre machines pour linges colorés....

Maurine Mercier, l’animatrice, devant quatre machines pour linges colorés….

Hier, entres des émissions différentes, il y avait de présentatrices et des présentateurs assurant la liaison par de courtes interventions. On les appelait «speakerines». L’animatrice d’un «talk-show» doit être une bonne speakerine qui doit se rendre indispensable. Mais elle doit savoir faire plus que de présenter la prochaine intervention. A elle de créer un climat qui permette d’amorcer une conversation à plusieurs, à partir de dialogues. Cela ne sera pas facile. Peut-on aisément passer d’une avocate spécialisée dans le droit de famille et musicienne à un récit scientifique sur les poissons nettoyeurs de grands fonds, d’une école de musique à un film en 3D qui donne le vertige, les frères Lumière alors invités en gare de la Ciotat pendant quelques secondes.

Comparaisons pas forcément raisonnables…

 Trente minutes de «La Grande Lessive», c’est un peu l’équivalent de disons quatre pages du «Matin». Les «28 minutes» d’Arte, (du lundi au vendredi à 20h05) animées par Elisabeth Quinn, ce sont deux pages du «Temps» ou une page du «Monde». Avec le «C..dans l’Air» d’Yves Calvi (France 5, en semaine dès 17h48 avec reprise vers 22h30) ce sont deux pages du «Monde» ou trois/quatre du «Temps».

«La Grande Lessive»? On y reviendra: le concept existe, intéressant mais prudent. Il aurait pu être plus ambitieux. L’animation est assurément prometteuse. L’émission y gagnera quand elle deviendra une conversation à quatre ou cinq et pas seulement l’addition de dialogues et de présentation de courts documents.

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

 PS qui n’a presque rien à voir…

Lu, en page 14 du «Monde» (édition du mercredi 24 octobre 2015), en attendant de le relire, un magnifique témoignage d’une historienne de 67 ans, Lucetta Scaraffia, qui vient de participer au synode des évêques sur la famille, sous le titre annonciateur du ton général du texte, «Et Dieu bouda la femme».

Ceci, juste en passant, pour donner la mesure de ce que peut apporter une page du «Monde» ou de tout autre quotidien de haut vol, selon préférence personnelle….

 

Elections fédérales, 18.X.15

Pris le train en marche dès 13h15 ; décidé d’aller jusqu’au terminus ; y suis parvenu après quelques pauses, en profitant des plages publicitaires, peu nombreuses avant 20h00. Tiens, et si un jour d’élections fédérales, on s’en passait, sur une des deux chaînes romandes, de la pub ? Ce serait peut-être un demi-million de perdu pour l’ensemble de la Suisse. Alors….

Lors d’une telle journée, la télévision (choix personnel de ne suivre qu’elle) se veut tout à la fois télévision cantonale (les tours répétés de Romandie), régionale (avec informations sur une partie de la suisse alémanique et au Tessin), fédérale, avec un centre de diffusion installé au palais fédéral, les projecteurs et une installation d’accueil ressemblant à une blanche baignoire contrastant avec l’iconographie des murs et des plafonds. C’est très ambitieux : pari plutôt bien tenu !

Forcément, en adoptant l’horaire type CFF, un train par heure, sur certaines lignes un par demi-heure, les répétitions sont nombreuses. Source d’ennui, mais l’ensemble d’une telle journée n’est pas préparée par les « masochistes » qui décident de la suivre presque intégralement.

Bilan d’ensemble : ambitions considérables tenues, rébarbatif accepté.

Bureau de calcul

 Bien entendu, on donne d’abord des tendances, on dessine des projections basées sur une partie des résultats qui frôlent les certitudes dès que les pourcentages augmentent. Le début de la journée fait entendre fréquemment le conditionnel. Puis peu à peu apparaît l’indicatif, appuyé pendant quelques heures encore d’un « si », pour devenir quasi-certitude, malgré un résultat n’est pas encore connu (Vaud sans la ville de Lausanne). On aura aussi eu droit, avec un timide « trente/vingt-neuf/vingt-hui…trois/deux/un/zéro», à une première projection pour l’ensemble du pays, dès 19h00, finalement déjà assez proche de la réalité..

Elections fédérales - octobre 2015

Tenir l’antenne pendant plus de dix heures, sans oublier les temps de préparation le jour même, c’est un exploit dont la grande majorité des collaborateurs est capable. Mais on ne voit que ceux qui passent à l’attente. Bonne occasion de saluer les anonymes en coulisses, parfois tout de même mentionnés dans un générique de fin qui défile assez rapidement.

Une surprise toutefois : le nombre de sièges mesure des forces en présences qui représente 200 voix au national et 26 aux Etats. Mais les pourcentages recueillis par les partis apportent une autre indication sur la force réelle de chacun d’eux. Surprise au « 19 :30 » : pour l’UDC, ce sont onze sièges de plus ( 20 %), pour 1,4 % de suffrages en plus ! Oui, mais à 21h00, le gain de onze sièges subsiste, mais en pourcent on arrive à 2.9% – le double ! Que s’est-il passé ? On aura passé comme chat sur braise cette correction !

Mais des petites variations en pourcent sur l’ensemble des votants peuvent en avoir de plus grandes sur le nombre des élus. Explications : cercles électoraux cantonaux, apparentements, sous-apparentements, etc…

Les invités

 Avec les journalistes de la maison, presque en permanence, deux invités du monde extérieur, dans le studio principal, pour apporter un commentaire personnel, une vision particulière. Pas du tout pour profiter de l’occasion afin de dire à celui qui est en face qu’il a tort : une journée à l’opposé de l’esprit qui continue de présider à « Infrarouge » où, chaque fois qu’on y aborde un problème, celui-ci devrait se prêter à dispute. Cela fonctionne bien avec la majorité des participants, sauf une ou deux exceptions, celle d’Oskar Freysinger retrouvant son rôle de provocateur catégorique: heureusement, il avait un train à prendre ! Voici ainsi de longs moments où l’on s’écoute plutôt que de faire du spectacle avec des oppositions.

Repéré en passant quelques moments intéressants :

+ Allusions aux réseaux sociaux comme un des vecteurs importants de la campagne qui s’achève, mais sans savoir mesurer leur poids. Le Matin (mardi 20 octobre) titre sur deux pages : « Les réseaux ne font pas les élus », ce qui amorce une réponse, mais le texte cite exemples contre-exemples !

elections fédérales octobre 2015 - une information sur facebook

+ Emission commune depuis Berne à 19h00, en patois alémaniques et en français, avec traductions, puisque chacun parle dans sa langue. Mais Levrat répond à Müller en allemand, traduit, bien sûr en français. Notons au passage : pendant ces presque huit heures, rarement (ou pas du tout ?) entendu de l’italien….

+ Andréas Gross rend un assez vibrant hommage au travail effectué par la radio en Suisse romande, bien plus engagée dans le débat qu’en Suisse alémanique. On aimerait en savoir davantage. Mais pour cela, il faudrait qu’il existe dans chaque région une émission sur les points forts des deux autres. Or il semble que « Outre-Zapping », certes fort maladroite, soit prochainement supprimée.

+ Il n’est pas facile d’empêcher Daniel Brelaz de se livrer à une dissertation intéressante sur l’écologie qui, traduite en nombre de signes, dépasse largement les 140 !

+ Les deux partis qui ont disposé des meilleurs moyens financiers (PLR et surtout UDC) sont ceux qui gagnent le plus de sièges. Mais en 2011, PLR et UDC avaient aussi été plus dépensiers que les autres, tout en ayant perdu des plumes. Nouvel exemple et contre-exemple : ce n’est pourtant pas une raison pour justifier l’opacité financière.

+ Maladresse du journaliste qui interroge, à Lausanne, le candidat radical pour le Conseil des Etats, Olivier français, qui n’apprécie guère de se faire qualifier de « troisième » choix, après deux conseillers d’Etat qui ont décliné la proposition de candidature.

+ Annonce de la victoire de « la fille Blocher » dans les Grisons, qui semble se nommer légalement Magdalena Martullo-Blocher

Eveline Widmer-Schlumpf

 Ah, quel beau sujet que de lancer dans le débat quelques hypothèses, avant même de savoir si la principale intéressée a pensé oui ou non rester candidate. Voilà qui devrait permettre de revenir à l’ambiance d’« Infrarouge ». A Berne, l’animatrice semble obsédée par ce sujet. Question : qui décide des thèmes de discussion ? Le choix  intervient-il avant l’émission? Tout de même, le sentiment que ce sujet qui reviendra encore pendant des semaines et des semaines tenait plus de l’anecdote que d’un problème politique prioritaire. Là, nous avons frôlé la télévision du spectacle qui se fait au détriment des idées. Les électeurs et électrices ont-ils pensé prioritairement au prochain conseil fédéral? Personne n’a l’a prétendu!

Eveline Widmer-Schlumpff interrogée par la RSI

Eveline Widmer-Schlumpff interrogée par la RSI

On aura plus parlé de Mme W.S que de problèmes énergétiques, de l’Europe, du réchauffement de la planète ou même des réfugiés économiques qui sont différents des demandeurs d’asile. Les problèmes des « migrants » sont restés discrètement évoqués durant toute la campagne, même par l’UDC, qui aura amorcé sa dé-diabolisation.

Mix&Remix évoque l'Europe, mais pour le 20 octobre 2015

Mix&Remix évoque l’Europe, mais pour le 20 octobre 2015 à « Infrarouge »

En résumé, appréciation prudemment positive sur ce dimanche d’élections fédérales du 18 octobre 2015 sur un sujet répétitif et parfois ennuyeux, moyennement informatif.

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

 

PS : revue de presse autour de E.W-S

 Noté dans sept quotidiens romands du lundi 19 octobre la place accordée à la réélection ou non, dans quelques semaines, au conseil fédéral, de Mme Eveline Widmer-Schlumpf, qu’il reste assez difficile de faire passer pour quelqu’un de centre-gauche !

Au titre du journal (colonne 1), associons la pagination consacrée à Mme E W.S(2), le nombre de pages consacrées aux élections (3), l’ampleur de l’édition(4)

Titre Pagination Nbre de pages sur EF Nbre pages édition
L’Express-L’Impartial 2/3 14 40
Le Temps 1 11 32
Le Nouvelliste 2/3 14 44
La Liberté ¼ 16 40
Le Quotidien Jurassien 0 11 32
Tribune de Genève ¾ 13 32
24 Heures ¾ 10.5 32

Pas eu l’idée de relever les temps durant ce dimanche 18 octobre sur le petit écran. Mais c’est entre 18h30 et 20h00 heures de haute écoute, que j’ai ressenti cette impression de la trop forte présence de ce sujet sur le petit écran.

Le Monde, édition datée du mardi 20 octobre2015, en page 4, titre « Raz-de-Marée populiste au Parlement helvétique », en 160 lignes dont 24 consacrées à Mme E.W.S. On y trouve une erreur : progression de l’UDC annoncée à 1.4 point, peut-être bien ce 1.4% de la RTS à 19h00, corrigé par la suite..

 

Aux urnes, citoyens (et citoyennes)…

Titre partiellement inexact : on peut voter sur internet ou par correspondance. Je m’en suis presque tenu à mes habitudes – listes manuscrite avec 50 pourcent de femmes. Sur six noms, cette fois, j’en ai inscrit quatre au masculin ! Mais la campagne électorale télévisée n’aura en rien influencé mon vote personnel par correspondance exprimé à peine l’enveloppe reçue. Ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas suivre au moins de temps en temps le travail fourni par la télévision. Les principales organisations de la SSR-SRG, en radio et télévision, en direct, en différé, sur internet, sur les réseaux sociaux ont accordé beaucoup de temps à ces élections – trop ? Survol!

Une excellente surprise : Factchecking !

L’excellente surprise ne réside pas dans l’utilisation de l’anglais. D’ailleurs, une demande de traduction sur google aura conduit à factchecking traduit par … factchecking. Wikipédia aura confirmé qu’il s’agit d’une vérification par les faits, par exemple l’exactitude d’informations numériques, souvent appelées « chiffres » au lieu de « nombres ». En fait, il s’agit d’une courte rubrique intitulée «  A Dire Vrai » qui veut, à vrai dire, dire ce qu’elle a à dire.

Au lendemain du passage d’un parti, durant le « 12H45 », pendant deux/trois minutes, Emmanuelle Jacot reprenait une ou deux des interventions soit prêtant à hésitations frôlant la crédibilité d’une affirmation, soit mettant en cause la rigueur d’une information numérique. L’importance d’une telle rubrique ? La télévision, ainsi, prend une indispensable distance à l’égard d’affirmations péremptoires. Elle apporte des rectifications qui rappellent au téléspectateur l’importance de l’esprit critique, essentielle liberté.

Face aux partis - A Dire Vrai (RTS - septembre/octobre 2015)

Sur internet, on peut même offrir un vrai luxe : dire vrai un peu plus par des adjonctions écrites, des tableaux comparatifs, des images. Un exemple parmi d’autres : le syndic de Lausanne, Daniel Brélaz, espère retourner au conseil national. Il a affirmé que 100 kilomètres carrés de panneaux solaires pourraient remplacer toutes les centrales nucléaires de Suisse, fissurées ou non. Calculs faits, même en prenant les panneaux solaires les plus efficaces, ce serait quinze à vingt pourcent de plus. Différence pas très importante. Mais placer un carré de 10 ou 11 kilomètres de côté seulement sur Lausanne rappelle que cela ferait tout de même une bien grande surface à recouvrir de panneaux solaires. Ce « cent kilomètres carrés » peut aussi être traduit en quatorze mille terrains de football ! Un utile renvoi est aussi proposé vers une statistique de l’OFS sur les différentes sources d’énergies en Suisse ces dernières années. Ce n’est pas « trop de chiffres » qu’il faut déplorer, mais « pas assez » s’ils sont correctement accompagnés.

Un grand, très grand bravo à ceux qui ont eu l’idée de cette rubrique qui s’inscrit en faux contre toute forme de lavage insidieux du cerveau….

C’est ce que vous voulez, non ?

Extrait du « Bétisier » du dernier « Moi, candidat » (30 septembre), dans l’émission animée par Géraldine Genetti et Michel Zendali. Un candidat répond :« C’est ce que vous voulez, non ? On m’a dit que vous vouliez du spectacle ? Alors… » Une consigne donnée à des candidats devient donc une « bêtise » ! Il est pourtant possible de mettre sous le signe du «spectacle» une partie de la campagne à laquelle on vient d’assister.

Terminer par un « Bêtisier » plusieurs émissions qui apportaient quelques contributions intéressantes à un débat d’idées n’est pas une très bonne idée.. Mais c’est évidemment une manière de reconnaître, involontairement, ce désir de transformer en spectacle une campagne qui devrait permettre de savoir quelles sont les idées d’un parti et les attitudes de quelques-uns de ses représentants.

Infrarouge : le grand débat

Le mercredi 7 octobre 2015, en guise de couronnement pour l’ensemble des émissions consacrées aux élections fédérales, en près de trois heures, nous eûmes droit, chance incroyable, à cinq « Infrarouge » successifs, sur cinq sujets, l’asile, l’Europe, l’économie, l’énergie et le conseil fédéral.

29 invités, en tout – invités par la télévision ? désignés par les partis ? Probablement invités par la télévision ! Qui sont donc ces vingt-neuf éventuels futurs élus ou réélus ?

Représentation politique : Cinq UDC, cinq PLR, cinq PDC, cinq PS, égalité entre ce qui est considéré comme les quatre grands partis, avec encore 5 écologistes dont une verte libérale et les représentants de quatre partis ayant peu ou pas actuellement de représentants à Berne, deux à gauche et deux à droite. Un assez bon équilibre proche de la réalité des forces en présence !

Origine géographique : Dix vaudois, sept fribourgeois, cinq genevois, trois valaisans, deux neuchâtelois, un jurassien, un jurassien bernois. Cela n’est pas proportionnel à la population réelle, à cause de la forte représentation fribourgeoise. Tant pis. Heureusement, on évite le principe qui aurait dit : égalité entre délégations cantonales, autrement dit surreprésentation du petits cantons et sous-représentations des grands.

Femmes et hommes : aux chambres fédérales, il y a actuellement à peu près de 30 % de femmes, loin de l’égalité naturelle entre sexe. A « Infrarouge », cela fait sept femmes pour vingt-deux hommes, même pas le quart ! Besoin de commentaire ?

« Infrarouge » étant est une émission qui tient souvent du pugilat, ce pugilat étant un moyen de faire du spectacle avec du débat politique ( voir plus haut, « C’est ce que vous voulez, non ? »), préserve les « pauvres et faibles » femmes de la foire d’empoigne. Merci pour elles ! Esther Mamarbachi y tente souvent de diriger autoritairement les débats alors que David Berger s’efforce de les animer.

Vous rêvez d’une émission  « qui serait attentive à ce qui est dit et non à qui le dit », alors suivez « C… sans l’air » plutôt qu’ « Infrarouge ». (La citation est adaptée d’un message de François Hollande à Michel Rocard

« The affair »: belle et subtile réussite

« The affaire » ? Episodes 3 et 4, le mercredi 8 juillet dès 22h30, jusqu’à minuit trente, programmation presque « méprisante » pour cette série qui est une belle réussite.

*=*=*=*=*=*=*=*=*

Pour y passer des vacances d’été, la famille Solloway, Helen et Noah, quatre enfants, se rend à Montauk. Alison, occasionnellement serveuse, et Cole Lockhardt y tiennent à bout de bras un centre équestre un peu désuet. Les deux couples sont plutôt unis, apparemment bien ensemble, bien sûr avec quelques grains de sable. Noah et Allison vont se rencontrer.

Adultère il y aura : sans surprise ! Dès le début du premier épisode, alors qu’il nageait dans une piscine, Noah a croisé une jeune femme inconnue mais tentatrice discrète. Terrain préparé ! Un excellent et intrigant générique va suivre.

Dans les deux premiers épisodes, au milieu et à la fin, un inspecteur de police interroge Noah et Allison à tour de rôle. Sur quoi ? Un accident qui est peut-être un meurtre ? On n’en sait pas plus que l’un et l’autre, qui ne sont peut-être pas seulement témoins. Et qui est la victime ? Ceci pour le « suspens » !

Mais cette histoire d’adultère avec enquête policière va éviter tout banalité par les décisions des auteurs de la série, Sarah Treem et Hagai Levi, lesquels sont crédités de la « création » et participent à la « production » pour « Showtime ».

Le temps du récit ? Ce pourrait être celui des interrogatoires de l’inspecteur de police, Noah et Allison en alternance. On suit d’abord Noah pendant la moitié de l’épisode puis on privilégie Alison. Ce n’est pas vraiment le récit fait par l’un puis l’autre. Si un même événement est abordé différemment, il peut aussi être interprété comme un désir ou un souvenir plus ou moins « flatteur » ! Les mots des réponses que chacun fait à l’enquêteur semblent glisser entre le dialogue pour devenir une voix qui exprime des sentiments intérieurs. Riche ambiguïté !

The affair  showtime les deux couples

The affair : les deux couples (Shotime/RTS)
De gauche à droite : les Lockhartt, Cole (Joshua Jackson) et Alison (Ruth Wilson) et les Dolloway, Noah (Dominic West) et Helen (Mura Tienry)

Alison et Noah sont les figures centrales du récit. Mais d’emblée on sent d’emblée la volonté des « auteurs » de la série d’accorder toute attention aux proches, mari et épouse, enfants, beau-frère d’Alison ou beaux-parents de Noah. Entre autres….

Ce principe d’alternance n’est pas nouveau. Mais il est utilisé ici a avec une grande subtilité. Un même événement peut être mis en scène de la même manière dans chaque récit tout en conduisant le spectateur à s’interroger sur les différences pas toujours faciles à repérer tant elles sont nombreuses mais parfois volontairement insignifiantes. Certes, une partie des événements ne concerne l’un sans que l’autre n’en ait connaissance : forme traditionnelle de récit.

Voici pour premier exemple un dialogue qui se déroule au milieu du deuxième épisode . Alison et Noah ont fait connaissance. Alison va partir adressant comme au revoir un « Noah Solloway ». Noah répond seulement « Alison » laquelle ajoute « Lockhardt » qui amène une relance du premier par « comme le manège ? ». Fin travail d’écriture bien porté par les acteurs et monté avec efficacité pour faire surgir ce qui était connu sans avoir été dit.

Du « vert » au « rouge » en passant par l' »orange »

Au carrefour, le feu rouge impose l’arrêt, le vert donne le passage et l’orange annonce l’arrivée du rouge. Pour l’automobiliste, la situation est claire – encore que l’orange puisse poser problème! La transposition dans d’autres domaines est possible: du vert pour la satisfaction, du rouge pour le refus; et de l’orange pour les nuances. Exemples:

« Vert » pour « Travelling »

 «Travelling» est donc un remarquable « ménage-à-trois » dans le domaine culturel, celui de la cinéphilie, qui peut compter comme simple divertissement pour une partie du public. Le dimanche, un même film est largement commenté à la radio (dans l’émission «Travelling» à 10h, La 1ère). présenté en salle (Capitole à Lausanne à 15h avec reprise le samedi soit à 21h) et sur le petit écran (RTS2, vers 22h). La cinémathèque en assure la promotion par ses canaux culturels habituels! Le site consacré par la RTS à «Travelling» apporte de précieuses informations. Sur le petit écran, après une page de pub, le film tombe du ciel pourtant précédé d’un élégant logo. Ainsi jaillit (22.02.15) en noir-blanc de format presque carré, parlé suédois et sous-titré, «Le septième sceau» d’Ingmar Bergman. De quoi faire fuir le téléspectateur qui « traîne » alors sur RTS2!

Jeanne Moreau ( et Marcello Mastroianni) dans "La notte" ( 1961) de MicheLangelo Antonioni

Jeanne Moreau ( et Marcello Mastroianni) dans « La notte » ( 1961) de Michelangelo Antonioni / 12 avril 2015

L’ensemble aurait d’emblée mérité un vif feu vert pour le ménage à trois et la programmation dans l’esprit d’un ciné-club abordant l’histoire du cinéma, sonore pour le moment.

Dans une chaîne généraliste de service public, il doit y avoir aussi place pour la culture sous toutes ses formes, même si la préoccupation du divertissement (le sport par exemple) est largement et prioritairement prise en compte. Un programme culturel n’attire par forcément le grand public. Il peut toutefois être valorisé en prenant la peine d’informer le téléspectateur de ce qui va suivre, avant l’envahissante pub. Mais cette remarque ne vaut pas seulement pour «Travelling».

ques

Les visiteurs du soir ( 1942) de Marcel Carné, dialogues de Jacques Prévert, avec Arletty /19 avril 2015

Bonne nouvelle, présentation prochainement il y aura :

 L’idée ne nous avait pas totalement échappé!

Ce sera chose faite dès la rentrée pascale, mais comme cela demande un peu de formation et de préparation, nous avons décidé de mettre Travelling à l’antenne dès la rentrée de janvier sans présentations pour ne pas attendre avril.

Avec mes meilleurs messages

Gilles Pache Directeur des Programmes

 Avec cette information d’esprit culturel, la RTS s’inscrit dans la ligne d’ARTE ou de France 5 plus que celle de TF1 ou M6. Tant mieux!

 “Rouge” pour “Le 19:30”

Samedi 14.02.15, “Fête du cinema suisse” à Genève, y compris avec présence du conseiller fédéral Alain Berset qui répond fort bien à la “lettre” envoyée par Jean-Luc Godard pour remplacer son absence physique: quatre minutes de Godard pur et dur, qui sonnent délicieusement dans le conformisme “sous-césars” et plus encore “sous-oscars” d’une cérémonie d’esprit SSR-SRG.

Bonne promotion faite par la RTS elle-même qui énumère ses co-productions “nominées” pour les quartz; elles sont nombreuses. Tout naturellement,  “ Le 19:30” s’y attache en fin d’émission, avec un sujet de trois minutes au environ.

Toshi Toda et isabelle Caillat dans "All that remains" de Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli

Toshi Toda et Isabelle Caillat ( meilleure interprétation féminine, quartz du cinéma suisse 2011) dans « All that remains » (2010) de Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli,

Pierre-Adrian Irlé, entrepreneur audiovisuel et co-auteur, co-réalisateur et co-producteur de « Station horizon” rend hommage en passant à l’acteur Baptiste Gilliéron: sur l’image s’inscrit le nom de “Valentin Rotelli”.

Sous sa puissante barbe noire plus belle encore que celle de Bernard Yerlès, Romain Graf, entrepreneur audiovisuel et co-auteur, co-réalisateur et co-producteur de “Station horizon” répond à une question: sur l’image s’inscrit le nom de “Pierre-Adrian Irlé”.

olga Rogosin et Travis Shakespeare dans "All that remains" de Valentin Rotelli et Pierre-Adrian IRLé

Olga Rogosin et Travis Shakespeare dans « All that remains » de Valentin Rotelli et Pierre-Adrian Irlé, qui existe en bonne partie grâce à sa co-production avec la RTS

Passe une image de la piquante web-série, “Breaks-Up”, produite par Jump Cut Sarl: elle est attribuée à Pierre-Adrian Irlé, ce qui est juste, et Valentin Rotelli, ce qui est faux.

Voilà qui prouve, au “19:30”, une excellente connaissance de l’audiovisuel, fait par des trentenaires, qui se concocte à Genève!!

Ces informations reposent tout de même sur un ilôt de plausibilité: Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli sont co-auteurs de trois films, “961”, “Big sur” et “All that remains” qui ont contribué à leur formation sur le tas. Valentin Rotelli est associé à “Station horizon” comme monteur.

Quand on se plante dans la presse écrite, en général suit un erratum parfois assaisonné d’ un “comme tout le monde l’a remarqué….”! Comment fait-on quand on donne des informations fausses à des centaines de milliers de téléspectateurs? Je n’en sais fichtre rien.

“Orange” pour “26 minutes”

Vincent et Vincent, en radio, durant cent vingt secondes, enfin, à peu près, c’était joyeusement drôle et efficace. Avec trois clous et mille francs, enfin à peu près, ils se sont bricolés un petit studio et ont filmé leurs élucubrations transmises sur internet. C’était joyeusement efficace et drôle. Ils ont tourné en Suisse romande: le spectacle a été enregistré par la RTS. Ce fut, semble-t-il, un excellent reflet du mérité succès public.

Et la RTS eut l’assurément intéressante idée de prolonger ce succès sous forme d’une émission non plus de “Cent vingt secondes”, mais de “26 minutes”. Dans certains sketchs, il reste un peu de la saveur du bricolage de la radio filmée! Mais bon nombre de plans d’extérieurs font remplissage: où est l’intérêt d’une image prise d’hélicoptère? Duja? On aime ou on aime pas; passons! L’invité du jour ne sait pas s’il doit “vendre” sa marchandise ou entrer dans le jeu du duo. La version télévisée semble plutôt retenir l’impertinence spontanée du duo.

Vincent Veilllon lors du tournage de la maquette de "26 minutes" à Lausanne en novembre dernier.Dans l'ombre guette le public ( PhotoJax LOOUVION)

Vincent Veilllon lors du tournage de la maquette de « 26 minutes » à Lausanne en novembre dernier.Dans l’ombre guette le public ( Photo RTS/Jay Louvion))

Oui, mais ! Il y a la présence du public qui “participe” comme dans le “Club” du “mondial”. Ce public hurle sa joie, applaudit sur ordre et rit parfois bien timidement de certains gags. Pour les dizaines de milliers de téléspectateurs, ce public n’est pas un “plus”. L’est-il au moins pour les dizaines d “invités”? Peut-on vraiment parler de « participation »?

« Travelling » : un ménage à trois

A la fin de ce texte qui se termine par une suggestion , on trouve une remarque sur « 50 nuances de Grey » ( PSI) et on assiste à une tentative de sabordage dans le programme de RTS1 du mercredi 25 février 2015 (PSII)

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

 Il y a assez longtemps, la TSR refusait de parler du programme de la «Une» ou de la «Deux» pour proclamer l’existence d’un «même programme sur deux chaînes». Depuis quelques années, les hautes sphères de la SSR-SRG ont fait la découverte du rôle unificateur du sport qui réunit les Suisses des quatre régions linguistiques et des trois chaînes régionales devant le même programme, à pleurer en même temps et en direct quand un témoin échappe d’une main après un mètre de course sur quatre fois cent! Aujourd’hui, RTS2, la deuxième chaîne consacre une part non-négligeable aux sports, jusqu’à leur donner priorité aux heures de grande écoute télévisée, entre 19, 20 et 23h. RTS2 est devenue partiellement chaîne « sportive ».

Depuis une dizaine d’années, en Suisse romande, la radio et la télévision sont  plus proches, et pas seulement par la structure de direction. Les collaborations, ni évidentes ni faciles, sont parfois heureuses. Ainsi l’excellent «120 secondes» radiophonique est-il devenu un «26 minutes» télévisé, avec un bonheur assez moyen. Il vaut la peine de s’arrêter sur une expérience récente, un ménage cinématographique à trois, entrainé par le « travelling » radiophonique.

Brazil - Terry Gilliam (1985) Travelling - 5 avril 2015

Brazil – Terry Gilliam (1985)
Travelling – 5 avril 2015

La cinémathèque

Sous la direction de Frédéric Maire, depuis octobre 2009, la Cinémathèque suisse a renoué avec le grand public à Lausanne, en particulier pour les programmes proposés dans la salle «géante» du Capitole. Elle propose un intéressant programme avec des films de qualité souvent populaires, le dimanche à 15h, comme «Le septième sceau» (1956) d’Ingmar Bergman (22 février 2015), «Un homme, une femme» (1966) de Claude Lelouch, (1 mars), «Casino Royale» (1967), de Val Est, Ken Hughes et John Huston (8 mars). Le titre de cette offre ? « Travelling : de la 1ère à la cinémathèque en passant par RTS Deux » !

Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée dans "Un homme, une femme"

Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée dans « Un homme, une femme »

 

La « 1ère » et son « Travelling »

«Travelling», le dimanche entre 10h et 11h, permet à Catherine Fattebert d’apporter différents éléments qui éclairent le film présenté quelques heures plus tard par la cinémathèque. On y propose un résumé du récit, son examen sous divers angles, on y évoque la carrière de son auteur, des témoignages de celui-ci ou de certains de ses collaborateurs. On plonge ainsi dans les archives de la radio. Sont aussi proposés quelques extraits de la bande sonore, alors que le dialogue domine. On y ouvre même des parenthèses éloignées du film, genre information routière! «Travelling» est construit en chapitres qui sont indépendants les uns et les autres, avec d’utiles et courtes répétitions.

Les aventuriers de l'arche perdue (1981) de Steven Spielberg - Travelling, 15 mars 2015

Les aventuriers de l’arche perdue (1981) de Steven Spielberg – Travelling, 15 mars 2015

Il est intéressant d’entendre la voix d’un acteur, surtout si c’est la sienne qui est conservée au mixage. La comparaison entre une version originale et une version doublée pourrait être intéressante. Mais un dialogue en suédois, langue assez rarement parlée sous nos latitudes, finit par dégager un sentiment de longueur, même il s’agit d’un film comme «Le septième sceau». Il pourrait alors être intéressant de compléter une éventuelle traduction avec des informations sur l’image associée aux mots et aux sons.

La cage aux folles (1978) d' Edouard Molinaro  Travelling -- 22 mars 2015

La cage aux folles (1978) d’ Edouard Molinaro Travelling — 22 mars 2015

Il est possible d’écouter et de ré-couter une émission de radio tout en se livrant à une autre occupation. Difficile de rester concentré pendant une heure sur un son seul. La télévision est tout de même plus exigeante puisqu’elle attire aussi le regard.

«Travelling» sur RTS 2

Et durant le même dimanche, c’est la télévision qui prend le relais de la radio et de la cinémathèque. Le film est proposé par RTS2,aux environs de 22h, horaire agréable qui a le mérite de n’être pas trop tardif. Mais il faut aussi que les droits pour la télévision soient disponibles et qu’ils entrent dans un budget de diffusion. On aura pas pu voir ou revoir «Les hommes du président» de Alan J.Pakula (8 février) et «Apocalypse now» de Francis Ford Coppola (15 février), films produits par de grandes compagnies américaines, probablement pas particulièrement sensibles à l’aspect culturel d’une diffusion sur une «petite» chaîne de télévision.

«Silence-radio» sur la télé !

Epatant ménage à trois, sincèrement. La cinémathèque inscrit ce film dans la vaste offre faite désormais dont profite surtout le public de Lausanne. Sur internet, le site de «Travelling», bien construit, offre bon nombre d’informations. Le public en salle se compte au mieux par centaines, les auditeurs probablement par milliers. Celui du petit écran, même sur RTS 2, touche quelques petites dizaines de milliers de téléspectateurs.

Bergman - Le septième sceau /RTS - Travelling 22 février 2015

Bergman – Le septième sceau /RTS – Travelling
22 février 2015

La cinémathèque informe bien son public par ses canaux habituels, la radio s’appuie sur internet. Mais lancer sur le petit écran et ses dérivés, le 22 février 2015, «Le septième sceau», un film en noir-blanc, format presque carré, en version originale, avec sous-titres français par forcément faciles à lire, sans le moindre avertissement, c’est courir le risque de faire fuir un téléspectateur non-prévenu. Les cinéphiles purs et durs ne forment pas une confrérie très intéressante pour la télévision qui veut d’adresser le plus souvent possible au «grand» public. On pourrait au moins, dans une case comme celle dévolue à «travelling» sur TSR2 prendre la peine durant quelques dizaines de seconde d’avertir le public sur ce qui va se passer. Pour cela, il faudrait déroger au principe, la radio parle, la télévision montre.

Quand il s’agit d’une compétition sportive, on l’annonce à l’avance, on en parle avant et pendant qu’elle se déroule, on y revient parfois longuement après avec force reprises. En football, un goal marqué pendant la première mi-temps sera ainsi revu au moins deux fois le même soir !

L’original et précieux ménage à trois sous la houlette de «Travelling» serait plus harmonieux encore si la télévision acceptait de comprendre qu’un brin d’explication avant certaines émissions pourrait être utile pour remplir un peu mieux la «niche» réservée à une minorité. La cinémathèque dispose de collaborateurs qui connaissent bien le cinéma. Ils sauraient même traduire leur amour du 7ème art en quelques dizaines de secondes à l’aide d’une téléphone portable… Encore faudrait-il le leur proposer….

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

PS I, qui n’a rien à voir

A propos des « 50 nuances de Grey »

Nous avons fait part de notre étonnement devant les quelques dizaines de secondes consacrées à «50 nuances de Grey», avant la sortie générale du film le mercredi 11 février 2015. C’est tout de même «bizarre» de consacrer du temps à un film alors que personne n’a vu.

Depuis lors, une seule nuance: un profond ennui. Ne mérite cinématographiquement pas le moindre attention. Une seule raison de s’y intéresser: pourquoi, dans les salles, cette majorité de femmes, de presque tous âges en dessous du troisième? En France, plus de quatre cents mille spectateurs chacun des quatre premiers jours. Mais une chute de près de soixante pourcent entre la première et la deuxième semaine. Comme si les lectrices déçues jouaient du bouche à oreille, sans composante sadique ni machiste!

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

 PS II, qui n’a rien à voir non plus :

Mercredi 25.02.15, 20h10: sabordage?

Birdman - Unaritu (Fox-EWarner)

Birdman – Alesandro Unarritu

On le sait depuis fort longtemps: la force principale de la RTS réside dans son programme de 18h45 à 21h, presque uniquement composé d’émissions fabriquées par ses soins. Toute exception est une sorte de trahison de ce qui fait l’originalité de la programmation de «notre» télévision.

Mercredi 25 février 2015, à 20h10, une fiction américaine, «Le mytho» (2010, 110 minutes), d’un certain Dennis Dugan. Vu quelques minutes d’un film mal doublé, probablement insignifiant, qui ne remplace en aucune manière un des bons magazines du mercredi de la RTS. Mais je venais de découvrir dans une salle, ébloui, le lyrique, poétique, surréaliste, affolant «Birdman» d’Alesandro Inarritu, avec ses quatre glorieux «Césars» décernés par six mille professionnels américains qui ont osé couronner un produit qui n’entre pas dans la ligne courante d’Hollywood, le film d’un véritable auteur. La RTS commencerait-elle de se saborder? S’il faut être le seul à protester, alors je le suis !!!

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

Derniers commentaires
Catégories
Archives