D’une série romande à l’autre
1/ Finalement, « Port d’attache » n’aura pas tenu ses promesses. Voici un peu pourquoi !
2/ Comparer sommairement les unes aux autres cinq séries romandes permet de proposer un classement personnel
3/ Encore quelques petits pas pour mettre fin à un « Tour de Romandie » cantonal avant de faire un grand bond en avant en cultivant de nouvelles fleurs séduisantes : un avenir direction « Borgen » ?
1/ « Port d’attache » : promesses pas tenues
Les 08, 10 et 18 janvier 2013, ainsi que le 6 février, en sept petits chapitres, nous avons porté attention à « Port d’attache »(A lire en suivant ce lien). Dans un premier temps, l’espoir de rencontrer une nouvelle série faisant un pas de plus en avant était promesse crédible, d’autant plus qu’un « petit bijou » était annoncé. Au fur et a mesure de la découverte des épisodes, la déception grandit, surtout en s’appuyant sur l’angle d’approche choisi, l’écriture. Un arrêt sur texte prit en considération es épisodes 3 et 4. Plus rien sur les épisodes 5 et 6, le silence d’abord préféré à l’expression d’une déception.
Vif coup de gueule
Le 13 février 2013, « Jean Etienne » en poussant un immense coup de gueule partant dans bien des sens (Billag, la direction de la RTS) démolissait « Port d’attache ». Dans un premier temps, une réponse à cet intervenant, exprimant un accord partiel sur le fond, aurait mérité de prendre des distances avec la forme. L’intention n ‘a pas été concrétisée.
Pourquoi une actrice française ?
La filmographie de Catherine Wikening, née en 1963 à Dijon, est imposante, y compris comme réalisatrice d’un scénario écrit par elle. Mais sa présence n’était pas irradiante, loin de là. Manquerait-on de comédiennes en Suisse romande pour tenir un rôle important ? Il est vrai qu’une actrice, même bonne, pour se dépasser, doit être bien dirigée. La direction d’acteurs de « Port d’attache » aura pour le moins laissé à désirer.
Certes, pour « L’heure du secret », on s’en est allé chercher au Québec une exquise et excellente Catherine Renaud. Cela s’imposait dès lors que le personnage écrit était enfant de parents jurassiens née au Canada. L’équipe des scénaristes de « Port d’attche » n’aura fait aucun effort pour justifier ce choix d’une actrice française, difficile à comprendre.
Déception confirmée
Il y a d’excellents acteurs, comme Thierry Meury, inattendu dans son personnage « sérieux » ou Pierre-Isaïe Duc( Jean-Paul Chappuis) et beaucoup d’autres formant un ensemble fort inégal. La mise en scène est parfois maladroite, les images pas toujours très subtiles. Le montage s’efforce de donner au récit une fluidité qui lui manque souvent. On peine à comprendre les remontées dans le temps qui restent trop longtemps mystérieuses avec son faux suspens. Mais la déception est presque plus profonde si l’on s’en tient à l’écriture.
Faire mieux eut été possible !
La dimension sociale sera restée superficiellement abordée. Les faits de politique, le comportement des autorités d’une petite bourgade en bord de lac, et d’économie, l‘implantation d’une clinique privée spécialisées dans la santé de confort pour clientèle disposant de bons moyens financiers., sont allégrement escamotés. Alors que la série était diffusée, les remous provoqués à Neuchâtel par le rachat de l’hôpital catholique de la Providence par le groupe Genolier montraient bien la diversité des conflits qui apparaissent dans un cas un peu semblable, même si les scénaristes ne pouvaient pas avoir été inspirés par cette réalité.
La dimension dramatique se sera trop rapidement centrée sur les affaires familiales entre les trois clans, les « Bons » Chappuis, les « Méchants » monestier et les « Hésitants » Vailland, qui sont à peu près les mêmes à la fin du sixième épisode qu’au début de premier. Le passé qui refait surface est en bonne partie liée à la notion d’adultère. Un peu court, tout de même ! Il y a des familles où existent d’autres conflits tout aussi intéressants, par exemple une prise de pouvoir d’une fille experte en communication sur la carrière d’un père qui entre en conflit avec sa mère qui s’efforce de reprendre la main qu’elle a perdue.
2/ Comparaison entre cinq séries romandes
Certes, il faut se méfier d’une déception quand elle succède à une réelle attente. Quatre séries récentes comparables entre elles sont à prendre en compte : « Dix », « T’es pas la seule », « Crom », « L’heure du secret », avant d’y insérer « Port d’attache ». « En direct de notre passé » n’a rien de comparable avec elles, ne serait-ce que par la durée de chaque épisode.
Rappelons un classement personnel qui utilisait la notation scolaire sur le maximum six avec le quatre marquant le « suffisant ». Avec un 4,0 « Port d’attache » s’inscrit entre l’insuffisant « T’es pas la seule » et le satisfaisant « Crom ». Voici ce classement complété :
3.5 à « T’es pas la seule »
4,0 à « Port d’attache »
4,5 à « Crom »
4,75 à « L’heure du secret »
5 à « Dix ».
Bruno Todeschini dans « Dix »
« Dix » reste à ce jour ce que la RTS a fait de mieux dans les séries de fiction. C’est la seule qui aura trouvé récompense dans un festival international, à notre connaissance, avec Prix de la meilleure série au Festival de la Rochelle en 2010.
Détail, qui pourrait bien être significatif, comme si la RTS voulait confirmer un choix de programmation. « Dix « a été présenté en deuxième rideau (aux environs de 23 heures) alors que les quatre autres séries ont eu les honneurs du premier rideau. Le meilleur aura été montré tardivement ; c’est presque un critère de qualité valable pour la programmation de la RTS qui ressemble à celle de TF1 trop systématiquement.
Autre exemple dans la haute estime dans laquelle la RTS tient « DIX ». Il existe un site accessible à la presse qui permet d’y trouver des photos de bon nombre d’émissions. Pas de place pour « Dix . Le dossier des photos de « Port d’attache » n’est pas encore en ligne. Il y a par contre des dizaines d’images des trois autres !
Un cycle d’au moins trois ans
Pour arriver au passage sur l’antenne d’une série, trois ans sont presque indispensables. D’abord, il faut quelques idées de base, retenues dans ce qui peut ressembler à un concours entre producteurs, réalisateurs ou scénaristes. Ils sont ensuite quelques-uns à proposer un premier développement. Nouvel examen, qui permet de mettre enfin une série en écriture. Le temps parfois long de l’écrire passé, il faut la mettre en production, repérer, préparer, choisir les lieux, les acteurs. Et tourner, une étape lourde qui finalement n’est pas la plus longue. Le tournage terminé commence une dernière parfois longue période, celle du montage de l’image et du son suivi de fignolages techniques comme l’étalonnage de l’image et du son. Reste à trouver les cases pour la diffusion et à s’occuper de la promotion du produit fini. Ce que l’on verra dans quelques mois est en montage. Le tournage de l’été 2013 sera visible en 2014. Ce que l’on verra dans deux ans est en cours ou en préparation d’écriture. On cherche peut-être des idées pour ce que l’on verra en 2015 ou 2016.
3/ Encore des petits pas avant un grand bond
Le rêve des petits pas
Ainsi peut-on espérer, si on continue de s’inscrire dans la ligne actuelle, que d’une série à l’autre on saura faire un petit pas vers une amélioration. A ceci près que, hélas, et il y a lieu d’en être profondément attristé, « Port d’attache » est en vérité un assez grand pas en arrière par rapport à « Crom » et surtout « L’heure du secret ».

« Crom »
Les responsables des programmes de la RTS ont heureusement su reconnaître, parfois après quelques hésitations, les qualités de « L’heure du secret ». Une seconde série sera tournée dans les semaines et mois qui viennent et en principe le montage sera terminé pour fin 2013, début 2014
Achever d’abord le « Tour de Romandie » cantonal !!
Oui, mais les petits pas qui conduisent à faire un petit peu mieux tout en restant les yeux fixés d’avance sur l’audimat offert par un premier rideau suffisent-ils à permettre un jour à la RTS de s’élever au niveau des pays scandinaves. Les séries de ces dernières années ont permis de faire un partiel tour de Romandie, bassin lémanique ( « T’es pas la seule », « Port d’attache »), plateau entre région des trois lacs et gros de Vaud ( « Crom » à Yverdon ), montagnes du Jura ( au Locle surtout pour les deux saisons de « L’heure du secret » ). Reste à ne pas oublier les Préalpes et les alpes pourtant bien traitées par d’autres secteurs. Gageons que le temps d’une série dans le cadre du Valais viendra.
Une fois achevé le Tour de Romandie des cantons, il sera temps de se demander si le mieux ne serait pas d’être beaucoup plus ambitieux. Les pays scandinaves qui ressemblent par leur population à la Suisse ont fait de magnifiques séries ces dernières années. Elles ont obtenu intenses succès au niveau nationale et sont de plus reconnues dans de nombreux autres pays. Les scandinaves savent probablement mieux collaborer entre eux que les trois chaînes linguistiques de la télévision suisse. A quand un équivalent suisse du « Varg veum » pourtant assez moyen ( Norvège – presque cinq millions d’habitants), de « Millénium » ou de « Real Humans » dont la diffusion vient de commencer sur ARTE, certitude d’emblée acquise de la haute tenue de cette série ( Suède – environ neuf millions et demi d’habitants) ou encore « Killing » et « Borgen » après le déjà ancien « L’Hôpital et ses fantômes » de Lars von Trier, entre 1994 et 1998 ( Danemark – un peu plus de cinq millions d’habitants ) ?
C’est possible, si on accepte de faire un grand bond en avant en cultivant des dizaines de nouvelles fleurs. Dans quatre ou cinq ans ! A condition de le vouloir vraiment ! Mais ceci est une autre question.




Mon ami et moi avons bcp aimé la série Port d’Attache : bons acteurs, bon scénario, jolies vues du Léman que nous connaissons bien, habitant Nyon, juste en face du lieu de tournage… Dommage que la série se soit terminée en queue de poisson… Va-t-elle renaître sous forme de suite ?? Ce serait notre souhait.
Pour notre part, nous n’avons pas du tout aimé « 10 » et avons bien aimé les autres séries même si « l’heure du secret » n’était pas toujours facile à suivre. Donc, tous les goûts sont dans la nature et difficile de plaire à tout le monde !!!
Bien sûr que tous les goûts sont dans la nature et que tous peuvent exister. On peut les exprimer en quelques lignes, comme vous le faites. On peut tenter de s’expliquer dans un mini-dossier.
Mais parle-t-on de la même chose ? C’est un peu en pensant à vous qui rejetez « Dix » et aimez les autres séries romandes que le texte
NOTES DE LECTURE AUTOUR DE LA NOTION DE « SERIE HAUT DE GAMME »
vient de prendre place sur ce blog
( fyly- 20.04.2013)
Pour ce que j’ai pu en voir, j’ai apprécié cette série, particulièrement Thierry Meury qui endossa un rôle à sa taille et rondement mené. La diffusion le samedi soir me paraît un piètre créneau – famille en ballade de fin de semaine, jeunes de sortie – donc, pourquoi et par qui ce choix ? Ma proposition serait plutôt de l’offrir en fin d’après-midi ou début de soirée du dimanche, ou même créneau horaire en semaine. « Top Models » serait-elle comme le scotch de Fernand Reynaud – indécollable au point de s’y engluer encore et encore pour le plus grand bien de notre force d’inertie intellectuelle – j’ironise… évidemment!