« LA GIFLE » sur ARTE
Sous le titre « Diversités en séries », Le Temps publiait, le 30 août 2013, plusieurs textes signés Nicolas Dufour et un entretien avec Matthieu Béguelin, président du conseil du public, consacré aux séries majoritairement américaines programmées par la RTS. Le jeudi 12, en page 11 du même journal, le directeur de la RTS, Gilles Marchand, signe un texte intituté « Programmer des séries américaines, c’est aussi défendre le service public », qui est aussi une réponse aux contributions du 30 août. Accès direct au texte sur la page d’accueil du site rtsr.ch
Le débat n’est pas clos! Dans le domaine de la programmation, y compris de séries américaines à forte valeur ajoutée et du cinéma d’auteur, suisse en particulier, la RTS peut – d o i t – faire mieux ! ( Fyly – 12.09.2013 – o7:52)
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Les séries intéressantes, ambitieuses, à forte valeur ajoutée, cela vient de partout. En voici trois venues d’Australie, « Top of the lake« , attendu, « Miss Fisher enquête« , il y a peu sur France 2 et « La gifle« , actuellement sur ARTE. Mais on ne les retrouve pas forcément sur la RTS.
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Top of the lake
On attend donc de Jane Campion la néo-zélandaise, une série américano-britannico-australienne, tournée en Nouvelle-Zélande, « Top of the lake », six épisodes pour une durée d’environ six heures, présentée dans plusieurs festivals cinématographques qui, eux, se souviennent que la réalisatrice fut une des premières ( ou la ?) femme à gagner la palme d’or à Cannes, en 1993, avec « La leçon de piano ». Les producteurs ont investi deux millions de dollars sur chaque épisode. Jane Campion a co-écrit tous les épisodes, en a réalisé trois elle-même et confié à Elisabeth Moss (la Peggy Olson « Mad Men ») un rôle important.
Arte doit présenter un novembre une version probablement française de « Top of the lake ». il y aura peut-être enquête policière et qui sait, des meurtres aussi. Gageons qu’avec cette réalisatrice responsable du scénario on sera fort éloigné des séries unitaires répétitives. Reste à savoir si les belles-au-bois dormant sauf dans la forêt américaine ont tenté d’obtenir le droit de présenter la série sur la RTS avant son passage sur ARTE.
Voici comment le service de presse d’ARTE présente le film :
Jane Campion revient dans un festival de cinéma avec une série télé réalisée avec Garth Davis. Cette série de six épisodes intitulée « Top of the lake » décrit un petit monde au fin fond de la Nouvelle Zélande. Un petit monde fait de meurtres, de tatouages, de femme-flic, de petite fille enceinte, de communauté de femmes fantasques, de petits chiens choyés et de gros chien assassiné. Un monde a priori bizarre et violent, décrit avec mystère mais aussi, et c´est très important, avec humour.
Miss Fisher enquête
Nous avons eu l’occasion d’exprimer notre satisfaction devant la vivacité de cette série australienne récurrente à épisodes policiers qui aborde des milieux différents, y compris en politique, proposée réemment en version doublée par France 2. Les belles-au-bois-dormant de la RTS qui attendant minuit pour placer le haut de gamme ont peut-être l’intention de présenter cette excellente série en matinée pour les EMS dans quelques années.
L’actrice Essie Davis porte sur ses épaules pas si frêles miss Phryne Fisher et des tenues aussi élégantes et insolites les unes que les autres.
( On trouve ce texte sous FICTIONS EN COSTUMES – TROIS SERIES HISTORIQUES – 18.06.2013 )
La gifle
C’est une fois enore ARTE qui offre en version française une série australienne comme les deux ci-dessus. Comme les belles-au-bois-dormant de la RTS qui ont décidé que leur client ne sait pas lire des sous-titres, force sera d’attendre encore quelques mois pour voir sur le petit écran romand et ses multiples avatars cette série bien éloignée des polars et autres “medics” unitaires américains. On n’en savouera pas moins quelques belles soirées en premier rideau, les quatre jeudis de septembre dès 20:50 – deux par deux.Mais pourquoi diable une chaine aussi rigoureuse qu’ARTE fait-elle comme tous ses rivaux francophones en présentant ds duos d’épisodes faits pour être savourés l’un après l’autre chaque semaine ? Pour faire croire à un long-métrage habituel?
Très simple, l’idée, que l’on nomme parfois “pitch”, un résumé très court d’un scenario, destiné à convaincre en quelques mots de l’intérêt d’une histoire (selon wiktionary; important, de citer les sources !!).
Dans un milieu d’émigrants grecs installés à Melbourne, lors d’un picnic entre familles amies, un des invités gifle un gosse. Les parents de l’affreux jojo portent plainte. Les amis ne sont pas autant liés par l’amitié qu’on le pouvait croire.
Le doublage en français, fort bon, fait perdre les accents d’origine grecque de familles d’émigrés dans le milieu culturel anglophone de Melbourne. Mais on prend plaisir à voir de belles images, à entendre de plaisantes musiques, à observer le jeu nuancé d’excellents acteurs, à saisir peu à peu ce que les apparences d’une rencontre amicale peuvent cacher. On ne peut pas toujours affirmer que la mise en scène, en images et en sons dans les bons rythmes d’un montage fluide, soit d’un excellent niveau comme on le peut ici faire.
Huit personnages de même importance
La construction du scenario tiré d’un roman de Christof Tsiolkas est particulièrement intéressante, sans être nouvelle : chaque épisode présente un personnage. Ainsi sont-ils huit à cgacun peser un peu le même poids ; ce seront les élans ou les refus du spectateur qui vont privilégier les uns, rejeter les autres. Au montage conduit à une sorte de partition chorale à huit instruments. Certes, il y a l’unité de ce dimanche d’anniversaire qui tourne mal à cause d’une gifle. On y revient sans insistance. Ce qui va se passer avec chaque personnage se nourrit aussi bien d’un passé plus ou moins dévoilé en partie au cours de conversations que du présent d’un dimanche sinistre et du futur proche.
Hector (épisode 1- jeudi 5)
“Hector”, qui vient d’atteindre quarante ans, est le sujet du premier episode. Son entente avec son épouse Aisha connait des moments de tension ou d’indifférence. Le conflit entre eux latent éclate à cause d’un cadeau presque imposé par ses parents. Hector trouve vraiment exquise Connie, lajeune baby-sitter qui s’occupe deleurs deux enfants. Banal, assurément, mais la qualité de la mise en scène et du texte transcende souvent cette banalité ne serait-ce qu’à traverse des non-dits.
Anouk ( episode 2 – jeudi 5)
“Anouk”, la quarantaine elle aussi, affublée d’un amant beaucoup plus jeune qu’elle, est responsible d’un groupe de scénaristes qui écrivent les episodes d’un “soap opera” pour la television. On comprend assez facilement qu’ils ne travaillent pas sur un sujet aussi ambitieux que “La “gifle”. L’écriture doit être rapide, et souples les reactions pour accepter les directives imposant des changements. On voit Anouk voit vomir, puis se render à une consultation médicale. Reste à se demander à quel moment le spectateur pressent ou comprend qu’elle est enceinte. A quarante-et-un an, voilà qui pose problem. Elle prend une décision sans consulter son compagnon. Banal ? Pas certain ! Ici aussi la finesse de l’approche des personnages, les liens qui se tissent entre les uns et les autres, le rappel de l’incident de base sans tiennent lui de ce spectacle à huit instruments qui tient qui de la chorégraphie d’un ballet. La série apporte aussi d’intéressantes infofrmations sur une société autralienne qui n’est pas au centre de nombreuses oeuvres audiovisuelles. On en prend par instants plein la gueule avec des personnages qui sont plus aptes à se déchirer qu’à se comprendre.
“La gifle” a été présentée à Genève, au festival Tous Ecrans l’année dernière. Les “belles-aux-bois-dormant” de la RTS, responsables de l’achat et de la programmation des séries n’ont peut-être pas trouvé le temps de s’y rendre, trop occupées à rechercher parmi leurs achats les meilleures series à réserver pour les diffusions de minuit.




