La nuit américaine
Match nul!
Imaginons que le peuple suisse soit appelé à élire directement le Président de la Confédération pour quatre ans à la fin d’un processus ne retenant plus que deux candidats, par exemple, hier, un Christophe Blocher face à Ruth Dreifuss. Qui eut été élu? Les Américains viennent d’élire Donald Trump.
Hillary Clinton a obtenu 59,69 millions de voix, Donald Trump 59,49, autrement dit en pourcent 50,08 contre 49,92. Match nul, deux cent mille voix près! Seulement, il n’y a pas de match nul. On le sait: le système américain passe par les 538 «grands électeurs» issus des cinquante états, deux sénateurs par Etat plus un complément proportionnel à la population (3 en tout pour le Vermont et ses 600 mille habitants pour 55 en Californie pour 39 millions , un pour 200 mille contre un 700 mille).
On connaît un Suisse un même système déséquilibré quand la constitution exige une double majorité, de voix et de cantons. Ce système «protège» les plus petits; pas forcément les plus faibles. C’est la quatrième ou cinquième fois que l’élu, aux USA, n’est pas majoritaire en voix. En 2000, Al Gore avait obtenu cinq cent mille voix de plus que Bush qui fut pourtant élu ayant pour lui 271 grands électeurs assurés.
TV5+RTBF+RTS
Le mercredi 9 novembre 2016, long stage personnel devant la télévision, à pitonner volontairement entre chaînes francophones. Sur la RTS, presque une information en continu. Remarquable idée que d’associer TV5, la RTBF et la RTS, bel exemple de collaboration entre régions francophones qui permet aussi de faire aussi bien, sinon mieux, que les chaînes françaises. Le service public généraliste remplit ainsi très remarquablement son mandat. Et pour une fois, on prend acte qu’il existe aussi une télévision belge francophone…
L’occasion est à saisir pour ouvrir une parenthèse. Quelques politiciens de la droite suisse alémanique, probablement soutenus en direct ou en coulisses par certains grands éditeurs, viennent une nouvelle fois de proposer de faire des économies en coupant dans le crédit qui permet à la SSR-SRG d’être associée étroitement, en francophonie, à TV5, fenêtre ouverte sur des dizaines de pays, accessibles à plus de deux cents millions de téléspectateurs dans le monde entier. Une économie de deux millions par an! Génial!! Enfin, cela s’inscrit dans une ligne agressive, celle de l’affaiblissement de la SSR-SRG, donc aussi de ses relais linguistiques!
Haro sur les sondages!
Dans leur très grande majorité, les nombreux sondages donnaient Clinton élue, certes, avec un écart finissant par être de plus en plus étroit. Haro sur eux! Et coulent les explications pour expliquer cette erreur collective: les échantillons n’auraient pas su prendre en compte la colère de blancs au moins trentagénaires de la classe moyenne des Etats à majorité rurale.

Trouvé sur le site de « Géolopolitis »: en quinze minutes d’entretien avec François Heisbourg, conduit par Marcel Mione, une première approche intéressante pour demain « vivre » avec Trump…..
Tout sondage devrait être accompagné de différentes indications qui permettent de fixer une marge d’erreur. Dans la période préélectorale américaine, je n’ai ni lu, ni entendu (à la télévision) de marge d’erreur.
Une marge d’erreur de deux pourcent est assez fréquente. Un 49 contre 51 pourcent signifie donc plusieurs résultats possibles 47 à 53, 48 à 52, 49 à 51, 50 à 50, 51 à 49, trois situations de défaite pour le premier camp, un match nul ou une victoire. Un retournement n’a rien du raz-de-marée. Alors, quoi? Mettre en cause les seuls sondages qui n’auraient rien vu venir? Les «coupables» sont peut-être ceux qui les lisent et surtout ceux qui commentent, aveuglés par des valeurs prises pour absolues alors qu’elles ne sont que relatives.
Signalons en passant que la SSR, donc la RTS, impose d’associer à tout sondage la grandeur de l’échantillon, la date de l’enquête et la marge d’erreur. Cette règle est en général respectée dans les journaux télévisée. Ailleurs? On entend parfois mentionner la marge d’erreur à « C…dans l’air», plus souvent qu’à «Infrarouge»!
Trump président
Même à «chaud», que peut-on attendre d’une émission de débats comme « Infrarouge », le jour même où les USA viennent de voter? Qu’elle permette au téléspectateur de comprendre, un peu, ce qui s’est passé, d’entendre quelques hypothèses sur ce qui pourrait changer dans la politique américaine dès l’année prochaine, après l’intronisation de la nouvelle équipe.
Mais évidemment, si vous disposez d’une seule possibilité par semaine, que le principe même d’une émission, dès la conception du décor, consiste à diviser le monde en deux clans qui s’opposent, comme si tout réponse passait par un OUI ou un NON à toute question, même la plus complexe, on prend le risque du pugilat. Notons en passant que l’arbitre a des moyens de diversion: il peut, pour calmer le jeu, faire appel à des documents préparés, à des invités hors du studio, éloignés du ring.
Deux minutes à peine, ce 09.11.16: et c’est parti. Nous apprenons que Mme Clinton est un «produit avarié», que cette «femme la plus corrompue» devrait être «en prison». Chic: «Infrarouge», et encore à plusieurs reprises en cours de soirée, aura ainsi reconstitué, certes modestement, le premier affrontement Trump-Clinton de la récente campagne. Mme Yvelyn Joslain, annoncée comme une spécialiste de la droite américaine, s’est ainsi révélée ardente défenderesse de Donald Trump qui n’en demandait du reste pas tant. Peut-être même d’abord sidérée, Mme Calmy-Rey a tenté de protester contre une entrée en matière qui aura ensuite donné le ton à l’émission même. Faut-il s’en étonner? Mais peut-être qu’une telle émission a le mérite de titiller de belles parts de marché!
Bien entendu, peu après «Infrarouge», «C…à vous» sur France 5 abordait avec dignité le même sujet et permettait de commencer à comprendre une ou deux choses à savoir du nouveau président des USA.
Il faudra donc d’autres propositions, comme «Géopolitis», que celle d’ «Infrarouge» pour pouvoir comprendre comment un tout petit peu plus d’un sur deux américain a choisi de voter pour Donald Trump, dont nous ne connaissons pour le moment à travers le petit écran que le côté provocateur et vulgaire.
Séries survolées
Rappel de critères personnels mais assez largement partagés :
à qualités ressenties comme égales
+ il y a plus de plaisir à suivre une série récurrente qu’une unitaire
+ la suivre un par un ou en rafales vaut mieux qu’en duos qui rappellent trop le cinéma dans les salles, avec long-métrage coupé par un entracte
+ en soirée, une diffusion vers 21h est plus alléchante qu’en nocturne («notre» RTS met bien en valeur ses productions propres entre 19h et 21h).
Il ne se passe pas une semaine sans que la montée en force de la notion de série soit confirmée. Exemple récent: l’affiche géante qui attire l’attention sur «The young Pop» reste visible dans nos rues. Certes, il s’agit aussi d’une campagne de «Canal+» à la recherche de ses abonnés perdus….
Et maintenant, survolons, dans l’ordre « Westworld », « Games of Thrones », « Person of Interest!
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Westworld
(RTS Un – lundis – un par un – deuxième rideau avant minuit – VOST)
La fabrique d’androïdes, son personnel, sa vie, ses conflits d’une part, la bourgade de l’autre, dans un grand espace de l’Ouest américain avec ses spectacles joués par les androïdes pour de vrais spectateurs qui arrivent par le rail. Ce pourrait aussi très bien être une manière de raconter comment passer de l’écriture du scénario à sa réalisation sur une scène où se trouve le public parmi les acteurs. C’est ambitieux. On en arrive parfois même à frôler quelques raisonnements «métaphysiques». L’affrontement entre le Dr Robert Ford, créateur du parc, un peu marginalisé par certains de ses collaborateurs, et Dolorés Abernathy, belle et douce jeune femme qui commence à se poser des questions sur elle-même, va dans cette direction (épisode 5 – lundi 31 octobre).

Jeffrey Wright ( Bernard Lowe), directeur de la programmation du parc) et Anthony Hopkins (Dr Robert Ford, créateur de la fabrique et directeur du parc) (Photo RTS/HBO)
Curieux sentiment tout de même d’un peu d’inégalité entre les épisodes, de hauts et bas à l’intérieur, avec recours fréquents à des affrontements en champs puis contre-champs uniquement sur les visages. Ce trouble pourrait bien naître de la difficulté qu’il y a de repérer qui est androïde et qui est humain, les acteurs et les spectateurs confondus. Pourquoi? Je n’ai pas (encore) compris quels signes permettent de reconnaître les uns et les autres. Mais il se peut que la série soit rigoureusement construite sur cette imperméabilité. A trop se poser cette question, on risque de perdre le fil, d’autant plus qu’il faut lire les sous-titres. La violence excessive qui peut surprendre n’est tout de même pas inquiétante: le personnel de la fabrique dispose d’un efficace atelier de réparations.
La diffusion est accompagnée du logo rouge. Pourquoi diable? A cause de la violence prise au premier degré? Satisfaction personnelle oscillante!
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Games of thrones
(RTS Un – lundis – un par un – en noctunre )
Faute d’avoir appris la géographie des royaumes, j’ai perdu pied depuis assez longtemps. J’y reviens parfois pour constater que la mise en scène reste pareille à elle-même, d’excellent niveau, dans son alternance de violences et d’intimités.
Intéressante information trouvée sur internet: aux USA, la progression en millions de spectateurs, reprises comprises, est régulière, avec en moyenne une audience de 2.5 millions (saison 1) passant par 3.8, 5.0, 6.8, 6.9 puis 7.7 (saison 6 terminée en juin). Encore faudrait-il savoir ce que représentant ces millions pour HBO aux USA.
Le lundi 7 novembre 2016, la RTS aura peut-être fait preuve d’un maximum d’originalité en proposant l’épisode 6 de la saison 6 à 00h55: record battu! C’est probablement une programmation qui doit apporter de nouveaux adeptes à la reprise de l’épisode en «play tv» pendant sept jours! C’est la faute au «Loup de wall street», le grand film de Martin Scorsese, qui dure 180 minutes, en hommage à la présidentielle américaine.
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Person of Interest
(RTS Un – Jeudis – en duos – en premier rideau – cinquième saison en cours)
Cette série américaine appartient à l’ensemble des unitaires, un récit par épisode. Mais avec une demi-douzaine de personnages qui réapparaissent d’un épisode à l’autre, avec leurs liens qui évoluent, elle dispose de qualités récurrentes précieuses, tout comme par exemple «Docteur House». La cinquième saison, en cours, avec ses treize épisodes, pourrait bien être la dernière. Fera-t-on exploser la Machine?
Allergique, je l’aurai été assez longtemps à cette Machine qui prévoit les crimes au fonctionnement de laquelle je ne comprenais pas grand chose. J’ai picoré puis, au fil des saisons, augmenté la dose. Tout de même pas à en devenir «fan»! Certains des responsables de la série font belle carrière. Il y a son créateur, Jonathan Nolan, qui est dans le coup de «Westworld». Et on retrouve aussi dans le générique J.J.Abrams dans le rôle d’un des producteurs, lequel Abrams passe aisément du petit au grand écran. Il aura signé un film d’auteur étonnant, «Superhuit». Ils s’en tirent bien dans des formes différentes d’anticipation!

Michael Emerson, à la démarche singulière, joue Harold Finch, le milliardaire inventeur de la Machine. L’acteur fut aussi l’étrange Benjamin Linus de « Lost »(Photo RTS/Warner Bros)
De l’avis d’observateurs attentifs de l’univers des séries, «Person of Interest» est allée en s’améliorant d’une saison à l’autre. Reste à savoir si la remarque est fondée. Il se pourrait que cette Machine qui sait tout, invention de la science-fiction, existe ailleurs, sous d’autres noms, ceux de la CIA et de la NSA acquises à la surveillance généralisée.
Et puis, en 2013 Edward Snowden a parlé. Oliver Stone vient de lui consacrer un film. La Machine de «Person of Interest» n’est plus une invention. C’était une parabole sur la réalité. Et c’est ainsi qu’une série gagne des galons qui ne lui auront pas été attribués immédiatement.
The Young Pope: lancé en « blockbuster »?
Prochainement: un survol de «Un village français», «Westworld», «The walking dead», «Person on interest», «Deutschland 83», «Les hommes de l’ombre», «Le mystère Endfield», séries toutes récurrentes! / Et ci-dessous, un PS du 29.10.16!
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Jude Law, Diane Keaton, Cécile de France, Ludivine Sagnier, James Cromwell: tout de même une belle brochette d’acteurs! Une pièce d’eau en forme de croix, un jeune prêtre habillé de blanc énergique; au loin le Vatican: une affiche! Vous l’avez peut-être vue au cinéma, vous l’avez croisée sur un grand panneau d’affichage, dans votre quotidien ou votre hebdo s’ils ont une vocation culturelle. Vous avez ainsi subi un réel matraquage pour imposer un titre. Vous vous êtes posé quelques questions, avant même d’avoir trouvé des textes rédactionnels qui, eux, ensuite, sentent bon la curiosité, la nouveauté, l’originalité de la proposition: «The Young Pope»!
Paolo Sorrentino
Paolo Sorrentino, réalisateur italien, né en 1970, possède une honorable filmographie et une amorce de bonne réputation conquise dans des festivals. Mais comme le cinéma italien est hélas fort mal diffusé en pays francophones, il aura fallu un peu attendre pour retenir son apport: «La grande Bellezza» (2013) ou «Youth» (2015). Et qu’importe si, personnellement, j’ai passé à côté de l’originalité de son film de 2013!
Il y a un réalisateur assez exigeant à la tête de ce «The young pope», lancé sur le marché par une campagne de promotion assurément coûteuse, comme s’il s’agissait d’un «blockbusker».
Cinq duos
Seulement, voilà: pas question de le voir sur le grand écran d’une salle de cinéma! «The young pope» apparaît d’abord sous nos latitudes sur une chaîne de télévision payante, en l’occurrence «Canal+», depuis le 24 octobre 2016. Ce n’est pas un film. C’est une série, produite par des entreprises d’Italie, de France et d’Espagne, avec HBO, un partenaire américain de poids qui doit bien être le poids lourd qui donne à ces dix épisodes un lancement puissant comme ceux que le cinéma hollywoodien était jusqu’alors presque seul à pouvoir s’offrir! Et ce seront cinq duos, selon cette habitude pesante qui revient à inscrire la présentation d’une série dans la durée d’un long-métrage de cinéma, coupé par un entracte.
Le téléspectateur ne réagit pas comme un spectateur qui sort de son domicile. Ce n’est probablement pas demain que la série sera proposée sur la RTS ou autres chaînes généralistes de service public. Aucune importance! Mais l’occasion est belle pour prendre acte de la confirmation presque éclatante de la place de plus en plus grande occupée dans l’univers audiovisuel par la notion de série, produit de consommation qui passe d’abord par les petits écrans fixes et mobiles. Et un jour, peut-être, ces séries imposantes finiront par apparaître sur un très grand écran, selon une pratique de plus en plus courante, dans les salles pour de grandes œuvres musicales, des opéras spectaculaires.
Sans la bénédiction de la «Curie»!
Voici un résumé, emprunté à Wikipédia, qui montre bien l’orientation du sujet et qui ne semble donc pas avoir comme commanditaire la Curie romaine:
Lenny Belardo est un jeune cardinal, doux et peu influent au sein de l’Église. Abandonné à l’orphelinat pendant son enfance, Lenny est continuellement tourmenté par son abandon et a développé un rapport très turbulent avec la foi et Dieu. De façon inattendue, il est élu pape par un collège cardinalice qui croit avoir trouvé un pantin manipulable. Néanmoins Belardo, sous le nom de Pie XIII, se révélera un pape controversé et peu enclin à se faire commander.
A noter que les premiers commentaires parus dans la presse, celle qui a compris l’importance des séries, sont favorables à «The young pope», son sujet, ses acteurs, sa réalisation, sa portée.
PS: (samedi 29.10.16 à 09h00): exemple, proche: dans son supplément culture de ce jour, « Le Temps » consacre trois pleines pages (31, 32 et 33) au foisonnement des séries européennes mis en évidence à « Cinéma tous écrans » sous la signature de son spécialiste, entre autres, des séries, Nicolas Dufour. En page 38, c’est le spécialiste du cinéma, entre autres, Stéphane Gobbo, qui s’intéresse au » pape qui voulait rester invisible ». Cinéma d’auteur, séries récurrentes: de plus en plus, « même combat »!!
« Westworld » : dans le bas du haut !
Allait-on pouvoir inscrire la première saison de la nouvelle série ample de HBO dans le haut de gamme: la question était posée dès le titre de la précédente contribution à ce blog. La réponse est assez facile à donner après les trois premiers épisodes: c’est oui, mais il y a un mais: «Westworld» s’inscrit plutôt dans le bas du haut de gamme.
L’utilisation dans l’espace ne pose guère de problème. Il y a la fabrique de robots, avec son personnel, surtout des cadres supérieurs, qui vont se servir de leurs produits pour animer un parc d’attraction, une bourgade de western du XIXe fort minutieusement reconstituée, sise dans de splendides et vastes paysages pour le moment sans indiens.
La fabrique et le parc d’attractions
Les machines qui fabriquent les robots sont ultra-modernes. Là, nous sommes là au XXIe siècle. Le XIXe fait donc l’objet d’une reconstitution dans des paysages. Mais le passé n’existe pas puisqu’il est reconstitué en parc d’attraction au présent. La fabrique semble tout de même s’ouvrir sur les mêmes paysages que ceux qui entourent la bourgade. Donc continuité dans les espaces. Ce n’était pas forcément la cas dans «Games of Thrones», avec ses maisons souvent royales, une dizaine, semées sur un vaste continent; à s’y perdre parfois.
Le petit monde de la fabrique est facile à cerner, y compris dans ses rapports avec les «humanoïdes» qu’il faut réparer presque toujours après les affrontements dans le «décor» qui laissent des traces. Mais certains éléments commencent à troubler les ingénieurs, qui risquent de modifier le comportement de «machines» pourtant bien programmées pour jouer leur rôle. Des «acteurs» à l’apparence pleinement humaine se questionnent sur eux-mêmes: sont-ils vraiment ce qu’ils sont ou autre chose, cet «être ou ne pas être» qui rattache à l’interrogation shakespearienne.
Mise en scène altra-violente
Dans le parc, les «industriels» ne s’y rendent pas. Les responsables de la mise en scène restent en coulisses. Mais les «Hôtes» et les «Arrivants», les acteurs et leur public ne sont pas séparés par la rampe. Ils partagent mais les mêmes espaces. Mais comment reconnaître les «arrivants»?
Il est à peu près évident que les échanges de tirs, du genre «une balle – un blessé ou un mort», ne concernent que les acteurs qui jouent un rôle. La mise en scène du spectacle est souvent fondée sur l’exagération, et dans les scènes, et par leur répétition. Référence peut alors être faite à Tarantino. Dans cette ultra-violence, la série trouve ses limites qui conduisent à ne la classer pour le moment que dans le bas du haut de gamme.
Douce, fragile et séduisante Dolorés
Il y a d’autres indices qui annoncent que les «robots» vont dépasser leurs créateurs, pour des raisons qui échappent à ces derniers. Les plus subtils résident peut-être dans l’apparition de souvenirs, par exemple avec la répétition d’une main qui saisit une canette tombée au sol. Et puis, elle est si douce, si fragile, si séduisante Dolorès, que l’on peine à croire qu’elle soit vraiment un produit sorti de la fabrique, même quand elle est mise sur la sellette par un de ses créateurs.
Mais cette difficulté d’identification, acteur ou spectateur, est l’un des ressorts qui incitent le «téléspectateur» à participer, en quelque sorte, à l’écriture du scénario de la série. Il peut aussi se souvenir d’une excellente série suédoise, «Real humans» qui ne jouait pas, elle, sur la violence des armes à feu.
Répétons-le: un épisode par semaine, c’est l’esprit même de la série. La RTS, comme la RTB, a choisi la version originale sous-titrée pour s’inscrire dans la suite immédiate de la sortie américaine. C’est un précieux retour aux sources de la série: oser jouer sur l’impatience de l’attente de la suite, sans en revenir à la durée de long-métrage de cinéma «imitée» avec les épisodes en duos.
« Westworld » : dans le haut de gamme ?
(Avertissement: Ces lignes sont écrites après avoir vu le premier épisode le lundi 3 octobre 2016 à 22h45 et l’avoir ensuite revu sur le site internet/Temps de lecture, environ quatre minutes – se laisser guider par les intertitres).
Au pied de l’ascenseur, lire aussi quelques considérations sur le principe même de la programmation des séries : un par un. Et deux images de « Westworld » en plus!
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«H ome B ox O ffice»
HBO, société de télévision payante aux USA, associée à Warner Bros, vient de produire pour cent millions de dollars la première saison de «Westworld». Encore faudrait-il trouver confirmations de ce montant, la réalité risquant d’être plus élevée que plus basse.
Cela fait donc dix millions de dollars pour un épisode de soixante minutes, cent soixante mille dollars la minute (onze fois plus que «Station horizon» par exemple – beaucoup moins qu’un film hollywoodien moyen – un film suisse de fiction à dix millions, c’est plutôt rare).
Lire la liste des productions d’HBO, c’est tout de même y trouver des séries qui ont ces dernières années retenu l’attention (au moins la mienne!):
Dream one (1990-1996), Sex and the city ( 1998-2004), Les sopranos (19902007), Six feet Under (2001-1005), Sur écoute (2002-2014), Deadwood (2004-2006), En analyse (2008-2010), True Blood (2008-2014), Boardwalk empire (2010-2014), Games of Thrones ( depuis 2011 ), Girls ( depuis 2012), True detective ( depuis 2014 ), Silicon Valley (depuis 2014 ),Vinyl (2016)
Treize titres sur soixante-cinq: bonne proportion, en sachant aussi que bon nombre d’entre elles ne sont pas forcément parvenues, doublées ou non, sur les marchés francophones. Donc, à priori, l’attention s’impose quand apparaît au générique « HBO »
Une idée venue de loin
A l’origine de la série, il y a un film datant de 1973, «Mondwest». Il suffit d’entreprendre une recherche en tapant «Mondwest – Michael Chrichton». Bonne lecture! Mais, Wikipedia, ça existe, même si je n’ai aucun souvenir de ce film, très probablement pas vu il y a plus de quarante ans.

Yul Brynner dans « Mondwest » en 1973 ( Photo HBO by: Mary Evans/Ronald Grant/Everett Collection(10346668)
Situation de base
Dans un imposant laboratoire, enterré dans un désert, comme certains plans d’extérieurs permettent de le deviner, une équipe de scientifique fabrique des robots humains parfaitement crédibles et répare ceux qui sont malades ou blessés. Ces humanoïdes deviennent les habitants d’une bourgade de l’Ouest américain, avec shérif, saloon où l’on boit et croise des filles surveillées par une maquerelle, maison d’accueil, échoppe médicale, etc. De grands espaces extérieurs font le charme d’un western dès le premier épisode sans Indiens. Un tueur rôde. Chaque jour le train déverse dans la bourgade son flot de voyageurs.
Mais cette bourgade n’existe pas. C’est un parc d’attractions qui met en scène la vie telle qu’elle pouvait se dérouler au XIXème siècle, dirigé par les gens de la fabrique. Il s’agit donc d’un solide mélange de science-fiction avec une «réalité», qui est celle de la vie dans l’Ouest comme le cinéma l’a si souvent raconté – et parfois fort bien – avec un élément supplémentaire, les visiteurs.
Et c’est ainsi que «Westworld», série récurrente, met en scène la mise en scène d’un spectacle comme le cinéma peut le faire. L’équipe qui dirige la fabrique remplace le producteur qui dirige l’opération, avec son réalisateur, son scénariste, son responsable qui contrôle toutes les étapes. Des tensions internes surgissent. Il s’agit donc d’une parabole sur la création, avec le Dr Robert Ford (Anthony Hopkins), créateur et directeur du parc, Bernard Lowe (Jeffrey Wright), metteur en scène, Theresa Cullen (Sudse Babete Knudsen, mais oui, trouvée dans son «Borgen» danois), la scripte qui veille à tout, ou encore Lee Sizemore, le scénariste-dialoguiste.

Jeffrey Wright ( Bernard Lowe), directeur de la programmation du parc et Anthony Hopkins ( Dr Robert Ford, créateur de la fabrique et directeur du parc) (Photo RTS/HBO)
«Hôtes» et «Arrivants»
Les habitants du village sont donc les personnages traditionnels d’un western, que le personnel de création de la fabrique considère comme des acteurs qui jouent dans un western traditionnel sans Indiens, du moins dans le premier épisode. Ce sont les «Hôtes», auxquels viennent s’ajouter les spectateurs qui assistent au spectacle, que l’on ne montre pas dans un film traditionnel, les «Arrivants».
Il n’y a pas de doutes à avoir sur la nature des scientifiques qui dirigent la fabrique. Mais dès que l’on est dans le spectacle, tout peut devenir confus. La minutie de la reconstitution, autrement dit de la mise en scène du western est telle que les acteurs ne sont pas tellement différents des spectateurs. Mais les premiers sont des robots, les seconds des «vrais» gens. Et ils se ressemblent.
Un enfant noir «arrivant» demande à Dolorès Abernathy, séduisante jeune femme qui se pose de multiples questions, inquiète par la santé de son père si elle «en est vraiment une», mais sans dire quoi. Le train qui traverse le paysage ressemble à un modèle réduit qui se déplace sur une maquette. Les méchants tirent avec efficacité: une balle, et il y a un mort, qui survit sans la moindre blessure. Des robots vont se mettre à rêver. Mais pour se mettre à rêver, pour avoir des sentiments, il faut être capable de se souvenir. Il y a ainsi des «hôtes» qui souffrent risquant d’échapper à leurs créateurs.
Et le téléspectateur se met à être son tour à être sinon un acteur, du moins une sorte d’enquêteur mis dans l’obligation de saisir les signes souvent discrets de la détérioration des «Hôtes», pas tellement différents des «Arrivants». Le spectateur que nous sommes devant les écrans en général petits qui sont les nôtres va s’y perdre. Est-il vraiment possible que la touchante Dolorès puisse être sensible à une mouche sur son cou – elle la chasse discrètement, dernier geste du dernier plan du premier épisode…. Dolorès est-elle encore un robot ?
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Enfin une bonne programmation !

Thandie Newton (Maeve Millay, la belle maquarelle) et Rodrigo Santoro (Hecor escaton, le hors-la-loi ) : des robots, vraimen
Une série, surtout si elle est récurrente, est faite d’épisodes à voir un par un, de jour en jour ou de semaine en semaine. La durée d’un épisode est très variable, de quelques minutes à plus d’une heure. Les formats entre quarante et soixante minutes sont les plus fréquents. Présenter une série en duos, c’est s’en tenir à une durée qui reste celle du long-métrage cinématographique (entre 80 et 100 minutes). Ou alors, il faut pratiquer la «rafale»….
Dès lors, pourquoi «imiter» le film traditionnel avec une série récurrente montrée en duos? C’est une habitude en pays francophones, dans le sillage de la France. La RTS ne fait qu’imiter ses concurrents, même si elle précède leur jour de diffusion
Le «Un-par-un»!
«Westworld» s’inscrit dans ce qui tend à devenir une (bonne) habitude: proposer une série américaine vingt-quatre heures après la sortie aux USA, dans une version originale sous-titrée en français. Les américains comme HBO connaissent la force d’attraction des séries: les montrer un par un. Chaque épisode se termine donc sur une forme de suspens qui provoque assez de curiosité pour souhaiter voir la suite. Impossible, 24 heures après une diffusion unitaire aux USA de montrer deux épisodes en même temps. Et c’est ainsi que la RTS, comme la RTBF, souvent ignorée des téléréseaux et OSC en France, respectent l’esprit même de la série: la fin de chaque épisode est faite pour provoquer l’attente du suivant.
Subsiste un regret: l’heure tardive (22h45) choisie par la RTS. Mais placer les séries récurrentes haut de gamme à une heure de moyenne ou faible écoute est un principe bien installé dans la programmation de la RTS, même quand il n’y a pas de sous-titres. Hélas!
L’indispensable plaisir
(Temps de lecture, 3 à 4 minutes. Autre solution, survol rapide des intertitres, regard sur les images et leurs légendes)
Quatre mois, pratiquement, sans saluer ni documents, ni séries, c’est grave! C’est presque du masochiste que d’aborder des sujets qui, au lieu de donner du plaisir, conduisent à s’énerver sur la notion de débat et l’impuissance «Infrarouge» d’atteindre une bonne moyenne francophone, à s’embarrasser de ces sports rassembleurs qui se comptent aussi en dizaines sinon centaines d’heures parfois 22 sur 24 pendant quinze jours.

Sidse Babett Knudsen est Theresa Cullen : de « Borgen » à une « puissante » série américaine, « Westworld » ( Photo HBO)
Les « C… » de France 5
Alors, il est temps d’y revenir, à cette notion précieuse et indispensable de plaisir pris à suivre certains programmes. La grande famille des «C…» de France 5 ne souffre pas du départ d’Yves Calvi. Elle s’est enrichie par des rendez-vous du samedi et du dimanche. Certes, on y parle beaucoup trop souvent de la prochaine présidentielle précédée des prochaines primaires.
Arte et l’outre-Rhin
Des passages fréquents sur ARTE permettent de voir d’intéressantes séries européennes à des heures de grande écoute, de nombreuses fictions allemandes rarement enthousiasmantes et de tout aussi nombreux documents souvent intéressants. Cela permet paradoxalement d’en savoir davantage sur la télévision allemande et l’Allemagne que par la RTS pas très titillée par la collaboration avec de DRS et la RSI, sur la Suisse alémanique et le Tessin.
Hors-champ
Les préoccupations sur les débats aux chambres avec l’éventuelle discussion sur la concession ou le prochain «No billag» s’installent hors antenne! L’Etat-Major entraîne ses troupes au combat: Massimo Lorenzi célèbre la présence de tous les sports sur «ses» antennes.
Riches soirées thématiques
De multiples incursions dans le domaine de la documentation apportent de réelles satisfactions, ces dimanches soirs sur RTS 2, soirées thématiques qui ressemblent à celles d’Arte du mardi, avec, très proche, «Hillary Clinton, la femme à abattre» suivie du splendide «Les années Obama» ( dimanche 2 octobre), apparu en rafale sur Arte (mardi 4, de 20h55 à 00h45), absurde choix de programmation, mais pratiqué trop souvent un peu partout. Remarquable soirée aussi, que celle du dimanche 25 septembre 2016, toujours sur RTS2, avec l’analyse du chemin qui alla d’argent en or et retour mis en scène par «La Suisse, coffre-fort d’Hitler» (si tant est que des banques suisses soient vraiment à elles seules la Suisse!), avec un volet associé consacré au retour à la vie des «Déportées de Ravensbrück». Et puis, chez nos voisins, un excellent portrait, «Alain Juppé, le ressuscité», d’Yoann Gillet, avec un Franz-Olivier Giesbert en pleine forme. Précieux, d’entendre FOG sur France 5, avant la diffusion du document, remarquable préparation à savourer une émission (France 3- 3 octobre ).

« Les années Obama », une série documentée de quatre épisodes, aussi passionnante qu’ « A la maison blanche », mais autrement (photo ARTE)
Westworld, un par un
Et puis, il y a ce retour dans l’univers des séries, du reste pas une semaine abandonné, sauf qu’il n’a pas rejoint le blog. Ce retour vaudra un très prochain arrêt attentif, à propos d’une nouvelle expérience qui tend désormais à la tradition heureuse, la présentation vingt-quatre heures après la sortie américaine de «Westworld» ( HBO), en version originale sous-titrée en français, épisode par épisode: impossible d’en regrouper au moins deux! Un défaut toutefois véniel: la présentation tardive, à 22h45 (RTS 1-lundis soirs). Le jour viendra où les responsables romands de la programmation, mais pas eux seulement, qui ne sont pas des faiseurs de programmes, devront tout de même se poser des questions sur leur travail qui consiste trop souvent à cacher à des heures de faible écoute des fictions récurrentes de haut de gamme.
Très prometteur, ce nouveau «Westworld» de HBO, qui est, parmi les série récurrentes, avec «Games of thrones» l’équivalent du blockbuster cinématographique, tout en osant la complexité. Il s’adresse à des abonnés dans le pays d’origine, les USA, qui ont payé d’avance, sans qu’il soit nécessaire de courir le risque de prélever trop peu de dollars à l’entrée des salles. Seul instrument de « mesure »: la part de marché! A chacun sa « caisse » …
« Infrarouge » a fait son temps!
Temps de parole et « Mots-à-la-minute »
(Mercredi 28 septembre 2016 à 07h56)
On entend parfois, dans une émission de débat, mentionner l’égalité du temps de parole entre participants ou groupes comme élément de « justice » – c’est le cas à « Infrarouge ». C’est là bien piètre mesure. Il s’est trouvé, aux USA, des observateurs pour fournir quelques chiffres, cités par « Le temps » de ce jour. « Donald » a parlé pendant 44 minutes et « La secrétaire » (d’Etat, mais ancienne) pendant 41 seulement. Oui, mais le premier a prononcé 7870 mots, ce qui donne 179 mots-à-la-minute. Les 6181 mots de la deuxième se retrouvent à 151 en soixante secondes. Il est où, le bon critère : dans le temps de parole ou dans les mots prononcés en une minute ? Se trouverait-il dans la qualité de la construction d’une phrase? Quelle est l’influence des quantités de temps et de mots sur le public.
Ce que l’on appelle ailleurs sondage sorti des urnes a largement fait savoir que le soixante pourcent environ des quatre-vingt ou cent millions d’américains ayant suivi l’émission (la fourchette est large dans les estimations du nombre de téléspectateurs) pense que Clinton-la-secrétaire a battu Crumb-le-donald! Alors, l’égalité du temps de parole à « Infrarouge », pas très sérieux!
Incursion vers CNN
Et d’abord un bref complément au texte ci-dessous, «Autour de la notion de débat», dans la partie «interpréter le décor»: suivi sur CNN des commentaires après le premier affrontement télévisé Clinton-Trumb aux USA. Autour de l’animateur, il sont huit, quatre par quatre, assis derrière une table demi-ronde, chacun portant son titre mais sans opposer quatre partisans de l’une contre quatre de l’autre. Des experts, plutôt, ceux que parfois l’on accuse de bien interpréter la situation… après, dans un élan de démagogie! Et bien, personne ne coupe personne. Chacun y a de son intervention, qui peut être un complément à la précédente. A première vue, dignité dans le comportement… même Trump. Dans les idées…. Il est aussi très intéressant de regarder celui (celle) qui écoute autant que celle (celui) qui parle! On s’écoute tout de même pour répondre.
«Infrarouge» a fait son temps
Le programme est chose finalement différente de la programmation. Placer un débat à 21h30, c’est courir le risque de faire moins bonne part de marché qu’avec une habituelle enquête bâclée d’une série unitaire américaine, hawaïenne ou française. La RTS a fait juste en avançant l’heure du seul débat «politique» régulier de son offre. Même si elle perd quelques plumes avec cette présentation avancée, elle restera encore et pour longtemps largement la plus suivie dans sa région de prédilection. Une moyenne annuelle autour de trente pourcent de part de marché garantit d’être devant TF1 ou M6 qui sont installés à un peu plus que dix, 28 ou 29 tout autant ! A coup sûr, le nombre de téléspectateurs présents à 21h30 est supérieur à celui qui suit la tv à 22h30.
La part de marché reste une information intéressante. Il semble que dans sa nouvelle case, «Infrarouge» s’en tienne à un 17 /18 pourcent. Mieux qu’avant en pourcentage? C’est ainsi solliciter une information du service de presse – chose faite à travers ce texte! Dans la moyenne annuelle actuelle ou en dessous? Probablement un peu en dessous, en tenant compte des audiences moyennes les plus récentes en notre possession, qui datent de 2011(!). Là aussi réponse sollicitée.
Changer la formule de cet «Infrarouge» actuellement souvent proche du «pugilat» gauche contre droite? Cela n’améliorerait pas forcément la part de marché. Mais peut-être que le téléspectateur apprendrait des choses qu’il ignore ou comprendrait mieux les enjeux de la politique, plutôt que d’assister à un débat d’assez mauvaise qualité.
Autour de la notion de débat
Un peu assoupi, ces dernières semaines, ce blog! Mais mon «Pipe-line» personnel est encombré de versions différentes qui oscillent autour du «Tv-talk-show», une des «traductions» françaises de «talk-show», dit aussi «causerie» ou «émission-débat». On peut restreindre le débat à un sujet politique, culturel ou sociétal, s’en tenir à certains exemples fournis par la RTS, ARTE, France 5, chaînes généralistes de service public. L’obsession liée au désir de faire la meilleure part de marché possible devrait être l’apanage des seules généralistes commerciales qui vivent essentiellement de publicité, TF1 ou M6 chez nos voisins. Notons que sous nos latitudes romandes, on ignore tout ou presque de la Wallonie belge et du Québec canadien. Une limite: s’en tenir à des émissions quotidiennes et hebdomadaires.
Points forts de la RTS
La force actuelle de la RTS, née dans son passé des années 1960, réside dans son offre d’émissions généralement faites «maison» du premier rideau, «Mise au point» (dimanches), «TTC» (lundis), «A Bon Entendeur» (mardis), «Temps présent» (jeudis), «Passe-moi les jumelles» (vendredis), les grands magazines (mercredis) et les rares séries romandes (samedis). Elle y consacre d’importants montants. Les journaux télévisés, le sport et les séries unitaires américaines complètent ces émissions de premier rideau. Une bonne place est accordée à la documentation.
Avec «La puce à l’oreille» (jeudis vers 23h) et «Infrarouge» (mercredis vers 21h30), la RTS n’est pas particulièrement séduisante. A signaler toutefois que l’heure de diffusion d’«Infrarouge » a été avancée depuis quelques mois, désormais proposée à un public en moyenne plus nombreux avant 22h qu’aux environs de 23h!
Arte et «France 5» proposent une partie de leurs émissions aux heures de grande écoute (de 18h à 21h30). La «RTS» les renvoie en milieu ou fin de soirée. Premier signe négatif! Audimate prioritaire quand tu nous tiens…..
Propositions d’ARTE et de France 5
Le «28 minutes» d’Arte (cinq jours en semaine entre 20h05 et 20h50) est la principale rubrique d’une émission de 45 minutes environ, avec rubriques régulières. Elisabeth Quin, accompagnée de deux journalistes, reçoit trois invités sur un sujet de son choix.
France 5 propose un riche ensemble «C…» qui vaut pour «C’est»:
«A dire» (17h30, quinze minutes) met un journaliste seul face à un invité. «Dans l’air» (17h45, six fois par semaine) permet à un animateur de recevoir quatre invités. «A vous» (à 19h puis à 20h), autour d’Anne-Sophie Lapix, fait défiler plusieurs invités qui partagent un repas face à une équipe de cinq collaborateurs réguliers. Les récents «Hebdo» (samedis), «politique» (dimanche à 18h35) et «polémique» (dimanches à 19h45) mettent un animateur maison accompagné face à un ou plusieurs invités.
Pour une fois, fortes présences féminines
Pour une fois,, et c’est très bien mais très rare aussi, un secteur est marqué par une forte présence féminine, avec Elisabeth Quin (ARTE), Caroline Roux (La 5), Anne-Sophie Lapix (Fr5, C…à dire, du lundi au jeudi, qui remplace Yves Calvi avec talent), Anne-Elisabeth Lemoine ( France5, «C..l’hebdo » depuis le 3 septembre) et le duo Esther Mamarbachi/Romaine Morard (RTS, «Infrarouge», auquel manque vraiment la verve de Mix&Remix). Il est probable que les animatrices citées soient aussi, en partie du moins, responsables de la forme des débats qu’elles dirigent. Dans ces rôles, avantage aux françaises !

Elisabeth Quin : il faut une mémoire d’éléfant pour prétendre avoir vu deux fois la même robe à l’antenne (28 minutes – ARTE)
Pourquoi une seule collaboratrice de la RTS pour «Infrarouge» et une petite équipe sur ARTE et France5? Probablement pour des raisons budgétaires. La RTS doit être généraliste dans tous les domaines, obligations qui ne pèsent pas sur ARTE et France 5.
Interpréter le décor
La structure du décor n’est pas innocente. Le face-à-face ne provoque aucune remarque. «Infrarouge» et «La puce à l’oreille» ce sont six personnes au moins à placer, «28 minutes» entre quatre et six avec changements. «C…à dire» se déroule avec cinq personnes, «C..à vous», plus de six, comme d’autres «c…». Le public est parfois invité. Il faut bien reconnaître que cela fait plaisir à ceux qui ainsi «passent-à-la-télé». Mais il n’apporte strictement rien au contenu du débat. Il devient élément de décor avec prière d’applaudir poliment en fin d’émission et parfois au début. Ce qui se passe après l’enregistrement est peut-être intéressant, mais le téléspectateur n’en sait rien!
Placer les invités autour d’une table c’est assurer une sorte de mélange (C…à vous). Mettre l’animateur et ses proches d’un côté, les invités de l’autre (28 minutes), c’est en rester au face-à-face, pour faciliter le jeu des questions parfois commentées et des réponses argumentées qui conduisent au dialogue. On est dans le convivial.
Avec un animateur et deux groupes qui se font face, on entre dans le conflictuel. «C…à dire» ne tombe pourtant presque jamais les affrontements entre invités, alors qu’«Infrarouge» en fait sa nourriture de base, une confrontation «gauche-droite», deux fois sur trois au moins. Et c’est la seule émission où l’on rappelle parfois à plusieurs reprises que le temps de parole est mesuré, entre les clans. Le décor de «C..dans l’air» est en forme de V, celui d’«Infrarouge» vaut U, l’amorce de complicité du V s’oppose à l’opposition des branches du U!
L’affrontement suisse face au dialogue français
La France politique, coupée en deux avec son quinquennat, vit presque constamment entre deux élections présidentielles, un temps un peu après l’une et longtemps avant l’autre. De plus, elle s’offre le luxe dans chaque camp de s’offrir des primaires sur-abondantes, le FN mis à part, qui participera presque à coup sûr au deuxième tour du prochain duel final.
Sur les petits écrans français, l’élection présidentielle envahissante. Mais dans les débuts, tout se passe comme si la télévision voulait corriger la politique, cassant l’affrontement politique par un dialogue presque consensuel, souvent en l’absence d’élus nationaux.
La Suisse mène une politique consensuelle, entre les différentes tendances qui cherchent sincèrement le compromis pour arriver à une majorité changeante, actuellement plus souvent entre le centre et les droites que les centres et la gauche. La RTS propose un affrontement gauche-droite permanent avec son «Infrarouge» conflictuel glissant deux fois sur trois au pugilat. Ce qui était hier un élément qui pouvait être dynamique (ou amusant!) en rendant plus mordante la discussion est devenu aujourd’hui spectacle ennuyeux et répétitif où il est rare d’apprendre quelque chose. Cela profite plus à l’UDC qu’à tous les autres partis.
France: à la chambre des députés, au sénat et finalement à la présidentielle, du gauche-droite; débats télévisés nuancés!
Suisse: politique consensuelle, débat télévisé à «Infrarouge», gauche-droit
Fin des JO : tout de même, et ouf!
Pourquoi diable, perdu dans un coin d’une mémoire vieillissante, un bout de chant ou d’une «poésie » apprise par cœur ? Ceci :
… Tous les petits enfants
Les yeux levés au ciel
Disent à la même heure
Une même prière
Au Père universel.
Pourquoi ce « tous-ensemble-faisant-la-même-chose » m’a-t-il tant poursuivi comme un mauvais souvenir, à travers des décennies ? Voici enfin un exemple tardif : les Jo et autres grandes compétitions internationales, dans l’ère de la télévision-partout, sont les versions modernes du « tous-ensemble »! Souvent séduisantes; mais envahissantes!
Une pomme plus une poire = deux fruits !
Nous fûmes donc un milliard, peut-être plus, devant de multiples écrans, quinze jours durant, vingt-deux heures sur vingt-quatre » pour voir de multiples sports olympiques, avec médailles d’or, d’argent, de bronze. D’autres sont ironiquement dites en chocolat, manière d’escamoter les cinq diplômes suivants pourtant aussi méritants : être parmi les huit meilleurs du monde, le « truc » n’est pas facile !
Mais non, il n’y en a que pour les trois premiers. On additionne les médailles. L’or, plus l’argent, plus le bronze, cela donne des médailles !
Un sponsor

Un sponsor omniprésent avec élégance durant quinze jours, mais ses avions vont-ils déserter Genève-Aéroport?
Audiences élevées
Il n’y a aucune raison de douter d’un succès probablement universel, les audiences un peu partout annoncées sont élevées. Et puis, aux différents étapes, du travail bien fait par des professionnels. Peut-être tout de même un travail sur l’image supérieur à celui sur le son fait de bruits, rarement de musique, et surtout de mots.
Et puis, dans chaque pays, on y rajoute un petit plus : l’attention à nos propres athlètes, avec, suprême bonheur, trois drapeaux qui montent, un hymne natonal qui retentit. Ce serait mentir que de prétendre rester indifférent à nos « compatriotes » sportifs. Mieux vaut avouer quelques pincements de cœur devant l’or, l’argent, le bronze. Et merci pour le chocolat !
Pas question ici de faire un bilan. Seulement l’envie de s’arrêter sur quelques événements. Les sujets ci-dessous peuvent être lus indépendamment les uns des autres….
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Du côté des entraineurs
Les entraîneurs ne sont pas tous des vieilles chaussettes que l’on jette à la quatrième défaite consécutive. On faut donc saluer certains d’entre-eux, qu’ils travaillent en Suisse ou à l’étranger.
Nicolas Siegenthaler
Nicolas Siegenthaler entraîne depuis plus de nombreuses années Nino Schurter,. Il était présent comme consultant VTT lors de la victoire de son poulain ( bizarre, ce vocabulaire équin), précis dans son récit, lucide en observateur de la course dont il pressentait le déroulement ; ému, bien sûr. Mais il dit aussi combien il était important pour lui d’apprendre à des enfants turcs une langue qui leur permette de vivre dans un pays d’accueil.
Jean-Pierre Egger
Valérie Adams, dépassée lors du sixième lancer, est pourtant heureuse, après beaucoup d’or, de sa médaille d’argent, obtenue après des deux dernières années assez difficiles. Elle doit beaucoup à son entraîneur, Jean-Pierre Egger, auquel elle a souvent rendu hommage. Elle va quitter la Suisse après avoir passé plusieurs années en Suisse, entre Bienne et Macolin.
Philippe Guerdat
Pour une seconde, Steve Guerdat et Nino des Buissonnets ratent le bronze. Il y a quatre ans, c’était l’or. Philippe Guerdat , son père, entraine les cavaliers français qui pratiquent le saut d’obstacle. Ils viennent de gagner l’or en équipe. On aurait où parler plus souvent de lui.
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JO : première semaine
Incontournables, bien entendu, puisqu’ils occupent pratiquement à cent pour cent RTS 2. Et avant « Rio », il y a beaucoup de tennis, beaucoup de football, beaucoup de cyclisme, passablement d’athlétisme, au point de se poser la question de savoir si tant de sports s’inscrit bien dans les «devoirs» d’une télévision de service public généraliste. La liberté de choix est restreinte! Certes, le sport est rassembleur, ce qui sous-entend qu’il apporte de bonnes parts de marché en milliers de spectateurs et en pourcentage: condition nécessaire mais largement insuffisante pour le service public.
Restent tout de même des bribes de liberté bizarre: suivre le petit écran images et sons dans son dos, faire des sudokus, lire son journal ou corriger ce texte! On peut aussi entrer dans le jeu des comparaisons en «pitonnant» entre RTS 2 et France 2/France 3. Car, hélas, comme tout bon téléspectateur suisse, il ne me vient pas naturellement à l’idée d’aller voir ce qui se passer sur «nos» chaînes nationales en patois suisse allemand ou en italien. Je suis assez grand partisan du sport comme divertissement offert par le petit écran. Je viens d’avaler des heures et des heures de JO!
Inutile, pourtant, de proposer un classement du genre, j’aime le sport x, je déteste le z, mais le y m’intéresse un petit peu. A chacun sa petite hiérarchie personnelle.
Mieux vaut, dans ce blog, s’interroger sur «comment» tout cela est fait pour parvenir jusqu’à nous. L’image, riche et variée, en direct ou différé, appuyée par des sons d’ambiance discrets fait très (trop) belle place aux mots des présentateurs(trices), des commentateurs (trices), des experts(tes).
Choisir les images
La plus importante des compétitions sportives mondiales est à l’évidence ces JO par la grande diversité des propositions. Les responsables des images maîtrisent en général parfaitement bien le travail de base. Pour un seul sport, ils disposent de nombreuses caméras, parfois des dizaines. Chaque caméra doit remplir une mission généralement décidée par la réalisation avant enregistrement. Toutes les images parviennent ensuite dans une régie. Un premier choix est alors effectué, en direct, qui donne lieu à un premier montage. Plans d’ensembles, plans rapprochés, caméras en mouvement sont à disposition du monteur en direct qui est le véritable responsable du spectacle. On peut ensuite rapidement reprendre certaines images, les proposer au ralenti, les accélérer, décider d’en proposer deux ou quatre en même temps. Ces possibilités multiples sont dans leur grande majorité bien exploitées.
Retenu une faiblesse: la position des caméras pour le tennis de table, autrefois appelé ping-pong, qui se joue sur une table plus longue entre les joueurs que devant eux. A Rio, la largeur réelle est nettement plus grande que la longueur. Cet effet optique est parfois sensible aussi en tennis.
A chaque diffuseur son programme
Ce premier «montage» en régie pour tous les sports est diffusé dans le monde entier. Chaque chaîne doit alors procéder à ses propres priorités, savoir comment passer de l’un à l’autre. Il est naturel de privilégier les sportifs du pays qui diffuse les images pour son ou ses publics quitte à infliger des tours et des tours de piste pour cyclistes. Il est du reste probable que le diffuseur planifie dans leurs grandes lignes ses choix, qui peuvent être perturbés dans le découlement même de certaines épreuves.
Le pitonnage a un mérite: le faire fonctionner au moment où apparaît la publicité, qui n’est pas toujours hautement séduisante avec son principe de répétition. Bien entendu, au bout de la chaîne, le spectateur se trouve devant un écran géant en plein air, y compris sur les stades, ou devant son téléviseur de salon ou son ordinateur, une tablette, un portable. Presque partout…
Surprise: des gradins très peu remplis. La finale du double dames en tennis se sera jouée de manière presque confidentielle. Que se passe-t-il? Le public brésilien se fait rare? Les prix des places sont trop élevés? La remarque vaut aussi pour ces petits sports qui n’intéressent la télévision que lors de cet événement mondial. On peut faire de belles rencontres avec des sports élégants inattendus. Quitter ainsi les seuls sports-spectacles dominés par des intenses intérêts financiers est somme toute assez agréable. Alors, vive cette diversité.
Choisir les mots
Sur la bande sonore, dans la plupart des sports, il n’y a quelques bruits d’ambiance dont on ne décèle pas forcément l’origine. Il paraît, à lire une partie de la presse, que le public brésilien ne serait pas toujours très élégant, à applaudir les fautes de cex qui risquent de «battre» les nationaux. On ne s’en rend guère compte sur les écrans. Comme si le son était presque uniquement porteur de mots. Une image riche, un son pauvre réduit au verbe ?
A quoi devrait servir le commentaire? Pas à ce qu’il souvent il sert: dire, même en retard, ce que l’on vient de voir; ou encore, dans une rencontre par équipes répéter le nom des joueurs, ce qui n’est pas d’un grand intérêt. Le commentaire devrait ajouter quelque chose à l’image, faire comprendre les lois d’un sport rare, auquel on ne connaît presque rien, mieux expliquer ce qui peut se cacher derrière ce que l’on voit, la finesse d’une réussite, la beauté d’un geste, la difficulté d’un mouvement.
Le commentateur comme l’expert peut se trouver sur les lieux de la rencontre sans voir l’image, dans un centre hors des stades, mais au Brésil, devant plusieurs écrans ou dans le studio du diffuseur, qui ne voit alors que ce que voit le téléspectateur mais en disposent fiches informatives. Les mots pourraient, devraient, plus souvent, compléter l’image.
On même dépasser l’image. Avant les jeux, de nombreux sujets, souvent intéressants, ont été consacrés au Brésil, actuellement fragile, avec sa présidente en congé forcé, ses difficultés économiques, la pauvreté qui subsiste.
Mais une fois les compétitions commencées, on est entré dans une sorte de «bulle». Du Brésil, il ne reste plus que les paysages, les stades. Il n’y a plus que la réalisé visuelle des jeux, pas tellement d’autres sons que les mots. On est certes ailleurs, à Rio, mais finalement nulle part. Mais personne ne nous impose de rester devant le JO vingt-deux heures sur vingt-quatre, même si le choix s’est restreint, surtout en Suisse romande où la moitié de l’offre tourne autour des JO. Alors, parfois, l’ennui s’installe…..




























