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Conseil fédéral – les trois derniers jours sur le petit écran
Contente d’elle, la TSR, qui dès jeudi annonçait avec satisfaction une audience record pour la matinée électorale du mercredi 14 décembre, avec plus de cent mille téléspectateurs, sans pouvoir dire qui ils sont. La promotion de l’élection avait été massivement faite, pas seulement à la télé, avec un suspens répété autour de Mme Widmer-Schlumpff, de l’attitude de l’UDC, du petit écart entre les deux presque unanimement reconnus compétents candidats de gauche. À l’arrivée, petites surprises avec Rime trois fois candidat de dernière minute et Berset presque élu au premier tour !
Plus de quatre heures mercredi matin, pour des directs informatifs surtout dans la salle de l’assemblée fédérale, des commentaires dans les pas perdus et des documents préparés, Alain Rebetez et Pierre Godet avec John Clerc à la tâche. Des choses intéressantes, à travers l’information immédiate en direct, quelques remarques et réactions. Cela ressemble à un reportage sportif commenté par de nombreux spécialistes.
On voit les parlementaires levés applaudir Mme Calmy-Rey à la fin de son discours d’adieu. Le commentateur dit : « les parlementaires se lèvent pour applaudir Mme Calmy-Rey » ! Le fameux Laverdure du « Zazie dans le métro » de Raymond Queneau pourrait lancer son « tu causes, tu causes, c’est tout c’que tu sais faire ». Mais cela vaut surtout pour l’ « Infrarouge » ultra mondain du mardi soir dans les salons du Bellevue !
Le meilleur ? Lundi soir (TSR2), trois jeunes cinéastes ont fait bande à part pour réaliser « Le Doc » intitulé « Dans nos campagnes » en suivant Mme Despot (UDC, Vaud), MM. Nanternod (PLR, Valais) et Tornare ( PS, Genève) de l’acte de candidature aux résultats de l’élection. Intéressant, par instants même passionnant.
Séries : Marchand répond à Neirynck
Une sommité politique type « Dents du midi », Jacques Neyrinck, s’en prend à fières canines aux séries télévisées ( L’Hebdo, 24.11.2011). Un roc type « Cervin », Gilles Marchand, directeur de la RTS ( L’Hebdo 01.12) s’élève contre celui qui en veut aux « nuls qui regardent des séries débiles » et plaide pour ces galeuses. D’un modeste sommet jurassien, je savoure la polémique ! Le patron de la RTS cite trois exemples, « Dr House » avec sa cohorte de parfois cent mille téléspectateurs, « Mad man » et « Boardwalk empire ». On se demandera, sourire en coin, si dans une liste plus longue on aurait pu y découvrir « Dexter » !
Les exemples cités sont ceux de séries remarquables, pointues, exigeantes, clairement sises dans le haut de gamme, parmi les sommets où il n’est plus possible de faire la différence entre le cinéma et la télévision, cette dernière rejoignant avec certaines séries la littérature des grands romans de plusieurs centaines de pages. Et si on tentait d’approcher cette notion parfois péremptoirement affirmée de haut de gamme ? Servons-nous d’un exemple romand : « T’es pas la seule » fut une série assez populaire, mais de qualité très moyenne alors que « Dix » pouvait être inscrit au moins dans le bas du haut de gamme que nous évoquons.
Reste que si défendre ces séries est important, mieux vaudrait qu’elles soient exposées au public autrement qu’en les rejetant souvent en deuxième rideau dès 23 heures pour se terminer parfois largement après minuit, groupées deux par deux ou plus alors qu’elles sont construites une par une, sous fréquent logo rouge. Les destine-t-on à une « élite » d’insomniaques ?
Bla,bla,bla
Un quarteron de socialistes à Infrarouge
Je ne consomme plus Infrarouge que si le sujet m’intéresse ou provoque ma curiosité. Un récent rendez-vous avec les quatre candidats socialistes n’a eu lieu qu’en fin d’émission : il m’a permis d’assister à des minutes passionnantes à propos de la tenue des candidats, de la cravate de Berset et de son absence chez Maillard. Un seul ose ensuite regretter que l’on parle si peu de « politique » : devinez lequel !
L’ Hebdo nous apprend que les quatre candidats socialistes sont repartis «atterrés». Vraiment ? Était-ce une promesse télévisuelle pour de futures campagnes d’élection du CF par le peuple ? Au 19:30, mercredi et jeudi 1 et 2 décembre, avec Maillard puis Berset, durant environ douze minutes : on y aura parlé très clairement de politique !
N’importe qui parle de n’importe quoi dans La puce à l’oreille
La puce à l’oreille invite trois personnes à parler de trois/quatre sujets ayant trait à chacun des invités du monde culturel extérieur dans un établissement public de Suisse romande, ce qui n’apporte strictement rien au direct différé sauf quelques coups de balai par caméra. Chacun est censé connaître au moins un peu la cause de la présence des autres. Mais ils n’en sont pas forcément des spécialistes. Leur mission est donc de faire croire que tout le monde peut parler avec intelligence, lucidité ou sensibilité de tout et n’importe quoi. Le principe n’est pas forcément bon. Et une invitation lancée au dernier moment ne suffit pas.

Iris Jiménez se promène à la Chaux-de-Fonds avant un enregisrtrement de "La puce à l'oreille" : pour s'imprégner de l'accent neuchâtelois ?
Quand un jeune cinéaste a pris la peine de voir le film que Baier consacre à Goretta, Bon vent Claude Goretta, on l’invite à parler des accents de terroir. Baier n’a pas eu le temps de voir le film de son jeune collègue. Le troisième larron n’aime pas ce film. Une fois de plus, le principe ne fonctionne pas. Parfois, cela se passe assez bien, entre Geluck le caricaturiste et Jean-Charles Simon, qui débordent l’animatrice. La TSR a confié un important mandat culturel à une société externe. Il faudrait faire sinon mieux, au moins aussi bien que la TSR. Dommage que ce ne soit pas du premier choix.
Trois dames objets par hasard de mon ressentiment
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Je n'ai pas trouvé sur le site du service de presse de la RTS l'image d'Alix Nicole. Une présentatrice, c'est important. La responsable des achats des séries de fiction qui agit aussi dans la programmation occupe une fonction tout aussi importance qu'une présentatrice. Mais a- t-elle droit à la diffusion de son image ?
Alix Nicole décide de ne pas montrer un feuilleton (Dexter) et défend la présentation tardive d’un autre (Broadwalk empire). Esther Mamarbachi fait parler cravate quand ses invités évitent soigneusement de s’écharper. Iris Jménez ne voit pas toujours passer le puck. Leur fait-on confiance à la TSR ou y couvre-t-on leurs errements. Au fond, ces dames, objet par hasard de mon ressentiment de l’instant, ont raison d’en profiter.Ce sont là trois exemples de confiance faite à des collaboratrices malheureusement pas méritées ! Au conseil du public de jouer puisqu’à l’interne rien ne semble se passer. À moins que la hiérarchie ne soit contente et se contente du résultat. À propos, que dit l’audimat ?
Jacques Neirynck et les séries débiles
La SSR souhaite pouvoir accéder à la publicité sur ses sites internet. Les éditeurs de journaux et dans une moindre mesure les chaînes privées de radio et de télévision s’y opposent. Dans la dernière parution de « L’Hebdo », Jacques Neirynck adresse une lettre ouverte au nouveau président de la SSR, M.Raymond Lorétan.
Pour lui, il y a trop de chaînes publiques – 7 en télévision, 17 en radio. Il oublie que service public ne signifie pas que tout le monde en même temps doit se trouver devant la même émission. Au contraire : le service public s’adresse à tous les publics, même ceux qui vivent dans des niches minoritaires. Une chaîne sportive, pourquoi pas, comme deuxième chaîne pour l’ensemble de la Suisse serait un véritable service public. Chaque région pourrait alors nourrir un troisième canal par des reprises, des émissions à petit potentiel public et par des adaptations aux autres régions de certaines émissions d’une des régions linguistiques.
Neirynck raisonne alors autour de la redevance. Si celle-ci subsiste, écrit-il : « A la SSR toute la redevance sans aucune publicité ; aux privés toute la publicité sans rien de la redevance ». Pour la SSR ce seraient trois cents millions de moins (recettes publicitaires) et soixante de plus (le 4 % de la redevance qui va aux privés). Instantanément, écrit encore le pamphlétaire, la qualité des programmes de télévision s’améliorera. Vrai peut-être pour les privés dont la qualité déjà existante est parfois en hausse, mais ce ne sera pas instantané. Faux pour la SSR.
La publicité agit seulement sur des « gogos attirés par des émissions débiles », lesquelles émissions ne sont faites pour des « nuls fascinés par des séries débiles » que tout le monde peut voir presque partout. Comme si toute émission à succès s’adressait seulement à des débiles – cf les « téléjournaux » ou la « Météo » ! Un pareil mépris pour le grand nombre est inélégant!
Une série de haute qualité, sensible et intelligente, « Boardwalk Empire » est très tardivement présentée par la TSR le dimanche soir. Alix Nicole, responsable des acquisitions de fiction promue programmatrice, explique cette heure tardive par la peur d’un mauvais audimat. ( Cf à ce propos lire l’article de ce blog « Programmation trop tardive »). On peut regretter que M.Neirynck ignore que l’audiovisuel contemporain connaît actuellement des sommets à travers certaines séries souvent américaines, cinéma et télévision confondus. Dire des séries qu’elles sont toutes débiles est un peu simplet.
“Boardwalk Empire” : programmation trop tardive
« Boardwalk Empire » est une nouvelle série magistrale, une des meilleures jamais réalisées, avec « Les sopranos », « Deadwood », « Mad men » ou « Twin peaks ». Le spectateur romand est prié d’être disponible le dimanche soir d’un peu avant 23 heures jusqu’à minuit et demi. série magistrale, le téléspectateur est prié d’attendre le dimanche soir vers 23h00. Entre 21 :00 et 22 :30, il aura vu deux épisodes d’une série sans grandes qualités ni graves défauts, un exemple du tout-venant, « Esprits criminels », affublée d’un petit « R » qui signifie reprise. Le produit moyen en premier rideau, le génial vers 23h00, et de plus affublé d’un logo rouge qui tend à devenir presque une information sur le haut niveau de qualité !
Trop tard pour regarder ?
Responsable des acquisitions fictions de la TSR, Alix Nicole peut être félicitée pour la qualité de la plupart des achats de la TSR qui sont toutefois limités par la nécessité de l’existence d’une version doublée en français. Dans son numéro 47, qui couvre les programmes du 20 au 26 novembre 2011, « Télétop matin » interroge l’acheteuse en une page intitulée « Trop tard pour regarder ? » Il n’y aurait eu que trente mille personnes pour le premier épisode le 13 novembre. Mme Nicole intervient comme si elle était responsable de la programmation dans des termes qui sentent la leçon faite à quelque idiot de service qui ose regretter une programmation aussi tardive. Il y a quelques semaines, Mme Nicole se faisait déjà remarquer par son refus de présenter “Dexter”.
La TSR en solitaire !

Michael Pitt, James Darmody dit “Jimmy”, l’adjoint de Nucky, à Atlanta, Etats-Unis, 1920, à l’heure de la prohibition
On y apprend donc que la télé ne s’arrête pas à 22h45. « Vous voyez « Broadwalk empire » sur les chaînes en clair francophones ? Non, car elles ne l’ont pas achetée. Nous, on la diffuse tard, mais on la diffuse ». La TSR réussit à présenter les versions françaises de multiples séries non francophones avant les chaînes françaises qui assument les coûts élevés du doublage, peut-être même en y contribuant modestement. « Broardwalk Empire » a été présenté en France par Orange, une chaîne cryptée. Aucune chaîne en clair française pour la série de Scorsese ? Peut-être bien, ce qui ne serait d’ailleurs que le reflet d’un curieux manque d’intérêt pour une série de grande qualité. On ne la verra donc pas sur une chaîne généraliste française, alors que « Boardwalk empire » sera accueillie en Belgique. La solitude est tentation pour TSR qui reste aussi la seule à avoir refusé de présenter « Dexter », la même personne l’ayant jugée porteuse de trop de violence gratuite. On doit ainsi comprendre que la violence de la série de Scorsese est, elle, indispensable !
Les séries à costumes ne marchent pas !
Pourquoi pas diffuser cette série plus tôt ? « Varg Veum » à la place des « Experts » : cela fait deux fois moins d’audience… Ce « Varg Véum » norvégien est en effet moins séduisant que « Les experts ». Mais la remarque est intéressante : il n’est question que d’audience, pas de qualité. L’audience conditionne de multiples démarches de programmation, même si parfois quelque rare responsable de la TSR affirme qu’elle n’est pas toujours prioritaire. De plus, il apparaît que « Les séries à costumes, chez nous, cela ne marche pas » ! Ce serait donc là une autre raison de présenter « Boardwalk » à 23h00, – peu près aux mêmes heures que « Mad man ». En 1920 comme en 1960, les personnages sont donc « costumés » – quand donc un habit devient-il costume ? Signalons en passant que France 5 reprend « Chez Maupassant » tous en costumes à 20h30 !
La priorité à l’audimat
Le « cela ne marche pas » signifie donc clairement que l’on craint d’avoir un mauvais audimate. Alors merci pour ces dimanches soirs en fin de soirée qui proposent après « Les tudors » ou « Les Borgias » une case « Historique de qualité ». La TSR compte désormais dans ses rangs quelqu’un qui veut ressembler à celui qui assénait avec force la nécessité d’un cinéma « populaire de qualité ».
TF1 et M6 comme modèles
Programmation tardive pour « Boardwalk empire », refus de programmation pour « Dexter » : la TSR donne dans l’originalité conditionnée par l’audimate. Logo rouge souvent associé à des séries remarquables, programmation tardive de plusieurs des meilleures, accumulation parfois de trois ou même quatre numéros d’une même série : la TSR tend à ressembler aux chaînes françaises généralistes commerciales, Tf1 ou M6, plutôt qu’au service public qui privilégie parfois la mise en valeur de la qualité avec une diffusion pas trop tardive.
Le plaisir qui vient des séries
Tout divertissement devrait apporter à celui qui le consomme un réel plaisir. Et ce plaisir a plus de chance d’être présent s’il repose sur un peu de nouveauté : les émissions formatées d’un jour ou d’une semaine à l’autre n’offrent comme plaisir que celui de la richesse d’un contenu. Rien ne ressemble plus à un « 19h30 », un « TTC », une « Mise au point » qu’un « 19h30 », un « TTC » ou une « Mise au point ». La fiction sait générer du plaisir à travers des formes nouvelles, dans des séries qui se donnent, pour conter, du temps. Je crois que je retrouve enfin dans l’audiovisuel ce très vieux plaisir de la lecture savourée lentement, mais oublié durant des décennies. Une série nouvelle et une récente sont à saluer !
The good wife – Ridley frères
Présente en premier rideau, « The good wife » est produite par les frères anglais Tony et Ridley Scott bien implantés aux USA ( TSR, vendredis, mais aussi TF1 jeudis). Mère au foyer, Alicia fut trompée par son mari politicien retors. Archie Penjabi, Kalinda étrange et sidérante noiraude, vole la vedette à Giuliana Margulies en avocate qui retrouve un poste de travail. Désormais bien installée entre ses audiences de tribunal avec une belle galerie de présidentes et présidents aussi bizarres les uns que les autres, la série monte en force.
Broardwalk Empire : Atlanta, New-York, Chicago – 1920
« Boardwalk empire » ( TSR, début le dimanche 13.11.2011, 4 épisodes déjà à ce jour du 22.11.2011) est bien parti. Produite par Scorsese, la série commence par septante minutes signées Martin Scorsese. Ville phare : Atlanta, avec incursions nombreuses vers New-York et Chicago. La prohibition de l’alcool, dans les années vingt, fit faire un bond en avant aux mieux organisés des truands. Personnage principal : Enoch Thompson, dit « Nucky », ( Steve Buscemi) fonctionnaire municipal qui va rapidement s’enrichir par la vente d’alcools, assisté par un jeune homme qui revient du front européen des années 1918, James Darmedy, dit « Jimmy » (Michael Pitt). D’emblée, des personnages intéressants, Al Capone et Charles Luciano, dit « Lucky », qui feront carrière par la suite. Un personnage féminin assez peu adapté à ce milieu de truands, Mme Margaret Schroeder ( Kelly MacDonald).
Trois cent mille francs la minute.
HBO, chaîne cryptée américaine commerciale, a connu en septembre 2010, son meilleur démarrage après celui de « Deadwood », avec près de cinq millions de téléspectateurs. Autour de Scorsese, le scénariste Terence Winter, celui des « Sopranos », Mark Wahlberg, producteur qui fut déjà lié à Scorsese pour « Les affranchis ». Le premier épisode de septante minutes, réalisé par Scorsese lui-même, aura coûté vingt millions de dollars, autrement dit trois cent mille francs la minute. Mais ce sont là des normes américaines. « Les affranchis » du même Scorsese avaient absorbé nonante millions de dollars.
Cinéma et télévision confondus dans la perfection audiovisuelle
Tout est d’emblée en place pour la première saison, une troisième actuellement déjà en tournage : de splendides décors pour reconstituer les intérieurs d’Atlanta, New-York et Chicago, des personnages forts nombreux, des vêtements d’époque, comme la musique avec beaucoup de jazz, des acteurs au service de leurs personnages qui vont revenir d’une saison à l’autre. La mise en scène d’emblée brillante comme dans les meilleurs films de Scorsese sera par essence permanente puisque les réalisateurs sont choisis par le producteur principal, Scorsese lui-même. Les qualités du meilleur cinéma, avec le retour à la richesse romanesque qui prend son temps, seront certainement présentes pendant la douzaine d’heures de chaque saison. On est ainsi d’emblée dans le meilleur des séries qui nous viennent des USA. L’audiovisuel contemporain haut de gamme unit désormais étroitement cinéma et télévision.
Bon vent Claude Goretta
Claude Goretta a reçu en mars 2010 un quartz à Lucerne lors de la fête du cinéma suisse, puis un Léopard d’honneur à Locarno cet été. La cinémathèque lui consacre depuis quelques semaines un hommage qui se prolonge jusqu’à la fin de l’année. La télévision, tout naturellement, s’est associée à cet hommage. Hommages mérités !
Il fallait bien reconnaître l’importance du cinéma suisse de la fin des années 70, symbolisé en Suisse romande entre autres par le « Groupe des cinq », une association entre cinq créateurs et la TSR pour favoriser la notion de coproduction. Il était indispensable de faire savoir que les Alain Tanner, Michel Soutter et Claude Goretta sont de grands créateurs de fiction et de documentation, tant pour la télévision que le cinéma, ayant compris, eux, immédiatement, que les deux moyens de communication étaient complémentaires, et pas seulement économiquement. Le méprisant « c’est de la télé » pour rejeter un film ne venait pas d’eux !
Rien de tel, pour l’ampleur d’un l’hommage, que la télévision même si elle ouvre son deuxième rideau tardif pour une partie de ses propositions. L’occasion est ainsi offerte de faire des associations inattendues. Le fondé de pouvoir d’un document de 1968, « Un employé de banque », qui manipulait des millions de dollars lors d’opérations de change, c’était un peu l’ancêtre des « joueurs » d’aujourd’hui à milliards perdus. En même temps, cet employé aurait pu devenir le personnage qui oublie ses repères dans « Le fou » ou l’un des employés conviés pour « L’invitation ».
Lionel Baier a raison de dire « Bon vent, Claude Goretta » (TSR 2, lundi 14 à 21h00), en une heure de démarche originale. Voici comment « Swiss film » a présenté ce film à l’occasion de sa sortie à Locarno :

Claude Goretta a réalisé “l’invitation” en 1973. Pour le réalisateur Lionel Baier, ce long métrage est un film “compagnon de route” selon l’expression de Serge Daney. Le jeune cinéaste va à Genève interroger son aîné afin de savoir comment a été bruité le jet d’eau du film, pourquoi il faut faire attention aux détails ou comment cadrer un grand acteur comme François Simon. Et pour comprendre comment tout cela fonctionne, Lionel Baier remet en scène des bouts de “Pas si méchant que çà”, de “La dentelière” ou de “Jean-Luc persécuté”. Cette rencontre amène un des plus grands réalisateurs suisses à se livrer avec pudeur et précision sur une oeuvre riche de plus de 30 films.
“Borgia” et “Killing” : USA contre Europe
La diffusion des séries hebdomadaires de haut niveau obéit (presque) sur la TSR à la règle suivante : meilleure est cette série si sa diffusion est tardive ( après 23 heures) et plus encore si elle est affublée d’un logo rouge de mise en garde de « certaines sensibilités » contre des scènes généralement de violence ou de sexe. Mais il s’agit plutôt d’une tendance.
« Dexter » partout… sauf ici !
Tirerait-on du programme de dimanche dernier (30 octobre) un montage issu des scènes ou situations les plus virulentes de « Varg veen » et de « Les Borgias » que par comparaison « Dexter » tiendrait de la bluette. Une vague de moralisme souffle sur la télévision installée dans la calviniste Genève. Le refus de programmer « Dexter » tient de l’auto-censure. Il ressemble furieusement à un acte de censure conduisant pour la spectateur à un choix entre sa chaîne préférée et ses voisines de TF1, de Zürich ou d’Espagne, etc.
Doubles choix … anti-européens !
D’un non-choix, passons à des choix unilatéralement imposés. Il existe donc deux versions de la grande famille espagnole régnant sur le Vatican : un « Borgia » commandité par Canal alpha de France et « Les Borgias » venus des USA. Constatation : la TSR a choisi la version anglophone. La deuxième saison de la série danoise « The killing » vient de s’achever sur Arte. La première saison de la version américaine vient de prendre son élan sur TSR1 le lundi soir. De beaux esprits se plaisent à dire que tout le monde parle d’Arte sans jamais la regarder. On aurait donc très bien pu choisir pour la TSR la version danoise, sans nuire à l’audimat. Une deuxième fois, entre l’Europe et les USA, le choix par la TSR s’est porté sur les USA.
J’ignore si «Borgia » surpasse « Les Borgias » faute de connaître le premier. « The killing » du Danemark est supérieur au « Killing » américain, de peu, mais tout de même.
La Sara danoise plus mystérieuse que la Sarah américaine
Première surprise : les suivre conduit immédiatement au sentiment de déjà-vu, mais sans la moindre nuance péjorative. Comme si on se lançait pour le plaisir dans une seconde lecture. Les scènes nocturnes restent nocturnes, dans les bleus sombres. Il pleut sur Copenhague autant qu’il pleut sur Seattle. La famille de la victime de Raben devient Larsen. Sara Lünd se nomme désormais Sarah Linden. Et parmi les multiples similitudes qui ne sont pas des copies, une pourtant étonne. L’actrice danoise, Sofia Gabrol est plus mystérieuse, plus troublante, plus étrange, plus inquiétante, moins lisse que Mireille Enos.
Infrarouge presque au salon
Actualité et réflexion ne font pas bon ménage
Il va de soi que le sujet d’ « Infrarouge » allait être celui des « Elections fédérales », sous l’angle des perdants et des vainqueurs puis des conséquences non pour l’avenir du pays, mais pour la composition du prochain conseil fédéral. Heureusement, l’un au moins des participants au débat se permit poliment de dire qu’il était tout de même prématuré de savoir le pourquoi des victoires du nouveau centre recomposé.
Pour une fois, pas sur le ring !
Une bonne surprise : un tel sujet aurait pu conduire à une mêlée digne d’une finale de rugby avec les trop fréquents Freysinger et autres Luscher. As pourtant de la parole coupée, M.Barthassat ne fut que leur pâle remplaçant en ce domaine et Yvan Perrrin aura surpris (en bien) en évoquant le principe des erreurs commises pendant la campagne par la direction zurichoise de l’UDC. Le ring habituel a été remplacé par un salon où l’on causait tout en écoutant exceptionnellement un peu les autres.

Il y a une raison au moins d’apprécier « Infrarouge » n’importe quand : on sait comment l’illustrer, avec les dessins pertinents et impertinents de Mix&Remix. On peut même se passer de légende ! (cf plus bas)
Haraux sur les Verts libéros
Pourquoi les Verts libéraux et le PBD ont-ils fait un bond en avant, au détriment de presque tous, renforçant en effet le centre avec un petit penchant vers la droite ? Un consensus dans l’émission prit forme pour expliquer que les Verts libéraux n’ont pas de programme bien défini. Ils ne revendiqueront pas de siège au conseil fédéral. Dans le rôle par elle inattendu de cible à démolir, Mme Chevalley prit quelques coups non sans se défendre avec une certaine élégance. On ne parla point de PBD « widmerschlumpfien » absent du débat. Dans ce cas particulier, les absents n’eurent pas tort de l’être. Mais on peut aussi se prendre à rêver en utopiste d’une autre forme d’émission.
Huit invités, un mauvais choix !
La bande des quatre, du bientôt défunt consensus helvétique théorique deux, deux, deux, un ( UDC, PS, PLR, PDC) était bien entendu présente. Le sujet tournant autour de l’écologie impliquait la présence d’une écolo face « Libéraux « et pile d’un « Verts ». Présence justifiée d’un politologue, Yannis Papadopoulos. Une bonne idée pour le huitième, s’en aller emprunter à « Mégaphone » la présence d’un « inconnu » qui fit plus ou moins bonne figure face à un politicien. Il fallait bien que le spectacle soit salué, en la personne de Jim Zbinden, revenu de la gauche à la droite bien genevoise, partisan du « tous-pourris-qui-ne-font-rien-de-bien », futur rival d’Oscar Freisynger. Apport nul ! Il y avait parmi les anonymes de « Mégaphone 1 » une certaine Alessia Lorenzini qui sut si bien faire face au chouchou valaisan.

Les sondages n’ont rien vu venir
Pas de petit frémissement dans les derniers sondages d’une quinzaine de jours avant les élections, pour faire pressentir la perte de l’UDC, qui allait être de l’ordre de dix pourcent en voix. Se trouverait-on exceptionnellement dans la marge d’erreur que l’on oublie trop souvent de rappeler ? Ou les adaptations correctrices fréquentes, du moins en France, seraient-elles allées dans le mauvais sens. Les indécis de la dernière quinzaine auraient-ils joué cette fois un rôle très important ?
A la sortie des urnes
Un sondage dit « sortie des urnes » aurait peut-être mérité d’être pris en compte dans « Infrarouge ». Il faisait assez clairement comprendre que pour le moment l’opinion publique est en train de faire un choix qui risquerait de n’être pas ratifié par les chambres fédérales.Faut-il réélire Mme Widmer-Schlumpff, élue alors qu’elle portait l’étiquette UDC certes grisonne et non zurichoise, qui fut exclue de ce grand parti démocratique en union du centre ? Réponse claire du sondage : les deux tiers des sondés souhaitent qu’elle reste membre de l’exécutif fédéral. Mieux, le tiers des UDC formule le même souhait. Faut-il rendre à l’UDC le second siège auquel il a droit arithmétiquement selon le consensus helvétique ? Le nonante pourcent de ceux qui ont voté UDC le souhaite, alors que les PLR ne sont que 35 % à le faire et les PDC à 30%. Par contre, les pourcentages sont faibles quand on demande si la première raison de choisir un parti est liée à son conseiller fédéral réel ou potentiel. On ne se trouve alors avec des échantillons bien modestes où un seul vote prend beaucoup trop d’importance.
Insuffler beaucoup plus d’informations numériques sur le ring d’ « Infrarouge » et un peu plus quand on s’y installe au salon ne serait pas forcément un affaiblissement pour l’émission.
Le coût à la minute
« Le redevance, à quoi çà sert ? » se demandait-on il y a quelques semaines tant à Genève qu’à Neuchâtel où des téléspectateurs en petit nombre écoutaient le directeur de la RTS, Gilles Marchand, apporter quelques réponses à cette question. Fort intéressante rencontre ! En cours de route apparut dans la discussion la notion de coût à la minute. Combien faut-il dépenser pour une minute de temps d’antenne qu’il s’agisse d’une production-maison ou d’un achat. Renoncer aux séries américaines, un slogan à la mode chez les adversaires de la SSR, ne conduirait qu’à de très modestes économies tout en supprimant d’imposants temps d’antenne. Voilà au moins un efficace moyen d’affaiblir le service public !
Couleurs d’été : coût inconnu ?
Assisté en juillet à l’enregistrement d’un « Couleurs d’été » sur les hauteurs du Locle, dans une clairière : une demi-douzaine de véhicules TSR, trois caméras, une bonne dizaine de collaborateurs pour offrir une vingtaine minutes en direct. Question posée à une adjointe du chef de l’actualité : ce déploiement imposant, « Combien çà coûte à la minute ? » . Récolté alors un « je ne sais pas », suivi d’un « je vais me renseigner ». Réponse attendue !

Isabelle Caillat dans “All that remains” de Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli. Pour cc rôle, l’actrice a obtenu le quartz du cinéma suisse 2011 de la meilleure interprétation féminine.
Précautions à prendre pour comparer
Le coût à la minute est un moyen de comparaison, mais il faut prendre des précautions. Comparer ce coût pour la confection du « 19h30 » avec celui de « Top models » n’a aucun sens. Le mettre en face de la minute d’une série maison comme « T’es pas la seule » devient intéressant, puisqu’il s’agit d’actualité d’une part, de fiction populaire de l’autre. Les comparaisons les plus « parlantes » sont à faire à l’intérieur d’un genre, en fiction par exemple, nature indiquée. En clair, mieux vaut comparer… ce qui est comparable ou dire en quoi la comparaison est possible.
L’exemple de « T’es pas la seule »
« T’es pas la seule » est une série produite par une entreprise privée, avec un mandat donné par la TSR pour vingt fois vingt-six minutes, tournage étalé sur deux étés, pour des raisons de disponibilités budgétaires. Le budget total s’élevait à six millions de nos francs, pour cinq cent et vingt minutes. Première indication : une minute revient donc à 11′500 francs environ.
Pour cette co-production, la TSR appuyée par la SSR aura engagé 4,2 millions. Deuxième indication : la minute coûte à la TSR seule huit mille francs. C’est dans les normes suisses, en général inférieures aux normes françaises ou américaines que nous connaissons pour ce genre de séries ambitieuses.
Une co-production : « Al that remains »
Sort actuellement en Suisse romande, avec une demi-douzaine de copies, un film issu de la relève co-signé par Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli, qui ont tous deux moins de trente ans. Ce film est suisse par la nationalité de ses principaux collaborateurs techniques et artistiques et par son financement. Ses acteurs sont américaine, américain, japonais et suissesse. Isabelle Caillat a obtenu un quartz du cinéma suisse 2011 pour la meilleure interprétation féminine. Elle est aussi l’interprète principale de « T’es pas la seule ».
« All that remains » a été tourné en anglais, au Japon et aux Etats-Unis. Pour ces nonante minutes, la TSR a mis à disposition de la production 140 mille francs, si bien que le coût est voisin de 1.500 francs par minute. L’investissement de la TSR est naturellement plus modeste pour une co-production de débutants que pour une série destinée au premier rideau. Plus le nombre de rediffusions sera grand, plus bas sera ce coût minute.
Il est important de signaler que« All that remains » n’existerait pas sous sa forme actuelle si la télévision n’y avait pas apporté son soutien.
Pistes à suivre
Combien coûte à la TSR un court-métrage soutenu par elle ? Acheter une série américaine, anglaise, danoise ou française destinée au deuxième rideau, soit pas avant 23 heures, combien coûte-elle ? Pas grand chose !
Une autre piste à ouvrir permettrait de mieux comprendre ce que la démarche créatrice implique : quelle durée utile tourne-t-on par jour ? Ou encore, durant les finitions, au montage, combien de minutes utiles sont-elles achevées par jour de travail. Tourner ou monter deux petites minutes par jour devrait donner des résultats bien meilleurs que si quatre minutes ou plus sont imposées par les conditions financières. C’est là une différence qui subsiste au moins en fiction entre la télévision des séries populaires et le cinéma spectaculaire.















