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Nouveau Directeur général

Roger de Weck à la tête de la SSR

C’était il y a quelques années, en septembre, à Berne, au centre Paul Klee, lors d’un séminaire de la SRG-SSR regroupant des représentants de toute la Suisse, sur un sujet rébarbatif, très technique. Les orateurs se succèdent. Et tout à coup, un mot qui claque, « culture », comme une bombe puante dans un jardin de délices technocratiques. Le mot qu’il fallait entendre, au moins une fois. Ébranlé au point d’en être presque ému, j’allai remercier celui qui avait osé cette «incongruité» !

Roger de Weck (Photo : SF)

On s’attendait en mai à la nomination à la tête de SRG-SSR d’un technocrate, d’un patron de haut vol doué pour la finance, en période de pénurie d’argent. Ils furent une dizaine à préparer une belle surprise dans la plus totale discrétion. Dès janvier 2011, un journaliste, homme de culture, parfait bilingue, pro-Européen, d’une vieille famille, dirigera la SSR. Il fit partie, l’an dernier, d’un groupe qui rêvait d’une chaîne nationale rapprochant les différentes cultures de ce pays en offrant aux uns le meilleur des autres. Il se fit rabrouer comme ses complices : la SSR n’a pas les sous ! L’utopie nommée alors « Pour une Arte en Suisse » pourrait reprendre vie !

Roger de Weck, actuellement, s’interroge sur les problèmes qu’il va rencontrer dans quelques mois. Il veut faire glisser un peu plus la SSR vers la satisfaction du citoyen plutôt que de flatter le consommateur. Oh ! Pas tout le temps, mais un peu plus souvent, quitte à perdre une plume de part de marché. Citoyen mieux servi, au détriment de temps en temps du consommateur : chose nouvelle, très importante ! Il faudra bien trouver les cinquante millions qui manquent chaque année pour maintenir les offres de la SSR à leur niveau actuel. Certaines mesures sont déjà en place dans ce sens. Il faut oser rappeler une chose très simple, contre les vents contraires : une hausse de la redevance d’un peu plus d’un franc par mois résoudrait en partie le problème. Ce serait supportable pour les bourses, ça l’est beaucoup moins pour bon nombre d’esprits. Mais soyons conscients qu’une SSR affaiblie ne sauvera pas la presse écrite de ses difficultés.

On assiste aujourd’hui aux bouleversements de l’audiovisuel de service public qui se déclinent sur des supports complémentaires. Sous le prochain règne d’un homme préoccupé par la culture, on peut rêver de formes nouvelles qui restent à inventer ou à mieux mettre en valeur, pourquoi pas parfois même dans un domaine inattendu comme celui de la philosophie. Il y a trente ans naissaient les SRT : quel beau cadeau pour cet anniversaire que cette nomination !

Locarno, 62ème: presse, télé, radio!

Alors, Locarno, du 5 au 15 août, c’était quoi, cette année, m’a demandé le cinéphile qui, d’un lointain voyage en Islande, ne revient pas bronzé, mais apaisé? Pour lui, j’ai découpé des textes dans des journaux. Et il saura trouver sur internet échos télévisés et radiophoniques.

Populaire et de qualité exportable

Tissé comme désormais chaque année: un tapis usé mais rouge de colère contre la section du cinéma de l’OFC. Le virus de l’empoignade sévit. Le trio Pascal Couchepin, Jean-Frédéric Jauslin, Nicolas Bideau reste calme. Le ministre bientôt sortant de la culture complète la cible posée devant le cinéma suisse, être «populaire et de qualité» d’un «exportable» pas très facile à atteindre.

Un léopard d”honneur pour le ministre de la culture sortant de charge. Une plainte en bonne et due forme contre l’OFS et sa section du cinéma ? Que les juristes se penchent là-dessus un peu plus que dix minutes, en bottant juridiquement en touche.( Photo TSR)

Long tapis rouge pour FM

Long tapis rouge devant Frédéric Maire, des Arts et Lettres de France, avant le festival, au début du festival, pendant le festival, à la fin de festival et bientôt encore en prenant le train avec Manuela Maury: après quatre ans de force tranquille, il quitte Locarno pour la cinémathèque qu’il rejoindra depuis Corcelles. Le bilan artistique est bon. Frédéric mérite que ce soit dit.

Pour Michel Piccoli, pas de tapis rouge : une photo noir/blanc suffit pour saluer un tout grand acteur du cinéma (dwillement - rsr)

Festival décevant mais indispensable

Pour «Le temps» incontournable, le bilan du festival comprend: palmarès contestable, programmation de la Piazza décriée, rétrospective Mango boudée, baisse de fréquentation, pas assez de jeunes. Du gris dans le tapis rouge! Mais un édito intitulé «Pourquoi il faut défendre le festival de Locarno» prend place sur la même page. Plus loin un «arrivederci» amical suivi d’un aimable «bienvenue» à Lausanne sont adressés à FM! Et Locarno doit être défendu contre les longues dents d’un festival de Zurich qui veut faire rimer glamour avec glamour en demandant à Roman Polanski de succèder à Sylvester Stallone. Polanski, nous l’avions raté pour un rendez-vous avec les participants de «Cinéma & Gioventu» au début des années soixante, alors qu’on découvrait son «Couteau dans l’eau» qui d’aucuns tentèrent d’interdire à notre jeunesse festivalière.

Un monstre à peu près cubique venu d’ailleurs domine la Piazza Grande et le public. (Photo dwillemin - rsr)

Info «manga» et «anime»

Enfin, tout de même, un «genre» de cinéma aura bénéficé d’une vaste information, le «manga» japonais, l’ «anime» quand il s’agit de films, trouve quelques envoyés spéciaux très attentifs à cette «exposition» (dans «Le monde» par exemple, «L’hebdo», ou encore «Le Temps» même avant le festival). On y apprend que les créateurs japonais et leurs partenaires se sont rendus nombreux à Locarno.

Shoko Nakagawa, pop star pokémon (dwillemin RSR) Le phénomène “pokemon” fait évidemment partie du manga. Il servit, sert et servira encore de parent du substitution pour les parents sur occupés ou débordés par l’attrait pour leurs enfants pour ces pokemons souvent considérés comme trop envahissants - une bonne affaire commerciale aussi !

Et la compétition ?

Tapis rose pour quelques films, à partir du 10/11 août. Petite priorité pour la compétition. Mais le jury n’a pas suivi les parieurs. Parmi un cinquantaine de papiers découpés, films soulignés en rouge : pas beaucoup de couleurs! Mais le rouge monte après le palmarès.

Radio et télévision.

La télévision et la radio? Tapé sur chacun des sites, dans la case recherche: «Festival de Locarno 2009». Télévision: une liste d’une trentaine de sujets apparaît, dans le désordre temporel, contenu résumé. Quelques réalisateurs parlent de leur film dont on découvre des extraits. Radio : une vingtaine de citations, sans mention du contenu. Donné du temps à l’écoute : ce pourrait bien être là la source d’infos la plus complète sur les films

Arnaud et Jean-Marie Larrieu réalisateurs du film Les derniers jours du monde (dwillemin RSR) De leur film passé à Locarno, peu de choses durant le festival. Beaucoup plus depuis quelques jours: il vient de sortir en France et est annoncé en Suisse romande.

 Ces remarques ne prétendent pas établir un classement entre presse, radio et télévision. Chaque média choisit son chemin pour parler d’une même manifestation et compte répondre aux besoins de ses clients. Chaque client devrait savoir formuler ses exigences et à partir de là, faire ses choix? On peut appartenir au groupe pour lequel les vraies vedettes d’un festival de cinéma sont les films qui ne restent pas au tapis!

Un grand petit événement: «Les Yeux de Simone»

Un film au moins aura été splendidement accueilli par la presse romande: «Les yeux de Simone» de Jean-Louis Porchet, consacré Pierre Blondeau, l’animateur aveugle des rencontres de Pontarlier, qui continue de savourer des films grâce à son épouse Simone qui lui raconte doucement les images à l’oreille. Sept minutes qui devraient faire son chemin, à tout le moins francophone. En tous cas, une belle idée.

A suivre

1/ Les films en compétition à Locarno ont souvent été très mal diffusés en Suisse. Et les films du palmarès n’ont de tous temps pas tellement été mieux traités. Pourquoi ? Nous tenterons d’y répondre prochainement en ouvrant une fenêtre sur une forme de diffusion à mieux explorer.

Dyana Gaye réalisatrice du film Un transport en commun. (dwillemin RSR) Moyen métrage de quarante-cinq minutes, impossible à exploiter sur grand écran (trop court pour un long et bien trop long pour un court qui accompagnerait un long!). Oui, mais co-produit par Arte, on pourra voir à l’automne ce “Transport en commun” africain dont Thomas Sotinel a dit grand, très grand bien dans “Le MONDE” du 12 août 2009.

2/ La sélection suisse pour les Oscars d’’Hollywood va prendre chemin vers le Jura dès cette année. Une bienvenue tentative de décentralisation.

Grands Evénements télévisuels

Un grand événement télévisuel, souvent admis incontournable, peut se dérouler aux plans mondial, continental, supranational, national ou régional. Les serviteurs des chaînes, l’œil fixé sur l’audimat, sont prompts à répandre des informations numériques quand elles surpassent les précédentes.

Deux milliards pour les obsèques de Michael Jackson, a-t-on pu lire ici ou là sans savoir sur quelles bases repose cette estimation! On devait déjà être fort nombreux, il y a quarante ans, pour voir les premiers pas de l’homme sur la Lune ! L’actuel «Tour de France» augmente le nombre de téléspectateurs par rapport à 2008, en un pas de course qui ressemble à celui des trop nombreux et dangereux «athlètes» à pied et à drapeaux qui accompagnent de manière imbécile les cyclistes en montagne!

La masse peut faire «peur»

Se dire qu’on est des centaines de milliers, des millions, parfois même des milliards à regarder le même spectacle en même temps avec les mots du commentaire pour seule différence reste chose profondément inquiétante.

A l’«Eurovision Song Contest» de 2007, DJ Bobo se trouve en touche. L’ancien «*Grand prix eurovision de la chanson» sied mal à la Suisse ces dernières années. Mais ce n’en est pas moins un «grand événement» SSR-SRG Idée suisse! (Photo TSR)

Exemples suisse de «grands» événements

Au niveau suisse vient de paraître une luxueuse et bilingue revue d’une quarantaine de pages, «Idée suisse» (no 02/2009). La partie centrale de la publication examine en un honorable effort assez peu concret la notion de qualité exigée par la concession accordée par le Confédération à la «SSR-SRG Idée suisse». Mention est faite de quelques événements nationaux considérés comme grands: les «quartz» du cinéma suisse à Lucerne, le «Festival Visions du réel» à Nyon, le championnat du monde de hockey sur glace, l’«Eurovision song contest» ( ex – Grand prix eurovision de la chanson) et le prochain festival de Locarno. Les «grands» événements télévisuels nationaux sont donc majoritairement et modestement culturels au sens large ou sportif !

«Routes et déroutes avec Nicolas Bouvier» de Gaël Métroz. Connu sous le nom de «Nomad’s land», cette co-production de la TSR a été présentée au festival «Visions du réel» de Nyon en 2008.

De la gare de Zürich au mur d’Orange

En avril dernier, une filiale de SRG-SSR Idée suisse a filmé à l’opéra de Zürich une représentation de «La Tosca» de Puccini pour en faire aussi un DVD et un disque «Blue Ray». Autre opération importante dont il convient de rappeler l’existence: l’enregistrement de «La Traviata» de Verdi en gare de Zürich l’automne dernier, fruit d’une belle collaboration entre ARTE et SF DRS.

Or cette «Traviata» vient de faire reparler d’elle en deux occasions très différentes. France 2 vient d’en proposer une soirée en direct (15 juillet 2009) depuis les arènes d’Orange où se déroulent les «Chorégies». Bonne présentation par Christophe Hondelatte qui sait faire entrer les principaux partenaires de la création en documents bien construits ou entretiens sur le vif. La structure dramatique de l’œuvre gagne à être rendue très compréhensible par le sous-titrage en français du texte italien de l’œuvre initiale de Dumas père écrite en français. Grands moments avec la cantatrice Patrizia Ciofi et le ténor semble-til pour le moment encore peu connu du grand pub lic, Vittorio Grigolo, devant l’extraordinaire mur d’Orange avec une mise en scène classique parfaitement adaptée au lieu. Un absent: le mistral que l’on n’entendit point sur la bande sonore. A l’audimat, un million et deux cents mille spectateurs, l’équivalent d’environ cent trente représentations en plein air!!!

Eva Mei et Vittorio Grigolo chantent «La Traviata» à la Gare de Zürich (Photo TSR). Le 15 juillet 2009, Vittorio Grigolo se retrouve à Orange en duo avec Patricia Ciofi.

Des «Perses» à «La Traviata»

Autre apparition de cette «Traviata»: dans «Le Monde – Télévisions» du 20 juillet 2002 qui évoque «des moyens de cinéma au service des grands événements culturels», en direct à la télévision, sous le titre «Dramatiques» et opéras: le télévision entre en scène» J.J.Larochelle, en un raccourci saisissant, passe de l’enregistrement des «Perses» d’Eschyle par Jean Prat le 31 octobre 1961, vu alors par dix millions de français à celui de «La traviata» le 30 septembre 2008 en gare de Zürich. Une différence pourtant: le nom du réalisateur Jean Prat est retenu en 1961 alors que l’on cite celui de Jean Wittersheim, responsable en 2008 de l’unité spectacle d’Arte francophone.

Avant son suicide, Jean Prat écrivait à certains de ses proches: ce qui me scandalise, ce n’est pas mon absence prolongée sur les écrans, c’est le naufrage de la télévision. A cause des pubs, des coupures, de l’audimat, des films et des séries doublées, etc. C’est contre cela que j’adresse cette ultime protestation».

Hors-normes

Quand une chaîne américaine commerciale ou à péage décide de jouer gros pour le divertissement, notamment avec une série de prestige, elle y met les moyens. Cent millions de dollars furent engagés par HBO et la BBC, pour réaliser une vingtaine d’épisodes de cinquante-deux minutes de «Rome». Cela fait cinq millions par épisode, mais une partie des investissements sert pour toute la série : costumes, décors, accessoires, etc. Avec ces cent millions, on pourrait faire quinze «blockbuster», cinéma suisse selon Bideau et en tous cas dix fois «Heidi» de vingt-six numéros.

Quand des Américains s’engagent (s’engageaient?) avec leur force financière, ils osent faire grand, intelligent, historiquement juste, sans nécessairement suivre le cinéma de divertissement. De genres auxquels ils se rattachent, ils prennent parfois tranquillement le contre-pied, non pour s’opposer, mais pour innover. Le «hors-normes» règne! Le scénariste et son groupe sont les vrais auteurs, plutôt que les réalisateurs interchangeables

«Rome», l’anti-péplum

“Finesse dans les costumes, précision dans le décor: un aspect de la réussite de “Rome”

Le péplum traditionnel est fait de combats en arènes ou entre légions ennemies. Les femmes dansent et séduisent les hommes pour lesquels elles ne sont que des objets. Les esclaves sont maltraités, la réalité historique souvent mal prise en compte. Dans «Rome», pas de grands combats, ni de combattants par milliers. Des femmes osent s’affirmer et partager le plaisir avec les hommes. On découvre les personnages dans leur vie quotidienne. Un décor, un costume, un geste sont aussi importants sinon plus qu’une action, un silence ou un regard qu’une diatribe.

«Deadwood», l’anti-western

Le shériff “protecteur” traverse la rue animée de “Deadwood”

Le western traditionnel se déroule dans de grands espaces. Les éleveurs installent leur bétail surveillé par des gardiens à cheval. Les chevauchées se succèdent les unes aux autres. Les Indiens, sauvages coupeurs de têtes, s’opposent aux pionniers en train de créer l’Amérique des richesses futures. Dans « Deadwood », l’arme, le couteau ou le poing servent de loi. L’action reste cantonnée dans la rue d’un village qui grandit, à l’intérieur d’un saloon, d’un hôtel, d’un bordel. Des femmes osent affronter les hommes. Pas d’indiens, mais des Chinois. Un langage à la verdeur répétitive reflète les mœurs brutales. L’affrontement éclate dans des groupes restreints. La violence du mépris surgit dans l’intimité.

«24 heures chrono»: sans équivalent au cinéma

Bauer en mauvaise posture? Mais trois minutes plus tard, il aura repris le dessus sur son invisible adversaire!

Une série peut-elle avoir contribué, même indirectement, dans une minime mesure, à l’élection de Barak Hussein Obama, à la présidence des USA? Personnages de fiction, les deux frères Palmer, David et Wayne appuyés par Sandra sont de bons présidents.

La fin de la sixième saison de «24 heures chrono» est arrivée. Les surprises concoctées par les scénaristes continuent de surprendre assez souvent : que ceux qui ne sont plus jamais surpris fassent leurs offres de service à la TSR! Cette 6e aura aussi joué du grand spectacle tirs, incendies, poursuites, explosions comme n’importe quel «blockbuster» hollywoodien. Un peu de lassitude devant ces exploits répétés!

La torture est pratiquée à l’intérieur de la cellule ou par Jack Bauer, même sur son frère. Il faut faire parler à tout prix un coupable avant qu’il ne soit trop tard : un engin nucléaire risque d’exploser sur une ville américaine. Evidemment, quand on présente une fiction censée de dérouler en vingt-quatre heures alors qu’un récit semblable s’étendrait sur plusieurs mois, on finit par utiliser la torture car le temps presse. Cela ne pose aucun problème moral au héros désabusé qu’est le co-producteur et efficace acteur Kiefer Sutherland, ni aux scénaristes, ni au diffuseur: la fin justifie les moyens.

La partie la plus intéressante de cette 6e? La politique au sommet de l’Etat. Qui donc va disposer du détonateur, un traître américain, le papa de Bauer après son frère, le gouvernement russe, de généraux dissidents, des arabes alcaïdesques ou des chinois? Le vice-président blanc s’en va joyeusement vers une guerre nucléaire contre un pays arabe. Autour de lui, les intrigues se multiplient, comme les coups tordus. ? Ce vice-président fait penser à l’ex-président qui vient de s’envoler vers son Texas et dont le seul mérite aura été d’empêcher tout attentat sur le territoire des USA après septembre 2001. La fiction et la réalité se confondent; un peu!

«Weeds», la fumette généralisée

“Six savoureux complices autour d’attirantes patisseries… dans “Weeds”.

La télévision rassure quand une émission bien au chaud dans sa case ressemble aux autres du même lit. C’est lassant, souvent sans surprise. Quelques émissions osent parfois le « hors normes » de forme ou de propos. Elles méritent d’être mises en valeur. Ce fut chose faite récemment avec la scène d’un théâtre quittée pour une « Traviata » en gare de Zürich et des « Caprices de Marianne » dans les rues de Carouge.

Une partie de l'affiche de "L'Apocalypse" : mais a-t-on vu cette image dans la série ?

Pour aujourd’hui, un autre duo, « L’Apocalypse » de Mordillat et Prieur qui vient d’occuper six soirées en décembre sur ARTE et « La vie moderne » de Raymond Depardon, un film dont la sortie est proche sur des grands écrans de Suisse romande. Points communs ? Formellement, la rigueur des plans s’impose dans le cadre sans craindre la durée, à l’opposé de la télévision d’esprit « clip », en évitant la noyade dans une musique de distraction ( quelques sublimes moments empruntés à Fauré chez Depardon ). Porté par des visages d’intellectuels qui s’expriment dans une langue parfaite (Mordillat et Prieur) ou par les amis paysans de Depardon souvent aussi expressifs par leurs silences, le Verbe trouve une puissance de conviction ou d’émotion trop souvent oubliées.

"La vie moderne", dans sa rigueur, adopte le format large d'un très beau cinémascope, qui convient même à la présentation d'une famille".

De longs mouvements chez Depardon dans des paysages des Cévennes rudes et beaux en toute saison, sur d’étroites routes aboutissent à une ferme isolée : le contemplatif retrouve sa grandeur. De rares images de pièces de monnaie et de pages de manuscrits anciens parfois illustrés (et datés) rappellent aussi que les informations sur les premiers siècles du christianisme ne reposent pas sur l’iconographie, mais bien sur des textes.

Ainsi, la rigueur des plans, leur rareté, les bruits sans sauce musicale, la force rendue au Verbe permettent de questionner, d’apporter des réponses, de renforcer des doutes, de comprendre les élans de la vie ou le mouvement de l’histoire, de voyager dans le passé ou d’observer le présent rude sans nostalgie. Ici, une forme de télévision et le regard d’un cinéaste, si proches, sont assurément hors-normes.

"ROME" : la minutie de la reconstitution d'une rue

Un troisième exemple sera prochainement abordé, qui mettra en évidence deux séries américaines splendides, « Rome » et « Deadwood », qui prennent le contre-pied du « péplum » bagarreur et coquin ou du « western » conquérant sur le dos des indiens par une reconstitution plausible de passé.

"DEADWOOD" (1) : la foule à l'arrivée du futur shérif qui va s'installer comme quincaillier d'abord

Cette chronique a déjà tenu un an! Alors, un bilan? Non! Une autre envie: sur le petit écran, presque partout, s’est installée la rigueur d’une grille par les durées de diffusion imposées, sauf exceptionnellement en direct ou faux direct. Peu de place pour la souplesse, sauf en sports ou lors d’événements importants! Et puis, il y a le formatage de nombreuses émissions, y compris les plus insolentes séries, le même schéma, semaine après semaine, jour après jour. Heureusement, on peut briser ces carcans en virant sur internet. Mais pour le moment, on y passe plus de temps que pour suivre la même émission lors de sa diffusion à l’antenne!

Alors, hors-normes, pourquoi? A l’intérieur de ces carcans, le plus rigide étant la grille elle-même, il reste une place, étroite, pour les briser, parfois par la forme, en d’autres occasions par le contenu; ou les deux, bien entendu! Un exemple pour aujourd’hui.

Au théâtre ou à l’opéra, le soir

Il est heureusement possible de faire autrement que de planter caméras et micros face à l’espace rigide de la scène. On peut briser la contrainte en quittant les murs du théâtre. «La traviata» dans la gare de Zürich, réunissant les efforts de la SF DRS et d’Arte ( cf archives du 02.10.08). Dans une belle mise en scène somptueuse, l’opéra s’en allait à la rencontre du public et non le contraire.

A son tour le TSR vient de se lancer dans une expérience prometteuse, en partant d’un texte connu, d’une mise en scène en cours d’élaboration et s’en aller jouer le tout dans les rues de Carouge courant novembre 2008. A voir «Les caprices de Marianne» préparés par Jean Liermier, filmés par la réalisatrice Elena Hazanov, inspirée par une expérience polonaise ( TSR1 – Mardi 30 décembre 2008 à 21h55, 70 minutes suivies d’un «Making» of d’un quart d’heure). Sans avoir vu le résultat, je prends le risque de saluer d’emblée le culot d’une expérience proposée à la TSR qui a eu le mérite de l’accepter.

LES CAPRICES DE MARIANNE d’Alfred de Musset

Un film théâtral d’Elena Hazanov sur une mise en scène de Jean Liermier

Anna Elise PIERI ET Bastian SEMENZATO.

 Suite il y aura la semaine prochaine avec deux autres exemples, «L’Apocalypse» de Mordillat et Prieur comparé au film «La vie moderne» de Raymond Depardon d’une part, les séries de grande ampleur qui font concurrence au cinéma, «Rome» et «Deadwood» de l’autre.

 

Parlons «fooot»… et censure!

On en parle beaucoup, mais parlons-en tout de même en allant regarder ailleurs, dans les marges! En cette fin de semaine, on a vu toutes les équipes: chacun peut faire son pronostic. Un dernier carré avec la Hollande, le Portugal, la Croatie et x ( x = Espagne ) ne manquerait pas de charme. Et tant pis si ce n’est pas cela.

Alors, parlons marge, à l’occasion du bouquin de l’ami Denis M. et sa séance de signature : un autre regard sur le foot, à travers une passion envahissante. Un regard amical qui sait avoir la rudesse de l’acier.

Club de l’Euro 2008

Bien filmé ce foot, en général, par les multiples caméras des huit stades sous la responsabilité de l’UEFA qui détient le «cut final»! Mais celle qui se promène au plafond montre les présentations d’avant les rencontres en des cercles tordus par l’insuffisance des répétitions. Un premier coup de chapeau à la TSR avec tardif «Club de l’Euro 2008» (toute le semaine sur TSR 2 vers 23 :00) tardif, comme une série «pointue» américaine, au ton décalé, avec un humoriste en cage, qui aboie sans mordre, son ton décalé. La réussite tient pour beaucoup au fait d’ouvrir l’éventail des invités, qui sont choisis ailleurs que parmi les notables spécialistes du foot!

Vendredi 13 juin 2008

Encore faut-il que ceux-ci jouent le jeu du jeu que devrait rester le foot. Au soir du vendredi 13 juin 2008, Frédéric Maire, qui passera de Locarno à la cinémathéque prochainement, entra dans les vues de la puissance invitante, d’autant plus que l’invité annoncé, Pierre Naftule, était paraît-il pris dans les embouteillages de Genève, chose qui arrive fréquemment à ceux qui ne connaissent pas cette ville. Ne restaient en renfort externe plus qu’une invité de marque, Marie-Thérèse Porchet née Bertholet. Exhibitionniste, la dame, qui parla surtout elle-même, insistant avec lourdeur sur ses prochains spectacles, son humour manquant de légèreté, alors que Klopfenstein restait presque muet dans sa cage. Comme quoi une erreur de “casting” peut diminuer la portée d’une bonne idée

 

La première impression favorable donnée par « Le club de l’Euro 2008 » fut formée de bribes d’émission en début de semaine dernière. Il fallait dès lors confirmer ce sentiment positif par le visionnement d’une émission en entier. Ce qui fut fait le vendredi 13 ! Manque de pot : la grave erreur de « casting » provoquée par la présence de Joseph Gorgoni déguisé en Marie-Thérèse conduit à de fortes réserves.

Samedi 14 juin 2008

Il fallait remettre çà : ce qui fut fait samedi 14. Excellente émission, cette fois, toujours sous la direction de Laurent Bastardoz, avec Jean-Philippe Rapp, le caricaturiste Hermann, le hockeyeur à casquette Gil Montandon et en cage Meury. Rapp dit pourquoi il aime le football, Hermann explique qu’il n’est pas facile de caricaturer le jeu alors que cette caricature fonctionne bien quand le sujet est tiré de l’entourage. Gil Montandon donne une explication sur l’énergie des dernières minutes d’une rencontre qui peut faire basculer un match (et même un quart de finale de hockey-sur-glace quand le neuchâtelois inscrivit un but qualificateur de demi-finale contre le CP Berne il y a quelques mois ! – Il me semble pas tellement apprécier qu’on le lui rappelle constamment!).

On continue d’ouvrir des rubriques, de lancer des sujets préparés, Bastardoz interroge les uns et les autres sur leurs occupations actuelles, hors-football : compléments intéressants ! Mais surtout une remarque riche de développements possibles formulée par Gil Montandon. L’arbitrage laisse à désirer en cet Eurofoot 2008, semble-t-il plus encore que ces dernières années ! Et chacun d’y aller d’un exemple récent au moins. Et voilà que, fort calmement, Gil M. demande si l’arbitre a vraiment vu une main qui pourrait bien avoir été placée dans son angle mort de vision. Il a parfaitement raison de poser ce problème. L’arbitre tout puissant ne peut pas tout voir. Des milliers de spectateurs et peut-être parfois un milliard de téléspectateurs en voient beaucoup plus que le seul arbitre, les angles morts différents autour du stade et presque annulés par les trente caméras placés sur un stade en 2008 avec le direct augmenté de différé. Un sujet qui mérite d’être développé, qui met en cause la télévision qui n’a rien à voir avec le regard de l’arbitre et diffère par la variation des distances de ce que les spectateurs d’un stade voient à distance constante.

Futurofoot

Et voici une opération a un petit peu moins de un million, nommée «Futurofoot», dix fois six minutes plus environ chaque jour une de génériques – ce qui met la minute à douze mille de nos helvétiques balles – beaucoup de monde, à lire le générique de fin… que personne ne lit… parce qu’il est illisible. Un arrêt sur image à l’aide du DVD permet d’arriver à une centaine de noms divers! Programmation: pas chaque jour, sur la chaîne maîtresse de la TSR (la 1, bien sûr) juste après la météo, entre deux rencontres, avec reprise après minuit (!).

Chang Shihyl, l’assistante du professeur Blotter et Pierre Mifsud, un des bons joueurs de l’équipe CERFA

 Directeur du Centre Européen de Recherches pour un Football d’Avenir (CERFA, tiens, ce truc qui finit et FA, on l’a déjà vu ailleurs) le professeur Blotter (Jean-Luc Bideau), qui porte un drôle de nom venu du Haut-Valais, avec ce «a» changé en «o») dit avec le plus grand sérieux en croyant délicieusement à ce qu’il dit un assez bel assemblage d’énormités sur le foot. Un sujet par jour, quatre ou cinq sous-titres pour des thèmes différents: souvent excellents quand la réalité se profile en arrière-plan, pas forcément crédibles dans les excès de délire. Des images d’actualités plus ou moins anciennes alternent de manière souvent très fluide avec celles de l’équipe de la Crefa mise en scène dans la grand stade de Genève. Derrière Bideau au premier plan, il se passe plein de choses – que les adeptes de la télévision sur téléphone portable ne verront pas en miniature. Voici un exemple: au premier plan, Bideau parle, à sa droite, son assistante suit l’entraînement du meilleur joueur en jeu de tête, le ballon bondissant dans un tube de verre; tout au fond, une image en mouvement sur un écran de contrôle.


Un exemple, avec le pénalty. On imprime au ballon une trajectoire encore plus compliquée que la balle de plomb qui tua Kennedy en 1966. Le ballon se dirige vers le gardien, s’envole, fait des loopings, joue au boomerang et jette au sol de tireur. Ce fut écrit avant 2008 et la série tournée au début de l’année. Savait-on à ce moment que le ballon officiel allait suivre des trajectoires parfois bizarres qui donnent des sueurs froides aux gardiens? Le ballon qui s’émancipe est une réalité. Exagérer, en faire donc trop, c’est la solution choisie dans «futurofoot». Y transposer la réalité la déformer à peine, c’est renforcer l’humour par la plausibilité.

Deux versions

Petits problèmes avec cet «Futurofoot . Pour les numéros, 4, 5 et 10, il existe deux versions, une pour 20h05 en plein premier rideau grand public et une intégrale pour la reprise au milieu de la nuit. A noter que la communication faite par la TSR n’a pas caché l’existence de ces deux versions : les cartes sont sur la table.

Voici du reste un courriel reçu en réponse à une demande d’explication :

Pour la diffusion de prime time (tout public), nous diffusons la version tout public (par exemple, vignettes paninis floutées) et le soir la version sans floutage.

Ceci afin de ne pas “heurter” la sensibilité des enfants qui pourraient se trouver devant la télévision en début de soirée.

Meilleurs messages

Mathilde Boillat

Chargée de communication Fiction, Multimédia et Audience

Franche confirmation, donc, de la clarté des explications !

Plus encore : le DVD mis à notre disposition par le service de presse parle de « version censurée ». On ne va donc pas renoncer à ce mot « censure ».

Il aura tout de même fallu quelques dizaines de minutes pour noter exactement les suppressions ou modification. Les voici :

No 4 : partie intitulée « L’art contemporain »

Deux plans de vignettes qui rappellent, bien entendu sans mention directe, les fameuses Panini. Version premier rideau : la feuille de vigne de silhouettes nues est ici remplacée par des étoiles colorées bien visibles. Version nocturne : les deux mêmes plans montrent de messieurs debout complètement nus. Une affaire de zizis, plus visibles cachés que nus !

No 5 : partie intitulée « Les déjections »

Il arrive qu’un crachat d’un joueur finisse sa course sur un autre joueur, généralement de l’équipe adverses. Ici le crachat est remplacé par un abondant liquide blanc dont l’adversaire reste imprégné, et plutôt dégoûté.

Cela vaut pour la version nocturne et est absent de la version 20h00.

No 10 : sujet intitulé la médecine du futur

Plutôt que de caractériser les footballeurs par leur ADN, les chercheurs du CERFA ont mis au point une méthode d’analyse d’urine, la récolte faite par un joueur de dos. L’une des expériences consiste à mouiller d’urine un doigt est à le porter à sa bouche.

Cette méthode originale est portée à la connaissance des téléspectateurs nocturnes, pas à celle du grand public de 20h00.

Pas envie de commenter. L’information est ici donnée avec un sourire plutôt large !

Rappelons que quelque fonctionnaire de l’orgueilleuse et capitaliste UEFA voulait faire interdire la présentation de «Futurofoot» à Genève sur la plaine à succès de Plainpalais. La tentative fit long feu, ridicule évité ! De quelle version s’agissait-il ? De la nocturne, avec son sujet « déjections » d’un bon goût douteux ? Et quelle version y projete-t-on ?

Mais ceci tout de même : pendant cet Eurofoot 2008, on assiste assez souvent à du beau ou passionnant football !!!!

L’UEFA comme le Pentagone ?

L’UEFA a gardé la haute main sur tout ce qu’il était possible de surveiller. Une exception : le coût de la sécurité généreusement abandonné à la charge des communautés publiques locales ! Une de ses filiales supervise la retransmission des trente-et-une rencontres, commanditées à des entreprises externes. L’UEFA peut donc contrôler toutes les images officielles des retransmissions en direct.

A Vienne, le dimanche 8 juin 2008, rencontre Croatie-Autriche : la Croatie marque d’emblée. Dans la foule éclatent des fumigènes qui seraient interdits de stades. C’est donc l’amorce d’un désordre ! Le vit-on sur notre petit écran ? Furtivement, paraît-il – je ne l’ai pas remarqué ! Nous n’aurons vu que des images bien sages d’un bon public discipliné. Et cela selon une volonté reconnue par les organisateurs, comme le relatait « Le matin bleu » du 10 juin 2008.

Donc l’UEFA a la possibilité d’écarter toute image qui lui déplait et semble bien n’avoir pas manqué de le faire une fois au moins pour la joie du public croate à Vienne. Anodin ? Peut-être. D’autres diffuseurs peuvent aussi filmer durant les rencontres.

Des précédents

Mais quand même : la communication sportive des rencontres est contrôlées par l’UEFA dans un sens bien précis. Ira-t-on bientôt jusqu’à ne pas montrer de vilains gestes de joueurs ? Et ce contrôle de la communication visuelle et sonore, ne rappelle-t-il rien ?

Il y a quelques semaines, sur le chemin de la flamme olympique, des amis du Tibet firent part de leur réprobation. La fait que la télévision chinoise n’ait diffusé dans son pays que des images d’un voyage harmonieux sans contestation a provoqué une large réprobation dans le monde entier : cette forme de censure étatique n’annonce rien de bon pour la période des jeux proprement dit.

Il y a quelques années, le Pentagone tint toute la communication sur la deuxième guerre d’Irak sous contrôle. C’était une guerre « propre », efficace, sans douleur ! Et aujourd’hui encore, les Américains n’ont pas de fréquentes occasions de voir arriver en retour au pays les cercueils de leurs morts et leurs blessés. Le maître de la guerre garde en mains sa communication.

L’UEFA avec son Euro 2008 fait la même chose. Qu’importe la marge entre des fumigènes ou des manifestants sur le parcours d’une torche et les morts d’une guerre en Irak, il y a volonté de présenter la réalité dans un sens décidé d’avance, ce qui revient donc à taire tout ce qui ne s’inscrit pas dans cette direction. Le principe reste le même : ce type de choix s’appelle « censure » !

La semaine de l’intégration: «Nous autres»

«Nous autres»? Bonne idée nationale ambitieuse, donc pas banal. Réalisations régionales séparées. Des choses intéressantes, d’autres moins: normal!

Une intégration réussie repose sur la diversité culturelle, source de richesse mais aussi de conflits, qui devrait exclure le populisme xénophobe et la xénophilie irréfléchie. Une évidence, dans un pays où la population étrangère représente le 20% de la population? Sous le titre la SSR vient d’organiser du 7 au 13 avril 2008 sur toutes les chaînes de radio et de télévision de service public une sorte de semaine thématique.

Au moins un texte commun !

Difficile, dans un pays qui compte trois régions linguistiques (et quatre langues avec le romanche) de partager les mêmes valeurs, les mêmes informations, les mêmes spectacles. Combien d’émissions unitaires nationales sur nos petits écrans? Le premier août, quelques élections de miss ou remises de prix, qui ne provoquent guère d’enthousiasme! La SSR a donc défini un but commun. Mais chaque entreprise aura concocté son propre programme. Un document de promotion signale cinq émissions par programme: pas une seule qui passe sur deux canaux! Une exception: un texte d’Armin Walpen, le Directeur général de la SSR, le même dans les quatre langues. Difficile, l’intégration à l’interne!

Trêve d’ironie lucide à l’égard du mur des langues. La Suisse trouvera son unité linguistique quand nous parlerons tous anglais. Mais l’effort de la SSR est parfaitement louable dans son principe. Il mériterait même d’être mis en place plus souvent ! Survolons la diversité à travers quelques exemples cueillis sur grand et petit écrans et sur internet.

Une concierge qui la « ramène »…

Une rue, 22 nationalités à Lucerne… et une concierge pour jouer le choeur antique à elle seule (TSR 2 - lundi 7 avril 2008)

Adaptation d’un document alémanique, «Une rue, 22 nationalités et une concierge suisse» (lundi 07.04.08) pétille avec subtilité de convergences et de contradictions observées à Lucerne. Savoureuse, la concierge vraiment pipelette, qui la ramène avec régularité! Métiers, amitiés, méfiances, élans, rejets alternent dans un bon rythme spectaculaire oscillant entre le sourire et l’émotion, la colère et l’adhésion. Un document de fort bon niveau!

Un olivier à tronc géant enraciné

Commenter des histoires d’amour avec des petits suisses se fait même en chanson, sans traductions des paroles (Un amour du petit suisse / Temps Présent - jeudi 10 avril 2008)

Sous le titre , «Temps présent» (jeudi 10), en trente minutes, demande à des étrangères et étrangers ce qu’ils pensent des Suisses souvent proches d’eux, amis, amants, compagnons, conjoints, sur différents thèmes qui forment des amorces de chapitres. Une phrase de l’une suit une phrase de l’un, et ainsi de suite. Il y a donc volonté de fabriquer un discours avec des éléments épars. Ce n’est donc pas du micro-trottoir; heureusement! Mais au final, il manque un solide fil rouge d’autant plus que certaines déclarations prennent la forme d’un chant dont on renonce à donner les paroles en sous-titres ce qui crée des vides dans l’exposé. La distraction prend ainsi un peu le dessus sur l’information sociologique.

Dans une classe d’accueil de Lausanne…

Retrouvé quelques visages apparus dans le TP sur le site «vivreici.ch». Rencontré, au cours d’une promenade, en passant par «Découverte» puis «e-média» et encore quelques méandres – pas facile de se promener sur internet sans boussole ou sans bien savoir utiliser les équivalences! – <Ici et ailleurs> une mini-série de cinq fois sept minutes qui offre quelques lointaines similitudes avec le sujet de «Temps présent». Dans une classe d’accueil de Lausanne, autour de leur animatrice, onze étrangers de douze à quinze ans apprennent le français et bien d’autres choses, avant de rejoindre une classe traditionnelle qui leur permettra de poursuivre une forme d’intégration scolaire efficace ouvrant sur une formation de plus longue durée. Cinq fois cinq/six minutes sur un même sujet, avec description d’activité, question/réponse, silence et musique liée à un pays lointain. A se dire que, remonté en un document d’une trentaine de minutes, si ce modeste produit présenté discrètement deux fois par jour sur TSR 2 ne serait finalement pas plus intéressant que le TP.

Programmation de la documentation

On en arrive à oublier trop souvent ce que se passe dans le domaine de la documentation, surtout si elle se fonde sur une démarche de créativité, à travers le regard d’un auteur. Il faut reconnaître à la TSR qu’elle fait un excellent travail et pour ses achats et dans le choix des co-productions.

Les exigences de l’audimat sont telles que TSR 1 se doit d’atteindre le plus souvent possible des parts de marché proche de trente pourcent. Un goût personnel pour la fiction pousse à attirer l’attention sur un certain nombre d’émissions qui (me) séduisent. Il en va ainsi de ces séries américains «pointues». Sur TSR 2, les cibles en PdM sont plus modestes. C’est ainsi que la documentation peut y prendre assez facilement place.

«68» de Patrick Rotman - Paris en mai!

Justement, cette programmation ? Il est une règle suivie le plus souvent possible par la TSR : lancer une émission avant la chaîne généraliste de France qui dispose des mêmes droits et a souvent pris en charge les frais élevés de l’adaptation en langue française. Mais cette volonté déborde aussi sur des documents de création d’origine française.

C’est ainsi que l’on vit sur TSR 2 «68» de Patrick Rotman au soir du dimanche 30 mars 2008 une dizaine de jours avant son passage sur France 2 (mardi 8 avril). On comprend pourquoi : la meilleure part de marché contribue à maintenir la moyenne annuelle la plus haute possible. Dans «68», l’auteur a bien traduit sa volonté d’insérer les évènements de France dans une vision globale, dominée dans plusieurs pays par des priorités politiques ( la lutte contre la guerre du Vietnam aux USA et ailleurs, la fin du «Printemps de Prague», etc).

A cette volonté de priorité de la TSR sur ses concurrentes, il y a au moins une exception. Nos programmateurs ignorent-ils volontairement ce qui se passe sur ARTE? «Ré-généris», une série canadienne de grande valeur à travers ses préoccupations écologiques, vue sur ARTE, n’a sauf erreur pas été présentée sur TSR 2. ARTE semble bien avoir su prendre de vitesse tous ses rivaux francophones avec la diffusion de la magistrale série «The war». ARTE n’est donc pas considérée à Genève comme un concurrent? A quand «The War» sur la TSR où la documentation de haut niveau est pourtant bien accueillie.

«The war» de Ken Burns sur ARTE: magistral!

Mea culpa : le chroniqueur se devrait de signaler à ses lecteurs la présence sur le petit écran d’une œuvre importante, le plus rapidement possible. Depuis le 5 mars 2008, Arte diffuse une série intitulée «The War», quatorze fois cinquante minutes, signée Ken Burns et Lynn Novick

 

C’est presque par hasard que je suis tombé mercredi 2 avril sur les numéros 9 («Dans la merde jusqu’au cou») et 10 («Les hasards de la guerre»). Une petite dizaine de minutes et déjà scotché! Une heure et demi plus tard: conquis, sans réserve. Voici une série aux évidentes vertus informatives sur des évènements de la guerre de 39/45 dont on croit parfois tout savoir, originale dans la démarche, puisque tout repose sur quelques anciens combattants américains d’origines diverses qui vivent dans quatre villes des USA presque anonymes (Sacramento, Mobile, Waterbury et Luverne).

Dès lors tout s’ordonne, avec des documents d’actualités, des extraits de films de fiction, des tournages d’aujourd’hui sur les lieux d’hier, des photographies, des entretiens, la voix accompagnant aussi des images: rien que de très classique, certes. Mais donnant cette impression qu’il se passe quelque chose d’innovant, semblable à celle produite sur grand écran il y a quelques mois par Barbet Schroeder, avec «L’avocat de la terreur», son portrait percutant de l’avocat Jacques Vergés.

Avec une grande sensibilité, Burns passe du particulier au général de manière parfaitement naturelle. Et se dégage peu à peu des aspects pas toujours mis en évidence dans les documents historiques, entre autres la peur permanente qui même dans le camp qui sera celui des vainqueurs transforme et souvent détruit les combattants de la base. A ne pas manquer!

Et de retrouver alors dans diverses publications (Télérama, Le Monde radio-tv) des informations sur Ken Burns, qu’un Bertrand Tavernier, grand cinéaste s’il en fut, intéressé aussi par l’histoire, tient pour un des plus grands documentaristes actuels, la revue «Positif» dans sa plus récente livraison (no 566 – avril 2008) consacrant une quinzaine de pages à un entretien avec Burns et à son œuvre foisonnante.

( Les quatre derniers numéros les 9 et 16 avril 2008, à 21 :00 dans «Les mercredis de l’histoire», en reprise le dimanche à 14h00, le jeudi à 03h00 et le mardi à 10h00. Les nos 9 et 10 en reprise les 6, 8 et 10 avril ).

Discrète «Semaine des médias 2008»

«Vous aimez cette série? N’attendez plus…»: cette formule qui concerne la «boutique tv» secoue régulièrement les oreilles du téléspectateur amateur d’une série généralement américaine qui passe en deuxième partie de premier rideau ou en nocturne. Elle ne concerne pas «La semaine des médias 2008 – Ma classe communique», présentée sur TSR 2 trois fois dans la journée mais irrégulièrement du 10 au 14 mars.


Sans une recommandation personnelle, j’aurais ignoré cette mini-série romande initiée depuis Neuchâtel par la section média du CIIP (Conférence intercantonale de l’instruction publique), production confiée à une jeune société de Môtiers (NE), « Chocolat tv production » pour relater une expérience conduite au Collège du Val-de-Travers, la TSR investissant cinquante mille francs pour trente-cinq minutes d’émission.

Sur sept minutes, une et demie est consacrée à résumer la précédente et à introduire la suivante. L’existence d’un journal interne d’un collège occupe donc un peu plus de cinq minutes par jour; de quoi apporter d’intéressantes informations. Les tournages se sont étendus sur près de trois mois. Ils permettent d’aborder une discussion sur l’ancien numéro et le choix des sujets du prochain (1), la préparation des interviews(2), des reportages sur le terrain (3), une rencontre de hockey professeurs -élèves (4), le bouclage final (5). On suit donc ainsi un exemple de ces Activités Complémentaires à Options (ACO), qui font actuellement parler d’elles. L’information sur la vie d’un groupe de treize élèves entre 13 et 15 ans est bien structurée, avec une dose correcte de commentaires explicatifs qui complètent l’image et le son enregistré.


Impossible de découvrir les personnalités des participants. A peine esquisse-t-on certaines composantes de quelques-uns, la timide qui craint d’interroger le directeur, celui qui prend plaisir à écrire un édito, ou cet autre qui ose lire quelques lignes d’un texte personnel. Normal, du reste, dans un laps de temps court que d’en rester à l’impression qui se dégage d’un groupe.

Cette série vous intéresse ? On la trouve actuellement intégralement dans «Zavevu» accessible dès la page d’accueil de www.tsr.ch., après avoir joué au fin limier à l’intérieur d’un site touffu.

Créativité : ça existe encore ?

De La minute kiosque à Desperate Electrices

SRG SSR idée suisse vient de boucler un assez long processus, plus ou moins lié à la révision de la Loi sur la radio et la télévision, avec des statuts révisés et une Charte d’entreprise rajeunie. Dans cette dernière, on trouve trois parties, Mission, Vision et Principes. Cinq paragraphes concernent ce dernier point : Crédibilité, Indépendance, Pluralité, Créativité et Loyauté.

Arrêtons-nous à une notion qui ne trouve qu’une place minime dans les télévisions du début de ce XXIe siècle en pays démocratiques, la Créativité, difficile à cerner quand les producteurs et surtout les programmateurs ont le vrai pouvoir hier détenu par les journalistes et les réalisateurs. Citons :

« La créativité est à la fois la condition et le moteur de notre succès. (…) Nous misons sur l’inventivité et soutenons la créativité de nos collaborateurs pour relever le défi d’une concurrence internationale toujours plus sévère. »

Appelons à la rescousse Diogène se promenant avec sa lanterne qui va tout de même découvrir, en cette rentrée de bientôt l’automne à la TSR, deux secteurs l’un au principe très prometteur, La minute kiosque, l’autre innovateur par transposition, Desperate Electrices. Mais ces lignes sont écrites avant de pouvoir observer le résultat de l’une comme de l’autre série.

La minute kiosque

Voilà qui pourrait bien être (qui est, espérons-le), un exemple de ce que l’on peut en 2007 appeler « créativité » en télévision. Créativité il y a dans le concept de l’opération, même si le module court d’une minute possède des ancêtres, parfois un brin plus longs, des Shadocks à La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède. Pour les premiers, il faut remonter à 1968, les personnages de Jean Rouxel et René Bord, portés par la voix de Claude Piéplu, jouant à leur manière les trouble-fête dans l’esprit de Mai ! Les seconds naquirent sous la houlette le Serge Moati en propulsant les textes surréalistes et poétiques de Pierre Desproges. On peut se souvenir aussi de la veine de Paul Auster observant ses compatriotes d’un quartier de New York depuis une boutique.

Au départ, une innovation économique : la Loterie Romande sponsorise si largement l’opération que le budget à disposition permet de rémunérer les uns et les autres d’une manière fort correcte. Dix mille francs environ sont disponibles par minute, à en croire 24 Heures (23 août 2007). Le sponsor est salué au début et à la fin de chaque module. Pas de malaise : les bénéfices de la LORO contribuent à aider, dans toute la Suisse romande, le social et le culturel. Sans eux, la vie culturelle serait beaucoup moins vivante. Impossible au MacDo’ d’en faire autant sans provoquer un scandale ! La TSR reçoit la série clés en mains !

Une dizaine de scénaristes se sont attelés à écrire les gags qui se produisent devant un kiosque à journaux, tenu par l’acteur valaisan Roland Vouilloz. Excellent lieu de rencontre avec le kiosquier Marcel.

Soixante modules sont déjà terminés. Il est question d’en tourner quarante-cinq autres et qui sait, si l’accueil est bon, plus encore. La série n’aura certainement pas d’influence sur l’audimat. Elle est programmée juste après le 19:30 et la météo. Sous la houlette de Chantal Bernheim, voici peut-être le coup le plus risqué par la TSR ces derniers mois.

Reste à espérer, après quelques rencontres avec le kiosquier, que la réussite remplace l’espoir de réussite. J’ai envie de sortir l’expression : «on se tient les pouces». Et on y reviendra !

Une question de programmation

La TSR, et elle n’est pas la seule à le faire, présente les séries de fiction de 55 minutes ou de 90 l’unité, faites pour être présentées séparément, d’un jour à l’autre ou d’une semaine à l’autre, très souvent en les regroupant par deux ou même trois. Comme les plus « tordues » des séries américaines n’ont pas forcément leur place en premier rideau, on s’est parfois retrouvé devant le petit écran à une heure du matin ou même plus tard – enfin, plus tôt. Difficile à comprendre pourquoi les programmateurs refusent de jouer sur l’attente de la réponse à la scène ouverte qui termine régulièrement chaque module. Fidéliser les spectateurs peut être un grand bénéfice pour le très précieux camarade audimat. Deux fois cinquante minutes, passe encore ! Mais systématiquement deux fois nonante, ou trois fois cinquante, c’est pesant !

Et voilà que pour un module d’une minute, on les montre un par un, jour après jour. Croit-on vraiment que le téléspectateur va s’organiser pour se retrouver devant le petit écran de la première chaîne romande tous les soirs du lundi au vendredi pendant les dix prochaines semaines ? Qui serait assez naïf pour le croire ?

J’ai bien regardé l’avant-programme de la TSR (semaine du 8 au 14 septembre). Où se trouve la « compile » de six/sept minutes qui permettrait la reprise des cinq modules de la semaine ? Nulle part !

Alors suggérons : il faut trouver une place, si possible pas à deux heures dans la nuit ou en pleine matinée pour une compile qui assurerait une meilleure visibilité à un bon exemple de créativité télévisée dont on espère qu’il soit réussi.

Desperate Electrices

Six émissions, concoctées par Michel Zendali et Nathalie Randin, de vingt-six minutes environ, vont occuper le lundi en premier rideau dès le 3 septembre. Six fois des rencontres dans six lieux différents avec des femmes qui s’exprimeront sur ce qu’elles attendent de la politique. Il s’agit d’une mini-série liée aux élections fédérales de cet automne.

La créativité, là-dedans ? Un peu dans le fait de donner la parole seulement à des femmes, un petit peu plus dans le titre qui affirme la source d’inspiration, la série américaine de bon niveau vaudevillesque, ce qui lui aura valu une bonne exposition en premier rideau, Desperate Housewives. S’agit-il de donner à cette série d’information politique le ton de la série américaine qui tire en bonne partie sa force de la présence des mêmes personnages d’un épisode à l’autre ? Même méfiants, saluons l’intention, avec son petit pois de créativité. Et suivons au moins les deux premiers épisodes pour se faire une idée (3 et 10 septembre 2007).

D’emblée on peut formuler une remarque. A peine connue l’intention de la TSR, une pétition s’est mise à circuler sur Internet pour exprimer une forte réserve à l’égard de la tentative qui ne devrait tout de même pas être anodine, sous prétexte que «La TSR ne respecte pas son mandat de service public et prend les femmes pour des imbéciles politiques». Et Zendali ne se croira pas forcément à Infrarouge.

Donc, il y a quelque part quelques-uns ou quelques-unes qui savent ce que sera l’émission et qui décident qu’une pétition s’impose. M.Blocher n’est même pas allé aussi loin avec les caricatures de Mix et Remix. Une censure préalable ne se justifie pas. Si l’émission déplait, si elle imite naïvement une série qui dispose de grands moyens, si elle est ridicule, il sera bien temps après projection de le dire. La TSR comme bon nombre d’autres chaînes n’a pas (plus ?) l’habitude d’organiser des avant-premières. Mais haro sur les auteurs d’une telle pétition pleine d’idées préconçues.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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