Un coffret consacré à Freddy Buache

D’un livre, d’un coffret et d’un vagadondage

Pourquoi pas, de temps en temps, tenter de faire partager  le plaisir d’une découverte  ou d’une confirmation. Et me voilà avec la livrée d’un camelot qui tente d’attirer l’attention sur des publications passionnantes !

Bien long, ce texte ! Enfin, je préfère un « Temps présent »,, certains sujets un brin développés de « Mise au point » ou « TTC » à un nonante secondes du « 19 :30 ». Mais c’est là position de minoritaire.

Oh lecteur, sachez qu’il y a ci-dessous trois sujets :

On peut n’en lire qu’un sans perte magistrale ! Et même plus, glaner en chaque sujet un paragraphe plutôt qu’un autre.

La cinémathèque suisse de Lausanne et le RTS viennent de s’unir pour publier un coffret consacré à Freddy Buache, co-fondateur de la cinémathèque suisse et son premier directeur pendant de longues années. La cinémathèque suisse, actuellement dirigée par Frédéric Maire, est une des plus riches du monde. La Confédération est en train de diriger un grand chantier pour lui permettre de mieux conserver et faire vivre ses archives en tous genres. Saluons de propos assez libres cette parution. Le texte ci-dessous sera prochainement illustré ( Fyly – 12.11.2012).

Un livre d’images : « L’Expérience de la ville »

Un samedi matin de septembre 2012

Ce fut, pendant deux heures, au « National » à Neuchâtel, le fief des radicaux de longues années durant, un long dialogue plus qu’un entretien genre question-réponse, mais sans enregistrement ni prise de notes, avec Thierry Béguin, « l’invité » de la SRT-NE pour la page douze du MEDIATIC no 173. Evidemment, j’ai largement dépassé les limites de quatre mille signes et une photo.

Quand on s’entretient sur la télévision, sur le cinéma, on parle aussi images et de sons. Avec un premier plaisir qui permet de se surprendre avec son interlocuteur à aimer un même film, « The end of time » de Peter Mettler, cinéaste qui passa quelques mois de sa jeunesse à Neuchâtel, dont je venais de découvrir la version en DVD. Le film avait passé à Locarno l’été dernier où se rendit Thierry Béguin, désormais notable dans le cinéma suisse à travers sa présidence du Forum Romand. D’images ( belles ) et de sons (justes) il fut tout naturel de glisser vers un très bel ouvrage dont le président de l’Institut Neuchâtelois se mit à parler avec une grande chaleur. Il fut l’un des instigateurs de « La Chaux-de-Fonds L’EXPERIENCE DE LA VILLE », Editions Attinger, bilingue en mots (français et anglais) et triple regard.

Une très belle image de Mathieu Gafsou, d’une surréalisme presque pictural qui rappelle Paul Delvaux

Une très belle image de Mathieu Gafsou,
d’une surréalisme presque pictural qui rappelle Paul Delvaux

A lire aussi : le texte « Thierry Béguin : culture et audiovisuel « 

Pas de conformisme urbanistique et enneigé

Ni une, ni deux, et voilà un appel au camarade « Google ». Magnifiques, les quelques images trouvées, tellement inattendues d’une ville où l’on croiserait durant les très longs mois d’hiver une dame avec son cabas pour porter le pain le long des rues qui se coupent à angles droit, sauf que de temps en temps il y a une ouverture sur une maison construite par Le Corbusier et peut-être une statue de l’inventeur des Chevrolet.

Alors, ces trois photographes, Yann Amstutz, Matthieu, Milo Keller ont raconté chacun avec ses images leur expérience de la ville prolongée durant d’assez nombreux mois. Et puis, j’ai reçu de Thierry Béguin un “pot de vin” joyeusement accepté, un exemplaire de ce très beau livre.

MIlo Keller, le visage de Muriel et surtout son regard

MIlo Keller, le visage de Muriel et surtout son regard

Parler de chaque photographe ? Non, c’est partiellement fait. Trois images de chacun d’eux illustrent un texte qui relate en long, en large et en chapitre cette rencontre de septembre dernier.

Des regards de femmes

Une remarque pourtant. Presque brutalement, au milieu du livre, dix visages de femmes, non, dix regards étonnants. Dix femmes, certainement de la Chaux-de-Fonds, mais qui auraient pu être d’ailleurs. Il y eut, paraît-il de fortes discussions au sein de l’équipe responsable de la « commande » sur cette présence de regards de partout. Ces visages apparaissent pourtant comme une respiration dans un ensemble dense.

Et puis, autre respiration, il y a des textes qui relatent l’expérience de « l’expérience de la ville », un préambule de l’autre “moteur” de l’opération, Marcel Schiess, une approche d’un trio pour donner «  un point de vue extérieur » mais qui aborde la démarche des trois photographes, pour se termiuner par  un texte d’une grande austérité signé Sylvain Malfroy.

MIlo Keller, le regard de Monique et son visage

MIlo Keller, le regard de Monique et son visage

Des souvenirs d’enfance

Enfin, à signaler un dernier dérapage, volontaire, mais bien dans la ligne et du livre et de l’attention qui lui est portée ici. Un natif de la Chaux-de-Fonds raconte la ville de son enfance et de son adolescence, vagabonde en ancien gymnasien dont bon nombre de professeurs jouaient la gauche,  passe de son grand-père cotisant  socialiste à Blaise Cendras, admire Notre-Dame de Ronchamp de Jeanneret-Gris avant d’avouer sa détestation de l’œuvre de l’Eplattenier pour le crématoire glacial. Le boucle est bouclée : ce texte d’une autre forme d’expérience de cette ville est signé Thierry Béguin !

Un coffret consacré à Freddy Buache

Photos tirées du livret associé aux DVD, collections cinémathèque suisse

Et d’abord un détour

C’était, sauf erreur, en 1981. Pour des raisons  douloureuses et  personnelles, j’avais renoncé à me rendre aux journées de Soleure. Toutefois, soucieux de ne pas être trop largué, j’ai demandé à un ancien élève ce qui l’avait frappé durant cette édition, quelle y fut sa plus grande surprise. Réponse inattendue : un film expérimental nommé « Scissere » d’un certain Peter Mettler dont je découvris ensuite la présence à Neuchâtel. J’achetai alors une copie qui fut déposée auprès de ce qui alors se nommait  « Film pool ». Ce ne fut même pas un succès d’estime.

Freddy Buache avec avec Luis Bunuel à Cannes

Freddy Buache avec avec Luis Bunuel à Cannes

Il y a quelques jours, cet ancien élève m’a transmis un salut amical du même Mettler dont il venait de présenter à Lausanne à la cinémathèque « The end of time ». Cet ancien élève n’est autre que l’ancien directeur de Locarno depuis trois ans à la tête de la cinémathèque. Thierry Béguin lui a rendu un bref hommage au passeur qu’il est en mettant en complicité auditeur et spectateur dans une rubrique radiophonique consacrée au cinéma.

Les éditeurs du coffret et son contenu audiovisuel

La cinémathèque et la RTS sont donc éditeurs d’un fort intéressant coffret consacré au fondateur de la cinémathèque, Freddy Buache, grâce auquel cette institution dirigée par Frédéric Maire est une des cinq plus riches du monde. Là aussi, le boucle est bouclée. En presque, car je vais continuer mon gazouillis de souvenirs.

Freddy Buache avec Michel Simon

Freddy Buache avec Michel Simon

Dans ce coffret, il y a bien entendu des documents audiovisuels

  • Freddy Buache, passeur du 7ème art »( parties 1 – 2007, 53’  et 2012, 44’) des entretiens conduits et des documents organisés par Michel van Zele
  • Cinéma en tête, dans la série Personnalités suisses ( 1969 – 51’)

Journaliste aux commandes, Marie-Magdeleine Brumagne, passe du “  “vous”  très officiel au “tu” plus personnel provoquant quelques beaux moments de silences de Freddy.

Freddy Buache probablement à Locarno avec Lotter Eisner, qui était alors collaboratrice de la Cinémathéque française et Vinicio Beretta, qui fit du festival de Locarno des années 50/65 une manifestation généreuse pour les jeunes cinéastes.

Freddy Buache probablement à Locarno avec Lotter Eisner, qui était alors collaboratrice de la Cinémathéque française et Vinicio Beretta, qui fit du festival de Locarno des années 50/65 une manifestation généreuse pour les jeunes cinéastes.

Moment d’émotion personnelle que cette « rencontre » avec celle qui fut l’épouse et magnifique compagne de Buache, aujourd’hui décédée, qui souvent accompagna feu Micheline mon épouse dans sa lente agonie de l’été 1980

  • « Freddy Buache, le Cinéma » (Fabrice Aragno, 2012, 46’),

un intéressant montage un peu hâtif de Frédéric Aragno, avec nombreux extraits de films et des archives de la RTS.

Plaisir personnel du co-producteur de « Quatre d’entre elles » ( 1969), que d’y trouver une extrait d’ «Angèle » d’Yves Yersin, un des grands films du cinéma suisse des années soixante !

Donner aussi la parole aux mots !

Dans le coffret, il y a aussi un livret d’une soixantaine de pages, richement illustré, avec de multiples photos de Buache jeune et moins jeune, seul ou avec d’autres, chevaux courts devenant plus longs, moustachu toujours et même un temps barbu.

Freddy Buache

Freddy Buache avec sa barbe dont il ne reste maintenant que le moustache.

Signent des textes descriptifs et amicaux Serge Toubiana, directeur de la cinémathèque française, Michel van Zele, cinéaste, Michel Piccioli, acteur, Gilles jacob, président du festival de Cannes, Jean-Marie Straub, cinéaste.

Bien entendu, les co-éditeurs s’expriment eux aussi. Gilles Pache, directeur des programmes de la RTS, n’oublie pas son enfance et sa jeunesse de cinéphile embarqué dans un ciné-club et les débats organisés par Buache. Frédéric Maire, directeur de la cinémathèque, dit tout ce qu’il doit à Freddy.

Une promenade – Vagabonder avec Buache et retrouver Maire

Je connais Buache depuis 1950,  une camaraderie cinéphiliquement complice devenue solide amitié qui résiste à l’usure de temps transformant parfois le duo des deux Freddy en vieux grognons du Muppett show. J’ai bien envie de raconter quelques autres aspects de l’ami Buache qui sont restés dans l’ombre.

Aux débuts de la cinémathèque quand l’argent manquait presque totalement, des édiles lausannois, à la fin des années quarante, servaient à Buache des bons de repas destinés à des chômeurs, en guise de salaire. Buache en sourit encore. Il s’agissait alors presque de bénévolat ! Il était difficile faire autrement ! Il n’est pas question de polémique en le rappelant.

Pas seulement conserver des copies, aussi montrer des films

D’emblée, Buache l’a dit et répété : garder des copies de films ne devait pas consister à des déposer pour  “dormir” sur des rayons. Il fallait  les montrer, en particulier dans les cinés-clubs qui furent nombreux à se constituer souvent avec l’aide de Buache dans les années cinquante. Cela permit tout de même à la cinémathèque d’émettre quelques factures. Souvent, le  prix dépendit du public potentiel : nous avons négocié des montants légers lorsqu’il s’agissait de faire découvrir par un petit groupe le cinéma récent ou l’ancien, élevé si le film était destiné à un ciné-club regroupant des centaines de membres ou réservé à l’ensemble des gymnasiens d’une école. Il nous est même arrivé de faire d’excellentes affaires lors de cours de vacances de l’Université de Neuchâtel par exemple, aussitôt bénéfices aussitôt réinvestis dans des tirages en 16 mm de films de passage à la cinémathèque – à la limite de la légalité, mais cela a aussi permis de contribuer à enrichir des collections. De même que le producteur parfois fauché que je fus du temps de Milos-films sa aura tout de même pu laissser des copies à la cinémathèque  qui avait parfois assumé le paiement de la facture au laboratoire.

De l’armée et de la douane!

Vous connaissez le premier-lieutenant ( ou le capitaine ) Buache ? Mais oui!  Quelques-uns, Outre-Sarine, mais pas seulement, le prenaient pour un dangereux sous-marin au service de la gauche mondiale. Certains sont parvenus à le « priver » d’une fonction militaire. Buache n’eut de cesse de la réintégrer : il avait des amis vaudois haut placés ! Retour de Cannes en 1968, par l’Italie où les stations d’essence restaient ouvertes. Douane au Grand-St-Bernard au milieu de la nuit : un douanier reconnaît Buache et s’étonne qu’il passe cette nuit-là sans bobine de film !

Certains, un peu les mêmes(?), tentèrent de rapatrier à Zürich une cinémathèque qui devenait importante. Mais quelques-uns de ses anciens pourfendeurs sont même devenus de vrais amis. Il faudrait évoquer Buache reconstituant à Lausanne des CICI ( Congrés International du cinéma indépendant ou peut-être Congrès indépendant du cinéma international ) ressuscités des années trente, souligner son rôle important pour les premières décennies du festival de Locarno, pas seulement dans l’organisation des rétrospectives. Il y eut des années passées dans les commissions fédérales à Berne où la cinémathèque ne fut pas toujours en odeur de sainteté si son directeur était un expert écouté.

Mais il faut s’arrêter, cela ne tient plus que de loin à la promotion d’un coffret. Un dernier arrêt, pourtant,  pour justifier le titre : c’est Buache qui avait fortement insisté pour que feu Micheline et moi venions voir ce qui se passait à Locarno dès 1959. C’est votre serviteur qui a pris dans les bagages d’une délégation neuchâteloise, en 1979 sauf erreur, comme participant aux Rencontres Cinéma et Gioventu à Locarno, un certain Frédéric Maire. Frédéric a dirigé ensuite le festival de Locarno et se trouve à la tête de l’imposante cinémathèque qui n’existerait pas sans Buache.

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Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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