De « C…. dans l’air » et « 28 minutes » à « Infrarouge »
Dès ce lundi 2 février 2015, sur RTS1, vers 22h30, pendant dix semaines, la saison 4 d’un « blockbusker » haut de gamme, cinéma et télévision confondus, la 4ème saison de « Game of Thrones ». Une offre originale, précieuse : un seul épisode à la fois… parfait respect de l’esprit de la série récurrente. (fyly – 02.02.15- 11:15
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Commencer de comprendre…
L’information sur l’actualité au quotidien passe, chez les généralistes de service public ou commerciaux, par les téléjournaux qui traitent bon nombre de sujets, mais rarement dans des modules de plus de deux/trois minutes. On y offre parfois une amorce de réflexion.
Quand l’actu se fait importante, apportant des éléments qui concernent un pays entier (la Banque nationale suisse ne défend plus le prix plancher) ou plusieurs («Charlie», les décisions de la Banque centrale européenne, la situation en Grèce, le djihadisme international), un effort doit être consenti pour commencer à comprendre le sens de tels événements, en prenant un peu de recul. Il faudra attendre souvent des semaines et des mois pour construire des documents d’investigation qui fassent le point et parfois explorent des pistes nouvelles.
Sur la RTS, l’actu bien sûr passe par des différents journaux, le «12 :45», «Couleurs locales» et surtout le «19 :30». Pas beaucoup de place pour amorcer une mise en lumière, un peu parfois dans «Mise au point» et une fois par semaine dans «Infrarouge». Pour une meilleure documentation, il y a «Temps présent» et désormais parfois «Les coulisses de l’événement» ou «TTC».
Trois émissions, sur trois chaînes différentes, assez comparables, s’inscrivent dans ce courant d’amorce de réflexion sur l’actualité immédiate, dès les jours qui suivent l’apparition de l’événement, «C… dans l’air» (France 5), «28 minutes» (Arte) et «Infrarouge» (RTS).
C…dans l’air (France 5)
Fréquence: cinq jours en semaine, durant un peu plus d’une heure, à 17h45 et vers 22h30, en reprise, sous la direction de deux animateurs, Yves Calvi et Caroline Roux. Quatre invités, souvent signataires d’un livre sur ou autour du sujet abordé, de sensibilités différentes, sans forcément doser les appartenances politiques. Les dix dernières minutes sont consacrées aux questions du public, qui défilent au bas de l’image, quelques-unes des questions permettant au directeur du débat de s’en servir. Pendant l’émission, deux ou trois courts sujets sont associés au problème traité. Probablement en vrai direct. Visible ensuite sur internet.
28 minutes (Arte)
Fréquence: cinq jours par semaine, vers 20h10, sous la direction d’une animatrice, Elisabth Quinn, assistée d’autres membres de la rédaction d’ARTE, qui interviennent dans le débat par des questions ou des remarques, Renaud Dély, Nadia Daam, Claude Askolovich. Un premier sujet permet de dialoguer avec un premier invité en cinq minutes. L’émission se termine par une sorte de mise au point sur des déclarations de politiciens qui ne correspondent pas à la réalité, preuve(s) à l’appui. Trois invités, choisis pour leur connaissance du dossier abordé sous des angles différents, souvent aussi auteurs d’un livre associé font face à un trio régulier de journalistes d’Arte. Le vendredi, un (ou une) caricaturiste participe à l’émission et l’animatrice annonce ses différentes contribution. Du vrai direct. Une version avec des compléments est en ligne sur internet. Sans public!
Infrarouge (RTS Un)
Fréquence, un jour par semaine, en principe le mardi aux environs de 22h30, pour un peu plus d’un heure, avec un duo d’animateurs en alternance, Esther Mamarbachi et David Berger. Un seul sujet, débattu par six, parfois huit invités, y compris un en duplex. L’émission est diffusée quelques heures après l’enregistrement en direct, en principe intégralement. Les invités sont choisis, certains pour leur compétence sur le dossier traité, d’autres pour représenter différentes sensibilités politiques. On voit durant toute l’émission un public qui ne fait qu’applaudir au début et à la fin de l’émission. Parfois de courts sujets préparés injectés dans l’émission. Les dessins de Mix&Remix apparaissent sans que les participants puissent en prendre connaissance, à l’insu des animateurs. L’émission peut en tous temps être revue sur internet.
Comparaisons
Durée: plus de dix heures par semaine sur France 5 ( avec la reprise), près de trois heures sur ARTE à l’antenne, un peu plus d’une heure sur RTS Un.
Heure de diffusion: en fin d’après-midi et fin de soirée sur France 5. A une heure dite de grande écoute sur ARTE. En fin de soirées sur RTS Un, quand l’audience devient presque confidentielle.
Les invités: quatre sur France 5, pour leur connaissance du dossier, en fonction de sensibilité politiques différentes, quatre jours avec Yves Calvi, le vendredi réservé à Caroline Roux. Trois sur ARTE, mais face à trois représentants de la rédaction, chaque jour. Six ou plus sur RTS Un.
Choix des invités: tant sur France 5 qu’ARTE, la connaissance du dossier, sous différents angles, est largement prioritaire sur l’appartenance politique. Sur la RTS, on mélange spécialistes du sujet et représentants de différents partis politiques.
Commentaires

Mix&Remix : le 27 janvier 2015, neuf dessins dans la galerie sur internet, douze le 20 janvier, seize les 9 et 16 décembre 2914. Un problème pour Mix&remix, avec le sujet ou la manière dont il a été traité le 27 ?
Le recrutement des invités est plus facile dans un pays de plus de soixante millions d’habitants, avec sa métropole parisienne à dix millions que dans une région comme la Suisse romande de moins de deux millions, avec rares alémaniques et pratiquement jamais de tessinois.
Animation: France 5, excellents animateurs rarement débordés par leurs invités. Arte: avec trois invités face à trois bons journalistes «maison», les débordements sont de courte durée. RTS: Esther Mamarbachi, plus souvent débordée que David Berger, tolère trop de pugilats verbaux, à se demander si la notion même de pugilat n’est pas souhaitée pour faire d’ «Infrarouge» le spectacle des discordes entre représentants de courants politiques. Il suffit actuellement d’un représentant de l’UDC ou inscrit dans sa mouvance pour «assurer» le spectacle.
Esther Mamarbachi est très loin derrière Elisabeth Quinn. Personnellement, je lui préfère David Berger, qui reste à bonne distance d’Yves Calvi. La réussite de ce genre d’émission dépend tout de même en partie du responsable de l’animation!
Je regarde de plus en plus souvent France 5 et ARTE et de moins en moins «Infrarouge». La direction des programmes de la RTS serait-elle séduite par les empoignades d’ «Infrarouge» qui ne peuvent pas ne pas éclater avec l’actuelle politique dans le choix des invités? Qui pourrait inciter la RTS à revoir sa politique en matière de réflexion à court terme sur des événements pas toujours très importants? Pourquoi pas le conseil du public de la RTSR?
Vendredi 23 janvier 2015
Quel titre donner à cette rubrique qui comprendra plusieurs courts sujets ? Ce sera un jour et une date !
Encore « Charlie »
Impossible d’oublier. Pourquoi ces 17 morts ont-ils pris tant d’importance. Le nombre n’est pas en cause, mais ceci : quatre juifs, trois policiers, dix collaborateurs d’un même journal, dont six dessinateurs ont été froidement exécutés par trois tueurs djihadistes. Ce n’étaient pas des attentats à l’aveugle.
Retour au présent
Il a bien fallu, dans ce blog, revenir au quotidien. Ce fut fait avec des premières remarques sur un croque-mort et une salamandre (14 janvier) et des considérations peut-être trop longues sur une nouvelle émission de la RTS, « 26 minutes » (21 janvier)
Jusqu’au dernier, la destruction des juifs d’Europe
Il y a 70 ans, les troupes russes arrivaient à Auschwitz, dans le sud de la Pologne. Il est important de s’en souvenir. On peut croire qu’on est largement renseigné. Il reste encore beaucoup à apprendre. Auschwitz n’était pas seulement un camp de la mort pour les juifs d’Europe, mais aussi une prison, un lieu d’expérimentation « médicale » en vue de « fabriquer » une race supérieure et un centre industriel contribuant à l’effort de guerre nazi avec du « personnel » gratuit.
Une fois de plus, les responsables des « Docs » de la RTS sont associés à une importante production, une série de William Klein et Blanche Finger, en huit épisodes de 52 minutes, présentés en duos mais sans interruption publicitaire, le dimanche 18 janvier (épisodes 1 et 2), lundi 19 ( 3 et 4), dimanche 25 et lundi 26, sur RTS 2, dans une case bien exposée, dès 20h40, celle d’« Histoire vivante ». Il serait maladroit d’employer à propos de « Jusqu’au dernier : la destructions des juifs d’europe » l’expression « à ne pas manquer ». Par contre, il est important, même avec retard, de signaler l’intérêt de cette série, sa grande valeur historique, sa contribution précieuse à la mémoire collective.
France 2 commence la diffusion de « Jusqu’au dernier » le lundi soir dès le 26 janvier, à une heure tardive, 23h10.
Il y aurait de nombreuses observations à faire à ce propos. Peut-être en une autre occasion.
Auschwitz, 70 ans après
Avec une assez grande régularité, ARTE réserve son mardi à un thème, en présentant plusieurs document différents. Le soirée du 12 janvier 2015 fut particulièrement longue, débutant à 20h50 avec « Printemps 1945 » pour se terminer après deux heures du matin avec « Sonderkommando : Auschwitz-Birkenau ». A se demander si une programmation de sujets inédits trouve encore un public à de telles heures.
C’est en janvier 1945 que les troupes russes sont arrivées à Auschwitz, qui n’était pas seulement un camp de la mort pour les juifs d’Europe, mais aussi une prison, un lieu d’expérimentation « médicale » en vue de « fabriquer » une race supérieure et un centre industriel contribuant à l’effort de guerre nazi.
Vu ce soir-là trois films absolument sidérant par le choix formel fait par leur réalisateur Emil Weiss. L’exemple de l’un d’eux, « Auschwitz, premiers témoignages » mérite d’être cité. Une partie des témoignages écrits et déposés avant même la fin de 1945 par quatre témoins qui vécurent dans le camp sont lus par des acteurs. Mais les textes sont presque tous associés à des images récentes prise dans l’espace sur lequel s’élevaient le camp et ses annexes. Et ces images d’aujourd’hui donnent une force par instants terrifiante aux textes.
Il faudrait avoir assez d’énergie pour mentionner encore quelques émissions vues ces derniers jours. La mort brutale et inattendue d’un ami, qui fut grand journaliste, m’en prive !
Les débuts de « 26 minutes »
Très attendue, la nouvelle émission de la RTS, « 26 minutes » ( samedis vers 18h45 sur RTS 1 avec reprise le dimanche vers 20 heures sur RTS2), bien exposée, promotion bien faite, sous le signe de la nouveauté. Bien sûr, rappel fut fait du « Fonds de la corbeille », qui dura de 1989 à 2003. Il est donc permis d’ajouter au concert de l’auto-satisfaction du reste légitime, tout de même un «c’est-le-moment» !
Historique partiel
La satire en Suisse romande, selon Duja qui place sans surprise son micro sur le trottoir, ce n’est pas le satyre, « celui qui a une grosse bite », gag verbal dans son style, exemple de liberté d’expression que je ne me sens pas personnellement obligé d’admirer. La satire, évoquée lors de cette première de « 26 minutes » par Vincent Veillon et des invités, c’est donc « Le fonds de la corbelle », l’ex-« Saturne », « Vigousse », plus loin dans le passé « Ouin-Ouin », « Le bonjour de Jack Rollan », tout près « Mix-&-Remix » qui n’écoutait pas « La Soupe ». Quelques oublis : Zouc ou François Silvant ou encore le « Carabine FM » qui déjà quitta « Couleur3 » pour le petit écran avec impertinence et délire de 1987 à 1998.

Carabine FM qui naquit aussi survint « Couleur 3 » : Gérard Mermet – Lolita- Alain Monney – 1987-1998 –
émission souvent signée Gérard Louvin Souvenirs, souvenirs : excellents !.
« 120 secondes » a connu un immense succès radiophonique confirmé par sa version sur internet. Le spectacle a été vu par presque cent mille romands lors de nombreuses représentations en public. La télévision a donc « surfé » sur le succès de sa branche radio en introduisant une nouvelle émission sur le petit écran : excellente initiative.
Le passage à l’écran
La nouvelle émission commence par une rafale de plans courts à sujets multiples, puis se déroule dans un studio pas très moderne avec un présentateur qui annonce les différents sujets. Un générique à la « Temps présent » sert d’introduction à une édition spéciale hebdomadaire du « 19.30 ». On procède donc à un « détournement » d’émissions avec un Veillon et son faux sérieux et un Kucholl et ses personnages multiples.
Les possibilités offertes par la télé.
Sur le petit écran, on peut
+ filmer en direct un entretien en duo éventuellement complété par un invité, avec plusieurs caméras, sans quitter le studio ;
+organiser un duplex où le présentateur dialogue avec l’image de son interlocuteur, image parfois coupée en deux

« 26 minutes » : une des solutions pour la télévision : Veillon en studio et Kucholl projeté sur un écran, le premier dialogue donc avec l’image du second
+ construire par le montage un reportage qui peut se dérouler sans présentateur avec de nombreux personnages, joués par le seul Kucholl dans des lieu différents.
Le contenu de la première
Le bonjour du sponsor est suivi de la rafale du générique et du sommaire annoncé par le présentateur. Suivent Un reportage sur la neige artificielle (plusieurs personnages- 160 secondes), l’invité de la rédaction, Pierre-Yves Maillard rejoint par Ignacio Chollet, sorti du public ( direct, 360 secondes, trop long – difficile d’introduire de l’humour dans un entretien amorcé par des réponses sérieuses à des questions sérieuses), un survol de la satire (reportage, 135 secondes), un duplex avec un intégriste chrétien, Jean-Gabriel Cuenod (145 secondes), un reportage autour d’un constructeur valaisan de chalets (plusieurs personnages dans lieux différents – 160 secondes) et enfin un entretien en direct avec Meunard Galarotti de la BN ( 290 secondes).
Six sketches pour 1250 secondes, trois minutes et demi pas unité : « 120 secondes » était un titre même pas respecté en radio filmée pour internet. Qu’importe. Mais il manque cinq minutes pour en arriver à 27, sponsor compris.
La présence du public
Comment meubler les cinq minutes manquantes dispersées durant toute l’émssion ? Par les interventions du présentateur, plutôt trop sérieux, pas assez second degré faute d’avoir toujours avec lui son partenaire, et les incursions de Duja en trottoir.
Mais voilà le public, composé de spectateurs probablement heureux d’être reçus en studio. En une bonne dizaines de plans, ce sont des applaudissements, des cris, des sifflets : tout l’arsenal déjà déployé lors du « mondial » avec les représentants du football dit de talus dans « le club » !
Ce public réagit-il sur ordre d’un « chauffeur de salle » ? Impossible à dire puisque par sa fonction éventuelle, celui-ci est invisible !
Les rires
Une émission d’humour doit faire rire. S’il y a un public, il doit rire, car le rire est communicatif. Lors de ma seconde vision de « 26 minutes », j’ai posé au crayon un petit bâton, comme à la « Pomme », court pour un rire discret ( pas loin de la vingtaine), allongé pour un plus franc et sonore (trois seulement). Etrange, cette timidité, alors que ce public devait être heureux d’être invité. Or le rire est censé être communicatif.

Utile, le public, pour « 26 minutes »? Ce n’est plus de la radio, ce n’est pas le spectacle en salle… c’est de la télévision. Image prise lors du tournage d’une maquette en novembre 2014.
Revu, juste avant de rédiger ces lignes, pendant à peu près 26 minutes, plusieurs des « 120 secondes » sur internet. Ri tout seul, devant mon écran, à plusieurs reprises, franchement. Plus que durant « 26 minutes ».
Oui, sans réserve à l’existence d’une émission d’humour. Pas du tout séduit par la présence du public qui n’apporte pas grand chose au téléspectateur. Regret sincère d’être déçu ! Après rodage, cela peut changer…
De « Croque-mort » en « Salamander »
(Voir plus bas « Charlie-Hebdo », jeudi 15 janvier, 17h00)
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Embarrassante soirée que celle du jeudi 15 janvier 2015, du moins pour le sériophile : il faudra choisir, en direct, entre « Le croque-mort », série de la DRS adaptée par la RTS ( RTS1, de 21h10 à 23 :15), qui laisse un peu dubitatif après les deux premiers épisodes, et une mini-série de six épisodes, « Paris », présentée en deux fois trois sur ARTE ( de 20h50 à 22h50), sans en savoir grand chose au premier abord, avant l’efficacité du proche final d’une réussite haut de gamme éprouvante, « Breaking bad » ( de 22h55 à 00h30-ARTE).
Situation beaucoup plus simple le lendemain, toujours pour le sériophile, à nouveau sur RTS 1 qui nous propose belle découverte d’une série belge… flamande, « Salamander », ( de 22h25 à23h55), qui à première vue marie assez bien polar financier et pressions politiques au plus haut niveau. Confirmation espérée de la bonne surprise apportée par les deux premiers épisodes ?

Paul Gerardi (Filip Peeters), personnage principal de « Salamandre », seul ou presque contre tous – pas trouvé d’image sans son arme, c’est dommage !!
En plus et d’abord ! ne pas oublier ce soir un document d’une assez nouvelle émission de la SSR, « Les coulisses de l’événement », pour le moment marquée par le dynamisme de la RTS, qui aborde un passé proche avec « L’affaire Adeline » ( RTS 1, 20h10).

Breaking bad : Walter « What » White, dit Heisenberg (Bryan Cranston), bientôt la fin d’un professeur de chimie atteint d’un cancer devenu industriel de la drogue, après 62 fois quarante-sept minutes
Il faut au moins signaler ces offres, faute de s’y arrêter un peu plus attentivement. Ce que je me proposais de faire. Mais voilà que l’ »Infarouge » du mardi soir 13 JANVIER 2015, confus, avec trop d’invités, partant dans toutes les directions n’arrive pas à permettre d’oublier « Charlie », cette horreur dont il devient impératif de commencer à comprendre ce qui s’est passé et ce qui va ensuite se passer. Une fois encore, les lectures restent tout de même plus utiles que les réactions collées à l’actu de la télévision. Aujourd’hui s’y ajoute « Le canard enchaîné » auquel collaborait Cabu.
Charlie-Hebdo
Jeudi 15 janvier 2015 : 17h00
CHARLIE-HEBDO, Journal irresponsable, no 1178
« On » avait annoncé qu’ « ils » allaient sortir un numéro de huit pages au lieu de seize, tiré certes à un million d’exemplaires. Le no1178 a seize pages, tiré à cinq millions d’exemplaires. Le prochain sortira le 28 janvier 2015, assise financière assurée pour quelques mois.
Que va-t-il se passer quand « Charlie » aura plus d’un million ou beaucoup plus de lecteurs ? Tous assumeront-ils encore le « Je suis Charlie » ? Pas certain !
Parfois, quelques-uns ont déjà pris leur distance, comme cet invité du dernier « infrarouge » ( RTS, mardi 13.01.15) qui parle d’ « Ignominie », apparue au tournant de 2011/2012, de cette équipe qui avait « vidé » Siné et qui n’avait plus de lecteurs ! Siné, lui, vient de sortir un « Hors-série » avec, en une, « ACHETEZ CHARLIE ».
Juste en passant : un quart d’heure de lecture d’un journal vaut mieux qu’une heure de cette forme de débat sur l’actualité qui sombre dans la confusion.
Passé plus d’une heure avec le no 1178 – il faudra plus de temps pour tout bien regarder et lire, attentivement. Etrange, ce sentiment de ne pas savoir démêler ce qui est dû à ceux qui ne sont plus de ceux qui sont encore. Pas seulement étrange : magnifique !
Envie de citer plein de choses. Mais décidé de me « restreindre ». Deux exemples :
1/ « Mêmes pas morts : Antonio Fischettti
«Je n’étais pas avec eux mercredi dernier, car j’assistais aux funérailles de ma tante Michelina. Avoir la vie sauve grâce à un enterrement : il y en a un que ça aurait fait plier de rire, c’est Tignous »
2/ Journal d’un économiste en crise par Oncle Bernard
Dans un texte intitulé QUAND « CHARLIE » AVAIT 20 ANS
(…) « Charlie est plutôt de gauche, même si (..) »
Et Oncle Bernard, à partir du sujet de certains éditoriaux, de rappeler qu’une petite et parfois grande partie de l’équipe n’était pas d’accord, d’ajouter
Les éditos étaient longs et argumentés. Les dessins étaient frappants et pleins de sens ( l’avantage d’un dessin, c’est qu’il n’a pas à être long et argumenté)…
Pourquoi ces choix ? L’humour grave de Fischetti, le rappel de la sensibilité « politique » de Charlie. Et, une fois encore, ce dessin de feu de Charb…
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Mardi 13 janvier 2015 : 15h00
La « une » du 14 janvier 2015. Un numéro » normal ». Enfin, huit page semble-t-il au lieu de seize ! Tirage à trois millions au lieu de soixante mille : de quoi assurer l’indépendance économique pendant assez longtemps. Mais il faudra plus de lecteurs, pas seulement des porteurs de « Je suis Charlie », pour défendre « la liberté d’expression ».
Ce matin, beaucoup de dignité et d’émotion ; à Paris et à Jérusalem. A Dresde, hier, un peu moins !!
Voici, par ordre alphabétique, dix-sept noms :
Boisseau Frédéric, agent d’entretien
Braham Philippe, cadre retraité, client « hyper cacher »
Brinsolaro Franck, officier de police au service de la protection des personnes
Cabu, dessinateur
Cayat, Elsa, psychiatre et journaliste
Charb, dessinateur et journaliste
Cohen Yoha, employé « hyper cacher »
Jean-Philippe Clarissa, policière municipale
Hattah Yaov, étudiant, client « hyper cacher »
Honoré, dessinateur
Maris, dit « Oncle Bernard », économiste et journaliste
Merabet Ahmed, gardien de la paix
Ourrad Mustapha, correcteur
Saada François-Michel, cadre en informatique, client « hyper cacher »
Renaud Michel, voyageur, invité de la rédaction le 7 janvier
Tignous, dessinateur
Wolinski, dessinateur
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Lundi 12 janvier 2015 : 16h00
Presque six heures à sauter d’une chaîne à l’autre, y compris sur celles qui montrent quatre images en même temps, ou deux, avec en médaillon le journaliste qui commente le direct avec ses invités : ce n’est à peu près rien de plus que de l’«Actu». Cela n’a pas grand chose à voir avec l’information qui implique déjà un choix pour maîtriser l’actualité et commencer de comprendre ou à tout le moins, chacun pour soi, frôler ce qui est important.
Décidé, hier, à un certain moment, de cesser de pitonner entre cinq chaînes, pour rester avec la RTS. Xavier Colin fait bien son travail, aidé par les interventions de ses invités, surtout Barrigue, pour appuyer ce qui vient de Paris. Début d’ordre dans l’actu au « 19h30 ». A « Mise en point » ? Une amorce d’information, pas plus qu’une amorce.
Et ce lundi, commencé par lire un journal du jour au moins, continuer de lire un déjà ancien, sorti samedi, arrivé en Suisse dimanche, relire des notes. En tirer quelques remarques, sans jugement sur leur valeur. En voici quelques-unes.
Des images et des mots
L’actu, ce sont des images, nombreuses, ce dimanche, presque sans le moindre temps d’arrêt. Le son, lui, se résume à des mots, ceux des journalistes, de leurs invités ; et des bruits sourds. On chante un peu partout « La marseillaise » nous dit-on. Peu entendue. D’ailleurs, pas de regrets. Il y a certaines paroles qu’il vaut mieux ne pas retenir. A un moment donné, la foule se fige. Il faut tout de même quelques secondes pour que les commentateurs s’associent par leur silence à ce qui est enfin annoncé par eux comme une « minute de silence ».
« Eviter l’amalgame », dit-on un peu partout. Ce ne sera pas facile. Une apparition de Marine Le Pen, qui n’était pas à Paris. Dans cette foule immense, il devient bien y avoir quelques-uns des vingt-cinq pourcent d’électeurs qui ont voté pour le FN. Ile ne sont certainement pas tous alignés sur elle. Ceux qui votent pour l’UDC en Suisse ne sont forcément pas tous alignés sur Blocher et ses milliards. Relu : j’hésite à supprimer ce paragraphe depuis « Une apparition… » Non, il reste !
La liberté de la presse
Depuis le 7, et beaucoup ce dimanche 11 janvier, la liberté de la presse aura largement été mise en valeur. Des milliers et des milliers « Je suis Charlie ». Pas vu de « Je lisais Charlie ». Il est vrai qu’il ne restait qu’environ trente mille lecteurs chaque semaine, pour un tirage de plus de cinquante mille ! Diable, pourquoi si peu ?
« Charlie-Hebdo » a failli, fin 2014, cesser son activité, faute de moyens financiers. Par petites touches, le sauvetage était assuré : Charb l’avait dit dans « 28 minutes ». La liberté de la presse passe aussi, et parfois d’abord, par un problème purement économique.
Tirage annoncé de « Charlie » le 14 janvier 2015 : un million d’exemplaires. De quoi assurer la liberté de « Charlie » survivant pendant longtemps. « On voit beaucoup de dessins…. Parce qu’il y a des morts » : amer, Barrigue, avec Xavier Colin (RTS1, dimanche après-midi) ; noir son humour ?
Barrigue ne répond pas à Xavier Colin qui lui demande de parler d’un de ses dessins d’après le mercredi 7 janvier. Difficile de le décrire à la télévision ! Dans « Charlie », il y avait, chaque semaine une page souvent plus dure encore que les autres, « Les couvertures auxquelles vous avez échappé ».
Brèves
Ali Bongo, président du Gabon, était parmi les chefs d’Etat à l’Elysée et au défilé. Un noir gabonais, réfugié en France, dit pourquoi il a fui son pays : pour sauver son droit de s’exprimer (sa vie, aussi ?)
Dans l’ «Hyper cacher », des clients ont été « cachés » dans une chambre froide. Ils ont ainsi eu vie sauve. Leur sauveur est un employé malien.
S’abonner
Vendredi 9 janvier 2015, environ midi. Par courriel, je m’abonne .. à « Vigousse ». Puis je me demande ce qui vient de me passer par la tête ; je ne comprends pas ce que je viens de faire. Pas évident !
Probablement ceci : pour défendre la presse marginale (tirage de « Vigousse », treize mille, ce qui ne veut pas dire treize mille numéros payés), mieux vaut s’y abonner que procéder à quelques achats de temps en temps. Je crois bien que cela remontait à une remarque de Jean-Luc Wenger, rédacteur à « Vigousse », il y a quelques semaines déjà. Il sera possible de s’abonner à « Charlie 2015 ».
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Dimanche 11 janvier 2015 : 22h00
Six heures, à passer en pitonnant de TF1 et M6 ( généralistes commerciales) à France 2, TV 5 et RTS1 ( généralistes de service public) : pas pour établir un classement, mais surpris en bien par les « commerciales ». Forcément des moments, nombreux, d’émotion. Trois millions, quatre millions dans les rues de France, quarante-neuf responsables d’Etat autour, non, avec François Hollande. En tête, trop de choses en désordre. Ce ne sera, en effet, après plus comme avant. Mais trop d’idées, futiles peut-être, ou conduisant à une amorce, timide, de compréhension. Pour ce soir, préférence pour le silence : d’abord relire mes notes. Ne rien écrire avant de croire pouvoir y voir un peu plus clair !
Tout de même ces deux images . un autoportrait de Coco, survivante, que l’on rencontre dans le « 28 minutes » d’Arte ; qui sera encore avec « Charlie-Hebdo » 2015; aussi associée à « Vigousse ». Et pour saluer une forme d’humour qui subsistera, un dessin pour « Arte » …
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Samedi 10 janvier 2015 : 20h00
Difficile de reprendre le cours normal des choses. Il faudra que je parvienne à parler de télévision, dans le secteur où elle n’a de rival que le cinéma, la fiction. Prometteur, la « Salamandre » d’origine flamande de Belgique ( RTS1, vendredis). Décevant, mais à vérifier, « Le croque-mort » (RTS 1, jeudis).
Tirage annoncé : un million d’exemplaires. Ils seront tous vendus. Enorme contraste : le vente des derniers numéros tournait bien autour de trente mille ! Presque trois ans de vente au numéro !!!
L’émotion
Sur ARTE, dans « 28 minutes », chez Elisabeth Quinn, Charb y venait regulièrement dessiner. Dur, de réentendre Charb, dur d’entendre Coco, rescapée : pas besoin de relancer l’émotion. Elle n’est que confirmée, amplifiée.
Oui, mais, pour essayer de comprendre, il y a mieux que la télévision. La lecture garde alors sa supériorité : « Le Monde », bien sûr. Mais il y a aussi cet autre possibilité, relire « Charlie », y compris d’il y a quelques années. Pas seulement regarder des dessins. Je confirme ce qui devient certitude : les textes, dans « Charlie » avaient autant d’importance que les dessins. Moins d’impacts, assurément. Dans ces lectures, ces relectures, l’émotion est permanente, profonde, intense.
Je suis Charlie
Quinze signes (en français) : ils font le tour du monde. « Le Monde » raconte : Joachim Roncin, qui travaille pour « stylist », s’est exprimé quelques minutes après l’annonce du carnage : « J’ai écrit Je suis avec la typo de notre magazine, et j’y ai accolé le logo de Charlie Hebdo. C’est tout ». Il n’a pas déposé son slogan. Mais il a même déjà reçu des propositions pour en faire une marque commerciale déposée ! Incroyable. Il n’a même pas pensé à un autre « Je suis » : Ich bin ein Berliner ». Kennedy, Charlie, Ich bin ; je suis !! ; troublante similitude !
Humour noir
Dans un récent « Charlie » de l’été dernier, sur une double page : Un reportage de Zineb El Rhazoui, au moins quinze mille signes, pour un reportage sur les français en vacances, « Sète- Tanger : vogue la galère vers le bled » : un texte au scalpel, dur, froid, précis, dénonciateur de profiteurs. Six dessins de Tignous, parfaitement associés au texte. La quintessence de Charlie dans le lien texte/dessin.
Collaboratrice qui n’était par à Paris le jour des exécutions, Zineb el Rhazoui pense aux blessés, à Simon, le web.master, celui qui entre autres faisait face au « shits storms », moëlle épinière atteinte, poumon perforé. Une courte incise dans le texte du « Monde » à propos de Simon : « Lui qui avait réussi à arrêter de fumer ». Magnifiques d’audace douloureuse, ces huit mots.
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Vendredi 9 janvier 2015 : 21h00
Difficile, ces jours, de regarder à la télévision ce que j’aime y trouver ; difficile de revenir à un sujet ordinaire – il faudra bien y arriver. L’assassinat de Kennedy, 11 septembre 2001, et « Charlie » exécuté : indissociables. C’est peut-être très personnel !
La semaine prochaine, il y aura un « Charlie » dont on annonce qu’il sera tiré à un million d’exemplaires. Dans les kiosques, les réservations sont faites – y compris la mienne. « Je suis Charlie » a fait le tour de monde. Impossible d’oublier que le tirage de « Charlie » était modeste (cinquante mille, un peu plus ?), que les ventes étaient devenues insuffisantes ( trente mille ?).. Mais l’appel lancé par Charb permettait semble-t-il d’assurer le proche avenir. Je lisais Charlie, de plus en plus irrégulièrement. En surface de papier, le trait des dessins en occupait la moitié, et le texte ( bulles comprises) l’autre. Je regarde et relis des anciens numéros. Ils sont restés fidèles à eux-mêmes.
On a même vu des panneaux sur fond noir en lettres blanches avec « Je suis Charb ». Et d’autres …
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Jeudi 8 janvier 2015, 16h30
Ce dessin, de Charb, son dernier :
Fouillé dans mes piles de journaux, de là où je tire le papier qui contribue à fabriquer des milliers de dossiers. Voici, encore intact, un numéro d’août 2014. Visite faite au galetas dans lequel traînent des piles de journaux ficelés. Retrouvés un « Charlie Hebdo » d’août 95 ( 10 francs français, 3 francs suisses), une demi-douzaine d’autres de 1992 (10 français, 3 francs suisses), mais aussi un « HaraKiri bête et méchant », deux numéros reliés pour 29 ff. 3ème trimestre 1985. Dans l’ours, « fondateurs bien vivants », Cavanna, Choron, red en chef Gébé, dans l’équipe, entre autres, Wolinski, Cabu (quand il passe par là), Reiser (quand il n’est pas mort). Coup d’oeil sur un ours de « Charlie »en septembre 92, parmi les responsables de la rédaction, Cabu, Charb, Tignous, parmi les collaborateurs, Cavanna, Oncle Bernard, Siné, Wolinski. Regardé, relu en partie le « Charlie » de 2014, parcouru les autres de 1995 ou 1992, auxquels le 2014 ressemble; évidemment.
Envie de citer, de reproduire des dessins. Passons : il faut rappeler quelque chose d’essentiel. Bien sûr, des dessins avec leur bulles, ils y sont, mais aussi des textes denses, manuscrits avec dessins (Wolinski ou Siné), et plus encore, des textes, de Charb, de Bernard Maris, Oncle Bernard, économiste, mais oui, avec rigueur et humour assez sombre. Plaisir amer que ces retrouvailles….
France 2, m’a-t-on dit, n’a traité qu’un seul sujet dans son journal prolongé. Arte aura « Fini de rire » avec des dessinateurs de France, d’Allemagne, de Belgique, des Etats-Unis, d’Israël, de Palestine, de Tunisie et aura permis à Marlyse, Zep et d’autres de parler de et avec Wolinski, entre 19h45 et un peu plus de 22h30. Arte a fait tout juste….Finalement, avec un document de 2006 consacré à « Charlie-Hebdo », sur la seconde chaîne vers 21h30, ce jeudi 8 janvier, la RTS aura fait assez juste….
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Mercredi 7 janvier 2015, 21h00
A 17h00, comme d’habitude, éloigné de l’urgence permanente de l’info, je ne savais pas. D’où l’intervention ci-dessous, sur un sujet tout de même futile ! Vers 18h00 : Bizarre, ce sujet traité sur France5, dans « C…dans l’air ». Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre et vouloir en savoir plus sur l’horreur; comme la mort de Kennedy, ou septembre 2001. Quitté vers 19h50 le journal de la RTS, au changement de sujet, pour passer sur ARTE, y trouver après l’info, ce « 28 minutes » où régulièrement passait Charb; parfois Coco. Appris, mais est-ce vrai, que « Charlie-Hebdo » ne tirait plus qu’à trente mille exemplaires ! Charb avait même remercié des anonymes de leurs aides. Resté sur Arte, qui a modifié son programme, avec « Fini de rire » (2013) et un portrait de Wolinsky (2011), pour osciller entre larmes et rires; parodoxal ? Début des années soixante, Harakiri mensuel puis hebdo, sur le petit écran, un peu dans le même esprit, « Les raisons verts » de J.C.Averty, puis Charlie Hebdo, « L’écho des savannes », des arrêts et de nouveaux départs, Cavanna et le Professeur Choron, Reiser, Val, leurs conflits; et les Wolinsky, Tignous, Cabu, Charb, Oncle Bernard ( Bernard Maris), souvent parfois plus qu’un rendez-vous par mois, puis ces dernières années un peu moins de régularité : ils étaient devenus, sans les avoir rencontrés, comme des amis… Entre tous, ils ont – ils avaient – le don d’aller au moins une fois par numéro « trop loin ». Au point de m’inquiéter quand ce » trop loin » était absent….Mais rarement !
Bêtisiers et « rétros »
Mercredi 07.01.15 à 17h00 : message pour sériophiles
1/ Apparition d’une hirondelle helvético-suisse!!!
Dès le jeudi 8 janvier, sur RTS1, à une heure d’écoute flatteuse (21h10!), « Le croque-mort », début de la version française d’une série qui cartonne sur le DRS ( troisième saison en cours).
2/ « P’tit quinquin »
Pour le moment, ce ne sera pas sur la RTS, mais sur grand écran, en particulier au « City-Pully », classé dans le « Top ten » de l’année « Cahiers du cinéma », toutes catégories audiovisuelles comprises, par les lecteurs de la revue, cinéphiles forcément minoritaires, papis tapis dans leur « niche ».
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Chapitres imposés
Qu’est-ce qui ressemble le plus au bêtisier d’une chaîne francophone ? Le bêtisier d’une autre chaîne francophone ! Il doit bien y avoir un peu partout une consigne claire ou sous-jacente : mettez de côté, durant toute l’année, des éléments qui pourraient nourrir la revue de fin d’année. Chose faite ou non : il y aura dans le bêtisier placé entre le 27 décembre et le 2 janvier des chapitres incontournables. Ce seront les maladresses verbales ou gestuelles d’un invité, mais bien vite on rentrera dans la niche pour y placer les difficultés verbales d’un collaborateur de la tv, d’une maladresse en répétition, sans oublier l’indispensable séquence des rires fous. Et cela touche au sublime si ce dernier est le fait du conseiller fédéral Merz ou du président Clinton ; ceci pour bien faire remarquer la richesse de certains souvenirs lointains. Il y a des traditions à respecter ; elles sont respectées. Courage, fuyons !
Même la futilité
Mais même cette fuite n’empêche pas une autre rencontre avec les rétrospectives multiples de fin d’année. Du genre de celle consacrée aux femmes qui peut passer assez tranquillement de quelques secondes accordées à Malala Yousafzai, adolescente pakistanienne, prix Nobel de la Paix à quelques secondes pour « Allo, non, mais, allo, quoi ? », aux virgules près citation espérée fidèle à celle que l’on nomme tout simplement Nabilla, pour bien nier tout jugement de valeur et rappeler qu’il faut de tout pour faire une « rétro », en prêtant même attention au vide absolu de la futilité.
Le sport prioritaire
On sait combien la SSR-SRG est fière d’être la chaîne généraliste de service public qui offre le plus de temps consacré au direct. Mais on ne sait pas forcément par rapport à qui. En 2014, les occasions furent belles avec le « mondial » de football, les JO d’hiver et la coupe Davis.
Un oubli toutefois : les championnats d’Europe d’athlétisme à Zürich, magnifiquement filmés, mais plus encore remarquablement accompagnés et commentés sur la RTS par des experts et invités de passage. Compliment mérité ; sincèrement ! Un peu le seul!
Vu le début de la « rétro » du « mondial » : au bout de deux minutes, après avoir entendu hurler « goal » à plusieurs reprises, je me suis enfui. Vu aussi des bouts de JO : aucune surprise, aucune émotion. Et comme si nous n’avions pas assez vu Federer couché sur le sol pour cacher ses larmes! Il est vrai que les journalistes sportifs, si souvent à l’antenne actuellement, ont chacun à son tour, fait savoir au téléspectateur qu’il ne fallait pas manquer ces rétros, lors de leur première diffusion, leur deuxième diffusion, leur troisième diffusion sans oublier la reprise sur internet pour les écrans d’ordinateurs et les tablettes.
En avant la musique….
Quel intérêt dans ces ralentis, ces accélérés, ces chapitres consacrés aux chutes en tous genres, ces charges à la bande, ces spectateurs qui se sachant filmés s’adressent à eux-mêmes un salut de complicité ? Le robinet à images coule. Mais pas seulement lui. Car un plus tente de donner à ces rétros un autre statut. En direct, sur la bande sonore, il y a un commentaire, parfois quelques bruits émanant du public ou propres à une compétition. Dans toute rétro, on y ajoute de la musique. Dès qu’il y a illustration musicale, on entre dans le monde de la créativité, même en documentation. La musique est censée « sublimer » le « réalisme » du spectacle d’images et sons directs. Il faut faire rêver, le reportage devenu spectacle de divertissement.
Il ne m’est souvent resté que la fuite, vers France 5, Mezzo ou ARTE, là où l’on peut, même en période de fêtes, recevoir plus que l’eau tiède qui sort du robinet à images des « bêtisiers » et autres « rétros.. »
« Games of Thrones » face à « Downton Abbey »
A saluer d’emblée comme enfin une programmation novatrice et audacieuse sur RTS 2, celle du vendredi 26 décembre 2014 : en reprise, dès 22h40 et jusqu’à vers 02h30, les quatre premiers épisodes d’une série haut de gamme à forte valeur ajoutée en même temps succès public mondial, la fantaisie médiévale puissamment complexe de HBO, « Game of Thrones », qui serait la série championne du monde au nombre de piratages ( pas loin de dix millions ? Faut-il être cul et chemise avec les grandes oreilles américaines pour le savoir ?).

Daeneryss Targaryen (Emilie Clarke), personnage « magique » de « Game of Thrones », invulnérable au feu et à la chaleur (HBO)
Dans le domaine des séries récurrentes, il n’y a que deux attitudes qui respectent leur conception : présenter les épisodes un par un pour faire fonctionner le suspens d’une semaine à l’autre ou choisir la rafale, au moins quatre à la fois sinon plus. En ce sens donc, RTS2 a parfaitement raison. Il est rare de trouver une raison de se féliciter d’une décision de programmation de la RTS, dans le domaine des séries. L’occasion n’est pas ratée. « Games of Throne », série de très, très haut niveau est de même importance que les films de Peter Jackson autour de l’œuvre de Tolkien, les trois « Seigneurs des anneaux » complétés par les trois « Hobbitt ». Et le tir en rafale se poursuit, en nocturne, jusqu’aux premières heures de 2015 !
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Révélatrice programmation sur l’ensemble RTS1 et RTS 2 le 26 décembre 2014 :
De 20h15 21h15
Qui du convivial et régional « Dîner à la ferme » ou du « Davos-Team Canada » attirera le plus de monde ? La proximité ou le sport ? Premier dilemme.
De 21h15 à 22h30 environ.
La série nord-américaine « Motive, le mobile d’un crime » en concurrence avec la coupe Spengler. Deuxième dilemme
De 22h40 à 00h30 environ
Encore un « Motive » de rab, le troisième, avant l’épisode 7 du remarquable « Downton Abbey » seulement vers 23h30 qui affrontent le début de la rafale de « Games oh throne ». Nouveau dilemme.

Downton Abbey – Mary, la comtesse veuve (Michelle Dockary) et deux soupirants, Brendan Patrick (Evelyn Napier) et Charles Blake (Julian Owenden)
Après 00h30
Les derniers résistants hésiteront entre l’épisode 8 de « Downton » et la fin du tir en rafale de « Games op throne ». Il sera alors plus de deux heures du matin
Ma soirée
Hockey-sur-glace au complet, peut-être un bout de « Motive » pour m’assurer de son insignifiance avant de passer au premier épisode de « Games », suivre au complet « Dowston » et … je verrai bien, dodo ou Thrones. Dix plans de « Motive » m’auront suffi pour m’en aller ailleurs, du cirque du Soleil ou d’un festival mondial, de la beauté et de la poésie par fragments, sur ARTE ( 26.12.14 à 15:
Pleins feux (colorés) sur des séries
( Mise en ligne du 24.12.14 à 09h00 : « Downton Abbey »)
Une dizaine de sujets parfois vastes mis en ligne dans ce blog ces deux derniers mois, sur des thèmes associés à l’actualité des programmes (vieillesse, votations fédérales), des problèmes de principe ( emploi du logo rouge, case-horaires des séries), portraits de créateurs ( Picasso, Truffaut), hommage à un grand classique du cinéma (La grande illusion de Jean Renoir), avec bien entendu le reflet d’une forte addiction personnelle pour les séries ( « The Knick », le retour salué d’ « Un village français », un à première vue sur « Masters of sex » ).
Bleu pour vert, noir pour orange, rouge pour rouge!!
Vu, bien sûr, beaucoup de séries, un genre qui continue d’être propice à la fiction créative ! Envie d’y revenir, même en rappels ou avec des remarques parfois brèves ! Volonté d’établir une hiérarchie personnelle, argumentée même brièvement, en feux colorés, bleus souvent, noirs parfois et rouges rarement, ceci pour éviter que le vert-orange-rouge de la circulation routière choque certaines sensibilités. Le rouge pourrait être utilisé pour une bonne partie des séries unitaires que TF1, M6 ou la RTS exposent avantageusement entre 21 et 23 heures, les « Camping paradis », « Castle », « Mentaliste », « Grey’s anatomy », « Esprits criminels », « Léo Mattei, brigade des mineurs », « Motive, le mobile d’un crime », etc, en général des « polars », avec personnages récurrents qui n’évoluent guère d’un numéro à l’autre, des intrigues souvent compliquées et mais résolues en quatre petites dizaines de minutes, plutôt bien faites en général, mais oubliées à peine vues.
Premières listes, en ordre décroissant de préférences, pour des séries sorties depuis mi-octobre 2014 (en gras = présenté par la RTS / )
« P’tit Quinquin » (ARTE), « The Knick », « Silex and the city » (ARTE) , « Un village français »(France 3), « Ainsi soient-ils », « Downton Abbey », « Luther », « Rectify »(ARTE)
Faible représentation américaine actuellement (deux), bonne présence française (quatre) et britannique (deux)!
« La petite Dorrit »(ARTE), « Lilyhammer »(ARTE) , »Masters of sex », « Girls ».
« Motive, le mobile d’un crime »
RTS avec sept mentions, ARTE cinq et FRANCE 3, une !
Une fois par jour en semaine (Silex, à 20h45)), une fois par semaine (The Knick, vers 23h00), en duos pour tous les autres, entre 21h00 et 23h00 ( Arte quatre fois, France 3 une fois, RTS une fois – « Motive), entre 23h00 environ et presque une heure du matin (RTS, cinq fois).
Pas besoin de commentaire; ce sont là des informations !!
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Bleu (très pour)
Downton Abbey
La sixième saison de cette série britannique est en cours de réalisation, le cinquième a déjà été présentée sur ITV en Grande-Bretagne. La quatrième, qui se déroule en 1922, se termine sur RTS1 en duos dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 décembre 2014. Télé Monte-Carlo vient d’en débuter la diffusion, en trio, le 20 décembre et enchainera dès janvier avec la cinquième saison.
On s’est donc installé chez les Crawley dans leur château, depuis 1912, entre aristocrates (« upstairs) et domestiques (« downstairs »). On y évoque politique, classes sociales, fin d’un monde et conflits individuels. Certains personnages féminins commencent à s’affirmer. De grands acteurs, de splendides décors, le mobilier, les vêtements, les meubles contribuent à la réussite. Et la plupart des quarante personnages sont présentés avec subtilité. Ce sera l’objet d’un prochain texte.
L’heure de diffusion
L’heure de diffusion joue un grand rôle pour assurer la liaison entre une création audiovisuelle de haut de gamme avec le public qui s’y intéresse. TMC place la série en premier rideau, à partie de 20h50, programmation plutôt à contre-courant pour une chaîne du groupe TF1 qui ne se livre pas souvent à de très subtils choix qualitatifs. La RTS s’en tient à ce qui semble bien être pour elle une règle qui ne souffre presque pas d’exception : a-t-elle acquis les droits de la projection prioritaire d’une série récurrente de haut de gamme à fort valeur ajoutée qu’elle la « condamne » à passer à des heures tardives où, tout naturellement, le public se fait rare. Après minuit, même « Plus belle la vie », « Top Models y perdraient une grande partie de leur public
Ce vendredi 26 décembre 2014, un record est battu : « Downton Abbey » commence à 23h30 pour se terminer vers 01h30 du petit matin. Il faut en effet faire place, en premier rideau, à trois épisodes d’une série unitaire insignifiante présentée habituellement en duos, aussitôt oubliée à peine vue, « Motive, le mobile d’un crime ». Aberrant ! Ridicule ! Méprisant pour la qualité ! A moins que l’on tienne « Motive » pour qualitativement supérieur à « Dowton », si tant est que la part de marché espérée soit le critère de qualité !!!

Downton Abbey – Deux personnages importants, la douariére, comtesse Violet Crawleyy (Maggie Smith) et la demeure familliale
Mieux servir la qualité
Mais vaut-il la peine de pousser des « coups de gueule » au royaume des sourds et des sourdes obnubilés par le chasse au « grand public » dont on attend qu’il fasse de belles parts de marché ?
Solution il y a : on pourrait présenter à 21h00 un épisode de « Motive » et vers 22h00 un épisode de « Downton Abbey », quitte à proposer à 23h00 une reprise d’une autre série. La moyenne annuelle en parts de marché n’en serait guère affectée !
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Silex and the city
Arte diffuse actuellement la troisième saison de quarante épisodes de chaque fois trois minutes, en semaine, à 20h45, d’après les albums de Jul, éditions Dargaud, adaptés par Jérémie Hoarau et Jean-Paul Guigne.
A la fin de l’an 2014 de l’ère chrétienne, nous en sommes à la troisième glaciation en ayant dépassé la trentaine pour rester en quarantaine. On aura connu « 50 nuances de graisse », passé quelques jours en « silex and sun », bataillé durant « La guerre des Etoiles(de feu), fréquenté une « Néandertaule », assisté à des « Jeux Paléolympiques », dansé au rythme de « New-RocK, New-Rock », baguenaudé sur le « Paléollywood Boulevard » avant l’ouverture du « Festival de Carne » où l’on y présente « Bachirmama mon Zemmour ».
Ces quelques (cha)titres cinématographiquement choisis donnent d’emblée une première idée de l’usage à faire de ce « Silex » dans la ville : on y jongle avec les mots, dans la petite famille des Dotcom, maman Spam, papa Blog, fifille Web, fiston Url et grand’père Julias, absent sur la photo.
En vérité, cela se passe quarante mille ans avant JC, lequel plus tard marchera sur les eaux, dans une vallée qui résiste à l’évolution. Les dessins sont animés avec simplicité et efficacité, tenant parfois de la caricature. La famille Dotcom a reçu d’on ne sait où un don, celui de dévider à la mitrailleuse chaque soir une salve de jeux de mots allusifs impossible à saisir dans leur totalité.
Mieux vaut avoir au moins soixante ans pour comprendre la valeur du compliment comparatif qui suit: « Silex and the city » est aussi génialement savoureux que les ancêtres « shadocks » de Rouxel nés en 68 en leurs deux cents huit déclinaisons.
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Rappel : « P’tit Quinquin »
Un cinéaste d’une extrème et presque hautaine rigueur, Bruno Dumont, que l’on peut inscrire dans la « descendance » cinématographique de Robert Bresson, signe pour Arte la meilleure série de l’année 2014. « Les cahiers du cinéma » ( no 703- septembre 2014), « Positif (no 643 – Septembre 2014), les deux revues les plus exigeantes de langue française, faites par et qui s’adressent à des cinéphiles purs et durs, font entrer la série dans leur ghotta des meilleurs films. Mieux encore : en décembre, chacun des quinze rédacteurs des « *Cahiers » désigne ses dix meilleurs films de l’année. Grand vainqueur, mentionné quatorze fois, « P’tit Quinquin ». La série télévisée d’ARTE, qui aura en principe une suite, vaut à Bruno Dumont de devancer Jean-Luc Godard, Jonathan Glazer, David Cronenberg, Hayao Miyazaki, Lars von Trier, Xavier Dolan, Ira Sachs, Alain Cavalier, Hong Sang-soo, illustres inconnus du grand public des premiers rideaux télévisés.

P’tit Quinquin ( Alain Delfage) et Eve (Lucy Caron), deux des enfants qui se comportent et s’expriment comme de « vieux » adolescents amoureux, (Arte, 18 et 25 septembre 2014, une des meilleures audiences de l’année 2014)
Rappel : The Knick ( A suivre)
Noir( pour et contre à la fois)
Rouge (fortement réservé)
Alain Delon préféré à Jean Renoir sur RTS2
Zapping intime – Raymond Vouillamoz
Vient de paraître, aux éditions Favre, sur trois cents pages, en sept chapitres, avec quatre-vingt sujets écrits récemment ou tirés d’un « journal personnel », évoquant une vie dans un ordre (presque chronologique), les débuts dans la presse écrite comme critique de cinéma, une arrivée à la télévision où le journaliste devient réalisateur, producteur puis responsable de programmes en Suisse, en France puis en Suisse avant de redevenir réalisateur la retraite atteinte. La lecture attentive reste à faire. Entre prometteur et passionnant, parfois provocateur, surtout pour qui sait souvent de quoi et de qui parle l’auteur. Survol et premiers arrêts sur textes suffisants pour recommander ce récit sans langue de bois inscrit à l’intérieur de la TSR. (Mardi 9 décembre – 10h30)
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« La grande illusion » (1937)
« La grande illusion » est un film format normal proche du carré, en noir et blanc, qui date de 1937. Lors de sa sortie, ce fut un beau succès public. Son affiche met en valeur, naturellement, les acteurs alors les plus connus, Jean Gabin, Pierre Fresnay, Erich von Stroheim et Dita Parlo, reléguant en caractères plus discrets Marcel Dalio. Les lieutenants Maréchal, « titi » parisien (Gabin) et Rosenthal d’origine juive (Dalio), sont des personnages plus importants que le capitaine de Boëldieu ( Fresnay) et le commandant von Rauffenstein ( Von Stroheim). En paysanne allemande ,Elsa (Dita Parlo) est lumineuse..
Le sens du titre
Plusieurs interprétations du titre sont possibles, l’illusion en 1916 que la guerre ne durerait pas, que ce puisse être la dernière par la force du pacifisme et la conviction que les classes sociales sont plus importantes que les nations. Il n’est pas surprenant que le film ait été interdit dès 1940 autant en France qu’en Allemagne. Il fut souvent cité, jusque dans les années 70-80 parmi les vingt meilleurs films du monde. Son auteur, Jean Renoir, continue d’être considéré comme un cinéaste essentiel de l’histoire du cinéma. Truffaut, dont on vient de se souvenir trente ans après son décès, a par exemple su reconnaître ce qu’il lui doit. Renoir y dirigeait un autre cinéaste génial, mais maudit, Eric von Stroheim
La parole donnée
Ce film dur, humaniste, généreux, ne montre pas un seul personnage négatif. Von Rauffenstein porte minerve et cultive un géranium à fleur dans sa chambre de commandant d’une forteresse regroupant des officiers prisonniers de plusieurs origines. Ce n’est pas pourtant une bluette sentimentale fade et sirupeuse. Sa bande sonore est tout simplement sublime : elle donne à la mise en scène un espace qui dépasse celui de l’image. Boeldieu et Rauffenstein évoquent un engagement sur parole. Que vaut celle d’un Maréchal, ou d’un Rosenthal se demande Rauffenstein? Elle vaut la nôtre dit tranquillement Boëldieu, seul personnage qui , créant une diversion musicale, accomplira de son plein gré un acte d’héroïsme, qui permettra la réussite d’une évasion. Il fallait bien citer quelques raisons qui permettent de continuer de se sentir bien en spectateur d’un film tourné il y a presque quatre-vingt ans.
Souvenir du bon vieux temps des cinés-clubs
Quand nous étions petits, disons dans les années soixante/septante, dans ce bon vieux temps où les ciné-clubs permettaient de découvrir que le cinéma avait une histoire, jalonnée par des films immenses, « La grande illusion » était un juste objet d’admiration. Et puis, il arrive même qu’aujourd’hui, de jeunes cinéphiles connaissent la grandeur d’un Jean Renoir
Alors, quand apparaît sur un petit écran, coulant du robinet à images ouvert souvent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, par hasard et sans que rien n’attire sur lui l’attention, un film comme « La grande illiusion », il faut en profiter. Ce qui fut fait le mercredi 3 décembre 2104 sur RTS2, mais entre 22h55 et 00h50, en un temps qui égare la moitié du public quand sonnent les douze coups de minuit.

Marcel Dalio, Jean Gabin et Pierre Fresnay, trois officiers français prisonniers des Allemands dans « La Grande illusion » de Jean Renoir ( 1937)
23 :53 : pub !!!
Au beau milieu d’une projection d’un film qui tisse entre le spectateur et le film des liens de sensibilité, de complicité, voici, avec une exquise délicatesse, une plage publicitaire A vous faire détester les annonceurs, qui ne sont pas responsables de cette règle interne qui permet de couper un film par la pub. Les responsables de la programmation devraient parfois prendre l’initiative de renoncer à cette publicité dont le rendement ne représente que le quart du budget annuel de la SSR-SRG. Gâtés, les fidèles de ces publicités suisses si séduisantes dans leur mixture à double culture peuvent alors s’en aller, comblés, au dodo. Les admirateurs de Renoir disposent encore d’une heure pour se remettre dans le film. Ce genre d’interruption est un manque d’élégance. Mais peut-on parler d’élégance quand la RTS ressemble alors beaucoup trop à Tf1 et M6 !
Priorité à Delon
Sans surprise, le chef-d’œuvre de Renoir en noir/blanc qui aurait très bien pu être inscrit dans l’ensemble des émissions rappelant la guerre de 14-18 est rejeté à des heures où les spectateurs sont rares sur la seconde chaîne qui ne représente qu’au mieux le quart de l’audience globale. Bien entendu, à l’heure de relativement grande écoute, entre 21 et 23 heures, place est faite le même soir à un produit de consommation tout à faite courante, « Le battant » (1983), en couleurs, avec un acteur tellement plus important que ceux de Renoir. Alain Delon ne fut grand acteur sous la direction de Luchino Visconti, Jean-Pierre Melville, Alain Cavalier, Joseph Losey, Michelangelo Antonioni, Valerio Zuirlini ou même Henri Verneuil, Jacques Deray, Pierre Granier-Deferre, tous tant qu’ils sont nettement supérieurs au réalisateur de ce « battant » …. Un nommé Alain Delon
Au niveau programmation, dans le choix des heures de diffusion, il serait possible sans se torturer, de faire parfois un petit peu mieux.
Votations fédérales : à chaud…
A propos de sondages :
Dans « Le Temps » de mardi 2 décembre 2014, en page 9, fort intéressant article signé Magali Goumaz et intitulé « Les sondages sont à nouveau cloués au pilori« . L’institut GFS annonçait le 19 novembre 2014 un rejet d' »Ecopop à 56 %; il s’est élevé en réalité à 74 % – 18 % d’écart, largement en dehors des marges d’erreur admises. Sur l’Or de la BNS, on y annonçait 47 % de rejet avec 15 % d’indécis. Le résultat s’est inscrit à 77 %. Certes, il y a un problème avec ces sondages assez éloignés du résultat. Leur accorder une si grande importance, sur les ondes et à l’antenne, mais plus encore dans la presse écrite qui oublie très souvent les marges d’erreur, serait peut-être à « punaiser » au pilori ! ( 02.12.14 à 10H30 – fyly)
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Me retrouver trois fois sur le plan fédéral dans le camp des vainqueurs ? Diable, qu’aurais-je fait de faux ? Suivi, plutôt attentivement, plus de 150 minutes de résultats et commentaires sur RTS1, ce dimanche après-midi 30 novembre 2014. Ce n’est pas la partie commentaire qui retient ici mon attention, mais la manière de les faire.
Trois éléments pour faire passer l’information et analyses personnelles :
- les textes écrits qui défilent au bas de l’image
- le décor
- les déclarations des invités, donc des mots portés par des visages
Les textes
Il ne s’agit pas des mots des invités mais des phrases écrites qui défilent au bas de l’écran. Peut-on être réellement attentif aux deux sources simultanées d’information ? Ce doublon est-il le reflet du « modernisme » ?
Les phrases qui défilent résument les résultats actualisés et la position de certains invités, dans le style « twitter »
Par écrit, la votation sur les forfait fiscaux qui était double à Genève, fédérale et cantonale, avait donné des résultats équivalents. Dans le décor, le non genevois sur le plan fédéral dépassait le cantonal de près de dix pourcent. Contradiction non corrigée !
Remarqué aussi qu’une prévision sur le résultat définitif était donné à des pourcentages arrondis, avec une adjonction « marge d’erreur 2 % ». Tiens, enfin cette indispensable précaution, qui consiste à mettre les informations numériques à leur juste place, dans une fourchette : voilà qui fait perdre tout sens au premier chiffre après la virgule affiché dans le décor.
Le décor
Il est très blanc, avec des rouges barres verticales plus ou moins larges et en mouvement latéraux comme dans le « Téléjournal » ! Elégant, mais les mouvements n’apportent pas grand chose.
Par contre, la couleur est importante. En rouge pâle, les résultats provisoires et des prévisions, en rouge vif, les résultats définitifs. Les couleurs changent au fur et à mesure que tombent les résultats. Mais il faudrait associer au rose des nombres entiers et au rouge vif la précision de la première décimale.
La place centrale est celle de l’animateur : à sa droite et à sa gauche, deux fois trois places. Donc en principe sept personnes en même temps, avec départs remplacés qui permettent ainsi d’élargir le nombre d’invités. Beaucoup plus d’hommes, autour de la dizaine, que de femmes, deux seulement.
Parmi les six, en permanence, un expert scientifique, et un collaborateur de la RTS. Ainsi l’animateur du débat est appuyé par un collègue qu’il peut interpeler. Celui-ci peut intervenir dans le débat et contribuer à le relancer par des questions et des remarques : intéressante contribution.
A «Infrarouge », son animateur ou son animatrice unique, doit souvent se transformer en arbitre d’un pugilat. Dans les « 28 minutes » d’Arte, l’animatrice est assistée de deux collègues et c’est à trois qu’ils font progresser le débat entre leurs trois invités qui n’ont dès lors pas souvent l’occasion de se livrer au plaisir spectaculaire mais rarement porteur d’information du pugilat.
Les mots
Dans ce type d’émissions consacrées à la politique, les invités ont en général la politesse d’écouter les autres sans pourtant mettre leurs idées en sourdine. Les différents commentaires, remarques et interprétations peuvent alors être suivis dans un climat de respect mutuel. On est heureusement éloigné du « ring » qui ferait, croit-on, le charme d’ «Infrarouge ».
La qualité de l’information a finalement tout à gagner de la dignité des comportements des invités. A l’opposé, on peut citer le comportement d’un dénommé Zemmour Eric lors du dernier « Infrarouge » : il ressemblait à un partisan d’Ecopop appartenant l’aile le plus dure de l’UDC. Quelques jours avant un important scrutin en Suisse, sa présence à «Infrarouge » fut une maladresse !
Aurait-on pu, dimanche entre 13h10 et 15h30, se poser le problème de la comparaison entre les sondages d’avant votation qui ont valeur de photographie à un moment donné et des résultats qui furent nettement différents, ? Il serait intéressant de s’interroger sur ce triple grand écart ? Cela permettrait de relativiser les sondages auxquels ont accorde tellement d’importance dans les médias….



























