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De « Game of Thrones » à « True détective »
Lundi 13 juin 2015: dernier épisode de la cinquième saison de « Game of Thrones »: succès ou succès d’estime sur RTS Un? Cinquante mille spectateurs en février 2015 (4 épisodes), cinquante mille en mars (cinq), pas loin de soixante mille en avril (quatre). En mai/juin, y aura-t-il confirmation?
En attendant, même en ayant personnellement un peu perdu pied devant ce blockbuster à multiples excès, un grand bravo à la RTS qui a osé jouer sur le version originale et présenté les épisodes un par un. Et un « hommage » en image:
Et dès le lundi 22 juin, huit semaines durant, la deuxième saison de « True detective », qui n’a rien à voir d’autre avec la première saison que son auteur, Nic Pizzolatto: d’autres lieux, d’autres personnages, d’autres acteurs! Cela suffit pour attiser la curiosité. Les épisodes un par un, en version originale sous-titrée, parfait pour une série récurrente. Aux environs de 22h30.
Une première image d’un nouveau personnage, Ani Bezzerides (Rachel McAdams), une policière inattendue:
Et bien entendu, à suivre!!
LRTV : une « pause » seulement
« Match nul » écrivions-nous le 16 juin 2015 une fois connu la « victoire » du OUI avec trois mille voix d’avance sur le NON. Maladresse, « match » presque nul pas terminé! Il ne s’agit que d’une pause de quelques mois avant la reprise des « hostilités ». On reparlera de « Billag » quand les cent mille signatures souhaitées par le radical romand Nantermod seront atteintes, avec le soutien de l’UDC et de l’USAM si l’on en croit une information qui reste à confirmer. J.F.Rime va s’auto-déchirer pris entre la défense des postes de travail de Billag, avec son personnel installé en bonne partie dans le canton de Fribourg et sa mission de sauver le seize pourcent des entreprises suisses faisant au moins un chiffre d’affaires annuel de plus de un million qui seront ruinées par la redevance nouvelle, dès 2018, plus élevée que l’ancienne.
On annonce aussi une prise de position du Conseil fédéral sur l’audiovisuel de service public ouvrant un « vrai » débat devant les Chambres ( en 2016, 2017 ?). Chic, alors!
L’UDC et Mme Rickli joueront l’attaque. L’USAM restera-t-elle sur le banc ? Nantermod deviendra-t-il avant-centre? Bref, en comparaison sportive, c’est la pause à la mi-temps d’une rencontre de football ou entre le premier et de deuxième tiers d’un match de hockey.
Profitons de ce temps d’arrêt pour un rappel : les partisans du OUI ont poussé un premier OUF de soulagement et ceux du NON trouvé un terreau fertile pour continuer leur combat, non contre la redevance et son prélèvement, mais pour abattre l’audiovisuel suisse généraliste de service public.
Du grain à moudre pour les politologues
Rappelons tout de même quelques faits qui ne sont pas encore expliqués :
+ Pourquoi le NON, tout de même étroit du Tessin, à 52 contre 48, alors que la SSR-SRG accorde 22 % de son budget au cinq-six pourcent de la population de langue italienne ?
+ Les votes des villes furent assez nettement en faveur du OUI ( preuve à l’appui, les résultats dans les capitales cantonales), alors que les NON viennent des campagnes et des petites communes.
+ La Suisse romande a largement contribué à la mince victoire du OUI. Ce serait pourtant une erreur que d’en conclure que tout est pour le mieux dans la meilleure des RTS du monde. On peut, on doit, en discuter. A coup sûr, la RTS peut, doit faire mieux dans certains domaines. Mais ce n’est pas le propos d’aujourd’hui.
L’UDC, l’USAM existent ; pas la « Presse » !
L’UDC existe, elle a fait voter contre. L’USAM existe, sa direction a fait voter contre. La presse aurait, selon certains partisans du OUI, systématiquement fait voter contre. Mais la presse n’est pas unitaire. La « presse » n’existe pas. Il existe des éditeurs – deux d’entre-eux au moins ont pris ou fait prendre position contre la LRTV : Tamedia et Ringier. Ces éditeurs ont été suivis par leurs plus proches collaborateurs, les responsables chefs et parfois sous-chefs des rédactions. D’autres parmi leurs collaborateurs ne se sont pas alignés sur les propriétaires des titres. Notons aussi que bon nombre de journalistes de l’audiovisuel sont restés silencieux pendant la récente campagne.
Il est dès lors intéressant de citer une partie du texte de Chantal Tauxe, dans « L’Hebdo » (Ringier) du 18 juin en page 33 sous le titre « Un dimanche sans vainqueurs » :
« On a artificiellement divisé les journalistes en deux camps, supputant ceux de la presse écrite tous alignés couverts aux ordres de leurs éditeurs « zurichois », et ceux du service public forcément planqués, arrogants et tout aussi alignés derrière leurs chefs suprêmes. On a ainsi insulté toute une corporation dans les moteurs essentiels restent, pour la plupart de ses membres, l’indépendance d’esprit et de devoir critique ».
Assez bel exemple d’indépendance, encore que le « forcément planqués, arrogants et tout aussi alignés… » témoigne peut-être d’un souci exagéré d’équilibre entre « confrères et consoeurs » supposés ennemis à cause de l’antagonisme des « patrons »
Match nul !
Il y a six mois, personne ne s’intéressait à ce référendum contre la LRTV porté par l’USAM, en particulier à travers certains de ses dirigeants membres de l’UDC. Au début de l’année, on a appris en Suisse romande que les gens s’excitaient assez fortement à Zürich. Un sondage de fin mars avançait 47% de non, 43% de oui, 10% d’hésitants avec une marge d’erreur de 3%. Le camp du oui commence alors à s’inquiéter timidement. La SSR-SRG s’est voulue prudemment neutre. Le tous-ménages de l’USAM, baigné de l’esprit des minarets, des moutons noirs à repousser, des contingents à rétablir, brandisssant la future redevance à mille francs,a favorisé le «réveil». Les partis politiques qui ont voté la loi aux chambres sont restés assez prudents, le PDC en principe dans le rôle du leader chargé de défendre. L’USAM et l’UDC se sont unies pour arracher le non.
Quand l’UDC est en campagne, le débat s’élargit et souvent dérape. On parle de tout, de rien et d’autre chose, du salaire de Roger de Weck, des entreprises qui seront sollicitées si fortement qu’elles risquent d’en mourir! L’avance finale du OUI est si faible que le résultat tient du match nul. Soulagement des partisans du OUI! Ceux du NON tout de même fort satisfaits de faire trembler une première fois le «mammouth».
En «Une» sept fois!
Après avoir lu dans le décor du «19 :30» un pourcentage d’abstention qui n’est pas celui annoncé par la journaliste de service, pour en savoir davantage, j’ai décidé de lire sept quotidiens romands ce 15 juin 2015. Coût de l’opération pour ce seul jour: une vingtaine de francs, équivalant à vingt jours de radio et télévision avec la future redevance de 2018!! Voici quelques titres parus en «Une», assortis de remarques à leur propos (ordre alphabétique sans l’article)
24 heures: en grand «La loi radio-TV coupe la Suisse en deux» et en plus petit: «Le vrai débat va commencer dans une grande confusion». Tiens, il n’y a donc pas encore eu de «vrai» débat, réjouissons-nous;
L’Express: «Le oui des romands fait passer la révision de la loi radio-TV» et pour l’édito du red-en-chef «La SSR a senti le vent du boulet»: boulet de saison alors que les chaînes françaises en sont à Waterloo ;
La Liberté: «Le débat sur la radio-TV ne fait que commencer» et pour l’édito du red-en-chef «Le fin de l’âge d’or de la SSR»;
Le Matin: «Redevance moins chère grâce aux… Romands» sur fond noir en deux couleurs, à côté de Ronaldo qui boude Genève avec un maillot portant «Fly Emirates»;
Le Nouvelliste: «La LRTV passe d’un cheveu», mais le Rhône, auquel on dit oui, la R21, face à un non, Melley qui sourit quand Torney perd… de peu sont prioritaires;
Le Quotidien jurassien: «Non très net, oui ultracourt» pour le commentaire principal, discret à côté du «Frontaliers: le résultat est clair», avec une carte de la Suisse en couleurs délavées pour le «Oui très timide du peuple suisse».
Le Temps: «3700 voix d’écart pour la SSR». Donc on votait «pour» ou «contre» la SSR? J’avais crû comprendre qu’il s’agissait d’une votation technique sur le prélèvement de la redevance.
La palme d’or du titre le plus indirectement «polémique» revient au «Temps».
Villes et campagnes
Et un tas d’autres palmes secondaires au même journal, en particulier pour sa carte très méticuleuse des pourcentages par communes ou régions allant du vert le plus vif, pour «plus de 65 pourcent du oui» au rouge le plus sanguinolent pour le oui inférieur à 35 %.
7 cantons ou demi-cantons ont dit oui et 19 cantons et demis ont dit non. Et déjà certains se servent de cette majorité pour soutenir la récolte des signatures anti-Billag. Mais 17 capitales cantonales ont dit oui et 9 non. Curieux! Et si les deux suisses séparées étaient celles des villes contre les villages?
908 communes ont dit NON et 1509 OUI. Il y a donc 2417 communes en Suisse. On apprend tous les jours quelque chose!
«24 heures» publie les résultats commune par commune. Dans le canton, une trentaine pour le non, la plus grande étant celle des Ormonts-Dessus, 206 à 243.
Neuchâtel? 7 petites communes votent non sur 37: record à Gorgier-Chez-le-Bart, 211 à 390. Fribourg, même constatation, toujours des petites communes qui disent non, majoritaires en Singine. Fribourg est un canton bilingue, comme le Valais. Mais «Le Nouvelliste» ne donne pas les résultats commune par commune. A première vue, en consultant la carte colorée du «Temps», le non du Valais semble se répartir équitablement entre les régions linguistiques: petite surprise. Jura? Peu de communes pour le non, et toujours les petites: record à Bonfol, 118 à 125. Jura bernois? 17 petites communes sur 40 disent NON – égalité sur le Plateau de Diessse, 322 -322!
Ce sont là des faits observés. Reste à en comprendre le sens, un travail qui pourrait être celui de politologues. Esquisse d’une explication: plus on est petit et plus on est absent des médias.
LRTV ? Oui, encore !
Il faut bien, entre deux propositions de désintoxication LRTV, s’accorder quelques heures pour saluer «L’ombre des femmes» de Philippe Garrel, «Trois souvenirs de ma jeunesse» d’Arnaud Desplechin, beaux hommages au «vieux» cinéma des années soixante, celui de François Truffaut par exemple, pester contre ARTE qui propose ce jeudi soir de mini-séries comme s’il s’agissait d’un long-métrage de trois heures avec deux entractes et offre le luxe de décevoir avec «D’une vie à l’autre» dont on se demande quel est le sujet, ou suivre les exploits de Timéa (Bacsinsky affublée du cérémonieux «mademoiselle» prononcé par l’arbitre) ou de Stan Wawrinka ( sans «monsieur»)
Mais chassez le naturel du lecteur est inutile: il revient!
« L’Hebdo », 4 juin: questions pour l’avenir
Ancien collaborateur de la TSR, créateur de journaux, «L’Hebdo» en 1981 puis «Le Nouveau Quotidien», en 1991, qui devint partie du «Temps», Jacques Pilet demande «Comment sauver la SSR». Encore que «sauver» pourrait être remplacé par «améliorer»! «Les plus déchaînés des adversaires de la nouvelle loi (…) rêvent de télés commerciales, porteuses d’idéologues droitières et nationalistes. Ils s’en prennent personnellement à Roger de Weck, parce que «beaucoup veulent sa peau». Mais il se peut que «Nombre de ceux qui diront non ne veulent pas pour autant la mort de la SSR». Dès lors, l’occasion est belle de commencer à se poser quelques questions qui sont désormais éloignées de l’objet de la votation: «La télévision doit-elle suivre la folle spirale des coûts dans le monde du sport? La formule 1, par exemple, est-elle indispensable? Vaut-il la peine de se battre si chèrement pour passer des séries françaises avant TF1». La question pourrait aller plus loin, puisqu’elle concerne autant les séries doublées en français que les françaises qui passent sur n’importe quelle chaîne de service public généraliste d’Outre-Jura. Une collaboration avec le presse devient pourtant souhaitable: «Tout le monde y gagnerait, à commencer par le public qui attend du neuf».
«Quoi que décident les Suisses le 14 juin, la SSR devra (…) à la fois mincir et s’améliorer (…) comme tant d’autres entreprises.»
« Le Temps »: 5 juin 2015 – page 11
«Halte au « SSRT-bashing »»: telle est une partie du titre d’une nouvelle contribution de Gilles Marchand. Le dénigrement a atteint, en effet, un pic récemment, avec la parution «d’un tous-ménages». L’USAM, inspirée par le style de l’UDC, et cette dernière, ont ensemble, mené campagne pour le «Non» avec l’appui de grands éditeurs et de leurs proches collaborateurs, les rédacteurs en chef et autres adjoints. «Débattons calmement du service public», propose le directeur de la RTS qui rappelle que l’actuelle offre «correspond, bon an mal an, au mandat qui lui est confié». Et d’ouvrir ainsi quelques pistes: «Discutons de l’avenir de la fiction et des documentaires dans un monde numérique. Réfléchissons au rôle du sport dans un pays multilingue traversé par de multiples identités. Demandons-nous s’il est préférable de parler de culture ou de la produire. Bataillons sur nos mandats, bref, évoquons l’avenir de nos medias». Et alors que très souvent on parle du «grand public» qui se mesure aux parts de marché glorieuses, Gilles Marchand ouvre une perspective nouvelle: «La SSR n’est évidemment pas au service de l’Etat, mais de ses publics». Et ce pluriel est important, car il pose une question rarement prise en compte, la «programmation», chose bien différente de la production des émissions.
LRTV : dernière ligne droite (enfin, presque!)
Le 2ème sondage réalisé fin mai par gfs vient d’être publié. Sur le sujet qui nous occupe prioritairement, la LRTV, il confirme les résultats serrés, avantage au oui en Suisse romande et au Tessin, au non en Suisse alémanique, avantage au oui à gauche et au centre, au non à droite et très à droite, avantage aux oui chez les jeunes, au non chez les aînés.
Sur l’ensemble du pays, on en serait à 47 % de non, 43 % de oui et 10 % d’indécis. Pas trouvé d’information sur le taux de participation!
La RTS a édicté une charte à respecter lors de la publication de sondages. Voici le rappel des exigences qui sont du reste généralement bien respectées:
Les Sondages d’opinion sont présentés non pas comme des pronostics, mais comme des photographies datées de l’opinion publique. Le nombre de personnes interrogées, l’aire géographique, la marge d’erreur de réalisation et le commanditaire sont cités.
En ce jeudi 4 juin 2015, la marge d’erreur annoncée est légèrement inférieure à trois pourcent sur l’ensemble de l’échantillon national. Le résultat reste donc indécis. Il y aura probablement du suspens le 14 juin 2015.
Question théorique à laquelle je ne sais pas répondre: quand on prend en considération un sous-ensemble de l’échantillon total, le Tessin seul par exemple, la marge d’erreur reste-t-elle la même? Il y a très très longtemps, il y avait à “Sottens” une jolie émission “Questionnez, on vous répondra”. Elle n’existe plus. A qui s’adresser pour avoir une réponse à propos des erreurs sur les sous-échantillons?
Le Temps – 4 juin 2015 – page 9
Large présentation du dernier sondage, avec tableau et commentaires, mais sans mention à la marge d’erreur. Sur ce point, la RTS fait mieux que « Le Temps » pourtant bon représentant de la presse écrite. Les dernières lignes du texte d’Yves Petitgnat sont particulièrement intéressantes:
Même si du côté des opposants l’argument qui domine est le fait que le débat sur l’offre du service public n’a pas encore eu lieu, et malgré une campagne virulente en Suisse alémanique contre la SSR, l’opinion est largement favorable au diffuseur public: 18% des personnes sondées se montrent très satisfaites et 54% plutôt satisfaites de la SSR.
Même chez ceux qui refusent la modification, on trouve une majorité de gens contents de la radio-TV publique, 46% contre 43%
L’Hebdo – 4 juin 2015 : pour élever le débat
Avec la redevance à mille balles, le salaire supersonique de Roger de Weck, le risque de payer un même service deux fois, l’inutilité de produire des séries suisses, le débat n’aura pas volé à des hauteurs stratosphériques.
Excellent texte de Guillaume Klossa, écrivain, membre du comité de direction de l’Union européenne, qui remet le débat Suisse en perspective. Exemples
(..) compte tenu des surcoûts liés au multilinguisme*, la future redevance se situera au niveau de celles perçues en Allemagne et en Suède.
(..) nos vieilles démocraties ont plus que jamais besoin de services publics modernes et innovants, qui soient en même temps des institutions culturelles et démocratiques en phase avec nos concitoyens et capables d’évoluer en permanence. La nouvelle loi LRTV contribue à cette ambition, et c’est une bonne chose.

Guillaume Klossa : enfin le retour d’une image pour aérer le texte, « piquée » sur le site de « L’Hebdo »
Mais ce qui me frappe particulièrement en Suisse, c’est le rôle clé de la SSR en matière de cohésion nationale. Institution culturelle et sociale majeure du pays, elle permet en outre aux Suisses de partager des moments communs (…)
(..) la SSR joue, comme la BBC au Royaume-Uni, France Télévisions en France, la RAI en Italie, un rôle majeur dans le financement de la production audiovisuelle et cinématographique nationale (…)
Desintox (ter)!
Selon Larousse, la «désintoxication» est «action de débarrasser des effets nocifs de la propagande». Après «Desintox!» et «Desintox (bis)» ce ter s’impose. Une victoire du OUI le 14 juin 2015 serait tout de même un meilleur tremplin pour amorcer une réflexion sur la radio et la télévision de service public dans un esprit débarrassé de la polémique actuelle.
3 juin 2015: Le Temps, page 7
Titre du jour sur six colonnes: « La redevance radio-TV sera un impôt déguisé ». Encore? Dans le même sens? Pas vraiment, dans la nuance d’un vrai dialogue! A d’excellentes questions d’Yves Petitgnat, il y a de fort bonnes réponses de vaudois Nicolas Leuba, qui avant de s’occuper d’une gérance dirigeait un garage. Et une belle attitude de franchise: avec le nouveau système, son ancien garage lui coûterait 6.300 francs au lieu de 800 environ. Pour un chiffre d’affaires de vingt-cinq millions ce ne serait pas « susceptible de mettre en péril les activités de l’entreprise, Heureusement! ». Voilà qui contraste avec des déclarations d’autres interlocuteurs. Que la nouvelle redevance devienne un « impôt déguisé » déplait à M.Leuba. Mais il reconnaît bien des qualités à l’actuelle RTS: « A mon sens, la SSR doit se concentrer sur ce qui est spécifique à sa mission et pour quoi elle est très bonne: les émissions d’actualité, la culture, le sport et probablement pas sur suisses les séries. Pourquoi produire des séries suisses qui coûtent (…) 20 fois plus que celles achetées à l’étranger.
Parenthèse: on se trouve évidemment bien loin de l’objet de la votation du 14 juin. Mais il ne faut pas résister au plaisir de commenter cette dernière remarque en oubliant la votation un paragraphe durant. Juste appréciation pour l’actualité et le sport, bien généreuse pour la culture, mais hors du sujet pour les séries. Une série achetée aux USA coûte parfois 100 francs la minute. Une série produite par la RTS vaut au moins dix mille la minute, cent fois plus. Mais les danois investissent plus que la Suisse dans leurs séries à l’international succès. Et un petit virage vers le cinéma permet une intéressante comparaison: « Mad Max, fury road » de Georg Miller vaut cent millions de dollars, pour cent-vingt minutes. On est alors dans un ordre de grandeur de 800 mille francs la minute. Il serait intéressant de trouver aussi le coût-minute de « Games of thrones », plus proche de *Mad max » que de « Station horizon ».
2 juin 2015: Le Temps, page 11
Le texte de Jean-René Fournier, Conseiller aux Etats PDC (Valais) s’inscrit dans la mouvance USAM/UDC. Citons-en une partie qui va dans le même sens que le titre: En déléguant au Conseil fédéral la compétence d’adapter les tarifs, c’est prendre déjà quasiment la décision de porter rapidement cet impôt à mille francs pas ménage et par an. La baisse promise de 62 francs par particulier et par an fait figure d’appât(..). Passons: rien de nouveau sous le soleil des perverses intentions prêtées au Conseil fédéral! Chic alors: avec une redevance à mille francs, plus besoin de publicité sur le petit écran; et la SSR-SRG pourra doubler sur toutes ses chaînes de radio et de télévision, sur tous les supports, sa production propre! Le paradis!!
1 juin 2015: Le Temps, page 3
Sous le titre «SSR, le mammouth aux pieds d’argile», on peut lire, sous la signature Sylvain Besson, adjoint au rédacteur: »Alimentée par une alliance hétéroclite d’ennemis (petits patrons, UDC et presse écrite), la campagne s’est transformée en large révolte contre la redevance, voire contre la SSR dans sa forme actuelle ».
Les petits patrons
Parmi ces ennemis, on sait l’importance prise par l’USAM, son président, le romand Jean-François Rime, son directeur alémanique, Hans-Ulrich Bigler. Le tous-ménages apparu récemment, dont la ressemblance tant formelle que d’esprit avec d’autres (sur les minarets à construire ou autres moutons noirs à expulser) contribue à faire croire que l’USAM et l’UDC ne font qu’un. On y apprend que la redevance, à terme, sera portée à mille francs, puisque le conseil fédéral est, cela va de soi, aux ordres des patrons de la SSR-SRG!
Le 16 % des entreprises sont invitées à payer par la suite plus de deux cent millions ( contre une quarantaine actuellement) pour soutenir l’audiovisuel suisse, y compris les chaînes régionales. La redevance pour les ménages peut ainsi baisser de 450 sans TVA à 400 francs. Un transfert de nature sociale!
Quelles entreprises paieront? Le 75 pourcent sera exempté. Le 9% de celles dont le chiffre d’affaires se situe entre cinq cents mille francs et un million réglera quatre cent francs, comme auparavant, du moins pour celles qui étaient déclarées. Dans le 16% restant, combien de «petits» patrons, si tant est qu’une entreprise qui atteint un CA de un million soit encore dirigée par un «petit» patron?
Deux peut-être «petits» patrons ont se sont exprimés à la télévision. Leur contribution, actuellement de l’ordre de deux mille francs passera à plus de quinze mille francs. Mais ce montant sera demandé à des entreprises dont le chiffre d’affaires se situe entre cent millions et un milliard. Pour une entreprise du secteur automobile, il faudrait un million et demi de CA pour former un bénéfice de quinze mille francs. C’est une bien petite marge bénéficiaire pour qui n’est tout de même plus un «petit» patron!
Rappel: quinze mille francs, pour un CA de cent millions au moins, c’est quinze centimes au maximum pour mille francs.
L’UDC
Le 22 mai dernier, dans «Le Temps», remarquable intervention d’un expert, Philippe Viallon, sociologue de l’Université de Strasbourg, qui justifie sa position bien résumée par le titre: «Face à Google et Youtube, les médias suisses n’ont d’autre choix que de s’entendre ou disparaître ». Parmi les adversaires de la SSR-SRG, il mentionne «… l’UDC pour des raisons idéologiques et Natalie Rickli pour des raisons d’intérêt personnel».
Pour Yves Besson, Roger de Weck est «un directeur isolé et amer». Tout serait parti d’une «conférence organisée par la très blocherienne Holding pour la diversité des médias. En Suisse alémanique, la campagne s’est focalisée autour du patron de la SSR-SRG dont Yves BESSON écrit qu’il «… incarne un intellectuel aristocratique, parfaitement francophone et ouvertement favorable à l’adhésion de l a Suisse à l’UE» Une définition qui ne doit pas faire sursauter les pontes de l’UDC. Et on vole en rase-motte en suisse alémanique, en avançant le salaire de Roger de Weck, 560 mille francs.
Parenthèse: le chiffre d’affaires de la SSR-SRG se situe à un peu plus de 1.5 milliard l’an. Celui de la FIFA tournerait autour cinq milliards sur une période de quatre ans. Qui connaît le salaire de l’helvétique patron du football, qui doit dépasser celui de Roger de Weck? A porter au crédit de la SSR-SRG, une certaine transparence.
La presse écrite
Un peu sommaire que de regrouper sous «presse écrite» certains «ennemis» de la SSR-SRG. Il s’agit plutôt de deux grands éditeurs, Tamedia et Ringier fortement implantés en Suisse romande, certes aussi de quelques journalistes, rédacteurs en chefs ou adjoints, proches de leurs éditeurs. Il est vrai aussi que le rendement de la publicité est en baisse dans certains journaux et peut-être sur le petit écran, ce qui reste à contrôler. Des grands éditeurs ont fait tout ce qui est en leur pouvoir, qui n’est pas négligeable, pour empêcher les entreprises de la SSR d’introduire la publicité sur internet. Affaiblir le service public audiovisuel ne va pas automatiquement renforcer les éditeurs de la presse écrite. (A suivre encore un brin!)
Desintox (bis)!
Le premier texte sur la LRTV dans ce blog date du 6 avril 2015! Il signalait l’amorce d’une première polémique au sujet de la SSR-SRG parue dans «Le Temps» sous la signature de Pietro Supino, patron de Tamédia (Le « Temps » de la polémique). Déjà le pot de terre d’un blog confidentiel contre le pot de fer du puissant éditeur!
Des milliers de signes plus loin est venue l’idée de ce Desintox !, titre d’une rubrique qui apparaît régulièrement dans la fort intéressante émission quotidienne de débats d’ARTE, le «28 minutes» d’après 20h animé par Elisabeth Quinn et au moins deux «complices» maison avec en principe trois invités qui ont tous quelque chose à dire sur le sujet du jour, ne serait-ce que pour avoir écrit un livre à son propos.
En fin de l’émission apparaît un court sujet, “Desintox”donc, à partir d’une déclaration publique d’un représentant du milieu politique. On y passe une affirmation à la moulinette pour constater que les informations numériques annoncées triomphalement à l’appui d’une thèse sont au minimum sujettes à cautions. C’est là opération de désintoxication, selon «Larousse», action de débarrasser des effets nocifs de la propagande. Les lignes qui suivent continuent d’être en bis un amical salut à «Desintox».
L’express/l’Impartial – La liberté – Le Nouvelliste – 26 mai 2015
Deux grand éditeurs dominent la presse romande, Tamédia et Ringier. Les éditeurs sont plutôt pour le NON , leurs proches, à la direction des rédactions, peut-être bien aussi. Cela ne suffit pas pour affirmer que l’ensemble de la presse romande suit l’USAM !
Et puis il y a d’autres journaux, encore plus ou moins indépendants. Certes, pour des raisons compréhensibles, leurs collaborations sont fréquentes, dans des pages communes, par exemple lors du festival de Cannes qui vient de se terminer.
Excellent apport rédactionnel que l’entretien croisé conduit par Philippe Castella entre le solitaire président de l’USAM, J.F.Rime, et la porte-parole du OUI, la consillère aux Etats Géraldine Savary, sous le titre Empoignade autour de la redevance. On le trouve en page 33 du Nouvelliste, en page 3 de La liberté, en page 11 de L’express (pas acheté l’Impartial ce mardi), avec les mêmes photos utilisées différemment. Une troisième photo avec Géraldine Savary dans l’Express est remplacée par une pub dans le Nouvelliste !
Face au sous-ménages de l’USAM, l’addition des tirages des quatre journaux ne fait que partiellement le poids. Qu’importe, cette information commune à quatre non-lémaniques est précieuse. On y évoque l’hypothèse absurde d’une redevance à mille francs, deux fois et demi les quatre cents francs annoncés si le OUI gsgne, ce qui ferait passer le budget de la SSR-SRG à environ 3,5 milliards contre 1.5 actuellement, scénario de science fiction « rimenesque »!!
Revenons une fois de plus sur une autre information numérique. Je devrais payer 13.500 fr de redevance pour mes trois entreprises, alors qu’aujourd’hui je paie 1.400 francs, déclare JFR (alias Jean-François Rime). D’où tombent-ils ces 13.500 ? Le tarif prévu par la révision évoque 15.600 francs pour les entreprises dont le chiffre d’affaires se situe de cent millions à moins de un milliard et 6.300 pour celles qui oscillent entre vingt et cent millions.
A chacun son obsession : 15.600 francs ( respectivement 13.500) pour un chiffre d’affaires d’au moins cent millions, c’est encore et toujours au maximum 15.6 (respectivement 13.5) centimes pour mille francs, alors que ce sera 4 francs pour mille francs de salaire d’un ménage qui en gagne cent mille par année.
L’ « effort » demandé aux entreprises ne va pas mettre en péril le quinze pourcent des plus puissantes du pays dont le chiffre d’affaires dépasse un million annuel.
Le Matin-Dimanche, 24 mai
Les partisans du OUI, trop longtemps réservés, se sont enfin manifestés par quelques annonces. En page 30, sur un quart, un texte pour dire «Oui à la radio-tv le 14 juin» avec une centaine de signatures, issues de milieu associés à la création dans un appel lancé par la rédaction de «CultureEnJeu», revue qui n’est pas un tous-ménages!
En page 10, une demi-page avec quatre raisons de dire «Oui à la LRTV» avec au moins deux cents signatures venues de tous milieux, y compris politiques. Pas faciles à lire, ces noms alignés sur toute la largeur; et cela prend bien trois minutes! Mais c’est intéressant!
En page 15, une contribution rédactionnelle signée Christophe Passer consacrée en nuances à Jean-François Rime, sous le titre «Les pieds dans les copeaux de bois, on peu devenir l’ennemi de la SSR», avec photo géante.
Et en première, «ouf» dit le personnage dessiné par Mix&Remix, «Pas besoin de regarder la RTS pour payer la redevance!». Délicieux.
Mais cela ne représente qu’un modeste contre-poids au tous-ménages ci-dessous.
Le journal des ARTS ET METIERS, mai 2015.
Le «Journal des ARTS ET METIERS», le mensuel des PME romandes, vous connaissez? Un numéro spécial de huit pages, daté de mai 2015, vient d’être délivré à tous les ménages. On y proclame haut et fort, entre autres, que la redevance s’en ira chatouiller prochainement les mille francs. Pure hypothèse pour justifier un NON répété à chaque page!
Ca coûte combien, un tel «tous-ménages»? Réponse reçue de M.Jean-François Rime: c’est notre journal! Compris dans le million et demi du coût de campagne annoncé? Pour le seule Suisse romande???
Journée institutionnelle RTSR 2015, 20 mai
La votation du 14 juin sur la LRTV porte sur la redevance et la manière de la prélever, charges diminuées pour l’ensemble de la population compensée par un effort demandé aux entreprises suisses qui font un chiffre d’affaires d’au moins cinq cent mille francs par année. Le montant à la charge des entreprises n’a aucun lien avec la marge bénéficiaire. Pour certaines, les plus grandes, la facture va augmenter.
Entendu lors d’un «19 :30» un chef d’entreprise spécialisée dans la vente d’automobiles signaler qu’il allait voter NON puisque la facture va passer pour lui de deux mille plus de quinze mille francs, d’autant plus douloureuse que la marge bénéficiaire dans ce secteur est petite. Est-ce une tragédie?
Ce sont les entreprises qui font un chiffre d’affaires supérieur à cent millions qui vont éventuellement devoir payer ces 15’600 francs annuellement. Mais il faut profiter de l’occasion pour rappeler qu’un ménage dont le revenu brut annuel est de cent mille francs paiera (paierait?) 400 francs, quatre francs sur mille. 40 mille francs pour un chiffre d’affaire de plus d’un milliard de francs (345 entreprises en Suisse selon une statistique de l’OFCOM, état 2012), cela représente 4 centimes pour mille francs, et de moins en moins si le CA dépasse le milliard. 15’600 francs pour cent millions, ce sont (ce ne sont que) 15.6 centimes pour mille. Mille francs pour un chiffre d’affaires de 1 million, c’est du 1 franc pour mille. Plus grand est le chiffre d’affaires et plus douce la taxe! Et si le NON à la LRTV s’adressait à la SSR-SRG, et pas à la nouvelle redevance?
Ce rappel a été fait en matinée lors de la journée institutionnelle. Comment ose-t-on, avec un accent neuchâtelois, ignorer les difficultés de l’horlogerie dues au franc fort. Ce fut là le commentaire de M.Rime adressé à cette intervention!!
Dans cette campagne, l’argent n’est pas seul en cause. Loin de là! Il s’agit d’autre chose, d’une charge d’une partie de la droite alémanique avec forte présence UDC contre la SSR, relayée en Suisse romande par le président de l’USAM, J.F.Rime. Pour une télévision commerciale privée presque généraliste, au moins en Suisse alémanique. Dans les mains de grands éditeurs? Dans celles d’un riche ancien industriel?
Retour tardif sur « Station Horizon »
Erreur peut-être, que d’avoir laissé mes lectures relatives à la LRTV remplacer ces dernières semaines les réflexions sur la télévision et ses émissions. Il vaut la peine de revenir, même plus d’un mois plus tard, sur «Station horizon», la plus intéressante qualitativement des séries «maison» de ces dernières années, depuis «Dix» diffusée vers 23h en décembre 2010.
Question de goût? Assurément, mais au moins avec tentative d’argumentation. Double retour un peu paradoxal sur l’appréciation qualitative.
« Ca va trop vite ! »
Entendu dire à plusieurs reprises ce reproche, conduisant à renoncer à suivre l’entier de la série. Oui, en effet, cela allait très vite, mais c’est une qualité pour ce type de série récurrente, qui aura tout de même laissé place parfois pour reprendre son souffle. Il y a des personnages assez nombreux pour que les interactions soient fréquentes et variées. Déjà l’écriture devait laisser pressentir cette volonté de «rapidité». La mise en scène, avec souvent de belles idées, a respecté l’écriture, mais sans l’inscrire dans l’esprit du clip qui alignerait en rafale les plans courts. Et le montage aura confirmé cette volonté d’emporter le récit d’un personnage à l’autre, d’un affrontement à l’autre, d’une action à l’autre sans perte de temps. Entre deux actions, quelques utiles rares plans intermédiaires! Bref, une forme de récit haletant réussi comme dans un film d’action qui tout de même reste compréhensible.
Singer les américains?
De la réponse de Claude, le 1er avril 2015, quelques extraits: «J’ai tenu dix minutes et zappé derechef. (..) Doit-on singer les Américains pour obtenir de l’audience? Enfin dommage, une série de ratée.»
Réaction parfaitement claire, dont la partie centrale est le «doit-on singer les Américains». Nous verrons plus bas que le public a suivi, en ayant apporté à «Station horizon» large soutien.
Au générique de «Station horizon», on retrouve certains partenaires de deux films restés discrets, mais qui furent déjà présentés par la RTS, le musicien, les monteurs, un des réalisateurs du «Big sur» et de «All that remains», qui du sud au nord de la côte ouest des USA et du Nord au sud de l’archipel nippon tenaient du road-movie américain, avec quatre personnages usant de la langue anglaise. Pierre-Adrian Irlé s’est pour «Station horizon» retrouvé scénariste, dialoguiste, réalisateur et producteur avec Romain Graf. Des motos, voitures et même camions sont souvent présents. Le paysage de la vallée du Rhône a un côté parfois sauvage qui rappelle celui du western. Dans le cinéma américain de genre, on y construisait des lignes de chemin de fer remplacées aujourd’hui par un chantier d’autoroute. De séduisantes hôtesses dansent dans des établissements où les hommes s’amusent et boivent abondamment.Etc
Rendre hommage!
Oui, «Station horizon» est une transposition dans notre Valais touristique de l’esprit du western, de ses grands espaces, de ses affrontements, de ses excès. Reste alors un problème de vocabulaire: on peut parfaitement dire «singer», comme notre lecteur, là où il y a une toute autre intention, celle de rendre hommage à l’esprit du western, réinstallé dans une société, la nôtre, qui n’a plus grand chose à conquérir et où les conflits sont devenus plus économiques qu’existentiels.
On se trouve avec «Station horizon» nettement au plus haut du milieu de gamme; en espérant qu’un jour la RTS atteigne le haut!
Une bonne programmation
Une série représente, pour une «petite» télévision généraliste comme la nôtre, un imposant investissement, qu’elle ne peut répéter que deux ou trois fois l’an. Mais treize mille francs la minute, c’est modeste par rapport aux moyens des grands pays producteurs, comme les USA surtout, mais aussi la Grande-Bretagne ou la France, ou même plus modestes que certains des pays comparables aux nôtres, comme le Danemark.
La programmation sur la RTS des séries récurrentes ambitieuses est un de ses points faibles, car elle est trop tardive et présentée en duos alors que le principe même de la série c’est le retour jour après jour ou semaine après semaine d’un récit qui se poursuit.
Montrer une série récurrente épisode par épisode, en début du premier rideau, à vingt heures, c’est prendre un risque, là où le téléspectateur romand a habituellement ses rendez-vous avec des émissions d’information. Prolonger le rendez-vous sept semaines durant demande tout de même un brin d’audace. Bien des séries récurrentes de haut niveau ne bénéficient pas de cette bonne exposition, avec des diffusions tardives, comme «Broadchurch», (trois par trois dès 23h) ou encore «Games of thrones» (23h, mais un par un) ou «Boardwalk empire» (après minuit, quand tout le monde ou presque dort!). Mais ceci est une autre question. Ce regrettable principe de programmation n’est pas l’apanage de la seule RTS, France 2 ou ARTE ne faisant pas mieux!
Du côté de l’audimat
Sur cent personnes qui se trouvent au même moment devant la télévision, combien y en a-t-il qui regardent une chaîne en particulier? A l’aide de différentes mesures statistiques, on peut définir un pourcentage, y compris avec marge d’erreur qui n’est pas très souvent indiquée. Cette part de marché permet aussi de calculer le nombre de spectateurs qui ont vu une émission donnée (à noter qu’un spectateur qui ne regarde que la moitié d’une émission compte pour un demi). De telles mesures peuvent inclure les séances de rattrapage sur internet après la diffusion en direct.
Restons-en à une mesure relativement « lisible », le nombre de spectateurs, plus que la part de marché en pourcentage. Mais comment définir une bonne fréquentation, résumée par l’expression de «bon audimate»? Pas facile à définir, ni à comprendre ce « bon audimate ».
En France, chaque jour sur internet , on trouve parts de marché en pourcent et fréquentations en milliers de spectateurs pour les émissions du jour précédent. TF1 reste la chaîne la plus suivie. Celui qui dépasse ou égale l’audience de TF1 est content: il le fait largement savoir. Dépasser TF1 définit le « bon audimate » !!
En Suisse, les informations statistiques ne sont guère rendues publiques. Il est difficile de les trouver, si tant est qu’elles soient disponibles. Impossible de savoir quelle est la moyenne annuelle de la case horaire du samedi soir entre 20 et 21 heures. Donc impossible de savoir si «Station horizon» se situe en-dessous, à la même hauteur ou en dessus de la moyenne annuelle.
Reste alors au moins à comparer les résultats d’émissions semblables, proposées sur RTS Un entre 20h10 et 21h. D’août à octobre 2014, les six épisodes de «A livre ouvert» ont obtenu une part de marché de 24,6 % et une moyenne de 107’000 téléspectateurs. Pour les sept épisodes de «Station Horizon», du 18 février au 11 avril, la part de marché s’inscrit à 25.8 % et le score en milliers à 148’000 téléspectateurs. « Bon audimate »? Peut-être…
Desintox !
C’est le titre d’une rubrique qui apparaît régulièrement dans la fort intéressante émission quotidienne de débats d’ARTE, le «28 minutes» d’après 20h animé par Elisabeth Quinn et au moins deux «complices» maison avec en principe trois invités qui ont tous quelque chose à dire sur le sujet du jour, ne serait-ce que pour avoir écrit un livre à son propos.
En fin d’émission apparaît un court sujet, «Desintox», à partir d’une déclaration publique d’un représentant du milieu politique. On y passe une affirmation à la moulinette pour constater que les informations numériques annoncées triomphalement à l’appui d’une thèse sont au minimum sujettes à cautions. C’est là opération de désintoxication, selon «Larousse», action de débarrasser des effets nocifs de la propagande. Les lignes qui suivent sont donc un amical salut à «Desintox».
La LRTV et les entreprises
Dans «Le Temps» des 16 et 17 mai 2015, en première page, Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef, écrit : (..) la redevance va s’étendre à tous, notamment à l’ensemble des entreprises.
En page 7, Yves Petitgnat, de Berne, rappelle qu’avec la nouvelle loi (..) plus que 75 % d’entre elles, les plus petites, seraient exonérées de la redevance.
D’un document de l’OFCOM, on tire ce qui suit (voir La LRTV en 2h) :
Actuellement, 114 mille entreprises annoncées sur 655 mille, le 18 %, versent près de 45 millions de redevance, environ 400 francs par entreprise. 541 mille entreprises non-annoncées sont ainsi « exemptées »,
Avec la nouvelle loi, 143 mille entreprises sur 572 mille, le 25 %, paieront ensemble un peu plus de 200 millions. Il reste assez mince, «L’ensemble des entreprises»!
Le coût pour mille francs
Avec la nouvelle loi, à une entreprise dont le chiffre d’affaires est de cinq cent mille francs, il en couterait 400 francs: 80 centimes pour mille francs.
Pour un chiffres d’affaires de 5 millions, ce serait 2’500 francs: 50 centimes par mille francs; pour 20 millions, soit 6’300, on descend à 30 centimes par mille. Pour cent millions, 15’600 francs représentent 15,6 centimes. 40’000 francs pour un milliard, c’est 4 centimes par mille francs,
Pour un ménage dont le revenu est de cent mille francs par an, la redevance à 400 francs représente 4 francs par mille.
Pour les entreprises, la charge est une brigade de plus en plus légère et à tout le moins supportable.
Le combat mené par l’USAM et en Suisse romande Jean-François Rime repose sur une question de principe – faire payer des entreprises – qui aurait pu être mis en cause depuis près de quinze ans au moins. S’y lancer en 2015 cache autre chose.
La défense de «Billag»
Pirouette: le texte du «Temps» signé Yves Petitgnat cité ci-dessus a pour titre: «Quand Jean-François Rime veut sauver Billag». Billag? Cette société qui prélève la redevance et pourchasse les mauvais payeurs occupe, à Fribourg, près de deux cents personnes. S’opposer à la nouvelle forme de paiement de la redevance permettrait donc de sauver des postes de travail dans le canton de Fribourg. Dans «L’Express-L’Impartial» et «La Liberté» du vendredi 15 mai, Philippe Castella met aussi en avant Billag, ses emplois fribourgeois et la campagne assez « personnelle » de J.-F. Rime.
Comme légende pour une image, il est écrit (L’Express-L’Impartial): Il faut voter non à la nouvelle redevance radio-TV pour empêcher la perte de places de travail à Fribourg. Tel est l’étrange argument avancé par Jean-François Rime dans un courrier des lecteurs publié par les «Freiburger Nachrichten»!
D’un seul coup, on assure la protection du 75 % des entreprises qui n’ont pas besoin de l’être de la redevance et l’on sauve des places de travail à Fribourg. Les élections fédérales approchent….
Encore la LRTV !
Avertissement: il ne s’agit pas ici de poursuivre l’élaboration d’une revue de presse, mais seulement de rendre compte de quelques réactions après des lectures personnelles qui ne recouvrent de loin pas l’ensemble de la presse romande. (Temps de lecture de ce texte sans illustration sur la base d’un peu plus de mille signes à la minute: environ quatre minutes)
12 Mai – « Le temps »
Alors que partisans du OUI répètent leurs arguments en faveur de la nouvelle LRTV qui propose une adaptation du système de prélèvement de la redevance, le cercle des adversaires s’agrandit. Parmi les invités du journal « Le Temps », M.Raphaël Baeriswyl, avocat genevois, signe en page 14 un texte intitulé « Nouvelle LRTV : une arnaque doublée d’un hold-up ».
Arnaque ? « Internet et les smartphones doivent conduire à la suppression de la redevance ». Hier, la redevance s’opérait par voie hertzienne, prélèvement considéré par l’invité du « temps » comme peut-être adéquat dans le lointain passé. La nature du vecteur a changé( câble, internet, etc). Mais l’arnaque n’est pas « nouvelle » : la LRTV des années récentes d’avant le vote de 2015 en était déjà une !
Hold-Up ? C’est le paiement d’une redevance par les entreprises qui permet d’en parler. L’auteur du «Hold-Up » n’est donc autre que l’Etat lui-même poussé par les politiciens qui ont voté la loi, pour Me Baeriswyl. Il parle donc d’un hold-up quand une entreprise qui atteint un milliard de chiffres d’affaires versera quarante-mille francs de redevance, quatre centimes pour mille francs. Un risque de ruine ?! Et si c’était tout simplement un acte de solidarité, même imposé à de grandes entreprises, pour permettre d’offrir aux publics des produits audiovisuels intéressants ?
Jamais de baisse ! En passant, lu ceci : Le montant de la redevance n’a jamais baissé en dépit de l’accroissement de la population (ce qui est déjà étonnant). L’accroissement des recettes aura permis, au cours des dernières décennies, d’enrichir considérablement l’offre, tant par le nombre de canaux que les heures de diffusions, la qualité souvent présente au rendez.-vous. Et le public romand suit massivement la télévision de 19h00 à 21h00 quand elle propose uniquement des émissions par elle produites !
11 mai: «L’Express-L’Impartial»
Une page entière, dans «L’Express» et «L’Impartial», propos recueillis par Philippe Castella à Berne, permet à Doris LEUTHARD de défendre avec précision et conviction la nouvelle loi en rappelant que «Nous votons uniquement sur un changement de système de perception de la redevance». La titre sur six colonnes résume le dérapage de la campagne: On assiste au matraquage de la SSR»! Mention est aussi faite au football, qui trouve largement place sur les chaînes de la SSR: «Regardez ce qui se passe dans les pays qui ont décidé de sortir le sport du mandat de service public. Il faut payer pour voir un match(…).»
10 mai – «Le Matin-Dimanche»
Dans le cahier sportif du «Matin-Dimanche», Christian Despont, Rédacteur en chef adjoint, s’en prend avec verve au commentateur de service sur RTS 2 lors de la rencontre Juventus-Real. Pour ma part, j’ai trouvé le commentaire de ce soir-là peu intéressant mais me suis contenté de baisser. Et l’éditorialisme de citer la Conseillère fédérale Doris Leuthard parlant de «notre offre sportive» qu’ «il ne faudrait surtout pas laisser aux privés».
Un commentaire jugé mauvais n’a aucun lien avec la prochaine votation. Le vote sur la redevance permet de savantes glissades!
Dans le même numéro, en page 2, lire « SSR, la stratégie victimaire« , l’édito d’Ariane Dayer, rédactrice en chef et en page 5, un texte de Christophe PASSER, « La redevance agite plus les Alémaniques que les Romands ». On y apprend en sous-titre que « Les sondages indécis augmentent la nervosité de la SSR ».
8 mai: «Vigousse»
Dans un éditorial, « Télé la question », Jean-Luc Wenger, constate que certains, comme Pietro Supino, patron de Tamedia, veulent faire maigrir la SSR-SRG en passant par le prétexte de la votation sur la redevance, sans donner de précision sur ce que serait une autre télévision généraliste. Savoureuse, la conclusion: Dès lors, le service public, mieux vaut ne pas en être privé.
8 mai: «Le Temps»
C’est une opération de démontage de la SSR » (page 11)
Yves Petitgnat, à Berne, interroge Raymond Loretan, président de la SSR, en formulant une bonne douzaine de (bonnes) questions, sur trois-quarts de page. Il faut une bonne dizaine de minutes pour lire ce texte, stylo en main pour en souligner des fragments.
Cette campagne se termine le 14 juin, mais il sera possible de voter bientôt par correspondance. Chaque camp peut fournir des arguments pour défendre sa position. Mais il est tout aussi important de s’interroger sur l’argumentation du camp opposé. Il va sans dire que M.Loretan n’a pas besoin de dire qu’il va voter OUI!
Le début de l’entretien porte sur les attaques des opposants, ce «démontage» qui est dans le titre. Il serait prétentieux de vouloir en faire un résumé en 160 signes! Par contre, il est important d’en signaler l’existence, puisque les opposants se sont volontairement éloignés de l’objet de la votation, le mode de prélèvement de la redevance.
Il doit être permis de s’interroger sur ces opposants? A première vue, ils semblent plus nombreux en Suisse alémanique qu’ailleurs. Certains sont proches de grands éditeurs. Il semble aussi que la participation de membres ou de proches de l’UDC soit assez importante. Ils veulent affaiblir la position de la SSR-SRG. Mais pour le moment, on ne sait pas tellement ce que serait « leur » télévision de remplacement, ni qui détiendrait le pouvoir. Les grands éditeurs? Une télé Blocher appuyée sur sa propre puissance financière?
Redevance ou impôt ? Page 14
Dans sa chronique régulière, Marie-Hélène Miauton se demande s’il s’agit de «Redevance ou impôt?». Temps de lecture: environ trois minutes, sur la base de mille signes la minute! Mme Miauton ne met pas en cause le fait de percevoir une redevance ou de faire payer un impôt à tous ceux qui peuvent recevoir une émission de radio ou de télévision, sur les supports les plus variés, pas seulement le « vieux » téléviseur.
Par contre, l’auteure met en cause la taxation des entreprises, citant en particulier les deux mille sociétés qui vont devoir s’acquitter, selon la nouvelle loi, d’«un impôt supérieur à 15’000 par an. Belle somme!»
Il est intéressant de se poser quelques questions au sujet du poids de ce nouvel impôt et de le rapporter au revenu.
Pour un ménage dont le gain annuel serait modestement de quarante mille francs, ce nouvel impôt de quatre cents francs représente dix francs mille francs. Pour un revenu de cent mille, ce sont quatre francs pour mille.
Pour une entreprise dont le chiffre d’affaires est de un milliard de francs, 39’000 francs arrondis par commodité à 40’000 francs , cela représente quatre centimes pour mille francs.
Autre exemple, celui de Mme Miauton: 15’000 francs pour une entreprise dont le chiffre d’affaires d’élève à 100 millions représentent quinze centimes pour mille francs.
Pas de quoi provoquer des faillites!!



