Séries TV

“Les Borgias” contre “Borgia”

Avec des séries comme « Roma », « Les Tudors » et maintenant «Les  Borgias » et »Borgia », la télévision tend à imiter le cinéma en s’avançant vers l’équivalent des « blockbuskers ». Il en aurait coûté 25 millions d’euros pour les neuf épisodes de « Borgia », la version de Canal+.

Cesare Borgia interprété par François Arnaud et peint par Altobello Melone (portrait supposé)

Cesare Borgia interprété par François Arnaud et peint par Altobello Melone (portrait supposé)

La version de Canal+

Un patron de la chaîne française voulait frapper un grand coup, inspiré par la réussite des « Tudors ». Il s’est tourné vers un « Showrunner » américain, Tom Fontana, hier à la tête de « Oz », un véritable créateur qui se retrouve responsable de l’écriture, de la production, des principaux choix dans tous les domaines. La distribution a fait appel à des acteurs de plusieurs pays. Le tournage de « Borgia » s’est déroulé à Prague.

Lucrézia Borgia interprétée par Hallyday Grainger et peinte par Bartolomeo Veneto

Lucrézia Borgia interprétée par Hallyday Grainger et peinte par Bartolomeo Veneto

La version américaine sur la TSR

Dans un premier temps, la chaîne américain « Showtime », qui abordait le même sujet avec le réalisateur Neil Jordan en « Showrunner » soutenu par Spielberg, a recherché un accord avec Canal +. Echec : il y a deux séries sur le même sujet, l’américaine a pour vedette Jeremy Irons, avec tournage à Budapest. « Les Borgias » viennent d’apparaître sur TSR 1 ( dimanches soirs) avant « Borgia » sur Canal+ ( lundis soirs).

Lucrézia et Cesare Borgia : le frère et la soeur; incestueux ?

Lucrézia et Cesare Borgia : le frère et la soeur; incestueux ?

Premières impressions

Premières impressions sur la version américaine choisie par la TSR : costumes et décors sont splendides. Le décorateur venu des « Tudors » fait bien les choses. En 1492, un Borgia d’origine espagnole monte sur le trône papal à la mort d’Innocent VIII. Alexandre VI sera plus un roi faiseur de rois que le chef spirituel d’une église. Jeux de pouvoir, intrigues, violences, sexe s’installent en force dés les premières séquences. Va-t-on vers un manque de nuances ?

Le mariage de Lucrézia Borgia avec le Comte Sforza

Le mariage de Lucrézia Borgia avec le Comte Sforza ! Erratum : comme le fait remarqué Laurent, il s'agit effectivement de lucrezia borgia avec charles VIII. Toutes mes excuses !

Un peu comme « Dexter »

Déjà quatre des neuf épisodes d’environ une heure de la première saison. Le dimanche 23 octobre 2011 passeront les numéros 5 et 6. Je reste pour le moment perplexe face à cette série américaine. Assurément, le spectacle est splendide, par les costumes, les couleurs, la vitalité de la mise en scène, la mise en valeur d’une bonne douzaine ( au moins ) de personnages. Mais l’impression se confirme d’avoir sur le petit écran des personnages souvent tout d’une pièce, sans nuances. L’envie vient d’écrire que c’est grouillant de vie. Mais à quel prix ? A celui de violences, d’addiction au sexe, de morts nombreuses données par les uns aux autres. Bref, un peu comme « Dexter », mais même pas avec le logo rouge : à n’y rien comprendre !

Les Tudors, fin de la saison 3

Le troisième saison des « Tudors », une série canadienne, américaine et irlandaise, vient de se terminer sur la TSR. Par ses qualités, elle s’inscrit dans la lignée des meilleures séries historiques, celles des « Roma » et autres « Deadwood ». On peut même citer des séries qui survolent l’histoire plus récente comme « Mad men » qui se déroule dans les années soixante ou la prochaine production de Martin Scorsese, « Boardwalk Emprire », encore inédit qui évoque les temps de la prohibition. Une autre série, « Les Borgias » prend son élan sur la TSR le 9 septembre 2011. L’écriture de l’Histoire est enrichie par les séries, même si certaines d’entre-elles sont passées à la moulinette de la contestation par les partisans du papyrus.

Portraits de Barbe-bleue

Henri VIII dit “Barbe-Bleue, peint par Hans Holbein le Jeune

Henri VIII dit “Barbe-Bleue, peint par Hans Holbein le Jeune

Incarné par Jonathan Rhys Meyers

Incarné par Jonathan Rhys Meyers

Dans « Les Tudors », d’assez grandes libertés semblent bien avoir été prises avec des faits réels, mais ceci a servi probablement à renforcer ses qualités spectaculaires. Figure principale, Henri VIII d’Angleterre ( 1491 – 1547, son règne débutant en 1509), peint par Holbein, ce Barbe-Bleue raconté par Perrault eut six épouses et quelques maîtresses. Il fut prompt à occire certaines d’entre-elles, son principal souci étant d’avoir un héritier mâle. Il fut aussi efficacement secondé par Thomas Cromwell ( 1485-1540) qui le poussa à se séparer de l’Eglise catholique. Mais celui-ci aura la tête tranchée. Entre bals de cour et couches royales s’inscrivent des combats, des intrigues de palais, une vie de famille mouvementés. Henri VIII se comporte en dictateur sanguinaire assez souvent et parfois en amant sensuel et gourmand. La présence du logo rouge de mise en garde est tout à fait normale.

Thomas Cromwell peint par Hans Holbein le Jeune

Thomas Cromwell peint par Hans Holbein le Jeune

Incarné par James Frain

Incarné par James Frain

Le rôle de l’écriture

C’est là assurément du grand spectacle bien écrit par le véritable auteur de la série, Michael Hirst, à la tête d’une équipe de scénaristes. Le« show-runner » mène le bal. Pas moins de quatre réalisateurs se sont succédés pour réaliser chacun deux épisodes de la troisième saison, mais l’unité visuelle et de rythme subsiste dans la mise en scène. Avec ces séries de haut niveau et ambitieuses, la fiction audiovisuelle donne à l’écriture la place principale comme “auteur”, appuyée par la production et introduit un déroulement dans le temps sur la longueur qui permet le développement de personnages secondaires et beaucoup de subtilité dans les contradictions des principaux.

Henry VIII bien entouré ( mais était-ce dans la série?)

Henry VIII bien entouré ( mais était-ce dans la série?)

Des scènes efficaces

Des soldats achèvent des blessés à coups de pique. Des dizaines de gibets  sont dressés dans un vaste espace herbeux pour mater une révolte des gens du nord qui refusent d’être pressurés par le fisc. Il s’agit alors d’un effet de multiplication numérique. La répulsion physique de la reine Anne de Clèves s’explique par la puanteur de la jambe blessée du roi. Le sensualité perverse de l’adolescente Catherine Howard introduit des moments troublants. Le bourreau mal dans sa peau doit répéter son geste maladroit pour parvenir à trancher la tête de Cromwell, mais la bande sonore décrit alors ce qui se passe en dehors du cadre. Ce sont là quelques fortes scènes. Leur efficacité violente est aussi une des caractéristiques de cette série. Mais l’Histoire même malmenée interdit ne permet pas de traiter les « Tudors » comme « Dexter ».

Après “Les Tudors”, voici “*Les Borgias” sur la TSR

Après “Les Tudors”, voici “*Les Borgias” sur la TSR

Emissions au congélateur

Les images qui illustrent ce texte sont toutes tirées du site www.tf1.fr -cbs). Elles illustrent la série « Dexter ». Ce choix est expliqué à la fin de ce long texte où l’on peut d’ailleurs lire séparément chaque partie introduite par un intertitre.

Une partie du casting de *Dexter” prend la pose

La SSR-SRG se comporte comme une société anonyme. Ses actionnaires sont les payeurs de redevance alors que sponsors et annonceurs sont ses clients. Peut-être que certains proches de l’équivalent d’un conseil d’administration d’une unité d’entreprise souhaitent que ces actionnaires forment un club de gentils membres. Mais la SSR est aussi un service public au service du public qui doit à ses actionnaires une transparence plus grande qu’une SA commerciale ou industrielle. Il arrive qu’une unité d’entreprise décide de ne pas montrer une émission. L’information sur les raisons d’une telle mise au congélateur devrait être demandée par le « conseil du public » de l’organisation institutionnelle et portée à la connaissance de l’actionnariat. Une liste de « surprises » récentes ou même ancienne vaut d’être amorcée.

La bande des quatre

“Dexter” - Saison 2 - épisode 1 - L’ombre d’un doute

A en croire « L’Hebdo » ( 15 septembre 2011 – page 30), un « Temps présent » intitulé « Des parlementaires sous influence », qui aurait du être diffusé le même jour, a été retiré de l’antenne. Le titre est clair : « Pourquoi la TSR a congelé un Temps présent ». L’idée du congélateur est plus intéressante que celle du placard. Le sujet abordait le comportement de parlementaires sous l’influence du lobby des caisses qui assurent contre la maladie mais refusent la caisse unique, repoussée par le peuple à près de 70 % en mars 2007.

Une règle interne veut que du 5 septembre au 23 octobre, 2011 on évite de faire apparaître à l’antenne des candidats à la fonction politique qui fait l’objet d’une campagne électorale. Les responsables de « Temps présent » auraient-ils oublié l’existence de cette règle interne ? L’émission n’est peut être mise au congélateur que provisoirement. On pourra se faire prochainement une idée de son contenu. De plus, l’idée de la caisse unique fait son chemin. On peut supposer que cette mesure de renvoi d’une émission ne les fera pas apparaître comme vaincus par les lobbystes.

Bien entendu, la radio et la télévision fixent les règles qui conduisent à inviter des candidats. L’une d’elle privilégie les quatre partis gouvernementaux, soit l’UDC, le PRL, le PDC et le PS représentés au conseil fédéral. On oublie que Mme Widmer-Schlumpff a été rejetée par son propre parti, l’UDC. Elle ne représente qu’un parti peu important en pourcentage. Dans le « Mégaphone » du mercredi 21 septembre 2011, on fait bon accueil à Yvan Perrin, Christian Lüscher, Dominique de Buman et Alda Marra, représentants de la bande des quatre…partis gouvernementaux.

On aura l’occasion de revenir sur une règle tacite qui ignore le 20 pourcent environ de la représentation politique. Cette même règle conduit à différer une émission (sur la caisse unique) et à faire la promotion d’une autre (mégaphone).

Pas de sursis ?

“Dexter” - saison 2 -épisode 2 - Faire son deuil

La justice prononce parfois une peine assortie d’un sursis. La mise au congélateur d’une émission peut être comparée à une condamnation par le justice.

Une chaîne canadienne vient de sortir un document sur l’accident de Swissair à Halifax en 1998 qui fit plus de deux cents victimes. L’expertise conduite pendant quelques années mit en cause un incendie. Les enquêteurs canadiens semble défendre la thèse d’un attentat. C’est du moins ce que les extraits présentés au « 19 :30 » du samedi 17 septembre 2011 suggèrent. Il semble que la télévision suisse alémanique ait été proche des auteurs de ce document. Mais « Zürich » vient de renoncer à le diffuser, pour ne pas « propager des spéculations ». Pas de version allemande semble avoir pour conséquence« pas de version française ».

Dans le congélateur de chaque chaîne, on doit trouver bon nombre d’émissions qui y furent discrètement déposées, y compris pour cause de médiocrité. Il vaut la peine de jeter un œil dans celui de la TSR. Il y a plus de deux ans, « Temps présent » préparait un document qui avait pour thème plus ou moins central la consommation festive de drogues en établissements nocturnes. Un technicien de l’équipe avait alors pris la décision de passer à l’acte. La presse populaire allait en parler quand la direction de la TSR prit la décision de mettre l’émission au congelateur. Par la faute d’un seul, l’équipe qui travaillait sur le document a été traitée en complice, la peine étant le refus de porter son travail à la connaissance du public. On peut se demander si cette « peine » était assortie d’un sursis !

Le cas « Dexter »

Les policiers tentent d’arrêter le tueur au camion frigorifique (légende TF1)

On peut voir actuellement cette série américaine de six saisons le mercredi soir juste avant minuit, les numéros de sa deuxième saison présentés deux par deux. Comme toujours, nous connaissons mieux les programmes des chaînes françaises que ceux de la SSR en allemand ou en italien. Mais on sait que « Zürich » montre « Dexter » à son public. Pour des raisons d’éthique, la TSR ne montre pas « Dexter ».

Il vaut le peine di citer quelques lignes parues dans le meilleur hebdomadaire d’informations et de réflexions culturelles de France, « Télérama » aux lointaines origines catholiques. :

La deuxième saison des tribulations sanglantes du tueur en série de Miami estt, disons-le tout de suite, magistrale. Installant suspense et humour noir, le rythme reste en effet parfaitement maîtrisé, tandis que la psychologie des personnages portée par l’interprétation très convaincante des comédiens (Michael C.Hall en tête), s’avère de plus en plus passionnante.

En 2007 déjà, lors du festival « Tous écrans » à Genève, nous entendîmes Alix Nicole, responsable de la programmation des séries, affirmer que la TSR ne montrerait pas « Dexter ». Il semble aujourd’hui que la décision avait été prise par le responsable des programmes, Yves Menestrier, choqué par la gratuité du tueur de tueurs en série qui restait impuni tout en pratiquant son métier de policier spécialiste des traces sanguines. Depuis lors, le directeur actuel, Gilles Marchand, semble avoir « couvert » ses collaborateurs, selon « Télétop Matin » du 11.09.2011. On y cite des arguments comme la série ne correspondrait pas « aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre ». Il paraît aussi que la TSR « ne veut pas choquer gratuitement ». Ce genre de remarques vaut pour bien d’autres émissions, ne serait-ce que « 24 heures chrono » avec son efficace justicier solitaire sauveur des USA.

Bref, il y a très longtemps, un film censuré ou interdit en-dessous de 18 ans dans un seul canton romand, le Valais surtout, ne passait pas à l’antenne. Aujourd’hui, deux ou trois personnes décident souverainement de protéger les téléspectateurs romands d’une des meilleures séries américaines actuelles. Ils condamnent « Dexter » à la congélation. Quand prendra fin cette peine dont on ignore si elle a été assortie d’un sursis ?

Le silence du conseil du public

Une femme visiblement aisée est retrouvée morte. Dexter fait bientôt le lien entre la victime et deux autres meurtres : un point commun, le même thérapeute (Légende TF1)

L’organisation institutionnelle, la RTSR, représentation du public, a mis en place un « conseil du public » qui doit s’intéresser tant à la radio qu’à la télévision. Ses travaux se sont déroulés pendant des années en circuit fermé, entre professionnels et « experts » aux relations pas toujours harmonieuses quand l’esprit critique même motivé prenait le dessus. Une parrtie sélectionnée de ses procès-verbaux apparaissait dans l’organe d’information de la RTSR, le « Médiatic » puis sur les différentes versions du site rtsr.ch. Depuis quelques années, le conseil du public rédige des communiqués sur ses principaux centres d’intérêt. On y trouve en particulier les résultats de travaux de groupes de travail qui disposent parfois de documents « top secret ». Le problème de la non-diffusion de « Dexter » aurait fait l’objet de quelques remarques lors d’une récente séance. Certains membres du conseil du public se seraient félicités de cette interdiction faite à une œuvre assurément violente, mais pas plus que beaucoup d’autres.

Le refus de diffuser « Dexter » est une hypocrisie. Ce n’est pas de la sournoiserie comme j’ai fait l’erreur de l’écrire. Mais il serait souhaitable que le conseil du public de la RTSR publie des communiqués qui signaleraient aussi des échanges d’idées contradictoires, avec point de vue majoritaire ou minoritaire. Le silence public du conseil du même nom est regrettable.

En attendant, on peut donc voir « Dexter », entrecoupé de pub au milieu de chaque épisode, sur TF1, qui ménage sa ménagère de moins de cinquante ans en programmant la série à une heure où elle est au dodo. Et il faut rappeler aux responsables des programmes de la TSR que le logo rouge, çà existe. Et que son sens est parfaitement clair !

Killing et Dexter : interdits à la TSR ?

Lourdes charges contre la redevance, crainte de voir la SSR accueillir de la publicité sur ses sites : les attaques contre le service audiovisuel public sont actuellement fréquentes. Pour certains, preuve de sa faiblesse programmatique, les séries, américaines en particulier, sont mises en cause : elles seraient trop nombreuses si elles ne sont pas très coûteuses. Il y a plus de dix ans, dans un dossier paru dans le « Médiatic », nous avions dénoncé la trop grande proportion de films anglophones sur les chaînes généralistes de France et de Suisse, la TSR atteignant alors la cote la plus haute. Elle fut alors dénoncée par un travail universitaire mettant en exergue « La macdonaldisation » des généralistes francophones. Les attaques actuelles s’en prennent maintenant aux séries, toutes confondues, la « galeuse » de la fable d’où proviendrait tout le mal.

“The Killing” : Sofia Grabel dans le rôle de Sarah Lund ( photos Arte)

Le haut-de-gamme

Une série haut-de-gamme se caractérise par la richesse de son propos et la rigueur de sa forme. « T’es pas la seule » n’appartient pas à au haut de gamme. « Dix » s’en approche. La danoise « Killing » et l’américaine « Dexter» en sont.

Sarah Lund et Ulrich Strange (Mikael Birkjean ) durant un interrrogatoire

Les attaques contre les séries ne prennent pas en compte la qualité. Elles surviennent alors même que les milieux de cinéphiles les plus exigeants se rendent enfin compte que l’audiovisuel progresse à travers les séries, mais pas seulement les américaines, surtout dans la temporalité originale de leur construction. « Les cahiers du cinéma » ( no 669- juillet/août 2011) viennent de saluer un grand créateur, J.J.Abrams, lors de la sortie de son film « Super huit » assurément, mais aussi pour son travail de « showrunner », de directeur de l’écriture de séries comme « Lost » ou « Fringe ».

« Positif » ( no 607, septembre 2011) consacre un solide dossier d’une trentaine de pages aux séries américaines, comme « True blood », « Mad men », « Lost », « Fringe », « Dexter », etc. Comme par hasard, ce sont là des séries presque toutes affublées du logo rouge par la TSR et présentées en fin de premier rideau ou carrément en nocturne.

Il serait pourtant surprenant que les charges à l’aveugle contre les séries prennent en compte les qualités. Toutes dans le même sac de réprobation, le pire et l’anodin comme le meilleur du haut-de-gamme ! A-t-on jamais vu des censeurs donnant dans la finesse ?

Sarah Lund ne croit pas à la culpabilité de Hussein Kad Marii (Ramadan Huseini ). La lumière de cette image donne une assez bonne idée des éclairages de la série

Le danois « Killing »

Pour voir « Killing », il faut s’installer sur Arte cinq mardis soirs depuis le 6 septembre 2011. D’Arte, on dit parfois que tout le monde en parle sans jamais la regarder. La TSR tient à programmer des séries avant les différentes chaînes francophones. Arte vient de lancer la deuxième saison d’une série danoise qui a su retenir l’attention de plus du tiers de tous les danois qui ont suivi Sarah Lund lors de son enquête sur le meurtre d’une étudiante. La deuxième saison va tenir les promesses de la première après la découverte du corps d’une brillante architecte. L’étrange Sarah Lund entreprend une nouvelle enquête.

L’incursion du politique dans un “polar” : Le ministre de la Justice Buech (Nicolas Bro, au milieu) et à sa droite le secrétaire d’Etat Plough ( Preban Kristensen)

Puisque personne ou presque, paraît.-il, ne regarde Arte, pourquoi diable la TSR ne présente-t-elle pas cette splendide série, qui raconte une enquête passionnante, décrit le travail de polices et de la justice, plonge dans des milieux inattendus (l’armée danoise en deuxième saison), ne craint pas de faire incursion dans les hautes sphères du pouvoir politique avec ses confrontations ?

« Dexter »

Il est tout de même regrettable que le téléspectateur suisse sache si peu de choses des deux chaînes nationales linguistiques qui emploient une autre langue que la sienne. Peut-être est-il en effet exact que les séries en particulier américaines soient moins présentes en Suisse alémanique qu’en Suisse romande. « Dexter » passe sur l’antenne d’Outre-Sarine sans le moindre problème. La série semble bien le devoir aussi à ses qualités.

Michael C.Hall prend la pose promo dans “Dexter” (photos TF1)

« Dexter » ne se réduit par au travail sordide d’un policier qui agit seul pour punir de mort violente sanguinolente et sordide des tueurs en séries restés impunis. Il est préoccupé par sa sœur, qui appartient elle aussi à la police où elle connaît des difficultés. Il s’occupe aussi attentivement des deux enfants d’une compagne avec laquelle tout n’est pas harmonieux. Son comportement solitaire trouve des racines dans sa petite enfance où il subit les perturbations nées d’un père autoritaire. Un de ses collègues de travail le soupçonne, pour le moment sans preuve, d’être lui aussi « tueur en série ». Et Michael C.Hall est un crédible Dexter Morgan après avoir été le compliqué frère homosexuel de la famille de croque-morts de « Six feet under »

Debra Morgan, la soeur de Dexter, interroge un témoin

« Censuré par la TSR »

TF1 dispose des droits sur « Dexter » mais aura tardé à les utiliser. La deuxième saison vient de débuter pour quelques mercredis soirs tardifs. La TSR n’a peut-être pas trouvé d’accord avec sa nouvelle concurrente publicitaire pour une diffusion en avant-première. Une collaboratrice de la TSR a fait savoir que ce sont des raisons morales qui conduisent à ne pas diffuser cette série. Les mêmes raisons eussent été valables pour « 24 heures chrono ». Il paraît même que « True Blood » qui atteint des sommets dans le gore, est moins dangereux que « Dexter » puisqu’il s’agit de vampires, de fées, de loups-garous, d’humains. Seulement, une interprétation possible de la série peut s’en aller du côté des Sudistes contre les Nordistes et de ceux qui oscillent entre les deux camps.

Une main dans la main d’un collègue de Dexter

Mais le rejet de « Dexter » est plus ancien. Il est le fait du responsable de la programmation en 2006, Yves Menestrier. La collaboratrice de la TSR ne fait qu’appliquer une décision ancienne et la défendre.

Oakes, le policier noir qui se méfie de Dexter, avec une victime.

« Délivrance », lointain souvenir

Me reste en mémoire, peut-être dans un certain flou, une déclaration d’un ponte de la TSR au début des années septante affirmant que, au grand jamais celle-ci montrerait un film comme « Délivrance » de John Boorman. Le film n’est-il jamais arrivé depuis lors sur notre antenne ? On doit avoir oublié l’ancienne déclaration. Une décision prise il y a cinq ans devrait pouvoir être revue. Interdire d’antenne *Dexter” revient à un geste de censure sournois et hypocrite. Même en 2011 !

Séries : les meilleures restent américaines !

En noir, le texte de la semaine. Puis trois stations, trois textes en rose coincés entre deux images pour saluer en passant trois séries d’un excellent niveau, l’ancêtre  « Colombo », « Nurse Jackie » et « Californication », les deux dernières tardivement diffusées sur la TSR avec le logo rouge qui met en garde contre l’amour et jamais contre la mort par violence.

Quel est le meilleur cinéma au monde ? Pendant le deuxième tiers du vingtième siècle, la réponse était : l’américain, parfois accompagné d’un « hélas » ! Puis vinrent des nouvelles vagues européennes ( France et Tchécoslovaquie), les découvertes asiatiques (Chine et Hong-Kong, Corée du sud). Certes, en même temps apparurent un peu partout de grands auteurs.

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C O L O M B O

Le lieutenant Colombo vient de disparaître en même temps que Peter Falk ( 1927-2011). Mais le personnage continuera d’enquêter dans un pilote de 1971, les 43 épisodes d’une première période allant de 1971 à 1978, en rafale, puis 25 d’une seconde plus longue, de 1989 à 2003, pour finir au rythme d’un seul par année. Chaque fois la même structure : le spectateur assiste au meurtre, comprend très vite qui est l’assassin, généralement de milieu de bourgeoisie d’argent. colombo va prendre son temps pour confondre le criminel qu’il découvre rapidement. Il sera revenu plusieurs fois pour une dernière question pleine d’à propos. Derrière son air un peu absent, il est d’une efficace perspicacité, malgré son imperméable délavé et sa Peugeot décapotable dont on se demande comme il se fait qu’elle ne soit pas en panne.

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Depuis une dizaine d’années ? L’important vient des séries. Sur grand écran, les numéros se suivent, à dépasser la vingtaine chez James Bond, s’arrêter à sept avec Harry Potter. Le numérique s’est substitué à la vidéo et à la pellicule. La puissance financière des chaînes de télévision à péage a accentué la présence des séries à l’évidente créativité, brisant l’unité du film d’une centaine de minutes pour offrir la régularité des rendez-vous. Les auteurs américains ont repris le dessus, avec « Les sopranos », « Deadwood » et actuellement « Mad men ». Cela se passe sur le petit écran !

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N U R S E    J A C K I E

Nuse Jackie

Aux states, la 4ème saison est en cours de tournage, sortie prévue pour 2012. Encore un “médical”, dirons les réfractaires. Oui, mais pas au niveau des médecins, spécialistes ou généralistes. Avec une infirmière, et pas n’importe qui, Edie Falco, la Carmela Soprano qui ne s’en laissait point souvent conter par son mari. Une série peut aussi être portée par une actrice qui aura connu des pics de carrière pour le petit écran. Avec les premiers numéros, on pouvait craindre une imitation du « Dr House », avec une Jackie forte mais bourrée de médicaments oscillant  entre sa famille et son amant pharmacien de l’hôpital, en conflit avec le dr Cooper. Foutu caractère, grande professionnelle, femme malmenée, Jackie est un personnage solide dans une série qui s’impose lentement. Bien entendu, elle est affublée du logo rouge romand et  se fait attendre en nocture le dimanche soir.

Nuse Jackie

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N’importe quelle chaîne peut s’offrir de telles séries pour un prix abordable ( cent francs la minute pour la TSR, chez laquelle la fiction maison demande un investissement de huit mille francs pour la même durée). En même temps apparaissent des attaques générales contre ces séries américaines envahissantes, comme si toutes ressemblaient à « Top models ». Les meilleures séries souvent provocantes, abordant de front des sujets que le cinéma oublie, bien portée par des interprètes (tel Hugh Laurie en Dr House), sont diffusées en fin de soirée, par groupes de deux ou trois, affublées d’avertissement ( comme le logo rouge). Le meilleur est réservé aux noctambules : dommage !

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C A L I F O R N I C A T I O N

Californication

Il aime sa femme. Sa femme l’aime. Mais il ne peut pas s’empêcher de faire partie de jambes ou autres en accrochant tout ce qui passe à portée de main, dans une évidente bonne humeur. Son ex-femme fait tout pour le protéger, y compris en intervenant auprès de son avocate qui doit le défendre dans le cas d’une coucherie avec une mineure.`

Californication

Savoureuse séquence (dimanche 03.07.2011) au cours de laquelle Hank, son ami Charlie proposent à Showtime, la chaîne qui produit “Jackie” et “Californication” une sordide série facheusement porno, devant une affiche de “Nurse Jackie”.

Bien entendu, diffusion tardive le dimanche soir, appuyée par le logo rouge tentateur. Il est vrai que les scènes de copulation sont nombreuses, entre partenaires joyeusement consentants. Le logo rouge, rappel à faire, met en garde contre l’amour !

“24 heures chrono” : c’est fini !

Un grand succès ?

Huit saisons, vingt-quatre épisodes par saison, deux cents fois une heure, Bauer chaque fois présent : sur la TSR, fin de la 8ème . Il n’y aura pas de 9ème. Aux USA, l’audience moyenne évoluait entre onze et douze millions. Autrement dit, sur cent Américains, quatre pour la série. Sur deux millions d’habitants, cela donnerait quatre-vingt mille en fin de soirée : c’est beaucoup.

Google comme instrument de mesure ? »

Peut-être devrait-on « apprendre » à se servir d’un autre indice de succès. A plusieurs jours d’écart, tapé sur « Google » un simple « 24heures chrono ». Reçu chaque fois pour les pages en français environ un million deux cents mille. Passé à « pages suisses, « on s’en tire aux alentours de quarante mille. Ces résultats semblent bien, par leur ordre de grandeur, être indépendant du jour. Il doit y avoir une indication dans cette régularité. Une piste à suivre pour comprendre le sens des réponses.

Joué aussi d’un « 24 heures chrono – lexpress – retines », aussi à quelques jours d’écart : autour de neuf cent réponses. Il faudrait beaucoup de temps pour passer en revue ces nonante pages. Bornons-nous trois premières : cela fait tout de même une douzaine de citations, y compris en passant par l’indication « rtsr ».

L’histoire en quelques lignes

Et voici la photo de famille, Jack Bauer, bien entendu, au premier rang devant les autres et New-york

Des terroristes attaquent sous diverses formes les USA. Leurs origines ? Russes, chinois, islamistes, arabes, africain (un dictateur) ; et des ennemis intérieurs américains ! Le gouvernement résiste, autour de la présidence, qui fut noire (avant Obama), féminine (ressemblance avec Hillary Clinton), traîtresse (Logan fait penser à Nixon), généreuse ( Kennedy pas oublié, à travers David Palmer ou Allison Taylor) . Une partie de la protection du pays est assurée par la Cellule antiterroriste, aux cadres parfois modifiés pour des raisons politiques. Parmi eux, un électron libre, Bauer, qui a presque toujours raison contre tous.

Cà ressemble à une affiche. Jack Bauer tire;une fois !

Le temps réel comme un match de football en direct!

Une idée de génie : construire chaque épisode comme s’il se déroulait en temps réel, soixante minutes avec génériques de début et de fin et emplacements pour la pub aux USA. Il en reste quarante pour le récit. Cela ressemble à une mi-temps de foot en direct ! Tout est mis en œuvre pour que ce temps réel semble plausible, à force de haute technologie ou d’image relatant en simultané, deux, trois, quatre scènes différentes, l’heure indiquée à la seconde près. Au dernier top, le suspens est à son comble ! Si bien que l’on devra revenir l’heure suivante..

Jack Bauer tire, deux fois ! Mais c’est durant la saison 7 !

Le règne de la fiction

Mais il se passe tellement de choses en une heure « réelle » qu’un sentiment de complète fiction s’installe. Chaque numéro permet de retrouver Bauer en action, les enquêtes de la Cellule, la situation politique selon la présidence, le comportement des terroristes. Les images multiples parent au plus pressé pour rappeler ces quatre niveaux du récit.

Sur le grand écran, il faudrait un long-métrage pour entrer dans le détail de ce qui se déroule sur le petit en une heure. Et le film serait du genre trop dense. Bauer est souvent malmené, même physiquement. Dix minutes du temps réel plus tard le voici à nouveau totalement efficace, comme si rien ne s’était passé. Miracle de la volonté des scénaristes plus que de la plausibilité médicale !

Ou bien, durant les huit saisons, une bonne centaine de personnages d’une importance non négligeable se seront succédés. Mais la moitié d’entre-eux est décédée. Donc dans ce temps réel, en huit jours, il y a cinquante morts, six ou sept par jour. Immense hécatombe, de pure fiction.

Mais cette combinaison du temps réel comme celui d’un match de football en direct et d’une accumulation d’événements plus spectaculaires les uns que les autres est une des réussites de la série qui fascine par son rythme sans épuiser.

Kiefer Sutherland joue Jack Bauer qui tire; trois fois !

Le justicier solitaire

Dans la réalité, le justicier solitaire est un marginal. Dans la fiction, il représente celui qui ne connaît aucune limite à son action, toute entière tendue vers ce qu’il décide être juste, envers mais surtout contre tous. Dangereux, cet électron libre !

Un observateur a relevé une soixantaine de séances de tortures diverses durant cinq saisons. Douze par saison, une toutes les deux heures. Autrement dit, la torture au quotidien à haute fréquence : encore une preuve de pure fiction. De plus, ces scènes de torture sont souvent efficaces. Donc l’efficacité pour sauver des vies ou protéger la patrie justifie la torture ! Pas très moral, tout cela. En plus, cet éloge de la torture efficace ne correspond pas à la réalité, surtout si elle se déroule dans un très court laps de temps. Il faut du temps pour arracher des aveux. Ceux de « 24heures » arrivent en général au bon moment pour relancer l’action.

Force est dès lors de prendre grande distance à l’égard de Bauer, comme des auteurs de la série qui se laissent aller à cette éloge de l’efficacité. Moralement inacceptable. Seule excuse dès lors : nous naviguons en pleine fiction.

 

Jack Bauer en arrive même à menacer Chloé; mais il ne tirera pas !

Mais « 24 heures chrono »,, c’est de la grande, très grande télévision spectaculaire haletante.

“Mad men” : fin de saison en toute fin de soirée

Des diffusions bien tardives

D’une manière générale, en pays francophones, les chaînes de service public généraliste ont une tendance assez fâcheuse, repousser en fin de soirée leurs séries de fiction les plus ambitieuses, celles où le cinéma et la télévision font bon ménage. Même ARTE tombe dans ce travers avec le curieux et nouveau « Xanadu » ( samedis 22h30 ) ou la reprise de « Twin peaks » ( mardis 22h30 ). La TSR lui fait mieux que concurrence avec « Mad men » ( dimanches près de minuit), « Millénium » ( mercredis près de minuit), « Californication » ( jeudis près de minuit), « 24 heures chrono » ( vendredis vers 23h00 en double ). Et ce ne sont là que les heures de début des diffusions !

“Mad men” aura remis à la mode de 2011 la mode féminine américaine du début des années soixante. Roger Sterling (John Slattery) et Don Draper (Jon Hamm) sont aussi d’une extrême élégance, avec ou sans gilet…

Le téléphage téléphile, donc désormais cinéphile aussi, est un noctambule ou un insomniaque ; peut-être les deux à la fois ! Positif tout de même : la possibilité de revoir sur le web, hélas encore trop rarement, parfois pendant au moins sept jours l’une ou l’autre de ces émissions tardives à l’heure de son choix ! Dans un journal, les pages « pointues » sont à disposition de tout un chacun au même moment, donc n’importe quand. Lourde, la programmation de la télévision !

La richesse des meilleures séries

Dimanche 15 mai, sur TSR1, fin de la deuxième saison, avec « Prise de conscience » ( 23h30 environ ). Une minorité attend donc la troisième. Un rappel s’impose : « Mad men » s’inscrit dans la lignée des meilleures séries incontournables, les « Twin peaks » « Roma », « Tudors », « Deadwood », « Sopranos » qui sont de riches témoignages sur l’Histoire et en même temps de généreux divertissements qui apportent aux citoyens et consommateurs d’intenses plaisirs.

Révélatrice, cette image du personnel de l’entreprise Sterling-Cooper. Places bien prises devant ces messieurs, à gauche Joan Hamm ( Christine Hendricks) et à droite Peggy Olsen (Elisabeth Moss), “preuvc” par l’image de l’importance des personnages féminins, nettement moins “tordus” que les masculins, mais pas toujours

Octobre 1962 : James Meredith entre à l’Université du Mississippi

« Riche témoignage sur l’Histoire » : l’affirmation est un peu catégorique si elle correspond à la réalité. Il vaut la peine de citer au moins un exemple. La deuxième saison se déroule de la Saint-Valentin 1962 à la crise de Cuba et des fusées soviétiques en octobre. John Kennedy ( 1917-1963) est président des Etats-Unis depuis le 20 janvier 1961. Il prend clairement position contre la ségrégation raciale. L’Université de Mississippi reçoit l’ordre d’accueillir son premier étudiant noir, James Meredith. Mais il lui faudra une forte escorte policière le 30 septembre pour faire son entrée dans l’enceinte universitaire. Le Mississippi est un des Etats les plus ségrégationnistes. Des incidents éclatent qui font deux morts. A plusieurs reprises, le président Kennedy est intervenu sur l’égalité des droits, y compris par des discours télévisés.

Pete Campbell (Vincent Kartheiser, à droite) est de retour de Los Angeles où Draper est resté pour des raisons personnelles. Il est petit, en apparence modeste, mais arriviste terriblement ambitieux et efficace. C’est un personnage fort de “Mad men” exaspérant mais finalement attachant.

L’oreille distraite du personnel de Sterling-Cooper

Ce rappel est plus complet que l’allusion qui est faite dans « Jet set » ( onzième épisode de la saison 2). La scène apparaît aux environs de la quarantième minute. L’équipe de l’entreprise Sterling-Cooper est réunie alors que Campbell revient de Los Angeles. La radio parle d’émeutes. Sur le petit écran, en arrière champ, on voit Kennedy prononcer un discours dont on n’entend que de bribes. Les publicistes ont certes d’autres choses à faire que de s’intéresser à la politique. Ils ne prêtent qu’une oreille dite discrète à ce problème de l’anti-ségrégationnisme. Mais un événement important pour l’évolution des USA sous la présidence de Kennedy est rappelé, même si le milieu professionnel ne s’y intéresse guère.

A plusieurs reprises, les scénaristes de « Mad men » choisissent de telles scènes pour remettre leurs personnages d’une fiction plausible dans le contexte historique du début des années soixante. Il suffit de pas grand chose pour que qu’un événement politique important soit évoqué, même si l’indifférence des protagonistes du récit est presque totale, indication précieuse aussi sur le comportement d’un groupe social américain.

Le plaisir de revoir “Twin Peaks”

Plaisirs des retrouvailles…

On commémore, ces jours, les dix ans de la télé-réalité, versant devenu sordide, associés à l’apparition de « Loft story » ou les vingt ans de l’irruption d’un ovni dans l’audiovisuel, « Twin peaks ». Qui veut du pipolle se souviendra de Loana au bain : je passe ! Combien plus important pour son esprit de créativité, ce « Twin peaks », ( en reprise sur ARTE les mardis en fin de premier rideau jusqu’en juin), source de plaisir, comme le sont aussi les « Maupassant » ( retour de la 3ème saison sur France 2 quelques mercredis durant) et la présence même trop tardive de la fascinante et étrange équipe enfumée dans les années soixante du « Mad men » ( TSR1, dimanches fort tard le soir, mais heureusement disponible sur le web durant sept jours).

Une image de Mad men - la préparation d’un prochain mariage dans l’épisode no 11 de la deuxième saison, “Jet set”

Mais qui a tiré sur JR ?

Qui rappelle que David Lynch et Mark Frost transcendent le côté soap-opéra de « Dallas » a raison, même si ce n’est pas immédiat. Une ville américaine, avec son côté propret, ripoliné, mais bien vite derrière les apparences, de sombres histoires, des comportements sordides, sous de grands chapeaux de gardiens de vache. Mais qui a tué Laura Palmer ? n’est pas la première question ainsi formulée. Elle est bien proche du « Qui a tiré sur JR ? » du « Dallas » des années 80 ( lequel JR reviendra, par la vertu des scénaristes qui ne craignent surtout rien. Ce « Dallas » n’était même pas un hasard. Cinquante ans plus tard, une question n’a toujours pas trouvé de réponse, qui a tué John Kennedy, à Dallas, en 1962 ?. On se retrouve ainsi dans l’histoire récente. Et on aperçoit en Laura au bord de l’eau la lointaine Ophélie noyée d’un Hamlet de Shakespeare.

Laure Palmer dans son linceul - un ange !

Harry S Truman

Tel était le nom du 33ème président des USA qui succéda en 1945 à Roosevelt. Donner ce nom au shérif de Twin Peaks, le « S » y compris, n’est ni un hasard, ni même un gag. On sent tout de même, sourire en coin, une volonté d’humour à travers cette allusion au super shérif qu’est tout président des USA « Twin peaks » a donc plusieurs raisons d’être bien enraciné dans son passé.

Tous coupables

Retour brutal au présent. Laura est bien morte, corps bientôt autopsié, apportant de bien bizarres informations. Sa meilleure amie surgit, blessée, sur un pont de métal.

Cooper qui aime tant les tartes, s’inspire de la spiritualité du Tibet, ne croit qu’à la force de son intuition, dicte des rapports secs à sa secrétaire lointaine, va vite sentir que le vrai coupable, c’est peut-être n’importe lequel parmi la cinquantaine de personnages. On apprendra peu à peu que Laura Palmer se droguait, trafiquait, avait un comportement sexuel assez trouble. Tous coupables, criera un proche de Laura, mais pas du meurtre d’une innocente. N’importe lequel de ceux qui assistent à l’enterrement de Laura aurait pu tuer Laura Palmer pour une bonne raison.

Tous coupables potentiels, ceux qui assistent à l’enterrement de Laura Palmer, et les autres qui ne sont pas dans l’image

Les descendants

Même au niveau anecdotique, on peut diriger l’attention vers ce qui sera la descendance de cette formidable aventure d’énergie créatrice audiovisuelle que fut « TwinPeaks », l’équivalent en temps et en inventivité de quinze longs-métrages de cinéma. La série donna la preuve que « la télé peut voir grand », selon cette heureuse formule due à Guy Astic ( cité sur l’excellent site consacré par Arte à « Twin Peaks » )

Kyle MacLachan, l’agent Cooper, qui sera plus tard donc le mari de Bree, avec le shérif Harry S Truman

La petite historie veut qu’une première version de «Desperate housewives » ait été proche dans son esprit de « Twin pekas », Wisteria Lane regroupant sur son espace réduit tous les plus habitants observés dans la ville de cinquante mille habitants de Lynch. Pour Guy Astic, les épisodes nos 1, 3, 9,10, 15 et 30 sont plus importants que les autres pour avoir été réalisés par Lynch lui-même. Il a peut-être raison, mais j’avoue n’être pas encore assez imprégné par la série pour m’en rendre compte. On peut toutefois relever un élément anecdotique : l’acteur qui joue Orson Hodge, au passé à tout le moins trouble et que Bree, veuve Van de Kamp née Massib épouse n’est autre que Kyle MacLachlan, l’étrange enquêteur de « Twin Peaks ». Vraiment un hasard ?

Un récit « épican »…

*Twin peaks » est aussi un spectacle dit « epican »,néologisme formé pour exprimer le plaisir pris dans un groupe où l’on raconte des bribes de film en commençant par « et puis quand », quand … elle fait parler sa buche, quand Cooper savoure sa tarte, quand le psy se rend seul au cimetière, quand Audrey salue le colonel Cooper, quand l’agent intuitif du FBI l’invite à sa table, amorce d’une longue suite à tirer de chaque épisode de « Twin peaks ».

Epican la buche se met à parler ! La femme à la buche, il fallait oser l’inventer. Lynch et Frost ont tout osé…

Le plaisir en conclusion

« Twin peaks », tout simplement, c’est un immense cinéaste, Lynch, un grand scénariste, Frost, qui ont su admirablement su pimenter leur récit de poésie, de surréalisme, d’absurdité, de suspens, d’émotion, d’humour. Et vingt ans plus tard, tout reste bien en place, moderne, pour notre plus grand plaisir…

Savoir savourer Mad men

Il ne se passe pas de semaine, et depuis assez longtemps déjà, sans qu’un média écrit de langue française ne s’intéresse à la série « Mad men », que l’on passe d’un quotidien « populaire » à une revue de cinéma vouée à la notion d’auteur la plus exigeante. Le snobisme à court terme n’explique rien.

Adultère sur internet et .. « Mad men »

Exemple récent : le grand quotidien romand dit incontournable aborde le problème de l’adultère facilité par des sites, parfois à bon rendement commercial, installés sur la toile. Encore convient-il de donner un exemple frappant d’adultère. Celui du Don Draper de « Mad men » fait l’affaire, avec son mensonge sur les obligations professionnelles tardives.

« Dépanné » par sa collaboratrice.

Dans le plus récent numéro de la série (TSR, dimanche 20 mars 2011), Dan Draper emmène Bobbie, sa maîtresse au bord de la mer, là où s’étendre sur le sable peut être source de volupté. Mais en toute, manque du pot : un bête d’accident de voiture, conducteur alcoolisé. Voici Dan retenu au poste de police, sommé de régler une amende de cent cinquante dollars. Saura-t-il se faire aider pour régler cette somme ? Plan suivant :il est assis dans une voiture conduite par Peggy. C’est à sa fidèle collaboratrice et seulement collaboratrice qu’il aura fait appel. Et celle-ci, accueillera Bobbie chez elle alors que Betty qui n’a pas dormi de la nuit assiste au retour de Dan. Plus tard, Peggy, imidement, fera remarquer à Dan, que pour elle, cent dollars, ce n’est pas rien. Ce qui se passe hors-champ est parfois tout aussi dense que ce que montre l’image ! Il faut une splendide écriture pour cela. Etonnant, d’ailleurs, dans la série, d’entendre parler de dollars en 1960 . la dizaine représente déjà quelque chose. Mais il serait difficile d’introduire, dans un série, la notion de dollar constant. Que valent, aujourd’hui, dix dollars de 1962 ?

Dan Draper (Jon Hamm ) et Hollis ( La Mond Byrd), sa maîtresse (TSR)

On fume dans chaque plan…

On imagine mal un journal sérieux s’en allant récupérer ses exemples dans des « potages » quotidiens comme le « Top Models » (5.800 numéros à ce jour ) américain ou, mieux tout de même, le « Plus belle la vie » français.( bientôt 1.700). Par contre, citer une série qui est à juste titre reconnue pour ses ambitieuses qualités valorise un texte. « Mad men », qui donc raconte le fonctionnement d’une agence de publicité américaine au début des années soixante, quand apparaissaient les trente glorieuses de la croissance, vaut par la richesse de ses personnages, la méticulosité de sa reconstitution ( la mode d’aujourd’hui lui rend hommage). On fume dans chaque plan, on boit dans un plan sur trois. Pas un instant où l’on s’ennuie. Mais en même temps, le temps s’écoule sans donner de sentiment d’accélération : ce rythme parfois contemplatif est aussi une qualité que le cinéma commercial perd à force de multiplier les actions et d’abréger les plans.

Cinq des membbres de l’équipe de l’agence, de gauche à droite et de haut en bas : Pete Campbell ( Vincent Kartheiser) , Roger Sterling (John Slattery), , Peggy Olson (Elisabeth Moss), Joan Hollyday (Christina Hendricks), Betty Draper (January Jones) et Dan Draper (John Hamm, assis) Qui est l’intrus(e) ?

Au loin, « Twin Peaks »

L’évident succès des séries exigeantes, pas seulement américaines si celles-ci sont numériquement dominatrices, est aussi un signe d’un progrès du langage audiovisuel. On peut faire par commodité remonter leurs débuts au « Twin Peaks » de Lynch au début des années 90 et citer au moins « Les sopranos », « Deadwood » , « Roma », « Dr House » ou « Dexter », et bien sûr « Mad men ». Elles apportent au « consommateur » du temps pour suivre le récit et apprécier sa diversité dans l’espace. C’est une manière de résister au « tout sur tout, surtout tout de suite sur tous les supports » qui provoque des noyades dans la superficialité. On retrouve le plaisir de pouvoir savourer tranquillement la richesse d’une imagination créatrice.

Japon et Libye; les beaux mecs ; Mad men

Que faire ? Suivre la manière dont la télévision ( mais à l’ère du multimédia, « la » télévision, ce n’est plus seulement le téléviseur !) colle à l’actualité qui très vite change ou s’en tenir à ses envies de divertissement, parler du plaisir apporté par deux séries ? Suivre les deux pistes ? Ambigu !

Japon

Japon ? Un puis des tremblements de terre, un tsunami et un immense problème nucléaire : il y a des faits, pas tellement nombreux Les experts arrivent de tous azimuts., avec les incertitudes ! On quitte même le Japon par vents encore inconnus, on met en cause le nucléaire ardemment défendu il y a encore peu de temps. Une certitude personnelle : un Georges Baumgartner grave, tendu, resté à Tokyo, m’en dit plus et mieux que les experts les plus sérieux plongés (de force ?) dans l’actualité !

Le pétrole libyen

La Tunisie, hier, c’était trop simple. Ben Ali a pris peur, il est parti. L’Egypte, aussi, c’était presque trop simple. Moubarak a pris peur, il est parti. Les deux pays vivaient beaucoup du tourisme, mais tous n’en profitaient pas. La Libye : le 22 février 2011, « Infrarouge » titrait immédiatement, même avec prudent point d’interrogation : « La fin de Khadafi ? ». Un mois plus tard, on se demande la fin de qui ou de quoi ! La Tunisie, l’Egypte ne produisent que très peu de pétrole. La Libye, beaucoup plus. Une petite différence qui n’eut qu’une bien petite place dans l’actualité ! La résolution de l’ONU ne mentionne pas ce pétrole !

Jean Daniel à Tunis

Trois pays qui se touchent. Pas la même solution. Et puis, au moment où ces lignes sont écrites ( le18 mars vers 21h00), Khadafi, donné très prochainement vainqueur contre les insurgés aux mains plus ou moins nues, cesse le feu comme le lui ordonne la résolution de l’ONU. L’espoir, celui des Tunisiens, des Egyptiens ? Il est dans l’avenir de leurs deux pays, différents d’avant. La Libye, sera-ce Budapest en 1956, Prague en 1968, Berlin en 89 ; ou tout autre chose

Stéphane Hessel ( 93 ans ) qui vient de publier un “best-seller” court,” Indignez-vous”, avec Jean Daniel (90 ans), un des patrons du Nouvel Observateur ( Image N. O)

 « La » télévision n’a plus de place pour la Tunisie et l’Egypte. Il reste la lecture, entre autres celle du Nouvel Observateur. Le 10 mars, Jean Daniel réclamait des armes pour les combattants de Benghazi. Le 17, il revient de Tunis. Il raconte, le rôle des jeunes, celui des femmes dans la Tunisie nouvelle. De Tunis, avec des Tunisiens, il observe aussi la Libye, Khadafi, ses troupes, ses déclarations. Impossible de résumer son texte. Par contre, essentiel d’en signaler l’existence. Il faut de témoignages de ce genre pour se remettre à croire qu’il est possible de comprendre un peu ce qui semble se passer

Les beaux mecs

Voici une nouvelle série de France 2, en huit épisodes durant quatre mercredis (les 16, 23 et 30 mars, 6 avril 2011), « Les beaux mecs », un texte de Virginie Brac et une réalisation de Gilles Bannier. On survole cinquante ans de la vie de l’un de ces beaux mecs, le truand Antoine Roucas dit Tony le dingue. Deux générations, pas les mêmes. De grands acteurs, une splendide aisance dans les sauts temporels ; aussi beau que les meilleurs Melville ? L’important, ici, étant de signaler l’existence d’une réussite française dans la ligne d’ « Engrenages » et de « Un village français ». Derrière les américains, il y avait déjà les anglais. Voici les français.

En 1960, Claude Chabrol signe « Les bonnes femmes », film largement rejeté par la critique et bide public. Quatre vendeuses d’une même entreprise vivaient une vie sentimentale plutôt sinistre, par la faute de leurs pauvres petits rêves. Matthews Weiner, un américain de 45 ans, en parle. Il cite aussi Antonioni.

Weiner ? C’est un « showrunner », le patron d’une équipe de scénaristes qui construisent une série à saisons multiples. Il se fit les griffes sur les « Soprano » de David Chase. Il eut d’abord un peu de peine à imposer les premières saisons de « Mad men ». Cela se passe dans une grande entreprise de publicité au début des années soixante. Pas un plan sans fumée ; pas un plan ou presque sans alcool ; une intransigeante volonté de précision dans tous les détails, dont ceux de la mode – dans le sillage de « Mad men », la mode d’aujourd’hui s’empare de celle des sixties. Il y a les certitudes d’un univers clos au début de ces fameuses années glorieuses qui vont voir le monde occidental s’enrichir par la croissance, mais les masques tomber ou se fissurer. Esthétiquement, c’est superbe, c’est bien joué. Les personnages sont attachants aussi repoussants soient-ils. Ils trompent, se trompent, trahissent, croient être ce qu’ils ne sont pas, sont ce qu’ils ne veulent pas. Dans sa grande sagesse, la TSR programme cette série numéro par numéro aux environs de minuit, après un triplé d’ »experts » dominicaux ! Ce n’est pas sa meilleure exposition possible !

Citer Charbol et Antonioni

Lors d’une conférence de presse à Paris il y a quelques semaines, Weiner vit se précipiter bon nombre de journalistes. Comme s’il s’agissait de participer au lancement d’un blockbusker hollywoodien ! Mais cela concernait l’une des belles réussites de ces séries de longue durée, à plusieurs saisons, qui apportent à la fiction audiovisuelle la richesse de la saga littéraire, le temps à disposition pour savourer sans se presser les élans des personnages et leurs contradictions. Citer à juste titre Chabrol ou Antonioni, c’est tranquillement placer « Mad men » où il doit l’être, parmi le meilleur du cinéma d’auteur, qui vaut de plus en plus souvent pour les séries saisonnières les plus exigeantes.

 

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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