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Deux ça va parfois; trois c’est trop!
Le programme d’une chaîne généraliste, commerciale comme de service public, s’établit sur quelques rares grandes lignes : l’info au quotidien (les journaux), l’info développée parfois en direction de l’investigation (les magazines), la documentation et la fiction (venues de la télévision ou du cinéma, parfois des deux), le divertissement, qui va des variétés aux sports, de plus en plus rarement, la recherche et l’expérimentation, etc. (pour parer aux éventuels oublis !)
La forte présence des séries
La fiction, qu’elle soit reprise du cinéma ou production propre de la télévision, reste un pilier de la programmation sur le petit écran. Les séries, actuellement très appréciées, couvrent un spectre allant des minis d’une minute à de longues sagas de plusieurs épisodes chacun de plus d’une heure en passant par des dizaines de modules de vingt-cinq ou cinquante minutes regroupés en « saisons »
Une série est faite pour être présentée jour après jour ou semaine après semaine avec un numéro par séance de diffusion. Il en va ainsi de «Heidi» qui perd un peu trop rapidement une partie de son aura initiale.
La recherche du client fidèle
Présenter deux épisodes de cinquante minutes l’un après l’autre, c’est jouer sur la ressemblance avec le cinéma quand le film est de durée «normale». C’est parfois supportable, surtout avec les séries à personnages récurrents. Mais c’est d’emblée perdre un des points forts de la notion même de série qui raconte une longue histoire «à suivre». L’écriture, appuyée par la mise en scène, termine chaque épisode avec un point d’interrogation, une attente la plus forte possible. Un bon moyen pour s’assurer de la fidélité du «client» !
Le respect des horaires annoncés contribue aussi à la fidélisation. Les programmes de certaines chaînes de télévision ressortent de l’esprit CFF au meilleur de sa forme. Mais ARTE bat la TSR, les fins de soirées parfois séparées des horaires annoncés.
Des exemples de trois par trois
TF1 vient de balancer Dr House en trois par trois (mercredis soir). Un peu partout, on aligne aussi trois par trois Les experts, sans même changer le lieu de l’enquête. Récemment, la TSR a liquidé sur son deuxième canal Jeux de pouvoir en deux fois trois (mardis 1er et 8 janvier 2008) alors qu’ARTE s’en tenait à trois fois deux (samedis 5, 12 et 19 janvier). Le dimanche 10 février, TSR1 sert la nouvelle soupe intitulée Saved en trois pleines louches de 22h35 à 00h50. Mais les pub sont glissées entre deux épisodes, quand TF1 les insère à l’intérieur d’un épisode – le cerveau disponible est ainsi mieux surveillé. Mais il n’y a que treize numéros, la série ayant été arrêtée aux USA dès la première saison. Ce qui n’empêche pas d’avoir trouvé sur la toile des recommandations du genre : « A ne pas manquer ».
Un bide à l’audimat pour «Jeux de pouvoir» sur TSR2 le samedi 8 janvier 2008 : une sanction contre le trois par trois ? Une promotion insuffisante ? Une méfiance du public à l’égard de l’anglophone non américain ?
Risque de lassitude
Une soirée thématique est certes chose séduisante, mais animée par une programmation variée, par exemple une fiction, un document, un débat. Trois fois les mêmes personnages dans trois structures dont les rythmes se ressemblent, cela conduit à la lassitude ou provoque même de la fatigue. Et les effectifs, en fin de soirée, risquent de fondre, même si la part de marché résiste.
24 heures chrono est construit pour apparaître durant vingt-quatre heures, pas douze ! Et pourquoi diable faut-il que la TSR bourre certains samedis soirs de trois épisodes sur six d’une grande saga familiale ou fantastique à la française ? Les fidèles parmi les fidèles se recrutent parmi les couche-tard, plus nombreux le samedi soir qu’en semaine.
Etre en avant-première
La TSR, à peine comparable à une section régionale de FR3, veut absolument bénéficier d’un droit contractuel ou supposé : présenter une série nouvelle avant la France. Car elle ne peut pas, à elle seule, assurer la version française d’une série anglophone. Et si elle y participe, c’est en minoritaire, comme elle est minoritaire quand elle prend la responsabilité d’un Instit’. La première exclusivité est donc considérée comme indispensable pour le bon audimat. Et comme la part de marché la plus élevée possible reste un but à atteindre, le programmateur romand tient plus du détective que de l’organisateur. Mieux il sait ce que font les concurrents, mieux il fait son programme. Et comme certains programmateurs français, côté TF1 ou M6, abusent de séries de trois épisodes, la TSR se trouve dans l’obligation d’en faire autant. Sa liberté est restreinte par la concurrence. Regrettable obligation de faire au moins aussi mal que le voisin ! Mais il ne s’agit plus ainsi de « programmation » : un robot bien programmé, lui, pourrait aussi le faire !
Et si, de temps en temps, le concurrent français qui abuse du trois par trois avait un peu d’avance sur la TSR en restant au deux par deux, cela aurait quelle conséquence sur la part de marché annuelle : dans l’ordre du centième de point ?
Dr House en reprise un par un
Nouveauté : TSR 2 reprend Dr House dès la première saison, depuis le 11 février, épisode par épisode, dès 18h25, du lundi au jeudi ou vendredi, et semble s’installer pour quelques semaines dans la durée voulue par les créateurs, le un par un. Il est vrai que chaque numéro traite d’au moins un cas clinique. Bien sûr, les liens entre personnages évoluent, mais ils ne sont pas très nombreux.
Trois par trois, alors, vraiment non ! Deux par deux ? Pourquoi pas. Si c’étaient deux séries différentes en un par un, serait-ce ridicule ? Mais comme ils ne le font pas en France, et que la TSR a volontairement renoncé à son autonomie au profit de la part de marché, rien ne changera !
Suisse mystérieuse
Un petit événement télévisuel mérite d’être suivi : c’est la présentation des treize épisodes d’une mini-série, sur TSR1, du samedi 22.12.07 au samedi 05.01.08, tous les jours sauf le dimanche, peu après 19h00. Chaque numéro, de douze à treize minutes, évoque un « mystère » qui plane ou pèse sur notre pays
Evénement, pourquoi ? La SSR ajoute partout à son sigle l’expression « Idée suisse » qui se veut garantie unitaire. Or, en télévision, Zurich, Lugano et Genève ne donnent pas beaucoup d’exemples de travail en commun. Chacun est attiré ou lutte contre son proche voisin beaucoup plus grand, dans un mouvement d’amour/haine à l’égard de l’Allemagne, l’Italie et la France. Administrativement, économiquement, financièrement, DRS, TSI et TSR existent. Les entreprises suisses de télévision portent leur regard hors de nos frontières plutôt que vers les autres régions linguistiques du pays.
Unité pour une fois dans la diversité
Suisse mystérieuse est un exception, heureuse, dans cet univers d’ignorance du voisin. Un groupe national travaille sur une idée commune, s’imposant des variations sur un thème accepté, dans des durées semblables, chacun dans le respect de sa langue d’origine. Un premier obstacle doit être levé : la compréhension des mots. Choix a ici été fait de traduction, en excluant le sous-titrage. Le résultat est bon, le commentaire dans la langue de la région de diffusion n’empêche pas de saisir la diction dans les autres langues, surtout quand il s’agit d’entendre la voix de témoins. Cela fonctionne mieux que les solutions adoptées pour les grandes et tristes manifestations suisses avec traductions simultanées, genre Premier Août, Miss Suisse ou Remise des mérites sportifs.
Classement par régions
Quatre langues, donc : en patois alémaniques, quatre sujets, en romanche, deux, les six sous la houlette de la DRS, quatre sous la direction de Gaspard Lamunière, producteur pour la TSR, deux en italien et un en patois d’Appenzell confiés au Tessin, d’où vient Victor Tognalo, auquel est attribué le mérite de l’idée de la série. L’ordre choisi pour citer les quatre groupes est aussi un classement personnel qualitatif décroissant. Mais les écarts sont faibles.
Les qualités de la série viennent des sujets
Les considérations qui suivent ne prennent pas en compte chaque sujet séparément Des regroupements permettent de signaler les points communs qui lient des sujets tournés dans les régions. On admire la Suisse dont l’unité naît de ses différences. Ici les différences sont partiellement gommées.
On se trouve presque chaque fois dans une région aux paysages montagneux, pierreux, herbeux, pentus ou sombres qui ressortent d’un même esprit sans se ressembler. La montagne, c’est aussi bien la colline que gravit une procession le long d’un chemin rocailleux que le sommet qui domine une haute vallée du Valais ou des Grisons, d’Appenzell ou du Simmenthal, de Suisse centrale ou du Jura. Le Val-de-Travers neuchâtelois y aura été deux fois invité, avec la vouivre de St-Sulpice et la fée verte d’un peu partout. La forêt est proche, avec des arbres sombrement dressés, des troncs tordus de souffrance, des mousses étouffantes, des herbes envahissantes. La nature est plus souvent hostile qu’accueillante.
Soigner des malades
Un guérisseur fribourgeois emploie ses dons efficaces pour soigner les malades qui s’adressent à lui. La fée absinthe maîtrisait de multiples maladies avant de devenir la sorcière poursuivie durant près d’un siècle par la loi. L’herboriste prépare des décoctions en recueillant les efficaces principes vivifiants des plantes. Le « töggeli » s’installe la nuit sur la poitrine de sa victime pour lui infliger d’intenses douleurs.
L’homme, vivant ou mort, est un fantôme, victime ou complice du diable. Les apparitions féminines sont beaucoup plus nuancées qui vont de la fée généreuse à la déesse alpine ensorcelante en passant par la chanteuse qui charme par ses vocalises. Et la femme du mal absolu devient vouivre, serpent monstrueux qui crache le feu et pisse le sang.
La procession doit provoquer le retour de la pluie bienfaitrice. Le rite du pain et du fromage bénis par trois vieilles filles – elles sont célibataires, pas forcément âgées – quand il est oublié, provoque la mort jaillie de la montagne en colère. Ramuz n’est pas loin avec sa Grande peur dans la montagne. Le courage généreux d’une femme lui permet de calmer l’âme des défunts qui ne veulent pas quitter cette terre.
Le système solaire
La ville de Bâle et sa cathédrale sont construites aux points d’intersection de droites que relient par deux à deux cinq montagnes nommées ballon. Celles-ci forment un cadran solaire géant. Un triangle magique dont les côtés sont proportionnels à 3, 4 et 5 est construit sur une corde à douze nœuds connue de la civilisation celte. Pythagore et son triangle rectangle viendront plus tard. Le Soleil et la Lune se retrouvent dans les Grisons sur une trentaine de menhirs témoins de religions païennes que le christianisme tentera d’évacuer. Le triangle magique de Béat Häner et Les menhirs de la Mutta de Peter Kreiliger sont les meilleurs de la série pour leur rigueur scientifique et leurs élans païens et poétiques.
Une queue de cheval coupée
Les occasions de sourire sont rares, celles d’être touché ou séduit à peine plus fréquentes. L’esprit rationnel appréciera ce paysan d’Obwald qui a consulté son médecin après avoir subi les assauts du « töggeli » et dont la santé est redevenue excellente après un traitement à base de magnésium. Dans le même sujet, tiré du Fantôme de la nuit (Das Töggeli) de Béla Batthyany, le sourire naît du récit au sujet de cet homme qui se défend à la hache contre le fantôme et croit avoir coupé la queue d’un chat. Le lendemain sa femme porte un châle : il découvre alors que sa queue de cheval a disparu ! On aimerait bien savoir pourquoi le fourmillement dans les jambes d’une jeune femme cesse quand elle se trouve à plus de trois mètres d’un menhir. Et l’on se demande quel sens peut bien prendre la transformation d’un couvent en hôpital psychiatrique ! Mystères !
Un peu de beauté
S’il est une approche de la télévision peu fréquente, c’est bien celle qui se réfère à l’esthétique. A-t-on souvent envie de dire d’images qu’elles sont belles, de couleurs qu’elles sont magnifiques, du rythme du montage qu’il est séduisant, des mouvements de caméra qu’ils sont fluides, de la musique qu’elle est charmante accompagnatrice ? Non, on parle d’émotion, de sentiments, de valeur informative, de rigueur de construction, d’affrontement ; pas de beauté !
Dispersés dans l’un ou l’autre numéro de la série, il y a des moments dont on doit oser dire qu’ils apportent de la beauté, les masques d’Urnäsch (Bons et mauvais esprits) qui le sont par eux-mêmes – encore fallait-il les bien filmer – des sources frémissantes, des chutes d’eau inquiétantes, des arbres géants dans la brume, des menhirs dressés à l’horizon, un bois glissant dans une eau frémissante faisant penser à une vouivre, le masque tragique d’une marionnette, etc. Mais ces apparitions sont plus furtives que systématiques. Quand la beauté apparaît, la poésie pourrait suivre. Trop rare, hélas.
Au plus purement formel, des ralentis de nuages souvent amplifient l’inquiétude, une surimpression donne vie à une femme mystérieuse qui chante et s’évanouit en un effet réaliste anti-poétique.
Rien de transcendant au plan formel
Aucune surprise formelle, qui fasse saluer une réussite plus évidente chez l’un que chez les autres. On reste coincé dans une forme assez classique, des paysages, des intérieurs ou des objets associés à une voix qui fournit des explications, des hommes et des femmes, spécialistes, témoins ou passeurs qui évoquent des souvenirs ou se transforment en conteurs. L’illustration musicale discrète en quelques mesures répétées accompagne l’image sans tomber dans une lourdeur insistante qui servirait de commentaire. Mais rien de franchement mauvais. En général, du bon artisanat !
Une série souvent attachante par le fond plus que la forme.
Déjà quatre Toutes taxes comprises : fort bons !
Et entrelacées dans TTC, quatre brèves pour… et quatre images
Première le 29 octobre 2007, qui valut au milieu d’une salve de brèves en Blog les premiers compliments qui sont à confirmer. Patrick Fischer, pour le moment, est seul à la barre, alors qu’un duo pratiquait l’alternance dans Classe Eco. Ceci est une constatation, rien d’autre. Sauf que Patrick Fischer, cela n’étonnera personne qui suivait Mise au point, est parfaitement à l’aise ; et bien secondé par Sofia Pekmez, qui garde au moins la main au panier des titres en chute libre, du 13 pourcent perdu en un mois, le titre de l’UBS beaucoup en cause.
Brève pour se reposer : M. Ospel monte au paradis des millions
TTC ligne graphique du générique (photo TSR)Bien sûr, dans le sujet du 19 novembre sur les primes, acte a été pris du prix de M. Ospel et des deux autres champions suisses des salaires exagérés. Mettons que chacun gagne en 2006 trois millions de plus que l’an précédent. Mettons que les employés de l’entreprise sont au nombre de cent mille. La hausse du chef répartie sur l’ensemble du personnel représenterait vingt francs par personne. La comparaison n’est pas bonne. Tout le monde y pense, personne ne la fait. A surveiller dans un an ou deux : les primes du monsieur pour l’année des subprimes américaines !!!
TTC est donc formatée, souplement, premier rideau, entre 25 et 28 minutes et demi, à peu près un 19:30, mais avec moins de sujets, entre sept et dix pour les quatre premières observations. Le plus long ? Gratuité (29.10.07) sur douze minutes, puis les Primes (trois sujets qui font dix minutes et demi – 19.11.07), BCV (six minutes – 05.11.07) et Enchères ( cinq minutes – 12.11.07). Pas encore eu le sentiment du « trop court », ce genre de sujets qui arrivent à leur dernière image quand on commence à s’en imprégner par curiosité, comme cela se produit parfois à Mise au point. Bon signe !
Brève pour penser à autre chose : pas de son, on coupe. Et pas d’image ?
Petite difficulté technique au 19:30 du 18.11.07, avec le Kosovo. Pas de son : normal, on coupe et on fait prendre patience. Nouvelle apparition, mais la technique a de l’imagination : cette fois, du son, mais pas d’image. Et que croyez-vous qu’il arrivât ?On coupe aussi, au milieu d’une phrase ! Pour une courte intervention, on aurait pu laisser la dame finir son intervention !
Et combien de fois entend-on, dans des émissions de débat, l’animateur (- trice) demander de ne pas donner trop de chiffres qui conduisent à des batailles navales, genre touché, coulé. Faux : TTC prouve que les informations numériques sont indispensables, quand on les appuie par une amorce d’interprétation.
Brève pour faire sourire
sur le plateau de TTC (photo TSR)Les dames, ainsi le fit savoir Martina Chyba, peuvent se passer de règles. Elle va dire comment dans son émission « m e n s t r u e l l e » ! Un petit sourire bien fabriqué fait comprendre oui bon enfin que c’est un peu.. ! On sourit aussi, en se disant que oui, bon enfin que c’est un peu… Et puis, comme c’est en bande de lancement, cela se répète. Et le sourire s’efface.
Dans toute émission, il y a l’information donnée à travers un sujet au public. Elle n’est forcément pas toujours complète. Un moyen d’y apporter des compléments : inviter l’auteur(e ) du reportage à un bref entretien sur le plateau.
Bonnes interventions de Marcel Mione (05.11.07) et de Véronique Tanerg (19.11.07) ou de consultants plus ou moins réguliers.
Fait une première promenade sur le site – forum de l’émission. Pas assez attentif pour en dire déjà quelque chose de plausible. Sauf ceci, mais qui concerne tous les forums : et si à quelques-uns on se donnait le mot pour tirer de temps en temps ces forums non vers la discussion des sujets de l’émission, mais vers l’émission même ?
Brève pour un sujet qui appuie la pub
Frédéric Goujon, Patrick Fischer et Marcel Mione (photo TSR)19 :30 du 18,11.97 : deux minutes sur AMERICAN GANGSTER, avec résumé du sujet, extraits du film, déclaration du producteur et du cinéaste Ridley Scott. Puis presque immédiatement après quelques dizaines de secondes de pub : des extraits du film. Le sujet complète bien la pub ! Est-ce vraiment le but de l’exercice ? Peut-être serait-il intéressant d’avoir une appréciation sur le film lui-même. Il y a bien un « fantastique » qui caractérise le New-York des années septante. Et rien d’autre.
Et bien voilà : quittons TTC avec ce sentiment qu’il s’agit d’une émission qui pourrait devenir précieuse sur la durée, dans ce domaine des chiffres et de l’argent que l’Helvète souvent pudique et retenu n’ose pas tellement aborder.
La grande peur dans la montagne
Formellement classique, un bon téléfilm de prestige
Joseph et Victorine s’aiment. Leur mariage est retardé d’année en année : les parents de Victorine sont riches, Joseph est pauvre. Pour pouvoir emmener Victorine dans la Vallée, Joseph a besoin d’argent. Il décide alors de passer l’été avec un troupeau sur un haut alpage où l’herbe est généreuse. Il y a vingt ans, les anciens étaient montés à Sassenaire. Le troupeau avait été décimé par la maladie, des hommes moururent, d’autres devinrent fous.
Joseph, raisonnable et rationaliste, fait équipe avec Romain, son ami, beau-frère de Victorine. Michel, neveu d’un riche notable, finance l’expédition grâce à son oncle. Clou, le demeuré du village, Ernest un jeune vacher, font aussi partie du groupe. Barthélemy, le vieux sage, amoureux transi de la mère de Joseph, finit par se joindre à eux, en protecteur.
Sur l’alpe hostile, une vache meurt. Ernest succombe à la maladie. Le médecin du village annonce un risque d’épidémie. Bétail et hommes sont mis en quarantaine. Au poste de garde, Romain est tué. Victorine tente de rejoindre Joseph. Barthélemy et Michel se battent. Grâce à Clou, Joseph retrouve Victorine.
Que veut dire : « Librement adapté » ?
Histoire librement adaptée d’un roman connu, célèbre au moins en Suisse romande, de C.-F.Ramuz, La grande peur dans la montagne est un film âpre, tendu, qui accumule les morts d’hommes et de bétail. A de mélodramatiques affrontements entre hommes s’ajoute l’hostilité de la nature. Le « librement adapté» annoncé par le dossier du film est assez important.
Il faudrait relire Ramuz, revoir la version tournée en 1966 par un excellent téléaste français, Pierre Cardinal. Il le faudrait, en effet ! Faire confiance à quelqu’un qui a fait cette démarche, dès lors, s’impose. Dans L’Hebdo (18.10.07), Antoine Duplan rappelle qu’à la fin, tout le monde est mort, sauf Clou et Joseph portés disparus. Et le glacier s’écroulait, inondant le village.
Le pessimisme de Ramuz ne peut pas servir de conclusion à un projet coûteux, engrangé avec la participation de France 2, chaîne généraliste de service public qui ne prend guère de risque en premier rideau et ne pourrait pas s’offrir le luxe de réserver ce téléfilm à des heures de diffusion tardives et confidentielles. Ce n’est pas nouveau : le récent téléfilm de Raymond Vouillamoz, un peu d’esprit ramuzien, perdait son âpreté initiale pour glisser insidieusement vers une fin plutôt heureuse. Les amants de la Dent Blanche est tout de même moins bon que La grande peur dans la montagne.
Si le cinéma trop souvent est régi par le souci de rentabilité financière qui s’oppose aux exigences de la création, la télévision a aussi son ennemi pesant et tout-puissant, l’audimat ! Il faut donc caresser l’auditoire dans le sens du poil. Et le poil, en fiction, se caresse par une fin heureuse !
On peut être séduit par le téléfilm, surtout si on décide de faire abstraction des dix dernières minutes trop optimistes. On peut même aller jusqu’à renoncer à les voir : ce que je fis !
Les qualités de La grande peur dans la montagne
Claudio Tonetti, excellent artisan du petit écran, a su maîtriser des opérations aussi différentes qu’un Instit’ ou des Simenon, entre autres. Sûr de lui, il sait conduire ses acteurs pour obtenir d’eux des compositions de personnages crédibles. Jean-Luc Bideau donne une réelle force inquiétante à son Barthélémy marqué par le passé et qui ne peut donc rassurer ses nouveaux compagnons autant qu’il le voudrait ou le faudrait. Il est bien meilleur dans ce rôle à costume que dans le récent et puissant navet de Jean-Jacques Annaud, Sa majesté Minor ! Inutile de citer tout le monde, dans l’ensemble plutôt bons. Faisons exception pour Jean-Luc Barbezat, inattendu dans le rôle presque muet du Clou, personnage demeuré pas vraiment idiot du village au comportement étrange avec sa lenteur inquiétante lors de ses mystérieuses échappées.
Mais, Ramuz, c’est plus et autre chose qu’un bon mélodrame montagnard. C’est un affrontement puissant entre les hommes fragiles, aptes à se livrer à des confrontations sévères entre eux et la nature aux mouvements étranges et inquiétants. Que sont ces bruits mystérieux, des pas sur le toit d’un chalet, attribués au Diable ? Encore un lointain souvenir : Ramuz évitait-il d’écrire « Diable » pour le remplacer par « Il » qu’on pouvait alors aussi ressentir comme le Dieu punisseur de l’ancien Testament!
Tourner en Valais dans les Alpes, c’est forcément rencontrer ces formidables paysages de rochers gris, les forces inquiétantes des pentes, les menaces des nuages sombres. Les images se devaient d’être agressives. Elles le sont, entre autres exemples : cette croix qui fait une chute lors de la procession initiale, du reste un peu mal amenée au montage, cette autre croix brûlée près du chalet de l’estivage, cette bête comme sacrifiée au sommet d’une bosse du terrain soulignent des moments d’une mise en scène efficace.
La grande peur dans la montagne, dans son évident classicisme formel, est un bon téléfilm dit de prestige.
La langue de Ramuz et sa sonorité
Autre souvenir : la phrase de Ramuz, qui pouvait parfois passer pour un défi grammatical, donne l’impression d`être composée de sons. Il n’est même pas nécessaire de l’imaginer lue à haute voix pour y entendre une sonorité qui racle, grince, surprend et agresse l’oreille. La langue de Ramuz apparaît comme une sorte de composition musicale aux variations multiples qui souvent contribue à créer l’inquiétude ou la peur.
Ramuz écrivait donc des textes « sonores », qui « racontent » des pas mystérieux, des râles de bêtes blessés, d’un vent qui annonce la tempête, d’orages qui éclatent. La nature qui va agresser, blesser, pousser les hommes aux conflits, aux dérapages, est frémissante de tels bruits.
La sonorisation du téléfilm n’est pas à la hauteur de la langue sonore de l’écrivain. Les pas sur le toit, le souffle du vent, les craquements du glacier, la souffrance des bêtes, la présence des rapaces sont faits de sons qui se ressemblent de jour comme de nuit, dès les premières journées comme au cours des suivantes. Comme si la seule différence perceptible entre eux tenait au nombre de décibels, sentiment encore accentué par une musique qui glisse vers l’emphatique.
Mais ce sentiment d’insuffisance de nuances mériterait vérification. La bande sonore ne semble donc pas être au niveau du jeu des acteurs, de la mise en scène de leurs mouvements, de l’âpreté du sujet, du bon rythme du montage. C’est un peu comme si s’était perdue en route une partie du style de Ramuz, la dimension « musicale » de sa langue.
Comment devenir une bête politique ?
Un Temps présent en déséquilibres !
Face aux partis (mais la série est terminée), puis, fin septembre et début octobre, Le débat des Etats, dans chaque canton, en attendant la Grande soirée du 11 octobre et la longue journée des résultats le 21 octobre 2007 : voilà pour les émissions politiques inscrites dans la tradition. Il y eut en plus de partielles innovations, le Si j’étais élu(e) sans grand intérêt et le plutôt curieux DesperateElectrices, intéressant, inégal, énervant, avec sa « promo » de petit « blockbuster » (chose rare, appuyée par des annonces dans la presse écrite).
Le presque tout-politique
La politique s’est glissée un peu partout, dans Infrarouge, bien entendu, dans Mise au point, bien entendu, dans Temps présent, presque bien entendu. Temps présent est peut-être mieux dans sa vocation avec l’excellent La classe moyenne n’a plus les moyens (13 septembre 2007) qu’avec Comment devenir une bête politique ? (20 septembre 2007), au titre animalier inscrit dans la ligne du provocateur et déjà ancien Comment masturber un éléphant (qui me reste coincé en gorge; je ne suis pas seul). Et l’on ouvre le document sur la bête politique, qui n’est pas celle de Gévaudan, par … un combat de reines valaisannes avec premier commentaire « freysingérien ».
En période électorale, mais pas seulement, la TV se donne quelques règles à respecter pour maintenir un certain équilibre entre les principaux partis, les grands assurés d’avoir des sièges et des petits qui font un ou deux petits tours et s’en iront. Mais, par exemple, que sont les libéraux romands ? Petits, grands, en fusion radicale ?
Egalité dans le temps de présence !
Supposons que ces règles soient appliquées à des émissions qui ne sont pas directement inscrites dans le cadre de la campagne officielle. Quant le sujet consiste à comparer quatre « bêtes politiques » issues des quatre partis représentés au Conseil fédéral, donc les plus nombreux au parlement, l’égalité dans le temps de présence à l’écran s’imposerait, certes pas à la seconde près, mais disons à la minute.
Déséquilibres
C’était donc à Temps présent, sur TSR1(jeudi 20 septembre 2007). L’émission s’est étendue sur cinquante-six minutes. Huit minutes, occupées par la présentation, les adieux, le générique, des parties générales indépendantes de quatre « bêtes », laissent donc quarante-huit minutes à disposition pour quatre personnes. Seize minutes trente pour Christophe Darbellay, quinze trente pour Pierre Maudet, huit minutes pour Pierre-Yves Maillard et autant pour Oskar Freysinger. Les représentants des partis du centre disposent de trente-deux minutes. Il en reste seize pour les partis des bordures ! Le centre-droit occupe quarante minutes. Il en reste huit pour la gauche. Déséquilibres au chrono en période électorale !
Glane-t-on des voix en passant à Temps présent ?
Les quatre politiciens (où sont les femmes ? Mais oserait-on les traiter de « bêtes » même politiques ?) sont effectivement de fortes personnalités. Se montrer partout devrait leur profiter. Même en récoltant des voix ? A noter que MM.Darbellay et Freysinger sont candidats, alors que Pierre-Yves Maillard ne l’est plus et que Pierre Maudet ne l’est pas (pas encore ?).
Un chien apporterait des voix !
Une réponse aura tout de même été fournie par l’incontournable rédacteur en chef des Matins colorés, Peter Rothenbühler. Voici en effet Christophe Darbellay avec son amie – pas le temps de se marier en 2007, le président du PDC est l’époux de la campagne électorale ! – en cuisine, salon, chambre à coucher avec incursion en salle de bains. Il faut bien que les uns et les autres jouent le jeu « pipole ». Et M.Rothenbühler de savourer : la « news », c’est elle, la compagne, tendrement posée dans les bras du politicien ! Un homme seul sur la Une ne fait pas vendre. Mais s’il a un chien, alors il fera des voix ! En donnant une fois de plus la parole à Peter Rothenbühler, la TV fait « pipole « !
Analyses différentes
Ces portraits inégaux en temps d’antenne se prêtent aussi à quelques considérations qui ne sont pas forcément de la promotion complimenteuse. Deux spécialistes ont été sollicités. Pascal Décaillet homme de radio et de télévision locale genevoise s’est expliqué sur de multiples présences de Pierre Maudet dans ses émissions, y compris il y a plus d’un an à la Radio Suisse Romande. Un spécialiste québecois, Philippe Truchet, analyse les comportements physiques de MM.Maudet, Freysinger et Maillard. Il ne parle pas de M.Darbellay qui eut droit à des remarques de son tailleur. Sa méthode ? Observer les gestes et les attitudes sans les mots. Il prend alors Oskar Freysinger pour un homme de gauche: puissance de la queue de cheval oblige mais en même temps limite de la méthode. Encore une inégalité de traitement dans l’analyse : Darbellay est oublié. A son avantage ?
Comme un Arrêt sur images romand !
La télévision, plus peut-être que la radio, contribue-t-elle à confectionner des bêtes politiques ? Quel rôle joue dans ce système Infrarouge ? Voici Michel Zendali et Romaine Jean de service pour nous mesurer le poids de la TV, le sens de sa contribution, importante peut-être pas, mais effective assurément. Et Temps présent de se transformer, subtilement, durant quelques minutes en un timide Arrêt sur images.
Aujourd’hui, à la télévision comme ailleurs, il faudrait faire mieux avec moins de moyens, ou au moins faire aussi bien mais avec moins. Le numérique permet d’accumuler du matériel audio en grande quantité. Le temps pour le visionner n’augmente pas. Dans ce Temps présent, il y a accumulation de déséquilibres. Et c’est pourquoi ce qui se fait maintenant est parfois un peu moins bien que ce qui se faisait hier.
Du «9» à la RSR : Médialogues
C’est du 9 : ainsi l’affirme la promo de la RSR pour sa rentrée. Enfin, c’est le quart du neuf : il y a en effet quatre nouvelles émissions ! Voici donc quelques remarques après les trois premières de l’émission d’Alain Maillard et Pascal Bernheim ( RSR La Première du lundi au vendredi de 09h30 à 10h00).
L’émission apparaît d’emblée bien structurée en deux parties principales séparées par une rubrique personnelle et une plage musicale et tout à la fin des brèves. Les sujets s’annoncent variés, n’en restant pas à la parole radiophonique ou aux images et aux sons de la télévision pour s’en aller faire son marché dans d’autres directions, les manchettes de journaux, une exposition, etc…Avec cent cinquante minutes disponibles par semaine, les animateurs ont de quoi satisfaire les producteurs et les programmateurs qui leur ont confié cette case horaire. Sur la richesse probable de l’émission et la manière de la présenter, nous aurons l’occasion de revenir. Semblerait vouloir se dégager un peu vite une saine méfiance pour les journaux gratuits qui sont pourtant prisés des jeunes, qui offrent même, mais trop rarement, de l’excellence (La page de « comics » dans Le matin bleu avec un faible personnel pour AMANDA DéLiRe! ; une partie de la chronique cinéma de 20 minutes).
Il faut d’abord saluer cette nouvelle émission pour des raisons de principe. Médialogues apparaît d’emblée comme une contribution à la maîtrise des multiples et souvent confuses sources d’informations livrées en vrac aux consommateurs, et parmi ceux-ci les jeunes pour lesquels une initiation aux médias est importante.
Qui doit s’occuper de cette éducation aux médias pour les jeunes ? La famille, que souvent rien ne prépare à un dialogue entre générations dans ce domaine ? L’école ? Les essais sont nombreux, dispersés, souvent intéressants.
Cette éducation devrait aussi être le fait des grands médias, ceux du service public généraliste puissant au bénéfice d’une position parfois d’exclusivité, soutenus financièrement par des redevances obligatoires même si la publicité et le sponsoring y sont aussi admis. En France, La Cinquième accueillait un modèle du genre, Arrêt sur images. On a beaucoup évoqué ces deux derniers mois l’arrêt d’Arrêt sur images. En Suisse romande, avec le nouveau Médiascope, la radio intervient dans un domaine où la télévision ne se manifeste malheureusement pas. Bravo à la RSR, et merci !
Créativité : ça existe encore ?
De La minute kiosque à Desperate Electrices
SRG SSR idée suisse vient de boucler un assez long processus, plus ou moins lié à la révision de la Loi sur la radio et la télévision, avec des statuts révisés et une Charte d’entreprise rajeunie. Dans cette dernière, on trouve trois parties, Mission, Vision et Principes. Cinq paragraphes concernent ce dernier point : Crédibilité, Indépendance, Pluralité, Créativité et Loyauté.
Arrêtons-nous à une notion qui ne trouve qu’une place minime dans les télévisions du début de ce XXIe siècle en pays démocratiques, la Créativité, difficile à cerner quand les producteurs et surtout les programmateurs ont le vrai pouvoir hier détenu par les journalistes et les réalisateurs. Citons :
« La créativité est à la fois la condition et le moteur de notre succès. (…) Nous misons sur l’inventivité et soutenons la créativité de nos collaborateurs pour relever le défi d’une concurrence internationale toujours plus sévère. »
Appelons à la rescousse Diogène se promenant avec sa lanterne qui va tout de même découvrir, en cette rentrée de bientôt l’automne à la TSR, deux secteurs l’un au principe très prometteur, La minute kiosque, l’autre innovateur par transposition, Desperate Electrices. Mais ces lignes sont écrites avant de pouvoir observer le résultat de l’une comme de l’autre série.
La minute kiosque
Voilà qui pourrait bien être (qui est, espérons-le), un exemple de ce que l’on peut en 2007 appeler « créativité » en télévision. Créativité il y a dans le concept de l’opération, même si le module court d’une minute possède des ancêtres, parfois un brin plus longs, des Shadocks à La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède. Pour les premiers, il faut remonter à 1968, les personnages de Jean Rouxel et René Bord, portés par la voix de Claude Piéplu, jouant à leur manière les trouble-fête dans l’esprit de Mai ! Les seconds naquirent sous la houlette le Serge Moati en propulsant les textes surréalistes et poétiques de Pierre Desproges. On peut se souvenir aussi de la veine de Paul Auster observant ses compatriotes d’un quartier de New York depuis une boutique.
Au départ, une innovation économique : la Loterie Romande sponsorise si largement l’opération que le budget à disposition permet de rémunérer les uns et les autres d’une manière fort correcte. Dix mille francs environ sont disponibles par minute, à en croire 24 Heures (23 août 2007). Le sponsor est salué au début et à la fin de chaque module. Pas de malaise : les bénéfices de la LORO contribuent à aider, dans toute la Suisse romande, le social et le culturel. Sans eux, la vie culturelle serait beaucoup moins vivante. Impossible au MacDo’ d’en faire autant sans provoquer un scandale ! La TSR reçoit la série clés en mains !
Une dizaine de scénaristes se sont attelés à écrire les gags qui se produisent devant un kiosque à journaux, tenu par l’acteur valaisan Roland Vouilloz. Excellent lieu de rencontre avec le kiosquier Marcel.
Soixante modules sont déjà terminés. Il est question d’en tourner quarante-cinq autres et qui sait, si l’accueil est bon, plus encore. La série n’aura certainement pas d’influence sur l’audimat. Elle est programmée juste après le 19:30 et la météo. Sous la houlette de Chantal Bernheim, voici peut-être le coup le plus risqué par la TSR ces derniers mois.
Reste à espérer, après quelques rencontres avec le kiosquier, que la réussite remplace l’espoir de réussite. J’ai envie de sortir l’expression : «on se tient les pouces». Et on y reviendra !
Une question de programmation
La TSR, et elle n’est pas la seule à le faire, présente les séries de fiction de 55 minutes ou de 90 l’unité, faites pour être présentées séparément, d’un jour à l’autre ou d’une semaine à l’autre, très souvent en les regroupant par deux ou même trois. Comme les plus « tordues » des séries américaines n’ont pas forcément leur place en premier rideau, on s’est parfois retrouvé devant le petit écran à une heure du matin ou même plus tard – enfin, plus tôt. Difficile à comprendre pourquoi les programmateurs refusent de jouer sur l’attente de la réponse à la scène ouverte qui termine régulièrement chaque module. Fidéliser les spectateurs peut être un grand bénéfice pour le très précieux camarade audimat. Deux fois cinquante minutes, passe encore ! Mais systématiquement deux fois nonante, ou trois fois cinquante, c’est pesant !
Et voilà que pour un module d’une minute, on les montre un par un, jour après jour. Croit-on vraiment que le téléspectateur va s’organiser pour se retrouver devant le petit écran de la première chaîne romande tous les soirs du lundi au vendredi pendant les dix prochaines semaines ? Qui serait assez naïf pour le croire ?
J’ai bien regardé l’avant-programme de la TSR (semaine du 8 au 14 septembre). Où se trouve la « compile » de six/sept minutes qui permettrait la reprise des cinq modules de la semaine ? Nulle part !
Alors suggérons : il faut trouver une place, si possible pas à deux heures dans la nuit ou en pleine matinée pour une compile qui assurerait une meilleure visibilité à un bon exemple de créativité télévisée dont on espère qu’il soit réussi.
Desperate Electrices
Six émissions, concoctées par Michel Zendali et Nathalie Randin, de vingt-six minutes environ, vont occuper le lundi en premier rideau dès le 3 septembre. Six fois des rencontres dans six lieux différents avec des femmes qui s’exprimeront sur ce qu’elles attendent de la politique. Il s’agit d’une mini-série liée aux élections fédérales de cet automne.
La créativité, là-dedans ? Un peu dans le fait de donner la parole seulement à des femmes, un petit peu plus dans le titre qui affirme la source d’inspiration, la série américaine de bon niveau vaudevillesque, ce qui lui aura valu une bonne exposition en premier rideau, Desperate Housewives. S’agit-il de donner à cette série d’information politique le ton de la série américaine qui tire en bonne partie sa force de la présence des mêmes personnages d’un épisode à l’autre ? Même méfiants, saluons l’intention, avec son petit pois de créativité. Et suivons au moins les deux premiers épisodes pour se faire une idée (3 et 10 septembre 2007).
D’emblée on peut formuler une remarque. A peine connue l’intention de la TSR, une pétition s’est mise à circuler sur Internet pour exprimer une forte réserve à l’égard de la tentative qui ne devrait tout de même pas être anodine, sous prétexte que «La TSR ne respecte pas son mandat de service public et prend les femmes pour des imbéciles politiques». Et Zendali ne se croira pas forcément à Infrarouge.
Donc, il y a quelque part quelques-uns ou quelques-unes qui savent ce que sera l’émission et qui décident qu’une pétition s’impose. M.Blocher n’est même pas allé aussi loin avec les caricatures de Mix et Remix. Une censure préalable ne se justifie pas. Si l’émission déplait, si elle imite naïvement une série qui dispose de grands moyens, si elle est ridicule, il sera bien temps après projection de le dire. La TSR comme bon nombre d’autres chaînes n’a pas (plus ?) l’habitude d’organiser des avant-premières. Mais haro sur les auteurs d’une telle pétition pleine d’idées préconçues.
A Locarno, les vedettes, ce sont les films…
Locarno, an 60, SSR et TSR
L’image de Cannes donnée il y a quelques mois par le TJ était à tout le moins contestable. Nous l’avions écrit en accompagnant le texte mis en ligne d’un message complémentaire personnel, resté sans réponse.
Dans les années soixante, Vinicio Beretta, Sandro Bianconi et Freddy Buache auraient pu dire s’ils ne l’ont pas fait ce que le directeur d’aujourd’hui, Frédéric Maire, proclame à juste titre haut et fort, même s’il y a à Locarno une autre vedette largement saluée, le cinéma en plein air de la Piazza Grande : « A Locarno, les vedettes, ce sont les films ».
Site officiel du Festival de Locarno : http://www.pardo.ch
Pour rencontrer ces vraies vedettes, les films, donc, ceux de la compétition en particulier qui furent d’abord tous présentés dans les années septante sur la Piazza, encore modeste par le nombre des spectateurs, la programmation pour un lieu pouvant accueillir maintenant plus de 8’000 personnes étant bien différente, il faudra attendre l’après-festival pour savoir quels titres sont déjà ou vont être distribués dans notre pays.
Pour le moment, nous allons examiner quelques aspects de la communication proposée par la TSR à propos de Locarno.
Aux TJ
Le 60ème impose une présence particulièrement bonne. Du 1er au 7 août 2007, pour trois interventions au 12:45, on note une dizaine de sujets traités au 19:30, occupant une trentaine de minutes, ce qui permet de commencer à bien développer certains aspects qui caractérisent un festival et le cinéma suisse, fortement présent à Locarno, peut-être plus dans les débats et les « joies » annexes (subventionnement des festivals; dix ans du Pacte audiovisuel – voir ci-dessous ; sortie du «Cinq kilos», les deux volumes consacrés à 1’200 films partiellement ou entièrement suisses entre 1966 et 2000; anniversaire du festival) que pour présenter les films de la compétition. La part réservée aux films suisses, peu nombreux à Locarno cette année, est exagérément bonne.
Le lecteur intéressé par ce bilan des offres des TJ se référera avantageusement au site tsr.ch dans sa rubrique « Locarno 2007 » avec de nombreux textes complémentaires développant ce qui déborde des limites des modules du TJ, excellent exemple du reste de la complémentarité antenne/internet.
J’en ai apprécié tout particulièrement les contributions du vendredi 3 août avec Freddy Buache, Frédéric Maire, lien entre générations amoureuses du cinéma avec un ancien co-directeur et le nouveau d’une part, Francis Reusser et Lionel Baier, avec une agréable dose de non-conformisme rappelant l’importance de la jeunesse de et à Locarno de l’autre.
Pacte audiovisuel
Le pacte audiovisuel est un accord qui lie la SSR avec les milieux du cinéma, dont on vient de fêter à Locarno le dixième anniversaire. Un document publié par le service de communication d’entreprise de SRG SSR idée suisse à Berne, Update 3/07, fait le point sur cet ensemble de problèmes. Durant la période 2003-2005, ce sont 50,4 millions qui auront été investis dans le cinéma par SRG SSR idée suisse. Et l’on annonce un montant de 57.9 millions pour la période 2006-2008.
Dans l’édition du TJ du lundi 6 août, Esther Mamarbachi proclame : «On l’oublie parfois, le plus fort soutien au cinéma suisse ne vient pas de la Confédération, mais bien de la SSR». Au 19:30 du 7 août, la même affirmation est reprise par la même personne. Dans l’opuscule cité plus haut, on lit en page 2 que les 19.3 millions investis par SRG SSR en moyenne entre 2006 et 2008 représentent « une somme qui la place en seconde position derrière la Confédération, mais avant les cantons. ».
Alors, qui a raison, SRG SSR idée suisse dans sa publication ou Mme Mamarbachi en son TJ ? On pourrait bien se trouver devant une de ces petites imprécisions propres à tout TJ qui doit tout dire tout de suite tout le temps mais en peu de temps.
Durant le même sujet de deux minutes et trois secondes, Gilles Marchand, directeur de la TSR, soulève un intéressant problème : les séries télévisées peuvent-elles être subventionnées par la Confédération ou le pacte audiovisuel ? On semble en effet le souhaiter à la TSR. Mais le Ciné-Bulletin, (dans son no 8/2007 – La loi des séries – Françoise Dériaz) de fournir quelques éléments pour une discussion ouverte qui ne sera pas forcément facile à mener à bien pour concilier des positions antagonistes.
Les séries télévisées d’origine américaine ou anglo-saxonne connaissent de beaux succès depuis quelques années. Cette forme vivante de fiction est même une des plus riches innovations dans la création audiovisuelle contemporaine, toutes formes de supports techniques et de moyens de diffusion confondus.
Alors, des séries suisses financées aussi sur les budgets de la Confédération et du Pacte Audiovisuel? Pourquoi pas ! Resterait tout de même à savoir si la télévision veut des séries un petit peu meilleures que la récente et honorable « Marilou : une sitcom romande » comme devrait l’être la nouvelle version d’Heidi ou si l’ambition se dirige plutôt vers l’équivalent ambitieux et somme toute courageusement non-conformiste des Lost, Prison break, Soprano, Heroes, Nip/Tuck, Six feet under, The Nine, Dr House, Twin Peaks, etc…



