La loi des séries
J’en peux plus des séries télé. Chaque semaine, que dis-je ? Chaque jour, il en tombe une nouvelle « immanquable », une enième « sommet du genre bien meilleur que n’importe quel film de cinéma sorti ces dix dernières années » que l’on nous somme de découvrir séance tenante(…) Sérieux, les gars, vous n’avez pas autre chose à faire que vous fader les 10x55minx6saisons de « Games of thrones » ? Moi si. Comment font les gens ? Comment trouvent-ils le temps ? (……les) films qui sortent en salle sont de moins en moins bons. (..). Les studios (d’Hollywood) ne misent plus que sur (..) ces produits franchisés calibrés pour rapporter un maximum d’argent en un minimum de temps.(..) Il n’y en a plus que les superhéros et les remakes de blockbuskers cultes. Pendant ce temps, les talents sont aimantés vers la télé. Steven Soderbergh se trouve sur le câble. Un jeune cinéaste prometteur comme Cary Futumaga s’épanouit loin des majors, en réalisant la première saison de « True Detective » ou un long-métrage pour Netflix (…) David Lynch (..) prépare son grand retour pour une nouvelle saison de « Twin Peaks ». Paradoxe de notre société ou tout va trop vite : aujourd’hui, pour voir un grand film, il nous faut avoir dix heures devant soi.
Ces lignes sont signées Nicolas Schaller. Elles servent d’édito au « Téléobs » du 12 septembre 2015. A noter que les pages 6 à 9 de même document sont consacrées à dire grand bien de la saison 2 de « Halt and catch fire », une série « confidentielle mais formidable « qui démarre actuellement sur Canal+Séries. Et pour en rajouter, deux pages sont consacrées ensuite à l’entourage de la nouvelle directrice de France Télévision, Delphine Ernotte, qui vient de surprendre en prônant la fabrication d’un pilote de toute nouvelle série plutôt que de prendre des décisions sur des intentions écrites seulement. Elle propose de faire … comme les Américains, mais pas ceux d’Hollywood, d’HBO plutôt..
Il se passe plein de choses dans le monde des séries, en particulier un glissement des petits écrans des chaînes généralistes ou spécialisées vers les nouveaux supports, type Facebook, ou des réseaux parallèles comme par exemple Netflix.
Et ce n’est pas l’auteur de ces lignes qui, à l’évidence, souffre d’une addiction aux séries plus désormais qu’à la fiction cinématographique qui va s’élever contre cet hommage ironique adressé à ce qui se fait le mieux dans l’audiovisuel créatif contemporain, les séries récurrentes. La preuve de cette addiction : sur les 361 sujets recensés sur ce blog ces dernières années, 24 sont consacrés à la fiction en général et 93 aux séries, en gros le tiers….
Même en Suisse : il n’y aura pas de deuxième saison de « Station horizon ». Et la Suisse pourrait participer activement à la mise sur pied de deux séries européennes, rien moins.
PS : à partir de texte ci-dessus en italiques faisant allusion à rapporter un maximum d’argent en un minimum de temps. Quel est l’équivalent, en télévision, de ce rêve ? Il se nomme audimat, parts de marché en pourcent ou en milliers de téléspectateurs….
La rentrée des séries
(Illustrations suivent)
Pas très « sexy, les programmes tv, l’été, avec des « vacances » qui durent au moins huit semaines, beaucoup de reprises avec mises à jour, du divertissement. Pourtant, en cette période de l’année, la ménagère de moins de cinquante ans, toujours la même depuis vingt ans, est parfois plus disponible . Début septembre, c’est la rentrée. Dans la presse un peu sérieuse qui s’intéresse à la télévision, autrement dit dans celle qui ne se contente pas de faire la promotion plus ou moins commentée de multiples programmes, on célèbre cette rentrée comme un espoir. Pour être dans le vent, rien de tel que de rendre hommage aux séries qui prennent de plus en plus de place, non pas dans les programmes, c’est chose acquise depuis longtemps, mais dans la presse sérieuse, laquelle prend réellement conscience du haut de gamme
TéléObs
Dans le numéro de fin août, en première, ces séries « vont créer l’événement, (c’est) pourquoi on les attend ». Suivent six pages d’énumération, « Attention,avalanche » avec brèves réponses à trois questions, C’est quoi ?, Pourquoi on attend ?, C’est pour qui ? Idée intéresssante, ajouter un « indice d’impatience, qui oscille entre 6, pour « Au service de la France » et « Mentalist » et 10, pour « The affair » et « The Loftlovers
Sont abordées quatorze propositions, huit américaines et six européennes. Mais parmi celles-ci, il y a une anglaise, une française en anglais, « Versailles », une franco-hollandaise, et trois franco-française ( * »Au service de la France », « Les revenants » et « Un village français ». Manque un brin d’ouverture sur toutes les autres provenances, les scandinaves, bien sûr, mais pas seulement
Autre indice intéressant qui concerne la France, donc indirectemeent la Suisse romande et peut-être la Belgique francophone : cinq des offres sont accessibles sur une chaîne généraliste gratuite (Tf1, France3, W9 et deux fois ARTE). Il faut payer pour les 9 autres un abonnement (Netflix , Canal + et Canal Séries).
Sur la RTS, dont la programmation devrait tout à la fois ressembler à celle de TF1, France 2 et 3, France5 et Arte, exigences surréalistes, mais qui ressemble plus souvent à TF1 qu’à France 5 ou Arte, on a vu « Homeland » (indice d’impatience 7) « Mentalist » (6), « L’Affair » (10), sauf omission. On en verra peut-être d’autres peut-être parmi les nouveautés…
« Le monde »
Six éditions du dimanche/lundi ( des 19 et 29 juillet 2015 au 23 et 24 août) furent consacrées à une série de six pages ayant pour thème « L’Europe des séries », places faites dans l’ordre à La France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, le Belgique, la Suède(et ses voisins).
La Suisse est encore un peu trop « courte » pour intéresser les collaborateurs du « Monde ». Mais peut-être bien que les Wallons savent mieux se faire connaître à Paris que les Romands !La TSR dispose tout de même d’une case régulière, « Made in Europa », à la programmation souvent intéressante, mais rejetleé à des heures tardives ( entre 22h30 et 01h00 selon les semaines)
Télérama
Télérama aère sa partie réflexive en doublant de cinq à dix la pagination pour passer de « votre semaine télé » à un « magazine » : « Vous regardez la télé autrement, nous aussi », ceci pour « vous faire aimer ce trésor d’ouverture sur le monde ». Rien que cel ! Encore un petit effort, et l’on y accordera plus de place aux séries peut-être sous-estimées dans cet excellente publication culturelle.
L’hebdo
Le 8 août 2015, « L’hebdo » consacrait son édito au « modèle danois » dans le secteur des séries. Ensuite, sur sur trois pages, on se demandait « si la Suisse devenait le nouveau Danemark » qui évoquer largement le problème des séries européennes dont on vient de voir un exemple intéressant qui ne s’inscrit pas encore dans le haut de gamme, « The team » présenté par la RTS puis par ARTE (nos 7 et 8 sur 8 ce jeudi 10 septembre 2015).
On y reviendra !
« Réfugiés » ou « Migrants »
La photo de Bodrum
Vu une première fois cette photo qui vient de faire le tour du monde le jeudi 3 septembre 2015,vers 07:00, en page 5 du « Temps ».
Trouvée aussi, peu après, sur « « Facebook » avec ce texte :
Mais que sommes-nous devenus
Assez de ce discours de la barque pleine!
Le temps est venu de nous relever!
De retrouver notre dignité!
De nous souvenir de nos valeurs !
Debout, les gens!!!!!
Rédigé ensuite un premier texte ! Une hésitation : y mettre cette image ? Elle y est, mais cela ne doit pas suffire. Décidé de faire au moins un don à une ONG qui s’occupe de “réfugiés”. Trop de bonne conscience, ainsi ?
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Dessins de Mix&remix pour » Migrants : la honte de l’Europe? »
Chaque vendredi, un caricaturiste est l’invité de « 28 minutes ». Ses dessins sont aussi vus par les invités. Les contributions de « Mix&Remix » pour « Infrarouge » apparaissent lors de la diffusion tardive en « direct-différé » d’une émission enregistrée quelques heures plus tôt. Les participants au débat ne connaissent pas ces dessins. C’est bien regrettable, car ils apportent à l’émission autre chose que du « pour » ou du « contre ». Voici quelques-uns de ces dessins.
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Le sens des mots
« Réfugiés » ? Ceux qui fuient un pays « pour des raisons de sécurité ou de survie », leur vie mise en danger. « Migrants » ? Ceux qui se déplacent volontairement « pour des raisons économiques, politiques ou culturelles » (selon Larousse). Tout réfugié est aussi un migrant, mais un migrant n’est pas forcément un réfugié.
Une démocratie peut-elle rejeter un réfugié ? Pire, le renvoyer dans son pays d’origine ! L’Europe renvoie en principe le migrant vers le premier pays d’accueil de l’espace Schengen. L’Allemagne de Mme Merkel vient de décider de ne plus appliquer cette règle de renvoi aux réfugiés syriens. C’est une attitude généreuse et nouvelle, même si l’Allemagne, pays à la démographie fragile, se félicitera peut-être bien, plus tard, de cet apport de gens souvent bien formés.
Les faits puis la réflexion
Que nous apprend la télévision sur cet ensemble de problèmes ? Dans un court sujet de « Téléjournal » assez peu de choses. Un peu plus en additionnant les sujets quotidiens. Mais la synthèse manque.
Pour comprendre un peu mieux quelles seraient les conséquences de l’attitude des droites nationalistes souvent extrêmes, qui prônent la fermeture des frontières, mieux que les informations quotidiennes télévisées, la lecture des journaux qui prennent au sérieux leur devoir d’information commentée reste précieuse. A chacun ses sources : les miennes passent d’abord par « Le Monde », puis « Le temps » et « L’Obs » et parfois « L’hebdo ». Mais on trouve aussi sur le petit écran des rendez-vous de réflexion parfois d’un excellent niveau.
C…dans l’air (France 5)
Souvent très proche de l’actualité, « C….dans l’air » ( France 5, cinq jours de semaine à 17h45 avec reprise vers 22h3o) devient presque incontournable, par la qualité de ses quatre invités et d’excellents animateurs, comme Yves Calvi ou Caroline Roux. Il ne s’agit pas pour les invités de s’affronter mais bien d’apporter chacun son angle d’approche à partir de principes et de regards » différents.
On ne s’écharpe donc pas sur le fait ou non de fermer les frontières. On y examine par exemple, ce qui se passe quand l’entrée du tunnel sous la Manche à Calais est bouclée. C’est simple, sans attendre bien longtemps, les migrants se déplacent pour emprunter une autre voie d’accès vers le pays qu’ils ont clairement choisi.
On entend parler de milliers d’euros à payer pour effectuer certains parcours, pas seulement en mer. Ceux qui se déplacent ont souvent une bonne formation professionnelle leur ayant permis de payer des « passeurs » qui profitent bien entendu de la situation. Les pauvres ? Ils restent en Syrie ou se retrouvent par centaines de milliers en Turquie, au Liban, en Jordanie.
Une société démocratique devrait d’abord assurer l’accueil des « réfugiés » et s’en prendre aux « passeurs » plutôt qu’aux migrants. Et il suffit parfois d’une remarque apparemment anodine pour s’interroger, par exemple souligner l’importance de bornes qui permettent de recharger des portables, moyen de communication qui signifie que ceux qui se déplacent ne s’en remettent que rarement au hasard, une fois leur pays d’origine quitté.
28 minutes (Arte)
Le « 28 minutes » d’ARTE ( jeudi 3 septembre), avec sa construction en plusieurs rubriques, permet l’accueil d’un ou une invité(e) suivi d’un entretien où trois « spécialistes » répondent aux questions de l’animatrice, Elibsabeth Quinn, accompagnée de deux collaborateurs. Lors de l’émission du 3 septembre, le témoignage de Philippe Douste-Blazy, maintenant conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU, en particulier après une visite à Lampedusa, fut d’une qualité qui devrait troubler ceux qui veulent fermer les frontières.
Infrarouge (RTS1)
« Infrarouge » est donc une émission construite sur un principe simple, l’affrontement des « pour » et des « contre ». « Migrants :la honte de l’Europe »? » n’était peut-être pas le meilleur des titres. Les interventions de M.Norman Gobbi fleurait bon les positions de la « Lega » qui ne doivent pourtant pas être celles du Conseil d’Etat du Tessin auquel il appartient. Et Claude Smadja s’en vint à remettre comme un sauveur « l’Eglise au milieu du village » pour défendre ce qui apparaissait bien être une fermeture la plus stricte possible des frontières puisque l’actuel mouvement migratoire risque bien de se prolonger longtemps. Et c’est ainsi que les interventions des autres invités, marqués au sceau d’une lucide ouverture, finissent pas ressembler à des arguments pour « contrer » le duo auquel, en exagérant, la réponse pourrait bien être oui à la question « faut-il construire des murs » ou plutôt que de choisir « de créer des camps pour accueillir dignement » des migrants.
La photo de Bodrum n’était pas connue mardi soir. Eut-elle changé la nature du débat d’ « Infrarouge » ?
Prôner la fermeture de frontières, si tant est qu’elle soit techniquement possible dans un pays démocratique, cela revient à interdire à un être humain de droit d’être un « réfugié » !
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PS : consulté, vendredi 4, le « forum » d' »Infrarouge » associé à l’émission du 1 septembre. Même démarche, le dimanche 6, pendant quelques minutes. Ce n’est plus tout à fait le même ! Mais sidéré: c’est un défouloir, par exemple contre Micheline Calmy-Rey, sous couvert d’anonymat. Incroyable ! Il faudra y revenir. Encore un dessin même pas signé d’un pseudo, mais qui « dit » juste !
La série est plus qu’une mode!
Le hasard (de la programmation) fait bien les choses. On peut voir ou revoir sur ARTE, mercredi 26 août 2015, de 20h50 à 00h40 une des versions de « Heimat », la plus récente, de 2013, composée de deux films, « Chronique d’un rêve »(107 minutes) et « L’exode » ( 128 minutes) assoociés à la série de séries désormais classiques qui a débuté en 1984. Cette « préquelle » ou « anti-épisode » se déroule entre 1842 et 1844, déjà dans le village de Schabbach. La saga, elle, couvre une période allant de 1919 à 1983.
Puis ce sera, des jeudis 27 août 2015 au 24 septembre, une version restaurée et remontée de »Heimat, une chronique allemande », en sept épisodes, d’abord deux par deux puis un par un, la saga qui se déroule de 1919 é 1982, à une heure hélas tardive (après 23h00). Comme si on ne pouvait lire « Guerre et paix » qu’en fin de soirée….(fyly – 25.08.15 – 14h00)
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La notion même de série existait déjà au cinéma au début du XXe : la preuve en images ! Et celle-ci s’y est inscrite dès les débuts de la télévision, au moins sous forme de « soap opéra » quotidien. Depuis quelques années, tout le monde en parle comme s’il s’agissait de révélation.
Se mettre d’accord sur la notion de « haut de gamme » ou de « forte valeur ajoutée » n’est pas notre propos ici. Notons tout de même qu’un excellent audimate n’est qu’un des critères parmi d’autres. Exprimé en milliers de téléspectateurs, il est fortement dépendant de l’heure de diffusion. Formulé en pourcent, il devient signe intéressant.
Bon : un vent de mode, qui n’est pas tout de même pas tombé avec la dernière pluie, veut que l’on célèbre un peu partout les réussites des pays scandinaves, Danemark plus encore que Suède et Norvège, faute de savoir ce qui se passe en Finlande. Mais il y a tout de même eu, un peu partout, un avant « Borgen ».
- La Tête coupée. 33 min. Sorti le 13 novembre 1915.
- La Bague qui tue. 15 min. Sorti le 13 novembre 1915.
- Le Cryptogramme rouge. 42 min. sorti le 4 décembre 1915.
- Le Spectre. 32 min. Sorti le 7 janvier 1916.
- L’Évasion du mort. 37 min. Sorti le 28 janvier 1916.
- Les Yeux qui fascinent. 58 min. Sorti le 24 mars 1916.
- Satanas. 46 min. Sorti le 15 avril 1916.
- Le Maître de la foudre. 55 min. Sorti le 12 mai 1916.
- L’Homme des poisons. 53 min. Sorti le 2 juin 1916.
- Les Noces sanglantes. 60 min. Sorti le 30 juin 1916
Pour toute opération audiovsuelle, il faut un « conducteur » appelé « show-runner » dans les séries anglophones, qui n’est que le lointain équivalent du si cher au coeur des cinéphiles « auteur » d’un film, en général le réalisateur parfois aussi scénariste.
La preuve que la série « haut de gamme » à « forte valeur ajoutée » existe depuis longtemps est facile à faire. Elle reposera seulement sur quelques exemples tout de même choisis pour n’être pas en contradiction avec la bonne vieille notion d’auteur de film au sens mis en valeur dès les années 1950 par les « Cahiers du cinéma ».
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Au moins chaque fois une image, pour mémoire, même lointaine :
La maison des bois – Maurice Pialat – France – 1971
Scènes de la vie conjugale – Ingmar Bergman – Suède – 1973
Heimat- Edgar Reitz – Allemagne – 1984
Twin Peaks – David Lynch- USA – 1991
L’Hôpital et se fantômes- Lars von Trier – 1995-58
« Talk Show » ou « Débat d’Idées » ?
N’existe-t-il pas mieux que cette expression anglophone qui associe, (à égalité ?), parole et spectacle ? C’est ainsi qu’«Infrarouge » est un « talk sow », pas aussi percutant que l’était en France « Droit de réponse ». Peut-on affubler le « 28 minutes » d’ARTE, ou le « C…. dans l’air » de France 5 de « Talk Show » ! Alors, quoi d’autre ? « Débat d’idées », peut-être, ou « Echanges d’information ». Ce n’est pas le « Show » qui fait le mieux comprendre les problèmes. Une télévision généraliste de service public devrait avoir au moins l’ambition d’informer (talk) plutôt que de s’assurer une bonne audience (show) !
Un « trou » dans l’offre télévisée de la RTS
Soit un événement de portée large, ouvert sur l’international, ou de portée nationale et parfois même modestement régionale. Que fait la seule télévision romande, sur le petit écran qui reste tout de même le plus fréquenté ?
En deux/trois minutes, y compris si nécessaire pendant quelques jours, le « Téléjournal » prend acte de l’existence du problème esquissé dans ses grandes lignes. Une ou deux semaines plus tard, « Mise au point »y reviendra sous forme d’un reportage documenté d’une dizaine de minutes. On aura droit ensuite à un sujet dit d’actualité dans l’émission dite d’actualité, « Infrarouge ». Des mois plus tard, « Temps présent » reviendra sous la forme d’un reportage de cinquante-deux minutes. Et plusieurs années vont passer avant d’entrer dans les coulisses de l’événeme
Il y a un trou dans la programmation de la RTS : pas de place, actuellement, pour un premier « débat d’idée », même un peu à « chaud ». La RTS annonce l’introduction prochaine d’un « talk-show » !
Comparons « Infrarouge », « 28 minutes » et « C’..dans l’air », issues de trois chaînes généralistes associées au service public, la RTS, ARTE et France 5, dont il serait intéressant de comparer aussi les budgets. Actuellement, les deux premières sont en vacances estivales prolongées. Les qualités et les défauts des émissions dépendent pourtant plus de leurs structures que du talent des animateurs.
« 28 minutes » (Arte, du lundi au vendredi, peu après 20h00)
« 28 minutes », dans sa partie « débat d’actualité », réunit six personnes, trois invités et trois collaborateurs de la chaîne émettrice. A trois, ils peuvent se répartir la préparation de l’émission, en particulier « plancher » sur une partie du sujet du jour. En face du trio invitant, les invités proposent trois approches différentes qui peuvent parfois se rejoindre sans à-priori ! Tout dépend alors de l’esprit : le pugilat verbal n’y est pas prioritaire, ce qui n’interdit pas des dérapages, parfois même des moments de tension entre un invité et un invitant.

Invités et invitants voient les dessins de presse insérés dans l’émission : Coco résume la présidentielle de 2017
En principe, le téléspectateur qui assiste tout de même en partie à un spectacle aux rubriques très formatées, a l’occasion d’entendre des informations sur le sujet du jour plus complètes que les siennes. La valeur pédagogique, apportée par des spécialistes plutôt que des « partisans » est assez importante. Chaque invité ou invitant dispose en moyenne que d’un peu moins de six minutes pour s’exprimer. C’est parfois trop peu. Un peu de temps est consacré à des informations extérieures, sous forme de reportages. L’émission se déroule en studio et sans public.
C…dans l’air (France 5, du lundi au vendredi, à 17h45 et 22h30)
« C…dans l’air » est présenté par un animateur unique. Quatre invités, tous spécialistes du sujet du jour, presque toujours ayant signé un livre sur le thème abordé, proposent leur propre angle d’approche qui n’est pas forcément représentatif de la ligne d’un parti politique. Cette approche peut être scientifique, économique, humaniste, certes souvent inscrite dans une sensibilité politique. Trois documents apparaissent durant l’émission, certains de réalisation récente. Il doit exister une réserve de sujets préparés un peu à l’avance puisque l’actualité touche celle qui est dans l’air du temps.
La fin de l’émission est consacrée aux questions du public qui apparaissent écrites. Lire des textes qui défilent au bas de l’image ne permet pas toujours d’écouter attentivement ce que disent des invités. Les invités ne se coupent la parole que rarement et l’animateur réagit rapidement et avec autorité à l’amorce d’un dérapage. Les invités, souvent des habitués plus nombreux que les habituées, ne viennent pas faire la promotion de leur idéologie. Ils sont là pour éclairer un événement à travers leurs connaissances qui reposent en partie sur leur choix de société. L’animateur, souvent, pose des questions qui lui permettent, à lui aussi, avec modestie, de mieux comprendre les enjeux du sujet du jour. A cinq, durant environ 75 minutes, dont à déduire le temps de passage des documents préparés hors émission. cela en donne au moins douze minutes à chacun ; le temps, souvent, de se faire bien comprendre. L’émission se déroule en studio, sans public, mais avec des questions qui émanent de lui

Yves Calvi et Caroline Roux : de la rigueur attentive et empreinte de curiosité de la part de deux des animateurs. (FR5)
Deux possibilités de la suivre durant cinq jours en semaine, à 17h45 avec reprise vers 22h30. La qualité de l’information ? Souvent au niveau de grands quotidiens français « Le Monde » et « Le Figaro », grands fournisseurs d’invités réguliers, mais parmi d’autres.
Infrarouge (RTS 1, mardis seulement, après 22h30)
Le descendant du lointain « Table ouverte » dominical, dirigé par deux animateurs mais en alternance, avec quelques trop brefs documents illustrateurs du sujet du jour, se déroule en public, durant un peu plus de soixante minutes une fois par semaine. La présence du public est inutile. Applaudir à la fin lui permet de remercier la puissance invitante. On y joue franchement le jeu du duel à composante politique, les pour et les contre, la droite contre la gauche, dans un pays de consensus indispensable gouverné en alternance entre centre-droit et centre-gauche. Les experts sont plus rares que les représentants de grands courants politiques, écolos, socialistes, PDC et parfois PDB, radicaux-libéraux et UDC. Bref, un parlement miniature chaque semaine, où l’on remplit presque obligatoirement une mission, se chamailler.

Les dessins de Mix&Remix pour « Infrarouge » ne participent pas aux chamailleries. Pourquoi les invités n’en parlent-ils jamais ? (Photo RTS)
A droite de l’animatrice ou l’animateur, la gauche et à sa gauche la droite, donc la gauche à gauche et la droite à droite pour le téléspectateur. C’est souvent à qui le premier, une fois exposé la position des siens, s’en prendra à ceux d’en face qui ont donc tort et se trompent carrément sur toute la ligne. J’exagère ? Un peu, mais à peine. On y cultive hélas un peu trop le spectacle du pugilat. Qui peut régulièrement affirmer en savoir plus sur le sujet du jour après l’émission qu’avant ? Des experts plus ou moins « neutres » remplacent en cours d’émission d’autres « experts » plus ou moins neutres, les principaux invités pour leur appartenance politique présents d’un bout à l’autre. C’est la formule même qui veut cela. Le directeur du débat doit maintenir l’ordre. Il ne participe que rarement à la discussion, ne serait-ce qu’en posant les questions qui parfois s’imposeraient d’elles-mêmes. Le « show » est plus fort que le « talk ». Et chaque semaine, il y a seulement un sujet d’actualité, souvent traité un peu tardivement, et rarement ouvert sur le monde extérieur (ah, les crottes de chien!).
Résumé des structures
«28 minutes » : cinq fois trente minutes par semaine avec trois invités et trois invitants !
« C…sans l’air » : cinq fois environ septante minutes par semaine avec quatre invités et un invitant !
« Infrarouge » : une fois par semaine pendant plus de soixante minutes avec six à huit invités et un invitant !
Depuis de nombreux mois, je suis fidèle à « C…dans l’air » ouvert sur le monde, même à travers les sujets franco-français. Entre 20h00 et 20h45, j’oscille entre la RTS et ARTE. Je m’impose de suivre « Infrarouge » quand le sujet me semble important.
Alors ? Une émission quotidienne de discussion sans trop de spectacle prochainement sur la RTS ? Volontiers, surtout si elle ne ressemble pas à « Infrarouge »…
De séries « lues » dans la presse….
D’abord, même sommairement, il faut tenter de faire le point sur les séries télévisées en général dont l’importance est grandissante dès lors que les ambitions initiales, distraire et plaire au plus grand nombre, prennent maintenant aussi en compte une forme de réflexion sur le monde avec un intérêt profond pour les personnages qui évoluent au fur et à mesure du récit.
De l’unitaire à la récurrente
Toute série se compose d’épisodes à diffusion quotidienne ou hebdomadaire qui forment une saison à laquelle peut s’en ajouter annuellement d’autres. La série est unitaire si les mêmes personnages qui ne changent guère servent de supports à une histoire par épisode. Elle est récurrente si ces personnages qui évoluent s’inscrivent dans un récit se développant durant tous les épisodes. Et d’autres saisons peuvent suivre, avec une autre histoire ou la même qui se poursuit. La série récurrente se doit de créer un désir de fidélité. Il y a plus à attendre et recevoir d’une série récurrente que d’une unitaire. Voici quelques exemples parfois révélateurs.
«Fémina »
« Fémina », encarté dans « Le matin-Dimanche » (2 août 2015) consacre quatre pages aux séries télé – « Les povers girls » : Complexes. Diversifiées. Les personnages féminins ont le vent en poupe à la télévision. Reflet de la société ou anticipation ? illustrations : « Scandal », « Outlander », « Borgen » en grand, mais aussi « Orange is the new black », « Supergirl », « Games of thrones », « Veep », « The good wife », « The killing », « Girls ». Un encadré avec : « On a toutes en nous quelque chose d’elles ». Jolie dernière phrase du texte : « Hillary Clinton a révélé sa série préférée : Borgen ».
« TéléObs »
Le nouveau supplément de l’OBS, « L’hebdo des médias », consacre la moitié de sa pagination aux programmes avec une émission développée par page. L’autre moitié ? Des textes allant plus loin dans l’analyse. Dans le dernier numéro de juillet 2015, quatre pages d’images et de textes pour décortiquer « Mad men », une série un style) et début août, quatre pages aussi pour « Engrenages, les mythologies ». Une grande série américaine parmi beaucoup d’autres ; une bonne série française parmi de rares autres à ce niveau.
Le Monde »
« Le Monde » a renoncé à son supplément hebdomadaire pour une page quotidienne, avec mot croisé et sudoku, sélection de quelques émissions de la soirée et présentation détaillée de deux émissions, parfois en radio, plus souvent dans le service public que sur les chaînes commerciales », choix assurément pointus.
Deux pages supplémentaires sous le titre « Télévisions », apparaissent dans l’édition de Dimanche/Lundi. Une suite de six volets est en cours, consacrée à « « L’Europe des séries ». Déjà parus « La France prête à entrer dans la course », « L’Italie, la force de la tradition », « L’Allemagne veut s’exporter ». Dans l’édition des 20 et 21 juillet, Marc Nicolas, directeur de la Fémis, évoque un cours récent conduisant à la formation au scénario de séries. Il s’intéresse à la place occupée par la France en Europe. Citation pour le plaisir : « Il m’a fallu sept ans pour convaincre le milieu du cinéma que les meilleures séries n’avaient pas grand chose à envier au cinéma depuis *Les sopranos*, « Six feet under » et « The wire »(…).
A signaler, dans l’édition des 2 et 3 août 2015, un très élogieux texte consacré à « The Affair » avant sa prochaine présentation sur Canal+ vers 21h00. Les téléspectateurs romands noctambules viennent de la voir en priorité durant cinq mercredis de juillet (çà, c’est très bien), mais seulement entre 22h30 et 00h30 (çà, c’est très dommage, car toute émission programmée par n’importe quelle chaîne à partir de 23h00 ne peut que rencontrer un maigre public).
Bougrement habile, la fin de la première saison de cette excellente série où l’enquête menée deux ou trois ans après les faits qui restent encore partiellement mystérieux conduit à l’arrestation de Noah.
Trois magazines romands
La petite suisse romande de moins de deux millions d’habitants dispose de trois magazines consacrés en bonne partie à la télévision. Quelle est la part de chacun consacrée aux textes et non aux programmes?
Dans le « Guide TV », sept pages de textes plutôt courts sur une trentaine (un peu plus de vingt pourcent).
Dans « Télétop-Matin », une douzaine de pages de textes plus ou moins développés contre le double en programmes. (un peu plus de trente pourcent)
Dans « TV8 », ce sont près de nonante pages de papier glacé produisant presque un effet de luxe, dont sept fois neuf pages de programmes de très nombreux canaux (Environ trente pourcent pour les textes).
Des différences entre eux : exemple à propos de l’épisode de « True detective » du lundi 27 juillet, dans la partie consacrée aux programmes :
« Guide TV » (Tamédias Publications romandes SA) » : un crime commis en Californie amène deux inspecteurs, un policier de l’autoroute et un criminel à naviguer de concert »
« Télétop Matin » (Tamédias publications romandes SA) : un crime commis en Californie amène deux inspecteurs, un policier de l’autoroute et un criminel à naviguer de concert pour tenter d’en comprendre la cause.
« TV8 » (Editions Ringier Romandie) : A Ventura County, un flic ripou, une policière intègre et un vétéran de l’armée reconverti en crack de la patrouille routière enquêtent sur le meurtre d’un politicien corrompu.

Antigone Bezzerides, « Ani, » (Rachel McAdmans), certes « policière intègre », mais à la vie privée compliquée et à la professionnelle pas tellement calme (True Detective,saison 2)
Deux éditeurs en concurrence sur le marché restreint romand : hier, ils étaient unis pour prendre prétexte de la nouvelle redevance pour affaiblir la SSR-SRG !
Dans la presse quotidienne romande, il y a assez peu de réflexions sur la télévision, remplacée par la promotion, surtout celle d’émissions télévisées, et pas seulement dans les pages consacrées aux programmes.
True Detective
Dans « Télétop Matin » ( 26 juillet), presque deux pages sur cette imposante série : fort intéressant texte tressé autour de la force des personnages féminins, avec hommage à celui d’Ani Bezzerides, clin d’œil adressé à Sophocle. Un bref hommage est rendu à « quatre autres femmes fortes du monde des séries ».
Dans « TV8 » 1er août), deux pages sur le même sujet, mais centré sur Colin Farrell, qui interprète Ray, certes personnage pourri, mais pas seulement. Le titre – « Je déteste les armes à feu » – vaut pour l’acteur, pas pour le personnage.
Revu sur ARTE le lundi 25 une partie de « Scènes de la vie conjugale » (1973) d’Ingmar Bergman. Du grand cinéma. Passé en cours de soirée, vers 22h10, sur « True Détective », 6ème épisode. De la grande télévision. La VO, c’est important : elle ne prive pas l’acteur de sa voix !
Il faudra revenir sur ce saut apparemment brutal, qui conduisit d’Ingmar Bergman à Nic Pizzalotto. Aussi admiratif devant le film que la série, qui sous certains aspects se ressemblent. Et ce n’est pas de la « provoc » !!
De Saul Bass au générique de « The affair »

« Pour les besoins du tournage, une grande partie de la ville de l’époque, notamment le front de mer, a dû être reproduite. Une prouesse qui a coûté vingt millions de dollars » ( Texte à propos de « Broardwalk empire » paru dans « Le Monde » ( 13-14 octobre 2013)
Une paire d’élégants souliers, des bouteilles malmenées par des vagues, la silhouette de Steve Buscemi qui semble s’éloigner : ce sont là quelques images d’un générique remarquable, celui d’une série remarquable, « Boardwalk empire ».
Saul Bass
Dans le bon vieux temps, au cinéma, le générique apparaissait au début du film. Aujourd’hui, on met le tout à la fin. Ainsi le public peut quitter la salle. Le responsable de la continuité sur petit écran peut le couper pour faire place à la publicité.
Le cinéphile pur et dur doit se souvenir d’un certain Saul Bass. Mais pas seulement lui : le créateur de l’affiche de « Games of throne » s’inspire, paraît-il, de lui.
D’ailleurs, pour en savoir un peu sur Saul Bass, il existe un court-métrage en ligne sur ARTE :
http://cinema.arte.tv/fr/article/les-generiques-de-saul-bass.
Rendons hommage en passant à deux cinéastes, peut-être trop oubliés par ceux de la jeune génération, Otto Preminger et Alfred Hitchcock.
Ils sont rares, sur grand écran, les films d’aujourd’hui qui retiennent aussi l’attention pour leur générique qui s’inspire de l’esprit du film, surtout s’il respecte aussi ses qualités esthétiques.
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Génériques de séries
Mais il est, dans l’audiovisuel contemporain, un secteur qui soigne particulièrement bien ses génériques qui mettent l’eau à la bouche. Au cinéma, le graphisme de Saul Bass tenait souvent de l’œuvre d’art.
Le mercredi 29 juillet 2015, vers 22h30, passent les deux derniers épisodes de la première saison d’une magnifique série assurément de haut de gamme produite par Showtime, « The affair ». Saura-t-on qui est la victime ? Saura-t-on si le mystérieux enquêteur venu de l’avenir parvient à découvrir le coupable ? Mais les deux clans Solloway et Lockhardt sont-ils définitivement secoués par la liaison difficile de Noah et Alison, l’alternance maintenue entre les deux dans chaque épisode ? La réponse sera donnée dans la deuxième saison qui reviendra dans quelques mois.
Il est pourtant possible de se référer au splendide et inquiétant générique chanté par Fiona Apple à la voix troublante et sensuelle. Et de rendre hommage à la série en images :
http://www.canalplus.fr/c-series/c-the-affair/pid7559-videos.html?vid=1151195
« The affair »: belle et subtile réussite
« The affaire » ? Episodes 3 et 4, le mercredi 8 juillet dès 22h30, jusqu’à minuit trente, programmation presque « méprisante » pour cette série qui est une belle réussite.
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Pour y passer des vacances d’été, la famille Solloway, Helen et Noah, quatre enfants, se rend à Montauk. Alison, occasionnellement serveuse, et Cole Lockhardt y tiennent à bout de bras un centre équestre un peu désuet. Les deux couples sont plutôt unis, apparemment bien ensemble, bien sûr avec quelques grains de sable. Noah et Allison vont se rencontrer.
Adultère il y aura : sans surprise ! Dès le début du premier épisode, alors qu’il nageait dans une piscine, Noah a croisé une jeune femme inconnue mais tentatrice discrète. Terrain préparé ! Un excellent et intrigant générique va suivre.
Dans les deux premiers épisodes, au milieu et à la fin, un inspecteur de police interroge Noah et Allison à tour de rôle. Sur quoi ? Un accident qui est peut-être un meurtre ? On n’en sait pas plus que l’un et l’autre, qui ne sont peut-être pas seulement témoins. Et qui est la victime ? Ceci pour le « suspens » !
Mais cette histoire d’adultère avec enquête policière va éviter tout banalité par les décisions des auteurs de la série, Sarah Treem et Hagai Levi, lesquels sont crédités de la « création » et participent à la « production » pour « Showtime ».
Le temps du récit ? Ce pourrait être celui des interrogatoires de l’inspecteur de police, Noah et Allison en alternance. On suit d’abord Noah pendant la moitié de l’épisode puis on privilégie Alison. Ce n’est pas vraiment le récit fait par l’un puis l’autre. Si un même événement est abordé différemment, il peut aussi être interprété comme un désir ou un souvenir plus ou moins « flatteur » ! Les mots des réponses que chacun fait à l’enquêteur semblent glisser entre le dialogue pour devenir une voix qui exprime des sentiments intérieurs. Riche ambiguïté !

The affair : les deux couples (Shotime/RTS)
De gauche à droite : les Lockhartt, Cole (Joshua Jackson) et Alison (Ruth Wilson) et les Dolloway, Noah (Dominic West) et Helen (Mura Tienry)
Alison et Noah sont les figures centrales du récit. Mais d’emblée on sent d’emblée la volonté des « auteurs » de la série d’accorder toute attention aux proches, mari et épouse, enfants, beau-frère d’Alison ou beaux-parents de Noah. Entre autres….
Ce principe d’alternance n’est pas nouveau. Mais il est utilisé ici a avec une grande subtilité. Un même événement peut être mis en scène de la même manière dans chaque récit tout en conduisant le spectateur à s’interroger sur les différences pas toujours faciles à repérer tant elles sont nombreuses mais parfois volontairement insignifiantes. Certes, une partie des événements ne concerne l’un sans que l’autre n’en ait connaissance : forme traditionnelle de récit.
Voici pour premier exemple un dialogue qui se déroule au milieu du deuxième épisode . Alison et Noah ont fait connaissance. Alison va partir adressant comme au revoir un « Noah Solloway ». Noah répond seulement « Alison » laquelle ajoute « Lockhardt » qui amène une relance du premier par « comme le manège ? ». Fin travail d’écriture bien porté par les acteurs et monté avec efficacité pour faire surgir ce qui était connu sans avoir été dit.
« The affair » : à double sens ?
A voir, probablement avec grand plaisir, sur RTS 1, dès le mercredi 1 juillet aux environs dès 22h30, la première saison d’une nouvelle série récurrente de dix épisodes offerte en duos.
Lu plusieurs textes élogieux, par exemple dans « Télérama » en octobre 2014, mais aussi dans « TV8 » dans le numéro 26 du 27 juin au 3 juillet ; vu des extraits titillants sur internet; entendu même quelques compliments oraux.
Voici certaines raisons d’espérer que cette première saison soit réussie :
+ showtime, chaîne à péage américaine, a produit parmi d’autres des séries comme « les Borgias », « Californication », « Dexter », « The L world », « Les tudors », « Weeds »et préparerait une nouvelle saison de « Twin peaks » pour 2016. Le non-conformisme est bien présent dans ces choix ;
+ c’est une série récurrente, le titre anglais semblant bien prendre un double sens, celui de la « liaison » amoureuse tout autant que d’enquête dont semble-t-il on ne saura qui est le mort ou le disparu et le coupable, par meurtre ou accident, seulement vers la fin de la saison ;
+ Doit-on au scénariste israélien Hagaï Levy la structure du récit qui relate les mêmes événements vécus ou vus par le professeur Noah Solloway, marié et père de quatre enfants et la serveuse Alison Lockhardt qui vient de vivre un drame ? C’est une démarche en double regard plutôt assez rare. Ose-t-on évoquer le très lointain « Rashamon » de Kurosawa ?
+ la présence d’acteurs britanniques comme Dominique West et Ruth Wilson pourrait bien introduire une subtilité inhabituelle dans l’interprétation;
+ enfin, la RTS n’aime guère proposer des séries récurrentes qui risquent de s’inscrire dans le haut de gamme en premier rideau. Il y a donc de bonnes chances qu’une série qui débute après 22h30 puisse intéresser le public qui se raréfie naturellement à autre chose qu’une enquête policière unitaire et simpliste en donnant place aux émotions, aux sentiments et à la mise en scène créatrice.
True détective : premières remarques
Vu au soir de lundi 29 juin l’épisode no 2 : confirme les lignes ci-dessous, le côté « polar » faisant place aux personnages et à leur comportement! (01.06.15)
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Décision : éviter le petit jeu des comparaisons. Mais se rappeler que la première saison de « True détective » a été saluée comme une immense réussite dans le haut de gamme. Et rendre hommage par une image au duo :
Film ? Téléfilm ? Il ne doit rester que quelques critiques pour proclamer encore la supériorité de la fiction du cinéma sur celle de la télévision, laquelle avec les séries récurrentes s’inscrit tout simplement dans les plus belles réussites de l’audiovisuel contemporain. Niveau récit, le long-métrage de nonante minutes tient de la nouvelle, la série récurrente de la saga littéraire. Et voici une notion à retenir : l’anthologie, « Recueil de morceaux choisis d’œuvres littéraires ou musicales » selon Larousse ; ajoutons-y « audiovisuelles ». Mais peut-être à prendre à son deuxième sens possible : « mémorable, historique, qui restera dans les annales ».
En commun d’une saison à l’autre ? Nic Pizzolatto, écrivain, scénariste, producteur de télévision, « showrunner ». Mais aussi produit par HBO, tourné en extérieurs aux USA. A la réalisation, Justin Line remplace Cary Jojo Fukunaga (entre autres un plan séquence de six minutes à la fin de l’épisode sauf erreur quatre).
Le générique
La « séduction » s’installe dès le générique, comme une suite de tableaux richement colorés, esquissant une image qui se retrouvera dans l’un des épisodes, avec l’appui d’une musique et des paroles de Léonard Coen, scandées comme en un poème.
Résumé
Vinci, une ville qui n’existe pas, mais sans le moindre doute elle se situe en Californie, dans une banlieue industrielle de Los Angeles (probablement), avec la mer qui n’est pas bordée de plage de sables mais d’espaces verts avec des demeures modestement confortables ou tapageusement luxueuses
L’espace est donc celui d’une ville industrielle à la vie animée, avec ses établissements, le commissariat de police, des restaurants élégants ou cabarets douteux, lieux de réunion ou de rencontres, maison plus ou moins close. Pour quelques routes « départementales », des autoroutes avec leur nombreuses pistes, encombrées de véhicules, la nuit brisée par des phares, et ces échangeurs aux élégantes courbes presque abstraites jouant dans l’espace. Des plans de route, de zone industrielle servent d’habiles liaisons entre séquences.
Synopsis
Dans un milieu de bourgeoisie d’affaires proche du pouvoir politique local, un projet de ligne de chemin de fer à grande vitesse devrait permettre à quelques-uns de faire de bonnes affaires, moyennant combines et arrangements. Promoteur de cette opération, Franck Semyon. Ben Caspare, concepteur du projet, est étrangement absent. Trois policiers, parmi d’autres, se retrouveront sur les lieux où sera découvert un cadavre. Au premier degré, un polar. Mais d’emblée plus aussi !
Quelques personnages
Le premier épisode permet de faire connaissance avec les personnages et leurs proches dont on devine qu’ils vont être les plus importants. Il y aura certes des solitaires, mais ils le sont par choix ou contre leur gré. L’univers des affairistes s’inscrit autour de Franck Semyon dont l’épouse pourrait bien être beaucoup plus impliquée dans les affaires de son mari qu’il ne le semble au premier abord.
Un bref « retour sur le passé » au début de l’épisode donne quelques signes pour comprendre le lien entre Franck le promoteur et Ray Vercoro.

True detective, saison 2
Franck (Vince Vaughan) et Ray (Colin Farrell), le promoteur et le policier au bout du rouleau, « duo » principal dès le premier épisode.
On découvre peu à peu trois principaux policiers dans l’exercice de leur fonction et avec leurs proches. Ray, à première vue, pourrait bien être un affairiste parmi les autres. Sa femme a été violée. Il s’occupe de celui qu’il considère comme son fils en surcharge pondérale en le protégeant avec excès. Il se montre d’une inouïe violence à l’égard du père d’un camarade de classe du garçon.
Vétéran de guerre, Paul Woodrugh est plus amoureux de sa moto, son instrument de travail qui lui permet de se laisser aller à l’ivresse de la vitesse que de sa compagne qui le préférerait dans son lit. Il la fait attendre un long moment après avoir avalé une pilule. Ina Bezzerides pratique son métier avec intransigeance, mais elle porte sur ses épaules les problèmes qui accablent sa sœur, donne à une sorte de gourou mystique des conseils qu’il n’arrive pas à suivre pour elle-même.
Le hors-champ
Dés le premier épisode, on pressent que les personnages vont prendre le dessus sur le développement des enquêtes. Leur complexité, leurs contradictions se trouvent au centre de l’écriture. Mais la mise en scène met finement en évidence aussi ce qui se passe hors du champ de la vision.
Un exemple : Paul le motard arrête une voiture dont la conductrice a commis une faute. Celle-ci lui fait comprendre qu’il serait bien aimable de la raccompagner chez elle pour qu’ils puissent « discuter ». On retrouvera peu après le policier face à un supérieur hiérarchique qui lui explique les raisons de sa mise à pied. Il ne reste alors à Paul, pour plaider sa cause, que de s’appuyer sur son « amour » de la moto.
Un autre : descente de police rapide avec entrée violente dans une maison familiale. La caméra reste à l’extérieur. Un store vénitien se met à trembler. On ne voit rien de ce qui se passe à l’intérieur, mais on devine la brutalité de l’intervention. On pourrait en citer d’autres encore.
Ainsi à l’image filmée des événements qui est parfois contemplative mais toujours dense s’ajoute que l’on ne voit pas. Le spectateur est ainsi invité à devenir actif en acceptant l’invitation qui lui est faite d’être un partenaire créatif. Une bonne raison pour choisir une heure de diffusion trop tardive ?
Prometteur, sans surprise : à « déguster » épisode par épisode, en version originale sous-titrée, le lundi soir.






















