Killing et Dexter : interdits à la TSR ?
Lourdes charges contre la redevance, crainte de voir la SSR accueillir de la publicité sur ses sites : les attaques contre le service audiovisuel public sont actuellement fréquentes. Pour certains, preuve de sa faiblesse programmatique, les séries, américaines en particulier, sont mises en cause : elles seraient trop nombreuses si elles ne sont pas très coûteuses. Il y a plus de dix ans, dans un dossier paru dans le « Médiatic », nous avions dénoncé la trop grande proportion de films anglophones sur les chaînes généralistes de France et de Suisse, la TSR atteignant alors la cote la plus haute. Elle fut alors dénoncée par un travail universitaire mettant en exergue « La macdonaldisation » des généralistes francophones. Les attaques actuelles s’en prennent maintenant aux séries, toutes confondues, la « galeuse » de la fable d’où proviendrait tout le mal.
Le haut-de-gamme
Une série haut-de-gamme se caractérise par la richesse de son propos et la rigueur de sa forme. « T’es pas la seule » n’appartient pas à au haut de gamme. « Dix » s’en approche. La danoise « Killing » et l’américaine « Dexter» en sont.
Les attaques contre les séries ne prennent pas en compte la qualité. Elles surviennent alors même que les milieux de cinéphiles les plus exigeants se rendent enfin compte que l’audiovisuel progresse à travers les séries, mais pas seulement les américaines, surtout dans la temporalité originale de leur construction. « Les cahiers du cinéma » ( no 669- juillet/août 2011) viennent de saluer un grand créateur, J.J.Abrams, lors de la sortie de son film « Super huit » assurément, mais aussi pour son travail de « showrunner », de directeur de l’écriture de séries comme « Lost » ou « Fringe ».
« Positif » ( no 607, septembre 2011) consacre un solide dossier d’une trentaine de pages aux séries américaines, comme « True blood », « Mad men », « Lost », « Fringe », « Dexter », etc. Comme par hasard, ce sont là des séries presque toutes affublées du logo rouge par la TSR et présentées en fin de premier rideau ou carrément en nocturne.
Il serait pourtant surprenant que les charges à l’aveugle contre les séries prennent en compte les qualités. Toutes dans le même sac de réprobation, le pire et l’anodin comme le meilleur du haut-de-gamme ! A-t-on jamais vu des censeurs donnant dans la finesse ?

Sarah Lund ne croit pas à la culpabilité de Hussein Kad Marii (Ramadan Huseini ). La lumière de cette image donne une assez bonne idée des éclairages de la série
Le danois « Killing »
Pour voir « Killing », il faut s’installer sur Arte cinq mardis soirs depuis le 6 septembre 2011. D’Arte, on dit parfois que tout le monde en parle sans jamais la regarder. La TSR tient à programmer des séries avant les différentes chaînes francophones. Arte vient de lancer la deuxième saison d’une série danoise qui a su retenir l’attention de plus du tiers de tous les danois qui ont suivi Sarah Lund lors de son enquête sur le meurtre d’une étudiante. La deuxième saison va tenir les promesses de la première après la découverte du corps d’une brillante architecte. L’étrange Sarah Lund entreprend une nouvelle enquête.

L’incursion du politique dans un “polar” : Le ministre de la Justice Buech (Nicolas Bro, au milieu) et à sa droite le secrétaire d’Etat Plough ( Preban Kristensen)
Puisque personne ou presque, paraît.-il, ne regarde Arte, pourquoi diable la TSR ne présente-t-elle pas cette splendide série, qui raconte une enquête passionnante, décrit le travail de polices et de la justice, plonge dans des milieux inattendus (l’armée danoise en deuxième saison), ne craint pas de faire incursion dans les hautes sphères du pouvoir politique avec ses confrontations ?
« Dexter »
Il est tout de même regrettable que le téléspectateur suisse sache si peu de choses des deux chaînes nationales linguistiques qui emploient une autre langue que la sienne. Peut-être est-il en effet exact que les séries en particulier américaines soient moins présentes en Suisse alémanique qu’en Suisse romande. « Dexter » passe sur l’antenne d’Outre-Sarine sans le moindre problème. La série semble bien le devoir aussi à ses qualités.
« Dexter » ne se réduit par au travail sordide d’un policier qui agit seul pour punir de mort violente sanguinolente et sordide des tueurs en séries restés impunis. Il est préoccupé par sa sœur, qui appartient elle aussi à la police où elle connaît des difficultés. Il s’occupe aussi attentivement des deux enfants d’une compagne avec laquelle tout n’est pas harmonieux. Son comportement solitaire trouve des racines dans sa petite enfance où il subit les perturbations nées d’un père autoritaire. Un de ses collègues de travail le soupçonne, pour le moment sans preuve, d’être lui aussi « tueur en série ». Et Michael C.Hall est un crédible Dexter Morgan après avoir été le compliqué frère homosexuel de la famille de croque-morts de « Six feet under »
« Censuré par la TSR »
TF1 dispose des droits sur « Dexter » mais aura tardé à les utiliser. La deuxième saison vient de débuter pour quelques mercredis soirs tardifs. La TSR n’a peut-être pas trouvé d’accord avec sa nouvelle concurrente publicitaire pour une diffusion en avant-première. Une collaboratrice de la TSR a fait savoir que ce sont des raisons morales qui conduisent à ne pas diffuser cette série. Les mêmes raisons eussent été valables pour « 24 heures chrono ». Il paraît même que « True Blood » qui atteint des sommets dans le gore, est moins dangereux que « Dexter » puisqu’il s’agit de vampires, de fées, de loups-garous, d’humains. Seulement, une interprétation possible de la série peut s’en aller du côté des Sudistes contre les Nordistes et de ceux qui oscillent entre les deux camps.
Mais le rejet de « Dexter » est plus ancien. Il est le fait du responsable de la programmation en 2006, Yves Menestrier. La collaboratrice de la TSR ne fait qu’appliquer une décision ancienne et la défendre.
« Délivrance », lointain souvenir
Me reste en mémoire, peut-être dans un certain flou, une déclaration d’un ponte de la TSR au début des années septante affirmant que, au grand jamais celle-ci montrerait un film comme « Délivrance » de John Boorman. Le film n’est-il jamais arrivé depuis lors sur notre antenne ? On doit avoir oublié l’ancienne déclaration. Une décision prise il y a cinq ans devrait pouvoir être revue. Interdire d’antenne *Dexter” revient à un geste de censure sournois et hypocrite. Même en 2011 !
Les premiers rideaux de la TSR
De 19h30 à 21h00, la TSR fait la part belle à l’information de rapide à développée, contribuant à lui donner son excellente réputation. Mais les structures de certaines émissions, le « 19 :30 », « Mise au point », « Toutes Taxes Comprises », sont les mêmes d’un jour ou d’une semaine à l’autre, au point d’installer une certaine lassitude seulement combattue par l’intérêt personnel accordé au sujet.
Toutes Taxes Comprises
« Toutes Taxes Comprises » ( lundi 29 août 2011) n’aborde qu’un seul sujet, le franc fort, trop pour le tourisme et l’industrie d’exportation. Voilà qui doit éloigner ce sentiment un peu trop fréquent que le sujet commence vraiment quand les huit minutes sont écoulées. Bonnes remarques sur ces « sinistres » agences d’information qui jouent du « A » ! On y parle « spéculation » : l’exemple du jeu de bourse suffit-il à en faire comprendre le mécanisme prédateur ?

“Temps présent” reste l’émission phare de la TSR. Les gendarmes et les extraterrestres, un reportage de Jean Quaratino, présenté le 8 septembre 2011
A deux pour la médecine à deux vitesses
Deux heures sur le même sujet ( mercredi 31), les maladies extrêmement rares soignées avec des remèdes très coûteux Selon une décision politique du tribunal fédéral, le seuil au-delà duquel le remboursement n’est plus obligatoire pour les caisses est fixé à cent mille francs par an. La décision du TF contribue à créer une médecine à deux vitesses. « 36.9 » à travers des exemples ose offrir des moments de réelle émotion lucide. « Infrarouge » fait prendre conscience de positions contradictoires, tout en évitant pour une fois les polémiques spectaculaires.
Deux équipes différentes furent ainsi associées pour une amorce de soirée thématique de deux heures environ. C’est là formule rare mais enrichissante dont la réapparition un peu plus fréquente serait souhaitable.
Mise au point
L’émission du dimanche soir continue, en force, son chemin salué par le grand public. Elle est plus proche d’un « tj » développé que d’un « Temps présent » abrégé, d’où le sentiment que le sujet prend fin quand tout devient vraiment intéressant. A porter à son actif un sens parfois bien venu du contre-pied, sans jamais être systématique. Au soir du dimanche 4 septembre, voyage à New-York. Les documents sur le 11 septembre 2001 sont légion toutes chaînes comprises. A NewYork, Maria Pia Mascara y fait allusion mais insiste sur une préoccupation intense qui efface actuellement toutes les autres, y compris celle d’il y a dix ans : la situation économique.
Temps présent

Temps présent le 1 septembre 2011: “Enfants, otages du divorce” d’Emmanueelle Bresson Blondeau et Nicolas Pallay
Par un choix de sujets peut-être plus dociles qu’il y a quelques décennies, « Temps présent » reste tout de même l’émission phare de la TSR. Un titre comme « Enfants, otages du divorce » laisse croire que la souffrance sera plutôt celle des enfants, même si elle ne s’exprime souvent avec difficulté. Certains sont d’une lucidité éprouvante. Mais parmi les exemples choisis, on en vient parfois à ne s’intéresser qu’à l’attitude d’un parent qui ne comprend pas pourquoi il est plus ou moins soudainement privé de voir son ou ses enfants. Le contrat proposé par le titre n’est alors que partiellement rempli. Qu’à cela ne tienne : l’information portée par un regard reste de grande qualité. Même un « Temps présent » moyen reste honorable.
Téléréalité et spectacle
Intéressant, le témoignage d’une jeune femme de la Chaux-de-Fonds qui a participé aux préparatifs de la sixième saison de « L’amour est dans le pré » ( M6 – L’Express et l’Impartial du 25 août 2011). Elles furent plus de deux cents pour espérer parler avec un certain Fabien, séduisant apparemment comme un « cow-boy ». Elles n’étaient plus que dix invitées à Paris pour rencontrer, chacune pendant dix minutes à peine, ce Roméo. Juliette au prénom fictif ne fut pas des deux dernières. Un peu de dépit quand elle dit avoir vu un être « mal dégrossi, pas de conversation, avec un accent à couper au couteau..Il avait l’air de se demander ce qu’il faisait là. Moi aussi ». On signalera en passant que Juliette dut tout de même signer un contrat abandonnant son droit à l’image, pour poireauter après rejet de sa candidature plusieurs heures seule en une gare après avoir été mal reçue dans un hôtel décentré servant des repas médiocres.

Les trois images associées à “L’amour est dans le pré” ont été choisies sur le site “www.m6.fr” ( Crédit dr) Voici la légende associée à cette première image : Nina aime les sensations fortes.
Crépages de chignon et caca nerveux
Juliette suivait depuis plusieurs années « L’amour est dans le pré » et n’a pris la décision de s’inscrire que lors de la sixième édition. Elle estime que l’émission a bien changé, maintenant tombée « dans les affres de la téléréalité Les premières éditions étaient plus axées sur la rencontre de ruraux et de citadins décidés de changer de vie. Aujourd’hui, c’est ciblé “sur les crépages de chignons, les cacas nerveux des filles, etc. C’est devenu cul-cul » Le dépit ne masque pas une réelle lucidité. Mais la remarque qui précède a le mérite de signaler une évolution peut-être remarquée par les fidèles de ce type d’émission, dont je ne suis pas.

Il eut été regrettable de rater le légende proposée par M6 : Fabien le “cowboy” propose une balade en calèche à ses prétendantes Mais ce n’est pas à Juliette !
Le montage dit ce que l’on veut…

Toujours sans Juliette, une admiratrice de Fabien ! Mais la légende officielle est jolie : Virginie souhaite poursuivre l’aventure chez la maman de Fabien (Cliché M6)
Les parts de marché
« L’amour est dans le pré », « Mon village a du talent » : même combat. Il s’agit donc de mettre en scène un spectacle que le spectateur devant sa télé recevra comme réel. Meilleures sont les parts de marché, mieux l’émission justifie son existence. Les prix facturés pour la publicité sont parfois liés à l’importance de l’auditoire. Heureusement, il existe encore certaines différences entre les chaînes purement commerciales et une généraliste de service public comme la TSR On imagine assez peu Béatrice Barton malmenant hors antenne ses invités de « Mon village a du talent ».

Dans chaque village, il y avait au moins un talent : la photo-famille des sept “vedettes” (RTS/François Grobet)
Comme l’actu rapide d’un TJ
La mise en scène après montage peut donner des résultats satisfaisants. « L’amour est dans le pré » est dans l’ensemble un assez bon spectacle. Mais cette remarque repose sur de rares visions. La réalisation de « Mon village a du talent » est souffreteuse : on y aborde tellement de sujets en une heure que certains sont survolés en deux ou trois plans. Et pour faire comprendre que le temps passe, on recourt à des accélérés qui ne sont que rarement esthétiques (nuages, déplacements pour organiser le repas). L’émission fut plutôt décevante, alors que « Le dîner à la ferme » etait pétri de qualités. Mais la réussite formelle n’entre guère dans les critères qui conduisent à un succès public. Là où il faudrait viser les exigences d’une bon « Doc », on en reste à l’actu rapide d’un « TJ »
L’esprit critique d’un regard lucide
Il y a des talents dans de nombreux villages, qui s’expriment sans la présence de la télévision. Beaucoup auront pris plaisir à en voir des reflets sur le petit écran.
Ce type d’émission qui portent le titre de « télé-réalité » rencontre souvent un succès qui se comprend même s’il n’est guère du à des qualités formelles esthétiques. L’esprit critique exercé par un regard aigu lucide et sans complaisance n’entre que rarement en jeu dans cette forme de télévision de divertissement où la mise en scène fait habilement croire à la réalité.
Sondage, un mot galvaudé
La «vox populi » affirme parfois péremptoirement qu’on fait dire n’importe quoi aux chiffres. En vérité, cette affirmation met en cause non les chiffres, mais le vocabulaire. Un soi-disant sondage reflète souvent, en effet, n’importe quoi, parfois même des réponses données par dix personnes.
Un « sondage d’opinion » devrait au moins indiquer la grandeur et la nature de l’échantillon, la marge d’erreur qui est associée à l’ensemble initial ou aux sous-ensembles, le moment de la prise d’information alors que des changements peuvent se produire avec le temps qui passe. La rigueur scientifique est aussi une opération coûteuse.
Un exemple honorable
Chaque jour, la RTS publie sur ses sites une « revue de presse » en général fort intéressante. Trouvé ce lundi 22 août 2011 un texte relatif à un sondage effectué dans le canton de Vaud alors que se prépare une importante votation sur des problèmes scolaires :
A deux semaines du scrutin dans le canton de Vaud, l’initiative “Ecole 2010″ devance le contre-projet, selon le sondage publié dans 24heures. 56% pour l’initiative contre 30% pour le contre- projet. Ces résultats montrent une nette avance pour les partisans d’une école qui maintient les trois voies du secondaire et qui prône le retour des méthodes classiques. La conseillère d’Etat socialiste Anne-Catherine Lyon, principale figure du contre-projet, se déclare encore optimiste. Reste que, sur les 1050 sondés, 70% d’entre eux se disent assez mal, mal ou pas du tout informés. Les auteurs du sondages remarquent que la campagne sur l’école a démarré il y a quelques jours à peine et que le sondage a été réalisé entre le 10 et le 17 août. Ce n’est certes qu’un instantané, note l’éditorialiste de 24heure! s, mais la photo est cruelle pour le Conseil d’Etat et le parlement vaudois. Les partisans du contre-projet n’ont que quelques jours pour inverser la tendance.
Ce résumé d’un texte paru dans le quotidien « 24 heures » fournit des informations propres à garantir le sérieux du sondage. Même l’absence de marge d’erreur n’est ici pas très importante. Celle-ci tourne autour du cinq pourcent en général. L’avance avec un 56 % contre un 30 % ne risque pas d’entrer dans la marge d’erreur. Le sondage donne bien une tendance au moment de sa réalisation il y a quelques jours.
Les surprises d’un « sondé »
Il faut une bonne surface financière pour s’offrir un sondage scientifique. La SSR vient d’obtenir d’un institut bernois la « photographie » début août des intentions de vote en vue des élections fédérales. J’ai répondu par téléphone à ce sondage pendant près d’un quart d’heure, parfois avec difficultés. Une assez remarquable batterie de questions intéressantes et bien formulées couvrait un large éventail.
Surprise : on ne demande une note, appréciation numérique assez abrupte, que pour les présidents de quatre courants d’opinion, l’UDC, le PLR, le PDC et le PS. L’important courant écologique est oublié. Autre surprise . à la question de la couleur du futur bulletin de vote, je répondis utiliser comme toujours une liste manuscrite. Il n’y avait pas de case pour cette réponse. Peut-être suis-je alors devenu un « ne sait pas ». Les « listes blanches » sont-elles considérées comme négligeables ? Même rigoureux, un « sondage » peut faire partiellement problème.
Quand le « sondage » n’est qu’un piètre jeu
Imaginons que dix personnes, en réponse à trois questions avec obligation de n’en choisir qu’une seule, ait donné le résultat suivant : 5 pour la question A, 3 pour la B et 2 pour la C. Le résultat pourrait être transmis sous la forme suivante
A obtient 50 %, B 30% et C 20%
Dix jours plus tard, un explorateur courageux ajoute son grain de sel à celui des dix précédents en optant pour une réponse B. Le sondage est immédiatement modifié et la publication prend la forme suivante :
A obtient alors 45 %, B 36% et C 18 %
Exemple forcément utopique, d’un « sondage » qui n’a strictement rien à voir avec un sondage et qu’il serait intellectuellement plus honnête de qualifier d’un
« réponses à un questionnaire ».
L’emploi du mot « Sondage » devrait toujours garantir une démarche rigoureuse !!
Abrams, Jeffrey Jacobs
Dans les « Cahiers du cinéma » : de “Super Huit” à “Fringe”
Couverture des « Cahiers du cinéma », no 669 ( juillet-août 2011 ) : le 8 de « Super huit : J.J.Abrams sur les épaules de Spielberg » avec une vingtaine de pages abordant sept sujets. On y apprend que le producteur Bryan Burk du blockbusker « Super huit » a rencontré Abrams quand il avait quinze ans alors que tous deux jouaient avec le petit format de la pellicule la moins coûteuse. Et celui qui est devenu l’opérateur du film, Larry Long, a rencontré, lui, Abrams quand il en avait douze. Les gosses qui alors s’amusaient à faire en super 8 des petits films de zombies et d’horreur, dans les années quatre-vingt, se retrouvent dans l’équipe d’un des plus réussis blockbuskers d’auteur en 2011. Et le petit film superhuit qui accompagne l’interminable générique de fin doit beaucoup ressembler à un film d’adolescents des années 80. L’occasion est bonne de signaler qu’avec de telles contributions, les « Cahiers du cinéma » nouvelle équipe sont peut-être en train de renouer avec la meilleure veine des années 1955-1965 quand y sévissaient sous André Bazin des Godard, Chabrol, Truffaut, Rohmer, Rivette, Doniol-Valcroze et quelques autres.
La série « Fringe »
Le polyvalent Abrams est ainsi scénariste et chef d’équipe de concepteurs de séries ( « Felicity », « Alias », « Lost », « Fringe » ), réalisateur, acteur, producteur, compositeur ( musiques de génériques de certaines séries). On n’ira pourtant pas jusqu’à écrire que ses deux premiers longs-métrages, « Mission impossible 3 » et « Star Trek 1 », portant à l’écran l’univers de séries télévisées, ont marqué à tout jamais l’histoire du cinéma ; loin de là. Oui, mais Abrams s’est mis à prendre de l’importance avec son travail dans les séries pointues avant « Super Huit » ! Deux images et trois pages attirent l’attention sur « Fringe », que je n’avais pas pris en compte avant ce début d’août 2011.
Le programme du robot de la TSR »
Ni une, ni deux : me voici au mercredi 27 juillet 2011 sur TF1 pour y découvrir deux numéros de la troisième saison, « Candy man » et « Le retour », en projection tardive entre 23h00 et 01h00. Intéressant, à tout le moins ! Alors, c’est très attentif que je suis revenu pour prendre rendez-vous avec les nos 9, 10 et 11 de la troisième saison, cette fois sur TSR 2, « Le marionnettiste », « Réactions en chaîne » et « De l’homme à la machine ».
Il est vrai que l’on se trouve alors dans la programmation en opposition pratiquée par la TSR qui pourrait la confier à un robot. Il suffit d’introduire les programmes les chaînes françaises qui ont aussi acheté ces séries pour décider de faire passer chaque numéro juste avant la France, au moins un jour. Comme si, en pleine nuit, il y avait tant de monde pour une première sur la TSR et personne après sur TF1 ! Question au robot : quelle serait l’influence d’une série montrée en seconde vision à la TSR sur l’audimate annuel romand ? Un centième, autrement dit 0.01 ? En attendant, on se laisse guider par le grand voisin. Et quand c’est par TF1 qui fait n’importe quoi, cela devient pénible ( cf à ce propos la manière de présenter « Les experts » dans n’importe quel ordre, ou « Dr House »).
Trois numéros d’un série de grande classe, entre 23 heures et plus d’une heure du matin, c’est un sabotage de leur qualité. Et bien entendu, il faut supporter sur TF1 que la publicité s’installe à l’intérieur d’un numéro, même pas entre deux !
L’ “Autre Monde » avec Olivia et son double
Et c’est ainsi que j’aurai découvert une petite merveille, le mardi soir 2 août, avant de m’en aller, le mercredi à la première séance de l’après-midi, découvrir sur grand écran « Super Huit ».
Dans « Fringe », il y a certes une histoire étrange par numéro. Mais les principaux personnages continuent d’évoluer tout au long d’une saison. Agente du FBI, Olivia Dunham enquête dans notre monde de la réalité. Mais elle a aussi été transportée dans un monde virtuel. Peter Bishof, fils d’un savant « fou » prêt à toutes sortes d’expériences qui permettent de passer du réel au virtuel, est amoureux d’Olivia. Mais il a aussi rencontré une autre Olivia, son double; et peut-être l’a-t-il aimée. Que la première l’apprenne n’ira pas sans complications. Voilà de quoi ouvrir une interaction, parmi d’autres, entre les deux mondes.
Le marionnettiste
Etrange, le sujet du « marionnettiste ». Un tueur découpe avec minutie, propreté et respect le cœur d’un homme. Les enquêteurs de ce monde, à partir de la comparaison avec un autre meurtre, se rendent compte que dans les deux cas, un organe greffé aura été prélevé sur le cadavre. La personnalité d’une jeune femme de dix-sept ans, qui s’est suicidée, prend le dessus : le tueur en veut à ceux qui ont bénéficié de ses organes. On assistera en cours d’épisode au prélèvement sur leur porteur des yeux de la donneuse. Dès lors, il devient possible de montrer ce qui se passe chez le tueur en série. Celui-ci veut rendre vie à la jeune fille décédée. Il la reconstitue dans son laboratoire. La voici avec ses membres liés dans une sorte de cacophonie de cordes. Le tueur, derrière son pupitre, manipule ces cordes : la jeune fille se met à se déplacer et, mieux encore, à danser avec l’éclatante beauté de sa jeunesse. Pour le marionnettiste, la réussite est là : l’avoir fait revivre, un instant au moins, dans la splendeur des mouvements de la danse.

Olivia et Peter rendent visite à la dernière victime du tueur, qui n’a pas eu besoin de tuer pour prélever les yeux transplantés
Belle idée, poétiquement rendue par la mise en scène, qui inscrit dans un numéro d’une série un moment d’émotion, de magie. Et ce n’est pas le seul !
« Super huit »
Le blockbusker réussit la fusion de deux désirs. D’une part, Abrams rêvait de filmer un accident de chemin de fer le plus spectaculaire possible. Mais voilà dans le train qui déraille une créature d’un autre monde qui parvient à s’échapper. L’armée intervient. Et l’on se demande bien pourquoi un brave professeur a su provoquer ce déraillement.
En même temps, une bande de gosses de 12/13 ans tourne dans une petite gare un film d’horreur. Ils assistent à l’accident. Entre les membres de l’équipe, les liens sont étroits. Le metteur en scène en veut à son maquilleur qui s’intéresse à la fillette qui joue le seul personnage féminin important. Joe et Alice vont s’aimer avec la fraîcheur des amours enfantines imbibées de timidité. Joe a perdu sa mère et vit avec son père qui veut lui imposer de rester dans le conformisme bourgeois. Alice est en révolte contre son père qui sacrifie trop à l’alcool. Chacun à sa manière est malmené par la vie.
Là aussi vient l’envie de citer deux scènes. Joe fait son travail de maquilleur qui doit transformer le visage d’Alice. L’occasion est belle pour lui de pouvoir toucher son amie. Ses gestes sont d’une fraîcheur, d’une élégance, d’une retenue immenses. Ils finissent par exprimer une intense tendresse amoureuse.
Autre splendide moment : Joe assiste à la construction d’une fusée métallique qui va ramener la « chose » dans son monde à elle. Il lui parle avec une indicible douceur. Le regard du monstre devient étrange, de la beauté d’yeux qui semblent approuver ce que Joe raconte. Le réalisateur a inséré dans cette “chose” par un trucage formel les yeux de la mère de Joe, celle que l’on voit sur la photo que le fils garde précieusement. Autre moment de grande force d’émotion dans ce film!
La danse dirigée par le marionnettiste, un visage à maquiller, le regard d’une « chose » d’un autre monde : trois exemples de douceur par la mise en scène qui conduit à recevoir de grands moments d’émotion insérés dans des élans spectaculaires.
La TSR et le festival de Locarno ( 3-13 août 2011)
Le festival de Locarno, c’est une présence dans les journaux télévisés : l’information au quotidien. Ce sera un « Tapage nocturne » le 14 août à la fin de festival : l’amorce d’une synthèse. Mais ce sont aussi sur les écrans de Locarno dans les différentes sections neuf co-productions TSR, sur les quelques deux cents films qui seront proposés aux « festivaliers » des salles et de la piazza grande.
En compétition
Olivier Père, pour sa deuxième année à la direction du festival, a retenu vingt films pour ce qui reste tout de même la section la plus importante d’un festival, sa compétition. Encore qu’à Locarno la programmation sur la « Piazza Grande » et ses huit mille place potentielles soit importante, et pour le retentissement de la manifestation, et pour ses finances. Or en 2011, sur les vingt films de long-métrage en compétition, trois sont suisses entièrement ou partiellement. Du jamais vu ? A tout le moins du rarement vu ! Il en va d’une année de cinéma comme d’un vin : les millésimes ne se ressemblant pas forcément. Mais peut-être cela tient-il aussi au dégustateur, Olivier Père ayant bien senti que son attention au cinéma suisse devait sortir renforcé d’une première année de contacts.
Et c’est ainsi que seront en compétition les trois films ci-dessous, présentés avec une image et le texte qui accompagne leur présence sur le site de la tsr.
VOL SPECIAL de Fernand Melgar (documentaire)

En Suisse, plus de 200′000 personnes vivent jour après jour la peur au ventre : à tout moment, elles risquent de se retrouver en prison sans avoir commis le moindre délit. Elles peuvent finir ligotées, menottées, bâillonnées et renvoyées chez elles de force par vol spécial. Pourquoi ? Pour l’unique raison que ces personnes sont des sans-papiers. Pour comprendre les enjeux des renvois forcés et les conditions dans lesquels ils se déroulent, le cinéaste s’est immergé plusieurs semaines dans la prison de Frambois à Genève, l’une des anti-chambres des vols spéciaux.
MANGROVE de Frédéric Choffat et Julie Gilbert (fiction)

Une plage isolée sur la côte sud du Pacifique. Au bout de la plage, la mangrove. Une jeune femme européenne revient avec son fils après plusieurs années d’absence. Mais peut-on faire la paix avec les fantômes du passé ?
ABRIR PUERTAS Y VENTANAS ( Absences) de Milagros Mumenthaler (fiction)

Trois sœurs, Marina (21), Sofia (20) et Violeta (18) se retrouvent à vivre seules dans leur maison familiale de Buenos Aires, suite au décès de leur grand-mère qui les a élevées. Elles essayent tant bien que mal de vivre cette période de transition et d’incertitude. Violeta disparaît un jour avec son homme sans crier gare. Le vide laissé par cette absence se ressent dans la demeure ; la relation entre Marina et Sofia devient difficile et accentue leur vulnérabilité et leur tristesse.
Tourner ailleurs
« Mangrove » est tourné dans un petit village du bord de mer sur le Pacifique au Mexique. « Absences » se déroule en Argentine. Dans une certaine mesure, tourner dans un centre de requérants d’asile qui sont en attente de l’exécution d’une décision de renvoi, situé dans le canton de Genève, c’est vivre dans un ailleurs dur à supporter.
Un court-métrage, « Chasse à l’âne » de Marie Nicollier, participe au concours interne de la section « Léopards de demain” Il a été tourné au Japon.

Trois japonais goûtent de la viande d’âne chez leur ami boucher. Conquis par la saveur de ce plat exotique, les trois hommes décident d’acheter Igor, le petit âne, pour le déguster. Dans les rues marchandes de Komoro, les trois comparses jubilent de leur projet gourmand. Mais à la vue d’une crèche de Noël en vitrine, un doute les assaille : l’âne, au côté de Jésus, est-il sacré pour les chrétiens ? Abattre et dévorer Igor s’avère plus difficile que prévu.
Voilà qui confirme l’importance des tournages de films suisses hors de nos frontières. Un hasard ? Un exode volontaire ? Le désir de s’en aller voir ailleurs pour de ne pas faire un film en Suisse ? Une fuite devant les réalités nationales ?
On peut même ajouter encore un exemple, « Romance » de grand animateur Georges Spitzgebel, puisque le théâtre de son récit se situe dans un avion, qui n’est pas un territoire national.

Un passager se retrouve assis à côté d’une charmante jeune femme. Une courte histoire romantique, deux points de vue sur un même voyage en avion. Deux regards en suivant la forme du scherzo de la sonate pour piano et violoncelle de Serge Rachmaninov.
En programmation spéciale, il faut noter un hommage à Claude Goretta avec « L’invitation », « La Dentellière » et «La Provinciale », complété par « Bon vent à Claude Goretta » de Lionel Baier.
Avec ou sans Berne
Les deux sources de financement du cinéma suisse sont la Confédération d’une part, la TSR en ce qui concerne la Suisse romande de l’autre. Cela fait tout de même un nombre honorable de millions, sans lesquels le cinéma suisse serait encore plus discret. Pour la souplesse et la rapidité dans les décisions, la TSR supérieure à Berne.
Est-il juste d’écrire que tous ou presque des films soutenus par Berne le sont aussi par la TSR, alors que tous les films soutenus par la TSR, surtout s’il s’agit de la relève, ne le sont pas forcément par Berne ?
Je ne sais pas répondre à cette question. Je vais la poser à quelques interlocuteurs. Donc, on y reviendra. Peut-être !
Vincente Minnelli
Avec un vaste ensemble de films de Vincente Minnelli, Locarno renoue avec les grandes rétrospectives. A coup sûr, un des sommets de la manifestation qui se poursuivra ensuite à la cinémathéque de Lausanne.
Tapage nocturne
Nouvelle présence estivale, en ce été 2011, d’une émission d’informations culturelles sur quelques-unes de plus importantes manifestations estivales de Suisse romande. Trente minutes environ pour chacun des arrêts : Bex ( Art, 19 juin), Fribourg ( Belluard, 26), Lausanne ( Festival de la Cité – 3 juillet ), Avenches ( Rogoletto – 10 juillet ), Montreux ( 17 – jazz) , Nyon ( Paléo – 24 ). Restent à venir : Verbier ( musique classique – 31 juillet ), La Chaux-de-Fonds ( Six Pompes – 7 août ) et Locarno ( 14 août ). Bon choix dans la diversité.
Une voiture rouge en guise de studio ambulant !
Choisir une luxueuse voiture rouge ( les amoureux des carrosseries pourraient vous dire la marque, mais pas moi !), l’installer dans différents lieux, en faire le local de conversations ou permettre de recevoir des invités, pourquoi pas! Michel Cerutti assure présentation et entretiens avec Anouk de Couleurs 3. Un duo tv-radio, qui fonctionne parfois sur des gags d’humour un peu forcés, se répartit le travail, chacun menant aussi assez bien ses entretiens. L’animation sert ainsi à introduire certains sujets tournés et montés séparément, des brefs à d’autres un peu plus développés. On entre parfois assez bien dans la démarche quoi conduit à la création d’un spectacle.

L’animatrice, un prénom, Anouk et l’animateur, prénom et nom, Michel Cerutti. Une femme, seulement un prénom ? Curieuse habitude ( photo TSR)
Le multimédia
On retrouve une partie de l’émission de télévision sur le web. Des émissions de radio, liées à chacune des manifestations, apportent un autre éclairage. Il arrive parfois que la musique soir un peu « alourdie » par le côté spectaculaire des images. Je n’ai pas pris la peine de mesurer le temps qu’il faudrait pour tout voir et tout entendre, sur les supports internet, radio et web. Qui a le temps de le faire ?
Les remarques qui suivent valent pour la dernière émission, à Paléo (24.07.2011). On venait de lire de multiples reportages sur la boue à Nyon avec¨élans lyriques” vers une réflexion presque philosophique sur son rôle. Heureusement, les responsables de « Tapage nocturne » ne sont pas tombés dans le piège de la théorie boueuse pour s’en tenir à une volonté de montrer quelques aspects de la manifestation.
Musiques du monde
Une surprise : Jean-Marc Baehler, producteur à couleurs 3, parle avec finesse et gourmandise de la partie « Musiques du monde » expliquant comment en Colombie des jeunes savent faire une synthèse enrichissante entre tradition et modernisme. Mais pourquoi diable, alors, seulement des mots? Pour inciter le téléspectateur à se transformer en auditeur ?
The Do
Mes connaissances dans ce domaine de la musique contemporaine sont faibles. Il faut trouver d’autres commentateurs pour savoir si les choix de « Tapage nocturne » donnent une bonne idée, et laquelle, de « Paléo » 2011. Apprécié le duo franco-finlandais, surtout pour les extraits de leur prestation.
Pigeon Jon
Intéressé par la partie Pigeon Jon, du hip-hop( ?) dont le meneur du groupe parle en anglais, avec traduction. Mais l’exemple musical qui précède l’entretien, en anglais lui aussi, est difficile à comprendre, si tant est que les paroles aient de l’importance, ce qui semble être le cas. On peut se demander pourquoi, d’une manière générale, on prend la peine de traduire des mots parlés et que l’on ne prend pas celle de traduire ceux qui sont chantés, qui font pourtant partie de la démarche créatrice. Une émission comme « tapage nocturne » ne devrait-elle pas prendre cette peine

Pigeon Jon, du hip-hop américain que les spécialistes disent plein de fraîcheur : faisons-leur confiance(Image Paléo)
Hier, Jean-Christophe Averty
Sur le web, la prestation d’un groupe sur la grande scène manque. Une question de droits ? Dommage ; j’aurais bien voulu la revoir. Bon travail en régie, avec recours à des images monocolores bleutées alternant avec des plans aux vives taches de couleurs, dans un rythme proche de la structure musicale. De quoi me rappeler de très, mais alors très lointains souvenirs, quand Jean-Christophe Averty magnifiait le jazz ( c’était sauf erreur à Antibes) dans les années soixante par une construction en parfait accord avec le battement à quatre temps de la musique.
Grands spectacles grands encore sur petit écran
Il n’y a plus de sport de saison. Il y a tout le temps du sport sur les petits écrans. Le Tour de France coexiste maintenant avec la reprise du championnat suisse de football en superligue. Les problèmes liés à l’argent ne manquent pas de confirmer leur présence. L’achat russo-tchétchéne de Xamax fait du bruit. Prière pourtant de ne pas oublier un conseil donné par le président-propriétaire sortant de charge : que ceux qui n’ont pas d’argent à investir dans le club la ferment ! Autre problème : une grande régie dans les mains de la Confédération, Swisscom avec sa composante audiovisuelle, pique à coup de millions la priorité de rencontres hebdomadaires au nez d’un autre grand groupe qui ne doit son existence qu’à la Confédération qui lui accorde le septante pourcent de son budget à travers la concession. Ne manque que « La poste » dans ce conflit entre “régies” fédérales !!
Gymnaestrada
Enfin, du sport, sans compétition, sans conflit financier, avec un confortable budget désintéressé de plus de vingt millions : ils furent vingt mille gymnastes, aux trois quarts, des femmes, venus de plus de cinquante pays, pour offrir un spectacle de masse coloré souvent éblouissant. Cela se passait à Lausanne, au stade olympique, à la patinoire de Malley, au palais de Beaulieu, au bord du lac. Pas de compétition aura-t-on répété, tout en signalant en passant que tel groupe avait tout de même été plusieurs fois champion dans son pays. Pas de compétition durant le « gymnaestrada ni durant les précédents, ni lors du prochain à Helsinski. Rien que du spectacle, un plaisir pour ceux qui regardent le plaisir de ceux qui ont travaillé parfois de longs mois durant pour offrir des numéros brillants, gais, colorés. On passe des engins traditionnels de la gymnastique de concours à des présentations qui ne dépareraient pas la plus élégante des comédies musicales cinématographiques, qui parfois même confinent à l’étrange poétique et fantastique, comme ce corps aux seize bras bien installé face caméra.
On glisse le long de cordes de tissus, on manipule des sphères de toutes dimensions et couleurs assorties. On bouge constamment, dans des costumes variés de formes et de coloris, on se poursuit, on se croise en se frôlant sans se heurter. La souplesse des déplacements, la finesse des gestes ravissent l’œil. Tout au plus, au cours de certains numéros, l’éclairage type cabaret par frénétiques et rapides changements de lumières devient agressif. La synchronisation souvent impeccable des gestes parfois de centaines de participants donne une haute idée du travail accompli.
Le spectacle final fut par instants parfois laborieux, celui de l’ouverture très réussi. La télévision aura pourtant offert le sommet de beautés successives lors d’un gala en semaine, au soir du vendredi 15 juillet 2011. On a même un peu abusé des reprises immédiates après certaines phases de mouvements, puisqu’il fallait changer des éléments de décor. On aurait pu aussi montrer comment ce travail s’accomplissait, qui ressemblait parfois à un spectacle à lui seul.
Pas de dopage annoncé, pas de fric envahissant. Un sport qui n’a heureusement plus rien du style un peu militaire des fêtes fédérales de gymnastique en Suisse. Seulement des spectacles, beaux, colorés. Et cette multitude qui crée une nouvelle unité ( notre cliché “Gymnaestrada)
« Aïda en Orange »
Face à l’immense mur du théâtre antique d’Orange, ils sont chaque soir huit mille pour assister à l’un des plus beaux spectacles que puisse offrir l’opéra. Cet opéra élitaire, réservé à des privilégiés, le voici, donné par la télévision à un vaste public, qui peut, lors de soirées en direct, se compter par centaines de milliers, peut-être même en millions. Elle offre même un avantage sur le spectacle réel : il n’est pas facile de comprendre l’intrigue chantée, même dans la langue que l’on connaît. La sous-titrage discret donne des informations dont le spectateur de plein air, même en Orange ne dispose pas.
« Aîda », fille de roi d’Etyopie, est l’esclave d’Amnéris, la fille du pharaon. Le général Radamés vient de vaincre l’armée adverse et de faire prisonnier le roi.Amnéris aime Radamés qui aime Aîda qui répond à cet amour. La raison d’Etat coexiste très mal avec la force de l’amour. Mais l’opéra de Verdi célèbre aussi la grandeur de l’Egypte. Le décor planté devant le mur d’Orange accentue cette grandeur. Tout y est grand ; parfois trop à devenir un peu grandiloquent.
Les caméras nombreuses permettent de varier en offrant au téléspectateur des distances différentes, de plan d’ensemble très éloigné comme pour joueur au spectateur au gros plan presque indiscret, face à la scéne ou en coulisses. Voici en assez gros plan Indra Thomas qui interprète Aïda (photo France 3 Provence-Rhône-Alpes)
Le direct impose les entractes. La télévision peut alors choisir d’en dire davantage sur les interprètes ou, comme cela fut fait, visiter St-Petersbourg avec celui qui dirige l’orchestre des Chorégies d’Orange, le russe Tugan Sokhiev. Intéressante découverte, accompagnée de quelques mesures des plus grands compositeurs russes. Le comportement de la présentatrice, Julie Depardieu, fut par instants un brin bizarre .
Oui, la télévision , lors de ces directs annuels venus d’Orange, est alors grande puisque elle apporte à un vaste public potentiel cette culture trop souvent réservée à une minorité disposant du confort matériel.
Une porte qui point ne s’ouvre
En six jours, début juillet, au « 19 :30 » furent mis en ligne sur tsr.ch soixante-neuf modules pour cent quarante minutes de diffusion. On y peut dépasser les traditionnelles deux minutes, soit dans la durée d’un module, soit en en juxtaposition plusieurs sur le même sujet ( mariage princier à Monaco ou incontournable DSK)
Un couple dans la nuit rejoint son appartement que l’on nous dit grand et dont la location est beaucoup plus élevée qu’un sept pièces de conseiller d’Etat à Genève. La porte ne s’ouvre pas, malgré plusieurs essais. Quelques caméras immortalisent cet événement dont on nous dit qu’il a fait le tour du monde. Enfin la porte s’ouvre ! Les caméras ne sont pas admises à l’intérieur.
Ce jour-là ( mercredi 6 juillet 2011), rien d’important sur DSK ! Ouf : il reste au moins la porte qui point ne s’ouvre, serrure tripatouillée pendant au moins une minute. Comme on nous dit que la nouvelle a fait le tour du monde, la TSR devait en effet s’associer à cet événement de première importance.
Le lendemain, rien trouvé dans « mes » quotidiens sur l’histoire de la clef. Par conséquent cette information unique, indispensable, précieuse, incontournable, un vrai scoop, est donc spécifiquement télévisuelle, grâce à la pratique de l’art de l’anodin. Au montage, on aurait pu abréger le coup de la clef qui ne fonctionne pas pour orienter plus encore le document vers ceux qui contribuent à faire de l’information sur rien, y compris en tirant mieux parti d’une course d’école. Mais pourquoi pas, alors, oser franchement un petit sujet comme ceux confiés à des cinéastes le vendredi, même avec un second degré freudien.

























