Le plaisir qui vient des séries

Tout divertissement devrait apporter à celui qui le consomme un réel plaisir. Et ce plaisir a plus de chance d’être présent s’il repose sur un peu de nouveauté : les émissions formatées d’un jour ou d’une semaine à l’autre n’offrent comme plaisir que celui de la richesse d’un contenu. Rien ne ressemble plus à un « 19h30 », un « TTC », une « Mise au point » qu’un « 19h30 », un « TTC » ou une « Mise au point ». La fiction sait générer du plaisir à travers des formes nouvelles, dans des séries qui se donnent, pour conter, du temps. Je crois que je retrouve enfin dans l’audiovisuel ce très vieux plaisir de la lecture savourée lentement, mais oublié durant des décennies. Une série nouvelle et une récente sont à saluer !

The good wife – Ridley frères

Présente en premier rideau, « The good wife » est produite par les frères anglais Tony et Ridley Scott bien implantés aux USA ( TSR, vendredis, mais aussi TF1 jeudis). Mère au foyer, Alicia fut trompée par son mari politicien retors. Archie Penjabi, Kalinda étrange et sidérante noiraude, vole la vedette à Giuliana Margulies en avocate qui retrouve un poste de travail. Désormais bien installée entre ses audiences de tribunal avec une belle galerie de présidentes et présidents aussi bizarres les uns que les autres, la série monte en force.

Giuliana Marguiles et Archie Penjabi dans “The good wife”

Broardwalk Empire : Atlanta, New-York, Chicago – 1920

« Boardwalk empire » ( TSR, début le dimanche 13.11.2011, 4 épisodes déjà à ce jour du 22.11.2011) est bien parti. Produite par Scorsese, la série commence par septante minutes signées Martin Scorsese. Ville phare : Atlanta, avec incursions nombreuses vers New-York et Chicago. La prohibition de l’alcool, dans les années vingt, fit faire un bond en avant aux mieux organisés des truands. Personnage principal : Enoch Thompson, dit « Nucky », ( Steve Buscemi) fonctionnaire municipal qui va rapidement s’enrichir par la vente d’alcools, assisté par un jeune homme qui revient du front européen des années 1918, James Darmedy, dit « Jimmy » (Michael Pitt). D’emblée, des personnages intéressants, Al Capone et Charles Luciano, dit « Lucky », qui feront carrière par la suite. Un personnage féminin assez peu adapté à ce milieu de truands, Mme Margaret Schroeder ( Kelly MacDonald).

Trois cent mille francs la minute.

Martin Scorsese

HBO, chaîne cryptée américaine commerciale, a connu en septembre 2010, son meilleur démarrage après celui de « Deadwood », avec près de cinq millions de téléspectateurs. Autour de Scorsese, le scénariste Terence Winter, celui des « Sopranos », Mark Wahlberg, producteur qui fut déjà lié à Scorsese pour « Les affranchis ». Le premier épisode de septante minutes, réalisé par Scorsese lui-même, aura coûté vingt millions de dollars, autrement dit trois cent mille francs la minute. Mais ce sont là des normes américaines. « Les affranchis » du même Scorsese avaient absorbé nonante millions de dollars.

Steve Buscemi (”Nucky” Enoch Thomson)

Cinéma et télévision confondus dans la perfection audiovisuelle

Tout est d’emblée en place pour la première saison, une troisième actuellement déjà en tournage : de splendides décors pour reconstituer les intérieurs d’Atlanta, New-York et Chicago, des personnages forts nombreux, des vêtements d’époque, comme la musique avec beaucoup de jazz, des acteurs au service de leurs personnages qui vont revenir d’une saison à l’autre. La mise en scène d’emblée brillante comme dans les meilleurs films de Scorsese sera par essence permanente puisque les réalisateurs sont choisis par le producteur principal, Scorsese lui-même. Les qualités du meilleur cinéma, avec le retour à la richesse romanesque qui prend son temps, seront certainement présentes pendant la douzaine d’heures de chaque saison. On est ainsi d’emblée dans le meilleur des séries qui nous viennent des USA. L’audiovisuel contemporain haut de gamme unit désormais étroitement cinéma et télévision.

Bon vent Claude Goretta

Claude Goretta a reçu en mars 2010 un quartz à Lucerne lors de la fête du cinéma suisse, puis un Léopard d’honneur à Locarno cet été. La cinémathèque lui consacre depuis quelques semaines un hommage qui se prolonge jusqu’à la fin de l’année. La télévision, tout naturellement, s’est associée à cet hommage. Hommages mérités !

Il fallait bien reconnaître l’importance du cinéma suisse de la fin des années 70, symbolisé en Suisse romande entre autres par le « Groupe des cinq », une association entre cinq créateurs et la TSR pour favoriser la notion de coproduction. Il était indispensable de faire savoir que les Alain Tanner, Michel Soutter et Claude Goretta sont de grands créateurs de fiction et de documentation, tant pour la télévision que le cinéma, ayant compris, eux, immédiatement, que les deux moyens de communication étaient complémentaires, et pas seulement économiquement. Le méprisant «  c’est de la télé » pour rejeter un film ne venait pas d’eux !

Rien de tel, pour l’ampleur d’un l’hommage, que la télévision même si elle ouvre son deuxième rideau tardif pour une partie de ses propositions. L’occasion est ainsi offerte de faire des associations inattendues. Le fondé de pouvoir d’un document de 1968, « Un employé de banque », qui manipulait des millions de dollars lors d’opérations de change, c’était un peu l’ancêtre des « joueurs » d’aujourd’hui à milliards perdus. En même temps, cet employé aurait pu devenir le personnage qui oublie ses repères dans « Le fou » ou l’un des employés conviés pour « L’invitation ».

Lionel Baier a raison de dire « Bon vent, Claude Goretta » (TSR 2, lundi 14 à 21h00), en une heure de démarche originale. Voici comment « Swiss film » a présenté ce film à l’occasion de sa sortie à Locarno :

Bon vent Claude Goretta

Claude Goretta a réalisé “l’invitation” en 1973. Pour le réalisateur Lionel Baier, ce long métrage est un film “compagnon de route” selon l’expression de Serge Daney. Le jeune cinéaste va à Genève interroger son aîné afin de savoir comment a été bruité le jet d’eau du film, pourquoi il faut faire attention aux détails ou comment cadrer un grand acteur comme François Simon. Et pour comprendre comment tout cela fonctionne, Lionel Baier remet en scène des bouts de “Pas si méchant que çà”, de “La dentelière” ou de “Jean-Luc persécuté”. Cette rencontre amène un des plus grands réalisateurs suisses à se livrer avec pudeur et précision sur une oeuvre riche de plus de 30 films.

“Borgia” et “Killing” : USA contre Europe

La diffusion des séries hebdomadaires de haut niveau obéit (presque) sur la TSR à la règle suivante : meilleure est cette série si sa diffusion est tardive ( après 23 heures) et plus encore si elle est affublée d’un logo rouge de mise en garde de « certaines sensibilités » contre des scènes généralement de violence ou de sexe. Mais il s’agit plutôt d’une tendance.

« Dexter » partout… sauf ici !

Tirerait-on du programme de dimanche dernier (30 octobre) un montage issu des scènes ou situations les plus virulentes de « Varg veen » et de « Les Borgias » que par comparaison « Dexter » tiendrait de la bluette. Une vague de moralisme souffle sur la télévision installée dans la calviniste Genève. Le refus de programmer « Dexter » tient de l’auto-censure. Il ressemble furieusement à un acte de censure conduisant pour la spectateur à un choix entre sa chaîne préférée et ses voisines de TF1, de Zürich ou d’Espagne, etc.

Sarah Linden (Mireille Enos) dans “Killing” version américaine

Sarah Linden (Mireille Enos) dans “Killing” version américaine

Sara Lünd (Sofie Gabrol) dans “The killing” version danoise

Sara Lünd (Sofie Gabrol) dans “The killing” version danoise

Doubles choix … anti-européens !

D’un non-choix, passons à des choix unilatéralement imposés. Il existe donc deux versions de la grande famille espagnole régnant sur le Vatican : un « Borgia » commandité par Canal alpha de France et « Les Borgias » venus des USA. Constatation : la TSR a choisi la version anglophone. La deuxième saison de la série danoise « The killing » vient de s’achever sur Arte. La première saison de la version américaine vient de prendre son élan sur TSR1 le lundi soir. De beaux esprits se plaisent à dire que tout le monde parle d’Arte sans jamais la regarder. On aurait donc très bien pu choisir pour la TSR la version danoise, sans nuire à l’audimat. Une deuxième fois, entre l’Europe et les USA, le choix par la TSR s’est porté sur les USA.

J’ignore si «Borgia » surpasse « Les Borgias » faute de connaître le premier. « The killing » du Danemark est supérieur au « Killing » américain, de peu, mais tout de même.

Version américaine ou version danoise ?

Version américaine ou version danoise ?

La Sara danoise plus mystérieuse que la Sarah américaine

Première surprise : les suivre conduit immédiatement au sentiment de déjà-vu, mais sans la moindre nuance péjorative. Comme si on se lançait pour le plaisir dans une seconde lecture. Les scènes nocturnes restent nocturnes, dans les bleus sombres. Il pleut sur Copenhague autant qu’il pleut sur Seattle. La famille de la victime de Raben devient Larsen. Sara Lünd se nomme désormais Sarah Linden. Et parmi les multiples similitudes qui ne sont pas des copies, une pourtant étonne. L’actrice danoise, Sofia Gabrol est plus mystérieuse, plus troublante, plus étrange, plus inquiétante, moins lisse que Mireille Enos.

Sofie Gabrol

Sofie Gabrol

Infrarouge presque au salon

Actualité et réflexion ne font pas bon ménage

Il va de soi que le sujet d’ « Infrarouge » allait être celui des « Elections fédérales », sous l’angle des perdants et des vainqueurs puis des conséquences non pour l’avenir du pays, mais pour la composition du prochain conseil fédéral. Heureusement, l’un au moins des participants au débat se permit poliment de dire qu’il était tout de même prématuré de savoir le pourquoi des victoires du nouveau centre recomposé.

Pour une fois, pas sur le ring !

Une bonne surprise : un tel sujet aurait pu conduire à une mêlée digne d’une finale de rugby avec les trop fréquents Freysinger et autres Luscher. As pourtant de la parole coupée, M.Barthassat ne fut que leur pâle remplaçant en ce domaine et Yvan Perrrin aura surpris (en bien) en évoquant le principe des erreurs commises pendant la campagne par la direction zurichoise de l’UDC. Le ring habituel a été remplacé par un salon où l’on causait tout en écoutant exceptionnellement un peu les autres.

Il y a une raison au moins d’apprécier « Infrarouge » n’importe quand : on sait comment l’illustrer, avec les dessins pertinents et impertinents de Mix&Remix. On peut même se passer de légende ! (cf plus bas)

Haraux sur les Verts libéros

Pourquoi les Verts libéraux et le PBD ont-ils fait un bond en avant, au détriment de presque tous, renforçant en effet le centre avec un petit penchant vers la droite ? Un consensus dans l’émission prit forme pour expliquer que les Verts libéraux n’ont pas de programme bien défini. Ils ne revendiqueront pas de siège au conseil fédéral. Dans le rôle par elle inattendu de cible à démolir, Mme Chevalley prit quelques coups non sans se défendre avec une certaine élégance. On ne parla point de PBD « widmerschlumpfien » absent du débat. Dans ce cas particulier, les absents n’eurent pas tort de l’être. Mais on peut aussi se prendre à rêver en utopiste d’une autre forme d’émission.

Huit invités, un mauvais choix !

La bande des quatre, du bientôt défunt consensus helvétique théorique deux, deux, deux, un ( UDC, PS, PLR, PDC) était bien entendu présente. Le sujet tournant autour de l’écologie impliquait la présence d’une écolo face « Libéraux « et pile d’un « Verts ». Présence justifiée d’un politologue, Yannis Papadopoulos. Une bonne idée pour le huitième, s’en aller emprunter à « Mégaphone » la présence d’un « inconnu » qui fit plus ou moins bonne figure face à un politicien. Il fallait bien que le spectacle soit salué, en la personne de Jim Zbinden, revenu de la gauche à la droite bien genevoise, partisan du « tous-pourris-qui-ne-font-rien-de-bien », futur rival d’Oscar Freisynger. Apport nul ! Il y avait parmi les anonymes de « Mégaphone 1 » une certaine Alessia Lorenzini qui sut si bien faire face au chouchou valaisan.

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Les sondages n’ont rien vu venir

Pas de petit frémissement dans les derniers sondages d’une quinzaine de jours avant les élections, pour faire pressentir la perte de l’UDC, qui allait être de l’ordre de dix pourcent en voix. Se trouverait-on exceptionnellement dans la marge d’erreur que l’on oublie trop souvent de rappeler ? Ou les adaptations correctrices fréquentes, du moins en France, seraient-elles allées dans le mauvais sens. Les indécis de la dernière quinzaine auraient-ils joué cette fois un rôle très important ?


A la sortie des urnes

Un sondage dit « sortie des urnes » aurait peut-être mérité d’être pris en compte dans « Infrarouge ». Il faisait assez clairement comprendre que pour le moment l’opinion publique est en train de faire un choix qui risquerait de n’être pas ratifié par les chambres fédérales.Faut-il réélire Mme Widmer-Schlumpff, élue alors qu’elle portait l’étiquette UDC certes grisonne et non zurichoise, qui fut exclue de ce grand parti démocratique en union du centre ? Réponse claire du sondage : les deux tiers des sondés souhaitent qu’elle reste membre de l’exécutif fédéral. Mieux, le tiers des UDC formule le même souhait. Faut-il rendre à l’UDC le second siège auquel il a droit arithmétiquement selon le consensus helvétique ? Le nonante pourcent de ceux qui ont voté UDC le souhaite, alors que les PLR ne sont que 35 % à le faire et les PDC à 30%. Par contre, les pourcentages sont faibles quand on demande si la première raison de choisir un parti est liée à son conseiller fédéral réel ou potentiel. On ne se trouve alors avec des échantillons bien modestes où un seul vote prend beaucoup trop d’importance.

Insuffler beaucoup plus d’informations numériques sur le ring d’ « Infrarouge » et un peu plus quand on s’y installe au salon ne serait pas forcément un affaiblissement pour l’émission.

Le coût à la minute

« Le redevance, à quoi çà sert ? » se demandait-on il y a quelques semaines tant à Genève qu’à Neuchâtel où des téléspectateurs en petit nombre écoutaient le directeur de la RTS, Gilles Marchand, apporter quelques réponses à cette question. Fort intéressante rencontre ! En cours de route apparut dans la discussion la notion de coût à la minute. Combien faut-il dépenser pour une minute de temps d’antenne qu’il s’agisse d’une production-maison ou d’un achat. Renoncer aux séries américaines, un slogan à la mode chez les adversaires de la SSR, ne conduirait qu’à de très modestes économies tout en supprimant d’imposants temps d’antenne. Voilà au moins un efficace moyen d’affaiblir le service public !

Couleurs d’été : coût inconnu ?

Assisté en juillet à l’enregistrement d’un « Couleurs d’été » sur les hauteurs du Locle, dans une clairière : une demi-douzaine de véhicules TSR, trois caméras, une bonne dizaine de collaborateurs pour offrir une vingtaine minutes en direct. Question posée à une adjointe du chef de l’actualité : ce déploiement imposant, « Combien çà coûte à la minute ? » . Récolté alors un « je ne sais pas », suivi d’un « je vais me renseigner ». Réponse attendue !

Isabelle Caillat dans “All that remains” de Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli. Pour cc rôle, l’actrice a obtenu le quartz du cinéma suisse 2011 de la meilleure interprétation féminine.

Précautions à prendre pour comparer

Le coût à la minute est un moyen de comparaison, mais il faut prendre des précautions. Comparer ce coût pour la confection du « 19h30 » avec celui de « Top models » n’a aucun sens. Le mettre en face de la minute d’une série maison comme « T’es pas la seule » devient intéressant, puisqu’il s’agit d’actualité d’une part, de fiction populaire de l’autre. Les comparaisons les plus « parlantes » sont à faire à l’intérieur d’un genre, en fiction par exemple, nature indiquée. En clair, mieux vaut comparer… ce qui est comparable ou dire en quoi la comparaison est possible.

L’exemple de « T’es pas la seule »

Isabelle Caillat dans “T’es pas la seule”, une série de la TSR ( 2011)

« T’es pas la seule » est une série produite par une entreprise privée, avec un mandat donné par la TSR pour vingt fois vingt-six minutes, tournage étalé sur deux étés, pour des raisons de disponibilités budgétaires. Le budget total s’élevait à six millions de nos francs, pour cinq cent et vingt minutes. Première indication : une minute revient donc à 11′500 francs environ.

Pour cette co-production, la TSR appuyée par la SSR aura engagé 4,2 millions. Deuxième indication : la minute coûte à la TSR seule huit mille francs. C’est dans les normes suisses, en général inférieures aux normes françaises ou américaines que nous connaissons pour ce genre de séries ambitieuses.

Une co-production : « Al that remains »

“All that remains”, la fin du voyage au Japon à Umikongo

Sort actuellement en Suisse romande, avec une demi-douzaine de copies, un film issu de la relève co-signé par Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli, qui ont tous deux moins de trente ans. Ce film est suisse par la nationalité de ses principaux collaborateurs techniques et artistiques et par son financement. Ses acteurs sont américaine, américain, japonais et suissesse. Isabelle Caillat a obtenu un quartz du cinéma suisse 2011 pour la meilleure interprétation féminine. Elle est aussi l’interprète principale de « T’es pas la seule ».

All that remains, la fin du voyage aux USA à Big Sur

« All that remains » a été tourné en anglais, au Japon et aux Etats-Unis. Pour ces nonante minutes, la TSR a mis à disposition de la production 140 mille francs, si bien que le coût est voisin de 1.500 francs par minute. L’investissement de la TSR est naturellement plus modeste pour une co-production de débutants que pour une série destinée au premier rideau. Plus le nombre de rediffusions sera grand, plus bas sera ce coût minute.
Il est important de signaler que« All that remains » n’existerait pas sous sa forme actuelle si la télévision n’y avait pas apporté son soutien.

Pistes à suivre

Combien coûte à la TSR un court-métrage soutenu par elle ? Acheter une série américaine, anglaise, danoise ou française destinée au deuxième rideau, soit pas avant 23 heures, combien coûte-elle ? Pas grand chose !

Une autre piste à ouvrir permettrait de mieux comprendre ce que la démarche créatrice implique : quelle durée utile tourne-t-on par jour ? Ou encore, durant les finitions, au montage, combien de minutes utiles sont-elles achevées par jour de travail. Tourner ou monter deux petites minutes par jour devrait donner des résultats bien meilleurs que si quatre minutes ou plus sont imposées par les conditions financières. C’est là une différence qui subsiste au moins en fiction entre la télévision des séries populaires et le cinéma spectaculaire.

“Les Borgias” contre “Borgia”

Avec des séries comme « Roma », « Les Tudors » et maintenant «Les  Borgias » et »Borgia », la télévision tend à imiter le cinéma en s’avançant vers l’équivalent des « blockbuskers ». Il en aurait coûté 25 millions d’euros pour les neuf épisodes de « Borgia », la version de Canal+.

Cesare Borgia interprété par François Arnaud et peint par Altobello Melone (portrait supposé)

Cesare Borgia interprété par François Arnaud et peint par Altobello Melone (portrait supposé)

La version de Canal+

Un patron de la chaîne française voulait frapper un grand coup, inspiré par la réussite des « Tudors ». Il s’est tourné vers un « Showrunner » américain, Tom Fontana, hier à la tête de « Oz », un véritable créateur qui se retrouve responsable de l’écriture, de la production, des principaux choix dans tous les domaines. La distribution a fait appel à des acteurs de plusieurs pays. Le tournage de « Borgia » s’est déroulé à Prague.

Lucrézia Borgia interprétée par Hallyday Grainger et peinte par Bartolomeo Veneto

Lucrézia Borgia interprétée par Hallyday Grainger et peinte par Bartolomeo Veneto

La version américaine sur la TSR

Dans un premier temps, la chaîne américain « Showtime », qui abordait le même sujet avec le réalisateur Neil Jordan en « Showrunner » soutenu par Spielberg, a recherché un accord avec Canal +. Echec : il y a deux séries sur le même sujet, l’américaine a pour vedette Jeremy Irons, avec tournage à Budapest. « Les Borgias » viennent d’apparaître sur TSR 1 ( dimanches soirs) avant « Borgia » sur Canal+ ( lundis soirs).

Lucrézia et Cesare Borgia : le frère et la soeur; incestueux ?

Lucrézia et Cesare Borgia : le frère et la soeur; incestueux ?

Premières impressions

Premières impressions sur la version américaine choisie par la TSR : costumes et décors sont splendides. Le décorateur venu des « Tudors » fait bien les choses. En 1492, un Borgia d’origine espagnole monte sur le trône papal à la mort d’Innocent VIII. Alexandre VI sera plus un roi faiseur de rois que le chef spirituel d’une église. Jeux de pouvoir, intrigues, violences, sexe s’installent en force dés les premières séquences. Va-t-on vers un manque de nuances ?

Le mariage de Lucrézia Borgia avec le Comte Sforza

Le mariage de Lucrézia Borgia avec le Comte Sforza ! Erratum : comme le fait remarqué Laurent, il s'agit effectivement de lucrezia borgia avec charles VIII. Toutes mes excuses !

Un peu comme « Dexter »

Déjà quatre des neuf épisodes d’environ une heure de la première saison. Le dimanche 23 octobre 2011 passeront les numéros 5 et 6. Je reste pour le moment perplexe face à cette série américaine. Assurément, le spectacle est splendide, par les costumes, les couleurs, la vitalité de la mise en scène, la mise en valeur d’une bonne douzaine ( au moins ) de personnages. Mais l’impression se confirme d’avoir sur le petit écran des personnages souvent tout d’une pièce, sans nuances. L’envie vient d’écrire que c’est grouillant de vie. Mais à quel prix ? A celui de violences, d’addiction au sexe, de morts nombreuses données par les uns aux autres. Bref, un peu comme « Dexter », mais même pas avec le logo rouge : à n’y rien comprendre !

A Bon entendeur : quelle efficacité ?

Pour un montant compris entre quatre et huit francs, on peut louer pour quelques heures un film, auprès d’une société de « vidéo à la demande » (VOD). Il faut
parfois plus de dix francs pour une telle prestation, souvent plus coûteuse en Suisse qu’à l’étranger. C’est ce que nous apprend entre autres, « A bon entendeur (TSR1 – mardi 04.10.11 – « Vidéo à la demande :un film chez soi, trop cher ? »).

La forme est bonne

A Bon Entendeur, c’est une équipe :Luc Mariot, Daniel Stons, Manuelle Pernoud (Crédit RTS / Louvion Jay)

A Bon Entendeur, c’est une équipe :Luc Mariot, Daniel Stons, Manuelle Pernoud (Crédit RTS / Louvion Jay)

Depuis bien des années, « A bon entendeur » occupe une place de choix dans la grille de la TSR, solidement accroché à son premier rideau et récoltant de bonnes parts de marché. L’émission est bien faite faisant passer des documents pré-enregistrés à des entretiens, de l’explication verbale dans l’image à des informations chiffrées écrites. Rien à dire sur la forme, même si chaque émission ressemble à la précédente.

A Bon Entendeur, C’est un nouveau décor depuis le 12 septembre 2011 (Crédit RTS / Louvion Jay)

A Bon Entendeur, C’est un nouveau décor depuis le 12 septembre 2011 (Crédit RTS / Louvion Jay)

Informations numériques trop rapides

La comparaison d’une même prestation par des fournisseurs différents est un des points forts de l’émission. Mais consulter le site devient indispensable, car les informations numériques passent trop rapidement à l’antenne pour permettre d’en prendre note et surtout de les retenir en vue de modifier ensuite son comportement de consommateur. Et gare à qui aura refusé de participer à une émission qui risque de mettre un invité dans une situation désagréable. Son absence finit par passer pour un aveu de « culpabilité » !

A Bon Entendeur, c’est une journaliste-présentatrice, Manuelle Pernoud (Crédit TSR/Kearney Anne)

A Bon Entendeur, c’est une journaliste-présentatrice, Manuelle Pernoud (Crédit TSR/Kearney Anne)

Le consommateur suisse pas mieux protégé que d’autres

Et c’est ainsi qu’ « A bon entendeur » atteint ses limites. L’information donnée est importante, souvent originale. Mais contribue-t-elle à améliorer le sort du consommateur suisse qui continue de payer plus que ses voisins des prestations équivalentes ? Il est à craindre que la réponse soit non.

« Dexter » qui fait « coucou »

Vous voulez revoir « Apocalypse now » ? Le version proposée sera parfois doublée en allemand avec sous-titres en italien. Comme au bon très vieux temps des ciné-clubs des années cinquante où nous vîmes un film russe muet parlé en chinois et sous-titré en polonais !

Michael C. Hall a l’air d’être un bien gentil “Dexter” : et pourtant

Michael C. Hall a l’air d’être un bien gentil “Dexter” : et pourtant

Au hasard du besoin d’illustration, à propos des séries que l’on peut aussi s’offrir en VOD, apparaît une illustration. Pas n’importe laquelle : une image de « Dexter ». Tiens, serait-ce un moyen de rendre hommage en passant à la série américaine la moins coûteuse pour la TSR, puisqu’elle n’y sera point montrée pour cause de violences gratuites valant aussi par exemple pour « Les Borgias » ( première double apparition le dimanche 9 octobre 2011 en fin de soirée, mais sans logo rouge qui pourtant ne serait pas déplacé). A notre tour, saluons par l’image une décision absurde !

Un nouveau Pape est arrivé : les violences aussi, sans logo rouge. Jeremy Irons en gloire dans “Les Borgias” ( Crédit RTS/CBS paramount)

Un nouveau Pape est arrivé : les violences aussi, sans logo rouge. Jeremy Irons en gloire dans “Les Borgias” ( Crédit RTS/CBS paramount)

Rafales d’informations numériques

Quand une animatrice de débat télévisé prend un air pincé pour regretter que trop de chiffres soient lancés dans un débat, presque certitude il y a que ce débat risquait de devenir intéressant, avec pour une fois preuves à l’appui quand on prend le temps de situer correctement ces données. Mais un bombardement d’informations numériques risque aussi d’éveiller une curiosité qui reste sans réponse.

Ces remarques faites à propos d’une émission de « A bon entendeur » valent pour d’autres émissions. On apprit par exemple le 04.10.2011 que le marché mondial de vidéo à la demande atteint un chiffre d’affaires de 4,5 milliards de dollars. Un peu plus tard, voici une estimation de la perte provoquée par le piratage sous toutes ses formes : 7,5 milliards dont cent millions pour la Suisse. D’où cela tombe-t-il ? Aucune source n’est citée. 7.5 milliards de dollars, c’est un petit peu plus qu’un dollar par terrien. Cent millions pour la Suisse, ce sont une quinzaine de dollars par habitant. Un suisse est donc dix fois meilleur pirate qu’un citoyen du monde ? Plausible ? Impossible de le savoir ? Et quel est le chiffre d’affaires du cinéma mondial dans les salles ? Combien les télévisions du monde investissent-elles dans l’audiovisuel ? Ce serait intéressant de pouvoir comparer ces données avec les 4,5 milliards de dollars de la VOD. Rien de tout cela. Si au moins « A bon entendeur » qui informe le consommateur prenait la peine de restreindre ses informations numériques pour les remettre dans un contexte comparatif intéressant. Mais disons à « ABE » : T’es pas la seule, hélas, à mal faire dans ce domaine chiffré….

Les Tudors, fin de la saison 3

Le troisième saison des « Tudors », une série canadienne, américaine et irlandaise, vient de se terminer sur la TSR. Par ses qualités, elle s’inscrit dans la lignée des meilleures séries historiques, celles des « Roma » et autres « Deadwood ». On peut même citer des séries qui survolent l’histoire plus récente comme « Mad men » qui se déroule dans les années soixante ou la prochaine production de Martin Scorsese, « Boardwalk Emprire », encore inédit qui évoque les temps de la prohibition. Une autre série, « Les Borgias » prend son élan sur la TSR le 9 septembre 2011. L’écriture de l’Histoire est enrichie par les séries, même si certaines d’entre-elles sont passées à la moulinette de la contestation par les partisans du papyrus.

Portraits de Barbe-bleue

Henri VIII dit “Barbe-Bleue, peint par Hans Holbein le Jeune

Henri VIII dit “Barbe-Bleue, peint par Hans Holbein le Jeune

Incarné par Jonathan Rhys Meyers

Incarné par Jonathan Rhys Meyers

Dans « Les Tudors », d’assez grandes libertés semblent bien avoir été prises avec des faits réels, mais ceci a servi probablement à renforcer ses qualités spectaculaires. Figure principale, Henri VIII d’Angleterre ( 1491 – 1547, son règne débutant en 1509), peint par Holbein, ce Barbe-Bleue raconté par Perrault eut six épouses et quelques maîtresses. Il fut prompt à occire certaines d’entre-elles, son principal souci étant d’avoir un héritier mâle. Il fut aussi efficacement secondé par Thomas Cromwell ( 1485-1540) qui le poussa à se séparer de l’Eglise catholique. Mais celui-ci aura la tête tranchée. Entre bals de cour et couches royales s’inscrivent des combats, des intrigues de palais, une vie de famille mouvementés. Henri VIII se comporte en dictateur sanguinaire assez souvent et parfois en amant sensuel et gourmand. La présence du logo rouge de mise en garde est tout à fait normale.

Thomas Cromwell peint par Hans Holbein le Jeune

Thomas Cromwell peint par Hans Holbein le Jeune

Incarné par James Frain

Incarné par James Frain

Le rôle de l’écriture

C’est là assurément du grand spectacle bien écrit par le véritable auteur de la série, Michael Hirst, à la tête d’une équipe de scénaristes. Le« show-runner » mène le bal. Pas moins de quatre réalisateurs se sont succédés pour réaliser chacun deux épisodes de la troisième saison, mais l’unité visuelle et de rythme subsiste dans la mise en scène. Avec ces séries de haut niveau et ambitieuses, la fiction audiovisuelle donne à l’écriture la place principale comme “auteur”, appuyée par la production et introduit un déroulement dans le temps sur la longueur qui permet le développement de personnages secondaires et beaucoup de subtilité dans les contradictions des principaux.

Henry VIII bien entouré ( mais était-ce dans la série?)

Henry VIII bien entouré ( mais était-ce dans la série?)

Des scènes efficaces

Des soldats achèvent des blessés à coups de pique. Des dizaines de gibets  sont dressés dans un vaste espace herbeux pour mater une révolte des gens du nord qui refusent d’être pressurés par le fisc. Il s’agit alors d’un effet de multiplication numérique. La répulsion physique de la reine Anne de Clèves s’explique par la puanteur de la jambe blessée du roi. Le sensualité perverse de l’adolescente Catherine Howard introduit des moments troublants. Le bourreau mal dans sa peau doit répéter son geste maladroit pour parvenir à trancher la tête de Cromwell, mais la bande sonore décrit alors ce qui se passe en dehors du cadre. Ce sont là quelques fortes scènes. Leur efficacité violente est aussi une des caractéristiques de cette série. Mais l’Histoire même malmenée interdit ne permet pas de traiter les « Tudors » comme « Dexter ».

Après “Les Tudors”, voici “*Les Borgias” sur la TSR

Après “Les Tudors”, voici “*Les Borgias” sur la TSR

Mégaphone 2

En juin 2011 « mégaphone 1 » dresse le portrait de quelques anonymes de Suisse romande. On les retrouve à Berne, invités dans le luxueux Hôtel Bellevue par des notables politiciens pour de brefs débats. Invitation inversée : quatre politiciens romands sont reçus par des anonymes pendant 24 heures au moins. On y retrouve deux « anciens » de « Mégaphone 1 ». Les débats ont cette fois lieu plus modestement sur la place fédérale.

Chapitre 1 : La formation des duos et les « chocs »

Le choix de formation des duos pousse à la confrontation, en mettant face-à-face un anonyme et un politicien qui ne sont pas de la même sensibilité politique ou sociale.

Perrin/Ekrem

On va donc observer ce qui se passe entre l’UDC Yvan Perrin et deux jeunes kurdes, les frères Ekrem, parfaitement intégrés, qui viennent d’ouvrir un petit commerce et sont sur le chemin de la naturalisation

Lausanne, on se promène

Lausanne, on se promène

Le vice-président de l’UDC débarque de sa montagne jurassienne avec des produits laitiers typiques de sa région qu’il offre avec simplicité. Chacun écoute l’autre. Ils ont tout pour s’entendre. Mais le naturel politique revient : Perrin insiste pour faire savoir qu’il n’a rien contre ses interlocuteurs ; ceux qu’il poursuit de sa vindicte forment une petite minorité parfois délinquante à chasser d’ici. Il n’en reste pas moins que le climat provoqué par son parti naît à coup sûr d’une tendance généralisatrice. On peut se comprendre, certes, mais pour être vraiment proches, il faudra attendre encore une ou deux générations.

de Buman/Dutoit

Le programme du PDC fait place importante à la famille. Parmi elles, “monoparentales” peinent, plus souvent formées de femmes avec enfant(s) que d’hommes. Mme Dutoit fait tout ce qu’elle peut pour s’occuper de sa fille. Il n’en reste pas moins que travailler et se recycler entre en compétition avec une présence permanente au côté d’un enfant.

M de Buman en vient à citer quelques exemples de la politique familiale de son parti. Il s’agit par exemple de défendre une déduction fiscale importante sur le revenu pour les frais de garde d’un enfant – dix mille francs par an. Encore faudrait-il que son interlocutrice dispose d’assez d’argent pour pouvoir bénéficier d’une telle aide qui suppose donc un salaire annuel assez convenable. Là, dialogue il y a par instants, mais l’exemple cité met en évidence une politique générale d’un parti qui en l’occurrence ne concerne guère  le cas particulier envisagé.

Marra/Zbinden

Genéve, on cause

Genéve, on cause

Mais qui donc pourrait établir avec une personne comme Jim Zbinden, qui revient semble-t-il d’une sensibilité de gauche pour faire savoir qu’il n’est ni de droite ni de gauche, un vrai dialogue. Il trouve que tout va mal dans ce pays à propos de tout de ce dont on parle. Il ne reste dès lors qu’un moment où accord peut se faire, quand on décide de se dire « tu » pour partager une visite de Genève où chaque coin de rue est prétexte à revendication. Et lors de l’entretien en plateau, la distance réapparaît, le « vous » ayant refait surface. Pour un Ada Marra qui connaît bien ses dossiers et les lignes de force de son parti, le dialogue était devenu impossible. Alors elle doit se contenter de dire ce que son parti tente de faire dans les secteurs qui appartiennent à ses préoccupations.

Luscher/Capelli

Ce sera le plus étonnant des quatre duos. Un abîme séparer l’ouvrier qui gagne un peu plus de cinq mille francs par mois alors que l’avocat et politicien genevois gagne annuellement un peu plus qu’un conseiller fédéral. Si M.Capelli gagnait cent francs de moins par mois, quel serait le montant des aides sociales qu’il aurait pu obtenir. Et le politicien aurait très bien pû lui donner un conseil pour se faufiler dans cette jungle réglementaire où les effets de seuils sont cruels.

A peine arrivé que le politicien offre à cette famille du gros de Vaud un carton de vins genevois. Faut-il ainsi comprendre l’éloge du vin de ses électeurs face aux produits de la Côte, d’Aigle et du Lavaux. Au petit matin, M..Luscherr fait son footing mais M.Cappeli qu’il y entraîne peine à suivre. Et le tutoiement est général sans que l’on sache qui en fut l’initiateur. M.Luscher est un bon metteur en scène.

Berne, sur la place fédérale avant l’émission

Berne, sur la place fédérale avant l’émission

Deux mondes plus différents socialement que politiquement seront restés étrangers l’un à l’autre malgré les efforts du politicien pour sembler proche de ceux qui le reçoivent chez eux.

Conclusions

Ce ces quatre rencontres, on peut presque conclure que chaque fois deux univers séparés l’un de l’autre ne se sont guère rapprochés si on comprend plutôt bien ce qui les sépare. Même sans très bien savoir où classer politiquement les anonymes, il apparaît que les contraires arrivent un peu à se comprendre mais risquent bien de peiner à s’entendre. Mais c’est là une conclusion positive pour le principe même de l’émission.

Les remarques qui précèdent reposent plus sur la visite chez les anonymes que sur les débats brefs qui se sont déroulés sur la place fédérale, lesquels posent un problème d’ordre différente, celui de la place des diverses sensibilités politiques dans une telle émission.

Chapitre 2 : « Mégaphone », à l’image de la Suisse politique ?

Vingt minutes avec le représentant de l’UDC, autant avec ceux du PLR et du PS et dix seulement pour le PDC. Bizarre ! Voilà qui se veut ou est par hasard reflet du consensus helvétique qui fonctionna durant des années avec deux UDC, deux PS, deux PLR et un PDC au conseil fédéral. C’était la situation lors de la nomination du conseil fédéral pour la législature 2007-2011. Cela n’est plus conforme à la situation actuelle, sauf si on compte Mme Widmer-Schlumpf comme UDC modérée. Mais Mme Widmer-Schlumpf a été rejetée de l’UDC nationale. Elle se retrouve membre d’un parti modeste, le parti bourgeois démocratique. Finie, la « bande » des quatre ! Ils sont cinq désormais.

Sur un quai de gare, le duo Marra/Zbinden

Sur un quai de gare, le duo Marra/Zbinden

La Suisse en cercle électoral unique.

 Au plan fédéral,les composantes des forces politiques sont actuellement en pourcentage :

  • UDC un peu mois de trente
  • PS autour de vingt
  • PLR aux environs de quinze pour-cent
  • PDC idem
  • DIVERS, un peu plus de vingt pour-cent.

Un conseil fédéral à la proportionnelle donnerait aujourd’hui deux UDC, deux PS, un PLR, un PDC et un ECOLO ( un peu plus longtemps de gauche que de droite).

Ces DIVERS se composent de deux courants écologistes, les Verts et les Libéraux qui frôlent ensemble le15 pourcent, le solde allant au PDB et à un peu petit peu encore à droite et à gauche. La Suisse est pour un tiers à gauche et deux tiers au centre-droit. Le centre penche plus souvent à droite qu’à gauche. Une même répartition en Suisse romande donne une gauche d’au moins quarante pourcent, donc un centre droit pas plus de soixante pourcent.

Un conseil fédéral à la proportionnelle donnerait aujourd’hui deux UDC, deux PS, un PLR, un PDC et un ECOLO ( un peu plus longtemps de gauche que de droite).

Dominique de Buman chez Mme Dutoit

Dominique de Buman chez Mme Dutoit

« Mégaphone » sans la sensibilité écologique

A noter en passant que les six représentants de partis politiques invités pour le débat retransmis dans le monde par les différentes chaînes de TV5 venaient de la bande dite des quatre augmentés d’un écologiste vert et d’une libérale. Cela fait deux à gauche et quatre au centre droit, représentation plus équitable qu’avec les seuls quatre partis gouvernementaux. On se rapproche de la situation en Suisse romande.Mais les « écolos » furent complètement oubliés, ce qui est à tout le moins regrettable.

Christian Lüscher chez les Capelli

Christian Lüscher chez les Capelli

 « Mégaphone » penche à droite

Lors des quatre débats sur la place fédérale sont apparus des « experts », Mme Miauton, directrice d’un Institut de Sondage, MM.Blaise Matthey, représentant du patronat romand, Eric Hoesli, d’Edipresse venus du centre droit. Mme Paola Ghillani a-t-elle encore une sensibilité de gauche ?

Impossible de savoir vraiment comment les quatre anonymes vont voter. Pour les notables, politiciens et invités, on en est à deux au maximim à gauche et donc six au moins à droite. Ce trois quarts un quart ne refléte plus la réalité des grandes tendances politiques suisse. Et la TSR devrait plutôt être proche de la Suisse romande que de l’ensemble du pays.

Et dire qu’à droite certains reprochent souvent à la RTS d’avoir une sensibilité de gauche. Dans un grand débat politique comme celui instauré par « Mégaphone », la droite pèse plus lourd que la gauche ! Mais le principe de « Mégaphone » reste novateur grâce aux « anonymes » confrontés assez longuement aux notables.

La RTS aurait intérêt à repenser ses équilibres politiques à moyen terme. Elle devrait aussi se servir des promesses de « Mégaphone » pour donner à cette émission un avenir qui dépasse les deux premiers numéros.

Prochainement :

  • Chapitre 3 : qui est responsable de “*mégaphone” ?

Emissions au congélateur

Les images qui illustrent ce texte sont toutes tirées du site www.tf1.fr -cbs). Elles illustrent la série « Dexter ». Ce choix est expliqué à la fin de ce long texte où l’on peut d’ailleurs lire séparément chaque partie introduite par un intertitre.

Une partie du casting de *Dexter” prend la pose

La SSR-SRG se comporte comme une société anonyme. Ses actionnaires sont les payeurs de redevance alors que sponsors et annonceurs sont ses clients. Peut-être que certains proches de l’équivalent d’un conseil d’administration d’une unité d’entreprise souhaitent que ces actionnaires forment un club de gentils membres. Mais la SSR est aussi un service public au service du public qui doit à ses actionnaires une transparence plus grande qu’une SA commerciale ou industrielle. Il arrive qu’une unité d’entreprise décide de ne pas montrer une émission. L’information sur les raisons d’une telle mise au congélateur devrait être demandée par le « conseil du public » de l’organisation institutionnelle et portée à la connaissance de l’actionnariat. Une liste de « surprises » récentes ou même ancienne vaut d’être amorcée.

La bande des quatre

“Dexter” - Saison 2 - épisode 1 - L’ombre d’un doute

A en croire « L’Hebdo » ( 15 septembre 2011 – page 30), un « Temps présent » intitulé « Des parlementaires sous influence », qui aurait du être diffusé le même jour, a été retiré de l’antenne. Le titre est clair : « Pourquoi la TSR a congelé un Temps présent ». L’idée du congélateur est plus intéressante que celle du placard. Le sujet abordait le comportement de parlementaires sous l’influence du lobby des caisses qui assurent contre la maladie mais refusent la caisse unique, repoussée par le peuple à près de 70 % en mars 2007.

Une règle interne veut que du 5 septembre au 23 octobre, 2011 on évite de faire apparaître à l’antenne des candidats à la fonction politique qui fait l’objet d’une campagne électorale. Les responsables de « Temps présent » auraient-ils oublié l’existence de cette règle interne ? L’émission n’est peut être mise au congélateur que provisoirement. On pourra se faire prochainement une idée de son contenu. De plus, l’idée de la caisse unique fait son chemin. On peut supposer que cette mesure de renvoi d’une émission ne les fera pas apparaître comme vaincus par les lobbystes.

Bien entendu, la radio et la télévision fixent les règles qui conduisent à inviter des candidats. L’une d’elle privilégie les quatre partis gouvernementaux, soit l’UDC, le PRL, le PDC et le PS représentés au conseil fédéral. On oublie que Mme Widmer-Schlumpff a été rejetée par son propre parti, l’UDC. Elle ne représente qu’un parti peu important en pourcentage. Dans le « Mégaphone » du mercredi 21 septembre 2011, on fait bon accueil à Yvan Perrin, Christian Lüscher, Dominique de Buman et Alda Marra, représentants de la bande des quatre…partis gouvernementaux.

On aura l’occasion de revenir sur une règle tacite qui ignore le 20 pourcent environ de la représentation politique. Cette même règle conduit à différer une émission (sur la caisse unique) et à faire la promotion d’une autre (mégaphone).

Pas de sursis ?

“Dexter” - saison 2 -épisode 2 - Faire son deuil

La justice prononce parfois une peine assortie d’un sursis. La mise au congélateur d’une émission peut être comparée à une condamnation par le justice.

Une chaîne canadienne vient de sortir un document sur l’accident de Swissair à Halifax en 1998 qui fit plus de deux cents victimes. L’expertise conduite pendant quelques années mit en cause un incendie. Les enquêteurs canadiens semble défendre la thèse d’un attentat. C’est du moins ce que les extraits présentés au « 19 :30 » du samedi 17 septembre 2011 suggèrent. Il semble que la télévision suisse alémanique ait été proche des auteurs de ce document. Mais « Zürich » vient de renoncer à le diffuser, pour ne pas « propager des spéculations ». Pas de version allemande semble avoir pour conséquence« pas de version française ».

Dans le congélateur de chaque chaîne, on doit trouver bon nombre d’émissions qui y furent discrètement déposées, y compris pour cause de médiocrité. Il vaut la peine de jeter un œil dans celui de la TSR. Il y a plus de deux ans, « Temps présent » préparait un document qui avait pour thème plus ou moins central la consommation festive de drogues en établissements nocturnes. Un technicien de l’équipe avait alors pris la décision de passer à l’acte. La presse populaire allait en parler quand la direction de la TSR prit la décision de mettre l’émission au congelateur. Par la faute d’un seul, l’équipe qui travaillait sur le document a été traitée en complice, la peine étant le refus de porter son travail à la connaissance du public. On peut se demander si cette « peine » était assortie d’un sursis !

Le cas « Dexter »

Les policiers tentent d’arrêter le tueur au camion frigorifique (légende TF1)

On peut voir actuellement cette série américaine de six saisons le mercredi soir juste avant minuit, les numéros de sa deuxième saison présentés deux par deux. Comme toujours, nous connaissons mieux les programmes des chaînes françaises que ceux de la SSR en allemand ou en italien. Mais on sait que « Zürich » montre « Dexter » à son public. Pour des raisons d’éthique, la TSR ne montre pas « Dexter ».

Il vaut le peine di citer quelques lignes parues dans le meilleur hebdomadaire d’informations et de réflexions culturelles de France, « Télérama » aux lointaines origines catholiques. :

La deuxième saison des tribulations sanglantes du tueur en série de Miami estt, disons-le tout de suite, magistrale. Installant suspense et humour noir, le rythme reste en effet parfaitement maîtrisé, tandis que la psychologie des personnages portée par l’interprétation très convaincante des comédiens (Michael C.Hall en tête), s’avère de plus en plus passionnante.

En 2007 déjà, lors du festival « Tous écrans » à Genève, nous entendîmes Alix Nicole, responsable de la programmation des séries, affirmer que la TSR ne montrerait pas « Dexter ». Il semble aujourd’hui que la décision avait été prise par le responsable des programmes, Yves Menestrier, choqué par la gratuité du tueur de tueurs en série qui restait impuni tout en pratiquant son métier de policier spécialiste des traces sanguines. Depuis lors, le directeur actuel, Gilles Marchand, semble avoir « couvert » ses collaborateurs, selon « Télétop Matin » du 11.09.2011. On y cite des arguments comme la série ne correspondrait pas « aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre ». Il paraît aussi que la TSR « ne veut pas choquer gratuitement ». Ce genre de remarques vaut pour bien d’autres émissions, ne serait-ce que « 24 heures chrono » avec son efficace justicier solitaire sauveur des USA.

Bref, il y a très longtemps, un film censuré ou interdit en-dessous de 18 ans dans un seul canton romand, le Valais surtout, ne passait pas à l’antenne. Aujourd’hui, deux ou trois personnes décident souverainement de protéger les téléspectateurs romands d’une des meilleures séries américaines actuelles. Ils condamnent « Dexter » à la congélation. Quand prendra fin cette peine dont on ignore si elle a été assortie d’un sursis ?

Le silence du conseil du public

Une femme visiblement aisée est retrouvée morte. Dexter fait bientôt le lien entre la victime et deux autres meurtres : un point commun, le même thérapeute (Légende TF1)

L’organisation institutionnelle, la RTSR, représentation du public, a mis en place un « conseil du public » qui doit s’intéresser tant à la radio qu’à la télévision. Ses travaux se sont déroulés pendant des années en circuit fermé, entre professionnels et « experts » aux relations pas toujours harmonieuses quand l’esprit critique même motivé prenait le dessus. Une parrtie sélectionnée de ses procès-verbaux apparaissait dans l’organe d’information de la RTSR, le « Médiatic » puis sur les différentes versions du site rtsr.ch. Depuis quelques années, le conseil du public rédige des communiqués sur ses principaux centres d’intérêt. On y trouve en particulier les résultats de travaux de groupes de travail qui disposent parfois de documents « top secret ». Le problème de la non-diffusion de « Dexter » aurait fait l’objet de quelques remarques lors d’une récente séance. Certains membres du conseil du public se seraient félicités de cette interdiction faite à une œuvre assurément violente, mais pas plus que beaucoup d’autres.

Le refus de diffuser « Dexter » est une hypocrisie. Ce n’est pas de la sournoiserie comme j’ai fait l’erreur de l’écrire. Mais il serait souhaitable que le conseil du public de la RTSR publie des communiqués qui signaleraient aussi des échanges d’idées contradictoires, avec point de vue majoritaire ou minoritaire. Le silence public du conseil du même nom est regrettable.

En attendant, on peut donc voir « Dexter », entrecoupé de pub au milieu de chaque épisode, sur TF1, qui ménage sa ménagère de moins de cinquante ans en programmant la série à une heure où elle est au dodo. Et il faut rappeler aux responsables des programmes de la TSR que le logo rouge, çà existe. Et que son sens est parfaitement clair !

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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