Mieux exposer la beauté
Transmettre par radio la beauté d’une partition musicale parfaitement enregistrée n’est pas un exploit technique. Pas de problème, dès lors, pour faire partager la beauté initiale d’un son fait seulement de musique. En va-t-il de même pour la beauté d’une image?
Faire de belles images bien cadrées, bien éclairées, avec des couleurs maîtrisées n’est pas facile. Il faut que, lors de leur prise, fonctionne un «regard», celui d’un créateur sensible à ce qu’il considère comme une juste approche. À partir de là, rêvons : pourquoi une belle image appuyée par un beau son ne serait-elle pas offerte au plus grand nombre, autrement dit proposée à des heures de grande écoute télévisuelle? À savoir entre 18 et 23 heures.
Mais qui donc oserait donner une place de choix seulement pour cause de beauté? Les programmateurs traquent le meilleur audimat possible d’abord pour la satisfaction des annonceurs ( et le montant de la facture ?), ensuite pour une forte part de marché apportant du plaisir aux nombreux consommateurs.

Une affiche dessinée dans l'esprit du travail que faisait Saül Bass pour les génériques des films d'Hitchcock
Ces considérations reposent sur un double exemple. Les images ( et les sons, doublage compris) du récent «Boardwork Empire» tout comme celles de l’actuel «Mad men» sont à compter parmi les plus belles jamais proposées par deux séries, elles-mêmes parmi les meilleures, les plus exigeantes, les plus pointues. Sur «notre» TSR, il fallut et il faut rester aux aguets après vingt-trois heures pour les savourer. C’est donc réservé à une minorité. Oser se poser la question de la transmission de la beauté au plus grand nombre ? Mais c’est une «provocation» qui commence déjà avec l’emploi du mot «beauté» !
Un trio d’excellentes séries
Mad men
1962 : l’agence de publicité « Sterling & Cooper » a été rachetée par une firme anglaise conduisant à des restructurations plus ou moins brutales. Les personnages féminins confirment leur forte présence. On continue de consommer à haute dose cigarettes et cigares, alcools et sexe. La mise en scène reste brillante. Les images, par les cadres, les couleurs, sont d’une grande beauté. Mais le Beau est-il vraiment notion appréciée sur le petit écran ? ( Dimanches après 23h00 sur TSR 1 – Saison 3 )

Peggy ( Elisabeth Moos) la petite secrétaire montée en grade, de moins en moins timide. Voici un pâle reflet de la qualité des images projetées sur le petit écran.
Dr House
House et Cuddy sont amoureux, ce qui n’est du reste pas simple. La séparation est déjà intervenue. Une petite nouvelle prend place dans l’équipe médicale avec une franchise exaspérante et une réelle sûreté professionnelle. A noter aussi le retour de « numéro 13 » qui a fini par expliquer à House le pourquoi de son séjour en prison, tournant autour du problème bien sûr délicat de l’euthanasie. Gregory conclut un faux vrai mariage, mais pas avec Cuddy ! Des rêves rendent hommage au cinéma d’horreur ou à la comédie musicale : tout devient possible ! Et House tient conférence assez peu orthodoxe devant des enfants ! On pratique l’élevage de poules à l’hôpital. Bref, on fait n’importe quoi dans un élan de délire !Et House continue de s’intéresser au diagnostic plutôt qu’au patient.( TSR 1- jeudi – saison 7 –deux par deux après 21h00 )

Un championnat de lancer de patates au bazooka : le Dr House a pris en charge no 13 à sa sortie de prison. ( TSR - jeudis soirs vers 21h00)
Protection rapprochée.
Description du travail d’un groupe danois qui veille sur des personnalités politiques. La fiction est insérée dans une réalité plausible, associée à un attentat islamiste au Pakistan et à la protection du caricaturiste danois qui mit en scène Allah. On a un peu le sentiment qu’il s’agit d’un docu-fiction. Qui connaît la vie politique du Danemark pourrait dire ce qu’il en est. Beaucoup d’émotion juste lors du décès d’un membre de l’équipe. Ce n’est pas la première fois que les créateurs du nord de l’Europe sont en bonne forme. A quoi cela tient-il ? Il faudrait en savoir davantage pour y répondre.( TSR1 – Début de la saison 2 – mercredi soir dès 23 heures environ – se termine vers une heure du matin! )

Bien équipée, la force armée de "Protection rapprochée" du pacifique Danemark ! L'arme est différente de la précédente. ( TSR)
Les heures de programmation
A noter tout de même qu’il devient de plus en plus difficile de comprendre les règles appliquées par la TSR pour la programmation. Le Dr House mérite son heure de grande écoute même s’il n’est pas vraiment un modèle de comportement correct.
Il n’y a aucune raison de cacher « Protection rapprochée » en fin de soirée. Cette série est globalement du même niveau que « Blue Bloods » que la TSR propose, deux par deux, le vendredi dès 21h00. Une explication : pour avoir le droit au premier rideau, serait-il indispensable d’être américain ou parfois français. Mais pourquoi repousse-t-on le coquin et drôle « Californication » vers une heure du mat !

Les parties de jambes en l'air de "Californication", c'est pour une heure du mat... ( TSR, dans le nuit de jeudi à vendredi)
Comment comprendre pourquoi telle série passe à raison de parfois trois épisodes le même soir, souvent deux par deux, assez rarement un par un ( et pourtant, le passage unitaire est à la base du principe de répétition d’une série qui doit fidéliser le spectateur) ? Il suffit de regarder comment la chaîne française qui détient les droits et s’est chargée du doublage d’une sérier construit son programme. Un robot qui consulterait les avant-programmes français pourrait aussi être chargé de choisir le jour de diffusion avant la concurrente de France, son heure de et d’y coller de temps en temps un logo rouge après un pile ou face !
Normal par contre de proposer le produit maison actuel, « Crom », en premier rideau du samedi avec sa soirée à la programmation assez chahutée. Un prochain arrêt sur cette intéressante série s’impose
Trois soirées réussies
Fêtes de fin d’année: voici les humoristes réservés pour cette période. Ni bien ni mal à dire de Marie-Thérèse Porchet, pour cause d’allergie personnelle à sa forme d’humour. Les bêtisiers fleurissent un peu partout, mais diable comme ils se ressemblent! Mis en réserve depuis des mois, ils amusent en priorité leurs auteurs qui en rajoutent. À se demander si certains ne sont pas mis en scène en vue des fêtes de fin d’année, surtout si les rires d’un invisible et inexistant public sont ajoutés sur la bande sonore, «astuce» en forme de tricherie!
Scènes de ménage: M6
Soirée piquante réussie ( 31 décembre 2011) par M6 avec les quatre couples de «Scènes de ménage» durant trois heures, dégustées par petites doses de deux/trois minutes, en grande majorité avec d’excellents gags. On peut se trouver seul devant son étrange lucarne: vous vous entendrez rire parfois même aux éclats trois fois que quatre! Un rire autocommunicatif! Alors, à plusieurs…

Les sexagénaires n’en ratent pas une l’un contre l’autre, mais avec une tendresse plutôt bizarre. Huguette ( Marion Game) et Raymond (Gérard Hernandez) les sexagénaires piquants et délirants de « Scènes de ménages2, le succès de M6
Et cette soirée n’est pas la seule raison d’attirer l’attention sur ces « Scénes de ménage ». Deux chaînes sont en France actuellement fort contentes d’elles, France 5 d’un bon niveau d’exigence culturelle et, parmi les généralistes commerciales ou de service public, M6: toutes deux annoncent une moyenne annuelle croissante en parts de marché. Certains commentateurs attribuent même une partie des progrès de M6 à ces « Scènes de ménage « qui sont en concurrence avec les journaux de TF 1 et de France 2. On a même pu lire qu’un 0.3 pourcent de progression annuelle pourrait être attribué à cette émission aux quatre couples en bisbille à quatre âges de la vie. Une pleine page de publicité dans « Le Monde » ( édition du mercredi 11 janvier 2012) a pour sujet les horribles et exquis représentants du troisième âge, à la retraite. L’ex-gendarme Raymond dit à sa compagne: « Ma pauvre Huguette, on n’a pas fini de bosser ».
Il se pourrait que M6 qui ne vise pas uniquement « la ménagère de moins de cinquante ans » soit vraiment sur une pente légèrement montante alors que TF1 descend. Ce n’est pas un signe pour déplaire!
La saga des Perrochon ( TSr 1 – 28 décembre )
Le jour où sur proposition de Jean-Claude Chanel, la direction des programmes de la TSR accepta l’idée de tirer de trois anciens « Temps présent » consacrés à une même famille vaudoise qui émigra au Québec et finit par s’y trouver bien
( Les Vaudois du Québec – mai 1975 / Chronique d’un déracinement – janvier 1978 / Famille Perrochon – janvier 1989), c’était gagné d’avance. La présentation d’un téléfilm de montage de près de nonante minutes suivie d’un début sous la houlette d’ »Infrarouge » a cartonné autour de quarante pourcent de parts de marché. Les prochaines Journées du cinéma suisse de et à Soleure font une place à cette prestation destinée seulement à la télévision. On aurait même pu rêver d’une plus grande ambition pour en faire un témoignage sociologique destiné au grand écran comme au petit. Il ne faut pas trop demander! Cela eut posé un tout autre problème que celui du montage à partir de ces trois TP en tenant compte du matériel accumulé par Chanel pour son propre compte ou d’une semaine Perrochon dans le cadre du « Zig-Zag café » de Jean-Philippe Rapp. J.P.Rapp a su évoquer le rôle du disparu Chanel, l’importance de son amitié profonde et partagée avec les Perrochon depuis plus de trente ans.
Le montage n’aura guère apporté de surprises. Il aura mis en évidence la première génération avec le mal du pays du patriarche. On aura compris un peu comment la deuxième génération s’est finalement bien intégrée. À la fin du document, on aura insisté sur les épouses suisses alémaniques du père et du fils. Lors d’un retour à Cheseaux, Mme Perrochon, mère et grand-mère, a visité l’hôtel désormais installé richement dans la maison natale de feu son époux. Plutôt que d’assister à ce retour émouvant au pays, on aurait nettement préféré en savoir davantage sur la troisième génération qui est parfaitement intégrée dans leur nouveau pays, ce Québec devenu aussi le pays de leurs parents et au moins un peu de leurs grands parents.
Siffert et Tinguely
Autre réussite, la soirée fribourgeoise documentée ( TSR 2, 2 janvier) autour de deux amis, Jo Siffert le fou du volant et de Jean Tinguely, l’amoureux des ferrailles devenant folles machines, suivie d’un splendide portrait de Tinguely seul et terminé par une pâle approche de Siffert.
Grands bonheurs festifs avec de telles soirées! Trop rares!
Mikhael Gorbachev
Dimanche 1 janvier 2012, vers 13h00 : ils sont deux, pour animer « Pardonnez-moi », Darius Rochebin et son patron, Bernard Rappaz. Un visage connu, en face d’eux : quelques secondes d’hésitations devant la tache sur le front et avant la confrontation du présent avec l’image des années 90. C’est Mikhael Gorbatchev, sa fondation, la croix verte. L’homme admiré en Occident, et peut-être bien dans le monde entier, qui reste méconnu, rejeté, dans son pays, là-bas étranger à lui-même. L’homme qui, s’il pouvait retrouver un disparu, choisirait une fois encore Raissa, sa femme presque toujours présente à ses côtés, elle qui, comme sa fille, détestait tant la politique.
Les questions fusent, pertinentes plus qu’impertinentes. Une des premières posées voulait entendre l’avis de l’invité sur Poutine. Ce n’est pas alors une dérobade, mais une esquive : refus d’entrer dans une polémique électorale. Les enjeux sont plus importants : Mikhael Gorbatchev cite alors deux exemples d’événements annoncés pour un futur lointain, qui ne mirent que quelques mois à se produire, la chute du Mur de Berlin (1989) et la Révolution soviétique (1917). Débat intéressant ; un scoop d’importance européenne ou mondiale ? Peut-être ; peut-être pas. Des extraits déjà vus au « 19 :30 » !
Quelques heures plus tard, dans une solitude somme toute volontaire, le moment de la lecture heureuse d’un « Nouvel Observateur » tiré d’une pile qui devait cesser de grandir. Jean Daniel évoque les années soixante, importantes, pas seulement pour lui. Il salue un « passeur de liberté » qui vient de disparaître, Vaclav Havel, président de la Tchécoslovaquie puis de la Tchéquie non communiste, de 1989 à 2003. Havel annonça à Prague, en 1991, la dissolution d’une puissante coalition militaire organisée par l’URSS, le Pacte de Varsovie. Il fut d’abord écrivain, dramaturge, influencé dans son œuvre par l’absurdité de Kafka et de Beckett, dissident trois fois emprisonné.
Pourquoi ? Pourquoi cette confiance mondiale placée en Gorbatchev, sauf en Russie nouvelle? Révélatrices, lucides, ces lignes signées Vaclav Havel, citées dans le NO : Gorbatchev est pour moi une figure tragique. Il a essayé de soulever le couvercle soviétique. La marmite lui a explosé au visage. Ses mérites historiques sont cependant énormes. Sans lui, le communisme se serait sans doute effondré. Mais peut-être dix ans plus tard, et Dieu sait de quelle manière sauvage et sanglante. Il avait rêvé de réformer le système. Il a entrouvert une porte sans imaginer que tout le monde allait s’y engouffrer…et tout bousculer sur son passage.
Un intéressant complément au témoignage de Mikhaël Gorbatchev, résolument socialiste et démocrate !
Tango de-ci de-là
Nouveauté sur la TSR, « Tango » (mercredi 21.12.2011), animé par un duo inattendu, Sofia Pekmèz, un peu plus détendue que Michel Zendali, qui évoluent dans un décor où invités et publics sont regroupés en masculin/féminin, même lors d’un vote final presque prétentieux. On y dit tout et n’importe quoi, y compris avec des revenants nommés SMS. Mais ce n’est pas désagréable du tout, si l’intention est seulement de divertir.
Difficile, il est vrai, d’apprécier ce divertissement quelques minutes après avoir quitté un grand écran sur lequel passait le splendide film de David Cronenberg, « A dangerous Method» qui évoque avec sérieux et gravité certains des problèmes à peine titillés dans « Tango ». Entre les médecins Jung et Freud, avec des patients comme leur confrère Gross et la future praticienne Spielrein, il y aura des affrontements, des mots précis et crus pour des vérités assénées à propos de situations délicates et conflictuelles. Cette attitude franche est absente de « Downton Abbey » où l’on découvre l’aristocratique famille britannique du comte Grantham et son personnel, à la même époque, vers 1910. Le rituel fondé sur le non-dit règne aussi bien chez les maîtres que les serviteurs ( TMC, les samedis 10 et 17 décembre, à grandes doses).
De «Tango » à la Suisse et l’Angleterre, on peut glisser arbitrairement, mais sans le brio d’Agnés Varda, la huitantaine triomphante, qui vient d’offrir sur Arte ses voyages « marabout d’ficelle » dans cinq admirables poèmes ( 19 au 23 décembre, à petites doses ). Pourquoi pas, un jour, sur la TSR, ces deux séries haut de gamme que sont « Downton Abbey » et « Agnès de-ci de-là Varda » ?
Conseil fédéral – les trois derniers jours sur le petit écran
Contente d’elle, la TSR, qui dès jeudi annonçait avec satisfaction une audience record pour la matinée électorale du mercredi 14 décembre, avec plus de cent mille téléspectateurs, sans pouvoir dire qui ils sont. La promotion de l’élection avait été massivement faite, pas seulement à la télé, avec un suspens répété autour de Mme Widmer-Schlumpff, de l’attitude de l’UDC, du petit écart entre les deux presque unanimement reconnus compétents candidats de gauche. À l’arrivée, petites surprises avec Rime trois fois candidat de dernière minute et Berset presque élu au premier tour !
Plus de quatre heures mercredi matin, pour des directs informatifs surtout dans la salle de l’assemblée fédérale, des commentaires dans les pas perdus et des documents préparés, Alain Rebetez et Pierre Godet avec John Clerc à la tâche. Des choses intéressantes, à travers l’information immédiate en direct, quelques remarques et réactions. Cela ressemble à un reportage sportif commenté par de nombreux spécialistes.
On voit les parlementaires levés applaudir Mme Calmy-Rey à la fin de son discours d’adieu. Le commentateur dit : « les parlementaires se lèvent pour applaudir Mme Calmy-Rey » ! Le fameux Laverdure du « Zazie dans le métro » de Raymond Queneau pourrait lancer son « tu causes, tu causes, c’est tout c’que tu sais faire ». Mais cela vaut surtout pour l’ « Infrarouge » ultra mondain du mardi soir dans les salons du Bellevue !
Le meilleur ? Lundi soir (TSR2), trois jeunes cinéastes ont fait bande à part pour réaliser « Le Doc » intitulé « Dans nos campagnes » en suivant Mme Despot (UDC, Vaud), MM. Nanternod (PLR, Valais) et Tornare ( PS, Genève) de l’acte de candidature aux résultats de l’élection. Intéressant, par instants même passionnant.
Séries : Marchand répond à Neirynck
Une sommité politique type « Dents du midi », Jacques Neyrinck, s’en prend à fières canines aux séries télévisées ( L’Hebdo, 24.11.2011). Un roc type « Cervin », Gilles Marchand, directeur de la RTS ( L’Hebdo 01.12) s’élève contre celui qui en veut aux « nuls qui regardent des séries débiles » et plaide pour ces galeuses. D’un modeste sommet jurassien, je savoure la polémique ! Le patron de la RTS cite trois exemples, « Dr House » avec sa cohorte de parfois cent mille téléspectateurs, « Mad man » et « Boardwalk empire ». On se demandera, sourire en coin, si dans une liste plus longue on aurait pu y découvrir « Dexter » !
Les exemples cités sont ceux de séries remarquables, pointues, exigeantes, clairement sises dans le haut de gamme, parmi les sommets où il n’est plus possible de faire la différence entre le cinéma et la télévision, cette dernière rejoignant avec certaines séries la littérature des grands romans de plusieurs centaines de pages. Et si on tentait d’approcher cette notion parfois péremptoirement affirmée de haut de gamme ? Servons-nous d’un exemple romand : « T’es pas la seule » fut une série assez populaire, mais de qualité très moyenne alors que « Dix » pouvait être inscrit au moins dans le bas du haut de gamme que nous évoquons.
Reste que si défendre ces séries est important, mieux vaudrait qu’elles soient exposées au public autrement qu’en les rejetant souvent en deuxième rideau dès 23 heures pour se terminer parfois largement après minuit, groupées deux par deux ou plus alors qu’elles sont construites une par une, sous fréquent logo rouge. Les destine-t-on à une « élite » d’insomniaques ?
Bla,bla,bla
Un quarteron de socialistes à Infrarouge
Je ne consomme plus Infrarouge que si le sujet m’intéresse ou provoque ma curiosité. Un récent rendez-vous avec les quatre candidats socialistes n’a eu lieu qu’en fin d’émission : il m’a permis d’assister à des minutes passionnantes à propos de la tenue des candidats, de la cravate de Berset et de son absence chez Maillard. Un seul ose ensuite regretter que l’on parle si peu de « politique » : devinez lequel !
L’ Hebdo nous apprend que les quatre candidats socialistes sont repartis «atterrés». Vraiment ? Était-ce une promesse télévisuelle pour de futures campagnes d’élection du CF par le peuple ? Au 19:30, mercredi et jeudi 1 et 2 décembre, avec Maillard puis Berset, durant environ douze minutes : on y aura parlé très clairement de politique !
N’importe qui parle de n’importe quoi dans La puce à l’oreille
La puce à l’oreille invite trois personnes à parler de trois/quatre sujets ayant trait à chacun des invités du monde culturel extérieur dans un établissement public de Suisse romande, ce qui n’apporte strictement rien au direct différé sauf quelques coups de balai par caméra. Chacun est censé connaître au moins un peu la cause de la présence des autres. Mais ils n’en sont pas forcément des spécialistes. Leur mission est donc de faire croire que tout le monde peut parler avec intelligence, lucidité ou sensibilité de tout et n’importe quoi. Le principe n’est pas forcément bon. Et une invitation lancée au dernier moment ne suffit pas.

Iris Jiménez se promène à la Chaux-de-Fonds avant un enregisrtrement de "La puce à l'oreille" : pour s'imprégner de l'accent neuchâtelois ?
Quand un jeune cinéaste a pris la peine de voir le film que Baier consacre à Goretta, Bon vent Claude Goretta, on l’invite à parler des accents de terroir. Baier n’a pas eu le temps de voir le film de son jeune collègue. Le troisième larron n’aime pas ce film. Une fois de plus, le principe ne fonctionne pas. Parfois, cela se passe assez bien, entre Geluck le caricaturiste et Jean-Charles Simon, qui débordent l’animatrice. La TSR a confié un important mandat culturel à une société externe. Il faudrait faire sinon mieux, au moins aussi bien que la TSR. Dommage que ce ne soit pas du premier choix.
Trois dames objets par hasard de mon ressentiment
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Je n'ai pas trouvé sur le site du service de presse de la RTS l'image d'Alix Nicole. Une présentatrice, c'est important. La responsable des achats des séries de fiction qui agit aussi dans la programmation occupe une fonction tout aussi importance qu'une présentatrice. Mais a- t-elle droit à la diffusion de son image ?
Alix Nicole décide de ne pas montrer un feuilleton (Dexter) et défend la présentation tardive d’un autre (Broadwalk empire). Esther Mamarbachi fait parler cravate quand ses invités évitent soigneusement de s’écharper. Iris Jménez ne voit pas toujours passer le puck. Leur fait-on confiance à la TSR ou y couvre-t-on leurs errements. Au fond, ces dames, objet par hasard de mon ressentiment de l’instant, ont raison d’en profiter.Ce sont là trois exemples de confiance faite à des collaboratrices malheureusement pas méritées ! Au conseil du public de jouer puisqu’à l’interne rien ne semble se passer. À moins que la hiérarchie ne soit contente et se contente du résultat. À propos, que dit l’audimat ?
Jacques Neirynck et les séries débiles
La SSR souhaite pouvoir accéder à la publicité sur ses sites internet. Les éditeurs de journaux et dans une moindre mesure les chaînes privées de radio et de télévision s’y opposent. Dans la dernière parution de « L’Hebdo », Jacques Neirynck adresse une lettre ouverte au nouveau président de la SSR, M.Raymond Lorétan.
Pour lui, il y a trop de chaînes publiques – 7 en télévision, 17 en radio. Il oublie que service public ne signifie pas que tout le monde en même temps doit se trouver devant la même émission. Au contraire : le service public s’adresse à tous les publics, même ceux qui vivent dans des niches minoritaires. Une chaîne sportive, pourquoi pas, comme deuxième chaîne pour l’ensemble de la Suisse serait un véritable service public. Chaque région pourrait alors nourrir un troisième canal par des reprises, des émissions à petit potentiel public et par des adaptations aux autres régions de certaines émissions d’une des régions linguistiques.
Neirynck raisonne alors autour de la redevance. Si celle-ci subsiste, écrit-il : « A la SSR toute la redevance sans aucune publicité ; aux privés toute la publicité sans rien de la redevance ». Pour la SSR ce seraient trois cents millions de moins (recettes publicitaires) et soixante de plus (le 4 % de la redevance qui va aux privés). Instantanément, écrit encore le pamphlétaire, la qualité des programmes de télévision s’améliorera. Vrai peut-être pour les privés dont la qualité déjà existante est parfois en hausse, mais ce ne sera pas instantané. Faux pour la SSR.
La publicité agit seulement sur des « gogos attirés par des émissions débiles », lesquelles émissions ne sont faites pour des « nuls fascinés par des séries débiles » que tout le monde peut voir presque partout. Comme si toute émission à succès s’adressait seulement à des débiles – cf les « téléjournaux » ou la « Météo » ! Un pareil mépris pour le grand nombre est inélégant!
Une série de haute qualité, sensible et intelligente, « Boardwalk Empire » est très tardivement présentée par la TSR le dimanche soir. Alix Nicole, responsable des acquisitions de fiction promue programmatrice, explique cette heure tardive par la peur d’un mauvais audimat. ( Cf à ce propos lire l’article de ce blog « Programmation trop tardive »). On peut regretter que M.Neirynck ignore que l’audiovisuel contemporain connaît actuellement des sommets à travers certaines séries souvent américaines, cinéma et télévision confondus. Dire des séries qu’elles sont toutes débiles est un peu simplet.
“Boardwalk Empire” : programmation trop tardive
« Boardwalk Empire » est une nouvelle série magistrale, une des meilleures jamais réalisées, avec « Les sopranos », « Deadwood », « Mad men » ou « Twin peaks ». Le spectateur romand est prié d’être disponible le dimanche soir d’un peu avant 23 heures jusqu’à minuit et demi. série magistrale, le téléspectateur est prié d’attendre le dimanche soir vers 23h00. Entre 21 :00 et 22 :30, il aura vu deux épisodes d’une série sans grandes qualités ni graves défauts, un exemple du tout-venant, « Esprits criminels », affublée d’un petit « R » qui signifie reprise. Le produit moyen en premier rideau, le génial vers 23h00, et de plus affublé d’un logo rouge qui tend à devenir presque une information sur le haut niveau de qualité !
Trop tard pour regarder ?
Responsable des acquisitions fictions de la TSR, Alix Nicole peut être félicitée pour la qualité de la plupart des achats de la TSR qui sont toutefois limités par la nécessité de l’existence d’une version doublée en français. Dans son numéro 47, qui couvre les programmes du 20 au 26 novembre 2011, « Télétop matin » interroge l’acheteuse en une page intitulée « Trop tard pour regarder ? » Il n’y aurait eu que trente mille personnes pour le premier épisode le 13 novembre. Mme Nicole intervient comme si elle était responsable de la programmation dans des termes qui sentent la leçon faite à quelque idiot de service qui ose regretter une programmation aussi tardive. Il y a quelques semaines, Mme Nicole se faisait déjà remarquer par son refus de présenter “Dexter”.
La TSR en solitaire !

Michael Pitt, James Darmody dit “Jimmy”, l’adjoint de Nucky, à Atlanta, Etats-Unis, 1920, à l’heure de la prohibition
On y apprend donc que la télé ne s’arrête pas à 22h45. « Vous voyez « Broadwalk empire » sur les chaînes en clair francophones ? Non, car elles ne l’ont pas achetée. Nous, on la diffuse tard, mais on la diffuse ». La TSR réussit à présenter les versions françaises de multiples séries non francophones avant les chaînes françaises qui assument les coûts élevés du doublage, peut-être même en y contribuant modestement. « Broardwalk Empire » a été présenté en France par Orange, une chaîne cryptée. Aucune chaîne en clair française pour la série de Scorsese ? Peut-être bien, ce qui ne serait d’ailleurs que le reflet d’un curieux manque d’intérêt pour une série de grande qualité. On ne la verra donc pas sur une chaîne généraliste française, alors que « Boardwalk empire » sera accueillie en Belgique. La solitude est tentation pour TSR qui reste aussi la seule à avoir refusé de présenter « Dexter », la même personne l’ayant jugée porteuse de trop de violence gratuite. On doit ainsi comprendre que la violence de la série de Scorsese est, elle, indispensable !
Les séries à costumes ne marchent pas !
Pourquoi pas diffuser cette série plus tôt ? « Varg Veum » à la place des « Experts » : cela fait deux fois moins d’audience… Ce « Varg Véum » norvégien est en effet moins séduisant que « Les experts ». Mais la remarque est intéressante : il n’est question que d’audience, pas de qualité. L’audience conditionne de multiples démarches de programmation, même si parfois quelque rare responsable de la TSR affirme qu’elle n’est pas toujours prioritaire. De plus, il apparaît que « Les séries à costumes, chez nous, cela ne marche pas » ! Ce serait donc là une autre raison de présenter « Boardwalk » à 23h00, – peu près aux mêmes heures que « Mad man ». En 1920 comme en 1960, les personnages sont donc « costumés » – quand donc un habit devient-il costume ? Signalons en passant que France 5 reprend « Chez Maupassant » tous en costumes à 20h30 !
La priorité à l’audimat
Le « cela ne marche pas » signifie donc clairement que l’on craint d’avoir un mauvais audimate. Alors merci pour ces dimanches soirs en fin de soirée qui proposent après « Les tudors » ou « Les Borgias » une case « Historique de qualité ». La TSR compte désormais dans ses rangs quelqu’un qui veut ressembler à celui qui assénait avec force la nécessité d’un cinéma « populaire de qualité ».
TF1 et M6 comme modèles
Programmation tardive pour « Boardwalk empire », refus de programmation pour « Dexter » : la TSR donne dans l’originalité conditionnée par l’audimate. Logo rouge souvent associé à des séries remarquables, programmation tardive de plusieurs des meilleures, accumulation parfois de trois ou même quatre numéros d’une même série : la TSR tend à ressembler aux chaînes françaises généralistes commerciales, Tf1 ou M6, plutôt qu’au service public qui privilégie parfois la mise en valeur de la qualité avec une diffusion pas trop tardive.









