Je t’la coupe !!
Mardi 6 mars 2012 au soir, invasion, sur presque tous supports romands : RTS deux, hockey-sur-glace puis football, Internet, hockey-sur-glace, RTS un, babil sur Servette à «Infrarouge» : beaucoup trop de sports! Entourée de quinquagénaires, avide de sujets d’actualité, quitte à tenter de précéder l’actu, Esther Mamarbachi nous a offert une curieuse soirée. Qui savait quoi autour d’elle? On le saura peut-être un jour. N’avaient-ils rien à dire par ignorance ou étaient-ils obligés de ne dire strictement rien? . Personne n’a dit «Pont» ou «Quennec»! Bref, la rage de suivre l’actualité a surtout permis d’organiser un spectacle! «Réussi ?»
Un incontournable avocat genevois, Me Warluzel, entre autres ancien président du Servette FC, proche de M.Pishyar, ignorant à quel parti appartenait un certain Charles Beer, a été particulièrement agressif avec à peu près tous les invités, insistant sur l’ampleur financière du traitement à appliquer au club mal soutenu par l’économie du bout du lac.
Or ce soir-là, la télévision genevoise se livrait à une expérience. On sait qu’en fin d’année, les chaînes prennent plaisir à passer des bêtisiers de toutes sauces. Mais il faut trouver autre chose. Scoop : RTS télévision prépare pour fin 2012 une série originale, combinée avec un concours. Le titre du jeu est dévoilé par notre titre. Qui saura le gagner en prouvant qu’il sait mieux que d’autres couper la parole aux autres invités, mesure faite durant soixante minutes – la durée habituelle d’ «Infrarouge» ? Les premiers concurrents sont choisis : il y aura Oskar ( Freysinger) en plus de Dominique ( Warluzel ) et d’Esther elle-même. On se réjouit !
TSR, RSR: démodés ! RTS: branché !
Éviter dans le titre le «Out» et le «In» attendus et remplacés par des équivalents plausibles traduits assez bien l’esprit de la convergence mise en place depuis près de deux ans. Le nouvel habillage unitaire avec «un» et «deux» est lettres est élégant. La bascule vers la haute définition est immédiatement en place pour une partie des abonnés.
Un seul site
Satisfaction générale de tous les intervenants, récemment à Genève lors de la conférence annuelle. Pour l’ensemble de la Suisse romande, la radio, «RTS la Première» reste nettement la meilleure en parts de marché. La télévision maintient un 27 % durant 24 heures sur 24 et 33 sur la tranche 18/23, malgré un léger tassement. C’est sur internet que la nouveauté est le plus immédiatement perçue :les sites RTS, TSR et RSR ne forment plus qu’un, celui de la RTS. Et les visites ou consultations de documents sont en forte hausse.
Restons dans les sigles: RTSR ( Radio Télévision Suisse Romande) subsiste en quatre majuscules alors que le trio fait la paire télévisée ou le quatuor radiophonique. Sur certaines pages du nouveau site, miraculeusement en lettres assez grandes pour qu’elles soient visibles sans recourir à une loupe, la RTS salue l’organisation institutionnelle avec l’ancien complément longtemps discret de “représentation du public”.
Presque une chaîne sportive
Oui, mais voici déjà deux états dans l’État, “RTS-Info” et “RTS-Sports” ; triomphants ! Par exemple, en cette année de jeux olympiques d’été, il y aura plus de deux mille heures de diffusion, donc plus de quatre-vingts jours entiers, pas loin d’un quart bon an. Mais de quoi s’agit-il ? De télévision seule, de radio seule ou de télévision et radio convergées ?
“RTS deux” confirme ainsi son statut de chaîne presque sportive considérée comme du divertissement plutôt que de l’information. Mais les “petits” sports trouvent au moins la petite place qu’ils ne trouvaient pas encore il y a quelques mois.
Le sport est à tout le moins bien traité sur les canaux de la RTS. Trop bien ? Personne ne semble s’interroger sur cette invasion! A se demander si la solution pour un meilleur équilibre ne passe pas par une troisième chaîne.
Bilan partiel par secteur
Les magazines de premier rideau de l’ex-TSR tiennent bien le coup.Il faut rappeler que cette mise en valeur remonte aux années soixante du siècle dernier. Ceux qui font la télévision aujourd’hui et qui parfois répètent que les choses changent, ce qui est vrai, savent-ils ce qu’ils doivent à leurs ancêtres ? “Continents sans visa” existait avant leur naissance ! Notre télévision tire une bonne partie de son excellente réputation internationale grâce aux programmes qu’elle ose montrer en premier rideau après l’incontournable champion qu’est le “19 :30”.
Les “Docs” audiovisuels sont en très bonne santé. L’équipe est aussi efficace dans les productions propres, les coproductions, les achats que la programmation. On devrait le dire plus souvent.
La fiction cinématographique est toujours dominée par les sources américaines. “Box-Office” rend hommage à l’audimat qui mesure les succès commerciaux qui ne sont pas forcément en corrélation avec la valeur culturelle. Mais le processus que l’on s’était amusé à dire de “macdonaldisation de la fiction sur les chaînes francophones” il y a plus de dix ans subsiste.
Un progrès évident: une meilleure présence du cinéma suisse, qui reflète un meilleur budget pour les coproductions. La SSR met dans le cinéma suisse d’auteur autant sinon plus que la Confédération. Mais la plupart des films de fiction sont programmés en fin de premier rideau ou plus tard, alors que dans les années septante on pouvait voir Godard, Tanner, Soutter ou Goretta en début ou milieu de premier rideau.
Les séries malmenées
Il faut se répéter. L’écart entre le cinéma et la télévision de fiction est en train de s’effacer, avec les séries qui rendent à l’audiovisuel une des dimensions essentielles de la notion de récit littéraire. Une série de dix fois cinquante minutes, c’est l’équivalent littéraire d’une saga de cinq cents pages. “Mad men”, “Boardwalk empire”, “Deadwood”, “Les sopranos” et tant d’autres c’est la suite du cinéma de “Autant en emporte le vent”, “Lawrence d’Arabie”, “Le pont de la rivière KwaΔ ou de certains écrits de Balzac, Dostoïski, Tolstoï, Dumas. Ce sont des spectacles populaires, littéraires, visuels qui méritent d’être proposés au plus grand nombre, pas de se retrouver confinés en deuxième rideau. Mais une bonne exposition donnée à la culture semble aux yeux des programmateurs de la première décennie du XXIe siècle moins importante que l’audimat.

« Skandal » est un journal fictif à cancans qui accompagne la diffusion de « Borgen » sur ARTE. Il s’y publie des caricatures de la première des ministres qui a, comme n’importe quel gouvernement, des problèmes… avec les avions de combat !!
Alors, on doit poser une question: imaginons que durant une dizaine d’heures réparties sur le même jour d’une dizaine de semaines la part de marché diminue de cinq points, avec par exemple un “Mad men” présenté à 21h00, quelle serait la baisse de la moyenne annuelle ? Invisible, ou presque. Il faudra revenir sur ce type et calcul et rappeler que le grand patron de la SSR, Roger de Weck, avant d’entrer en fonction, avait tout de même dit que pour améliorer la présence de la culture, on pourrait parfois sacrifier un petit bout de part de marché.
Et encore “Borgen”…avant d’y revenir
Aucune raison de craindre de se répéter. Pourquoi des séries produites par la RTS ne tendraient-elles pas vers le niveau atteint au Danemark, l’accord étant facile à se faire sur l’intérêt et la qualité de “Borgen” ? Il est vrai que plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. On y reviendra quand on saura combien coûte la minute de la série danoise, combien de minutes utiles sont tournées et montées par jour, quelle est la réponse du public du pays, avant même de prendre acte de l’importance d’une diffusion internationale. Questions plus ou moins bien posées en public lors de la conférence de presse, qui méritent des réponses.
Décrochages ?
Jusqu’à la semaine dernière, je pensais être à la pointe du progrès : en plus de nombreux récepteurs FM, un appareil DAB trône dans ma cuisine. J’avais tout faux ! D’un seul coup, à l’occasion des prochaines élections vaudoises, la RTS m’a fait comprendre mon erreur ! Désormais les décrochages de la 1ère ne se font plus sur une autre fréquence, mais sur le DAB ! Impossible donc d’écouter Les Temps modernes dans ma salle de bains, ou les Zèbres dans ma voiture…
La RTS est en dehors de la réalité si elle pense que les Romands disposent tous d’appareils DAB ou d’accès internet dans les quatre coins de leur appartement et qu’ils sont prêts à sélectionner la technologie adéquate pour entendre telle ou telle émission! Et franchement, il fallait être diablement motivé pour entendre les arguments électoraux de 21 candidats au Conseil d’Etat… moi, j’ai zappé !
Le sport pendant, avant, après
Quelles sont les émissions, pour une chaîne de service public généraliste comme la TSR ( ou la RSR) , dont la diffusion est précédée de souvent longues présentations et suivies de tout aussi souvent multiples commentaires ? Les émissions politiques, qu’il s’agisse de votations et d’élections. Le service public joue là fort correctement son rôle informatif
A part cela ? Il n’y a guère que certains sports à être soumis à pareil régime.
Et d’autant plus si ce sport apporte aux « clients » une équipe ou des sportifs de haut niveau « patriotique » ! Ainsi en va-t-il actuellement avec le football (FC Bâle), le ski alpin (Cuche, Feuz, etc) et nordique (Amann, Cologna), le cyclisme (Cancellara), le tennis (Federer). Pour diverses qualités spectaculaires, on peut compléter cette liste avec l’athlétisme, le hockey-sur-glace, les sports motorisés, le rugby et le patinage artistique. Les journalistes, leurs experts et autres consultants parlent abondamment, parfois en revenant inlassablement sur les mêmes images – ah, ce but de Stocker à la 87ème minute! Le Verbe répété règne en maître. Il ne fait pourtant pas fuir le consommateur !
Mais la vraie valeur du spectacle se situe dans le sport lui-même plus que son commentaire. Il y a les sports qui montrent bien les qualités des interprètes et leurs maladresses : cela vaut pour le football, le ski nordique, le patinage artistique, le tennis surtout, un peu le cyclisme, le rugby. Sans les informations du chrono, qu’en serait-il du ski alpin ? L’attente de chutes et d’abandons. Les sports motorisés : va pour les dépassements, souvent dangereux. Alors à qui la palme ? Au tennis, au football et au rugby, qui se passent de trop de mots !
CROM, entre deux chaises
Des femmes à la tête d’un pays
Le cinéma populaire à grand spectacle et vocation commerciale ne fait guère belle place aux grands personnages féminins s’il continue d’affectionner les belles actrices qui savent répondre aux désirs masculins. Les séries télévisées, dans une certaine mesure équivalentes à ce cinéma des « blockbuster », qui disposent du poids littéraire de la saga de longue durée ( une page de roman vaut environ une minute d’audiovisuel), ont une vertu qui ne doit pas être oubliée : les personnages féminins y sont souvent choyés, dans une exposition équivalente ou parfois supérieure à celle des hommes. Des récits comme «A la Maison Blanche», « Les hommes de l’ombre » ou encore « Borgen » mettent en scène avant l’heure des femmes à la tête d’un Etat ou d’un gouvernement, sans masquer les difficultés et parfois les compromissions de la fonction. Ces séries pointues obéissent à de grandes exigences aussi sur le plan formel.
Les invisibles
Tel est le titre d’un sujet récemment abordé dans « Télévisions – le Monde » ( lundi 20 février 2012). Il s’agit de considérations qui prennent en compte la fiction française et les classes populaires. D’intéressantes observations y sont faites : alors que les employés représentent le 14 % de la population, ceux-ci n’apparaissent que dans le « 5 % des personnes vues à la télévision, toutes catégories de programmes confondues ». Pour les ouvriers, les deux chiffres sont 12 % contre 2 %. Par contre, les cadres qui ne forment que le « 5 % de la population, représentent le 79 % des personnes vues à la télévision ». Ce sont là des résultats attribués à « un baromètre de la diversité à la télévision publié par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en juillet 2012 »
La télévision, un œil ouvert sur le monde ? Un demi-œil, en encore entr’ouvert,sur une toute petite partie de la société. I n’y a pas de raison de penser que la situation est Suisse Romande soit très différente de celle qui règne en France
Il vaut la peine de s’arrêter en passant sur deux citations. La directrice de la fiction de TF1 dit : « Si on raconte précisément ce que vivent les Français aujourd’hui, çà ne les fait pas rêver ». Celle qui occupe la même fonction à Arte avance : « Les histoires des gens normaux sont toutes exceptionnelles». Il y a là une intéressante différence de comportement entre une chaîne généraliste commerciale et un généraliste de service public !

Eboueurs en « orangé » de travail : Les histoires des gens normaux sont toutes exceptionnelles (Photos TSR/CAB)
Un podium mondial
Sur le podium des meilleures séries mondiales de grande ambition, la plus haute marche est occupée par les Etats-Unis, emmenés par les chaînes à péage. Sur le deuxième on doit probablement placer la Grande-Bretagne. Et il se pourrait que les pays scandinaves, Danemark en tête, soient de bronze à forte composante féminine. La France se place toute de même avant la Suisse romande, qui peut revendiquer une place honorable grâce à « Dix » et « Crom » plus que « T’es pas la seule » ou « Heidi »
Les éboueurs de CROM
L’ouverture de la fiction sur des milieux qui ne sont pas fréquemment représentés sur le petit écran peut et doit être considérée comme un élément positif. Dans une petite ville de province, Yverdon, une équipe d’éboueurs municipaux est observée dans son travail quotidien, en ses «orangés» de travail. De leur métier, on découvre un certain nombre de moments, de mouvements, de gestes, de problèmes. Un bon point pour le choix d’un tel sujet. Autour d’eux, il y a des épouses, des cadres, un journaliste de télévision, une aubergiste, une juge et la jeune fille qui accomplit un Travail d’Intérêt Général » ( TIG) plutôt que de se morfondre en prison.
Une autre mini-série récente, tournée elle aussi à Yverdon, «Romans d’ados» eut le grand mérite de faire des plongées dans des milieux qui n’étaient pas seulement de cadres ecclésiastiques. Encore un bon point ! La jeune fille du TIG pourrait bien être une des ados des « Romans » connaissant des difficultés d’adaptation arrivée à l’âge adulte.
Des personnages plutôt bien campés
La galerie de personnages de «CROM» est ainsi intéressante dans sa diversité. Oscar Moreau ( Roland Vouilloz), chauffeur de camion, voit s’éloigner de lui son épouse. Il s’installe d’abord chez une restauratrice avant de s’en aller vivre dans une caravane. Il souffre d’avoir perdu Evelyne ( Marina Golovine) séduite par un joli cœur de la télévisIon et d’être séparé de sa fille Mélodie ( Danaé Destraz), qui supporte mal les conflits de ses parents mais fait preuve d’une belle lucidité pour son âge. Raymond Debonneville (Jean-Luc Borgeat) se veut cadre efficace qui applique de méthodes de direction d’une équipe permettant d’améliorer le rendement ; croît-il. Tina Viorel (Julie Perrazini), affublé d’un bizarre petit ami prêt à vendre le bébé qu’elle porte, apporte sa fantaisie dans l’équipe par se franchise et ses réactions inattendues
Quand apparaît brusquement Madame Debonneville affublée de deux chiens de salon, pimbêche superficielle, on se prend à regretter qu’elle complète son mari de manière désagréable. Un scénario plus ambitieux aurait pu en faire un personnage surprenant, en contrepoint plutôt qu’en confirmation.
Une place pour l’humour
Le comportement de Tina, anarchiste dans une équipe plutôt sérieuse au travail, fait souvent sourire par sa liberté provocatrice. Debonneville impose à l’équipe une gymnastique quotidienne de mouvements en groupe qui rappellent de très loin les exercices pratiqués dans l’armée au milieu de siècle dernier. La musique rythmée s’ajoute alors comme un commentaire souriant. Une autre forme sonore est employée pour prendre plaisir à partager avec Oscar qu’il porte à l’opéra, jusque dans la cabine de son véhicule
Un rythme assez vif
Bruno Neuville, le réalisateur, ne se contente pas de filmer des personnages qui se parlent comme c’est souvent le cas dans de telles séries ( « T’es pas la seule » ). Il fait mettre dans le cadre un détail du décor, un passant, la ligne de fuite d’un paysage et demande à ses acteurs d’ajouter aux mots un geste, un mouvement, un silence qui enrichissent image fort élégante. Dans une série courante, pour changer de lieu, on montrerait un personnage se dirigeant vers la sortie, fermant une porte, marchant deux/trois lieux différents pour ouvrir une nouvelle porte dans une autre maison. Ici, une porte fermée et un mouvement suffisent pour opérer un déplacement. Le récit est conduit sur un bon rythme, tout en sachant ménager des temps d’arrêt contemplatif associés à des moments d’émotion.
De bons moyens
La production disposait d’environ trois millions et demi de francs, pour treize fois vingt-cinq minutes, soit environ dix mille francs la minute. En cinéma, cela représente un budget d’un million pour un film de nonante minutes : ce n’est pas beaucoup ! Mais on tourne et on monte quatre/cinq minutes par jour dans une série de ce genre, contre deux minutes pour un film. On est loin du confort américain qui dépasse le million de dollars pour un épisode de « Mad men
Bilan
«CROM» se veut donc populaire et de qualité, pour parodier les une formule de Nicolas Bideau quand il dirigeait de Berne le cinéma suisse. «CROM», qui ne manque donc pas de qualitgés, représente un réel progrès par rapport à « T’es pas la seule ». La programmation de ses épisodes, un par un en premier rideau du samedi soir sur TSR1 et en reprise pleine soirée le lundis sur TSR 2 permet-elle de rencontrer un vaste public qui en ferait une série populaire ? Je n’ai pas cherché à la savoir.
Oui, mais…
Mais quand on met en face de « Dix « ou de «CROM», « Killing », « Millénium », « Protection rapprochée » et surtout « Borgen » qui viennent de Scandinavie, l’écart reste grand. Alors, pourquoi, mais pourquoi diable la TSR n’a-t-elle pas envie de faire aussi bien que la télévision publique danoise ? Question sans réponse ! Faudrait-il adopter la forme d’une lettre ouverte à Gilles Marchand, le grand patron, pour avoir une réponse sur le manque d’ambition de ses troupes ?
Séries télévisées : modèles danois
B O R G E N : Un excellent départ sur Arte
L’élan est donné, tous les jeudis jusqu’au 9 mars, deux par deux, à 20h35, les différentes épisodes de « Borgen » seront en direct sur ARTE, lequel propose aussi des passages en nocturne et offre la possibilité d’une vision sur internet sept jours durant après la projection. Excellente mise en valeur, complétée par un site d’une belle richesse.

Sur le site d’ARTE, on s’amuse à inventer une magazine à potinstrès populaire, le « Skandal » qui pour un rien déshabillerait Birgitte Nyborg ( Sidse Babett Knudsen dans « Borgen » )
Le premier épisode couvre à peine trois jours avant le vote populaire qui va faire progresser de manière inattendue le parti du centre auquel appartient Birgitte Nyborg, le deuxième décrit les événements qui vont faire d’elle la première d’entre les ministres après des négociations tendues et plus ou moins correctes entre partie politiques du centre, de droite et de gauche.
Accumulation d’événements comme en pure fiction

Sidse Babett Knudsen en Birgitte Nyborg dans « Borgen », série danoise, ici l’épouse et mère de famille qui doit apprendre à coexister avec la première des ministres
Ceci d’emblée : il s’agit d’une fiction qui concentre sur une courte période des événements assez rares. Il y a la disparition inattendue d’un proche collaborateur du premier ministre sortant de charge qui meurt d’une faiblesse cardiaque dans son lit alors que sa maîtresse appelle au secours un proche de Birgitte dont elle fut aussi la compagne comme élément dramatique moteur principal. A Londres, le premier ministre commet une grave erreur en réglant des achats somptuaires de son acariâtre épouse avec une carte officielle, geste qui mettra en cause la légitimité de son poste, comme s’il était un président de banque dépassé par les spéculations de son épouse. La belle Kathrin prend peur devant un test positif de grossesse. Cette accumulation d’événements est bien le propre de la fiction cinématographique. Notons aussi en passant que la mort d’un président de la République française dans un attentat-suicide est aussi le carburant qui vient de faire démarrer en trombe « Les hommes de l’ombre » de France 2 !
Réalité politique plausible
Et pourtant, la réalité plausible est bien inscrite dans ce récit. Attachants ou crispants, les événements politiques, les conflits, les accords, les pressions en coulisses, les conseils des « spin doctor »,ces importants conseillers plutôt peu connus du grand public, le comportement individuel constamment contrôlé et mis en scène à cause de l’omniprésence des médias, la télévision plus encore que la radio et la presse, présentent de nombreux points de ressemblance avec la réalité politique dans toutes les démocraties. En Suisse,il y a quelques semaines, notre télévision semblait se réjouir d’assister à une nuit de longs couteaux en Bellevue de luxe pour empêcher une exclue de l’UDC de s’en aller cueillir sa réélection alors qu’un candidat de son ancien parti disparaissait suite à curieux comportement frisant une captation d’héritage.

Bigitte Nyborg ( Sidse Babett Knudsen ) dans « Borgen » au maquillage, quelques minutes avant un passage en direct à l’antenne
Le temps d’arrêt pour contempler
Un point commun à « Borgen » et « Les hommes de l’ombre », déjà fortement présent dans les deux versions de « Killing » et dans « Protection rapprochée » : la première place donnée à des femmes fortes, directes, moins barboteuses dans les combines que ces messieurs. Les actrices et acteurs sont dans l’ensemble excellents : le réservoir danois semble immense. Le rythme du récit est sans moments d’ennui qui fait intervenir d’indispensables temps d’arrêt permettant quelques dizaines de secondes de contempler la vie privée et intime inscrites dans le mouvement du combat politique.
D’emblée ce « Borgen » apparaît comme une série de haut niveau. Détail : en quelques jours, mon dossier personnel fait de coupures de presse et de références à des sites a grossi à peu près aussi vite que s’il s’agissait d’un blockbuster américain ! Curieux, ce succès sur papier !
Deux versions de « Killing »
De ce « policier » danois, il existe deux versions, l’originale née au Danemark et considérée par une chaîne américaine comme suffisamment intéressante pour devenir presque immédiatement une (bonne) « copie ». Il importe peu ici de rappeler un jugement de valeur personnel qui considère ces deux versions comme à peu près équivalentes formellement. Seattle remplace Copenhague. Sarah Lund devient Sarah Linden, J’ai une préférence personnelle pour l’actrice danoise.
L’enquête policière a le mérite de s’en aller voir dans plusieurs directions, les milieux de la politique dans la première saison, ceux de l’armée danoise – mais oui, elle existe – dans la deuxième. Cela change du petit milieu de policiers en commissariats que l’on ne quitte guère dans les séries françaises par exemple.
La première saison de « The KILLING » , signée Soren Sveistrup, a été présentée au Danemark en janvier 2007 et sur Arte en mai 2010. La deuxième est sortie au Danemark en 2009 et sur Arte en septembre 2011. La première saison de la version américaine a été présentée sur la TSR en octobre 2011. Une troisième saison est annoncée dans le pays d’origine en septembre 2012. La série se porte bien. Il est possible de présenter ici deux visages qui se ressemblent. Mais pourquoi la TSR n’a-t-elle pas présenté la version européenne doublée en français par Arte si comme beaucoup de ses cadres supérieurs le prétendent tout le monde parle d’ARTE sans jamais la regarder ?
Pourquoi ARTE accorde-t-elle une excellente heure de diffusion alors que la TSR, une fois de plus, propose une projection bien tardive d’une excellente série, comme si faisaient fuir le public du premier rideau.
Protection rapprochée
La première saison de cette autre série danoise est assurément moins séduisante que « Killing » ou « Borgen ». L’action y prend une grande place, mais la diversité des missions dévolues au PET ( Police d’Escorte Tactique) permet d’assister au fonctionnement de milieux politiques, militaires, terroristes et autres. ( Je suis si le PET existe vraiment sous cette forme ou une autre au Danemark – d’ailleurs, qu’en est-il de son existence en Suisse ?)
Voilà une série assurément plus intéressante que les anciens Navarro par exemple, à tout le moins apte à rivaliser avec « les Experts » puisqu’ aux actions s’ajoutent l’analyse des comportements personnels pas trop simplistes, par exemple en abordant la culpabilité après une bavure qui n’en était pas une.
Là aussi, une question : pourquoi diable cette excellente série a-t-elle été programmée par le TSR si tardivement, à se terminer parfois à près d’une heure du matin ?
Les incohérences de la programmation romande
Résumons : une fois de plus, les meilleures séries, celles qui rivalisent incontestablement avec le meilleur du cinéma d’auteur, américaines ou autres, pourquoi sont-elles si souvent programmées en fin de soirée, assez souvent affublées du logo rouge ou tout simplement rejetées ?
Pourquoi refuser de montrer les séries danoises comme « Killing » ou « Borgen » ou les présenter tardivement ( « Protection rapprochée » alors que l’on fait place à la version américaine ( même phénomène avec un autre apport scandinave, le suédois « Millénium » ) ?
Et une dernière : pourquoi la TSR dans le choix des sujets de ses séries n’ose-t-elle pas faire aborder des sujets politiques comme cela se passe au Danemark ?
Une amorce de réponse à cette dernière question peut être question. « Dix » et « Crom » valent assurément mieux que « T’es pas la seule » ou « Heidi ». La TSR progresse ; lentement. Et l’on risque bien de ne pas trouver des réponses à des questions peut-être gênantes….
PS : Criminal Minds remplace Blue Bloods
Ceci est une parenthèse qui n’a plus rien de danois mais qui pose une question de plus sur les mystères de la programmation des séries sur la TSR. Quelques semaines durant, une série policière américaine bien carrée et traditionnelle, « Blue Bloods » occupe le temps d’antenne du vendredi entre 21 et 23 heures. Le grand-père fut flic à New-York, le père est chef de la police qui doit se bagarrer avec le maire et d’autres politiciens ( excellent Tom Selleck à moustache ), dont trois des enfants sont dans la police ou la magistrature, un quatrième tué en service. Et puis, brusquement, voilà « Blue bloods » rélegué en ligue inférieure, celle qui occupe l’antenne dans les alentours de 23h00. Un affaire de part de marché ?
En lieu et place, le vendredi 10 février 2011, un « Criminals minds : suspect behavior » met en scène des enquêteurs du FBI et une rousse collaboratrice qui fait un travail extrêmement efficace sur son ordinateur qui sait tout de presque tout un chacun aux USA. Premier épisode: un tueur d’enfants. Deuxième épisode : un boucher saigne des corps de femmes les uns après les autres. On s’aperçoit que le tueur en série est une tueuse, possédée par un prisonnier tout puissant qui lui inspire les crimes que lui-même ne peut pas commettre. Ce deuxième épisode ressemble furieusement à un « Dexter » qui exécute des criminels en série restés impunis. Une autre forme d’incohérence.
Un «Château» au Danemark : «Borgen » sur Arte (2)
Références et coïncidences.
Adam Price (voir à ce sujet le texte « Un château au Danemark » du 08.02.2012) reconnaît certaines influences comme celle de la série américaine «A la maison blanche», mais il se réfère aussi à «Mad men». Le hasard fait bien les choses : dans une des versions des «Borgia», le moyen d’acquérir certains votes indispensables ressemble aux arrangements entre partis qui doivent former ensemble un gouvernement de coalition. Voici donc sur Arte la politique au pays du Danemark juste après qu’une présidentielle française, largement évoquée dans «Les Hommes de l’ombre» ( derniers épisodes le mercredi 8 février sur France 2 ) ait connu un beau succès en parts de marché ; paraît-il ! Dans la série française, le premier ministre est tué lors d’un attentat. Dans « Borgen, le plus proche collaborateur du premier ministre meurt dans le lit de sa maîtresse qui n’est autre qu’une grande journaliste de la télévision qui venait d’interroger la future présidente. “Coïncidences” de la fiction entre séries, regards libres portés sur la politique, mais aussi reflet de l’air du temps. Dans les séries contemporaines mentionnées, un vrai respect de la valeur de la démocratie !
Personnages

Birgitte Nyborg, femme forte et autoritaire dans l’action politique, un peu fragile dans le cadre personnel et familial : le personnage principal de la série
Il n’est pas toujours facile d’entrer dans une série où l’on va côtoyer bon nombre de personnages durant dix heures, dans leur complexité, oscillant entre leur image envoyée au public par le spectacle de la politique à travers l’imagination des auteurs qui glisse vers de bribes de réalité. Pour faciliter ce premier contact, voici quelques clefs. Une première femme s’impose d’emblée, Birgitte, la secrétaire du parti centriste qui deviendra premier ministre. Elle travaille d’abord étroitement avec Gasper, son secrétaire et conseiller en communication qu’elle éloignera d’elle. Mais on entre aussi dans son univers familial : elle forme avec son mari un couple qui sait partager les tâches domestiques et familiales. Mais cet équilibre risque pourtant d’être mis en cause par la fonction qu’elle va occuper.
Katrine, blonde journalise, efficace et directe dans son comportement professionnel, fut l’amie de Gaspard. Elle a maintenant pour amant le plus proche collaborateur du premier ministre encore au pouvoir. Celui-ci doit supporter les caprices de sa femme acariâtre qui la conduira à commettre un geste lui valant des ennuis, un peu comme un président de Banque Nationale Suisse débordé par son épouse ! Autour de Birgitte, il y a ses proches du centre politique, Torben Friss, l’ancien ministre actuellement chef du parti centriste, ou Bent Sejra, le patron des travaillistes, etc

Katrine Fonsberg, la journaliste, sortie de l’ombre en cette image, mais inquiète : un deuxième personnage féminin très important
Le bénéfice de la durée
Première saison, dix heures, et deux fois dix heures pour les saisons suivantes. On est donc dans cet audiovisuel original porté haut par les séries télévisées qui relèvent d’une exigence créatrice portée par le cinéma qui retrouve en même temps la puissance séductrice et spectaculaire des sagas écrites par les feuilletonistes, par exemple comme Eugène Sue, Alexandre Dumas, Boris Pasternak, Honoré de Balzac, Dostoïevski et tant d’autres. On va passer constamment de l’intimité, familiale, amicale, professionnelle, sentimentale, amoureuse à la vie publique, celle qu’il faut maîtriser avec l’aide des conseillers en communication et les rédacteurs de discours, sans oublier les intrigants en coulisse. Les responsables de la fiction de certaines chaînes prennent conscience de leur pouvoir qui leur permet par la fiction de sembler être témoins et parfois organisateurs de ces plongées dans le monde de la politique. La perfection formelle du cinéma fait bon mariage avec la grande saga littéraire dans ces séries de haut de gamme.
Et la TSR dans tout cela ?
Il faudrait ci rappeler la belle réussite de la série “Dix” et lancer un bouquet varié de fleurs aux qualités de “Crom”. Ce sera pour une autre fois. Accorder tant de place à “Borgen” permet de partager avec le lecteur le plaisir pris à sa vision, mais c’est aussi se poser une question importante : pourquoi diable la TSR ne pourrait-elle pas être aussi ambitieuse que la télévision danoise ?
Un « Château » au Danemark : « Borgen » sur ARTE
Amis de séries de haut de gamme, réjouissons-nous. Voici, cinq jeudis durant, dès 20h35, deux fois une heure d’une fiction pointue, haut de gamme, le « Château » ainsi nommé une bâtisse où siège le gouvernement et le parlement.
Non, ce n’est pas sur la TSR, qui ne place généralement pas les meilleures séries en premier rideau. C’est sur ARTE, cette chaîne dont tout le monde parle et que personne ne regarde ! Non, ce n’est pas une série policière de plus : c’est une saga humaine, sociale, politique qui traite un sujet par heure, avec les mêmes personnages, sans suspens à la fin. Ce n’est pas de l’américain produit par une chaîne à péage, c’est le résultat des efforts de la télévision d’un petit pays, le Danemark, à peine six millions d’habitants. Un danois sur quatre aura suivi, en moyenne, chaque épisode de la première saison qui vise haut sans concession. A se demander une première fois pourquoi pas nous ? Oui, mais la TSR s’adresse à deux millions de francophones dans un pays de sept millions avec trois diffuseurs chacun dans sa langue.
Sur papier et sur le web
Arte présente une version doublée en français. Son service de presse vient de mettre en ligne sur internet un remarquable dossier que google ou un autre vous offre d’un simple BORGEN – ARTE. La presse spécialisée française, le Monde radio tv par exemple, en aura fait bien meilleure présentation que les hebdos tv romands qui consacrent pourtant bonne et parfois intéressante place à la série. Vous qui emprunterez le web pourriez tomber sur Télérama et son développement illustré pour présenter « Borgen »,avec extraits, bandes de lancements et musique. Ces riches informations complètent le texte paru dans le journal (NO 3238 du 01.02.2012 ) : du beau travail sur deux supports !
Remarquable promotion d’Arte

Arte fait une excellente communication. Gasper, dans « Borgen » , est un personnage de fiction chargé de la communication pour son parti, avec efficacité lui aussi !
Première saison tournée en 2010, deuxième en cours de diffusion au Danemark, troisième au stade de l’écriture. Succès au FIPA à Biarritz, l’an passé, meilleure série, meilleure musique. La série a déjà été achetée dans une dizaine de pays en vue de sa diffusion :une série ambitieuse est parfois aussi chose vendable. Mieux : une chaîne américaine se propose d’en faire une adaptation en l’inscrivant dans l’univers politique des USA. Bref, cette amorce de succès international met l’eau à la bouche.
Sur le web, ARTE a mis en ligne les vingt-cinq premières minutes de la version française du premier épisode de la saison 1 : de quoi se faire une première idée. Les qualités racontées sur papier ou internet se trouvent déjà dans ce long extrait. Voilà qui permet de recommander la vision de « Borgen ».
Adam Price, le « showrunner »

On montre rarement la tête de l’écrivain qui joue les maîtres d’œuvre : voici celle du conducteur de spectacle, dit aussi « Showrunner, Adam Price » !
« Showunner » ? Le conducteur du spectacle, le maître de l’œuvre. Celui qui conçoit le tout, contribue à l’écriture, supervise l’ensemble du travail, entouré d’un petite équipe de trois scénaristes. Adam Price raconte l’histoire d’une femme, Birgitte Nyborg, secrétaire d’un parti centriste, en campagne législative. La voici qui oublie en direct un discours préparé par son conseiller en communication pour lui préférer un langage de vérité, qui conduit à un changement de la politique de son parti trois jours avant le vote. D’emblée, la fiction s’inscrit dans le domaine de la politique.Dans une fiction, la priorité est donnée à l’imagination, qui peut parfois reposer sur des faits réels regroupés arbitrairement, donc sans les rendre conformes à la stricte réalité. Une fiction reste plausible inspirée par le passé, le présent et pourquoi pas le futur. Exemple : Le premier épisode de « Borgen », « Une femme au pouvoir », a été diffusé en 2010, peut-être même tourné ou écrit en 2009. En septembre 2011, la sociale-démocrate Helle Thorning-Schmidt accédait au poste de Première Ministre au royaume du Danemark. Le« showrunner » se laisse inspirer par l’air du temps.
Feu la «formule magique»
La France est déjà en campagne électorale, même si l’annonce de la candidature de l’actuel président de la République n’est pas encore intervenue. Et les polémiques de recommencer sur le temps de parole qui ne se mesure pas seulement en minutes, mais aussi en place dans les grilles. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) formule des directives rendues publiques.

Bien souvent, un débat politique se termine, faute de temps. Le «trop tard» intervient alors que l’intérêt croissait. Cela arrive un peu partout, pas seulement à «Infrarouge»!
Pas de CSA en Suisse. Des règles internes sont édictées par la SSR elle-même. Lors des dernières élections fédérales, «Face aux partis» fut bien équilibré. Les débats cantonaux ont été organisés avec soin, en tenant compte des formations politiques en action ou en observation. Mais, sur le seul plan de la présence des grands courants politiques, quelle règle aura été suivie ? Deux émissions d’esprit novateur ont marqué cette campagne, trois portraits de candidats suivis durant des semaines, un socialiste, un radical et une représentante de l’UDC: trois tiers. «Mégaphone» et ses deux remarquables débuts de soirée fut à l’image de l’ancienne formule magique, socialiste, PDC, radical, UDC: un par parti installé au Conseil fédéral. Un quart à gauche, trois quarts au centre et à droite, pas d’écolo! Et aujourd’hui, il y a un électron libre, la présidente de la Confédération! Mix&Remix interprète à sa manière le rôle de cet électron libre:
L’observation des équilibres politiques devrait se faire une longue période. Chaque région linguistique pourrait calculer le poids de ses forces politiques sur plusieurs critères. Le faire en considérant les partis politiques représentés dans les conseils d’État de Suisse romande désavantagerait assurément l’UDC. On pourrait aussi s’aligner sur la composition des législatifs cantonaux, mais les petits cantons pèseraient plus que les grands. Meilleure solution: imaginer la Suisse romande comme un seul et unique collège électoral lors des élections fédérales donnerait peut-être le plus juste reflet des forces politiques en présence. La répartition à l’image de l’ancienne formule magique, en quatre quarts, le PS, le PDC, les PLR et l’UDC, chacun à 25 %, n’a plus grand-chose à voir avec l’électoral réel. On pourrait bien arriver à une représentation de l’ensemble romand donnant à toutes les gauches quarante pour cent ou un peu plus, et le même poids aux centres réunis et aux droites amies autour d’un trente pour cent ou un peu moins.
Un 4-3-3 vérifié sur une longue durée serait plus juste que l’ancienne formule magique. La présence des écolos serait ainsi mieux assurée. Et puis, tant qu’à faire: avantager les marginaux et minoritaires mal représentés ne manquerait pas d’élégance!
Politique un peu partout
Non, tout n’est pas politique. Mais elle se glisse un peu partout, dans les téléjournaux, les magazines, la documentation, la fiction. Deux exemples :
Infrarouge (TSR 1 – Mardi 24 janvier)
Invitée unique, la présidente de la Confédération, Mme Evelyne Widmer-Schlumpff. Certes, il y a d’autres invités pour lui poser chacun une ou deux questions. Mme Amaudruz de l’UDC y introduit un ton polémique tendance coupe-parole : c’est la seule à le faire ! Dès lors, la qualité du débat politique va dépendre du choix fait par l’animatrice des thèmes à débattre. Y a-t-il entente préalable avec l’invitée, surtout si celle-ci s’exprime avec précision en français qui n’est pas sa langue maternelle ? La première partie est un brin « people » avec vie de famille et nièce. Les questions réellement politiques interviennent dans la seconde. Mme la présidente est alors très à l’aise pour expliquer pourquoi, à « Arena », elle n’a pas voulu parler d’une information qui n’était alors pas encore connue de ses collègues du conseil fédéral : exemple de collégialité respectée !

Philippe DELEUVRE ( Philippe Magnan), candidat de droite lancé dans la course présidentielle, au comportement assez brutal mais bien tenu en mains par ses conseillers en communication. Pure fiction ?
Les hommes de l’ombre ( France 2 – Mercredi 25 janvier )
Les deux premiers épisodes d’une minisérie qui se poursuivra deux semaines encore montrent bien qu’il s’agit d’une fiction, celle de la mort de nos jours d’un président français lors d’un attentat. Il faut se lancer rapidement dans une campagne électorale qui va opposer un homme de droite et une femme du centre. Ceux de l’ombre conseillent les candidats, fabriquent leur image, font circuler volontairement des mensonges d’État. Dans l’ombre,les femmes sont aussi habiles que les hommes. La série fonctionne avec efficacité.

La campagne d'Anne Visage (Nathalie Baye), candidate centriste inattendue à la présidence. La mise en scéne soigneusement préparée par son entourage. Pure fiction ? (Photo France 2)
La politique est mieux présente ici dans la fiction que dans le débat. Mais ce n’est qu’un exemple, pas une règle générale.














