Quand les vaches donnent de la corne…

Dimanche 6 mai 2012 : trois heures de vaches qui s’encornent racontées par une demi-douzaine de collaborateurs de l’entreprise et à tout le moins autant de spécialistes. Par la durée, un des sommets de cette fin de semaine sur RTS Un.

Souvent on peut se demander pourquoi un même événement pèse tellement différemment selon le média qui le rapporte. Trouvé dans LA TRIBUNE DE GENEVE du même lundi (en page 13 quelques dizaines de signes sur la gagnante, avec  sa photo, son nom et seulement le visage d’un agriculteur dont on supposera qu’il c’était le propriétaire.

Dans l’arêne …..

Trouvé dans LE TEMPS en page 8 deux cent cinquante signes sur « Shakira », la reine des reines et dans L’EXPRESS en page 21 un communiqué de six cent signes signé ATS pour savoir que « La couronne change de reine ». Schakira a donc battu Manathan.

Tombé en pitonnant sur RTS Un a un moment où il semblait y avoir un conflit quand à la gagnante, le jury appliquant un règlement sans empêcher que le combat arrêté reprenne. Rien compris !

Combat de reines : mais est-ce la bonne ?

Conclusion : il en faut vraiment une ? Un même événement ne pèse pas le même poids dans des médias différents. Que c’est original !

D’une jungle à l’autre

Avertissement  : «  D’une jungle à l’autre »,, c’est en six épisodes, un peu plus de trois heures d’émissions  sur un même sujet. A l’opposé de l’esprit « clip » ! Cela mérite bien huit mille signes.  A qui  cesse de lire après avoir parcouru »Vingt minutes », ceci : on peut lire indépendamment les unes des autres certaines parties ci-dessous associées à un sous-titre ! Les images sans légende  proviennent du service de presse de la RTS. (Fyly)

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 Les considérations qui suivent reposent sur un visonnement en solitaire devant un petit écran les DVD des trois premiers épisodes. Il est fort probable que les trois derniers ne viendront pas modifier le regard porté sur les premiers.

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« D’une jungle à l’autre » s’inscrit dans le mouvement actuel qui fait la part belle aux séries.  On admet de plus en plus largement que les séries de fiction où les USA brillent apportent une grande  contribution à la créativité audio-visuelle,  en retrouvant ce qui fait l’intérêt des  grandes sagas littéraires des meilleurs  romanciers.

A l’opposé de l’information en rafale !

La notion même de série sert de contre-poids à l’information contemporaine  qui fait la part belle à la multiplicité des sujets traités rapidement et brièvement,  ce  peu intéressant du «  tout – sur – tout – tout – de –suite – sur – tout – support ». La série échappe heureusement au rythme du clip qui caractérise ce type d’information. Elle permet  aussi d’entreprendre une approche de l’histoire récente ou ancienne à travers des faits et des événements, sans donner une trop grande place aux individus.

Une nouvelle réussite romande

Une série de documentation permet aussi d’aborder des problèmes à travers une ou plusieurs personnes. La télévision de suisse romande apporte dans ce domaine une contribution nouvelle après la réussite récente des « Romands d’ados » qui ont entrepris au moins une carrière francophone. « D’une jungle à l’autre » mériterait de connaître le même sort. On peut même se demander si le principe d’une version pour le cinéma n’aurait pas mérité réflexion.

La quantité est là. Reste à découvrir dans la masse les séries  celles qui méritent attention pour leurs qualités. Il s’agit donc de dépasser le tout- venant pour s’en tenir à ce qui est au moins un peu intéressant et, mieux encore, rencontrer le meilleur même avec nuances. « Romans d’ados » comme « D’une jungle à l’autre » dépassent l’intéressant pour frapper à la porte du haut de gamme.

Une expérience thérapeutique en psychiatrie

« D’une jungle à l’autre » décrit une expérience médicale qui consiste à plonger dans la solitude et la rudesse de la jungle amazonienne des patients qui souffrent de problèmes dépendant de la psychiatrie accompagnés de soignants et de guides.

Mais l’expérience passe par des personnes de la vie quotidienne. Comment Arthur, Cyril, Daniel, Maïlyn, Cyril et Cédric, les six patients, Monique, Serge, Alexandra et Nicolas, les soignants, Erwan et Roger, deux des guides vont- ils vivre cette expérience qui se déroule en Guinée pendant un mois environ ? Ces « inconnus » vont en quelque sorte devenir les « personnages » d’un roman thérapeutique. Et pour rendre ce récit intéressant, les règles de la fiction vont s’appliquer en partie. On peut bien filmer et filmer encore les événements, le montage intervient ensuite pour créer l’attention par les règles  de construction d’un spectacle qui ne trahit pas pour autant la réalité.

Des personnes qui deviennent personnages

On va donc d’abord faire connaissance des uns et des autres, à des degrés différents, prendre acte des conditions de l’expérience et du but  de l’opération thérapeutique.  Chacun est présenté  par son prénom, mais entre eux, le « vous » subsiste, alors que la fiction pure recourt assez rapidement au « tu ». Le premier épisode ( trente-cinq minutes environ), « Saut dans l’inconnu » permet de faire les présentations, de suivre les préparatifs du voyage conduisant en Guinée. Les deux suivants, « Confidences dans la jungle » ( RTS Un – vendredi 4 mai 2012 vers 20h15) et « Casser la crise » ( 11 mai) suivent une plongée dans la jungle sans autre présence humaine que celles des protagonistes de l’expédition, guides y compris.On ne verra que peu ou pas les porteurs et l’équipe de réalisation.  « Des voix dans la jungle » ( 4/6), suivie de « La vie des autres » puis « Les esprits sont de retour » vont permettre de confronter nos « héros »  avec d’autres habitants qui vivent aux confins ou dans la jungle amazonienne. Le titre indique bien que tout un chacun  retrouvera  une autre forme de jungle lors du retour à la vie « civile ».

Approche par touches discrètes

On pourrait raconter ce que sont certains des participants, reprendre des informations qu’ils apportent sur eux-mêmes, observer leurs gestes, écouter leurs mots, tenter de mesurer le dit et le non-dit. Au téléspectateur de choisir ce qui retient son attention en un lien qui peut s’établir avec sa sensibilité. Emouvant, par exemple, le témoignage de Maïlyn qui veut absolument parler à sa grand-mère, mais le décrire  finirait par frôler l’indécence.

Un autre choix est ici effectué, celui de retenir quelques-unes des idées énoncées par les uns ou les autres, proposées par les astuces de la construction. L’idée même de l’expérience a été provoquée par une infirmière qui vécut une expérience semblable alors qu’elle était une patiente. Une des malades rêvait de devenir infirmière. Un malade dit « bipolaire » parle de l’intensité de son  plaisir euphorique ressenti au cours d’une journée comme si c’était « un soleil de Van Gogh ».  Passer une nuit dans une sorte de cabane de dimension réduite n’est pas idéal pour la qualité du sommeil quand des ronflements fendent l’air, source de discussions et même de conflit.

Important conseil donné par le guide : ne pas bouger de l’endroit oû l’on se trouve si on se perd dans la jungle ! Autre conseil de comportement dans la solitude de la jungle parfois hostile : boire suffisamment avant d’avoir soif.  Chaque veillée permet de consacrer du temps au « débriefing », mais les patients doivent conserver la liberté de ne pas y assister, même sans être obligés de s’expliquer à ce propos. Comment réagir quand un patient a de son propre chef décidé d’augmenter sa dose de médicaments ? Etrange, cette prise de salive en pleine jungle, qui permettra ensuite à des chercheurs de formuler des remarques sur le stress.

Et puis, voici au hasard d’une remarque sur le comportement supposé de vieilles rombières parisiennes qui se trouveraient dans la jungle, un « Toi tu est payée pour faire cela » : une formule gratuite et polémique ou  une information sur le financement de l’opération, dont rien n’a été dit lors de la promotion de l’aventure et dans les trois premiers épisodes.

Une production externe

« D’une jungle à l’autre » est produit par une société qui ne dépend pas de la télévision, « Point prod. ». Il faut profiter de l’occasion pour souligner le rôle important que joue la télévision, pas seulement en suisse romande, mais en suisse et souvent dans d’autres pays, pour permettre la création audio-visuelle par d’autres personnes et groupes hors de son sérail. Notons qu’en Suisse la SSR est la plus importante source de financement de la création audiovisuelle en cinéma et télévision avec la Confédération ou des associations régionales.

L’écriture pour « Une jungle à l’autre » est attribuée à David Rihs et Raymond Vouillamoz. On trouvait parfois leurs deux noms associés dans des émissions de l’ancienne TSR. Le premier est devenu un des patrons de l’entreprise « Point prod ». Mais quand celle-ci se présente à la télévision avec un Raymond Vouillamoz comme réalisateur, elle n’a pas grand peine à garantir le professionnalisme de son collègue qui a passé par à peu près tous les échelons dans l’entreprise.

Dans sa jeune septantaine, Raymond Vouillamoz aura renoué avec ses activités qui précédèrent ses fonctions dirigeantes. Il est ici parfaitement à l’aise dans son travail créatif partant de la documentation pour s’appuyer sur certaines des exigences formelles de la fiction, surtout au moment du montage. Une des clefs de sa réussite doit être relevée : la simplicité discrète d’une réalisation qui prend en compte aussi la proximité des visages comme des gestes, les mouvements comme les mots. Le respect de ceux que l’on observe contribue à la réussite d’une création audiovisuelle

A lire à ce sujet :

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Vendredi 13 : la meilleure série à minuit

Curieuse expérience, au hasard d’une soirée. 20h15 : “Passe-moi les jumelles”, en reprise, un téléfilm de Benoit Aymon en hommage à Erhard Loretan, alpiniste inventeur de nouveaux comportements, guide au service de ses clients, qui ne parlait guère, frappé par la mort de son bébé dont il fut responsable. Avec une sincérité discrète, Xénia Minder qui était membre de l’expédition où il trouva la mort, parle de lui comme “quelqu’un que j’aimais et qui m’aimait”. Un beau téléfilm qui ose faire partager une émotion profonde.

21:20, “Castle”. Un meurtre, mais le corps manque. Une escouade de policiers armes au poing pénètre dans un décor insolite. Le générique peut commencer. On est en milieu de cryogénie, financé par un producteur de cinéma porno. Etc : du tout-venant policier à l’américaine, en premier rideau. De la médiocrité certes bien emballée!

22:05 : un épisode de “Body of proof”. Megan Hunt, divorcée, son mari ayant obtenu la garde de leur fille, neurochirurgienne devenue médecin légiste, enquête en pratiquant des méthodes peu orthodoxes, plus ou moins appréciées de son entourage hiérarchique. Un personnage fort, attirant la curiosité, bien servi par Dana Denaly.

De 22h55 à 00h25, deux épisodes de “Damages” avec Glenn Close. On est dans le haut de gamme, après un passage dans le meilleur du moyen (Body).

“Damages” avec Glenn Close.

Hélas, parfait exemple d’une des plus grandes faiblesses “notre” télévision, la programmation des séries pourtant plutôt bien choisies, dans le cadre restreint de celles qui sont doublées en français. Premier rideau différent le 20, mais même topo pour les trois séries. Inquiétante programmation de la fiction !

Au bout du ruban ?

Cela fait près de deux mois que la RTS a fait sa mue. Un peu déçu à la découverte des logos TV en version papier, j’ai vite été enthousiasmé quand je les ai vus animés et sonorisés en allumant ma télévision. Les lancements de soirées, le déroulement des logos en rubans, la manière d’annoncer les programmes, l’horloge avant le Journal et même le logo rouge sont contemporains, dynamiques et pros! Une vraie réussite !

Mais comment expliquer que cette ligne visuelle si soignée et aboutie s’accompagne de lancements de publicité crayonnés, à peine ébauchés? La créativité s’est-elle envolée? À bout de souffle? Au bout du ruban ?

RTS : comment va ?

Disparues, depuis quelques semaines, “TSR” et “RSR”, au profit de “RTS” issue de la convergence conduisant à la fusion. Pour le client, l’auditeur et le téléspectateur, c’est le poids sur les programmes qui est intéressant. En télévision, ces programmes continuent de changer un petit peu, avec prudence, sereinement. En radio, l’annonce récente de profonds changements à  “La première” dès cet automne a provoqué maintes secousses, pas seulement internes.

Profitons de l’occasion pour un survol lapidaire en télévision. “L’actu”, durant plus de soixante minutes quotidiennes, avec le “12:45”, “Couleurs locales” et surtout le “19:30”, champion à l’audimat, se porte bien. Elle déroule une quarantaine de sujets quotidiens, parfois répétés alors que l’équivalent en presse “people” en propose plus de cent par numéro de “20 minutes” ou du “Matin”.

Un sondage à l’actu lors du “19h30” de lundi 16.04.2012

Dans un document intitulé « Charte déontologique et valeurs de la RTS », édité par  RTS – RADIO TELEVISION SUISSE – nous lisons :

Les sondages d’opinion sont présentés non pas comme des pronostics, mais comme des photographies datées de l’opinion publique. Le nombre de personnes interrogées, l’aire géographique, la marge d’erreur, la période de réalisation et le commanditaire sont cités.

J’ai reçu ces derniers jours deux exemplaires de ce document. Il semble bien que l’un d’eux était destiné au présentateur du TJ, Darius Rochebin. Mais il ne lui est donc pas parvenu. Durant 33 secondes, les renseignements suivants ont été fournis sur un sondage IFOP  du 12 au 15 avril donnant les pourcentages  pour le premier tour : Hollande 28 %, Sarkozy 27, Le Pen 15.5, Melenchon 14.5, Bayrou 9.5. Au second tour, cela donne Hollande 55.5 et Sarkozy 44.5.

Pas d’information sur le nombre de personnes interrogées, rien sur la marge d’erreur ( 3 % si l’échantillon est de mille personnes) ni sur le commanditaire. Rien non plus sur la composition de l’échantillon. Donc ces trente-trois secondes ne sont pas conformes à la charte déontologique !

Et impossible de prétendre que le temps manquait pour fournir ces informations. Pendant 258 secondes, Darius Rochebin a interrogé avec élégance, minutie Mme Alliot-Marie de blanc vêtue, vice présidente de l’UMP, qui en a naturellement profité pour assurer la promotion de son poulain Benali dit Nicolas Sarkozy. Trente secondes auraient pu être empruntées à la propagandiste !

Notons en passant l’intérêt inattendu d’images de la victoire de 2007 montrant le comportement d’une invitée, celle qui était alors l’épouse du candidat devenu président de la République, avec des expressions de son visage et l’incohérence de ses mouvements.

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La télévision continue de tirer sa force et son originalité de son premier rideau fait pratiquement d’émissions “maison”. Avouons un faible pour certains mercredis soirs, surtout avec“ Spécimen” et “Zone d’ombre” qui s’affirment au point de faire regretter leur fréquence modeste. Pour “Jour J”, on attendra !

L’info en premier rideau : “TTC” en direct depuis Paris le lundi 16.04.2012 dès 20h15 )

Les voyages sont appréciés des équipes de l’info de premier rideau. Celle de « TTC » a proposé son magazine du lundi 16 avril en direct de Paris, en se penchant sur certains aspects économiques et financiers de l’actuelle campagne présidentielle. La structure même de l’émission décentralisée était proche de celle qui existe chaque semaine en studio.

Parler de Paris en direct apporte-t-il un plus par rapport au studio de Genève ? Ma réponse serait plutôt négative. Les consultants du hockey-sur-glace passent en ces jours de finale Berne-Zürich de la cabine haut perchée des commentateurs à la sortie de la patinoire pour interroger des acteurs.  Patrick Fischer est descendu de son toit pour terminer son émission sur les Champs-Elysées à la nuit tombante. Bel exploit sportif que d’être à peu près au même moment devant le cabaret des deux ânes à Clichy, montage au rendez-vous !

Pas vraiment intéressantes les questions posées dans la rue à n’importe quel passant. On y entend tout et son contraire selon la bonne méthode qui fait croire que l’opinion publique peu ainsi s’exprimer. A part cela, presque que du bon, dans l’exposé sans surprise pour qui suit cette campagne des différences entre les uns et les autres, la droite encore au pouvoir et la gauche, ainsi que les outdisers, dont Melanchon en pleine forme comme hier savait l’être Marchais !

Remarquables informations données dans un document et sur le toit par un ancien inspecteur fiscal devenu fiscaliste. Bonnes explications sur les fortunes qui risquent bien de se déplacer de France et pas seulement vers la Suisse. Révélateur, le montage qui montre la bonne entente entre Melenchon et Sarkozy sur la punition annoncée pour les futurs fuyards fiscaux. Intéressantes, les informations d’un spécialiste du coût de la présidence et du président pour les finances publiques : Obama aux USA revient en campagne officielle à 0,20 centimes par habitant alors que Sarkozy grimpe à 1.70 : mais en France, chaque président élu coûte régulièrement plus cher que le précédent. Bon commentaire ironique de J.Fr. Kahn !

Faire payer les riches ayant de gros revenus ou de belles fortunes, les sociétés à grand rendement financier, pourquoi pas ! En tous cas, cela plait largement, sans avoir besoin de s’appuyer sur un sondage. Mais « TTC » aura oublié de provoquer un calcul : le fameux 75 % de Hollande sur le revenu quand il dépasse un million annuel, cela rapporterait combien aux caisses de l’Etat.

Tout particulièrement passionnant à écouter un député socialiste français spécialiste des calculs du coût présidentiel – je n’ai malheureusement pas retenu son nom. Même décentralisé, « TTC » sait conserver l’essentiel de ses qualités confirmées d’une semaine à l’autre.

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Et vivent “Les docs” pas assez souvent salués pour leur excellente contribution à la programmation de “RTS Deux”. L’invasion du sport serait plus supportable s’il y avait trois canaux de diffusion disponibles et pas seulement deux. Enfin,  en fiction, il faut insister sur le rôle joué par les séries bien choisies malgré la trop forte présence des “policières” mais stigmatiser l’indigente programmation trop tardive du haut de gamme qui n’est pas seulement américain.

Damages : de Madoff à Tobin

« Damages », troisième saison en cours sur RTS Un, le vendredi soir, évidemment tardivement, en attendant les deux suivantes, c’est d’abord un personnage féminin fort, comme le sont souvent celles des meilleures séries. Patty Hewes, à la vie personnelle pas simple, grand avocate spécialisée dans l’obtention de dommages et intérêts ( des damages en langue d’origine), cyniquement efficace, poursuit rageusement ceux qu’elle traque, guère regardante sur ses méthodes pour obtenir des informations ou créer des situations favorables à sa cause. Ses collaborateurs, même les plus proches, doivent aussi s’accommoder de la rudesse de ses méthodes.

Glenn Close

Glenn Close dans un environnement très très coloré

A personnage fort, il faut grand interprète. Glenn Close, la soixantaine atteinte sans que cela soit évident, c’est  « Liaisons Fatales »  (A.Lyne), la Merteuil des « Liaisons dangereuses » ( S.Frears)  ou la Cruella des « 101 dalmatiens »assurément plus que le discret « Albert Nobb » du film de Rodrigo Garcia qu’elle tenait tant à inteprèter. Ce fut déjà belle présence en juge fédérale dans « A la maison blanche » présidentielle. Rose Byrne, en Ellen Parsons, est pour elle d’abord une ambitieuse collaboratrice et une redoutable adversaire.

Encore Glenn Close, changement de couleur ! Mais le reflet semble plutôt appartenir à Rose Byrne en Ellen Pearso

Six mois plus tard …

Curieuse, la construction dramatique de chaque saison, avec une nouvelle affaire qui débute quand le spectateur se trouve brusquement projeté six mois plus tard,  ou quatre et moins encore quand le temps défile. Lors de cette troisième saison, la découverte est faite assez rapidement du corps du plus proche collaborateur de Patty, Tom Hayes ( Tate Donovan), coincé dans un conteneur à ordures. Mais il est mort par noyade. Pas de surprise sur les faits, une belle ouverture sur le pourquoi de ce décès brutal, et la recherche des auteurs de ce geste. Cette complication temporelle est joue indiscutablement un rôle important dans l’intérêt que l’on porte au récit.

La réalité nourrit la fiction

Joe (Scott Campbell), fils de Louis, mais Tobin de la fiction et non Madoff !

Plus, dans cette troisième saison, voici assez claire allusion à l’affaire Bernard MADOFF, arrêté en décembre 2008  pour avoir escroqué des milliards à ses victimes mais aussi aux établissements bancaires qui crurent (naïvement ?) à sa pyramide dite de Ponzi. Une partie de sa famille fut chamboulée par l’affaire, un de ses fils conduit au suicide. Les Tobin, père,  épouse, fils font claire référence à Madoff. Le choix du patronyme rappelle ironiquement la taxe du même nom qui devrait « punir » des transactions financières spéculatives ! Mais l’escros par milliards n’intéresse pas tellement les auteurs de la série. Leur attention se porte et sur l’argent probablement dissimulé, où et connu de qui, et au comportement de la famille, celui du fils Joe en particulier, dont le personnage tend à effacer le père avec lequel il était en conflit. Mais la fiction finit par prendre le dessus sur la réalité sans l’effacer.

Retour à Villeneuve

Juillet 1942, premières déportations massives des juifs : la rafle du « Vel d’hiv » reste une page sombre de l’Histoire de la France occupée, les Allemands ayant parfaitement organisé l’opération en imposant la logistique de l’action aux autorités françaises. En cet été, à Villeneuve, petite ville du Jura (elle ressemble à Dôle), un train est stoppé en gare, les Juifs qui y sont entassés extraits de wagons.  Les autorités locales, le maire en tête,  Daniel  Larcher, doivent organiser leur accueil provisoire. Ils seront regroupés dans l’école.

« Un village français » est peut-être la meilleure série du XXIème jamais écrite et réalisée en France. Son propos comme sa mise en scène, entièrement au service de la reconstitution, conduisent à une impression de plausibilité étonnante. Entre collaboration et résistance actives, entre indignation ou indifférence passives, les uns et les autres s’inscrivent dans l’Histoire, entre incertitudes et certitudes.

Projection terminée, durant une quinzaine de minutes, des témoignages viennent corroborer le bien-fondé de la fiction. L’apport de cette série est aussi important et plausible que le fut en son temps un sommet du cinéma de documentation, « Le chagrin et la pitié » de Marcel Ophuls.

Sous la surveillance de soldats allemands, un groupe de Juifs sera accueilli à Villeneuve. C’est ce sont les autorités françaises qui se voient imposer toute la logistique ( photos France 3)

Dans un genre différent,  un autre retour est à signaler, celui de « Damages » avec l’explosive avocate jouée par Glen Cloose, en troisième saison, durant six ou sept semaines. Excellente série divertissante. Une différence entre France 3 et RTS un : la perle de France est offerte à tous à 20h30, tandis que les seuls noctambules sont sollicités de rester devant le petit écran entre 23 heures et minuit et sa demie.

« Jour J » : une fois par trimestre

Intéressants, les mercredis soirs de RTS Un par la variété de ses propositions  comme « 36,9 », « Spécimen ». « Zone d’ombre ».Voici un nouveau magazine de société, trimestriel, conçu par une équipe pour laquelle le  Jour J est celui de l’entrée en retraite de trois personnes, une directrice d’école de langues privée, Liliane Rossi, 65 ans, un sergent pompier de l’aéroport de Genève, Jérôme Jaquier, 60 ans, le notable, Josef Zizyadis, 56 ans. Un  choix clair pour la forme : pas de commentaire. Il eut été possible de présenter trois portraits successifs durant une vingtaine de minutes chacun. Là encore, un choix clair, lui aussi, risqué : proposer une  approche amicale en un puzzle de séquences alternées. La prise de risque, évidente, est chose positive.

En attente de retraite

Liliane Rossi (65 ans) est directrice d’une école de langues et fait un peu tout elle-même. On découvre son dynamisme quand elle est au milieu des enfants. Mais on comprend aussi la rudesse de son problème actuel : que deviendra son école ? Elle rencontre des successeurs, qui ne sont malheureusement pas des acheteurs.Et quand un acheteur se profile, venu de l’étranger, encore  faudrait-il que celui-ci puisse obtenir un permis de travail. Le jour J, pour elle, tarde à arriver.  L’école ?  Il suffirait qu’elle cesse son activité. Mais l’équivalent d’un deuxième pilier même modeste disparaît. Un futur pas forcément serein pour elle.

Départs anticipés

Jérôme Jacquier (60 ans ) est sergent du service de secours centré à l’aéroport de  Genève. Il a décidé de prendre une retraite anticipée. Ses collègues et amis préparent une large et belle fête pour ce départ anticipé, qui se charge ainsi d’émotion. Il pourra être plus souvent avec son épouse, avec son petit-fils, donner plus de place à sa passion, la pêche avec ses amis sur un bateau. Amusante  anecdote racontée en passant : sa maison est située dans l’axe des pistes de l’aéroport. Son chien aboie certains avions, mais pas tous, seulement ceux d’Easyjet ! Serait-il allergique à la couleur ?

Josef Zizyadis,56 ans, prend sa retraite de politicien professionnel et prouve aussi qu’elle ne signifie pas absence d’occupation. Il va donc retrouver ses racines grecques pour planter là-bas une vigne entre avec des amis vignerons vaudois. Le voici en colon dans son pays natal. Il pourra mieux encore qu’avant se laisser aller au plaisir que donne le goût du vin, de la bonne chère. Le gourmet politiquement d’opposition dans son pays d’adoption trouve aussi forme nouvelle d’engagement dans son pays d’origine.

Retraites à tous âges

Vingt minutes permettent de découvrir deux inconnus et d’en savoir un peu plus sur le troisième qui ajoute ainsi une facette à sa notabilité, à en faire oublier le politicien qui fut presque toujours dans l’opposition. Pour Mme  Rossi, la  retraite se fait attendre, qui pourrait bien se produire dans des conditions financières difficiles. Les deux messieurs semblent donc avoir pu anticiper la leur sans que cela leur pose de problèmes matériels. Il eut été intéressant d’en dire plus sur le problème du niveau de ceux qui ont franchi le Jour J.  Ni l’un, ni l’autre ne peut représenter une retraite «  normale » prise à  l’âge légal.

Quelle chronologie ?

Mais le jour J, est-il le même pour les trois invités ? Pas facile de le savoir. On  passe avec l’une le jour de la retraite qui se fait attendre en ayant suivi ce qui se passait avant elle. Pour le pompier, c’est le jourJ  des adieux qui est au centre du portrait. Le politicien fait ses adieux politiques et on le retrouve en partie après. Avant, pendant, après, en même temps ou à des dates différentes, On s’y perd un peu dans la chronologie. Mais ce n’est pas très grave.

Passer de l’un à l’autre

L’équipe responsable de « Jour J » Astrid Buecher, Isabelle Nussbaum, Christian Fargues Sabrina Nessi, Francesco Cesalli, et Forence Farion ( Photos RTS)

Les trois « retraités » n’ont en commun que le fait de figurer dans la même émission. Dès lors que l’on renonce à suivre l’un puis le l’autre, il faut trouver le moyen de faire coexister les trois formes d’immersion dans trois vies privées. Pour passer de l’un à l’autre, recours est fait à une astuce technique : une même image est coupée en deux, à gauche on  voit un moment de vie de l’un et à droite de l’autre. L’astuce est purement formelle.

Mais les soixante minutes ont au moins eu le mérite de ne pas générer d’ennui et de provoquer une amorce de « complicité » avec chacun des trois invités

Cause toujours mon lapin…

Ce titre pourrait être un complément à l’intervention de Laverdure chez Zazie du métro de Queneau Raymond, le «tu causes tu causes, c’est tout ce que tu sais faire». En complément, «Cause toujours mon lapin» pourrait être ironique remarque adressée par je ne sais qui à l’ensemble du «Conseil du public» de la RTSR. Autour de cette institution, pendant des années aura régné une discrétion évidente, comme si une sorte de conspiration du silence intervenait pour ne pas donner trop de notoriété à des remarques pas systématiquement laudatives sur les programmes de la radio ou de la télévision.

Mais le conseil du public communique maintenant assez largement quelques-unes de se préoccupations qui ne sont pas pour autant unanimement et immédiatement reprises par la presse écrite. La branche radio de la RTS , par exemple dans l’émission «Médialogues», en parle-t-elle, de ce «Conseil du public» ?  Dommage que l’on ne puisse plus s’adresser à la très ancienne émission de Radio Lausanne qui s’appelait «Questionnez, on vous répondra»!

Médialogues

Monsieur ou Madame RTS vient d’annoncer récemment la prochaine disparition d’une série d’émissions de radio qui doivent donc être considérées comme gangrenées par l’usure du temps. Pourtant, «Médialogues» pourrait bien rester à l’antenne durant soixante minutes le samedi matin alors qu’il apparaît actuellement en semaine durant trente minutes cinq fois. Soixante minutes au lieu de cent-cinquante: on n’arrête pas le progrès! Il est vrai que l’émission prétendait faire réfléchir à la communication en général.

Le «Conseil du public» de la RTSR a une nouvelle fois déploré l’absence en télévision d’une émission de réflexion sur les médias, le cinéma surtout, mais aussi et pourquoi pas la télévision elle-même ou la radio. Pour le cinéma, un bruit court en guise de réponse: c’est la radio qui en parle;  la télévision le montre, à forte dominante anglophone!! «Médialogues» n’est qu’en partie une émission sur le cinéma.

Il est intéressant de prendre connaissance d’une protestation contre le déclassement de «Médialogues». Elle émane du portail de l’éducation aux médias des départements de l’Instruction Publique de Suisse Romande et du Tessin. La prise de position du «Conseil du public» y est largement citée. Voilà qui contribue à faire au moins un peu connaître le travail d’une instance de la RTSR Cela permet aussi d’attirer l’attention sur le «Médiablog» d’«e-média»

A lire sur Mediablog d’e-media à ce sujet :

La télévision vue par elle-même

Toute chaîne de télévision de service public avec son mandat de prestation qui n’est donc pas commercial et financier se diti de réfléchir sur elle-même sans complaisance, tant est grande son importance dans la communication contemporaine. Un moyen efficace d’y parvenir, la série de fiction !

« Borgen » : un cut final qui échappe à la télévision

Le Danemark a su en faire la démonstration dans la première saison de la remarquable série « Borgen » qui vient de s’achever sur Arte. On y évoque, en fin de série, un conflit conduisant la garde rapprochée de Birgitte à exiger le regard final ( cut final) dans la version d’un entretien conduit par Kathryn dans un moment délicat pour la première des ministres. Une bizarrerie : la présidente du gouvernement s’appelle seulement Brigitte, la journaliste vedette de la chaîne, Kathryn. Les personnages masculins sont aussi réduits à leurs prénoms. Il ne viendrait à personne l’idée d’employer seulement des prénoms pour les politiciennes et politiciens réellement au pouvoir. On ne dit pas Doris ou Simonetta ! Avec les seuls prénoms, la fiction montre le bout de son nez !

« The hour » pendant la nationalisation du canal de Suez

Au tour de la BBC de parler d’elle-même avec « The Hour » ( fin de la première saison sur RTS UN le mercredi 21 mars 2012). Quand la France et la Grande-Bretagne s’en vont faire, en 1956, la guerre en Egypte pour la maîtrise du canal de Suez, elles furent empêchées par l’URSS et la USA. C’est alors que la BBC ouvre une case d’une heure pour une télévision d’information sous forme d’enquêtes d’investigation. A « The Hour » ressemblera plus tard en France « Cinq colonnes à la une » et en Suisse romande « Continents sans visa » qui deviendra « Temps présent . La série est donc enracinée dans un événement politique réel.

Un trio de personnages forts

Bel Rowley ( Romola Garai), le productrice; Hector Malden (Dominic West), Freddee Lyon ( Ben Whishaw) – Photos BBC

Ils sont trois pour former l’épine dorsale de la série. Freddie Lyon est un journaliste d’investigation efficace qui aime son métier, y croît comme à un sacerdoce, tout en étant lié d’amitié à la productrice de l’émission. Bel Rowley est donc la véritable patronne de l’émission qui dispose du droit final de décider ce qui passera à l’antenne et sous quelle forme, même en ayant des comptes à rendre à sa hiérarchie. Hector Malden, le présentateur vedette de l’émission, la porte vers le public qui lui en attribue la paternité alors qu’il n’en est que le faire-valoir. Marié à une femme de la grande bourgeoisie mondaine qui s’habille pour les repas, il vit une liaison avec Bel, ce qu rend tout de même Freddie un peu jaloux. Autour de ces trois personnages en gravitent une bonne dizaine d’autres qui existent vraiment, évitant d’être seulement des marionnettes caricaturales. C’est là une caractéristique des séries bien écrites.

Trois lignes de force

Freddee Lyon (Ben Whishaw)

Dans le contexte historique précis de 1956 qui en fait un sujet déjà historique, « The Hour » raconte donc la naissance d’une émission de télévision. Mais Freddie s’intéresse aussi à de curieux mots croisés dont il tente de déchiffrer l’éventuel message. On assistera donc aussi à une sorte de récit d’espionnage qui introduit peut-être une surveillance gouvernementale de l’action d’une télévision impertinente. De plus, il enquête sur un meurtre. Tout n’est pas toujours harmonieux dans les passages d’un sujet à l’autre. Mais « The hour », qui fait souvent penser à « Mad men », est une série de très bon niveau.

Une scène de tournage de la saision 1, no 5

Fiction et réalité

« Borgen » et « The hour », de pures fictions ? Pas seulement. Mais quel lien avec la réalité ? Il faudrait enquêter tant au Danemark qu’en Grande-Bretagne. Ces fictions reposent sur des éléments d’une réalité plausible. Et près de nous, en Suisse romande, la télévision a-t-elle aussi le poids prêté par la fiction à une chaîne généraliste danoise et à la BBC ?

Vingt-fois la Suisse

Lointain souvenir au début des années septante. Un imposante série nationale traçait, sous le titre de « Vingt-cinq fois la Suisse » le portrait de vingt-cinq cantons. L’un deux déplut fortement à un gouvernement cantonal. Le téléphone fonctionnait alors facilement pour propager du mécontentement. La TSR d’alors avait réalisé une nouvelle émission donnant une image plus « officielle » de canton au gouvernement protestataire : l’art du contre-poids !

Tout près de nous, « Infrarouge » influent ?

On connaît au moins indirectement l’influence considérable attribuée à « Aréna » à Zürich, aussi pour les romands qui doivent être « compatibles » avec les exigences de l’émission pour se faire bonne réputation en Suisse alémanique. En Suisse romande, quelle est l’influence réelle qui est parfois prêtée à « Infrarouge »

Intéressante, la lecture du « Temps » du mardi 13 mars 2012, dans un commentaire sur « La communication ratée des opposants Valaisans » à l’initiative Weber :

C’est l’émission de la TV romande Infrarouge qui est la plus souvent citée comme l’exemple des dérapages et des excès. Christophe Darbellay, président du PDC, et Jean-Marie Fournier, promoteur, s’y sont montrés particulièrement virulents. C’est là que les adversaires de l’initiative ont perdu la votation, selon le conseiller national socialiste Stéphane Rossini » On a pu lire aussi que chaque fois que Jean-Marie Fournier intervenait, il contribuait à grossir le nombre des Oui qui furent finalement majoritaires. Exemple d’une influence à contrario. Plausible ?

Chaque pays pourrait raconter à sa manière dans une série quelle est la réelle influence supposée ou admise de la télévision dans son bassin de diffusion. Même au pays du consensus selon la formule magique tout de même contestée, où les choses sont apparemment atténuées, les médias audiovisuels sont importants. On attend donc d’ici à quelques années la vision de la RTS sur elle-même dans une série qui reste à inventer.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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