Alain Tanner, Frédy.-M. Murer, Claude Goretta et sept autres
Avertissement !
Les longs textes hérissent paraît-il nombre de lecteurs qui préfèrent lire des « brèves » nombreuses : cela vaut pour la presse écrite où la place est comptée. Mais sur la toile, point de restriction, la place est plus que largement suffisante. Toutefois, pour ne pas faire fuir le lecteur potentiel, voici des images légendées, mais aussi un texte en trois parties qui peuvent être (presque) abordées indépendamment l’une de l’autre. (fyly)
I / La collection
Apparition discrète, alors que le sport retient l’attention, et bien tardive sur la RTS, aux alentours de 23h20, d’une collecion prometteuse et originale durant dix semaines, les jeudis du 21 juin au 23 août, composée de portraits de dix grands cinéastes suisses ayant tous connu des succès internationaux, suivis d’un film, sa projection ainsi offerte en suissse romande aux noctambules plutôt qu’à un large public. Cette collection est le résultat d’une peu fréquente collaboration entre les studios de Lugano, Zürich et Genève, « convergence » mise en œuvre par la SSR-SRG nationale. Le cinéma y trouve place méritée après la littérature, la photo, le design et l’architecture ces dernières années.
La bande des dix
Alain Tanner, Claude Goretta, Michel Soutter, Jean-Luc Godard sont les quatre romands de la dizaine, octogénaires ( Michel le serait lui aussi). Frédy M.Murer, Xavier Koller, Richard Dindo, Daniel Schmid ( lui aussi décédé) se sont exprimés à partir de la Suisse alémanique. Silvio Soldini est italianophone alors que Marc Forster est « hollywoodien » par sa carrière internationale. C’est un bon choix, parfaitement légitime. L’âge moyen de l’ensemble se situe tout de un peu au-dessus des septante ans.
En 26 minutes, une réelle liberté d’approche
Quelques représentants de la génération des 40/50 ont été chargés de dessiner ces portraits. Jacob Berger interroge Tanner dans son bureau et l’accompagne dans une sortie en forêt (21 juin). Bela Batthyany revisite avec Murer des lieux de son enfance et de tournage de ses principaux films (28 juin), Dominique de Rivaz accompagne Goretta en proposant une synthèse des petit et grand écrans à la démarche également créative en documentation et en fiction ( 5 juillet ). Emmanuelle de Riedmatten souligne avec élégance la discrétion poétique de Michel Soutter appuyée par Freddy Buache ( 26 juillet ). Ce sera chose curieuse que de découvrir Jean-Luc Godard comme co-réalisateur avec Fabrice Aragno faisant intervenir Jean-Luc Godard pour le portrait de… Godard (23 août). Témoignages et surtout extraits de films apportent informations, émotions ou souvenirs et forgent le plaisir de revoir ou de découvrir des oeuvres importantes. Ces quelques exemples montrent clairement l’assez grande liberté d’approche qui a été laissée aux portraitistes et à leurs collaborateurs, parfois plus jeunes.
II / Trois coupes transversales
Bien sûr, il serait possible de s’attarder sur chaque cinéaste associé à son propre film, avec une « collection » de texte durant huit semaines. Mais l’occasion est belle pour survoler de petits sous-ensembles de films et de réalisateurs qui présentent des points communs.
Renato Berta
Renato Berta, opérateur à la puissante carrière internationale européenne, est annoncé comme intervenant unique pour le portrait de Daniel Schmid. Normal : il a signé l’image de (presque ?) tous les films de Daniel Schmid. Sa complicité avec le cinéaste des Grisons était telle qu’il était devenu à sa manière une sorte de co-auteur de la magie du plus grand poète du cinéma suisse. Or Berta a aussi travaillé avec Soutter et Goretta, au moins une fois, et avec Tanner, pour une bonne demi-douzaine de ses films.
Renato dit Ciccio signa d’abord l’image de « Vive la mort » de Francis Reusser avant d’accompagner Tanner pour sa première fiction, « Charles mort ou vif ». Ces deux films s’inscrivirent dans le sillage de mai 1968. Mais alors que Tanner montrait la révolte d’un quinquagénaire, Charles Dé (François Simon), contre la société et lui-même, provoquant la réprobation de son fils qui voulait poursuivre sa réussite industrielle, Reusser accompagnait la révolte d’un couple de jeunes adultes pour accomplir la meurtre du père. Tanner fit une belle carrière internationale alors que le producteur de Reusser mit quelques années à se remettre d’un splendide échec commercial. Tanner avait mieux senti le malaise et l’élan des années 68 que Reusser.
Bruno Ganz
Jacob Berger, dans son voyage chez Tanner, a accordé une place importante à un film complétement inattendu tourné par le cinéaste qui fit de Lisbonne son vrai sujet, « Dans la ville blanche ». Le marin incarné par Bruno Ganz devenu en quelque sorte le double du cinéaste ( qui fut marin dans sa jeunesse ) sans qu’il soit nécessaire de s’expliquer sur cette transmission de sensibilité.
Or on retrouve Bruno Ganz dans le « Vitus » de Murer, ce grand-père au chapeau lancé par dessus la rivière, apportant son soutien à son surdoué petit-fils, magnifique personnage qui a su incarner le souvenir du propre père du cinéaste. Murer, dans « Ce nest pas notre faute si nous sommes des montagnards », un document et « L’âme sœur », une fiction, Murer est à la recherche de ses racines paysannes dans les montagnes de la Suisse centrale. Le lien du cinéaste avec ses parents et ses ancêtres est harmonieusement rude.

Le grand-père (Bruno Ganz) au chapeau, menuisier, et son petit-fils dans « Vitus » de Frédy.-M Murer
Pères et fils
Meurtre du père, révolte d’un quinquagénaire, transfert sur un acteur de sa propre personnalité ou pour représenrter son propre père, voilà qui conduit aborder les liens d’une génération à l’autre.
Pour ses premiers films, Alain Tanner collabora avec l’écrivain, poète, critique d’art John Berger. Dans son film « Aime ton père », Jacob Berger règle son compte avec l’image conflictuelle d’un père surpuissant incarné par Gérard Depardieu, écrasant son fils fragile, joué par Guillaume Depardieu. Dans « La vallée fantôme », Jean le jeune assistant de Paul (Jean-Louis Trintignant), un réalisateur qui n’arrive pas à terminer son scénario, se révolte contre son ainé. Mais c’est Jacob Berger qui joue le rôle de Jean. Et Paul pourrait bien devoir quelque chose à Tanner. Une scène de violent affrontement verbal est retenue dans le portrait de vingt-six minutes. Berger trace, plus ou moins clairement le portrait d’un de ses pères cinématographiques. Un peu compliqué, tout cela, rendant difficile de restituer au complet un puzzle aux pièces multiples. Mais il est évident que le cinéma de fiction n’est pas que de la fiction.
III / Tardive programmation en Suisse romande
On se croirait dans une soirée consacrée au football : pendant vingt-cinq minutes, on parle de la rencontre qui va suivre, autrement dit on présente le cinéaste et sa démarche avant de montrer l’un de ses films. Et c’est passionnant puisquî’il y a symbiose entre le portrait et le film, le premier permettant de mieux apprécier le second.
La collection composée de dix grands cinéastes prouve tout de même que les trois principales composantes de notre SSR-SRG savent parfois collaborer pour réussir une entreprise commune. Gaspard Lamunière est le responsable romand de la collection.
Par contre, chaque diffuseur a fait son choix pour la programmation. A Zürich, les portraits apparaissent le samedi vers 17h00. Au Tessin, ce sera pour portraits et films, la fin de soirée du jeudi dès 22h30. Les Romands, eux, attendront , le jeudi aussi, 23h30 pour les portraits, les films devenus ainsi « cinéma de minuit ». A tout le moins étonnante, cette programmation romance de certains des meilleurs films de la secondne montié du XXe. Des réalisateurs et films suisses sont traités comme les meilleures séries américaines, en nocturne, quand l’audience est naturellement faible. C’est le sort que l’on fait à un des rares efforts communs à la SSR-SRG de l’année. Hier, il y a très, très longtemps, « Charles mort ou vif », « La dentelière » oou « Les arpenteurs » n’attendaient pas minuit. Dans le temps, la TSR était fière de ses collaborateurs qui formèrent en partie sous sa houlette le « Groupe des cinq ». Ainsi en est-il aujourd’hui…
L’heure du secret (1) : le tremplin du premier épisode
Que peut-on attendre, à partir du seul premier épisode de la nouvelle série de la RTS, « L’heure du secret » ? Risquons quelques appréciations qui sont des hypothèses à vérifier.
L’arrivée à Locle d’une étrangère
Lyne Tremblay (Catherine Renaud), jeune femme vivant au Québec, doit se rendre en Suisse au Locle pour y vendre une petite société d’horlogerie, « Univers », dont elle est seule héritière. Elle n’a aucune raison valable de s’intéresser à l’horlogerie, tant dans sa dimension créatrice de beauté que dans celle de son artisanat minutieux.
Elle va donc découvrir une petite ville parfois mystérieuse, avec ses vieux quartiers et son architecture moderne saluée par l’Unesco, son guérisseur, certains de ses habitants au comportement un peu bizarre. L’acheteur, Antoine Berthin (Valentin Rossier) est un personnage, ambigu avec sa secrétaire, sa femme Hélène ( Agnès Soral) à forte tendance pocharde alcoolique, sa fille Amélie ( Laétitia Bouquet) en révolte. Le hôtelier-restaurateur, André Jacquet (Jean-Luc Barbezat) et sa femme Muriel (Virgine Meisterdans9 semblent avoir quelque chose à cacher, d’autant plus que leur entente n’est pas au beau fixe.
D’emblée deux meurtres à cadavres discrets
Dès ce premier épisode, deux meurtres en moins de deux jours se produisent, celui d’un chauffeur de taxi qui aurait volontiers conté fleurette à la capiteuse jeune québecoise et celui du cuisinier de l’hôtel-restaurant. La réalisation reste assez discrète : elle n’insiste pas sur les cadavres, ni même sur l’enquête policière qui semble conduite de manière assez traditionnelle, comme si l’inspecteur Droz ( Jean-Luc Borgeat) avait quelque chose à cacher
Les rêves de Lyne
A peine arrivée au Locle que Lyne se met à rêver d’une fête dans un passé plus ou moins lointain, avec un beau couple de mariés. Mais la jeune femme du passé fait une chute et meurt. Il n’y a rien qui justifie ce rêve de Lyne, à moins qu’une partie de son passé ne soit caché provisoirement. Puis il y aura un nouveau rêve, pas tout à fait le même que le premier, pour autant que les différences viennent de la mise en scène et pas de ce que le spectateur a retenu. D’emblée s’inscrivent d’abord dans l’image, des éléments étranges, une poupée russe associée à chaque cadavre. On apprendra qu’un personnage du présent de Lyne fut un organisateur du mariage du passé, qui vit mourir la mariée et se suicider ensuite le marié. Bref, un passé encore mystérieux s’installe dans le présent de la jeune étrangère. En même temps, un maître horloger, Vincent Girod ( Frédéric Recrosio) aimerait bien se porter acheteur de la petite société. Il tente de convaincre Lyne de ne pas vendre son bien au chef du clan Berthin. Une policière venue du Bas, Ariane Perret, mène l’enquête en étant totalement étrangère au milieu de la ville qui fait l’objet des rêves de Lyne. Mais ceux-ci, lors du premier épisode, sont encore en partie des fantasmes des auteurs du scénario.
En quittant le taxi, Lyne ne paie pas le coût de la course. Les scénaristes auraient pu se servir ce de geste pour montrer comment on apprend à connaître la circulation de l’argent d’un pays qui n’est pas le sien Qand Lyne se trouve chez son acheteur et qu’elle seule entend le carillon d’une pendule neuchâteloise fixée dix minute avant l’heure pleine, on sait pas très bien si la navigation entre la réalité et l’imaginaire tient du fantasme, du rêve pur ou de souvenirs dont le mécanisme nous manque.
Du côté de « Twin Peaks »
Il y a dès le premier épisode un sorte de lointain rapport avec Twin Peaks dont un personnage résume bien l’étrangeté, la dame la buche. Mais on pressent dans cette « Heure du secret » une sorte de volonté rationnelle pour construire un puzzle dont les pièces finiront par tracer le portrait réaliste d’une société dans une petite ville industrielle certes un peu mystérieuse.
Vers de possibles comparaisons
Ces premières remarques valent pour l’écriture et la mise en scène dans sa relation avec la direction des acteurs. Il sera intéressant de faire des comparaisons avec des séries récentes de la RTS, comme « T’es pas la seule », « Crom », « Dix ». On peut attendre avec une réelle impatience, le et les prochains épisodes, même si le rythme du récit de ce premier semble un peu lent de temps en temps.
Deux trop longs mois de sports tous écrans
Pendant plus de deux mois, le sport va déferler presque en exclusivité sur l’écran de RTS Deux. Roland Garros à peine terminé que déjà la grande fête du foot s’est installée en force et que l’on pédale sur les routes suisses. Suivront un autre Tour à vélo, les Jeux Olympiques, de l’athlétisme en meetings, le retour du tennis. Pour tant de sports, une chaîne nationale reste à créer avec commentaires linguistiques pour chaque région. L’Eurofoot aura-t-il du succès malgré l’absence de l’équipe nationale ?
Le « trop » du titre : mea culpa !
Quelques mots, oui, sur un mot introduit au dernier moment dans le titre. Le « trop » se veut, bien sûr, provocateur. Mais même pas autant que la programmation : dans la semaine du lundi 11 au samedi 16 juin 2012, cela commence à 15h45 par du Tour de Suisse pour se terminer à 01h00 à la fin de la reprise d’un match de foot ! C’est assurément beaucoup : d’où le trop ! La RTS ferait-elle preuve d’originalité, la généraliste « Deux » devenue chaîne sportive ?
Mais cette constatation n’est pas le fait d’un ennemi du divertissement. Je suis un fort bon client des spectacles offerts par le sport, qui sont pour moi divertissements laissant tout de même le temps de vaquer à d’autres occupations, comme par exemple de découper des textes pour enrichir des dossiers… sur les séries télévisées ou des films ! A chacun ses faiblesses : il y a des fanatiques qui pour rien au monde ne manquent « Les coups de cœur d’Alain Morisod ». Le tennis, le foot, ce sont mes « Morisod » personnels ¨ !
Dans cette invasion qui concerne aussi « rts.ch », une collection de création de la SSR nationale va se glisser en dix portraits de grands cinéastes suisses en 26 minutes suivis d’un film ( RTS –dès le jeudi 21 juin à 23h20, film à minuit) ainsi qu’une nouvelle série, purement romande, de sept fois 42 minutes, « L’heure du secret » d’Elena Hazanov. (les samedis du 16 juin à 20h15 au 28juillet 2012). Programmation tardive ( portraits) ou en concurrence interne ( du football les trois premiers samedis), est-ce la meilleure manière de mettre en valeur des créations propres ? Le doute est permis. Nous y reviendrons. Pour le moment, plutôt que d’illustrer ces lignes avec des images de sport, voici une contre-illustration, petite goutte de créativité écrasée par des torrents sportifs.

Illustration anti-sportive no 1 : (Photo TSR-Point Prod) Elena Hazanov, la réalisatrice de la série « L’heure du secret » qui vient donc d’apparaître sur le petit écran roman le samedi 16 juin 2012 à 20h15, en reprise le dimanche après-midi et le jeudi sur la Deux.
Le club de l’Euro
Un match de foot dure nonante minutes; sur le terrain! Le double au moins sur le petit écran : on en parle avant, à la mi-temps, juste après pour revoir les mêmes phases de jeu, on s’y arrête dans les journaux télévisés et plus tard en émissions spéciales. En voici une qui semble tenir au cœur du patron des sports, Masimo Lorenzi, « Le club de l’Euro », trente minutes de 22h45 à 23h15 avec deux invités issus de la société civile, chargés de devenir durant quelques minutes les rivaux des commentateurs et de leurs incontournables experts. Et cela se termine par la reprise d’une rencontre qui s’est déroulée alors que des Helvètes n’étaient peut-être pas devant le petit écran ou sur internet dès 18h000!
Ce provisoire club a le mérite de faire entendre des voix parfois inhabituelles, qui viennent pourtant commenter des séquences qui finissent par être vues plusieurs fois dans la même journée. Plaignons les arbitres dont les erreurs sont aimablement soulignées !

Illustration anti-sportive no 2 : Alain Tanner, en 1997, le premier du club des dix cinéastes suisses dans une nouvelle collection tardivement programmée les jeudis soirs sur RTS vers 23:20 du 21 juin au 23 août. Un bel été pour cinéphiles, avec cette première réalisation signée Jacob Berger
« Temps présent », « Spécimen » et « Infrarouge » à la rescousse
La RTS aura tout de même honorablement et préalablement poussé le bouchon beaucoup plus loin. “Temps présent”( jeudi 31 mai – Comment la mafia truque le sport ) a décortiqué le cas particulier de paris truqués, avec l’exemple d’un footballeur ivoirien professionnel gagnant royalement à Thoune, il y a certes quelques années, un salaire mensuel de quatre mille francs. Il lui est désormais interdit à vie de pratiquer son métier : la peine prononcée par l’organisation sportive est anormalement lourde. Les organisateurs de paris, eux, pourront continuer d’exercer leur « métier » en sortant de prison !
“Spécimen”, toujours insolite et surprenant, en une excellente cuvée, aura lié muscles et neurones avec ceux de champions invités en une intéressante soirée thématique prolongée dans un « infrarouge” de bonne tenue ( RTS Un du mercredi 6uin 2012).

Illustration anti-sportive no 3 (« Charles mort au vif » à minuit ou presque) Charles Dé ( François Simon) sera sous peu emmené dans une institution psychiatrique un infirmier « clin d’oeil » joué par le cinéaste Francis Reusser
- A lire sur le même sujet : « Le football, trop bien traité par le service public ? » sur le Blog d’e-media.
- A lire dans le Matin Dimanche du 17 juin 2012 l’article On commente trop le foot ?.
Sondages et charte déontologique de la RTS
Dans un document intitulé “Charte déontologique et valeurs de la RTS” (accessible ici), entré en vigueur le 1 novembre 2011, nous lisons en sa page 12:
Les Sondages d’opinion sont présentés non pas comme des pronostics, mais comme des photographies datées de l’opinion publique. Le nombre de personnes interrogées,l’aire géographique, la marge d’erreur de réalisation et le commanditaire sont cités.
L’entrée en vigueur n’implique pas forcément une mise en pratique systématique. Mais on s’en approche, et heureusement si la charte a un sens !
Les résultats d’un sondage commandé par la SSR-SRG à l’Institut GFS de Berne ont été rendus publics au “19.30” du 06.06.2012 durant deux minutes. Toutes les exigences de la charte géologique ont été respectées. Le directeur de GFS, Claude Longchamp, livre durant le journal un commentaire du reste intéressant en plus du sondage. C’est en effet en triple non qui se prépare mais la prudence est restée de mise au “19:30” relativement à l’initiative populaire “Accéder à la propriété grâce à l’épargne-logement”. 42 % en plutôt favorables contre 45 % en plutôt défavorables est assez proche de la marge d’erreur qui est de 2.7 %. Mais ce 42/45 remplace un 47/38 obtenu fin avril : la variation va donc vers le refus !
En additionnant chaque fois les plutôt pour, les plutôt contre et les indécis, on arrive à cent pourcent. Comme si tout le monde s’en allait voter. Les sondeurs n’ont-ils pas un moyen de prendre le pouls de l’électorat dans sa dimension abstentionniste ? Il semble aussi que pour GFS, qui s’était assez lourdement trompé lors de la votation sur les minarets, le temps se soit clairement amélioré.
- Sur le même sujet : RTS, Comment va ? (17 avril 2012)
« Boardwalk empire » : record battu !
La caution du sérieux universitaire
Les milieux qui accordent une grande importance créatrice aux séries haut de gamme, secteur enrichissant de l’audiovisuel, cinéma et la télévision confondus, sont de plus en plus larges. Les très (trop ?) sérieuses Presses Universitaires de France (PUF) viennent de créer une nouvelle collection qui aborde déjà trois sujets, « Les experts. La police des morts », « Desperate Housewiwes. Un plaisir coupable » ou « The pratice. La justice à la barre ». Elles annoncent, entre autres, pour 2012 et 2013 des sujets sur « Six feet Under », « 24 heures chrono », « Mad men ». La caution universitaire est tout de même une garantie de bonne valeur culturelle.
Priorités romandes
Les meilleures des série américaines sont souvent issues de chaînes à péage comme HBO, aux puissants moyens financiers, qui n’ont pas de souci d’audimat hebdomadaire, ni même mensuel, plutôt annuel. Les chaînes généralistes en font abondante consommation. Les françaises ont les moyens de s’offrir des doublages assez coûteux, auxquels la RTS participe parfois parcimonieusement. La programmation romande est tributaire de ce qui se fait chez nos voisins. Mais par contrat, nous avons souvent droit à une vision en priorité. Il ne reste dès lors qu’un choix restreint pour la programmation, une fois ces conditions imposées par la concurrence remplies. Les séries doublées par ARTE, comme « Borgen », « Killing », « Protection rapprochée » ne sont pas reprises par la télévision romande.
A des heures tardives

Une photographie d’Atlanta-City dans les années 1920. On retrouve en décor reconstitué quai et bâtiment dans « Boardwalk empire »
Mais il y a pire encore : les séries de haut de gamme, comme « Roma », « Mad Man » ou l’actuel « Broadwalk empire », munies du logo rouge avertisseur de scènes choquantes, sont programmés en deuxième rideau, pas avant vingt-trois heures, ce qui n’est pas très favorable pour les audiences importantes.

Le personnage principal et toujours superbement élégant, Enoch Thompson, dit « Nucky » (Steve Buscemi dans « Boardwalk Empire – photo RTS)
Avec une politesse presque délicieuse, le conseil du public de la RTSR, sous la nouvelle présidence du neuchâtelois Matthieu Béguelin, demande de meilleures heures d’exposition pour ces excellentes séries. Et quelques rares chroniqueurs se permettent de formuler un tel désir qui repose sur un effort d’offre culturelle adressée à un public large. Souhaits inutiles qui reviennent à « péter dans un violon » selon une expression nauséabonde. La preuve : On en arrive même, un soir exceptionnel, à devoir attendre jusqu’à 23 :59 ( dimanche 27 mai 2012), le début de l’épisode hebdomadaire de « Broadwork empire ». Record battu ! Jolie réponse de la bergère aux gentils moutons amateurs de bons divertissements.
Mais quoi, en premier rideau, sur RTS ?
Le dimanche soir, priorité dès 21h00 aux « experts » à triple rafale, le jeudi, aux « Esprits criminels », pour citer deux exemples. Il vaut la peine de s’arrêter à ces « Esprits criminels » une série policière américaine apparue en 2005 qui déroule sa septième saison, due à Jeff Davis.
Une division du FBI, installée en Virginie, poursuit des tueurs en série sur tout le territoire des USA. Les policiers en uniforme sont rapides à sortir leurs armes et interviennent en force en criant « Police, FBI « . Un bel avion au début et à la fin rappelle que les voyages forment la jeunesse. Le temps d’une enquête par numéro, et on recommence avec une autre. Seul élément de continuité : l’évolution du comportement de certains membres de l’équipe, plutôt entre eux que dans leur univers privé.
Les criminels en série ont tout de même quelques spécialités. Ce sont des tueurs d’enfants, de prostituées, de militaires, de gérant de casino, d’adolescents, de rescapés d’un attentat qui émasculent, envoient bouler dans des escaliers, tirent des flèches de chasse, opèrent par pendaison et ainsi de suite. On y donne sans vergogne dans le sordide.

Au milieu de l’équipe en costumes de ville, une flamboyante rouquine qui ne se trouve jamais dans le terrain. Elle trouve tout ce qu’on lui demande sur son ordinateur ( Kirsten Vangness en Pénélope Garcia, le personnage le plus curieux de la bande – photo RTS)
Les quelques numéros suivis récemment font aussi apparaître une coquetterie dramatique dont j’ignore si elle se développe dans chaque épisode. Des séquences destinées aux spectateurs montrent comment les tueurs procèdent. Les policiers enquêteurs le comprennent largement après les spectateurs, ce qui est tout de même une curieuse manière de jouer sur le suspens.
Bref, la série n’est pas d’un très haut niveau. Elle contribue à confirmer la primauté, sur l’antenne de la RTS, de l’enquête policière même pas très intéressante placée en premier rideau.
Programmation fantaisiste
Ces dernières semaines, les épisodes furent présentés en duo, mais avec un trio le 17 mai. Il y a eut d’abord deux épisodes successifs de la septième saison. Mais apparurent ensuite d’autres duos, un épisode de la septième saison suivi d’un épisode de la sixième ( le 31 mai, le 16ème de la saison 7 suivi du 9ème de la saison 6 – idem le 7 juin avec les numéros 17 de l’une et 10 de l’autre). Pour comprendre, il faudrait peut-être s’en aller voir comment TF1 programme cette série.
Supposons que la série soit consciencieusement écrite pour faire apparaître une évolution subtile dans le comportement des membres de la cellule. Le spectateur promené de la saison 7 en saison 6 pourrait bien n’y plus rien comprendre. A condition qu’il y ait quelque chose à comprendre…
Ces tueurs en série objets d’une enquête policière unitaire pas très intéressante sont offerts au public romand non pas dans la continuité des épisodes mais dans le désordre.
Et c’est ainsi que l’excellente, rigoureuse, surprenante, richement informative et historiquement plausible série qu’est « Boardwalk empire » apparaît, elle, discrètement en fin de soirée. On ne manquera pas de nous dire qu’ « Esprits criminels » fait d’excellentes parts de marché. Et ainsi tout est dit de la composante culturelle de certains programmes.
Duch ou le devoir de mémoire
Dimanche 20 mai 2012, vers 23h00 : consultation sur internet des dernières informations. Dans mon dos, téléviseur encore en fonction, une voix aux sonorités asiatiques. Bizarre ! Demi-tour : le visage d’un vieil homme, édenté. Des sous-titres évoquent la « nécessité » de la torture pour obtenir des aveux. Tout à coup, des mots en français rendent hommage à « La mort du loup » d’Alfred de Vigny. Assez rapidement trouvé de quoi il s’agit : « Duch, le maître des forges de l’enfer » (Diffusé dans Histoire Vivante sur RTS Deux le 20 mai 2012), un film de Rithy Panh, cinéaste franco-vietmenien apparu sur grands écrans en France en janvier dernier. Rencontre due au hasard : devant l’offre de chaînes par dizaines, le téléspectateur ne peut pas savoir ce qui partout se passe. Il faudrait consacrer plus de temps à s’informer sur les choix qui s’offrent plutôt que de suivre des émissions !
Un ancien professeur de mathématiques condamné.
Kang Kek leu, alias « Duch », fut un des responsables de la torture organisée par les Khmers rouges de Pol P0t durant les années de la dictature la plus sévère entre 1975 et 1979. Selon certaines estimations, le vingt pourcent de la population aurait été exterminée durant ces quatre ans. Cet ancien professeur de mathématiques dirigea le camp S-21 dans lequel furent torturés et exécutés près de treinze mille personnes. En février 2012, il fut condamné en appel à la réclusion à vie.
Une forme d’autant plus percutante qu’elle est rigoureuse et simple
Rithy Panh a pu s’entretenir avec Duch avant son premier procès.Dans un décor simple, (probablement celui d’une cellule ), Duch répond à des questions que l’on n’entend pas, posées peut-être par Rithy Panh qui n’apparaît jamais dans l’image. Un visage apporte des mots, des sous-titres valent comme traductions. Sur la table, des éléments associés au sujet des déclarations, photographies, documents annotés avec l’écriture de Duch, des encres de couleurs différentes permettant de faire le point sur l’état d‘avancement du « travail », avant ou après les aveux. Des documents audios sont présentés sur un téléviseur. Duch se trouve paarfois face à sa propre image. Des déclarations de certains témoins provoquent chez lui un rire franc d’incrédulité. Certains événements sont reconstitués dans une salle immense. Des documents d’actualité montrent des centaines de personnes qui transportent à bout de perche deux paniers de terre d’un point à un autre, ou qui déplacent de grosses pierre. Voilà pour une forme d’autant plus percutante qu’elle est d’une extrême simplicité..
Bien lointains massacres
« Duch, le maître des forges de l’enfer » a pour intense mérite de conduire un devoir de mémoire sur la terreur exercée par une dictature, éloignée et dans le temps – les années 75-79 – et dans l’espace – en Asie. L’Europe eut assez de peine à accepter que la mémoire se penche sur ses propres massacres, ceux du nazisme et du fascisme qui culminérent alafin de la guerre de 1939/1945. La mémoire doit être universelle et non pas sélective. Le film de Rithy Panh y contribue, avec une force différente peut-être équivalente à un autre témoignage lointain, le « Nuit et brouillard » d’Alais Resnais au milieu des années cinquante du siècle dernier. Rithy Panh évoque des horreurs, que la télévision ose aborder mais avec la prudence d’une programmation discrète en fin de soirée ( en Suisse romande après 23h00 tant le 20 que le 21 mai 2012)
« Coupable » d’obéissance
Duch face à lui-même se dit-il coupable ou non coupable ? Il a servi un régime, en homme efficace, bien organisé, se voulant obéissant pour une cause dont il ne voulait ni selon lui ne pouvait mettre en cause le bien-fondé. Il est comme bien d’autres criminels politiques, rejetant la responsabilité sur ses supérieurs même proche d’eux. L’étonnement sera grand de l’entendre parler de sa conversion au christianisme intervenue après la fin de la dictature.
Chocs successifs
La force de ses mots dépassent les mots eux-mêmes, appuyés par cette mise en scène dont il convient de répéter l’efficace simplicité. Il faut donc l’écouter sans sursauter. Duch rend par exemple hommage à l’institutrice de son village qui lui permit d’entreprendre des études, en passant d’abord par un bachot. Duch fut informé qu’elle venait d’être internée dans le camp S21 qu’il dirigeait. Il ne trouva pas le courage de la rencontrer, donc encore moins de la sauver. Dans la salle immense, s’approchant d’une fenêtre, il se risque à raconter son suicide. Un détenu qui se présente à torse nu est forcément un coupable qui va se pendre pour ne pas être obligé de passer aux aveux. Tous savent qu’une convocation près d’un poteau signifie une imminente exécution. Alors, on tente de l’éviter par exemple en avalant des pièces de métal. Duch se souvient d’un mangeur de boulons confié à un hôpital pour un opération permettant d’éviter qu’il y perde la vie. Rétabli, il redeviendra possible de l’interroger à nouvea ; en appliquant une méthode qui conjugue électricité et excréments. Et qui mieux que des paysans illètrés savent torturer avec efficacité, car ils ne craignent pas de frapper. Des cambodgiens qui sont revenus de France quand les Khmers rouges sont arrivés au pouvoir ne peuvent pas ne pas être coupables, tout comme les fonctionnaires de l’ancien régime qui s’agissait de débusquer. Tous coupables dès lors qu’ils étaient internés dans le lycée devenu prison. Avec la certitude d’avoir agi par patriotisme, Duch prétend n’avoir jamais torturé le moindre prisonnier. Cet homme que l’on sait cultivé pourra tranquillement citer « La mort du loup » d’Alfred de Vigny, un poète de la culture française qui fut aussi la sienne… L’horreur prend un chemin inattendu pour que le devoir de mémoire s’accomplisse….Les images et les mots du film sont tellement justes qu’elles ne s’effacent pas de la mémoire.
- Retrouvez plus d’informations sur le site d’Histoire Vivante
D’une jungle à l’autre : fin en attendant une suite !

Des soignants ( quatre), des patients (six), un guide au moins, et un réalisateur qui lève son chapeau, Raymond Vouillamoz, en tout vingt-trois pour la photo de famille
Encore deux épisodes ( no 5 – 25 mai et 6- 1 juin, suivi par un débat animé par Isabelle Moncada, animatrice de “36.9”), et patients, soignants, guides, porteurs, équipe tv – plus d’une vingtaine de personnes entrevues en une photo-famille – en auront terminé avec la série relatant une expérience humaine et thérapeutique. D’un groupe de dix émergent Aline, Maylin et surtout Cyril d’une part, Monique et Nicolas de l’autre. Reflet de la réalité ou choix au montage ? C’est peut-être la même chose !
Rencontres avec d’autres
Les trois premiers épisodes ont enfermé le groupe dans la solitude d’une traversée de forêt souvent hostile lors d’un “trek” exigeant. Les derniers offrent des contacts avec les habitants de la forêt amazonienne, des Amérindiens, de lointains descendants de communautés noires d’Afrique ou un français conteur en vieux sage lucide et amical. Mais la série reste construite sur la chronologie, quelques titres permettant de numéroter certaines journées.
Au loin un papillon bleu
Les verts parfois inquiétants de la forêt hostile font ainsi place aux dominantes bleues de l’eau, souvent seule voie de communication, que l’on s’installe sur des canots pour deux personnes ou de grandes barques à moteur qui ressemblent à des “autocars”. L’occasion est ainsi ainsi belle pour contempler une eau calme et poétique, de suivre au loin l’évolution d’un papillon bleu.
Un commentaire pour accompagner certaines pistes
Une voix féminine donne informations et explications sur la bande sonore. Impression ou réalité : il m’a semblé que ses interventions sont plus fréquentes et surtout insistantes un peu trop dans la seconde moitié. Les pistes de réflexions sont en effet plus nombreuses. Patients et soignants se trouvent pourtant en positions équivalentes face aux efforts physiques consentis, aux émotions ressenties, forces et faiblesses, curiosités et doutes également réparties.
Débriefing nécessaire
S’imposent aussi au groupe la nécessité de se livrer à un “débriefing” assez régulier, en plus des échanges plus restreints, souvent à deux. L’expérience thérapeutique reste donc mise en valeur par son existence en contrastes aussi pour le témoin amicalement invité qu’est le téléspectateur.
La consultation du site: http://www.rts.ch/dossiers/2012/jungle-a-autre/ permet de se faire une idée de la richesse des développements provoqués par la série.
Apprendre des problèmes des autres
Dans cette jungle dans laquelle d’autres vivent, il faut chasser, pêcher, couper le manioc pour se nourrir, car la réponse de la nature n’est pas toujours généreuse.
Une cérémonie rituelle permet à un survivant, un an après le décès de son conjoint, de reprendre vie normale. On en arrive même à offrir au chef d’une communauté, une carabine de chasse pour remplacer une ancienne de peu d’efficacité. La scolarisation des enfants est en cours, mais elle tend à les éloigner de leur milieu traditionnel. Et ce français installé dans la jungle depuis longtemps se pose des questions en liaison avec un nombre de suicides élevé dans une communauté.
Trop de pistes ?
Dans cette deuxième partie de la série, le téléspectateur risque de se perdre un peu, dans la diversité des pistes ouvertes sur des questions qui restent sans réponses. E quoi consiste cette pollution provoquée par les chercheurs d’or ? Les messages apportés par des dieux ressemblent-ils à ces voix qui accompagnent un patient? Et pourquoi tant de suicides ? Trop de pistes abordées qui témoigne d’un certain désarroi lors montage qui ne parvient pas à maîtriser ces ouvertures ?
Les développements autour de la série, lors du débat du 1 juin par exemple, devraient permettre d’en savoir davantage sur les bénéfices thérapeutiques escomptés et éventuellement obtenus. Il devra faire comprendre une dédicace qui clôt le dernier épisode.
A suivre
Le titre même de la série suggère que la jungle est multiple. Un suivi s’impose d’ici une ou deux années. Que deviendront les soignants et surtout les patients qui, après avoir quitté la jungle des autres, sont revenus dans la nôtre ?
A lire à ce sujet :
De « Clash » (France 2) à « Romans d’ados »
En France, le réveil de la créativité
Il vaut la peine de rappeler que la télévision en France, sous l’ère de l’ORTF, démantelé en 1975, fit bien souvent preuve d’une belle imagination créatrice, par exemple à travers le « Service de la recherche » de Pierre Schaefer, Jean-Christophe Averty ou « Les Shadocks ». Notre voisine s’est aussi illustrée avec des séries unitaires fondée sur un personnage, dont « Navarro » fut un excellent exemple, devenu poussif durant ses dernières années. Avec la commercialisation triomphante de TF1, l’ère de la ménagère de moins de cinquante ans imposa ses capacités castratrices pour le créativité. Mais la télévision publique se réveille dans un domaine important, celui des séries. Tant « Un village français » que « Les hommes de l’ombre » sont à inscrire dans le haut de gamme. Et assez nombreuses sont les séries actuellement terminées, en tournage ou en préparation. ARTE annonce pour cet automne un « Ainsi soient-ils » ( Prix de la Meilleure Série française au Festival Séries Mania à Paris en avril dernier) avec comme thème l’Eglise catholique et la vocation de prêtres. Jean-Luc Bideau y joue le rôle du père Fromenger, responsable controversé du séminaire des Capucins : un brin de présence romande qui ne doit peut-être rien du tout à notre télévision !
« Clash » dans ses grandes lignes
Ce bref survol historique permet d’attirer l’attention sur l’apparition récente sur France 2 d’une mini-série,« Clash », en modules d’environ une heure, présentés deux par deux. Des lycéens à la découverte de la sexualité arriveront-ils à en parler avec les parents qui ne sont pas toujours bien préparés au dialogue. Un personnage central de grand adolescent et sa famille occupent chaque épisode. On retrouvera ces ados les uns avec les autres dans le groupe d’une classe de lycée.
Robin Pons apparaît d’abord en crado métallisé et agressif avant de se transformer presque en ange propret quand il tombe amoureux ( 1/6 – « La maladie d’amour »). Olivia est d’une timidité presque émouvente ( 2/6, – « Hymen ») ! Gentils, les ados ou aptes à le devenir rapidement ? Parcourir le « forum » associé à la série provoque l’étonnement: les réactions, après le premier épisode, contre la verdeur du langage et contre certaines séquences assez sexuelles tout de même plus suggérées que montrées y sont très violentes.
Adultes à problèmes plus que les ados ?
Se pourrait-il que les portraits d’adultes soient les plus intéressants, puisqu’ils sont la cause des « clash ». Ainsi Adéle, la mère de Robin, institutrice, s’avère à l’excès protectrice à de son dadais de fiston, dans lequel elle craint de retrouver le déséquilibre psychique de son propre père. A côté d’elle, un peu trop absent, Jacques, le père a tendance à tout passer à son fils au nom du il-faut-bien-que- jeunesse-se-passe.
Yasmin, la mère d’origine iranienne divorcée peine à s’intégrer à la société française ( thème remis à l’ordre du jour lors de la dernière campagnée présidentielle ). Olivia est introvertie. Toutes deux amoureuses, elles n’arrivent pas à en parler ensemble
Toujours est-il que cette série mérite d’être suivie pour savoir si l’intérêt des deux premières parties se confirme( les 16 et 23 juin, épisodes bien exposés en premier rideau peu après vingt heures trente.
Pour mémoire, le succès de « Romans d’ados »
Le lundi 7 mai 2012, sur RTS Deux, a pris fin une deuxième diffusion d’une excellente série romande, ces « Romans d’ados » en quatre étapes observant l’évolution d’une demi-douzaine de jeunes de la douzième année à leur dix-huitième. Cette reprise suivait un passage sur TV5 Monde, preuve du succès mérité de cette série dont la première apparition date de fin 2010.
Constructions différentes
Une comparaison, intéressante à formuler, porte sur la structure des deux séries. « Romans d’ados » suivait le fil du temps – sur six ans – introduisant dans chaque épisode les six adolescents et leur milieu familial sans trop s’attarder sur la situation des adultes. Le groupe ados y était mieux décrit que le milieu familial.

Robin ( Thomas Soliveres) dans « La maladie d’amour », première partie de « Clash » ( Photo France 2)
Dans « Clash », un ado et sa famille prend la première place. Il est vrai que tout se déroule durant une courte période, peut-être quelques semaines. On examine ainsi assez sérieusement un comportement indivduel et les causes d’un clash. Le lien d’un numéro à l’autre se tisse à l’unité scolaire de la même classe. L’entité c’est le groupe.
Deux solutions différentes, deux regards sur l’adolescence et le monde adulte ; au travers des ados plus que des adultes, une réelle complémentarité.
D’une jungle à l’autre – Raymond Vouillamoz
La créativité, dans l’audiovisuel contemporain, passe actuellement aussi bien par le cinéma que la télévision, cette dernière particulièrement brillante depuis une décennie à travers bon nombre de séries. La télévision romande s’inscrit dans ce mouvement avec une première mini-série de documentation. « D’une jungle à l’autre » suit une thérapie inhabituelle dans le domaine psychiatrique. Six patients et quatre soignants sont filmés pendant un voyage d’un mois dans la jungle souvent hostile de l’Amazonie guinéenne. Des guides et porteurs accompagnent les «acteurs » tous volontaires observés sans voyeurisme par une petite équipe de télévision. On ne verra que le guide principal de l’expédition, du moins dans les trois premiers épisodes déjà visionnés personnellement hors antenne. Cette discrétion résulte d’un choix.
Texte paru dans L’EVENEMENT SYNDICAL no 19/20 du 9 mai 2012
A lire à ce sujet :
La campagne est terminée !
Avant même la confrontation Hollande-Sakkozy du mercredi 2 mai sur TF1 et France 2, j’ai rédigé quelques lignes relues sans y changer une virgule. Il est « amusant » de savoir si ce que l’on pensait important a v a n t allait le rester a p r è s. Ce n’est pas intéressant de le reproduire ici.
Voici toutefois un autre texte, écrit le vendredi 4 et paru le lundi 7 en version imprimée dans deux journaux sous « Rétines ».
Et le gagnant est…
Pour des raisons techniques, ces lignes étaient écrites le vendredi 4. La probabilité d’une surprise était faible, sondages en nombre et commentaires allant dans le même sens. Près d’un habitant de France sur trois aura suivi le grand débat, et un peu plus que un sur six de suisse romande. Nous étions parait-il encore deux cent mille à 23h30 après cent cinquante minutes durant lesquelles environ 137 « chiffres » furent avancés, 95 par S. et 42 par H. Ce fut un match de boxe sans KO plutôt qu’une vive partie d’un ping-pong plein de finesse. Aucune idée nouvelle : c’est sans surprise ! Hors antenne furent presque instantanément vérifiés certains faits chiffrés. Le journal de France 2, jeudi soir, a repris des exemples de contradictions liées à des sources différentes , selon le « fact checking » : des chiffres lancés sans mention des sources permettent de dire n’importe quoi !
Les animateurs du débat, Laurence Ferrari (TF1) et David Pujadas (France2) se contentèrent de lire les temps de parole pour conserver la plus stricte égalité. Ce fut leur seule utilité! Mais comment aura-t-on comptabilisé les interruptions et le temps de parole quand S et H parlent d’un même élan ? L’un des participants utilisa assez souvent le mot « mensonge », uppercut venu de la droite. Les limites de l’exercice, spectacle à deux voix sur des variations connues, furent vite atteintes.
Tout fut préparé, donc formaté et bétonné en coulisses, par ces conseillers personnels discrets dont l’existence a été racontée dans de récentes fictions , « Borgen », « The Hour » ou encore « Les hommes de l’ombre », bien plus intéressantes que l’affrontement.
Cependant, trois remarques …
1/ La guerre des chiffres.
S. a abondamment livré à H. une guerre des « chiffres ». Il existe donc un organisme qui vérifie la validité de ces affirmations numériques, sous le nom de « Fact Checking » qui a le mérite de se prononcer sur leur validité en citant les sources. Ainsi des informations contradictoires en apparence peuvent-elles provenir de sources différentes ou d’une interprétation différente de ces sources. Oui, mais la rectification intervient hors du lieu de l’entretien. Dommage qu’elle ne soit pas mise immédiatement à disposition sinon du journaliste à l’antenne, au moins de ses collaborateurs en coulisses. Il serait précieux que la validité des informations soient annoncées dans le débat en direct.

On dirait un décor comme celui qui précède, devant lequel deux jeunes fonctionnaires issus de l’ENA prennent la pose en préparant leur avenir…présidentiel, l’une en 2007 suivie de l’autre…
2/ L’emploi du mot « mensonge ».
A plusieurs reprises, devant les informations numériques données par H., S. a parlé de « mensonge » – combien de fois aura-t-il tourné autour de la notion, en y ajoutant celle de « menteur » ? Cette violence verbale n’aura pas été sa qualité la plus admirable de S. Elle frisait presque l’injure en parodiant le « ferme-la pauvre con » !
3/ Sondage ou Baromètre ?
Quatre cents sondages ont été commandés durant cette campagne de 2012. Ils ne furent semble-t-il que trois cents en 2007 et deux cents cinq ans auparavant. En passant, combien çà coûte, un sondage, ou plutôt, combien çà coûte, cet ensemble de sondages ? Et qui sont les commanditaires ?
Autant, pourquoi pas ? Mais une condition n’est que rarement remplie, presque partout : fournir à leur propos les informations qui en garantissent la validité, l’origine et le commanditaire. Il y a tout de même souvent beaucoup de légèreté dans l’emploi du mot sondage, pour ne pas aller jusqu’à parler de tromperie.
Trois personnes donnent leur avis, un journaliste colle son micro sous le nez de six passants sur un trottoir, un cameraman filme cinq consommateurs à une table de bistrot, et on vous parle de « sondage » ; abusivement ! Ici ou là, ces petits jeux qui n’ont aucune valeur informative sont prudemment nommés « baromètre ». Manque de pot, un journal aussi sérieux que « Le Monde » se met parfois à employer « baromètre » pour donner des résultats de « sondages ». Il est vrai qu’un « baromètre » donne toute de même une petite indication sur le temps qu’il risque de faire le lendemain. Mais les prévisions du temps, elles, reposent sur plus d’éléments qu’un sondage !
L’heure des bilans
« Infrarouge », bien entendu, traite cette brûlante question d’actualité de la présidentielle française immédiatement ! Participeront au début MM Levrat, Lüscher, Attali, Schockenhoff, Blanc, Quatremer, Cayrol : heureusement, il y a aura une dame pour contenir les élans de ces sept messieurs, parmi lesquels manque Freysinger ( ces lignes sont écrites au matin du mardi 8 ).
Excellente soirée sur France 3, lundi soir, avec un document résumant la campagne signé Serge Moati et surtout un « François Hollande, comment on devient président », survolant une carrière qui prit son élan en 1954 n’ayant guère de liens avec un navigateur sur pédalo : remarquable !





















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