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“Les Borgias” contre “Borgia”
Avec des séries comme « Roma », « Les Tudors » et maintenant «Les Borgias » et »Borgia », la télévision tend à imiter le cinéma en s’avançant vers l’équivalent des « blockbuskers ». Il en aurait coûté 25 millions d’euros pour les neuf épisodes de « Borgia », la version de Canal+.
La version de Canal+
Un patron de la chaîne française voulait frapper un grand coup, inspiré par la réussite des « Tudors ». Il s’est tourné vers un « Showrunner » américain, Tom Fontana, hier à la tête de « Oz », un véritable créateur qui se retrouve responsable de l’écriture, de la production, des principaux choix dans tous les domaines. La distribution a fait appel à des acteurs de plusieurs pays. Le tournage de « Borgia » s’est déroulé à Prague.
La version américaine sur la TSR
Dans un premier temps, la chaîne américain « Showtime », qui abordait le même sujet avec le réalisateur Neil Jordan en « Showrunner » soutenu par Spielberg, a recherché un accord avec Canal +. Echec : il y a deux séries sur le même sujet, l’américaine a pour vedette Jeremy Irons, avec tournage à Budapest. « Les Borgias » viennent d’apparaître sur TSR 1 ( dimanches soirs) avant « Borgia » sur Canal+ ( lundis soirs).
Premières impressions
Premières impressions sur la version américaine choisie par la TSR : costumes et décors sont splendides. Le décorateur venu des « Tudors » fait bien les choses. En 1492, un Borgia d’origine espagnole monte sur le trône papal à la mort d’Innocent VIII. Alexandre VI sera plus un roi faiseur de rois que le chef spirituel d’une église. Jeux de pouvoir, intrigues, violences, sexe s’installent en force dés les premières séquences. Va-t-on vers un manque de nuances ?

Le mariage de Lucrézia Borgia avec le Comte Sforza ! Erratum : comme le fait remarqué Laurent, il s'agit effectivement de lucrezia borgia avec charles VIII. Toutes mes excuses !
Un peu comme « Dexter »
Déjà quatre des neuf épisodes d’environ une heure de la première saison. Le dimanche 23 octobre 2011 passeront les numéros 5 et 6. Je reste pour le moment perplexe face à cette série américaine. Assurément, le spectacle est splendide, par les costumes, les couleurs, la vitalité de la mise en scène, la mise en valeur d’une bonne douzaine ( au moins ) de personnages. Mais l’impression se confirme d’avoir sur le petit écran des personnages souvent tout d’une pièce, sans nuances. L’envie vient d’écrire que c’est grouillant de vie. Mais à quel prix ? A celui de violences, d’addiction au sexe, de morts nombreuses données par les uns aux autres. Bref, un peu comme « Dexter », mais même pas avec le logo rouge : à n’y rien comprendre !
A Bon entendeur : quelle efficacité ?
Pour un montant compris entre quatre et huit francs, on peut louer pour quelques heures un film, auprès d’une société de « vidéo à la demande » (VOD). Il faut
parfois plus de dix francs pour une telle prestation, souvent plus coûteuse en Suisse qu’à l’étranger. C’est ce que nous apprend entre autres, « A bon entendeur (TSR1 – mardi 04.10.11 – « Vidéo à la demande :un film chez soi, trop cher ? »).
La forme est bonne

A Bon Entendeur, c’est une équipe :Luc Mariot, Daniel Stons, Manuelle Pernoud (Crédit RTS / Louvion Jay)
Depuis bien des années, « A bon entendeur » occupe une place de choix dans la grille de la TSR, solidement accroché à son premier rideau et récoltant de bonnes parts de marché. L’émission est bien faite faisant passer des documents pré-enregistrés à des entretiens, de l’explication verbale dans l’image à des informations chiffrées écrites. Rien à dire sur la forme, même si chaque émission ressemble à la précédente.
Informations numériques trop rapides
La comparaison d’une même prestation par des fournisseurs différents est un des points forts de l’émission. Mais consulter le site devient indispensable, car les informations numériques passent trop rapidement à l’antenne pour permettre d’en prendre note et surtout de les retenir en vue de modifier ensuite son comportement de consommateur. Et gare à qui aura refusé de participer à une émission qui risque de mettre un invité dans une situation désagréable. Son absence finit par passer pour un aveu de « culpabilité » !
Le consommateur suisse pas mieux protégé que d’autres
Et c’est ainsi qu’ « A bon entendeur » atteint ses limites. L’information donnée est importante, souvent originale. Mais contribue-t-elle à améliorer le sort du consommateur suisse qui continue de payer plus que ses voisins des prestations équivalentes ? Il est à craindre que la réponse soit non.
« Dexter » qui fait « coucou »
Vous voulez revoir « Apocalypse now » ? Le version proposée sera parfois doublée en allemand avec sous-titres en italien. Comme au bon très vieux temps des ciné-clubs des années cinquante où nous vîmes un film russe muet parlé en chinois et sous-titré en polonais !
Au hasard du besoin d’illustration, à propos des séries que l’on peut aussi s’offrir en VOD, apparaît une illustration. Pas n’importe laquelle : une image de « Dexter ». Tiens, serait-ce un moyen de rendre hommage en passant à la série américaine la moins coûteuse pour la TSR, puisqu’elle n’y sera point montrée pour cause de violences gratuites valant aussi par exemple pour « Les Borgias » ( première double apparition le dimanche 9 octobre 2011 en fin de soirée, mais sans logo rouge qui pourtant ne serait pas déplacé). A notre tour, saluons par l’image une décision absurde !

Un nouveau Pape est arrivé : les violences aussi, sans logo rouge. Jeremy Irons en gloire dans “Les Borgias” ( Crédit RTS/CBS paramount)
Rafales d’informations numériques
Quand une animatrice de débat télévisé prend un air pincé pour regretter que trop de chiffres soient lancés dans un débat, presque certitude il y a que ce débat risquait de devenir intéressant, avec pour une fois preuves à l’appui quand on prend le temps de situer correctement ces données. Mais un bombardement d’informations numériques risque aussi d’éveiller une curiosité qui reste sans réponse.
Ces remarques faites à propos d’une émission de « A bon entendeur » valent pour d’autres émissions. On apprit par exemple le 04.10.2011 que le marché mondial de vidéo à la demande atteint un chiffre d’affaires de 4,5 milliards de dollars. Un peu plus tard, voici une estimation de la perte provoquée par le piratage sous toutes ses formes : 7,5 milliards dont cent millions pour la Suisse. D’où cela tombe-t-il ? Aucune source n’est citée. 7.5 milliards de dollars, c’est un petit peu plus qu’un dollar par terrien. Cent millions pour la Suisse, ce sont une quinzaine de dollars par habitant. Un suisse est donc dix fois meilleur pirate qu’un citoyen du monde ? Plausible ? Impossible de le savoir ? Et quel est le chiffre d’affaires du cinéma mondial dans les salles ? Combien les télévisions du monde investissent-elles dans l’audiovisuel ? Ce serait intéressant de pouvoir comparer ces données avec les 4,5 milliards de dollars de la VOD. Rien de tout cela. Si au moins « A bon entendeur » qui informe le consommateur prenait la peine de restreindre ses informations numériques pour les remettre dans un contexte comparatif intéressant. Mais disons à « ABE » : T’es pas la seule, hélas, à mal faire dans ce domaine chiffré….
Les Tudors, fin de la saison 3
Le troisième saison des « Tudors », une série canadienne, américaine et irlandaise, vient de se terminer sur la TSR. Par ses qualités, elle s’inscrit dans la lignée des meilleures séries historiques, celles des « Roma » et autres « Deadwood ». On peut même citer des séries qui survolent l’histoire plus récente comme « Mad men » qui se déroule dans les années soixante ou la prochaine production de Martin Scorsese, « Boardwalk Emprire », encore inédit qui évoque les temps de la prohibition. Une autre série, « Les Borgias » prend son élan sur la TSR le 9 septembre 2011. L’écriture de l’Histoire est enrichie par les séries, même si certaines d’entre-elles sont passées à la moulinette de la contestation par les partisans du papyrus.
Portraits de Barbe-bleue
Dans « Les Tudors », d’assez grandes libertés semblent bien avoir été prises avec des faits réels, mais ceci a servi probablement à renforcer ses qualités spectaculaires. Figure principale, Henri VIII d’Angleterre ( 1491 – 1547, son règne débutant en 1509), peint par Holbein, ce Barbe-Bleue raconté par Perrault eut six épouses et quelques maîtresses. Il fut prompt à occire certaines d’entre-elles, son principal souci étant d’avoir un héritier mâle. Il fut aussi efficacement secondé par Thomas Cromwell ( 1485-1540) qui le poussa à se séparer de l’Eglise catholique. Mais celui-ci aura la tête tranchée. Entre bals de cour et couches royales s’inscrivent des combats, des intrigues de palais, une vie de famille mouvementés. Henri VIII se comporte en dictateur sanguinaire assez souvent et parfois en amant sensuel et gourmand. La présence du logo rouge de mise en garde est tout à fait normale.
Le rôle de l’écriture
C’est là assurément du grand spectacle bien écrit par le véritable auteur de la série, Michael Hirst, à la tête d’une équipe de scénaristes. Le« show-runner » mène le bal. Pas moins de quatre réalisateurs se sont succédés pour réaliser chacun deux épisodes de la troisième saison, mais l’unité visuelle et de rythme subsiste dans la mise en scène. Avec ces séries de haut niveau et ambitieuses, la fiction audiovisuelle donne à l’écriture la place principale comme “auteur”, appuyée par la production et introduit un déroulement dans le temps sur la longueur qui permet le développement de personnages secondaires et beaucoup de subtilité dans les contradictions des principaux.
Des scènes efficaces
Des soldats achèvent des blessés à coups de pique. Des dizaines de gibets sont dressés dans un vaste espace herbeux pour mater une révolte des gens du nord qui refusent d’être pressurés par le fisc. Il s’agit alors d’un effet de multiplication numérique. La répulsion physique de la reine Anne de Clèves s’explique par la puanteur de la jambe blessée du roi. Le sensualité perverse de l’adolescente Catherine Howard introduit des moments troublants. Le bourreau mal dans sa peau doit répéter son geste maladroit pour parvenir à trancher la tête de Cromwell, mais la bande sonore décrit alors ce qui se passe en dehors du cadre. Ce sont là quelques fortes scènes. Leur efficacité violente est aussi une des caractéristiques de cette série. Mais l’Histoire même malmenée interdit ne permet pas de traiter les « Tudors » comme « Dexter ».
Mégaphone 2
En juin 2011 « mégaphone 1 » dresse le portrait de quelques anonymes de Suisse romande. On les retrouve à Berne, invités dans le luxueux Hôtel Bellevue par des notables politiciens pour de brefs débats. Invitation inversée : quatre politiciens romands sont reçus par des anonymes pendant 24 heures au moins. On y retrouve deux « anciens » de « Mégaphone 1 ». Les débats ont cette fois lieu plus modestement sur la place fédérale.
Chapitre 1 : La formation des duos et les « chocs »
Le choix de formation des duos pousse à la confrontation, en mettant face-à-face un anonyme et un politicien qui ne sont pas de la même sensibilité politique ou sociale.
Perrin/Ekrem
On va donc observer ce qui se passe entre l’UDC Yvan Perrin et deux jeunes kurdes, les frères Ekrem, parfaitement intégrés, qui viennent d’ouvrir un petit commerce et sont sur le chemin de la naturalisation
Le vice-président de l’UDC débarque de sa montagne jurassienne avec des produits laitiers typiques de sa région qu’il offre avec simplicité. Chacun écoute l’autre. Ils ont tout pour s’entendre. Mais le naturel politique revient : Perrin insiste pour faire savoir qu’il n’a rien contre ses interlocuteurs ; ceux qu’il poursuit de sa vindicte forment une petite minorité parfois délinquante à chasser d’ici. Il n’en reste pas moins que le climat provoqué par son parti naît à coup sûr d’une tendance généralisatrice. On peut se comprendre, certes, mais pour être vraiment proches, il faudra attendre encore une ou deux générations.
de Buman/Dutoit
Le programme du PDC fait place importante à la famille. Parmi elles, “monoparentales” peinent, plus souvent formées de femmes avec enfant(s) que d’hommes. Mme Dutoit fait tout ce qu’elle peut pour s’occuper de sa fille. Il n’en reste pas moins que travailler et se recycler entre en compétition avec une présence permanente au côté d’un enfant.
M de Buman en vient à citer quelques exemples de la politique familiale de son parti. Il s’agit par exemple de défendre une déduction fiscale importante sur le revenu pour les frais de garde d’un enfant – dix mille francs par an. Encore faudrait-il que son interlocutrice dispose d’assez d’argent pour pouvoir bénéficier d’une telle aide qui suppose donc un salaire annuel assez convenable. Là, dialogue il y a par instants, mais l’exemple cité met en évidence une politique générale d’un parti qui en l’occurrence ne concerne guère le cas particulier envisagé.
Marra/Zbinden
Mais qui donc pourrait établir avec une personne comme Jim Zbinden, qui revient semble-t-il d’une sensibilité de gauche pour faire savoir qu’il n’est ni de droite ni de gauche, un vrai dialogue. Il trouve que tout va mal dans ce pays à propos de tout de ce dont on parle. Il ne reste dès lors qu’un moment où accord peut se faire, quand on décide de se dire « tu » pour partager une visite de Genève où chaque coin de rue est prétexte à revendication. Et lors de l’entretien en plateau, la distance réapparaît, le « vous » ayant refait surface. Pour un Ada Marra qui connaît bien ses dossiers et les lignes de force de son parti, le dialogue était devenu impossible. Alors elle doit se contenter de dire ce que son parti tente de faire dans les secteurs qui appartiennent à ses préoccupations.
Luscher/Capelli
Ce sera le plus étonnant des quatre duos. Un abîme séparer l’ouvrier qui gagne un peu plus de cinq mille francs par mois alors que l’avocat et politicien genevois gagne annuellement un peu plus qu’un conseiller fédéral. Si M.Capelli gagnait cent francs de moins par mois, quel serait le montant des aides sociales qu’il aurait pu obtenir. Et le politicien aurait très bien pû lui donner un conseil pour se faufiler dans cette jungle réglementaire où les effets de seuils sont cruels.
A peine arrivé que le politicien offre à cette famille du gros de Vaud un carton de vins genevois. Faut-il ainsi comprendre l’éloge du vin de ses électeurs face aux produits de la Côte, d’Aigle et du Lavaux. Au petit matin, M..Luscherr fait son footing mais M.Cappeli qu’il y entraîne peine à suivre. Et le tutoiement est général sans que l’on sache qui en fut l’initiateur. M.Luscher est un bon metteur en scène.
Deux mondes plus différents socialement que politiquement seront restés étrangers l’un à l’autre malgré les efforts du politicien pour sembler proche de ceux qui le reçoivent chez eux.
Conclusions
Ce ces quatre rencontres, on peut presque conclure que chaque fois deux univers séparés l’un de l’autre ne se sont guère rapprochés si on comprend plutôt bien ce qui les sépare. Même sans très bien savoir où classer politiquement les anonymes, il apparaît que les contraires arrivent un peu à se comprendre mais risquent bien de peiner à s’entendre. Mais c’est là une conclusion positive pour le principe même de l’émission.
Les remarques qui précèdent reposent plus sur la visite chez les anonymes que sur les débats brefs qui se sont déroulés sur la place fédérale, lesquels posent un problème d’ordre différente, celui de la place des diverses sensibilités politiques dans une telle émission.
Chapitre 2 : « Mégaphone », à l’image de la Suisse politique ?
Vingt minutes avec le représentant de l’UDC, autant avec ceux du PLR et du PS et dix seulement pour le PDC. Bizarre ! Voilà qui se veut ou est par hasard reflet du consensus helvétique qui fonctionna durant des années avec deux UDC, deux PS, deux PLR et un PDC au conseil fédéral. C’était la situation lors de la nomination du conseil fédéral pour la législature 2007-2011. Cela n’est plus conforme à la situation actuelle, sauf si on compte Mme Widmer-Schlumpf comme UDC modérée. Mais Mme Widmer-Schlumpf a été rejetée de l’UDC nationale. Elle se retrouve membre d’un parti modeste, le parti bourgeois démocratique. Finie, la « bande » des quatre ! Ils sont cinq désormais.
La Suisse en cercle électoral unique.
Au plan fédéral,les composantes des forces politiques sont actuellement en pourcentage :
- UDC un peu mois de trente
- PS autour de vingt
- PLR aux environs de quinze pour-cent
- PDC idem
- DIVERS, un peu plus de vingt pour-cent.
Un conseil fédéral à la proportionnelle donnerait aujourd’hui deux UDC, deux PS, un PLR, un PDC et un ECOLO ( un peu plus longtemps de gauche que de droite).
Ces DIVERS se composent de deux courants écologistes, les Verts et les Libéraux qui frôlent ensemble le15 pourcent, le solde allant au PDB et à un peu petit peu encore à droite et à gauche. La Suisse est pour un tiers à gauche et deux tiers au centre-droit. Le centre penche plus souvent à droite qu’à gauche. Une même répartition en Suisse romande donne une gauche d’au moins quarante pourcent, donc un centre droit pas plus de soixante pourcent.
Un conseil fédéral à la proportionnelle donnerait aujourd’hui deux UDC, deux PS, un PLR, un PDC et un ECOLO ( un peu plus longtemps de gauche que de droite).
« Mégaphone » sans la sensibilité écologique
A noter en passant que les six représentants de partis politiques invités pour le débat retransmis dans le monde par les différentes chaînes de TV5 venaient de la bande dite des quatre augmentés d’un écologiste vert et d’une libérale. Cela fait deux à gauche et quatre au centre droit, représentation plus équitable qu’avec les seuls quatre partis gouvernementaux. On se rapproche de la situation en Suisse romande.Mais les « écolos » furent complètement oubliés, ce qui est à tout le moins regrettable.
« Mégaphone » penche à droite
Lors des quatre débats sur la place fédérale sont apparus des « experts », Mme Miauton, directrice d’un Institut de Sondage, MM.Blaise Matthey, représentant du patronat romand, Eric Hoesli, d’Edipresse venus du centre droit. Mme Paola Ghillani a-t-elle encore une sensibilité de gauche ?
Impossible de savoir vraiment comment les quatre anonymes vont voter. Pour les notables, politiciens et invités, on en est à deux au maximim à gauche et donc six au moins à droite. Ce trois quarts un quart ne refléte plus la réalité des grandes tendances politiques suisse. Et la TSR devrait plutôt être proche de la Suisse romande que de l’ensemble du pays.
Et dire qu’à droite certains reprochent souvent à la RTS d’avoir une sensibilité de gauche. Dans un grand débat politique comme celui instauré par « Mégaphone », la droite pèse plus lourd que la gauche ! Mais le principe de « Mégaphone » reste novateur grâce aux « anonymes » confrontés assez longuement aux notables.
La RTS aurait intérêt à repenser ses équilibres politiques à moyen terme. Elle devrait aussi se servir des promesses de « Mégaphone » pour donner à cette émission un avenir qui dépasse les deux premiers numéros.
Prochainement :
- Chapitre 3 : qui est responsable de “*mégaphone” ?
Emissions au congélateur
Les images qui illustrent ce texte sont toutes tirées du site www.tf1.fr -cbs). Elles illustrent la série « Dexter ». Ce choix est expliqué à la fin de ce long texte où l’on peut d’ailleurs lire séparément chaque partie introduite par un intertitre.
La SSR-SRG se comporte comme une société anonyme. Ses actionnaires sont les payeurs de redevance alors que sponsors et annonceurs sont ses clients. Peut-être que certains proches de l’équivalent d’un conseil d’administration d’une unité d’entreprise souhaitent que ces actionnaires forment un club de gentils membres. Mais la SSR est aussi un service public au service du public qui doit à ses actionnaires une transparence plus grande qu’une SA commerciale ou industrielle. Il arrive qu’une unité d’entreprise décide de ne pas montrer une émission. L’information sur les raisons d’une telle mise au congélateur devrait être demandée par le « conseil du public » de l’organisation institutionnelle et portée à la connaissance de l’actionnariat. Une liste de « surprises » récentes ou même ancienne vaut d’être amorcée.
La bande des quatre
A en croire « L’Hebdo » ( 15 septembre 2011 – page 30), un « Temps présent » intitulé « Des parlementaires sous influence », qui aurait du être diffusé le même jour, a été retiré de l’antenne. Le titre est clair : « Pourquoi la TSR a congelé un Temps présent ». L’idée du congélateur est plus intéressante que celle du placard. Le sujet abordait le comportement de parlementaires sous l’influence du lobby des caisses qui assurent contre la maladie mais refusent la caisse unique, repoussée par le peuple à près de 70 % en mars 2007.
Une règle interne veut que du 5 septembre au 23 octobre, 2011 on évite de faire apparaître à l’antenne des candidats à la fonction politique qui fait l’objet d’une campagne électorale. Les responsables de « Temps présent » auraient-ils oublié l’existence de cette règle interne ? L’émission n’est peut être mise au congélateur que provisoirement. On pourra se faire prochainement une idée de son contenu. De plus, l’idée de la caisse unique fait son chemin. On peut supposer que cette mesure de renvoi d’une émission ne les fera pas apparaître comme vaincus par les lobbystes.
Bien entendu, la radio et la télévision fixent les règles qui conduisent à inviter des candidats. L’une d’elle privilégie les quatre partis gouvernementaux, soit l’UDC, le PRL, le PDC et le PS représentés au conseil fédéral. On oublie que Mme Widmer-Schlumpff a été rejetée par son propre parti, l’UDC. Elle ne représente qu’un parti peu important en pourcentage. Dans le « Mégaphone » du mercredi 21 septembre 2011, on fait bon accueil à Yvan Perrin, Christian Lüscher, Dominique de Buman et Alda Marra, représentants de la bande des quatre…partis gouvernementaux.
On aura l’occasion de revenir sur une règle tacite qui ignore le 20 pourcent environ de la représentation politique. Cette même règle conduit à différer une émission (sur la caisse unique) et à faire la promotion d’une autre (mégaphone).
Pas de sursis ?
La justice prononce parfois une peine assortie d’un sursis. La mise au congélateur d’une émission peut être comparée à une condamnation par le justice.
Une chaîne canadienne vient de sortir un document sur l’accident de Swissair à Halifax en 1998 qui fit plus de deux cents victimes. L’expertise conduite pendant quelques années mit en cause un incendie. Les enquêteurs canadiens semble défendre la thèse d’un attentat. C’est du moins ce que les extraits présentés au « 19 :30 » du samedi 17 septembre 2011 suggèrent. Il semble que la télévision suisse alémanique ait été proche des auteurs de ce document. Mais « Zürich » vient de renoncer à le diffuser, pour ne pas « propager des spéculations ». Pas de version allemande semble avoir pour conséquence« pas de version française ».
Dans le congélateur de chaque chaîne, on doit trouver bon nombre d’émissions qui y furent discrètement déposées, y compris pour cause de médiocrité. Il vaut la peine de jeter un œil dans celui de la TSR. Il y a plus de deux ans, « Temps présent » préparait un document qui avait pour thème plus ou moins central la consommation festive de drogues en établissements nocturnes. Un technicien de l’équipe avait alors pris la décision de passer à l’acte. La presse populaire allait en parler quand la direction de la TSR prit la décision de mettre l’émission au congelateur. Par la faute d’un seul, l’équipe qui travaillait sur le document a été traitée en complice, la peine étant le refus de porter son travail à la connaissance du public. On peut se demander si cette « peine » était assortie d’un sursis !
Le cas « Dexter »
On peut voir actuellement cette série américaine de six saisons le mercredi soir juste avant minuit, les numéros de sa deuxième saison présentés deux par deux. Comme toujours, nous connaissons mieux les programmes des chaînes françaises que ceux de la SSR en allemand ou en italien. Mais on sait que « Zürich » montre « Dexter » à son public. Pour des raisons d’éthique, la TSR ne montre pas « Dexter ».
Il vaut le peine di citer quelques lignes parues dans le meilleur hebdomadaire d’informations et de réflexions culturelles de France, « Télérama » aux lointaines origines catholiques. :
La deuxième saison des tribulations sanglantes du tueur en série de Miami estt, disons-le tout de suite, magistrale. Installant suspense et humour noir, le rythme reste en effet parfaitement maîtrisé, tandis que la psychologie des personnages portée par l’interprétation très convaincante des comédiens (Michael C.Hall en tête), s’avère de plus en plus passionnante.
En 2007 déjà, lors du festival « Tous écrans » à Genève, nous entendîmes Alix Nicole, responsable de la programmation des séries, affirmer que la TSR ne montrerait pas « Dexter ». Il semble aujourd’hui que la décision avait été prise par le responsable des programmes, Yves Menestrier, choqué par la gratuité du tueur de tueurs en série qui restait impuni tout en pratiquant son métier de policier spécialiste des traces sanguines. Depuis lors, le directeur actuel, Gilles Marchand, semble avoir « couvert » ses collaborateurs, selon « Télétop Matin » du 11.09.2011. On y cite des arguments comme la série ne correspondrait pas « aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre ». Il paraît aussi que la TSR « ne veut pas choquer gratuitement ». Ce genre de remarques vaut pour bien d’autres émissions, ne serait-ce que « 24 heures chrono » avec son efficace justicier solitaire sauveur des USA.
Bref, il y a très longtemps, un film censuré ou interdit en-dessous de 18 ans dans un seul canton romand, le Valais surtout, ne passait pas à l’antenne. Aujourd’hui, deux ou trois personnes décident souverainement de protéger les téléspectateurs romands d’une des meilleures séries américaines actuelles. Ils condamnent « Dexter » à la congélation. Quand prendra fin cette peine dont on ignore si elle a été assortie d’un sursis ?
Le silence du conseil du public

Une femme visiblement aisée est retrouvée morte. Dexter fait bientôt le lien entre la victime et deux autres meurtres : un point commun, le même thérapeute (Légende TF1)
L’organisation institutionnelle, la RTSR, représentation du public, a mis en place un « conseil du public » qui doit s’intéresser tant à la radio qu’à la télévision. Ses travaux se sont déroulés pendant des années en circuit fermé, entre professionnels et « experts » aux relations pas toujours harmonieuses quand l’esprit critique même motivé prenait le dessus. Une parrtie sélectionnée de ses procès-verbaux apparaissait dans l’organe d’information de la RTSR, le « Médiatic » puis sur les différentes versions du site rtsr.ch. Depuis quelques années, le conseil du public rédige des communiqués sur ses principaux centres d’intérêt. On y trouve en particulier les résultats de travaux de groupes de travail qui disposent parfois de documents « top secret ». Le problème de la non-diffusion de « Dexter » aurait fait l’objet de quelques remarques lors d’une récente séance. Certains membres du conseil du public se seraient félicités de cette interdiction faite à une œuvre assurément violente, mais pas plus que beaucoup d’autres.
Le refus de diffuser « Dexter » est une hypocrisie. Ce n’est pas de la sournoiserie comme j’ai fait l’erreur de l’écrire. Mais il serait souhaitable que le conseil du public de la RTSR publie des communiqués qui signaleraient aussi des échanges d’idées contradictoires, avec point de vue majoritaire ou minoritaire. Le silence public du conseil du même nom est regrettable.
En attendant, on peut donc voir « Dexter », entrecoupé de pub au milieu de chaque épisode, sur TF1, qui ménage sa ménagère de moins de cinquante ans en programmant la série à une heure où elle est au dodo. Et il faut rappeler aux responsables des programmes de la TSR que le logo rouge, çà existe. Et que son sens est parfaitement clair !
Killing et Dexter : interdits à la TSR ?
Lourdes charges contre la redevance, crainte de voir la SSR accueillir de la publicité sur ses sites : les attaques contre le service audiovisuel public sont actuellement fréquentes. Pour certains, preuve de sa faiblesse programmatique, les séries, américaines en particulier, sont mises en cause : elles seraient trop nombreuses si elles ne sont pas très coûteuses. Il y a plus de dix ans, dans un dossier paru dans le « Médiatic », nous avions dénoncé la trop grande proportion de films anglophones sur les chaînes généralistes de France et de Suisse, la TSR atteignant alors la cote la plus haute. Elle fut alors dénoncée par un travail universitaire mettant en exergue « La macdonaldisation » des généralistes francophones. Les attaques actuelles s’en prennent maintenant aux séries, toutes confondues, la « galeuse » de la fable d’où proviendrait tout le mal.
Le haut-de-gamme
Une série haut-de-gamme se caractérise par la richesse de son propos et la rigueur de sa forme. « T’es pas la seule » n’appartient pas à au haut de gamme. « Dix » s’en approche. La danoise « Killing » et l’américaine « Dexter» en sont.
Les attaques contre les séries ne prennent pas en compte la qualité. Elles surviennent alors même que les milieux de cinéphiles les plus exigeants se rendent enfin compte que l’audiovisuel progresse à travers les séries, mais pas seulement les américaines, surtout dans la temporalité originale de leur construction. « Les cahiers du cinéma » ( no 669- juillet/août 2011) viennent de saluer un grand créateur, J.J.Abrams, lors de la sortie de son film « Super huit » assurément, mais aussi pour son travail de « showrunner », de directeur de l’écriture de séries comme « Lost » ou « Fringe ».
« Positif » ( no 607, septembre 2011) consacre un solide dossier d’une trentaine de pages aux séries américaines, comme « True blood », « Mad men », « Lost », « Fringe », « Dexter », etc. Comme par hasard, ce sont là des séries presque toutes affublées du logo rouge par la TSR et présentées en fin de premier rideau ou carrément en nocturne.
Il serait pourtant surprenant que les charges à l’aveugle contre les séries prennent en compte les qualités. Toutes dans le même sac de réprobation, le pire et l’anodin comme le meilleur du haut-de-gamme ! A-t-on jamais vu des censeurs donnant dans la finesse ?

Sarah Lund ne croit pas à la culpabilité de Hussein Kad Marii (Ramadan Huseini ). La lumière de cette image donne une assez bonne idée des éclairages de la série
Le danois « Killing »
Pour voir « Killing », il faut s’installer sur Arte cinq mardis soirs depuis le 6 septembre 2011. D’Arte, on dit parfois que tout le monde en parle sans jamais la regarder. La TSR tient à programmer des séries avant les différentes chaînes francophones. Arte vient de lancer la deuxième saison d’une série danoise qui a su retenir l’attention de plus du tiers de tous les danois qui ont suivi Sarah Lund lors de son enquête sur le meurtre d’une étudiante. La deuxième saison va tenir les promesses de la première après la découverte du corps d’une brillante architecte. L’étrange Sarah Lund entreprend une nouvelle enquête.

L’incursion du politique dans un “polar” : Le ministre de la Justice Buech (Nicolas Bro, au milieu) et à sa droite le secrétaire d’Etat Plough ( Preban Kristensen)
Puisque personne ou presque, paraît.-il, ne regarde Arte, pourquoi diable la TSR ne présente-t-elle pas cette splendide série, qui raconte une enquête passionnante, décrit le travail de polices et de la justice, plonge dans des milieux inattendus (l’armée danoise en deuxième saison), ne craint pas de faire incursion dans les hautes sphères du pouvoir politique avec ses confrontations ?
« Dexter »
Il est tout de même regrettable que le téléspectateur suisse sache si peu de choses des deux chaînes nationales linguistiques qui emploient une autre langue que la sienne. Peut-être est-il en effet exact que les séries en particulier américaines soient moins présentes en Suisse alémanique qu’en Suisse romande. « Dexter » passe sur l’antenne d’Outre-Sarine sans le moindre problème. La série semble bien le devoir aussi à ses qualités.
« Dexter » ne se réduit par au travail sordide d’un policier qui agit seul pour punir de mort violente sanguinolente et sordide des tueurs en séries restés impunis. Il est préoccupé par sa sœur, qui appartient elle aussi à la police où elle connaît des difficultés. Il s’occupe aussi attentivement des deux enfants d’une compagne avec laquelle tout n’est pas harmonieux. Son comportement solitaire trouve des racines dans sa petite enfance où il subit les perturbations nées d’un père autoritaire. Un de ses collègues de travail le soupçonne, pour le moment sans preuve, d’être lui aussi « tueur en série ». Et Michael C.Hall est un crédible Dexter Morgan après avoir été le compliqué frère homosexuel de la famille de croque-morts de « Six feet under »
« Censuré par la TSR »
TF1 dispose des droits sur « Dexter » mais aura tardé à les utiliser. La deuxième saison vient de débuter pour quelques mercredis soirs tardifs. La TSR n’a peut-être pas trouvé d’accord avec sa nouvelle concurrente publicitaire pour une diffusion en avant-première. Une collaboratrice de la TSR a fait savoir que ce sont des raisons morales qui conduisent à ne pas diffuser cette série. Les mêmes raisons eussent été valables pour « 24 heures chrono ». Il paraît même que « True Blood » qui atteint des sommets dans le gore, est moins dangereux que « Dexter » puisqu’il s’agit de vampires, de fées, de loups-garous, d’humains. Seulement, une interprétation possible de la série peut s’en aller du côté des Sudistes contre les Nordistes et de ceux qui oscillent entre les deux camps.
Mais le rejet de « Dexter » est plus ancien. Il est le fait du responsable de la programmation en 2006, Yves Menestrier. La collaboratrice de la TSR ne fait qu’appliquer une décision ancienne et la défendre.
« Délivrance », lointain souvenir
Me reste en mémoire, peut-être dans un certain flou, une déclaration d’un ponte de la TSR au début des années septante affirmant que, au grand jamais celle-ci montrerait un film comme « Délivrance » de John Boorman. Le film n’est-il jamais arrivé depuis lors sur notre antenne ? On doit avoir oublié l’ancienne déclaration. Une décision prise il y a cinq ans devrait pouvoir être revue. Interdire d’antenne *Dexter” revient à un geste de censure sournois et hypocrite. Même en 2011 !
Les premiers rideaux de la TSR
De 19h30 à 21h00, la TSR fait la part belle à l’information de rapide à développée, contribuant à lui donner son excellente réputation. Mais les structures de certaines émissions, le « 19 :30 », « Mise au point », « Toutes Taxes Comprises », sont les mêmes d’un jour ou d’une semaine à l’autre, au point d’installer une certaine lassitude seulement combattue par l’intérêt personnel accordé au sujet.
Toutes Taxes Comprises
« Toutes Taxes Comprises » ( lundi 29 août 2011) n’aborde qu’un seul sujet, le franc fort, trop pour le tourisme et l’industrie d’exportation. Voilà qui doit éloigner ce sentiment un peu trop fréquent que le sujet commence vraiment quand les huit minutes sont écoulées. Bonnes remarques sur ces « sinistres » agences d’information qui jouent du « A » ! On y parle « spéculation » : l’exemple du jeu de bourse suffit-il à en faire comprendre le mécanisme prédateur ?

“Temps présent” reste l’émission phare de la TSR. Les gendarmes et les extraterrestres, un reportage de Jean Quaratino, présenté le 8 septembre 2011
A deux pour la médecine à deux vitesses
Deux heures sur le même sujet ( mercredi 31), les maladies extrêmement rares soignées avec des remèdes très coûteux Selon une décision politique du tribunal fédéral, le seuil au-delà duquel le remboursement n’est plus obligatoire pour les caisses est fixé à cent mille francs par an. La décision du TF contribue à créer une médecine à deux vitesses. « 36.9 » à travers des exemples ose offrir des moments de réelle émotion lucide. « Infrarouge » fait prendre conscience de positions contradictoires, tout en évitant pour une fois les polémiques spectaculaires.
Deux équipes différentes furent ainsi associées pour une amorce de soirée thématique de deux heures environ. C’est là formule rare mais enrichissante dont la réapparition un peu plus fréquente serait souhaitable.
Mise au point
L’émission du dimanche soir continue, en force, son chemin salué par le grand public. Elle est plus proche d’un « tj » développé que d’un « Temps présent » abrégé, d’où le sentiment que le sujet prend fin quand tout devient vraiment intéressant. A porter à son actif un sens parfois bien venu du contre-pied, sans jamais être systématique. Au soir du dimanche 4 septembre, voyage à New-York. Les documents sur le 11 septembre 2001 sont légion toutes chaînes comprises. A NewYork, Maria Pia Mascara y fait allusion mais insiste sur une préoccupation intense qui efface actuellement toutes les autres, y compris celle d’il y a dix ans : la situation économique.
Temps présent

Temps présent le 1 septembre 2011: “Enfants, otages du divorce” d’Emmanueelle Bresson Blondeau et Nicolas Pallay
Par un choix de sujets peut-être plus dociles qu’il y a quelques décennies, « Temps présent » reste tout de même l’émission phare de la TSR. Un titre comme « Enfants, otages du divorce » laisse croire que la souffrance sera plutôt celle des enfants, même si elle ne s’exprime souvent avec difficulté. Certains sont d’une lucidité éprouvante. Mais parmi les exemples choisis, on en vient parfois à ne s’intéresser qu’à l’attitude d’un parent qui ne comprend pas pourquoi il est plus ou moins soudainement privé de voir son ou ses enfants. Le contrat proposé par le titre n’est alors que partiellement rempli. Qu’à cela ne tienne : l’information portée par un regard reste de grande qualité. Même un « Temps présent » moyen reste honorable.
Téléréalité et spectacle
Intéressant, le témoignage d’une jeune femme de la Chaux-de-Fonds qui a participé aux préparatifs de la sixième saison de « L’amour est dans le pré » ( M6 – L’Express et l’Impartial du 25 août 2011). Elles furent plus de deux cents pour espérer parler avec un certain Fabien, séduisant apparemment comme un « cow-boy ». Elles n’étaient plus que dix invitées à Paris pour rencontrer, chacune pendant dix minutes à peine, ce Roméo. Juliette au prénom fictif ne fut pas des deux dernières. Un peu de dépit quand elle dit avoir vu un être « mal dégrossi, pas de conversation, avec un accent à couper au couteau..Il avait l’air de se demander ce qu’il faisait là. Moi aussi ». On signalera en passant que Juliette dut tout de même signer un contrat abandonnant son droit à l’image, pour poireauter après rejet de sa candidature plusieurs heures seule en une gare après avoir été mal reçue dans un hôtel décentré servant des repas médiocres.

Les trois images associées à “L’amour est dans le pré” ont été choisies sur le site “www.m6.fr” ( Crédit dr) Voici la légende associée à cette première image : Nina aime les sensations fortes.
Crépages de chignon et caca nerveux
Juliette suivait depuis plusieurs années « L’amour est dans le pré » et n’a pris la décision de s’inscrire que lors de la sixième édition. Elle estime que l’émission a bien changé, maintenant tombée « dans les affres de la téléréalité Les premières éditions étaient plus axées sur la rencontre de ruraux et de citadins décidés de changer de vie. Aujourd’hui, c’est ciblé “sur les crépages de chignons, les cacas nerveux des filles, etc. C’est devenu cul-cul » Le dépit ne masque pas une réelle lucidité. Mais la remarque qui précède a le mérite de signaler une évolution peut-être remarquée par les fidèles de ce type d’émission, dont je ne suis pas.

Il eut été regrettable de rater le légende proposée par M6 : Fabien le “cowboy” propose une balade en calèche à ses prétendantes Mais ce n’est pas à Juliette !
Le montage dit ce que l’on veut…

Toujours sans Juliette, une admiratrice de Fabien ! Mais la légende officielle est jolie : Virginie souhaite poursuivre l’aventure chez la maman de Fabien (Cliché M6)
Les parts de marché
« L’amour est dans le pré », « Mon village a du talent » : même combat. Il s’agit donc de mettre en scène un spectacle que le spectateur devant sa télé recevra comme réel. Meilleures sont les parts de marché, mieux l’émission justifie son existence. Les prix facturés pour la publicité sont parfois liés à l’importance de l’auditoire. Heureusement, il existe encore certaines différences entre les chaînes purement commerciales et une généraliste de service public comme la TSR On imagine assez peu Béatrice Barton malmenant hors antenne ses invités de « Mon village a du talent ».

Dans chaque village, il y avait au moins un talent : la photo-famille des sept “vedettes” (RTS/François Grobet)
Comme l’actu rapide d’un TJ
La mise en scène après montage peut donner des résultats satisfaisants. « L’amour est dans le pré » est dans l’ensemble un assez bon spectacle. Mais cette remarque repose sur de rares visions. La réalisation de « Mon village a du talent » est souffreteuse : on y aborde tellement de sujets en une heure que certains sont survolés en deux ou trois plans. Et pour faire comprendre que le temps passe, on recourt à des accélérés qui ne sont que rarement esthétiques (nuages, déplacements pour organiser le repas). L’émission fut plutôt décevante, alors que « Le dîner à la ferme » etait pétri de qualités. Mais la réussite formelle n’entre guère dans les critères qui conduisent à un succès public. Là où il faudrait viser les exigences d’une bon « Doc », on en reste à l’actu rapide d’un « TJ »
L’esprit critique d’un regard lucide
Il y a des talents dans de nombreux villages, qui s’expriment sans la présence de la télévision. Beaucoup auront pris plaisir à en voir des reflets sur le petit écran.
Ce type d’émission qui portent le titre de « télé-réalité » rencontre souvent un succès qui se comprend même s’il n’est guère du à des qualités formelles esthétiques. L’esprit critique exercé par un regard aigu lucide et sans complaisance n’entre que rarement en jeu dans cette forme de télévision de divertissement où la mise en scène fait habilement croire à la réalité.
Sondage, un mot galvaudé
La «vox populi » affirme parfois péremptoirement qu’on fait dire n’importe quoi aux chiffres. En vérité, cette affirmation met en cause non les chiffres, mais le vocabulaire. Un soi-disant sondage reflète souvent, en effet, n’importe quoi, parfois même des réponses données par dix personnes.
Un « sondage d’opinion » devrait au moins indiquer la grandeur et la nature de l’échantillon, la marge d’erreur qui est associée à l’ensemble initial ou aux sous-ensembles, le moment de la prise d’information alors que des changements peuvent se produire avec le temps qui passe. La rigueur scientifique est aussi une opération coûteuse.
Un exemple honorable
Chaque jour, la RTS publie sur ses sites une « revue de presse » en général fort intéressante. Trouvé ce lundi 22 août 2011 un texte relatif à un sondage effectué dans le canton de Vaud alors que se prépare une importante votation sur des problèmes scolaires :
A deux semaines du scrutin dans le canton de Vaud, l’initiative “Ecole 2010″ devance le contre-projet, selon le sondage publié dans 24heures. 56% pour l’initiative contre 30% pour le contre- projet. Ces résultats montrent une nette avance pour les partisans d’une école qui maintient les trois voies du secondaire et qui prône le retour des méthodes classiques. La conseillère d’Etat socialiste Anne-Catherine Lyon, principale figure du contre-projet, se déclare encore optimiste. Reste que, sur les 1050 sondés, 70% d’entre eux se disent assez mal, mal ou pas du tout informés. Les auteurs du sondages remarquent que la campagne sur l’école a démarré il y a quelques jours à peine et que le sondage a été réalisé entre le 10 et le 17 août. Ce n’est certes qu’un instantané, note l’éditorialiste de 24heure! s, mais la photo est cruelle pour le Conseil d’Etat et le parlement vaudois. Les partisans du contre-projet n’ont que quelques jours pour inverser la tendance.
Ce résumé d’un texte paru dans le quotidien « 24 heures » fournit des informations propres à garantir le sérieux du sondage. Même l’absence de marge d’erreur n’est ici pas très importante. Celle-ci tourne autour du cinq pourcent en général. L’avance avec un 56 % contre un 30 % ne risque pas d’entrer dans la marge d’erreur. Le sondage donne bien une tendance au moment de sa réalisation il y a quelques jours.
Les surprises d’un « sondé »
Il faut une bonne surface financière pour s’offrir un sondage scientifique. La SSR vient d’obtenir d’un institut bernois la « photographie » début août des intentions de vote en vue des élections fédérales. J’ai répondu par téléphone à ce sondage pendant près d’un quart d’heure, parfois avec difficultés. Une assez remarquable batterie de questions intéressantes et bien formulées couvrait un large éventail.
Surprise : on ne demande une note, appréciation numérique assez abrupte, que pour les présidents de quatre courants d’opinion, l’UDC, le PLR, le PDC et le PS. L’important courant écologique est oublié. Autre surprise . à la question de la couleur du futur bulletin de vote, je répondis utiliser comme toujours une liste manuscrite. Il n’y avait pas de case pour cette réponse. Peut-être suis-je alors devenu un « ne sait pas ». Les « listes blanches » sont-elles considérées comme négligeables ? Même rigoureux, un « sondage » peut faire partiellement problème.
Quand le « sondage » n’est qu’un piètre jeu
Imaginons que dix personnes, en réponse à trois questions avec obligation de n’en choisir qu’une seule, ait donné le résultat suivant : 5 pour la question A, 3 pour la B et 2 pour la C. Le résultat pourrait être transmis sous la forme suivante
A obtient 50 %, B 30% et C 20%
Dix jours plus tard, un explorateur courageux ajoute son grain de sel à celui des dix précédents en optant pour une réponse B. Le sondage est immédiatement modifié et la publication prend la forme suivante :
A obtient alors 45 %, B 36% et C 18 %
Exemple forcément utopique, d’un « sondage » qui n’a strictement rien à voir avec un sondage et qu’il serait intellectuellement plus honnête de qualifier d’un
« réponses à un questionnaire ».




































