Séries TV

Retour à Villeneuve

Juillet 1942, premières déportations massives des juifs : la rafle du « Vel d’hiv » reste une page sombre de l’Histoire de la France occupée, les Allemands ayant parfaitement organisé l’opération en imposant la logistique de l’action aux autorités françaises. En cet été, à Villeneuve, petite ville du Jura (elle ressemble à Dôle), un train est stoppé en gare, les Juifs qui y sont entassés extraits de wagons.  Les autorités locales, le maire en tête,  Daniel  Larcher, doivent organiser leur accueil provisoire. Ils seront regroupés dans l’école.

« Un village français » est peut-être la meilleure série du XXIème jamais écrite et réalisée en France. Son propos comme sa mise en scène, entièrement au service de la reconstitution, conduisent à une impression de plausibilité étonnante. Entre collaboration et résistance actives, entre indignation ou indifférence passives, les uns et les autres s’inscrivent dans l’Histoire, entre incertitudes et certitudes.

Projection terminée, durant une quinzaine de minutes, des témoignages viennent corroborer le bien-fondé de la fiction. L’apport de cette série est aussi important et plausible que le fut en son temps un sommet du cinéma de documentation, « Le chagrin et la pitié » de Marcel Ophuls.

Sous la surveillance de soldats allemands, un groupe de Juifs sera accueilli à Villeneuve. C’est ce sont les autorités françaises qui se voient imposer toute la logistique ( photos France 3)

Dans un genre différent,  un autre retour est à signaler, celui de « Damages » avec l’explosive avocate jouée par Glen Cloose, en troisième saison, durant six ou sept semaines. Excellente série divertissante. Une différence entre France 3 et RTS un : la perle de France est offerte à tous à 20h30, tandis que les seuls noctambules sont sollicités de rester devant le petit écran entre 23 heures et minuit et sa demie.

La télévision vue par elle-même

Toute chaîne de télévision de service public avec son mandat de prestation qui n’est donc pas commercial et financier se diti de réfléchir sur elle-même sans complaisance, tant est grande son importance dans la communication contemporaine. Un moyen efficace d’y parvenir, la série de fiction !

« Borgen » : un cut final qui échappe à la télévision

Le Danemark a su en faire la démonstration dans la première saison de la remarquable série « Borgen » qui vient de s’achever sur Arte. On y évoque, en fin de série, un conflit conduisant la garde rapprochée de Birgitte à exiger le regard final ( cut final) dans la version d’un entretien conduit par Kathryn dans un moment délicat pour la première des ministres. Une bizarrerie : la présidente du gouvernement s’appelle seulement Brigitte, la journaliste vedette de la chaîne, Kathryn. Les personnages masculins sont aussi réduits à leurs prénoms. Il ne viendrait à personne l’idée d’employer seulement des prénoms pour les politiciennes et politiciens réellement au pouvoir. On ne dit pas Doris ou Simonetta ! Avec les seuls prénoms, la fiction montre le bout de son nez !

« The hour » pendant la nationalisation du canal de Suez

Au tour de la BBC de parler d’elle-même avec « The Hour » ( fin de la première saison sur RTS UN le mercredi 21 mars 2012). Quand la France et la Grande-Bretagne s’en vont faire, en 1956, la guerre en Egypte pour la maîtrise du canal de Suez, elles furent empêchées par l’URSS et la USA. C’est alors que la BBC ouvre une case d’une heure pour une télévision d’information sous forme d’enquêtes d’investigation. A « The Hour » ressemblera plus tard en France « Cinq colonnes à la une » et en Suisse romande « Continents sans visa » qui deviendra « Temps présent . La série est donc enracinée dans un événement politique réel.

Un trio de personnages forts

Bel Rowley ( Romola Garai), le productrice; Hector Malden (Dominic West), Freddee Lyon ( Ben Whishaw) – Photos BBC

Ils sont trois pour former l’épine dorsale de la série. Freddie Lyon est un journaliste d’investigation efficace qui aime son métier, y croît comme à un sacerdoce, tout en étant lié d’amitié à la productrice de l’émission. Bel Rowley est donc la véritable patronne de l’émission qui dispose du droit final de décider ce qui passera à l’antenne et sous quelle forme, même en ayant des comptes à rendre à sa hiérarchie. Hector Malden, le présentateur vedette de l’émission, la porte vers le public qui lui en attribue la paternité alors qu’il n’en est que le faire-valoir. Marié à une femme de la grande bourgeoisie mondaine qui s’habille pour les repas, il vit une liaison avec Bel, ce qu rend tout de même Freddie un peu jaloux. Autour de ces trois personnages en gravitent une bonne dizaine d’autres qui existent vraiment, évitant d’être seulement des marionnettes caricaturales. C’est là une caractéristique des séries bien écrites.

Trois lignes de force

Freddee Lyon (Ben Whishaw)

Dans le contexte historique précis de 1956 qui en fait un sujet déjà historique, « The Hour » raconte donc la naissance d’une émission de télévision. Mais Freddie s’intéresse aussi à de curieux mots croisés dont il tente de déchiffrer l’éventuel message. On assistera donc aussi à une sorte de récit d’espionnage qui introduit peut-être une surveillance gouvernementale de l’action d’une télévision impertinente. De plus, il enquête sur un meurtre. Tout n’est pas toujours harmonieux dans les passages d’un sujet à l’autre. Mais « The hour », qui fait souvent penser à « Mad men », est une série de très bon niveau.

Une scène de tournage de la saision 1, no 5

Fiction et réalité

« Borgen » et « The hour », de pures fictions ? Pas seulement. Mais quel lien avec la réalité ? Il faudrait enquêter tant au Danemark qu’en Grande-Bretagne. Ces fictions reposent sur des éléments d’une réalité plausible. Et près de nous, en Suisse romande, la télévision a-t-elle aussi le poids prêté par la fiction à une chaîne généraliste danoise et à la BBC ?

Vingt-fois la Suisse

Lointain souvenir au début des années septante. Un imposante série nationale traçait, sous le titre de « Vingt-cinq fois la Suisse » le portrait de vingt-cinq cantons. L’un deux déplut fortement à un gouvernement cantonal. Le téléphone fonctionnait alors facilement pour propager du mécontentement. La TSR d’alors avait réalisé une nouvelle émission donnant une image plus « officielle » de canton au gouvernement protestataire : l’art du contre-poids !

Tout près de nous, « Infrarouge » influent ?

On connaît au moins indirectement l’influence considérable attribuée à « Aréna » à Zürich, aussi pour les romands qui doivent être « compatibles » avec les exigences de l’émission pour se faire bonne réputation en Suisse alémanique. En Suisse romande, quelle est l’influence réelle qui est parfois prêtée à « Infrarouge »

Intéressante, la lecture du « Temps » du mardi 13 mars 2012, dans un commentaire sur « La communication ratée des opposants Valaisans » à l’initiative Weber :

C’est l’émission de la TV romande Infrarouge qui est la plus souvent citée comme l’exemple des dérapages et des excès. Christophe Darbellay, président du PDC, et Jean-Marie Fournier, promoteur, s’y sont montrés particulièrement virulents. C’est là que les adversaires de l’initiative ont perdu la votation, selon le conseiller national socialiste Stéphane Rossini » On a pu lire aussi que chaque fois que Jean-Marie Fournier intervenait, il contribuait à grossir le nombre des Oui qui furent finalement majoritaires. Exemple d’une influence à contrario. Plausible ?

Chaque pays pourrait raconter à sa manière dans une série quelle est la réelle influence supposée ou admise de la télévision dans son bassin de diffusion. Même au pays du consensus selon la formule magique tout de même contestée, où les choses sont apparemment atténuées, les médias audiovisuels sont importants. On attend donc d’ici à quelques années la vision de la RTS sur elle-même dans une série qui reste à inventer.

CROM, entre deux chaises

Des femmes à la tête d’un pays

Le cinéma populaire à grand spectacle et vocation commerciale ne fait guère belle place aux grands personnages féminins s’il continue d’affectionner les belles actrices qui savent répondre aux désirs masculins. Les séries télévisées, dans une certaine mesure équivalentes à ce cinéma des « blockbuster », qui disposent du poids littéraire de la saga de longue durée ( une page de roman vaut environ une minute d’audiovisuel), ont une vertu qui ne doit pas être oubliée : les personnages féminins y sont souvent choyés, dans une exposition équivalente ou parfois supérieure à celle des hommes. Des récits comme «A la Maison Blanche», « Les hommes de l’ombre » ou encore « Borgen » mettent en scène avant l’heure des femmes à la tête d’un Etat ou d’un gouvernement, sans masquer les difficultés et parfois les compromissions de la fonction. Ces séries pointues obéissent à de grandes exigences aussi sur le plan formel.

 Les invisibles

Tel est le titre d’un sujet récemment abordé dans « Télévisions – le Monde » ( lundi 20 février 2012). Il s’agit de considérations qui prennent en compte la fiction française et les classes populaires. D’intéressantes observations y sont faites : alors que les employés représentent le 14 % de la population, ceux-ci n’apparaissent que dans le «  5 % des personnes vues à la télévision, toutes catégories de programmes confondues ». Pour les ouvriers, les deux chiffres sont 12 % contre 2 %. Par contre, les cadres qui ne forment que le «  5 % de la population, représentent le  79 % des personnes vues à la télévision ». Ce sont là des résultats attribués à « un baromètre de la diversité à la télévision publié par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en juillet 2012 »

La télévision, un œil ouvert sur le monde ? Un demi-œil, en encore entr’ouvert,sur une toute petite partie de la société. I n’y a pas de raison de penser que la situation est Suisse Romande soit très différente de celle qui règne en France

Il vaut la peine de s’arrêter en passant sur deux citations. La directrice de la fiction de TF1 dit : « Si on raconte précisément ce que vivent les Français aujourd’hui, çà ne les fait pas rêver ». Celle qui occupe la même fonction à Arte avance : « Les histoires des gens normaux sont toutes exceptionnelles». Il y a là une intéressante différence de comportement entre une chaîne généraliste commerciale et un généraliste de service public !

Eboueurs en « orangé » de travail : Les histoires des gens normaux sont toutes exceptionnelles (Photos TSR/CAB)

Un podium mondial

Sur le podium des meilleures séries mondiales de grande ambition, la plus haute marche est occupée par les Etats-Unis, emmenés par les chaînes à péage. Sur le deuxième on doit probablement placer la Grande-Bretagne. Et il se pourrait que les pays scandinaves, Danemark en tête, soient de bronze à forte composante féminine. La France se place toute de même avant la Suisse romande, qui peut revendiquer une place honorable grâce à « Dix » et « Crom » plus que « T’es pas la seule » ou « Heidi »

Les éboueurs de CROM

Roland Vouilloz en Oscar Moreau, remarquable

L’ouverture de la fiction sur des milieux qui ne sont pas fréquemment représentés sur le petit écran peut et doit être considérée comme un élément positif. Dans une petite ville de province, Yverdon, une équipe d’éboueurs municipaux est observée dans son travail quotidien, en ses «orangés» de travail. De leur métier, on découvre un certain nombre de moments, de mouvements, de gestes, de problèmes. Un bon point pour le choix d’un tel sujet. Autour d’eux, il y a des épouses, des cadres, un journaliste de télévision, une aubergiste, une juge  et la jeune fille qui accomplit un Travail d’Intérêt Général » ( TIG)  plutôt que de se morfondre en prison.

Une autre mini-série récente, tournée elle aussi à Yverdon, «Romans d’ados» eut le grand mérite de faire des plongées dans des milieux qui n’étaient pas seulement de cadres ecclésiastiques. Encore un bon point ! La jeune fille du TIG pourrait bien être une des ados des « Romans » connaissant des difficultés d’adaptation arrivée à l’âge adulte.

Des personnages plutôt bien campés

Marina Golovine en Evelyne Moreau, excellente

La galerie de personnages de «CROM» est ainsi intéressante dans sa diversité. Oscar Moreau ( Roland Vouilloz), chauffeur de camion, voit s’éloigner de lui son épouse. Il s’installe d’abord chez une restauratrice avant de s’en aller vivre dans une caravane. Il souffre d’avoir perdu Evelyne ( Marina Golovine) séduite par un joli cœur  de la télévisIon  et d’être séparé de sa fille Mélodie ( Danaé Destraz), qui supporte mal les conflits de ses parents mais fait preuve d’une belle lucidité pour son âge. Raymond Debonneville (Jean-Luc Borgeat) se veut cadre efficace qui applique de méthodes de direction d’une équipe permettant d’améliorer le rendement ; croît-il. Tina Viorel (Julie Perrazini), affublé d’un bizarre petit ami prêt à vendre le bébé qu’elle porte, apporte sa fantaisie dans l’équipe par se franchise et ses réactions inattendues

Quand apparaît brusquement Madame Debonneville affublée de deux chiens de salon, pimbêche superficielle, on se prend à regretter qu’elle complète son mari de manière désagréable. Un scénario plus ambitieux aurait pu en faire un personnage surprenant, en contrepoint plutôt qu’en confirmation.

Une place pour l’humour

Julia Perrazini en Tina Viorel, virevoltante

Le comportement de Tina, anarchiste dans une équipe plutôt sérieuse au travail, fait souvent sourire par sa liberté provocatrice. Debonneville impose à l’équipe une gymnastique quotidienne de mouvements en groupe qui rappellent de très loin les exercices pratiqués dans l’armée au milieu de siècle dernier. La musique rythmée s’ajoute alors comme un commentaire souriant. Une autre forme sonore est employée pour prendre plaisir à partager avec Oscar qu’il porte à l’opéra, jusque dans la cabine de son véhicule

Un rythme assez vif

Jean-Luc Borgeat en Raymond Debonneville, intéressant

Bruno Neuville, le réalisateur, ne se contente pas de filmer des personnages qui se parlent comme c’est souvent le cas dans de telles séries ( « T’es pas la seule » ). Il fait mettre dans le cadre un détail du décor, un passant, la ligne de fuite d’un paysage et demande à ses acteurs d’ajouter aux mots un geste, un mouvement, un silence qui enrichissent image fort élégante. Dans une série courante, pour changer de lieu, on montrerait un personnage se dirigeant vers la sortie, fermant une porte, marchant deux/trois lieux différents pour ouvrir une nouvelle porte dans une autre maison. Ici, une porte fermée et un mouvement suffisent pour opérer un déplacement. Le récit est conduit sur un bon rythme, tout en sachant ménager des temps d’arrêt contemplatif associés à des moments d’émotion.

De bons moyens

La production disposait d’environ trois millions et demi de francs, pour treize fois vingt-cinq minutes,  soit environ dix mille francs la minute. En cinéma, cela représente un budget d’un million pour un film de nonante minutes : ce n’est pas beaucoup ! Mais on tourne et on monte quatre/cinq minutes par jour dans une série de ce genre, contre deux minutes pour un film. On est loin du confort américain qui dépasse le million de dollars pour un épisode de « Mad men

Bilan

«CROM» se veut donc populaire et de qualité, pour parodier les une formule de Nicolas Bideau quand il dirigeait de Berne le cinéma suisse. «CROM», qui ne manque donc pas de qualitgés, représente un réel progrès par rapport à « T’es pas la seule ». La programmation de ses épisodes, un par un  en premier rideau du samedi soir sur TSR1 et en reprise pleine soirée le lundis sur TSR 2 permet-elle de rencontrer  un vaste public qui en ferait une série populaire ? Je n’ai pas cherché à la savoir.

Danaé Destrat en Mélodie Moreau, lucide et frémissante

Oui, mais…

Mais quand on met en face de « Dix «  ou de «CROM», « Killing », « Millénium », « Protection rapprochée » et surtout « Borgen » qui viennent de Scandinavie, l’écart reste grand. Alors, pourquoi, mais pourquoi diable la TSR n’a-t-elle pas envie de faire aussi bien que la télévision publique danoise ? Question sans réponse ! Faudrait-il adopter la forme d’une lettre ouverte à Gilles Marchand, le grand patron, pour avoir une réponse sur le manque d’ambition de ses troupes ?

Séries télévisées : modèles danois

B O R G E N : Un excellent départ sur Arte

L’élan est donné, tous les jeudis jusqu’au 9 mars, deux par deux, à 20h35, les différentes épisodes de « Borgen » seront en direct sur ARTE,    lequel propose aussi des passages en nocturne et offre la possibilité d’une vision sur internet sept jours durant après la projection. Excellente mise en valeur, complétée par un site d’une belle richesse.

Sur le site d’ARTE, on s’amuse à inventer une magazine à potinstrès populaire, le « Skandal » qui pour un rien déshabillerait Birgitte Nyborg ( Sidse Babett Knudsen dans « Borgen » )

Le premier épisode couvre à peine trois jours avant le vote populaire qui va faire progresser de manière inattendue le parti du centre auquel appartient Birgitte Nyborg, le deuxième décrit les événements qui vont faire d’elle la première d’entre les ministres après des négociations tendues et plus ou moins correctes entre partie politiques du centre, de droite et de gauche.

Accumulation d’événements comme en pure fiction

Sidse Babett Knudsen en Birgitte Nyborg dans « Borgen », série danoise, ici l’épouse et mère de famille qui doit apprendre à coexister avec la première des ministres

Ceci d’emblée : il s’agit d’une fiction qui concentre sur une courte période des événements assez rares. Il y a la disparition inattendue d’un proche collaborateur du premier ministre  sortant de charge qui meurt d’une faiblesse cardiaque dans son lit alors que sa maîtresse appelle au secours un proche de Birgitte dont elle fut aussi la compagne comme élément dramatique moteur principal. A Londres, le premier ministre commet une grave erreur en réglant des achats somptuaires de son acariâtre épouse avec une carte officielle, geste qui mettra en cause la légitimité de son poste, comme s’il était un président de banque dépassé par les spéculations de son épouse. La belle Kathrin  prend peur devant un test positif de grossesse. Cette accumulation d’événements est bien le propre de la fiction cinématographique. Notons aussi en passant que la mort d’un président de la République française dans un attentat-suicide est aussi le carburant qui vient de faire démarrer en trombe « Les hommes de l’ombre » de France 2 !

Réalité politique plausible

Et pourtant, la réalité plausible est bien inscrite dans ce récit. Attachants ou crispants, les événements politiques, les conflits, les accords, les pressions en coulisses, les conseils des « spin doctor »,ces importants conseillers plutôt peu connus du grand public, le comportement individuel constamment contrôlé et mis en scène à cause de l’omniprésence des médias, la télévision plus encore que la radio et la presse, présentent de nombreux points de ressemblance avec la réalité politique dans toutes les démocraties. En Suisse,il y a quelques semaines,  notre télévision semblait  se réjouir d’assister à une nuit de longs couteaux en Bellevue de luxe pour empêcher une exclue de l’UDC de s’en aller cueillir sa réélection alors qu’un candidat de son ancien parti disparaissait suite à curieux comportement frisant une captation d’héritage.

Bigitte Nyborg ( Sidse Babett Knudsen ) dans « Borgen » au maquillage, quelques minutes avant un passage en direct à l’antenne

Le temps d’arrêt pour contempler

Un point commun à « Borgen » et « Les hommes de l’ombre », déjà fortement présent dans les deux versions de « Killing » et dans « Protection rapprochée » : la première place donnée à des femmes fortes, directes, moins barboteuses dans les combines que ces messieurs. Les actrices et acteurs sont dans l’ensemble excellents : le réservoir danois semble immense. Le rythme du récit est sans moments d’ennui qui fait intervenir d’indispensables temps d’arrêt permettant quelques dizaines de secondes de contempler la vie privée et intime inscrites dans le mouvement du combat politique.

D’emblée ce « Borgen » apparaît comme une série de haut niveau. Détail : en quelques jours, mon dossier personnel fait de coupures de presse et de références à des sites a grossi à peu près aussi vite que s’il s’agissait d’un blockbuster américain ! Curieux, ce succès sur papier !

Deux versions de « Killing »

Mireille Enos en Sarah Linden dans la version américaine de « The Killing »

De ce « policier » danois, il existe deux versions, l’originale née au Danemark et considérée par une chaîne américaine comme suffisamment intéressante pour devenir presque immédiatement une (bonne)  « copie ». Il importe peu ici de rappeler un jugement de valeur personnel qui considère ces deux versions comme à peu près équivalentes formellement. Seattle remplace Copenhague. Sarah Lund devient Sarah Linden, J’ai une préférence personnelle pour l’actrice danoise.

Sofia Grabel en Sarah Lund dans la version danoise de « The killing »

L’enquête policière a le mérite de s’en aller voir dans plusieurs directions, les milieux de la politique dans la première saison, ceux de l’armée danoise – mais oui, elle existe – dans la deuxième. Cela change du petit milieu de policiers en commissariats que l’on ne quitte guère dans les séries françaises par exemple.

La première saison de « The KILLING » , signée Soren Sveistrup, a été présentée au Danemark en janvier 2007 et sur Arte en mai 2010. La deuxième est sortie au Danemark en 2009 et sur Arte en septembre 2011. La première saison de la version américaine a été présentée sur la TSR en octobre 2011. Une troisième saison est annoncée dans le pays d’origine en septembre 2012. La série se porte bien. Il est possible de présenter ici deux visages qui se ressemblent. Mais pourquoi la TSR n’a-t-elle pas présenté la version européenne doublée en français par Arte si comme beaucoup de ses cadres supérieurs le prétendent tout le monde parle d’ARTE sans jamais la regarder ?

Pourquoi ARTE accorde-t-elle une excellente heure de diffusion alors que la TSR, une fois de plus, propose une projection bien tardive d’une excellente série, comme si faisaient fuir le public du premier rideau.

Protection rapprochée

La première saison de cette autre série danoise est assurément moins séduisante que « Killing » ou « Borgen ». L’action y prend une grande place, mais la diversité des missions dévolues au PET ( Police d’Escorte Tactique) permet d’assister au fonctionnement de milieux politiques, militaires, terroristes et autres. ( Je suis si le PET existe vraiment sous cette forme ou une autre au Danemark – d’ailleurs, qu’en est-il de son existence en Suisse ?)

Cécilie Stenspil en Jasmina Ef-Murad dans « Protection rapprochée », série danoise

Voilà une série assurément plus intéressante que les anciens Navarro par exemple, à tout le moins apte à rivaliser avec « les Experts » puisqu’ aux actions s’ajoutent l’analyse des comportements personnels pas trop simplistes, par exemple en abordant la culpabilité après une bavure qui n’en était pas une.

Là aussi, une question : pourquoi diable cette excellente série a-t-elle été programmée par le TSR si tardivement, à se terminer parfois à près d’une heure du matin ?

Les incohérences de la programmation romande

Résumons : une fois de plus, les meilleures séries, celles qui rivalisent incontestablement avec le meilleur du cinéma d’auteur, américaines ou autres, pourquoi sont-elles si souvent programmées en fin de soirée, assez souvent affublées du logo rouge ou tout simplement rejetées ?

Pourquoi refuser de montrer les séries danoises comme « Killing » ou « Borgen » ou les présenter tardivement ( « Protection rapprochée » alors que l’on fait place à la version américaine ( même phénomène avec un autre apport scandinave, le suédois « Millénium » ) ?

Et une dernière : pourquoi la TSR dans le choix des sujets de ses séries n’ose-t-elle pas faire aborder des sujets politiques comme cela se passe au Danemark ?

Une amorce de réponse à cette dernière question peut être question. « Dix » et « Crom » valent assurément mieux que « T’es pas la seule » ou « Heidi ». La TSR progresse ; lentement. Et l’on risque bien de ne pas trouver des réponses à des questions peut-être gênantes….

PS : Criminal Minds remplace Blue Bloods

Ceci est une parenthèse qui n’a plus rien de danois mais qui pose une question de plus sur les mystères de la programmation des séries sur la TSR. Quelques semaines durant, une série policière américaine bien carrée et traditionnelle, « Blue Bloods » occupe le temps d’antenne du vendredi entre 21 et 23 heures. Le grand-père fut flic à New-York, le père est chef de la police qui doit se bagarrer avec le maire et d’autres politiciens ( excellent Tom Selleck à moustache ), dont trois des enfants sont dans la police ou la magistrature, un quatrième tué en service. Et puis, brusquement, voilà « Blue bloods » rélegué en ligue inférieure, celle qui occupe l’antenne dans les alentours de 23h00. Un affaire de part de marché ?

En lieu et place, le vendredi 10 février 2011, un « Criminals minds : suspect behavior » met en scène des enquêteurs du FBI et une rousse collaboratrice qui fait un travail extrêmement efficace sur son ordinateur qui sait tout de presque tout un chacun aux USA. Premier épisode: un tueur d’enfants. Deuxième épisode : un boucher saigne des corps de femmes les uns après les autres. On s’aperçoit que le tueur en série est une tueuse, possédée par un prisonnier tout puissant qui lui inspire les crimes que lui-même ne peut pas commettre. Ce deuxième épisode ressemble furieusement à un  « Dexter » qui exécute des criminels en série restés impunis. Une autre forme d’incohérence.

Un « Château » au Danemark : « Borgen » sur ARTE

Amis de séries de haut de gamme, réjouissons-nous. Voici, cinq jeudis durant, dès 20h35, deux fois une heure d’une fiction pointue, haut de gamme, le « Château » ainsi nommé une bâtisse où siège le gouvernement et le parlement.

Non, ce n’est pas sur la TSR, qui ne place généralement pas les meilleures séries en premier rideau. C’est sur ARTE, cette chaîne dont tout le monde parle et que personne ne regarde ! Non, ce n’est pas une série policière de plus : c’est une saga humaine, sociale, politique qui traite un sujet par heure, avec les mêmes personnages, sans suspens à la fin. Ce n’est pas de  l’américain produit par une chaîne à péage, c’est le résultat des efforts de la télévision d’un petit pays, le Danemark, à peine six millions d’habitants. Un danois sur quatre aura suivi, en moyenne, chaque épisode de la première saison qui vise haut sans concession. A se demander une première fois pourquoi pas nous ? Oui, mais la TSR s’adresse à deux millions de francophones dans un pays de sept millions avec trois diffuseurs chacun dans sa langue.

Sur papier et sur le web

Arte présente une version doublée en français. Son service de presse vient de mettre en ligne sur internet un remarquable dossier que google ou un autre vous offre d’un simple BORGEN – ARTE. La presse spécialisée française, le Monde radio tv par exemple, en aura fait bien meilleure présentation que les hebdos tv romands qui consacrent pourtant bonne et parfois intéressante place à la série. Vous qui emprunterez le web pourriez tomber sur Télérama et son développement illustré pour présenter « Borgen »,avec extraits, bandes de lancements et musique. Ces riches informations complètent  le texte paru dans le journal (NO 3238 du 01.02.2012 ) : du beau travail  sur deux supports !

Remarquable promotion d’Arte

Arte fait une excellente communication. Gasper, dans « Borgen » , est un personnage de fiction chargé de la communication pour son parti, avec efficacité lui aussi !

Première saison tournée en 2010, deuxième en cours de diffusion au Danemark, troisième au stade de l’écriture. Succès au FIPA à Biarritz, l’an passé, meilleure série, meilleure musique. La série a déjà été achetée dans une dizaine de pays en vue de sa diffusion :une série ambitieuse est parfois aussi chose vendable. Mieux : une chaîne américaine se propose d’en faire une adaptation en l’inscrivant dans l’univers politique des USA. Bref, cette amorce de succès international met l’eau à la bouche.

Sur le web, ARTE a mis en ligne les vingt-cinq premières minutes de la version française du premier épisode de la saison 1 : de quoi se faire une première idée. Les qualités racontées sur papier ou internet se trouvent déjà dans ce long extrait. Voilà qui permet de recommander la vision de « Borgen ».

Adam Price, le « showrunner »

On montre rarement la tête de l’écrivain qui joue les maîtres d’œuvre : voici celle du conducteur de spectacle, dit aussi « Showrunner, Adam Price » !

« Showunner » ? Le conducteur du spectacle, le maître de l’œuvre. Celui qui conçoit le tout, contribue à l’écriture, supervise l’ensemble du travail, entouré d’un petite équipe de trois scénaristes.  Adam Price raconte l’histoire d’une femme, Birgitte Nyborg, secrétaire d’un parti centriste, en campagne législative. La voici qui oublie en direct un discours préparé par son conseiller en communication pour lui préférer un langage de vérité, qui conduit à un changement de la politique de son parti trois jours avant le vote. D’emblée, la fiction s’inscrit dans le domaine de la politique.Dans une fiction, la priorité est donnée à l’imagination, qui peut parfois reposer sur des faits réels regroupés arbitrairement, donc sans les rendre conformes à la stricte réalité. Une fiction  reste plausible inspirée par le passé, le présent et pourquoi pas le futur. Exemple : Le premier épisode de « Borgen », « Une femme au pouvoir »,  a été diffusé en 2010, peut-être même tourné ou écrit en 2009. En septembre 2011, la sociale-démocrate Helle Thorning-Schmidt accédait au poste de Première Ministre au royaume du Danemark. Le« showrunner » se laisse inspirer par l’air du temps.

 

Un trio d’excellentes séries

Mad men

1962 : l’agence de publicité « Sterling & Cooper » a été rachetée par une firme anglaise conduisant à des restructurations plus ou moins brutales. Les personnages féminins confirment leur forte présence. On continue de consommer à haute dose cigarettes et cigares, alcools et sexe. La mise en scène reste brillante. Les images, par les cadres, les couleurs, sont d’une grande beauté. Mais le Beau est-il vraiment notion appréciée sur le petit écran ? ( Dimanches après 23h00 sur TSR 1 – Saison 3 )

Peggy ( Elisabeth Moos) la petite secrétaire montée en grade, de moins en moins timide. Voici un pâle reflet de la qualité des images projetées sur le petit écran.

Dr House

House et Cuddy sont amoureux, ce qui n’est du reste pas simple. La séparation est déjà intervenue. Une petite nouvelle prend place dans l’équipe médicale avec une franchise exaspérante et une réelle sûreté professionnelle. A noter aussi le retour de « numéro 13 » qui a fini par expliquer à House le pourquoi de son séjour en prison, tournant autour du problème bien sûr délicat de l’euthanasie. Gregory  conclut un faux vrai mariage, mais pas avec Cuddy ! Des rêves rendent hommage au cinéma d’horreur ou à la comédie musicale : tout devient possible ! Et House tient conférence assez peu orthodoxe devant des enfants ! On pratique l’élevage de poules à l’hôpital. Bref, on fait n’importe quoi dans un élan de délire !Et House continue de s’intéresser au diagnostic plutôt qu’au patient.( TSR 1- jeudi – saison 7 –deux par deux après 21h00 )

Un championnat de lancer de patates au bazooka : le Dr House a pris en charge no 13 à sa sortie de prison. ( TSR - jeudis soirs vers 21h00)

Protection rapprochée.

Description du travail d’un groupe danois qui veille sur des personnalités politiques. La fiction est insérée dans une réalité plausible, associée à un attentat islamiste au Pakistan et à la protection du caricaturiste danois qui mit en scène Allah. On a un peu le sentiment qu’il s’agit d’un docu-fiction. Qui connaît la vie politique du Danemark pourrait dire ce qu’il en est. Beaucoup d’émotion juste lors du décès d’un membre de l’équipe. Ce n’est pas la première fois que les créateurs du nord de l’Europe sont en bonne forme. A quoi cela tient-il ? Il faudrait en savoir davantage pour y répondre.( TSR1 – Début de la saison 2 – mercredi soir dès 23 heures environ – se termine vers une heure du matin! )

Bien équipée, la force armée de "Protection rapprochée" du pacifique Danemark ! L'arme est différente de la précédente. ( TSR)

Les heures de programmation

A noter tout de même qu’il devient de plus en plus difficile de comprendre les règles appliquées par la TSR pour la programmation. Le Dr House mérite son heure de grande écoute même s’il n’est pas vraiment un modèle de comportement correct.

Il n’y a aucune raison de cacher « Protection rapprochée » en fin de soirée. Cette série est globalement du même niveau que « Blue Bloods » que la TSR propose, deux par deux, le vendredi dès 21h00. Une explication : pour avoir le droit au premier rideau, serait-il indispensable d’être américain ou parfois français. Mais pourquoi repousse-t-on le coquin et drôle « Californication » vers une heure du mat !

Les parties de jambes en l'air de "Californication", c'est pour une heure du mat... ( TSR, dans le nuit de jeudi à vendredi)

Comment comprendre pourquoi telle série passe à raison de parfois trois épisodes le même soir, souvent deux par deux, assez rarement un par un ( et pourtant, le passage unitaire est à la base du principe de répétition d’une série qui doit fidéliser le spectateur) ? Il suffit de regarder comment la chaîne française qui détient les droits et s’est chargée du doublage d’une sérier construit son programme. Un robot qui consulterait les avant-programmes français pourrait aussi être chargé de choisir le jour de diffusion avant la concurrente de France, son heure de  et d’y coller de temps en temps un logo rouge après un pile ou face !

Normal par contre de proposer le produit maison actuel, « Crom », en premier rideau du samedi avec sa soirée à la programmation assez chahutée. Un prochain arrêt sur cette intéressante série s’impose

"Crom", version travailleurs qui posent durant la pause ! ( TSR1, samedis peu après 20h00 avec reprises lundis sur TSR 2, même heure)

Séries : Marchand répond à Neirynck

Une sommité politique type « Dents du midi », Jacques Neyrinck, s’en prend à fières canines aux séries télévisées ( L’Hebdo, 24.11.2011). Un roc type « Cervin », Gilles Marchand, directeur de la RTS ( L’Hebdo 01.12) s’élève contre celui qui en veut aux « nuls qui regardent des séries débiles » et plaide pour ces galeuses. D’un modeste sommet jurassien, je savoure la polémique ! Le patron de la RTS cite trois exemples, « Dr House » avec sa cohorte de parfois cent mille téléspectateurs, « Mad man » et « Boardwalk empire ». On se demandera, sourire en coin, si dans une liste plus longue on aurait pu y découvrir « Dexter » !

Les exemples cités sont ceux de séries remarquables, pointues, exigeantes, clairement sises dans le haut de gamme, parmi les sommets où il n’est plus possible de faire la différence entre le cinéma et la télévision, cette dernière rejoignant avec certaines séries la littérature des grands romans de plusieurs centaines de pages. Et si on tentait d’approcher cette notion parfois péremptoirement affirmée de haut de gamme ? Servons-nous d’un exemple romand : « T’es pas la seule » fut une série assez populaire, mais de qualité très moyenne alors que « Dix » pouvait être inscrit au moins dans le bas du haut de gamme que nous évoquons.

Reste que si défendre ces séries est important, mieux vaudrait qu’elles soient exposées au public autrement qu’en les rejetant souvent en deuxième rideau dès 23 heures pour se terminer parfois largement après minuit, groupées deux par deux ou plus alors qu’elles sont construites une par une, sous fréquent logo rouge. Les destine-t-on à une « élite » d’insomniaques ?

“Boardwalk Empire” : programmation trop tardive

« Boardwalk Empire » est une nouvelle série magistrale, une des meilleures jamais réalisées, avec « Les sopranos », « Deadwood », « Mad men » ou « Twin peaks ». Le spectateur romand est prié d’être disponible le dimanche soir d’un peu avant 23 heures jusqu’à minuit et demi. série magistrale, le téléspectateur est prié d’attendre le dimanche soir vers 23h00. Entre 21 :00 et 22 :30, il aura vu deux épisodes d’une série sans grandes qualités ni graves défauts, un exemple du tout-venant, « Esprits criminels », affublée d’un petit « R » qui signifie reprise. Le produit moyen en premier rideau, le génial vers 23h00, et de plus affublé d’un logo rouge qui tend à devenir presque une information sur le haut niveau de qualité !

Trop tard pour regarder ?

Donc pas de “Dexter” sur la TSR. Mais sur TF1 la programmation fut bien tardive !

Responsable des acquisitions fictions de la TSR, Alix Nicole peut être félicitée pour la qualité de la plupart des achats de la TSR qui sont toutefois limités par la nécessité de l’existence d’une version doublée en français. Dans son numéro 47, qui couvre les programmes du 20 au 26 novembre 2011, « Télétop matin » interroge l’acheteuse en une page intitulée « Trop tard pour regarder ? » Il n’y aurait eu que trente mille personnes pour le premier épisode le 13 novembre. Mme Nicole intervient comme si elle était responsable de la programmation dans des termes qui sentent la leçon faite à quelque idiot de service qui ose regretter une programmation aussi tardive. Il y a quelques semaines, Mme Nicole se faisait déjà remarquer par son refus de présenter “Dexter”.

La TSR en solitaire !

Michael Pitt, James Darmody dit “Jimmy”, l’adjoint de Nucky, à Atlanta, Etats-Unis, 1920, à l’heure de la prohibition

On y apprend donc que la télé ne s’arrête pas à 22h45. « Vous voyez « Broadwalk empire » sur les chaînes en clair francophones ? Non, car elles ne l’ont pas achetée. Nous, on la diffuse tard, mais on la diffuse ». La TSR réussit à présenter les versions françaises de multiples séries non francophones avant les chaînes françaises qui assument les coûts élevés du doublage, peut-être même en y contribuant modestement. « Broardwalk Empire » a été présenté en France par Orange, une chaîne cryptée. Aucune chaîne en clair française pour la série de Scorsese ? Peut-être bien, ce qui ne serait d’ailleurs que le reflet d’un curieux manque d’intérêt pour une série de grande qualité. On ne la verra donc pas sur une chaîne généraliste française, alors que « Boardwalk empire » sera accueillie en Belgique. La solitude est tentation pour TSR qui reste aussi la seule à avoir refusé de présenter « Dexter », la même personne l’ayant jugée porteuse de trop de violence gratuite. On doit ainsi comprendre que la violence de la série de Scorsese est, elle, indispensable !

Les séries à costumes ne marchent pas !

Pourquoi pas diffuser cette série plus tôt ? « Varg Veum » à la place des « Experts » : cela fait deux fois moins d’audience… Ce « Varg Véum » norvégien est en effet moins séduisant que « Les experts ». Mais la remarque est intéressante : il n’est question que d’audience, pas de qualité. L’audience conditionne de multiples démarches de programmation, même si parfois quelque rare responsable de la TSR affirme qu’elle n’est pas toujours prioritaire. De plus, il apparaît que « Les séries à costumes, chez nous, cela ne marche pas » ! Ce serait donc là une autre raison de présenter « Boardwalk » à 23h00, – peu près aux mêmes heures que « Mad man ». En 1920 comme en 1960, les personnages sont donc « costumés » – quand donc un habit devient-il costume ? Signalons en passant que France 5 reprend « Chez Maupassant » tous en costumes à 20h30 !

Kelly Macdonald, Mme Margaret Schroeder : est-elle habillée ou costumée ?

La priorité à l’audimat

Le « cela ne marche pas » signifie donc clairement que l’on craint d’avoir un mauvais audimate. Alors merci pour ces dimanches soirs en fin de soirée qui proposent après « Les tudors » ou « Les Borgias » une case « Historique de qualité ». La TSR compte désormais dans ses rangs quelqu’un qui veut ressembler à celui qui assénait avec force la nécessité d’un cinéma « populaire de qualité ».

TF1 et M6 comme modèles

Programmation tardive pour « Boardwalk empire », refus de programmation pour « Dexter » : la TSR donne dans l’originalité conditionnée par l’audimate. Logo rouge souvent associé à des séries remarquables, programmation tardive de plusieurs des meilleures, accumulation parfois de trois ou même quatre numéros d’une même série : la TSR tend à ressembler aux chaînes françaises généralistes commerciales, Tf1 ou M6, plutôt qu’au service public qui privilégie parfois la mise en valeur de la qualité avec une diffusion pas trop tardive.

Le plaisir qui vient des séries

Tout divertissement devrait apporter à celui qui le consomme un réel plaisir. Et ce plaisir a plus de chance d’être présent s’il repose sur un peu de nouveauté : les émissions formatées d’un jour ou d’une semaine à l’autre n’offrent comme plaisir que celui de la richesse d’un contenu. Rien ne ressemble plus à un « 19h30 », un « TTC », une « Mise au point » qu’un « 19h30 », un « TTC » ou une « Mise au point ». La fiction sait générer du plaisir à travers des formes nouvelles, dans des séries qui se donnent, pour conter, du temps. Je crois que je retrouve enfin dans l’audiovisuel ce très vieux plaisir de la lecture savourée lentement, mais oublié durant des décennies. Une série nouvelle et une récente sont à saluer !

The good wife – Ridley frères

Présente en premier rideau, « The good wife » est produite par les frères anglais Tony et Ridley Scott bien implantés aux USA ( TSR, vendredis, mais aussi TF1 jeudis). Mère au foyer, Alicia fut trompée par son mari politicien retors. Archie Penjabi, Kalinda étrange et sidérante noiraude, vole la vedette à Giuliana Margulies en avocate qui retrouve un poste de travail. Désormais bien installée entre ses audiences de tribunal avec une belle galerie de présidentes et présidents aussi bizarres les uns que les autres, la série monte en force.

Giuliana Marguiles et Archie Penjabi dans “The good wife”

Broardwalk Empire : Atlanta, New-York, Chicago – 1920

« Boardwalk empire » ( TSR, début le dimanche 13.11.2011, 4 épisodes déjà à ce jour du 22.11.2011) est bien parti. Produite par Scorsese, la série commence par septante minutes signées Martin Scorsese. Ville phare : Atlanta, avec incursions nombreuses vers New-York et Chicago. La prohibition de l’alcool, dans les années vingt, fit faire un bond en avant aux mieux organisés des truands. Personnage principal : Enoch Thompson, dit « Nucky », ( Steve Buscemi) fonctionnaire municipal qui va rapidement s’enrichir par la vente d’alcools, assisté par un jeune homme qui revient du front européen des années 1918, James Darmedy, dit « Jimmy » (Michael Pitt). D’emblée, des personnages intéressants, Al Capone et Charles Luciano, dit « Lucky », qui feront carrière par la suite. Un personnage féminin assez peu adapté à ce milieu de truands, Mme Margaret Schroeder ( Kelly MacDonald).

Trois cent mille francs la minute.

Martin Scorsese

HBO, chaîne cryptée américaine commerciale, a connu en septembre 2010, son meilleur démarrage après celui de « Deadwood », avec près de cinq millions de téléspectateurs. Autour de Scorsese, le scénariste Terence Winter, celui des « Sopranos », Mark Wahlberg, producteur qui fut déjà lié à Scorsese pour « Les affranchis ». Le premier épisode de septante minutes, réalisé par Scorsese lui-même, aura coûté vingt millions de dollars, autrement dit trois cent mille francs la minute. Mais ce sont là des normes américaines. « Les affranchis » du même Scorsese avaient absorbé nonante millions de dollars.

Steve Buscemi (”Nucky” Enoch Thomson)

Cinéma et télévision confondus dans la perfection audiovisuelle

Tout est d’emblée en place pour la première saison, une troisième actuellement déjà en tournage : de splendides décors pour reconstituer les intérieurs d’Atlanta, New-York et Chicago, des personnages forts nombreux, des vêtements d’époque, comme la musique avec beaucoup de jazz, des acteurs au service de leurs personnages qui vont revenir d’une saison à l’autre. La mise en scène d’emblée brillante comme dans les meilleurs films de Scorsese sera par essence permanente puisque les réalisateurs sont choisis par le producteur principal, Scorsese lui-même. Les qualités du meilleur cinéma, avec le retour à la richesse romanesque qui prend son temps, seront certainement présentes pendant la douzaine d’heures de chaque saison. On est ainsi d’emblée dans le meilleur des séries qui nous viennent des USA. L’audiovisuel contemporain haut de gamme unit désormais étroitement cinéma et télévision.

“Borgia” et “Killing” : USA contre Europe

La diffusion des séries hebdomadaires de haut niveau obéit (presque) sur la TSR à la règle suivante : meilleure est cette série si sa diffusion est tardive ( après 23 heures) et plus encore si elle est affublée d’un logo rouge de mise en garde de « certaines sensibilités » contre des scènes généralement de violence ou de sexe. Mais il s’agit plutôt d’une tendance.

« Dexter » partout… sauf ici !

Tirerait-on du programme de dimanche dernier (30 octobre) un montage issu des scènes ou situations les plus virulentes de « Varg veen » et de « Les Borgias » que par comparaison « Dexter » tiendrait de la bluette. Une vague de moralisme souffle sur la télévision installée dans la calviniste Genève. Le refus de programmer « Dexter » tient de l’auto-censure. Il ressemble furieusement à un acte de censure conduisant pour la spectateur à un choix entre sa chaîne préférée et ses voisines de TF1, de Zürich ou d’Espagne, etc.

Sarah Linden (Mireille Enos) dans “Killing” version américaine

Sarah Linden (Mireille Enos) dans “Killing” version américaine

Sara Lünd (Sofie Gabrol) dans “The killing” version danoise

Sara Lünd (Sofie Gabrol) dans “The killing” version danoise

Doubles choix … anti-européens !

D’un non-choix, passons à des choix unilatéralement imposés. Il existe donc deux versions de la grande famille espagnole régnant sur le Vatican : un « Borgia » commandité par Canal alpha de France et « Les Borgias » venus des USA. Constatation : la TSR a choisi la version anglophone. La deuxième saison de la série danoise « The killing » vient de s’achever sur Arte. La première saison de la version américaine vient de prendre son élan sur TSR1 le lundi soir. De beaux esprits se plaisent à dire que tout le monde parle d’Arte sans jamais la regarder. On aurait donc très bien pu choisir pour la TSR la version danoise, sans nuire à l’audimat. Une deuxième fois, entre l’Europe et les USA, le choix par la TSR s’est porté sur les USA.

J’ignore si «Borgia » surpasse « Les Borgias » faute de connaître le premier. « The killing » du Danemark est supérieur au « Killing » américain, de peu, mais tout de même.

Version américaine ou version danoise ?

Version américaine ou version danoise ?

La Sara danoise plus mystérieuse que la Sarah américaine

Première surprise : les suivre conduit immédiatement au sentiment de déjà-vu, mais sans la moindre nuance péjorative. Comme si on se lançait pour le plaisir dans une seconde lecture. Les scènes nocturnes restent nocturnes, dans les bleus sombres. Il pleut sur Copenhague autant qu’il pleut sur Seattle. La famille de la victime de Raben devient Larsen. Sara Lünd se nomme désormais Sarah Linden. Et parmi les multiples similitudes qui ne sont pas des copies, une pourtant étonne. L’actrice danoise, Sofia Gabrol est plus mystérieuse, plus troublante, plus étrange, plus inquiétante, moins lisse que Mireille Enos.

Sofie Gabrol

Sofie Gabrol

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