Dossiers
Vieillir demain : le boom des séniors
La RTS dépasse donc largement la notion déjà précieuse de « Soirée à thème » avec un imposant programme en télévision, radio et internet sous le titre « Vieillir demain : le boom des séniors », boom du reste aujourd’hui déjà esquissé. Un remarquable effort de promotion est fait en cette occasion. On en trouve le chemin sur ce site en notre page d’accueil : rts.ch/vieillir demain ).
Les émissions y sont présentées clairement dans l’ordre chronologique. Mais il y a plus. On trouve sur la colonne de gauche la possibilité de revoir d’anciennes émissions sur ces troisième et quatrième âges. Précieuse offre, que de permettre de savoir comment, hier ou avant-hier, on abordait ces problèmes. Un regret toutefois : il serait fort intéressant de savoir quand ces différents documents sont apparus à l’antenne. Mais peut-être que je n’ai pas su trouver cette information chronologique…
Un grand bravo à ceux qui ont eu cette idée somme toute audacieuse de programmation multimédia, Françoise Ducret, Mario Fossati, Jean-Marc Bégiun et Romaine Jean (fyly – jeudi 16 octobre – 10h30)
Temps présent : « Alzheimer à visage humain » (Jeudi 16.10.14 – 20h15)
Remarquable, cet » Alzheimer à visage humain », de Marc Wolfensberger en collaboration avec Marcel Schüpbach, ancien co-responsable de « Temps présent », ce qui n’interdira pas un participant à l’émission de traiter cette maladie de « saloperie ». Et elle l’est assurément, pour les proches du malade qui le voient quitter peu à peu ce monde pour se réfugier dans un ailleurs reconstitué auquel ils n’ont pas accès. La souffrance des proches est une évidence. Quelques-uns, parfois,, acceptent un certain humour, quand son mécanisme repose sur le sens détourné des mots. D’ailleurs, cet humour fait par instants partie de l’émission, pas comme une forme de défoulement, jamais au détriment du malade qui se « trompe » : en amicale complicité
Les exemples choisis, deux institutions en Suisse romande, un village entier en Hollande, Hogeweyr », mettent en évidence la grande attention pour ces malades qui oublient de plus en plus leur vie ancienne. Dans le village, il ont le droit si tel semble être leur désir à des « journées-pyjama ». Une certaine « sagesse » s’installe en eux qui efface en partie la peur de mourir. Et cette mort, dans cet environnement, est plus soudaine que dans les institutions à vocations multiples.
Les soignants sont en contact quotidien avec les malades et avec les proches qui doivent accepter cet « ailleurs » parfois dans la souffrance. Retenir certains témoignages de ceux qui se mettent à « parler Alzheimer » fait comprendre la nature de leur engagement. « Pour nous, c’est ce qui reste qui est important ». Et tant mieux si Monsieur X et Madame Y pensent qu’ils sont mariés.
La vie à l’envers – Anne Giafferi (Jeudi 16.10.14 – RTS1)
« Téléfilm » ou « Film » ? Une différence peut-être : un film est encore destiné à faire si possible carrière sur grands écrans. Un téléfilm est en principe entièrement financé par une ou des chaînes de télévision.A part cela, il s’agit d’une fiction à aborder comme telle.
Nina (Marthe Keller), 67 ans, perd la tête, autrement dit donne les premiers signes d’Alzheimer. Elle a trois filles, l’une trompée par mon amant, la deuxième séparée de son mari, la troisième pas très contente de son psy. Il faut trouver une solution pour s’occuper de maman : le personnel auxiliaire n’est pas de premier choix. Ce sera l’institution spécialisée. Mais cela est coûteux. Vendre ou non les biens de la famille: telle devient la question !
On l’aura compris : le récit porte plus son attention sur les problèmes de trois soeurs que sur la malade elle-même. Il s’agit plus d’organiser un nouveau mode de vie pour quelqu’un qui n’en ressent pourtant pas vraiment le besoin que de tenir compte d’elle.
On peut se dire que si la réalisatrice avait vu « Temps présent*, elle aurait probablement fait un autre film, plus intéressant. Un tel divertissement prend place dans un ensemble de sujets traitant du vieillissement, à travers des observatrices certes touchées de près par la maladie de leur mère, mais centrées sur leurs propres problèmes.
La RTS salue le cinéma suisse
Pour commencer, saluons la SSR-SRG qui vient de décerner ses prix en espèces dites sonnantes et trébuchantes à l’occasion de la remise des prix du cinéma suisse 2014 qui se déroule à Zürich le vendredi 21 mars. Une condition : ces montants doivent être réinvestis dans une prochaine co-production avec la télévision ! Voir sur la page d’accueil de notre site : Succès artistique SRG SSR 2014
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Mais avant, parlons tennis tardif !
Quelle chance ils sont, les amateurs de sports télévisés ! D’abord, ils disposent d’une chaîne qui répond à leurs souhaits en direct, n’importe quel jour et à n’importe quelle heure – il s’agit bien sûr de RTS2. Voici que toute affaire cessante, le tennis est à nouveau prioritaire. Ainsi donc dimanche 16.03.2014 au soir, peu après 22heures, nous eûmes droit à une plutôt fort belle rencontre entre Djokovic et Federer, pleine de, suspens passant d’un six-trois à trois-six puis six-six conduisant à un tie-break. Gagné par le serbe : il était plus de minuit !
Depuis Genève, le commentateur qui n’en disait guère plus que ce que peut se dire le téléspectateur qui fréquente régulièrement le tennis a pris la peine de présenter des excuses à son public à cause de l’heure tardive de la retransmission. En les réitérant au début du final vers minuit! Plein de prévenances !

Une demi-finale d’un concours de miss chinoises organisé en Suisse romande, qui relève d’une réalité devenue fiction dans « Win-WIn » de Caudio Tonetti (Photo Frenetic)
La création audiovisuelle livrée à elle-même
Dans un autre domaine, personne ne vient regretter que les séries récurrentes les plus exigeantes, les films d’auteur, en particulier s’ils sont suisses, qui tiennent de la documentation et plus souvent de fiction soient souvent tardivement au rendez-vous. La création audiovisuelle n’a personne parmi les responsables de la programmation pour évoquer les heures de diffusion tardives et cocoller le public comme les « sportifs » savent le faire!
Et tant pis si je me répète. Surtout qu’il s’agit de virer sur l’aile, du moins durant la semaine en cours. Les anonymes responsables de la programmation viennent de proposer en premier rideau un exquis mais anodin film de divertissement local, « Win Win » de Claudio Tonetti (Lundi 17 à 20h45 dans « Box-office).
Une soirée thématique
La soirée du mercredi reste régulièrement, peut-être la plus excitante, la plus inventive de notre chaîne. Ce 19 mars propose une soirée thématique intitulée « Enfants placés, la Suisse doit-elle payer ? ». Dès 20h10,voici « L’enfance volée », un film suisse, solide, rude, troublant, éprouvant de Marcus Imboden, qui sert d’excellent tremplin à un débat d’ »Infrarouge » qui ne devrait pas conduire à des pugilats verbaux.
Les prix du cinéma suisse
Et vendredi 21, dès 21h20, encore un film suisse bien exposé, le magnifique « More than Honey » du vétéran Markus imhoof, qui met en garde contre le risque de la disparition des abeilles, dans le cadre cette fois de la « Nuit du cinéma suisse ». La remise des Prix 2014, qui se déroule à Zürich, sera expédiée en moins de trente minutes (entre 22h50 et 23h15). Viendra encore un film suisse, une comédie, « Bob et les Sex Pistaches » d’Yves Matthey que je vais découvrir ( 22h50) avant la présentation d’un film étrange et maladroit à minuscule budget, « Mangrove » de Frédéric Choffat ( 00h35), d’accès difficile.

More than honey de Markus Imhoof : non seulement un grand succès en Suisse, mais aussi à l’étranger (Photo Frenetic)
Une semaine ouverte sur la création audiovisuelle suisse, parfois à d’excellentes heures accessibles au grand public, voilà une rareté à saluer qui rend ainsi hommage à ceux qui, à la SSR et/ou la RTS, prennent des risques en soutenant le cinéma suisse.
A lire sur RTSR.ch, le communiqué de presse de La Nuit du Cinéma Suisse.
Considérations estivales II
Au fur et à mesure des idées, des envies, il faut profiter de l’été pour vagabonder, ne pas vouloir coller à l’actualité sans pourtant la négliger. L’été, à la RTS comme ailleurs, ce sont des programmes, disons » allégés », tournés plutôt vers le divertissement, entre autres à travers les fictions, que la réflexion sur le monde qui nous entoure.
Voici l’état actuel de cette « production » estivale
6/ Vous avez dit « Diversité » (bis)
28.07.13
5/ Sur RTS1 : mardi soir 23.07.13
27.07.13
4/ Co-productions de la RTS au 66ème festival de Locarno, 7-17 août 2013
Voir ci-dessous « Considérations estivales I »
2/ Vous avez dit « Diversité »
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6/ Vous avez dit « Diversité » (bis) ?!
Dans ce titre, après lecture, faut-il garder « ? », ou « ! » ou les deux ?
Les mois d’été venus, la RTS laisse croire à ses adeptes qu’ils peuvent faire de la programmation, les lundis soirs, dans « Box office à la carte ». Il s’agit, moyennant finance, de choisir entre deux films de durées à peu près équivalentes. Et de ces quatre-vingt centimes par appel ou SMS, que fait-on s’ils sont des milliers ?

Roman Polanski, un des rares auteurs parmi les responsables des vingt-deux films présentés dans « Box office », avec ou sans carte.
Mais la durée n’est pas le seul élément d’équivalence. La RTS édite en couleur verte des avant-programmes. Ces documents en principe reflètent la réalité des programmes définitifs. Du lundi 1 juillet 2013 au lundi 12 août 2013, sept semaines furent consacrées au « Box office à la carte ». Sur quatorze films proposés treize proviennent des USA. Et le quatorzième n’est autre qu’un film tourné avec des acteurs britanniques en anglais par Roman Polanski, interdit de séjour aux USA.

Affaire très personnelle : une image de « The ghost Writer » de Roman Polanski, le meilleur film d’une série de vingt-deux films alignés par « Box office » du début de mai à mi-août 2013.
C’est l’été, période exceptionnelle ? Elargissons la période d’observation. Toujours selon les avant-programmes verts, du lundi 6 mai au lundi 24 juin, huit semaines, sur huit films, sept américains.. L’exception, cette fois, est française : il s’agit de « La fille du puisatier » de Daniel Auteuil.
Bilan : quinze semaines, vingt-deux films dont vingt américains. Vous avez dit « Diversité » ?

Intérieur – extérieur : un plan révélateur de la mise en scène de Roman Polanski pour « The Gost Writer »
Il faudrait que le patron de la RTS, que son responsable des programmes fassent quelque remarque à leur programmatrice de service, sinon on sombrera comme Titanic dans cette exclusivité à nonante pourcent américaine.
La lecture des noms des réalisateurs des films fait apparaître quelques présences d’auteurs connus ou reconnus : Roman Polanski, Clint Eastwood, Oliver Stone, Ridley Scott, Daniel Auteuil. Dix-sept autres noms peu ou pas connus : là au moins, dans ce cinéma de divertissement, il y a diversité.
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5/ Sur RTS1 : mardi soir 23.07.13.
« Exemplaire » : on se croirait sur TF1 !
« Le client » à 20 :40
Un ancien champion de Formule1 veut épouser la très jeune Mélanie qui attend un enfant de lui. Fred, hélas, est encore marié et celle qui n’est toujours pas son ex refuse le divorce. C’est gentillet, inoffensif, un peu amusant ; çà s’appelle « Le client ». C’est une production de TF1, proposée le mardi 23.07.13 par RTS 1 en premier rideau à 20h40. Vu le en entier, avec ennui devant l’anodin ! Cela passe pour un « téléfilm humoristique ». Je crois avoir lu au générique qui passe rapidement que la « RTS » était partenaire à je ne sais quel titre.
« Bienvenue aux Edelweiss » à 22 :05
Une femme en instance de divorce s’invente un nouveau fiancé pour que sa mère cesse de la harceler. C’est la première partie d’une mini-série de trois épisodes. Cà s’appelle « Bienvenue aux Edelweiss ». C’est une production de TF 1 proposée par la RTS1 ce mardi 23.07.13 à 22 :05. C’est donné comme un téléfilm humoristique inédit sur la chaîne romande. Pris assez rapidement la fuite devant trop d’anodine gentillesse !
« Opération Casablanca » à 23 :40
« Opération Casablanca » de Laurent Négre est une production suisse qui a coûté dans les quatre millions de nos francs. C’est, dit le dossier de presse de film, « l’aventure rocambolesque d’un jeune immigré maghrébin devenu pour un délit de faciès le suspest no 1 d’un complot terroriste mondial », traitée en comédie qui se veut décomplexée. Le rythme, inégal, manque de fluidité. C’est un film plaisant, pas une grande réussite.
La RTS et les produits-maison
La RTS, radio et télévision, ont fait bon accueil à ce film, en particulier lors de sa présentation aux Journées de Soleure en janvier 2011. Normal que la RTS soutienne la sortie d’un film dont elle est co-productrice dans une proportion que je ne connais pas – renseignements suivent ! Le public n’a pas très bien suivi, lors de la sortie en salle.

Il fallait veiller jusqu’à près de minuit pour voir cette image d' »Opération Casablanca », sur RTS 1, le mardi 23 juillet 2013…
Dans tous les secteurs, la RTS offre un excellent horaire de diffusion à ses produits maison et à ses co-productions, à deux exceptions près. Les séries à forte valeur ajoutée sont repoussée en fin de soirée. Le cinéma d’auteur et, dans cet ensemble le sous-ensemble suisse souvent co-produit par la RTS, subit le même triste sort. Les environs de minuit sont la norme.
Néfaste influence de TF1 !
Une anodine comédie produite par TF1, peut-être associée à la RTs, en début de soirée ! Une série anodine produit par TF1 en milieu de soirée ! Un film suisse inégal co-produit pasr la RTS pratiquement en nocturne ?C’est un exemple, mais hélas pas le seul !! Dans le domaine du cinéma d’auteur et celui de séries haut de fema, le modèle pour les horaires vient tout droit de TF1. Néfaste influience ! Le service public généraliste suisse, avec sa volonté de diversité, devrait s’en éloigner ! Oui, mais…
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4/Co-productions de la RTS au 66 éme festival de Locarno, 7 – 17 août 2013
Fière à juste titre, la RTS annonce la présence de sept films qui ont obtenu son soutien lors du 66èME Festival de Locarno qui se déroule du 7 au 17 août 2013. On trouve dans la page d’accueil du site de la RTSR le communiqué de la RTS.
Locarno sera donc l’occasion d’entendre parler sinon de tous du moins de certains d’entre eux, en particulier des trois longs-métrages très attendus, sur la Piazza Grande (« L’expérience Blocher » et « Les grandes ondes ») et en compétition principale (« Le tableau noir »).
Sources de financement
Sans argent, sauf extraordinaire exception de minimalisme, et encore, pas de film. Alors, pour une fois parlons argent mis à disposition des producteurs par les trois principaux soutiens du cinéma national, la RTS qui est aussi client puisque ces films apparaitront dans les programmes, le récent « Cinéforum » romand regroupement des forces de la Loterie romande, de quelques villes et des cantons et l’Office fédéral de la culture à travers sa Section du cinéma.
Voici, en milliers de francs, les apports de ces trois grands groupes en un tableau récapitulatif :
Locarno 2013 – les films romands RTS CINFO OFC
L’expérience BLOCHER – J.S.Bron (D) 130 182 260
Les grandes ondes- Lionel Baier (F) 350 800 900
Le tableau noir – Yves Yersin (D) 150 225 300
Sous total ( 3 LM) 620 1’207 1’460
4/L’harmonie – Bernard Harrisson(D)(60mn) 30 21 —-
5/Bonne espérance – K.Schlitknecht(F-court) 10 26 40
6/Hasta Santiago – Maura Cararo(Amin court ) 30 56 —-
7/La fille aux feuilles – Marina Rosset(Amin court) 9 25 36
Sous-total ( 1 MM / 3 CM) 79 128 76
8/A iucatta – M.Penetta (D-court) 35 67 45
9/Sortie de route – T.Aymon(F-court) —- 35 —-
Vigia – Marcel Barelli (Amin-court) 45 42 60
Sous-total ( 3 CM) 80 144 105
Totaux 789 1’479 1’641
Répartition en % arrondis à l’unité 20 38 42
Ces montants ne sont qu’une partie du reste fort importante – le 66 % – du coût total de ces dix films qui s’élève à 5’893 mille.
Considérées comme un tout, ces trois sources de financement, la RTS, le Cinéforum et la Confédération représentent donc un vingt pourcent pour la RTS, un peu moins du double pour le Cinéforum et un peu plus pour la Confédération. A noter que la confédération n’intervient que dans sept des dix films et la RTS dans neuf sur dix. Il est en effet important que des films puissent exister sans cette forme d’aide fédérale du reste précieuse. Il faut aussi observer que la télévision est un partenaire important, mais moins que le Cinéforum et la Confédération.
Il convient enfin de souligner une qualité essentielle dans ce domaine de la création audiovisuelle : les montants de l’investissement de la RTS et des aides romande et fédérale sont annoncés de manière transparente.

Version ancienne du « Tableau noir » ( 117 minutes), d’Yves Yersin « La montagne initiatique » durait plus de trois heures.
Exemples de coût à la minute
On peut donc sans trop de peine calculer, pour la télévision, le coût à la minute qui est un très important critère de mesure :
+mille trois cent francs la minute pour les 100 du document consacré à « L’expérience Blocher » par Jean-Stéphane Bron ( diffusion suisse, Frenetic – sortie 30 octobre 2013 )
+quatre mille cinq cents francs environ pour les 80 minutes des « grandes ondes » de Lionel Baier (diffusion en suisse Monopole Pathé – sortie 18 septembre 2013)
+ mille trois cents francs environ pour les 117 minutes du « Tableau noir » d ‘Yves Yersin ( diffusion en suisse par Filmcoopi, sortie romande le 20 novembre 2013).
A titre de comparaison, rappelons que la RTS investit entre douze et quinze mille francs la minute dans une série comme « L’heure du secret » alors que le tournage de la deuxième saison se déroule actuellement et en partie au Locle. Mais si vous désirez savoir combien coûte à la minute le « 19 :30 », « JO », « Les coups de cœur d’Alain Morisod », le « Tour de France » ou la « Formule 1 », la réponse risque d’être « on ne sait pas » ou « On n’a pas le droit de le dire par contrat » faute de dire franchement « On ne veut pas le dire ». La transparence, au moins dans la création audi0visuelle, est vertueuse.
Soirées thématiques
Une soirée d’au moins deux heures consacrée à un même sujet est chose très intéressante. Cela permet, bien entendu, d’en dire et montrer davantage que dans les modules habituels d’une heure au maximum. Une soirée thématique sera d’autant plus intéressante qu’elle aura des ambitions informatives ou culturelles plutôt que seulement divertissantes.
Mais d’abord, comment et pourquoi briser la rigidité de la routine. Puis viendront quelques exemples :
+ « Infrarouge » après « La part de l’autre » – RTS1 – à suivre
+ « Cosi fan tutte » – Mozart – Hanecke – ARTE – à suivre
+ Soirée papale – ARTE – à suivre
+ Football : coupe des fédérations – RTS2 – à suivre
+ Fictions américaines – RTS1 – à suivre
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Briser la rigidité de la routine
La rigidité des grilles de programmes est parfois éprouvante. Certains émissions sont formatées pour offrir, jour après jour ou semaine après semaine, des rubriques de même durée au même moment.
Ainsi le « 19 :30 » de RTS1 débute-t-il par deux petites minutes de sommaire, une répétition de son solde à 19h45 ( moins d’une minute). Un grand format met fin à ce que d’aucun appellent la « grand’messe », mais sa durée ne dépasse guère les quatre minutes. La structure générale est presque toujours la même, comme le générique de fin qui salue le responsable et ses quatre adjoints, sans que l’on sache ce que font les uns et les autres. Bien sûr, certains événements, accidents, faits divers occupent parfois l’antenne durant de longues minutes. Seul change le contenu.
« TTC », « Mise au point » et les autres reviennent chaque semaine dans le même moule. Même problème pour des magazines mensuels. Mais ce qui fait l’intérêt d’un « Spécimen » c’est, dans une grande souplesse, entre autres la diversité des expériences même si certaines sont parfois obscures tout en parvenant à titiller la curiosité.
Une soirée de durée variable, consacrée à un même sujet abordé sous des angles différents, brise heureusement cette routine. Il fallait une fois rendre un hommage à cette diversité sous diverses formes. Les soirées thématiques peuvent concerner un sport, ou des fictions de même esprit. Elles ne sont pas les plus enrichissantes. Celles consacrées à un même thème de société, à une approche culturelle, brisent la routine.
Ces quatre visages, pourquoi ? Pour briser la routine du texte, d’abord. Mais aussi pour rendre un hommage à l’équipe qui anime « Spécimen » six fois l’an, une des rares émissions de la RTS qui brise régulièrement cette routine. L’occasion est donc belle aussi d’ajouter aux deux images du présentateur les deux co-auteurs qui restent en général en coulisses.
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Les « Docs » de la RTS
Dès le vendredi 24 mai à 20h10, durant cinq semaines, la RTS propose une nouvelle mini-série de cinq fois quarante-cinq minutes, « La part de l’autre » de Christophe Chiesa. Le tournage en immersion s’est déroulé durant trois mois aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUV). Certes, il s’agit d’une médecine de pointe. Mais plus encore de comprendre ce que donner ou recevoir un organe représente, dans un pays comme le nôtre où les donneurs sont trop rares.. Voici une première image :
Avertissement : ce long texte comprend différents chapitres précédés d’intertitres. Ils peuvent être lus indépendamment les uns des autres. Des sous-titres interviennent dans les différents chapitres:
- 1/ L’unité des films documentaires depuis 2001
- 2/ De l’idée à la réalisation
- 3/ De la diffusion
- 4/ Contribution à la cohésion nationale
- 5/ Reconnaissance internationale
Le texte avec des lettres droites comme un « i » apporte des informations, y compris celles qui résultent des contacts avec Mme Challand, par téléphone et courriels successifs. Les parties en italiques se rapprochent de remarques plus personnelles ou signalent des questions à poser en vue d’obtenir de prochaines réponses (à suivre).
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1/L’unité des films documentaires depuis 2001
L’unité des films documentaires, créée par la direction de la RTS en 2001, par Gilles Marchand et le responsable des programmes d’alors, Raymond Vouillamoz, se compose actuellement de treize personnes, alors qu’ils n’étaient que quatre au départ. Il fallait répondre à un réel besoin de documents de création dans le format d’un long-métrage de cinéma, environ nonante minutes alors que les reportages pour la tv s’en tiennent souvent à cinquante-deux minutes au maximum. Il était important d’avoir une cellule qui puisse procéder à des échanges et collaborer avec celles de France Télévision et d’ARTE (plus de vingt co-productions depuis 2001). L’unité collabore aussi avec des producteurs et réalisateurs romands, entre autres.
Gaspard Lamunière assiste Irène Challand depuis un peu plus de huit ans. Il a par exemple activement participé à la production d’une série nationale consacrée à des cinéastes suisses, en en confiant la réalisation et le montage à de jeunes professionnels. Il collabore actuellement à un imposant travail de collaboration avec le CICR tout en étant souvent engagé aux côtés d’I.Ch dans le domaine des échanges internationaux.
2/ De l’idée à la réalisation
L’unité des films documentaires de la RTS a la chance de maîtriser pratiquement toute la chaîne qui aboutit à une diffusion. Au départ, il y a une idée, un projet qui retient l’attention à l’interne. Il s’agit alors d’examiner la structure du financement, qui va de la production par les seuls moyens de la RTS à l’achat d’un produit terminé en passant par la co-production avec un partenaire suisse majoritaire ou minoritaire, ou étranger minoritaire ou le pré-achat qui garantit un passage antenne. Bien entendu, sur le projet est parlé dans une autre langue que le français, il faudra décider de la formule d’adaptation, par traduction ou sous-titrage. Ce cas particulier peut se présenter à l’intérieur de la SSR-SRG, partenariat avec Berne ou avec Zürich ou le Tessin. C’est là un aspect important de la cohésion nationale. Toute co-production peut être construite pour une diffusion au cinéma puis à la télévision ou ne prévoir que de diffusions que sur le petit écran et ses dérivés.
Les coûts à la minute vont de cent francs pour un achat à deux mille francs dans les co-productions majoritaires. Les contrats signés, l’unité suit le tournage et le montage et donne son accord avant les finitions.
Il n’est pas simple de calculer le coût réel d’une production aboutissant à la notion de coût-minute qui est tout de même une indication, comme le directeur de la RTS, Gilles Marchand, le déclarait lors d’une conférence à la SRT de Neuchâtel. Mais il se pourrait que cette complication de calcul soit aussi le reflet d’un manque volontaire de transparence.
Entre la SSR et les milieux du cinéma suisse existe un accord, « Le pacte de l’audiovisuel » qui dispose de vingt-deux millions de francs par année pour l’ensemble de la Suisse. L’unité des Docs de la RTS émarge pour deux millions à ce fonds.
Mais il existe d’autres sources de financement interne à l’entreprise sur lesquelles il faudrait demander des informations complémentaires qui pourraient introduites dans ce texte au fur et à mesure de leur obtention. Cela pourrait bien n’être pas très aisé, la transparence n’étant pas une qualité nécessaire pour la SSR qui donne parfois un peu l’impression de se plaire en zone d’ombre.
3/ De la diffusion
Une œuvre audiovisuelle de documentation terminée doit donc être portée à l’antenne. Il devrait aller de soi que les responsables de son existence prennent une part importante dans la diffusion au(x) public(s), dans des cases qui sont réservées à l’unité, à des heures différentes, sur des supports différents, y compris internet et ses réseaux sociaux ou sur portable et autres tablettes de lecture.
Dans la grille des programmes hebdomadaires, les « Docs » occupent plusieurs cases en période « normale » :
+ sur RTS 1, le dimanche dans la matinée « Le doc nature » et « Le doc expédition »
+ sur RTS 2, apparaissent le dimanche soir vers 21h00, « Histoire vivante » et en fin de soirée « Le doc.ch », le lundi « Le doc du lundi » en premier rideau avec reprise d’ « Histoire vivante » en fin de soirée. On trouve encore le jeudi en début de soirée le « Doc nature ». Le « Doc.ch » est parfois remplacé par le « Doc.visions du réel ».
La présence des « docs » est donc plus forte sur RTS 2 avec d’excellents premiers rideaux que sur RTS1. De plus, les dimanche et lundi sont en principe peu propices à l’invasion par le sport-roi. Donc « Les DOCS » n’ont pas à subir les renvois ou les retards qui affectent souvent la fiction.
«Histoire vivante » sur RTS
« Histoire vivante », programme de nonante minutes environ, est proposé le dimanche en milieu de soirée avec reprise tardive le lundi. C’est un des « phares » de l’unité. A partir du sujet du document, la radio « La première » consacre durant cinq jours ouvrables par semaine une émission entre 20h00 et 21h00. La collaboration thématique s’étend à la presse écrite puisque « La Liberté » publie sur le sujet de la semaine une page entière le vendredi. Certains des récents sujets méritent d’être rappelés, « Gatekeepers » israélien ( 03.03.2013) et « La Chine » ( 17 février). Assez fréquemment, les parts de marché s’inscrivent parmi les meilleures de la chaîne
Le « Doc événement » sur RTS 1
Le « Doc événement » prend place de temps en temps sur RTS1 en soirée thématique qui fait suivre une projection d’un débat dans le cadre d’ »Infrarouge ». On peut citer par exemple ce qui fut fait avec « Vol spécial », « La saga des Perrochon » ou encore le très récent « Chronique d’une mort oubliée ».
L’exemple de « Romans d’ados »
« Romans d’ados » occupe une place particulière. Entre l’idée de base et la diffusion, sept ans se seront passés. Il s’agissait de suivre un groupe de jeunes passant de l’enfance à l’adolescence sans savoir comment les choses se dérouleraient dans le temps, dans une petite ville de « province », Yverdon. Il fallait de l’audace pour proposer un tournage qui prendrait une demi-douzaine d’années sans pouvoir garantir qu’il y aurait une mini-série et qu’elle serait intéressante. Et il fallait une Direction alors nouvelle qui ose prendre le risque de dire oui à une telle aventure.
Le résultat est connu. Les quatre films de « Romans d’ados », après une sortie réussie dans les salles de Suisse romande, ont « cartonné » comme disant ceux qui aiment s’appuyer sur l’audimate. L’étude attentive de l’audience aura permis de dépasser l’observation quantitative pour une analyse qualitative fine : l’impact sur les jeunes de 15 à 24 ans fut nettement supérieur à la moyenne annuelle dans cette classe d’âge. Le nombre de téléspectateurs ne s’est pas effrité durant chaque heure de projection. Une expérience audacieuse réussie aura aussi conduit à un examen qualitatif en finesse des informations données par l’audimate.
4/ Contribution à la cohésion nationale
Le rapprochement entre « La première » radiophonique et « Les Docs » télévisés fonctionne bien avec « Histoire vivante ».
Un réel besoin de mettre du temps à disposition pour aborder des problèmes sous des angles multiples conduit actuellement à passer par le format de la mini-série. Il y a quelques mois, « D’une jungle à l’autre », une expédition « psychiatrique » en Amérique du sud avec patients et soignants a reçu un très bon accueil. Le même principe vaut pour « Le tour du Cervin » proposé par « Passe-moi les jumelles » en avril et mai 2013.
Sur RTS1, dès le vendredi 24 mai en premier rideau, sous la houlette du « doc.ch » qui quitte pour quelques semaines sa case nocturne pour le premier rideau, ce sera « La part de l’autre » tourné aux HUG ( Hôpitaux Universitaires de Genève) sur des transplantations.
Une autre mini-série fera une plongée dans la vie bouillonnante du quartier des Paquis à Genève, avec sortie fin 2013.
Une série nationale, consacrée à la Croix-Rouge, est suivie côté romand par Gaspard Lamunière, le bras droit d’Irène Challand. Ce sera une preuve par l’acte que les trois chaînes de la SSR-SRG savent travailler en commun en une intéressante forme de cohésion nationale dont on a souvent parlé ces dernières années. La série sera diffusée par les trois canaux principaux de la SSR.
Cette cohésion s’est aussi concrétisée par certaines adaptations de mini-séries tournées à Zürich qui n’en est pas à son coup d’essai avec le récent « Les médecins assistants » de l’hôpital d’Interlaken, les différentes personnalités ayant permis d’enrichir la mini-série à travers un collaborateur de la REGA, par exemple
Des rencontres plus fréquentes au niveau national en sont bonne partie à la base de ces collaborations qui témoignent d’un effort de cohésion nationale.
5/Reconnaissance internationale
« Romans d’ados » fera-t-il l’objet d’une adaptation en Suisse alémanique et au Tessin ? Une certitude : les quatre films ont été présentés par TV5 Monde avec succès. Cela ne se produit pas très souvent.
Certes, quand « Les docs » produisent, co-produisent ou pré-achètent une émission ou une série, le générique – que souvent personne ne lit – fait apparaître les noms d’Irène Challand et de Gaspar Lamunière. Irène Challand admire des grands aînés comme Claude Goretta, Claude Torracinta ou encore André Gazut qui ont fait beaucoup pour que la RTS occupe une bonne place aussi au niveau international. L’équipe des Docs, en pays francophones en tous cas, c’est celle qui aura appuyé des gens comme Jean-Stéphane Bron (« Mais im Bundeshuus », « Cleveland contre Wall Street) ou Fernand Melgar ( La forteresse, Vol spécial) dont la réputation a largement dépassé les limites de la Romandie et les frontières de la Suisse.
Lors d’un récent cours de formation destiné à des collaborateurs de chaînes de télévision du pays du « printemps » arabe au Moyen-Orient où elle était invitée comme experte avec des collègues d’Arte, Irène Challand fut interrogée sur les projets des Bron ou Melgar, qui furent donc largement soutenus par « les Docs ». La réussite de l’ « Unité des films documentaires » de la RTS passe aussi par sa bonne réputation acquise au niveau francophone au moins.
Alors, tout est pour le mieux dans la meilleure des télévisions, la RTS ? Il reste à poser quelques questions qui pourraient mettre un ou deux bémols qui n’affecteront pas la satisfaction exprimée par ce texte. Donc à suivre…
Thierry Béguin : culture et audiovisuel
Radical très à droite durant sa jeunesse à la Chaux-de-Fonds dans l’anti mouvance de « soixante-huit », aujourd’hui plutôt à l’aile gauche de grand vieux parti devenu le PLR, évolution assez rare, avocat, puis juge d’instruction et procureur général de la république et canton de Neuchâtel, conseiller aux Etats (1987-1999), conseiller d’Etat (1997- 2005), Thierry Béguin, né en 1947, est un retraité « politique » très actif. Il est membre coopté du comité régional de la RTSR. Il préside aussi la nouvelle Fondation romande du cinéma. Voilà qui permet de décrire comment il prend la défense du service public, quels sont ses nouveaux liens avec le cinéma, quel est son comportement comme consommateur d’audiovisuel.
Lire aussi
- 2 – Thierry Béguin et le cinéma
- 3 – Thierry Béguin et la défense du service public
- 4 – Thierry Béguin en consommateur d’audiovisuel
- 5 – Pour terminer, en dire davantage sur “The end of time” de Peter Mettler – Canada/Suisse
L’institut Neuchâtelois et « L’expérience de la ville »
Thierry Béguin est membre d’une vingtaine d’autres associations. Il préside en particulier l’Insitut Neuchâtelois qui vient de prendre une part active à l’édition d’un ouvrage de photographies sur la Ville de la Chaux-de-Fonds. A la fin de notre rencontre, dans une parenthèse, il s’est mis à parler de manière séduisante d’un livre qui a permis à trois photographes qui se sont plongés dans sa ville natale de la « raconter » chacun à sa manière libre et inattendue.
A peine de retour devant mon ordinateur, j’ai consulté « google » avec « L’expérience de la ville ». Les premières images confirmèrent la qualité de la prochaine publication dont l’un des initiateurs dynamique fut l’Institut Neuchâtelois que Thierry Béguin préside. Coup de chance supplémentaire : dans son édition du 4 octobre 2012, « Le temps », sous la signature de Caroline Stevan présente sans la pression d’un nombre restreint de signes le style de chacun des trois photographes. Nous lui empruntons l’esprit de ses textes.
Pour savourer l’illustration
Les initiateurs de “L’Expérience de la ville” ont donné aux trois artistes-photographes invités de l’automne 2009 à l’hiver 2011 carte blanche, mais dans une ligne souhaitée plutôt urbanistique. Dit autrement, ils devaient remplacer la photographie humaniste par des compositions plus froides.
Matthieu Gafsou le frontal, lausannois habitué aux enquêtes photographiques, qui ne connaissait pas la “Tschaux”, a pris le parti d’un travail poétique en se détachant de certains clichés, comme des rues rectilignes et brumeuses, la présence de Le Corbusier, etc. Il s’est donc inspiré de sujets “pauvres”, comme un tas de neige, une façade éclairée, une petite tache de couleurs.
Yann Amstutz, pas loin du peintre avec son chevalet, neuchâtelois, s’est arrêté sur le végétal, frappé par des essences locales. A travers feuillus et sapins, les branches s’écartent pour dévoiler la ville plus ou moins proche.
Milo Keller est à l’intérieur, avec des clichés du théâtre, d’un temple, de l’hôpital, d’un centre commercial, lieux publics connus qui pourraient se situer ailleurs, montrés comme quelqu’un habitué à l’architecture mais en renonçant à regarder l’endroit dans son ensemble
Pour en savoir davantage, ceci
- « L’expérience de la ville », Matthieu Gafsou, Milo Keller et Yvan Attinger, Editions Attinger
- Exposition au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, du 7 octobre 2012 au 20 janvier 2013
2 – Thierry Béguin et le Cinéma
Comment devient-on président de la Fondation Romande du cinéma ?
Le cinéma, aujourd’hui, en Suisse, n’existerait pas sans l’intervention des communautés publiques – confédération, cantons, villes principales – ou semi-publiques – télévision, loteries. Regrouper des forces disparates devenait indispensable dans un milieu souvent traversé d’homériques batailles. Dans la plupart des cantons, l’aide au cinéma, démarche culturelle, dépend des départements de l’Instruction Publique. Une réelle volonté est intervenue il y a quelques années pour remplacer le premier “Fonds Régio” dont le principe d’aide automatique a été préservé. La “Fondation romande du cinéma” innove sur deux points essentiels : elle introduit la notion d’aide sélective et celle d’une contribution à l’écriture des sujets. Il devient ainsi possible de financer de temps en temps et assez correctement des productions pas trop coûteuses à deux, en liaison avec la RTS sans la Confédération. La Fondation est dirigée par une dizaine de représentants des cantons et cinq professionnels. Genève, Ville et Canton, y apporte près de la moitié des dix millions à disposition. La contribution vaudoise, importante aussi, est supérieure à celle du Valais dont le total correspond aux apports de Fribourg, Neuchâtel et du Jura réunis. Une présidence “lémanique” aurait peut-être posé problème. Certains conseillers d’Etat se sont souvenus de leur ancien collègue. C’est ainsi que Thierry Béguin est devenu président de la nouvelle fondation depuis deux ans.
Garantie de la diversité de l’aide
En Suisse romande, désormais, la majorité de l’aide provient de la Confédération, de la RTS et de la Fondation. Deux des trois sources de financement acquises permettent donc de se passer éventuellement de la troisième. La Fondation romande intervient aussi bien dans le domaine de la fiction que de la documentation, de l’animation que de l’expérimentation. Quatre fois par année des experts tiennent séance. Mais ce ne sont pas les mêmes d’une session à l’autre. Les demandeurs peuvent revenir trois fois à la charge avec leur projet complété ou modifié. Une grande attention leur est ainsi garantie.
Dialogues de qualité
Bien entendu, le président ne se prononce pas sur les projets. Il veille au bon fonctionnement de la nouvelle institution, dirige les travaux de consolidation des structures, surveille l’application des principes en restant en contacts étroits avec l’équipe dirigée par Robert Boner, ancien opérateur, cinéaste et producteur devenu secrétaire général. Les contacts sont aussi fréquents avec la direction de la RTS, laquelle gère le “Pacte Audiovisuel” qui lie la télévision nationale au cinéma indépendant, en lui attribuant chaque année un peu plus de vingt millions de francs dont une dizaine passe par la RTS. Le Président de la Fondation rencontre souvent Gilles Marchand, le directeur général de la RTS ou Alberto Chollet, le responsible de la fiction. Il peut aussi s’assurer que le cinéma de documentation de Suisse romande continue d’être bien soutenu par les responsables des “Docs” de la RTS qui obtiennent des heures de diffusion souvent excellentes. Le président de la Fondation est le garant du bon fonctionnement d’une nouvelle institution et d’un dialogue de qualité avec l’Office fédéral de la culture, les responsables de la RTS, tout en ayant la confiance des autorités politiques des cantons de Suisse romande. Une des occasions annuelles de tels contacts s’offre pendant le festival de Locarno, à la jonction de l’utile et l’agréable.

Thierry Béguin, Président Cinéforom, et Gilles Marchand, Directeur RTS, lors du festival Visions du Réel à Nyon
3-Thierry Béguin et la défense du service public
La SSR, puissant service public
En Suisse, le service public est puissant avec son budget de 1.5 milliards provenant de la redevance pour le 70 %, de sponsoring et de publicité pour le solde. Il doit pourtant faire face à une intense concurrence des pays voisins, particulièrement forte en Suisse romande. A l’intérieur même du pays, le partage du marché sportif entre Swisscom tv et la SSR donne lieu à des tensions. Le service public est aussi l’objet d’attaques idéologies ou économiques venues surtout de milieux de droite, en particulier l’UDC.
La composition du comité régional
Si la Suisse romande formait un cercle électoral unique, en s’en tenant aux courants de gauche modérée, du centre et de la droite modérée, la droite dominerait d’assez peu la gauche. Pendant des années, le conseil d’administration de la RTSR a connu une majorité absolue regroupant le PLR et le PDC. Il se pourrait que l’actuel comité régional nouveau qui a succédé à l’ancien conseil d’administration refléte encore cette situation. A noter d’ailleurs que rien n’impose d’avoir une représentation proportionnelle politique pas plus que des quotas féminin. Quatre anciens conseillers d’Etat sont actuellement membres de ce conseil régional. Faut-il voir là un reflet d’un pouvoir longtemps exercé par des conseillers d’Etat jusque dans les années 80 du siècle dernier, souvent par l’intermédiaire d’appels téléphoniques ? Formuler ces remarques m’aura valu une belle « leçon » de pragmatisme politique.
Pas d’appel téléphonique.
C’est un genre que Thierry Béguin, conseiller d’Etat de 1997 à 2005 n’a jamais pratiqué pour faire pression sur la radio et de la télévision. Des rencontres régulières parfois annuelles entre la direction de la Radio et de la Télévision et les conseils d’Etat incorpore permettaient d’intéressants échanges au cours desquels il était possible de formuler remarques, réserves ou compliments,
Le clef de répartition avantage les minorités
La RTSR en Suisse romande fait partie d’une organisation à la base démocratique de la SSR-SRG souvent donnée comme unique au monde. Mais ceci impose à notre interlocuteur et à ses collègues du comité régional d’être solides défenseurs d’un service public généraliste fort dans tous les domaines. Il est essentiel de soutenir la redevance liée à la clef de réparation qui accorde à la suisse romande le tiers du budget annuel de la SSR, avantageant ainsi notre minorité linguistique, comme l’est aussi celle de la Suisse italienne.
Les attaques contre le service public, plus virulentes en Suisse alémanique qu’au Tessin et en Romandie, proviennent d’une part de milieux proches de l’UDC pour des raisons de comportement politique jugé trop à gauche et de l’autre de représentants d’une économie libérale qui tendent à restreindre les moyens à disposition du service public. Les attaques de la gauche contre le service public sont rares.. Pour s’opposer à ces attaques venues d’une droite extrême et d’une droite souvent liée au pouvoir économique, mieux vaut des personnalités qui s’inscrivent dans la mouvance politique du centre.
Bonne cause en effet que cett forme de défense du service public. Et lucide justification de la composition actuelle du comité directeur de la RTSR.
4-Thierry Béguin en consommateur d’audiovisuel
A titre personnel, comment Thierry Béguin consomme-t-il radio et télévision ? En tout début de matinée, il écoute souvent la radio dont il apprécie l’information. C’est en milieu de soirée qu’il donne place au petit écran. Il doit aussi concilier sa consommation d’audiovisuel entre son domicile suisse de St-Blaise et sa résidence secondaire du Midi de la France, pays où la RTS n’est pas facilement accessible. C’est ainsi en se branchant sur TV5 Europe qu’il peut rester fidèle au «19h30 », grâce à la reprise du téléjournal en fin de soirée.
Ni sports, ni séries
Il avoue ne guère fréquenter deux secteurs de l’offre télévisuelle : les sports et les séries. Dommage : j’aurais bien voulu trouver un allié pour déplorer la trop grande place accordée aux sports et la programmation fort tardive de bon nombre de séries haut de gamme. Il sait pourtant que la minute d’une série suisse revient à la RTS à dix mille francs au moins et que l’achat d’une série américaine ne dépasse pas les quatre cents francs pour le même minute. Mais il aura aussi consenti une exception pour « L’heure du secret » dans sa dimension horlogère et locloise, un peu songeur lors des premiers épisodes avant de se laisser séduire par la force du récit .
Entre la Suisse et la France
Le double domicile fait de lui un auditeur et téléspectateur qui fait ses courses aussi bien sur le RTS que sur les chaînes françaises. Sa curiosité du soir le conduit à suivre des débats politiques, des reportages informatifs, des téléfilms ou des films de documentation. Il privilégie donc l’information mais dans le confort d’un salon installé devant un téléviseur. La radio, il l’écoute souvent dans sa voiture.
Il apprécie en particulier le « C.. dans l’air » de France 5 avec des invités qui certes se disputent mais en s’écoutant sous la direction d’un animateur qui évite de transformer son émission en pugilat comme cela se produit à « Infrarouge ».
Une envie de cinéma venue de la radio
Avant notre rencontre d’un samedi matin, il venait d’écouter la prestation radiophonique de Frédéric Maire, directeur de la cinémathèque, admiratif devant la précision de sa pensée, qui lui a donné envie d’aller voir un film qui parle cuisine à l’Elysée concoctée par Catherine Frot pour un président incarné par un acteur inattendu, Jean d’Ormesson. Bel hommage ainsi rendu à la radio qui sait donner la parole à un « passeur » qui lui sait donner envie d’aller au cinéma.
Un film parmi d’autres à Locarno : « The end of time »

A travers des branches, une lune, dirait-on, dans une curieuse lumière. Mais ce n’est pas du « Yann Amstutz » : rencontre inattendue dans le végétal. Voici une image tirée de « The end of time » de Peter Mettler, en octobre 2012 sur les écrans romands.
Radio, télévision et cinéma s’inscrivent naturellement parmi les activités du membre du comité régional de la RTS et du président de la fondation romande qui se rend désormais régulièrement à Locarno, haut lieu estival de rencontre. Belle occasion de savoir s’il en avait profité cet été 2012 pour voir la coproduction entre le Canada et la Suisse, d’un réalisateur double national ayant eu des liens avec Neuchâtel dans sa jeunesse, Peter Mettler,« The End of time ». La rigueur de la démarche scientifique du réalisateur, la justesse d’un hommage rendu à DostoÏevski, la force du témoignage d’une mère, la beauté de la lave d’un volcan en fusion, la splendeur de certaines images passant de la réalité aux formes géométriques abstraites et colorées valent à ce poème cinématographique notre admiration partagée.
5-Pour terminer, en dire davantage sur “The end of time” de Peter Mettler – Canada/Suisse
Le cinéma suisse de documentation se porte actuellement bien. “Sahdu”, d’un jeune valaisan, Gaël Métroz, tourné en complicité amicale profonde avec un ermite saisi de doute aux Indes et au Népal, fait brillante carrière publique. “Hiver nomade” de Manuel von Sturler reçoit au Festival de Film Francophone de Namur le pris du public, son opérateur Camille Cottagnoud est récompensé par le “*Bayard d’Or de la Meilleure Photographie. Ces deux films ont été co-produits par la RTS.
“The end of Time” de Peter Mettler a fait grande impression lors de sa présentation au festival de Locarno. Thierry Béguin n’est pas le seul a avoir apprécié ce film d’un suisse qui travaille entre le Canada et son pays d’origine, avec un film qui a reçu l’appui de la DRS. Voici quatre images du film ( Look Now !) sur les écrans romands depuis le 17 octobre. Un texte paru dans L’EVENEMENT SYNDICAL (10.10.2012), en fait un emprunt personnel, permet d’en dire davantage sur cet excellent film.
Des nuages aux formes qui se déforment; un parachutiste qui s’élance dans le vide de trente kilométres de haut; des nuages encore, qui incitent le cinéaste à se demander ce qu’est le temps. Chacun peut énoncer des phrases avec le mot “temps”. Il prendra rapidement conscience qu’une définition unique et rigoureuse est impossible à formuler. Avec le cinéaste, il y aura une première plongée dans le commencement du temps lors d’une visite au CERN. Un immense accélérateur de particules permet de provoquer dans l’infiniment petit de l’espace et du temps des collisions entre particules élémentaires supposées par des théoriciens, le boson, de Higgs, dont l’existence est désormais confirmée. A la TSR, Darius Rochebin, sourire en coin, avait donné trente secondes de temps à un scientifique pour expliquer le sens de cette révolution!
Nous voilà partis ensuite à la recherche du temps des géologues, près d’un volcan avec sa grise lave pétrifiée ou celle rouge en fusion et en mouvement avec blocs qui déboulent le long d’une pente brulant tout sur leur passage. Un solitaire dans sa maison épargnée médite sur la situation. En un autre temps, voici un immense parking à Détroit, dans un ancien cinéma. Des maisons abandonnées sont montrées de droite à gauche dans un lent mouvement de caméra accompagné d’une musique triste. Mais au retour, mouvement de gauche à droite, la vie réapparait au milieu de ces ruines industrielles dans la ville où Ford construisait des voitures que ses ouvriers pouvaient acheter. Nous voici près d’un d’un observatoire aux coupoles sphériques, après avoir assisté à une cérémomie bouddhiste. Le CERN réapparait, tandis que des formes issues du réel deviennent abstraites, telle la demi-sphère d’une coupole transformée en cercle. Mettler, esquissant des définitions possibles du temps, s’est mis à rêver. Il apporte la beauté, celle d’un arbre qui se reflète dans l’eau, celle d’un visage, celui de sa mère qui sait profiter de ce temps qui passe de plus en plus vite quand l’âge avance. La poèsie des formes, des couleurs, de la musique s’est glissée dans cette quête des temps. Le film est devenu poème. Pas forcément aisé d’y accéder !
Dans mon cinéma
Du sport en direct : on vous en parle le jour avant, avant, pendant, après, le jour après. Un tel traitement vaut pour les informations les plus importantes !
Diffusion d’un film, d’un téléfilm, d’une série : la présentatrice de service donne le titre, le sujet, parfois le nom d’un acteur, rarement ceux des créatifs. Les jours qui précèdent, la BdL (Bande de Lancement) en a parfois dit un petit peu plus. La documentation venue du cinéma , de la seule télévision ou de co-production est souvent mieux traitée. ! « Dans mon cinéma » est une exception honorable traitant correctement un divertissement mineur, l’audiovisuel de fiction.
La même structure d’un numéro à l’autre

Dans un petit cinéma pour la télévision, Dominique Warluzel domine souriante Béatrice Barton et charmant Alain Delon
Cette série d’émissions d’une cinquantaine de minutes trace en sa présence le portrait d’un grand interprète. Trouvé par hasard sur le web une intervention de sa productrice, Béatrice Barton, qui met l’eau à la bouche en parlant de ses invités. L’avocat genevois incontournable comme un Freysinger, Dominique Warluzel, est en aussi bonne forme qu’elle pour dialoguer plutôt que de jouer aux questions-réponses avec ses invités qui sont parfois amicalement proches de lui. Raymond Vouillamoz a signé la réalisation de la première saison de l’été dernier. La deuxième fait apparaître un autre nom, René Fourneau. Pas de différence de structure et d’esprit d’une saison à l’autre. A se demander si Fourneau est un pseudo de Vouillamoz ! Mais il en va ainsi souvent d’une forme de télévision qui se répète avec une certaine régularité. La structure de chaque numéro de la série est fixée une fois pour toute, sans grande place laissée à une amorce de souplesse : huit minutes ici, deux là, puis à nouveau six, et ainsi de suite. La volonté de régularité d’une grille hebdomadaire conduit à figer son déroulement. Ce n’est pas forcément un défaut ! Ce n’est pas une bien grande qualité!

Dans leur petit cinéma, Dominique Warluzel toujours dominateur, Christophe Lambert et Alain Delon, toujours présent
Des extraits de dix films
Dans une petite salle avec peu de sièges rouges, l’invité(e) est confortablement assis(e) face à celui qui reçoit. Chaque numéro est agrémenté par des extraits de dix films, cinq tirés de la filmographie de l’interprète, cinq qui illustrent son rapport avec le cinéma et les grands moments inscrits dans sa mémoire. Ce sont presque toujours des souvenirs positifs. Et chacun s’en va chercher dans sa mémoire des souvenirs de sa jeunesse de cinéphile : les acteurs et actrices du cinéma en font souvent partie. Ils rappellent ainsi que le cinéma a une histoire déjà longue et contribuent ainsi à le faire savoir aux jeunes générations

Warluzel toujours sérieux, Delon toujours souriant, amis associés en petit cinéma rouge et sans cravate
Carole Bouquet se souvient
Carole Bouquet a évoqué l’étrange tournage de cet « obscur objet du désir » de Luis Bunuel où deux actrices jouaient le même personnage. La première enrôlée ayant quitté le plateau, le réalisateur utilisa en alternance les deux remplaçantes pressenties ! Angela Molina rêvait de tourner les scènes prévues pour Carole Bouquet et réciproquement. Cette dernière se souvient d’avoir détesté la scène choisie pour illustrer ce film. Mais elle le raconte si gentiment que le rejet devient une chose positive.

En haut, l’équipe tv En bas, le duo du “Guépard” de Luchino Visconti. Quatre images tirées de « dico photo » de la TSR« RTS / BBD Polymédia sa / Pugnet François En tout : Quatre fois Warluzel, présentateur, Quatre fois, Alain Delon, acteur; Deux fois Béatrice Barton, Une fois Claudia Cardinale, Une fois Christophe Lambert, Reflet de la hiérarchie de mes choix
Glisser dans le cinquante-deux minutes d’une émission des extraits de dix films qui conduisent tous à une amorce de conversation autour des choix ou des souvenirs, c’est s’imposer d’être bref. On se prend à « souffrir » quand la coupe inrtervient. !
Claudia Cardinale et Alain Delon : entre deux images, 47 ans

Claudia Cardinale et Alain Delon, il y a quarante-sept ans, dans ” Le Guépard” de Luchino V isconti La sortie d’une récente version masterisée du “Guépard” est l’occasion d’une comparaison dans le temps
Cette excellente série cinématographiquement sensible et informative passe actuellement sur TSR 2, en pleine saison d’un sport ou l’autre. Sa programmation irrégulière permet tout de même d’apprécier cette amorce de soirée thématique : le portrait est suivi d’un long métrage où l’acteur invité tient un rôle important. On quitte l’invité à la fin du long-métrage, comme si le dialogue s’était poursuivi alors entre lui et le spectateur qui aurait pris la place de l’animateur. Dommage que portrait plus film ne soient pas toujours associés !
La belle aventure Romans d’ados
Cette belle aventure a commencé il y a plus de huit ans. D’importants soutiens financiers lui ont été accordés, dont ceux de la Confédération et de la TSR. Celle-ci dispose d’une série qui pourrait connaître une certaine diffusion internationale, à commencer par Arte. La documentation apporte une eau bienvenue au nouveau moulin des séries ambitieuses, politique qui trouve actuellement succès avec « 10 » ou « En direct de notre passé ». La présentation à Nyon l’an dernier aura précédé la sortie en salle.
Même structure pour les trois premiers épisodes
Les trois premiers films sont liés à l’âge des protagonistes, 12 à 14, 14 à 16 et 16 à 18. Le temps s’arrête de fuir au moment où l’on souffle les dix-huit bougies sur des gâteaux Voit-on sept fois le souffle du jubilaire éteindre les dix-huit bougies entre l’intimité d’un trio et la large invitation dans un établissement publique ? Il faudrait recompter !
Mais l’ « Infrarouge » qui suivit le dernier épisode aura permis de faire une mise au point. Certes, atteindre les dix.-huit ans, c’est devenir juridiquement majeur, disposer de responsabilités et de droits nouveaux. Mais cela ne signifie pas que chacun entre dans l’âge adulte à l’instant de son dix-huitième anniversaire. On s’éloigne un peu de la structure initiale qui jouait sur des coupes temporelles. Même si chacun rencontre plus ou moins les mêmes problèmes, connaît joies et difficultés assez semblables, la vie familiale n’est pas tout à fait la même pour des enfants de couples plus ou moins unis que dans des familles séparées ou reconstituées. Mais cela ne range pas la société en bons et méchants ados.

Les sept ados de Romandie, réunis sur l’affiche du numéro 3, lors de la perte des illusions. Un indéniable succès préparé depuis 2002 et qui peut être récupéré aujourd'hui comme un exemple ” populaire et de qualité”
Souffler des bougies à dix-huit ans
Un autre élément confirme la modification de l’angle d’approche du quatrième film comparé aux trois premiers. Par des effets de montage, on peut entendre des remarques faites par les ados quand ils étaient encore dans leur scolarité obligatoire.Viennent alors leurs appréciations de jeunes adultes sur ce qu’ils ont dit parfois une bonne demi-douzaine d’années auparavant. Il peut y avoir aussi bien harmonie que différences, cohérence que contradictions..
Un angle d’approche assez différent
Le groupe passe à des moments différents au travers des mêmes problèmes, le choix et la réalisation d’un métier, la découverte de la vie amoureuse y compris dans sa composante sexuelle. Mais chaque individu vit ces étapes avec sa sensibilité personnelle. Le silence s’installe chez les uns alors que le dialogue est ouvert pour d’autres. Ce changement d’angle d’approche aura peut-être surpris une partie du public. Mais il ne faut pas en conclure que le dernier épisode trahit les trois premiers. Il fallait bien mettre fin à la série.
On peut même alors dès lors à se demander si, avec la richesse de la documentation accumulée au travers des années, on aurait pas pu avoir deux séries différentes, celle qui aura été présentées dans les salles faisant alors place sur le petit écran à une série de sept films d’une heure, un par ado, avec introduction et conclusion. L’amorce de la seconde attitude est inscrite dans le quatrième film. Imaginer ces deux cheminements différents ne veut par porter un jugement de valeur préférence donnée à l’une plutôt que l’autre. Cela permet d’insister sur la richesse pas entièrement exploitée de l’expérience.
Vingt deux mille spectateurs en salles
Plus de vingt-deux mille romands ont vu les quatre films. C’est beaucoup : un peu plus de un pourcent de la population francophone. Un même pourcentage appliqué à la France aurait représenté sept cent mille spectateurs ! Le public du premier rideau, le mercredi 12 janvier par exemple, aura légèrement dépassé les cent cinquante mille téléspectateurs. L’impact quantitatif de la télévision dépasse largement celui du cinéma : rien de nouveau, bien sûr, mais utile à rappeler ! Avec un débat d’ « Infrarouge », la TSR aura apporté un plus qualitatif à un vaste public et des compléments d’information. prend la peine d’inscrire à la fin d’une série, elle contribue à améliorer le qualitatif. C’est ainsi qu’un interlocuteur de Jordann suivit un conseil de ce dernier.
Le succès passage écran
Il existe entre le cinéma et la télévision suisses un accord général connu sous le nom de « pacte audiovisuel ». Un système de « récompense » financière permet, une cible préalablement fixée atteinte, d’ajouter quelques monnaie pas menue du tout aux revenus existants. La télévision a institué un certain nombre de classement par points qui fixe la hauteur du son « Succès passage antenne ».Il est bon, pour le producteur, ici Troubadour, la société de la réalisatrice et de son mari, que l’opération soit aussi une réussite financière. Cela ne se produit pas souvent dans le cinéma suisse.
L’argent qui remonte des salles
Sur les quinze francs environ qu’un spectateur débourse à l’entrée d’une salle de cinéma, entre quatre et cinq remontent jusqu’au producteur, une fois prélevées les taxes locales là où elles existent encore, la part de l’exploitant et couverts les investissements du distributeur. Le solde contribuer au retour sur investissment et peut forger parfois un bénéfice, ce qui assure la continuité de sa production audiovisuelle.
De cinq films récents et d’une partie de la critique
Les cinq films cités ici ont tous été soutenus par « Berne » sous la règne Nicolas Bideau et par la TSR. Cela ne suffit pas pour en faire des succès publics et garantir de grandes qualités, mais c’est nécessaire.
« Cleveland contre Walt Street » de Jean-Stéphsne Bron et « Romans d’Ados » de Béatrice Bakhti, deux approches documentaires, attirent chacun environ vingt-deux mille spectateurs devant de grands écrans de Suisse romande ( peu ou pas en Suisse alémanique et au Tessin pour le moment ). « Sauvage » de Jean-François Amiguet et « Impasse du désir » de Michel Rodde s’en sont allés après de modestes petits tours réunissant environ de deux mille spectateurs. « La petite chambre » de Stéphanie Chuhat et Véronique Reymond devrait rencontrer son public. Nous venons de voir que « Cleveland contre Wallstreet » et « Romans d’Ados » peuvent être classés dans une catégorie de succès en salles fort honorbles. Alors, pourquoi deux films de fictions de sexagénaires qui ont pris parfois une bonne partie de cinq années de travail connaissent-ils un si grave échec public ? Ils ne sont pas nuls, loin de là, mais ce me sont pas de grandes réussites. Il y a toujours un risque à faire du cinéma minimaliste, soit par manque d’argent, soit par choix. Dans les deux cas, il n’y a que deux personnages importants pour tenir la route pendant une centaine de minutes. Les silhouettes secondaires sont ou absentes ou inexistantes. Amiguet comme Rodde ont fait des choix de mise en scène et s’y sont tenus. Il fallait du courage pour croire qu’un vieil ermite rébarbatif , tout Jean-Luc Bideau soit-il et une jeune femme révoltée allaient séduire leur public (Sauvage), qu’un psychiatre jaloux pouvait finir par revêtir l’obsession d’un malade aussi peu séduisant que lui ( Rodde).
La distance est grande entre ces deux films pas très réussis et quelques critiques lémaniques qui écrivent et d’autres qui n’écrivent pas ce qu’ils disent en coulisses. Ils parlent, entre autres gentillesses, de catastrophes! Pourquoi ces deux films, comme d’autres hier et comme demain d’autres encore, se sont-ils attirés tant de haine ?
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Le producteur de « Romans d’ados », la mini-série de quatre films de cent minutes chacun de Béatrice Baktchi, fait la fête à Genève au moment où la dernière projection du quatrième film se déroule dans cette ville. Le film poursuit ailleurs sa carrière en Suisse romande. A ce jour, seize mille personnes l’on vu.
Romans d’ados est aussi un succès commercial
Il est évident que la consommation audiovisuelle globale est plus importante devant la multiplication des petits écrans que celle qui se décline sur les grands. Dans quelle proportion ? On manipule souvent des informations numériques sans prendre la peine d’en faire comprendre le sens. Un moyen existe de savoir si ces « seize mille » spectateurs pour « Romans d’ados », c’est oui ou non beaucoup. Pour 1,6 millions d’habitants en Suisse romande, il y en a 65 millions en France : quarante fois plus. Les 16 mille romands sont équivalents à près de 650 mille spectateurs. C’est beaucoup. »Romans d’ados » est aussi un succès commercial. Mérité du reste !
Chronologie prioritaire
L’aventure de « Romans d’ados » a donc duré presque dix ans. La TSR seule aurait-elle osé se lancer seule dans une si longue entreprise ? La mini-série existerait-elle sans la prise de position de principe de la TSR ? Le concubinage cinéma/télévision est ici harmonieux, un peu de manière inattendue, hors de routes aux lignes blanches bien tracées. Il est probable que l’accord sur la structure de l’ensemble n’a pas posé trop de problèmes. La chronologie y prend le dessus. Ainsi les sept participants finissent un peu par s’effacer au profit du groupe auquel ils appartiennent, lequel n’a pas la valeur d’un échantillon scientifique.
La psychologie au lieu de la sociologie
Au lieu de quatre fois cent minutes, il eut été possible de faire sept fois environ soixante minutes. La tranche d’age aurait ainsi fait place à des portraits successifs. Cette structure mettrait en évidence l’évolution des comportements personnels. La sociologie eut fait place à la psychologie.
En salle obscure ou dans son salon : pas la même chose !
Est-ce vraiment faire de la bonne programmation que d’aligner deux et même souvent trois numéros d’une série dont le principe de base est le numéro qui commence par un résumé du précédent ? Une heure enfermé dans une salle obscure crée un lieu solide entre le spectateur et l’œuvre. Une heure devant un petit écran que l’oreille ou l’œil peut quitter n’est pas très intense. L’attention vaut mieux que la distraction.
PS : “Dernières” à Genève et “Succès médiatique unanime” !
A Genève, dans quelques minutes, ce dimanche 03.10.10, une dernière projection des quatre parties de « Romans d’Ados » débute dans le plaisir d’une fête avec brunch offert et rencontre entre public, réalisatrice et protagonistes. Autre mérite encore que ces discussions qui ont eu lieu un peu partout en Suisse romande. Mais « dernière » à Genève ne veut pas dire dernière en Suisse romande : le film poursuit sa carrière sur d’autres écrans non-genevois mais lémaniques et non lémaniques.
La production a parfaitement raison d’être heureuse du succès public et culturel de cette véritable saga chronologique. Elle s’est donc fait un petit plaisir supplémentaire : celui de la citation d’opinions favorables au film.
Voici son échantillon :
Succès médiatique unanime !
_«C’EST FASCINANT, BRUTAL ET SENSIBLE, TRAGIQUE ET DRÔLE, PRENANT.» L’HEBDO_«… UNE ŒUVRE ESSENTIELLE A DÉCOUVRIR D’URGENCE. » LE COURRIER_«UNE EXPÉRIENCE SOCIOLOGIQUE ET CINÉMATOGRAPHIQUE INCOMPARABLE… » LE MATIN _«JUSTE, BEAU… UNE RÉUSSITE » LE TEMPS _« … IL S’AGIT LA, D’UN DES FILMS DE L ‘ANNÉE. » LA TRIBUNE_«UNE AVENTURE AU COEUR DE L’ INTIMITÉ D’ ÂGE, UNE EXPÉRIENCE TOTALE, BOULEVERSANTE» GUIDELOISIRES_«TOUCHANT, PERCUTANT, INSTRUCTIF ET INTRUSIF… » 24 HEURES_«DES ADOS DÉSARMANTS DE NATUREL ET DE SINCÉRITÉ… » FEMINA_«ÉPATANT ! LE FILM, QUI SE REGARDE COMME UN FEUILLETON, FORCE L’ADMIRATION.» 20 MINUTES_«ÉVÈNEMENT… PURES MERVEILLES D’OBSERVATION ET DE VÉRITÉ » AVANT PREMIÈRE_« … PLUS PASSIONNANT QUE BIEN DES FICTIONS A GRAND BUDGET. » 24 HEURES
Sauf erreur, les rédactions qui saluent ce « Succès médiatique unanime » sont toutes situées dans le bassin lémanique. Il n’y a rien qui vienne d’ailleurs, dans ce choix. Et pour l’avoir signalé, je me suis délicieusement fait « engueuler » ! Dommage!
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Evénement audiovisuel suisse assez important : l’apparition d’abord sur grands écrans de Lausanne, Genève et Yverdon d’une série de quatre films de cent minutes environ, fruits d’une alliance entre le cinéma et la télévision. Troubadour film doit certainement beaucoup à la TSR d’avoir soutenu cette vaste opération audiovisuelle, une co-production qui obéit à certaines règles contractuelles : priorité aux grands écrans de salles avant passage sur le petit et ses diverses déclinaisons.
Une expérience passionnante
Dès 2002, la réalisatrice Béatrice Bakhti et ses proches prennent contact avec des adolescents qui vivent à Yverdon. Ils en retiennent d’abord une quinzaine afin de n’en garder que sept pour effectuer plusieurs tournages annuels entre 2003 et 2008. 2009 et 2010 permettent de faire les finitions et de préparer la diffusion en salles.
Résultat : quatre films de cent minutes environ, « La fin de l’innocence », « La crise», « Les illusions perdues », « Adultes mais pas trop » permettent à Aurélie, Jordan, Mélanie, Rachel, Thys, Virginie et Xavier d’illustrer des thèmes comme « Grandir », « Rêver », « Souffrir », « Haïr », « Aimer ». Aujourd’hui, ils ont vingt ans. A l’origine, ils avaient en commun leur âge, pas forcément des liens personnels au quotidien. Ils sont observés dans leur milieu familial, parfois perturbé par des séparations, divorces et recompositions. On suit aussi leur travail scolaire, leurs loisirs, leur formation, leurs comportements personnels.
Trois formes d’approche
Les qualités de cette mini-série sont d’abord celles de son principe mais aussi de la réalisation et du lien qui s’établit entre l’équipe et les ados. L’approche est de trois ordres. 1/ Pas de commentaire, seulement une voix hors-champ qui pose des questions alors que sont filmées et enregistrées les réponses. 2/ Reportage traditionnel par une équipe qui observe le quotidien des ados, entre eux et surtout en famille, réussite qui dépend de la confiance que les seconds accordent aux premiers et du respect des premiers pour ces seconds. 3/ Les ados peuvent s’exprimer seuls devant une petite caméra individuelle. Si les images sont alors moins nettes que les précédentes, une sincérité vibrante et parfois une réelle émotion surgissent de ces confessions sans complaisance.
Ordre chronologique et unité thématique
Ordre chronologique et unité Comment trouver l’unité à travers un groupe disparate ? Filmer la petite ville en sa place principale, avec la statue de Pestalozzi. Choisir l’ordre chronologique, du passage de douze à dix-huit ans, en créant au montage une continuité thématique. Donner la parole aux uns et aux autres. La diversité des comportements subsiste. Les quatre filles et trois garçons sont suffisamment en confiance pour rester naturels, sincères, éclater de rire, installer de longs silences, laisser couler des larmes, crier leur révolte, exprimer des regrets.hématique
Le temps qui passe s’inscrit sur les visages, sur les corps qui se transforment, sur les comportements qui s’affirment des sept ados. Il n’est pas toujours évident de savoir avec exactitude le moment où s’est déroulée une séquence. La production rend ainsi un hommage marginal au partenaire en recourant à son « Téléjournal » qui mentionne des événements dates. Mais en même temps, on risque de croire que le TJ est la seule source d’information des ados sur le monde extérieur. Dommage, surtout si c’est réellement le cas.
Peu de musique, en général celle que font ou entendent un ou des ados. Une remarquable utilisation des silences qui en disent souvent beaucoup. Associée au temps qui passe et à des thèmes, la mini-série suit son chemin, tranquille et convaincante qui ne laisse pas de place à l’ennui : il y a constamment de quoi nourrir la curiosité de spectateur.
Imaginer une autre structure
La structure en quatre films fait passer des uns aux autres sans permettre de bien connaître chacun. Ces ados qui sont si rarement en présence les uns des autres ne forment donc pas un groupe. Ils restent des individus. Chacun à son tour revient, mais on n’a pas forcément en mémoire le sens de ses interventions précédentes. Connaître leur aspect physique et leur prénom ne suffit pas pour constituer un portrait. Les pièces du puzzle qui permettrait de faire plus ample connaissance sont difficiles à assembler. Tel est le prix à payer avec la chronologie et le montage thématique
La TSR aurait peut-être pu négocier avec la production une autre structure, celle de série qui, en fiction comme en documentation, est un gage pour retenir l’attention à long terme. L’ensemble des quatre films serait devenu une série de seize fois vingt-cinq minutes environ. Un premier sujet de présentation pour faire connaissance du septuor aurait été suivi de sept portraits chacun en deux parties, pendant la fin de la scolarité obligatoire puis durant les années de formation, le film se terminant par une réunion des nouveaux pas encore trop adultes, par une rencontre effective ou par les finesses du montage. La projection sur le petit écran se serait ainsi déroulée en huit séances d’environ une heure qui aurait suivi dans le temps l’évolution de chacun, permettant de privilégier le cheminement personnel, certes dès lors au détriment des thèmes qui sont liés à l’âge. Car il se pourrait que le téléspectateur s’attache plus facilement à des personnes qu’à des thèmes.
Le Jeu de la Mort
En mars 2010 sur France 2 et TSR
En mars 2010, nous avions consacré deux textes à une émission expérimentale, « Le jeu de la mort » ( 19.03.10) puis « Le jeu de la mort : et après ? » ( 26.03.10). Christophe Nick en était l’auteur, entouré de quelques éminents universitaires. Le réalisateur s’est ensuite posé quelques questions sur son travail, évoquant même l’éventualité d’un montage différent. La position des responsables du « spectacle » était claire, celle de certains animateurs aussi : ils conduisaient une expérience.

Parfaite “complice” de l’expérience, l’animatrice en rajoute avec insistante ( Photo RTS - Crédit France 2 - Russel Christophe)
Les candidats qui s’étaient annoncés pour participer à un jeu ne savaient pas qu’ils entraient dans une mise en scène pour étudier leur comportement qui conduisit certains d’entre-eux à envoyer à un cobaye des décharges électriques de plus en plus fortes. Apparaissait aussi un public qui semble bien avoir été confié à un « chauffeur de salle ». Le comportement des candidats a été largement commenté, certains lucidement étonnés par leur propre entrée dans un jeu sordide. Mais on n’a rien su, alors, du rôle du public. Et aujourd’hui encore on n’en sait toujours rien.

Du comportement du public, rien n’a été dit lors de la présentation de l’émission : complice ou à sa manière aussi victime ? Le voici aux ordres de son “manipulateur”
L’obéissance aveugle
Le vrai sujet de l’expérience conduisait à une réflexion sur l’obéissance pouvant conduire à « torturer » jusqu’à la mort peut-être une victime enfermée dans un bulle. Sa transposition en un jeu télévisé montra combien l’intervention même de la télévision pouvoir favoriser cette obéissance aveugle. Certains des programmateurs du jeu, tant sur France 2 que sur la TSR, soulignèrent à juste titre le « courage » de leur média osant dénoncer sa propre responsabilité. Certes, l’émission ne fit pas une audience de finale de coupe du monde de football: il est vrai que les parts de marché ne flirtent pas avec les sommets quand une émission fait réfléchir et dérange.
Un soufflé rapidement retombé
Mais tout de même, il y avait de quoi être inquiété par ce pouvoir exercé par la télévision à travers l’organisation d’un jeu. D’où le point d’interrogation d’un de nos titres : « et après ? ». Mais voilà : le soufflé retombé, pas grand chose. On remue quelques idées, on fait part de son indignation, on se pose quelques questions : tout cela en trois petits tours et puis s’en vont vers d’autres sujets !
Une réponse ludique d’éducation au média
Une mise en garde contre l’excès du « Jeu de la mot » a parfois été formulée : il faudrait que le téléspectateur soit mieux formé face à la puissance du média. Autrement dit, le consommateur d’un jeu devrait devenir un citoyen conscient des limites de ce jeu même. La TSR, fière de son « courage » de diffuseur, aurait pu prolonger l’effet « Jeu de la mort » en signalant qu’elle faisait depuis peu un effort d’éducation au média, à travers une contribution modeste à la formation d’un esprit critique qui n’exclut pas le plaisir : « Pop Corn », son émission mensuelle déclinée chaque dimanche en trois modules courts et un plus long. Vous connaissez « Pop corn » ? Vous avez déjà pris garde à sa valeur pédagogique ? Encore faudrait-il que le TSR fasse mieux connaître une émission qui s’inscrit dans le sillage des efforts de « La lanterne magique ».
Et après ? La télé-réalité des jeux se porte bien
Donc, « Et après ? » Jusqu’ici, vraiment pas grand chose. A moins que ne surgissent d’un prochain débat du « Conseil du public » de la RTSR trentenaire des propositions pour apprendre au consommateur à se comporter en citoyen qui ose désobéir à la multiplication d’offres insidieusement dangereuses par exemple sous la forme de jeux regroupés parfois sous l’expression de « télé-réalité ». Oui, mais de nombreux consommateurs passifs apportent une bien meilleure part de marché que des citoyens lucides dons désobéissants.
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La polémique nourrit son audimate. C’est reparti pour un ou plusieurs tours avec «Le jeu de la mort», un film écrit et produit par Christophe Nick. D’intéressants problèmes y sont soulevés, qui demandent pourtant une réflexion étendue dans le temps, pas forcément enrichie par des réactions à chaud.
Offres de la TSR et de France 2
Voici d’abord une énumération des offres récentes: 12 mars 2010, «Médialogues» (RSR1) ouvre les feux avec des invités. 14 mars, passage de l’émission sur RSR2, un peu à la sauvette, avant France 2, pour bénéficier de la priorité. 15 mars, «Médialogues» revient sur la projection. 16 mars, «Infrarouge» réagit avec sa rapidité habituelle, ce qui n’est pas forcément une qualité. 17 mars, au tour de «France 2» de présenter le document suivi d’un plateau dirigé par Christophe Hondelatte. 18 mars: complément avec «Le temps de cerveau disponible» (France 2).
Un jeu truqué de «Télé-réalité»
«Le jeu de la mort» transpose une observation scientifique américaine des années soixante qui permettait de montrer qu’un homme ou une femme peut aller jusqu’à mettre à mort un «adversaire», expérience individuelle répétée avec d’autres «volontaires». Christophe Nick a transposé cette expérience un inventant un jeu dans l’esprit de la télé-réalité montrant que presque tout le monde peut aller jusqu’à envoyer une décharge électrique de 460 volts à une personne attachée à une chaise. Une telle décharge peut être mortelle. Bien entendu, tout cela est truqué. Le document permet de se poser des questions sur des dérapages de la télévision, certes, mais tout autant sur les mécanismes de l’obéissance de personnes mises dans un contexte oppressant.
Le sens de l’auto-critique
Une première remarque: en France surtout, l’émission a été précédée de nombreuses informations. France 2 a assuré la promotion du document en soulignant le «courage» qu’il y a de mettre en garde contre ses propres dérapages. Il est pourtant normal qu’une chaîne de service public contribue à former l’esprit critique de son public. Résultat : 13% de part de marché, c’est peu. Mais trois millions de téléspectateurs, c’est beaucoup.
Le direct différé
Sur France 2, un incident a opposé l’animateur du débat à l’un de ses invités, le directeur d’une revue, Alexandre Lacroix. Celui-ci a quitté le plateau; chassé ou de son propre gré? L’incident a été coupé, provoquant aussi la polémique. Le téléspectateur n’en a rien vu!
Quarante ou cent mille euros
A l’évidence, l’expérience est intéressante. Mais concerne-t-elle vraiment en priorité la télévision plutôt qu’une approche générale de la notion d’ « obéissance » à des forces extérieures ? On a beaucoup alors évoqué les crimes du nazisme dans les camps, où la désobéissance conduisait presque inéluctablement à la mort ! Comparaison difficile !
Repéré dans le document lui-même une étrange contradiction. Les « cobayes » croyaient donc assister à un test en vue d’un jeu télévisé. Pour ce qui était ainsi considéré comme un travail, ils reçurent un modeste dédommagement de quarante euros. Mais le document est tout de même construit comme si le jeu se déroulait sous les yeux de la foule ébahie du téléspectateur moyen, qui a le droit de juger le comportement spectaculaire du public lui aussi sélectionné – un groupe par candidat ? Que savait ce public de l’expérience ? Il semble bien que ce ne soit pas la même chose que le cobaye ! En effet, il est, lui, placé sous une autre influence, celle d’un chauffeur de salle, qui pousse presque grand-maman dans les orties en lui faisant scander des slogans artificiellement rythmés. Il est alors question d’argent, d’un million, neuf cent mille pour celui qui répond avec exactitude aux questions dans son bunker et cent mille réservés à son partenaire questionneur. Alors, enjeu financier ou non ?
Peut-être suis-je un âne qui n’aurait pas très bien compris les précieuses informations données en voix.-off. Mais le public chauffé à bloc croit-il à ses propres cris ou est-il complice de son chauffeur de salle alors que le « cobaye » pense assister à un pilote, comme si le côté expérimental permettait d’enlever le caractère dangereux de la décharge électrique ?
Cette mise en scène d’un public qui forme un troupeau de moutons bêlant sous les ordres d’un autoritaire chauffeur de salle est aussi tricherie, fréquente du reste en télévision. Ce n’est pas tellement éloigné du mensonge dégagé par des rires ajoutés artificiellement sur la bande sonore d’une émission qui devrait faire rire, public absent. Un peu étrange aussi, le peu d’attention accordé à ce public manipulé qui contribue à enfoncer le candidat questionneur dans son absence de discernement.





















































