En Suisse romande, télévision et radio font du cinéma: l’exemple de Home

Une dizaine de titres jalonnent l’œuvre d’Ursula Meier (photo), tant en documentation qu’en fiction. Presque tous ont obtenu un soutien télévisé, sur Arte, en Belgique, en France et dès le début en Suisse, particulièrement à la TSR, où elle a trouvé d’excellents soutiens pour plusieurs de ses téléfilms. L’engagement des chaînes de télévision en faveur de la création indépendante de films reste primordial pour le cinéma et la qualité des programmes télévisés. Au point que « notre » télévision fait actuellement une envahissante et efficace promotion pour Home dont la sortie est annoncée pour le 15 octobre 2008.

Ursula Meier

Une seconde raison de s’intéresser à ce film, plus originale que la première, tient à une participation artistique, donc pas seulement financière, conduite par Espace 2 de la RSR en étroite collaboration avec la réalisatrice. La RSR est ainsi responsable d’un « personnage » secondaire mais important appelé RadioAutoroute qui fournit des informations relatives à la circulation, agrémente l’oreille des « roulants » par des musiques, etc. Bien entendu, David Collin et David Golan d’Espace 2 ont du respecter certaines indications du scénario. C’est chose rare que cette association entre cinéma et radio dans une démarche de création qui contribue au bon niveau artistique d’un film. La RSR en a profité pour diffuser, le 12 octobre à 20h00 ( dans Sonar – Espace 2) un documentaire sur la fabrication de RadioAutoroute et le tournage du film.

La RSR et la TSR sont ainsi associées (cf le PS). Home, bien accueilli à Cannes à la « Semaine de la critique », est à ce jour le meilleur film suisse de fiction de l’année. La TSR a aussi soutenu La Forteresse de Fernand Melgar, justement couronné à Locarno : c’est le meilleur document suisse de 2008. Le film de Lionel Baier, Un autre homme, lui aussi co-produit par la TSR rivalisera peut-être avec les précédents. L’occasion est donc bien choisie pour souligner la politique de collaboration de la TSR avec le cinéma romand actuellement dans l’euphorie.

Les qualités de Home sont grandes. Ursula Meier fait presque tout bien, bouillonnante d’idées de mise en scène, servie par d’excellents acteurs, et pas seulement Isabelle Huppert. Cela devrait contribuer à faire de ce film d’abord un succès public mérité.

Isabelle Huppert dans Home

PS : la décision de traiter ce sujet juste avant la sortie romande de Home était prise depuis une bonne quinzaine de jours. Il n’y avait alors aucune raison de penser qu’un tel texte allait permettre d’illustrer la vague de fond qui touche la TSR et la RSR.

Dans Le Temps (vendredi 10.10.08), une ouverture en première et l’entier de la page 3 permet à Gilles Marchand, directeur de la TSR, d’expliquer longuement que « La TSR doit se rapprocher de la RSR ». Dans l’édition de samedi du même journal, c’est au tour de Gérard Tschopp, directeur de la RSR, d’exprimer son accord avec la ligne générale de son collègue, sous le titre « La TSR et la RSR vont créer une nouvelle entreprise ».

La collaboration du secteur fiction de la TSR et d’ Espace 2 de la RSR avec la production de Home est un excellent exemple concret d’un travail commun, dont la décision n’a peut-être pas été prise au plus haut niveau. Est-ce un hasard ?

Une page entière pour le directeur de la TSR, une demi-page pour celui de la RSR, est-ce proportionnel au budget des deux entreprises ? Ou à la conviction de leurs chefs ? Qu’importe : à la base, des collaborations existent déjà si celle-ci est particulièrement originale dans ses composantes économiques et créatrices.

Parlons «fooot»… et censure!

On en parle beaucoup, mais parlons-en tout de même en allant regarder ailleurs, dans les marges! En cette fin de semaine, on a vu toutes les équipes: chacun peut faire son pronostic. Un dernier carré avec la Hollande, le Portugal, la Croatie et x ( x = Espagne ) ne manquerait pas de charme. Et tant pis si ce n’est pas cela.

Alors, parlons marge, à l’occasion du bouquin de l’ami Denis M. et sa séance de signature : un autre regard sur le foot, à travers une passion envahissante. Un regard amical qui sait avoir la rudesse de l’acier.

Club de l’Euro 2008

Bien filmé ce foot, en général, par les multiples caméras des huit stades sous la responsabilité de l’UEFA qui détient le «cut final»! Mais celle qui se promène au plafond montre les présentations d’avant les rencontres en des cercles tordus par l’insuffisance des répétitions. Un premier coup de chapeau à la TSR avec tardif «Club de l’Euro 2008» (toute le semaine sur TSR 2 vers 23 :00) tardif, comme une série «pointue» américaine, au ton décalé, avec un humoriste en cage, qui aboie sans mordre, son ton décalé. La réussite tient pour beaucoup au fait d’ouvrir l’éventail des invités, qui sont choisis ailleurs que parmi les notables spécialistes du foot!

Vendredi 13 juin 2008

Encore faut-il que ceux-ci jouent le jeu du jeu que devrait rester le foot. Au soir du vendredi 13 juin 2008, Frédéric Maire, qui passera de Locarno à la cinémathéque prochainement, entra dans les vues de la puissance invitante, d’autant plus que l’invité annoncé, Pierre Naftule, était paraît-il pris dans les embouteillages de Genève, chose qui arrive fréquemment à ceux qui ne connaissent pas cette ville. Ne restaient en renfort externe plus qu’une invité de marque, Marie-Thérèse Porchet née Bertholet. Exhibitionniste, la dame, qui parla surtout elle-même, insistant avec lourdeur sur ses prochains spectacles, son humour manquant de légèreté, alors que Klopfenstein restait presque muet dans sa cage. Comme quoi une erreur de “casting” peut diminuer la portée d’une bonne idée

 

La première impression favorable donnée par « Le club de l’Euro 2008 » fut formée de bribes d’émission en début de semaine dernière. Il fallait dès lors confirmer ce sentiment positif par le visionnement d’une émission en entier. Ce qui fut fait le vendredi 13 ! Manque de pot : la grave erreur de « casting » provoquée par la présence de Joseph Gorgoni déguisé en Marie-Thérèse conduit à de fortes réserves.

Samedi 14 juin 2008

Il fallait remettre çà : ce qui fut fait samedi 14. Excellente émission, cette fois, toujours sous la direction de Laurent Bastardoz, avec Jean-Philippe Rapp, le caricaturiste Hermann, le hockeyeur à casquette Gil Montandon et en cage Meury. Rapp dit pourquoi il aime le football, Hermann explique qu’il n’est pas facile de caricaturer le jeu alors que cette caricature fonctionne bien quand le sujet est tiré de l’entourage. Gil Montandon donne une explication sur l’énergie des dernières minutes d’une rencontre qui peut faire basculer un match (et même un quart de finale de hockey-sur-glace quand le neuchâtelois inscrivit un but qualificateur de demi-finale contre le CP Berne il y a quelques mois ! – Il me semble pas tellement apprécier qu’on le lui rappelle constamment!).

On continue d’ouvrir des rubriques, de lancer des sujets préparés, Bastardoz interroge les uns et les autres sur leurs occupations actuelles, hors-football : compléments intéressants ! Mais surtout une remarque riche de développements possibles formulée par Gil Montandon. L’arbitrage laisse à désirer en cet Eurofoot 2008, semble-t-il plus encore que ces dernières années ! Et chacun d’y aller d’un exemple récent au moins. Et voilà que, fort calmement, Gil M. demande si l’arbitre a vraiment vu une main qui pourrait bien avoir été placée dans son angle mort de vision. Il a parfaitement raison de poser ce problème. L’arbitre tout puissant ne peut pas tout voir. Des milliers de spectateurs et peut-être parfois un milliard de téléspectateurs en voient beaucoup plus que le seul arbitre, les angles morts différents autour du stade et presque annulés par les trente caméras placés sur un stade en 2008 avec le direct augmenté de différé. Un sujet qui mérite d’être développé, qui met en cause la télévision qui n’a rien à voir avec le regard de l’arbitre et diffère par la variation des distances de ce que les spectateurs d’un stade voient à distance constante.

Futurofoot

Et voici une opération a un petit peu moins de un million, nommée «Futurofoot», dix fois six minutes plus environ chaque jour une de génériques – ce qui met la minute à douze mille de nos helvétiques balles – beaucoup de monde, à lire le générique de fin… que personne ne lit… parce qu’il est illisible. Un arrêt sur image à l’aide du DVD permet d’arriver à une centaine de noms divers! Programmation: pas chaque jour, sur la chaîne maîtresse de la TSR (la 1, bien sûr) juste après la météo, entre deux rencontres, avec reprise après minuit (!).

Chang Shihyl, l’assistante du professeur Blotter et Pierre Mifsud, un des bons joueurs de l’équipe CERFA

 Directeur du Centre Européen de Recherches pour un Football d’Avenir (CERFA, tiens, ce truc qui finit et FA, on l’a déjà vu ailleurs) le professeur Blotter (Jean-Luc Bideau), qui porte un drôle de nom venu du Haut-Valais, avec ce «a» changé en «o») dit avec le plus grand sérieux en croyant délicieusement à ce qu’il dit un assez bel assemblage d’énormités sur le foot. Un sujet par jour, quatre ou cinq sous-titres pour des thèmes différents: souvent excellents quand la réalité se profile en arrière-plan, pas forcément crédibles dans les excès de délire. Des images d’actualités plus ou moins anciennes alternent de manière souvent très fluide avec celles de l’équipe de la Crefa mise en scène dans la grand stade de Genève. Derrière Bideau au premier plan, il se passe plein de choses – que les adeptes de la télévision sur téléphone portable ne verront pas en miniature. Voici un exemple: au premier plan, Bideau parle, à sa droite, son assistante suit l’entraînement du meilleur joueur en jeu de tête, le ballon bondissant dans un tube de verre; tout au fond, une image en mouvement sur un écran de contrôle.


Un exemple, avec le pénalty. On imprime au ballon une trajectoire encore plus compliquée que la balle de plomb qui tua Kennedy en 1966. Le ballon se dirige vers le gardien, s’envole, fait des loopings, joue au boomerang et jette au sol de tireur. Ce fut écrit avant 2008 et la série tournée au début de l’année. Savait-on à ce moment que le ballon officiel allait suivre des trajectoires parfois bizarres qui donnent des sueurs froides aux gardiens? Le ballon qui s’émancipe est une réalité. Exagérer, en faire donc trop, c’est la solution choisie dans «futurofoot». Y transposer la réalité la déformer à peine, c’est renforcer l’humour par la plausibilité.

Deux versions

Petits problèmes avec cet «Futurofoot . Pour les numéros, 4, 5 et 10, il existe deux versions, une pour 20h05 en plein premier rideau grand public et une intégrale pour la reprise au milieu de la nuit. A noter que la communication faite par la TSR n’a pas caché l’existence de ces deux versions : les cartes sont sur la table.

Voici du reste un courriel reçu en réponse à une demande d’explication :

Pour la diffusion de prime time (tout public), nous diffusons la version tout public (par exemple, vignettes paninis floutées) et le soir la version sans floutage.

Ceci afin de ne pas “heurter” la sensibilité des enfants qui pourraient se trouver devant la télévision en début de soirée.

Meilleurs messages

Mathilde Boillat

Chargée de communication Fiction, Multimédia et Audience

Franche confirmation, donc, de la clarté des explications !

Plus encore : le DVD mis à notre disposition par le service de presse parle de « version censurée ». On ne va donc pas renoncer à ce mot « censure ».

Il aura tout de même fallu quelques dizaines de minutes pour noter exactement les suppressions ou modification. Les voici :

No 4 : partie intitulée « L’art contemporain »

Deux plans de vignettes qui rappellent, bien entendu sans mention directe, les fameuses Panini. Version premier rideau : la feuille de vigne de silhouettes nues est ici remplacée par des étoiles colorées bien visibles. Version nocturne : les deux mêmes plans montrent de messieurs debout complètement nus. Une affaire de zizis, plus visibles cachés que nus !

No 5 : partie intitulée « Les déjections »

Il arrive qu’un crachat d’un joueur finisse sa course sur un autre joueur, généralement de l’équipe adverses. Ici le crachat est remplacé par un abondant liquide blanc dont l’adversaire reste imprégné, et plutôt dégoûté.

Cela vaut pour la version nocturne et est absent de la version 20h00.

No 10 : sujet intitulé la médecine du futur

Plutôt que de caractériser les footballeurs par leur ADN, les chercheurs du CERFA ont mis au point une méthode d’analyse d’urine, la récolte faite par un joueur de dos. L’une des expériences consiste à mouiller d’urine un doigt est à le porter à sa bouche.

Cette méthode originale est portée à la connaissance des téléspectateurs nocturnes, pas à celle du grand public de 20h00.

Pas envie de commenter. L’information est ici donnée avec un sourire plutôt large !

Rappelons que quelque fonctionnaire de l’orgueilleuse et capitaliste UEFA voulait faire interdire la présentation de «Futurofoot» à Genève sur la plaine à succès de Plainpalais. La tentative fit long feu, ridicule évité ! De quelle version s’agissait-il ? De la nocturne, avec son sujet « déjections » d’un bon goût douteux ? Et quelle version y projete-t-on ?

Mais ceci tout de même : pendant cet Eurofoot 2008, on assiste assez souvent à du beau ou passionnant football !!!!

L’UEFA comme le Pentagone ?

L’UEFA a gardé la haute main sur tout ce qu’il était possible de surveiller. Une exception : le coût de la sécurité généreusement abandonné à la charge des communautés publiques locales ! Une de ses filiales supervise la retransmission des trente-et-une rencontres, commanditées à des entreprises externes. L’UEFA peut donc contrôler toutes les images officielles des retransmissions en direct.

A Vienne, le dimanche 8 juin 2008, rencontre Croatie-Autriche : la Croatie marque d’emblée. Dans la foule éclatent des fumigènes qui seraient interdits de stades. C’est donc l’amorce d’un désordre ! Le vit-on sur notre petit écran ? Furtivement, paraît-il – je ne l’ai pas remarqué ! Nous n’aurons vu que des images bien sages d’un bon public discipliné. Et cela selon une volonté reconnue par les organisateurs, comme le relatait « Le matin bleu » du 10 juin 2008.

Donc l’UEFA a la possibilité d’écarter toute image qui lui déplait et semble bien n’avoir pas manqué de le faire une fois au moins pour la joie du public croate à Vienne. Anodin ? Peut-être. D’autres diffuseurs peuvent aussi filmer durant les rencontres.

Des précédents

Mais quand même : la communication sportive des rencontres est contrôlées par l’UEFA dans un sens bien précis. Ira-t-on bientôt jusqu’à ne pas montrer de vilains gestes de joueurs ? Et ce contrôle de la communication visuelle et sonore, ne rappelle-t-il rien ?

Il y a quelques semaines, sur le chemin de la flamme olympique, des amis du Tibet firent part de leur réprobation. La fait que la télévision chinoise n’ait diffusé dans son pays que des images d’un voyage harmonieux sans contestation a provoqué une large réprobation dans le monde entier : cette forme de censure étatique n’annonce rien de bon pour la période des jeux proprement dit.

Il y a quelques années, le Pentagone tint toute la communication sur la deuxième guerre d’Irak sous contrôle. C’était une guerre « propre », efficace, sans douleur ! Et aujourd’hui encore, les Américains n’ont pas de fréquentes occasions de voir arriver en retour au pays les cercueils de leurs morts et leurs blessés. Le maître de la guerre garde en mains sa communication.

L’UEFA avec son Euro 2008 fait la même chose. Qu’importe la marge entre des fumigènes ou des manifestants sur le parcours d’une torche et les morts d’une guerre en Irak, il y a volonté de présenter la réalité dans un sens décidé d’avance, ce qui revient donc à taire tout ce qui ne s’inscrit pas dans cette direction. Le principe reste le même : ce type de choix s’appelle « censure » !

La semaine de l’intégration: «Nous autres»

«Nous autres»? Bonne idée nationale ambitieuse, donc pas banal. Réalisations régionales séparées. Des choses intéressantes, d’autres moins: normal!

Une intégration réussie repose sur la diversité culturelle, source de richesse mais aussi de conflits, qui devrait exclure le populisme xénophobe et la xénophilie irréfléchie. Une évidence, dans un pays où la population étrangère représente le 20% de la population? Sous le titre la SSR vient d’organiser du 7 au 13 avril 2008 sur toutes les chaînes de radio et de télévision de service public une sorte de semaine thématique.

Au moins un texte commun !

Difficile, dans un pays qui compte trois régions linguistiques (et quatre langues avec le romanche) de partager les mêmes valeurs, les mêmes informations, les mêmes spectacles. Combien d’émissions unitaires nationales sur nos petits écrans? Le premier août, quelques élections de miss ou remises de prix, qui ne provoquent guère d’enthousiasme! La SSR a donc défini un but commun. Mais chaque entreprise aura concocté son propre programme. Un document de promotion signale cinq émissions par programme: pas une seule qui passe sur deux canaux! Une exception: un texte d’Armin Walpen, le Directeur général de la SSR, le même dans les quatre langues. Difficile, l’intégration à l’interne!

Trêve d’ironie lucide à l’égard du mur des langues. La Suisse trouvera son unité linguistique quand nous parlerons tous anglais. Mais l’effort de la SSR est parfaitement louable dans son principe. Il mériterait même d’être mis en place plus souvent ! Survolons la diversité à travers quelques exemples cueillis sur grand et petit écrans et sur internet.

Une concierge qui la « ramène »…

Une rue, 22 nationalités à Lucerne… et une concierge pour jouer le choeur antique à elle seule (TSR 2 - lundi 7 avril 2008)

Adaptation d’un document alémanique, «Une rue, 22 nationalités et une concierge suisse» (lundi 07.04.08) pétille avec subtilité de convergences et de contradictions observées à Lucerne. Savoureuse, la concierge vraiment pipelette, qui la ramène avec régularité! Métiers, amitiés, méfiances, élans, rejets alternent dans un bon rythme spectaculaire oscillant entre le sourire et l’émotion, la colère et l’adhésion. Un document de fort bon niveau!

Un olivier à tronc géant enraciné

Commenter des histoires d’amour avec des petits suisses se fait même en chanson, sans traductions des paroles (Un amour du petit suisse / Temps Présent - jeudi 10 avril 2008)

Sous le titre , «Temps présent» (jeudi 10), en trente minutes, demande à des étrangères et étrangers ce qu’ils pensent des Suisses souvent proches d’eux, amis, amants, compagnons, conjoints, sur différents thèmes qui forment des amorces de chapitres. Une phrase de l’une suit une phrase de l’un, et ainsi de suite. Il y a donc volonté de fabriquer un discours avec des éléments épars. Ce n’est donc pas du micro-trottoir; heureusement! Mais au final, il manque un solide fil rouge d’autant plus que certaines déclarations prennent la forme d’un chant dont on renonce à donner les paroles en sous-titres ce qui crée des vides dans l’exposé. La distraction prend ainsi un peu le dessus sur l’information sociologique.

Dans une classe d’accueil de Lausanne…

Retrouvé quelques visages apparus dans le TP sur le site «vivreici.ch». Rencontré, au cours d’une promenade, en passant par «Découverte» puis «e-média» et encore quelques méandres – pas facile de se promener sur internet sans boussole ou sans bien savoir utiliser les équivalences! – <Ici et ailleurs> une mini-série de cinq fois sept minutes qui offre quelques lointaines similitudes avec le sujet de «Temps présent». Dans une classe d’accueil de Lausanne, autour de leur animatrice, onze étrangers de douze à quinze ans apprennent le français et bien d’autres choses, avant de rejoindre une classe traditionnelle qui leur permettra de poursuivre une forme d’intégration scolaire efficace ouvrant sur une formation de plus longue durée. Cinq fois cinq/six minutes sur un même sujet, avec description d’activité, question/réponse, silence et musique liée à un pays lointain. A se dire que, remonté en un document d’une trentaine de minutes, si ce modeste produit présenté discrètement deux fois par jour sur TSR 2 ne serait finalement pas plus intéressant que le TP.

Programmation de la documentation

On en arrive à oublier trop souvent ce que se passe dans le domaine de la documentation, surtout si elle se fonde sur une démarche de créativité, à travers le regard d’un auteur. Il faut reconnaître à la TSR qu’elle fait un excellent travail et pour ses achats et dans le choix des co-productions.

Les exigences de l’audimat sont telles que TSR 1 se doit d’atteindre le plus souvent possible des parts de marché proche de trente pourcent. Un goût personnel pour la fiction pousse à attirer l’attention sur un certain nombre d’émissions qui (me) séduisent. Il en va ainsi de ces séries américains «pointues». Sur TSR 2, les cibles en PdM sont plus modestes. C’est ainsi que la documentation peut y prendre assez facilement place.

«68» de Patrick Rotman - Paris en mai!

Justement, cette programmation ? Il est une règle suivie le plus souvent possible par la TSR : lancer une émission avant la chaîne généraliste de France qui dispose des mêmes droits et a souvent pris en charge les frais élevés de l’adaptation en langue française. Mais cette volonté déborde aussi sur des documents de création d’origine française.

C’est ainsi que l’on vit sur TSR 2 «68» de Patrick Rotman au soir du dimanche 30 mars 2008 une dizaine de jours avant son passage sur France 2 (mardi 8 avril). On comprend pourquoi : la meilleure part de marché contribue à maintenir la moyenne annuelle la plus haute possible. Dans «68», l’auteur a bien traduit sa volonté d’insérer les évènements de France dans une vision globale, dominée dans plusieurs pays par des priorités politiques ( la lutte contre la guerre du Vietnam aux USA et ailleurs, la fin du «Printemps de Prague», etc).

A cette volonté de priorité de la TSR sur ses concurrentes, il y a au moins une exception. Nos programmateurs ignorent-ils volontairement ce qui se passe sur ARTE? «Ré-généris», une série canadienne de grande valeur à travers ses préoccupations écologiques, vue sur ARTE, n’a sauf erreur pas été présentée sur TSR 2. ARTE semble bien avoir su prendre de vitesse tous ses rivaux francophones avec la diffusion de la magistrale série «The war». ARTE n’est donc pas considérée à Genève comme un concurrent? A quand «The War» sur la TSR où la documentation de haut niveau est pourtant bien accueillie.

«The war» de Ken Burns sur ARTE: magistral!

Mea culpa : le chroniqueur se devrait de signaler à ses lecteurs la présence sur le petit écran d’une œuvre importante, le plus rapidement possible. Depuis le 5 mars 2008, Arte diffuse une série intitulée «The War», quatorze fois cinquante minutes, signée Ken Burns et Lynn Novick

 

C’est presque par hasard que je suis tombé mercredi 2 avril sur les numéros 9 («Dans la merde jusqu’au cou») et 10 («Les hasards de la guerre»). Une petite dizaine de minutes et déjà scotché! Une heure et demi plus tard: conquis, sans réserve. Voici une série aux évidentes vertus informatives sur des évènements de la guerre de 39/45 dont on croit parfois tout savoir, originale dans la démarche, puisque tout repose sur quelques anciens combattants américains d’origines diverses qui vivent dans quatre villes des USA presque anonymes (Sacramento, Mobile, Waterbury et Luverne).

Dès lors tout s’ordonne, avec des documents d’actualités, des extraits de films de fiction, des tournages d’aujourd’hui sur les lieux d’hier, des photographies, des entretiens, la voix accompagnant aussi des images: rien que de très classique, certes. Mais donnant cette impression qu’il se passe quelque chose d’innovant, semblable à celle produite sur grand écran il y a quelques mois par Barbet Schroeder, avec «L’avocat de la terreur», son portrait percutant de l’avocat Jacques Vergés.

Avec une grande sensibilité, Burns passe du particulier au général de manière parfaitement naturelle. Et se dégage peu à peu des aspects pas toujours mis en évidence dans les documents historiques, entre autres la peur permanente qui même dans le camp qui sera celui des vainqueurs transforme et souvent détruit les combattants de la base. A ne pas manquer!

Et de retrouver alors dans diverses publications (Télérama, Le Monde radio-tv) des informations sur Ken Burns, qu’un Bertrand Tavernier, grand cinéaste s’il en fut, intéressé aussi par l’histoire, tient pour un des plus grands documentaristes actuels, la revue «Positif» dans sa plus récente livraison (no 566 – avril 2008) consacrant une quinzaine de pages à un entretien avec Burns et à son œuvre foisonnante.

( Les quatre derniers numéros les 9 et 16 avril 2008, à 21 :00 dans «Les mercredis de l’histoire», en reprise le dimanche à 14h00, le jeudi à 03h00 et le mardi à 10h00. Les nos 9 et 10 en reprise les 6, 8 et 10 avril ).

Discrète «Semaine des médias 2008»

«Vous aimez cette série? N’attendez plus…»: cette formule qui concerne la «boutique tv» secoue régulièrement les oreilles du téléspectateur amateur d’une série généralement américaine qui passe en deuxième partie de premier rideau ou en nocturne. Elle ne concerne pas «La semaine des médias 2008 – Ma classe communique», présentée sur TSR 2 trois fois dans la journée mais irrégulièrement du 10 au 14 mars.


Sans une recommandation personnelle, j’aurais ignoré cette mini-série romande initiée depuis Neuchâtel par la section média du CIIP (Conférence intercantonale de l’instruction publique), production confiée à une jeune société de Môtiers (NE), « Chocolat tv production » pour relater une expérience conduite au Collège du Val-de-Travers, la TSR investissant cinquante mille francs pour trente-cinq minutes d’émission.

Sur sept minutes, une et demie est consacrée à résumer la précédente et à introduire la suivante. L’existence d’un journal interne d’un collège occupe donc un peu plus de cinq minutes par jour; de quoi apporter d’intéressantes informations. Les tournages se sont étendus sur près de trois mois. Ils permettent d’aborder une discussion sur l’ancien numéro et le choix des sujets du prochain (1), la préparation des interviews(2), des reportages sur le terrain (3), une rencontre de hockey professeurs -élèves (4), le bouclage final (5). On suit donc ainsi un exemple de ces Activités Complémentaires à Options (ACO), qui font actuellement parler d’elles. L’information sur la vie d’un groupe de treize élèves entre 13 et 15 ans est bien structurée, avec une dose correcte de commentaires explicatifs qui complètent l’image et le son enregistré.


Impossible de découvrir les personnalités des participants. A peine esquisse-t-on certaines composantes de quelques-uns, la timide qui craint d’interroger le directeur, celui qui prend plaisir à écrire un édito, ou cet autre qui ose lire quelques lignes d’un texte personnel. Normal, du reste, dans un laps de temps court que d’en rester à l’impression qui se dégage d’un groupe.

Cette série vous intéresse ? On la trouve actuellement intégralement dans «Zavevu» accessible dès la page d’accueil de www.tsr.ch., après avoir joué au fin limier à l’intérieur d’un site touffu.

Vraie pub pour un concours de fausses pubs !

Le portail de www.moncinema.ch organise avec les Créatifs romands un concours de fausses pubs.

Souvenez-vous, il y a quelque temps déjà, dans cette même rubrique, nous faisions la promotion du portail www.moncinema.ch. Celui-ci était officiellement lancé au festival de Locarno l’an dernier par la Télévision Suisse Romande pour promouvoir les courts métrages suisses, amateurs ou professionnels, dans une sorte de portail inspiré de « youtube ». Une manière pour la TSR de diversifier son offre internet et de se sortir de la routine du tout à l’info.

Une vraie bonne idée

Non contente de faire la part belle aux courts métrages, la TSR en collaboration avec les Créatifs romands viennent de lancer un concours de fausses pubs : « 99.- de Beigbeder est votre livre de chevet, la pub vous fait rire, vous énerve ou vous accable, vous avez le sens de la formule et un esprit de synthèse, n’hésitez plus, vengez-vous et réalisez votre spot de (fausse) pub ! ».


Si le ton est certes plutôt proche de la « déconne », le règlement n’en est pas moins très sérieux (voir le règlement et les conditions de participation en cliquant ici). De plus, un jury pub des Créatifs romands « sélectionnera les meilleurs spots qui seront diffusés lors de la soirée qui réunira le 28 mai prochain au studio 4 de la TSR plus de 500 professionnels de la création romande ; les lauréats auront l’honneur d’être invités à la cérémonie ».

Dépêchez-vous

Pour ceux qui seraient intéressés à participer à ce concours, vous avez jusqu’au 21 avril minuit pour poster sur le site www.moncinema.ch votre vraie fausse pub. Pour les autres, qui regrettent peut-être amèrement le temps des fausses pubs de l’équipe du Splendide, des Nuls ou autres Inconnus, n’hésitez pas à aller faire votre shopping et voter sur le site www.moncinema.ch. Certaines sont déjà cultes et d’autres ne demandent qu’à le devenir.

Deux ça va parfois; trois c’est trop!

Le programme d’une chaîne généraliste, commerciale comme de service public, s’établit sur quelques rares grandes lignes : l’info au quotidien (les journaux), l’info développée parfois en direction de l’investigation (les magazines), la documentation et la fiction (venues de la télévision ou du cinéma, parfois des deux), le divertissement, qui va des variétés aux sports, de plus en plus rarement, la recherche et l’expérimentation, etc. (pour parer aux éventuels oublis !)

La forte présence des séries

La fiction, qu’elle soit reprise du cinéma ou production propre de la télévision, reste un pilier de la programmation sur le petit écran. Les séries, actuellement très appréciées, couvrent un spectre allant des minis d’une minute à de longues sagas de plusieurs épisodes chacun de plus d’une heure en passant par des dizaines de modules de vingt-cinq ou cinquante minutes regroupés en « saisons »

Une série est faite pour être présentée jour après jour ou semaine après semaine avec un numéro par séance de diffusion. Il en va ainsi de «Heidi» qui perd un peu trop rapidement une partie de son aura initiale.

La recherche du client fidèle

Présenter deux épisodes de cinquante minutes l’un après l’autre, c’est jouer sur la ressemblance avec le cinéma quand le film est de durée «normale». C’est parfois supportable, surtout avec les séries à personnages récurrents. Mais c’est d’emblée perdre un des points forts de la notion même de série qui raconte une longue histoire «à suivre». L’écriture, appuyée par la mise en scène, termine chaque épisode avec un point d’interrogation, une attente la plus forte possible. Un bon moyen pour s’assurer de la fidélité du «client» !

Le respect des horaires annoncés contribue aussi à la fidélisation. Les programmes de certaines chaînes de télévision ressortent de l’esprit CFF au meilleur de sa forme. Mais ARTE bat la TSR, les fins de soirées parfois séparées des horaires annoncés.

Des exemples de trois par trois

TF1 vient de balancer Dr House en trois par trois (mercredis soir). Un peu partout, on aligne aussi trois par trois Les experts, sans même changer le lieu de l’enquête. Récemment, la TSR a liquidé sur son deuxième canal Jeux de pouvoir en deux fois trois (mardis 1er et 8 janvier 2008) alors qu’ARTE s’en tenait à trois fois deux (samedis 5, 12 et 19 janvier). Le dimanche 10 février, TSR1 sert la nouvelle soupe intitulée Saved en trois pleines louches de 22h35 à 00h50. Mais les pub sont glissées entre deux épisodes, quand TF1 les insère à l’intérieur d’un épisode – le cerveau disponible est ainsi mieux surveillé. Mais il n’y a que treize numéros, la série ayant été arrêtée aux USA dès la première saison. Ce qui n’empêche pas d’avoir trouvé sur la toile des recommandations du genre : « A ne pas manquer ».

Un bide à l’audimat pour «Jeux de pouvoir» sur TSR2 le samedi 8 janvier 2008 : une sanction contre le trois par trois ? Une promotion insuffisante ? Une méfiance du public à l’égard de l’anglophone non américain ?

Risque de lassitude

Une soirée thématique est certes chose séduisante, mais animée par une programmation variée, par exemple une fiction, un document, un débat. Trois fois les mêmes personnages dans trois structures dont les rythmes se ressemblent, cela conduit à la lassitude ou provoque même de la fatigue. Et les effectifs, en fin de soirée, risquent de fondre, même si la part de marché résiste.

24 heures chrono est construit pour apparaître durant vingt-quatre heures, pas douze ! Et pourquoi diable faut-il que la TSR bourre certains samedis soirs de trois épisodes sur six d’une grande saga familiale ou fantastique à la française ? Les fidèles parmi les fidèles se recrutent parmi les couche-tard, plus nombreux le samedi soir qu’en semaine.

Etre en avant-première

La TSR, à peine comparable à une section régionale de FR3, veut absolument bénéficier d’un droit contractuel ou supposé : présenter une série nouvelle avant la France. Car elle ne peut pas, à elle seule, assurer la version française d’une série anglophone. Et si elle y participe, c’est en minoritaire, comme elle est minoritaire quand elle prend la responsabilité d’un Instit’. La première exclusivité est donc considérée comme indispensable pour le bon audimat. Et comme la part de marché la plus élevée possible reste un but à atteindre, le programmateur romand tient plus du détective que de l’organisateur. Mieux il sait ce que font les concurrents, mieux il fait son programme. Et comme certains programmateurs français, côté TF1 ou M6, abusent de séries de trois épisodes, la TSR se trouve dans l’obligation d’en faire autant. Sa liberté est restreinte par la concurrence. Regrettable obligation de faire au moins aussi mal que le voisin ! Mais il ne s’agit plus ainsi de « programmation » : un robot bien programmé, lui, pourrait aussi le faire !

Et si, de temps en temps, le concurrent français qui abuse du trois par trois avait un peu d’avance sur la TSR en restant au deux par deux, cela aurait quelle conséquence sur la part de marché annuelle : dans l’ordre du centième de point ?

Dr House en reprise un par un

Nouveauté : TSR 2 reprend Dr House dès la première saison, depuis le 11 février, épisode par épisode, dès 18h25, du lundi au jeudi ou vendredi, et semble s’installer pour quelques semaines dans la durée voulue par les créateurs, le un par un. Il est vrai que chaque numéro traite d’au moins un cas clinique. Bien sûr, les liens entre personnages évoluent, mais ils ne sont pas très nombreux.

Trois par trois, alors, vraiment non ! Deux par deux ? Pourquoi pas. Si c’étaient deux séries différentes en un par un, serait-ce ridicule ? Mais comme ils ne le font pas en France, et que la TSR a volontairement renoncé à son autonomie au profit de la part de marché, rien ne changera !

Vous avez dit « écolo » ?

Forts du constat que les archives audiovisuelles augmentent d’une manière vertigineuse sur les sites de la TSR et de la RSR, ceux-ci nous proposent d’entrer autrement dans leurs contenus multimédias, et pourquoi pas thématiquement. C’est ce que nous offre depuis quelques mois les sites web de la Radio et de la Télévision Suisse Romande. Surfant sur la vague « écolo », ceux-ci ont donc créé deux plateformes sur le sujet. La TSR a créé une partie spéciale de son portail TSR découverte dédiée au développement durable (en collaboration avec France 5), tandis que la RSR nous offre un portail thématique sur la Suisse et le réchauffement climatique agrémenté de divers documents sonores.

RSR.CH > Demain le réchauffement

Le site de la RSR nous propose une confrontation directe avec la Suisse de 2050 subissant les effets du réchauffement climatique. « Comment vivrons-nous en Suisse en 2050 si la température moyenne s’élève de 2 ou 3 degrés, ou si, au contraire, elle accuse une baisse de 1 degré ? » Plusieurs projections sont proposées se basant sur d’autres régions climatiques. A l’aide d’un schéma simple, on peut aisément se rendre compte des changements que nous allons subir. Trois cas sont envisagés (-1° ; +2° et +3°) et chacun d’eux permet l’accès à des extraits audio ciblés, des images et des liens sur les différents scénarios. Rappelons que ce site est issu d’une chronique quotidienne diffusée à 7h45 dans le Journal du Matin pendant la première moitié de l’année 2007. La RSR nous montre un « recyclage » efficace et informatif de ses archives audio. Dommage cependant que l’exercice ne continue pas, et que le site ne soit pas en constante mise à jour.

 

TSR découverte.ch > Développement durable

 La TSR, quant à elle, nous propose une extension de la plateforme TSR découverte avec pour thématique le développement durable. Un contenu multimédia très riche alimente les 5 menus du site (climat, énergie, ressources naturelles, déchets et biodiversité). Comme le site a été créé en collaboration avec l’Université de Genève, un espace de questions est réservé à l’internaute qui aura des réponses de spécialistes de l’environnement. En constante évolution, ce site propose, outre les vidéos « recyclées » des archives de la TSR, un accès à d’autres médias (notamment avec le lien direct sur l’espace éducatif de France 5 : http://education.france5.fr ), un accès à d’autres ressources (livres, glossaire, liens), un accès à un Quizz pour tester vos connaissances sur le développement durable, ainsi qu’un lien à un agenda très complet sur les dates à retenir comme la journée mondiale de l’eau. Un site à ne pas manquer donc, qui donne envie de s’immerger dans ce sujet, et d’apprendre durablement : TSR Découverte / Développement durable


La télévision et la radio sont des médias influencés par la tendance écolo de notre temps. Espérons que ceux-ci, par leur initiative, arrivent à influencer à leur tour la population (surtout les jeunes) à la problématique de l’environnement, créant une nouvelle tendance vers une consommation plus écologique. Dommage toutefois que les deux médias de service public ne s’allient pas davantage en vue de cet objectif en développant des synergies.

Suisse mystérieuse

Un petit événement télévisuel mérite d’être suivi : c’est la présentation des treize épisodes d’une mini-série, sur TSR1, du samedi 22.12.07 au samedi 05.01.08, tous les jours sauf le dimanche, peu après 19h00. Chaque numéro, de douze à treize minutes, évoque un « mystère » qui plane ou pèse sur notre pays

Evénement, pourquoi ? La SSR ajoute partout à son sigle l’expression « Idée suisse » qui se veut garantie unitaire. Or, en télévision, Zurich, Lugano et Genève ne donnent pas beaucoup d’exemples de travail en commun. Chacun est attiré ou lutte contre son proche voisin beaucoup plus grand, dans un mouvement d’amour/haine à l’égard de l’Allemagne, l’Italie et la France. Administrativement, économiquement, financièrement, DRS, TSI et TSR existent. Les entreprises suisses de télévision portent leur regard hors de nos frontières plutôt que vers les autres régions linguistiques du pays.

Unité pour une fois dans la diversité

Suisse mystérieuse est un exception, heureuse, dans cet univers d’ignorance du voisin. Un groupe national travaille sur une idée commune, s’imposant des variations sur un thème accepté, dans des durées semblables, chacun dans le respect de sa langue d’origine. Un premier obstacle doit être levé : la compréhension des mots. Choix a ici été fait de traduction, en excluant le sous-titrage. Le résultat est bon, le commentaire dans la langue de la région de diffusion n’empêche pas de saisir la diction dans les autres langues, surtout quand il s’agit d’entendre la voix de témoins. Cela fonctionne mieux que les solutions adoptées pour les grandes et tristes manifestations suisses avec traductions simultanées, genre Premier Août, Miss Suisse ou Remise des mérites sportifs.

La fée verte, Val-de-Travers, réalisateur Nicolas Pallay (photo TSR)

Classement par régions

Quatre langues, donc : en patois alémaniques, quatre sujets, en romanche, deux, les six sous la houlette de la DRS, quatre sous la direction de Gaspard Lamunière, producteur pour la TSR, deux en italien et un en patois d’Appenzell confiés au Tessin, d’où vient Victor Tognalo, auquel est attribué le mérite de l’idée de la série. L’ordre choisi pour citer les quatre groupes est aussi un classement personnel qualitatif décroissant. Mais les écarts sont faibles.

Les qualités de la série viennent des sujets

Les considérations qui suivent ne prennent pas en compte chaque sujet séparément Des regroupements permettent de signaler les points communs qui lient des sujets tournés dans les régions. On admire la Suisse dont l’unité naît de ses différences. Ici les différences sont partiellement gommées.

On se trouve presque chaque fois dans une région aux paysages montagneux, pierreux, herbeux, pentus ou sombres qui ressortent d’un même esprit sans se ressembler. La montagne, c’est aussi bien la colline que gravit une procession le long d’un chemin rocailleux que le sommet qui domine une haute vallée du Valais ou des Grisons, d’Appenzell ou du Simmenthal, de Suisse centrale ou du Jura. Le Val-de-Travers neuchâtelois y aura été deux fois invité, avec la vouivre de St-Sulpice et la fée verte d’un peu partout. La forêt est proche, avec des arbres sombrement dressés, des troncs tordus de souffrance, des mousses étouffantes, des herbes envahissantes. La nature est plus souvent hostile qu’accueillante.

Soigner des malades

Un guérisseur fribourgeois emploie ses dons efficaces pour soigner les malades qui s’adressent à lui. La fée absinthe maîtrisait de multiples maladies avant de devenir la sorcière poursuivie durant près d’un siècle par la loi. L’herboriste prépare des décoctions en recueillant les efficaces principes vivifiants des plantes. Le « töggeli » s’installe la nuit sur la poitrine de sa victime pour lui infliger d’intenses douleurs.

L’homme, vivant ou mort, est un fantôme, victime ou complice du diable. Les apparitions féminines sont beaucoup plus nuancées qui vont de la fée généreuse à la déesse alpine ensorcelante en passant par la chanteuse qui charme par ses vocalises. Et la femme du mal absolu devient vouivre, serpent monstrueux qui crache le feu et pisse le sang.

La procession doit provoquer le retour de la pluie bienfaitrice. Le rite du pain et du fromage bénis par trois vieilles filles – elles sont célibataires, pas forcément âgées – quand il est oublié, provoque la mort jaillie de la montagne en colère. Ramuz n’est pas loin avec sa Grande peur dans la montagne. Le courage généreux d’une femme lui permet de calmer l’âme des défunts qui ne veulent pas quitter cette terre.

Le système solaire

La ville de Bâle et sa cathédrale sont construites aux points d’intersection de droites que relient par deux à deux cinq montagnes nommées ballon. Celles-ci forment un cadran solaire géant. Un triangle magique dont les côtés sont proportionnels à 3, 4 et 5 est construit sur une corde à douze nœuds connue de la civilisation celte. Pythagore et son triangle rectangle viendront plus tard. Le Soleil et la Lune se retrouvent dans les Grisons sur une trentaine de menhirs témoins de religions païennes que le christianisme tentera d’évacuer. Le triangle magique de Béat Häner et Les menhirs de la Mutta de Peter Kreiliger sont les meilleurs de la série pour leur rigueur scientifique et leurs élans païens et poétiques.

Une queue de cheval coupée

Les occasions de sourire sont rares, celles d’être touché ou séduit à peine plus fréquentes. L’esprit rationnel appréciera ce paysan d’Obwald qui a consulté son médecin après avoir subi les assauts du « töggeli » et dont la santé est redevenue excellente après un traitement à base de magnésium. Dans le même sujet, tiré du Fantôme de la nuit (Das Töggeli) de Béla Batthyany, le sourire naît du récit au sujet de cet homme qui se défend à la hache contre le fantôme et croit avoir coupé la queue d’un chat. Le lendemain sa femme porte un châle : il découvre alors que sa queue de cheval a disparu ! On aimerait bien savoir pourquoi le fourmillement dans les jambes d’une jeune femme cesse quand elle se trouve à plus de trois mètres d’un menhir. Et l’on se demande quel sens peut bien prendre la transformation d’un couvent en hôpital psychiatrique ! Mystères !

Un peu de beauté

S’il est une approche de la télévision peu fréquente, c’est bien celle qui se réfère à l’esthétique. A-t-on souvent envie de dire d’images qu’elles sont belles, de couleurs qu’elles sont magnifiques, du rythme du montage qu’il est séduisant, des mouvements de caméra qu’ils sont fluides, de la musique qu’elle est charmante accompagnatrice ? Non, on parle d’émotion, de sentiments, de valeur informative, de rigueur de construction, d’affrontement ; pas de beauté !

Dispersés dans l’un ou l’autre numéro de la série, il y a des moments dont on doit oser dire qu’ils apportent de la beauté, les masques d’Urnäsch (Bons et mauvais esprits) qui le sont par eux-mêmes – encore fallait-il les bien filmer – des sources frémissantes, des chutes d’eau inquiétantes, des arbres géants dans la brume, des menhirs dressés à l’horizon, un bois glissant dans une eau frémissante faisant penser à une vouivre, le masque tragique d’une marionnette, etc. Mais ces apparitions sont plus furtives que systématiques. Quand la beauté apparaît, la poésie pourrait suivre. Trop rare, hélas.

Au plus purement formel, des ralentis de nuages souvent amplifient l’inquiétude, une surimpression donne vie à une femme mystérieuse qui chante et s’évanouit en un effet réaliste anti-poétique.

Rien de transcendant au plan formel

Aucune surprise formelle, qui fasse saluer une réussite plus évidente chez l’un que chez les autres. On reste coincé dans une forme assez classique, des paysages, des intérieurs ou des objets associés à une voix qui fournit des explications, des hommes et des femmes, spécialistes, témoins ou passeurs qui évoquent des souvenirs ou se transforment en conteurs. L’illustration musicale discrète en quelques mesures répétées accompagne l’image sans tomber dans une lourdeur insistante qui servirait de commentaire. Mais rien de franchement mauvais. En général, du bon artisanat !

Une série souvent attachante par le fond plus que la forme.

 

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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