Séries TV
Diversités en séries
Avertissement : je ne suis pas l’auteur du texte qui suit. Paru le 30 septembre 2013 dans le journal LE TEMPS, il est signé par NICOLAS DUFOUR. On y trouve entre autres un long entretien avec Matthieu Béguelin, président du Conseil du public de la RTSR. Les illustrations et leurs légendes ont été choisies par Guillaume Bonvin, le webmaster de site de la RTSR. Je me réjouis, bien entendu, qu’un tel texte soit accueilli dans le BLOG de la RTSR. (Fyly – 11.09.2013)
Lire plus bas le texte de Gilles Marchand, directeur de la RTS, « Programmer des séries américaines, c’est aussi défendre le service public », qui est aussi une réponse aux textes parus le 30 septembre, rappelés ci-dessus (Fyly – 12.09.2013 à 07:40)
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Le thème peut paraître anodin. Mais, en considérant l’importance culturelle et même sociale qu’ont acquise les séries TV, il a sa pertinence. La question de la place prise par les feuilletons américains dans l’offre de la RTS, par rapport à des productions d’autres régions du monde, peut se poser.
Il ne s’agit pas de rabâcher une fois encore l’opposition catégorique autant que surannée aux séries en provenance des Etats-Unis, longtemps – et toujours, par certains – dépeintes comme instruments de débilisation populaire massive. Dans un climat de concurrence féroce, la création télévisuelle américaine prouve, depuis quinze ans au moins, son audace et son acuité. Et, à mesure que le gros cinéma hollywoodien s’enfonce dans sa déliquescence mentale, l’intelligence de nombreuses séries états-uniennes n’en finit pas de resplendir.
La RTS ne démérite pas totalement. Elle diffuse, certes en mauvaise exposition horaire, quelques-unes de ces séries américaines haut de gamme, comme Boardwalk Empire. Elle absorbe un peu du réveil créatif qui se manifeste en France. Elle a manqué le virage scandinave, tout en se rattrapant tant bien que mal avec Borgen et, dans une moindre mesure, Varg Veum.

Le Trône de fer (souvent désigné par son titre original, Game of Thrones1), est une série télévisée américaine de fantasy médiévale adaptée pour HBO par David Benioff et D. B. Weiss. Il s’agit d’une adaptation du Trône de fer, une série de romans de fantasy écrits par George R. R. Martin.
Mais il est légitime de demander davantage au service public helvétique. Le diffuseur de statut national doit ouvrir les fenêtres. S’agissant de la diffusion de longs métrages, les cinéphiles – et le public plus largement – protesteraient si la TV publique ne montrait jamais, à aucun moment, des films du Japon, d’Espagne, de Corée du Sud ou d’Argentine, pour épingler quelques zones vives sur la carte mondiale de la production audiovisuelle. Désormais, cette exigence d’élargissement des horizons s’applique aux feuilletons. Tout indique que la série triomphe de manière globale, quels que soient son mode de consommation, la diffusion TV ou les déclinaisons connectées au Web. Il est temps que les services publics, et singulièrement la RTS, suivent avec curiosité et ouverture d’esprit cette expansion d’une certaine narration du monde.
Séries Américaines, L’overdose?
La surdose? Depuis la rentrée, et jusqu’à mi-septembre, la RTS aura mis sur orbite ou relancé pas moins de huit séries TV américaines. Des poids lourds tels que NCIS – pour une dixième fournée – et des nouveautés parmi lesquelles Chicago Fire, sur le thème classique de la caserne de pompiers, ou Smash, une comédie musicale. Des productions qui s’ajoutent à d’autres, toujours en diffusion ou récurrentes, comme Les Experts.
Chaque semaine, sur une centaine d’épisodes de 35 séries mis à l’antenne, plus de 70 sont américains (lire ci-dessous). Les fictions venues des Etats-Unis occupent les trois quarts des 5000 épisodes diffusés chaque année par les deux canaux romands, une proportion plus élevée que la part de marché du cinéma américain dans les salles (65%).
Alors que le débat sur le service public audiovisuel fait rage, cette question de la présence de la fiction américaine devient constante. Parfois en raison d’une opposition de principe, sans tenir compte du fait que, dans sa palette, la RTS propose des feuilletons américains faisant autorité, par exemple Boardwalk Empire. Toutefois, l’ampleur de l’occupation des grilles par un certain imaginaire «made in USA» interpelle. Auteur d’un postulat à propos des missions de la SSR, le conseiller national Filippo Leutenegger (PLR/ZH) ne veut pas trop s’avancer en termes de contenus, mais il estime que le divertissement fait partie de la question plus générale du service public, «qui doit être redéfini, surtout au moment où il dispose de moyens croissants face à un secteur privé en difficulté, en concurrence sur le même marché internet». Il relève les «absurdités» d’offres similaires entre les chaînes publiques – une émission de télé-réalité sur SRF, dans ce cas – et les émetteurs privés. Intervenant volontiers sur les questions de médias, la conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD), qui dit «adorer les séries», pose en préambule: «Est-ce que la RTS doit proposer des séries et du sport? Oui. Elle doit même avoir une programmation ambitieuse, aussi bien en cinéma que pour les séries, dont la qualité est parfois supérieure.» Avant de déplorer une «omniprésence des séries américaines, parfois d’une violence limite, comme Esprits criminels, montrée à 21 h, ou en fin de vie telles que Les Experts ou NCIS. Arte montre la voie avec une politique forte, tandis que la RTS a raté le coche de The Killing [Forbrydelsen, le suspense danois original], c’est révélateur… Ils semblent n’avoir plus d’audace.»

John Reese, un agent paramilitaire de la CIA présumé mort est engagé par un mystérieux milliardaire du nom de Harold Finch. Celui-ci a conçu pour le gouvernement, par le passé, une machine de surveillance de masse capable de prédire les actes terroristes dans le monde, en s’appuyant sur de nombreuses données comme les enregistrements des caméras de surveillance et des appels téléphoniques ou les antécédents judiciaires.
Directeur de la RTS, Gilles Marchand se défend, d’abord sur le principe: «La légitimité et la saveur d’une programmation de télévision généraliste, particulièrement de service public, tiennent à la diversité et à l’équilibre de son offre. Vis-à-vis du public, nous devons être légitimes. Tout le public, celui qui souhaite s’informer bien sûr, mais aussi celui qui aime les séries et le sport.» Et d’ajouter: «Il n’est pas juste de résumer la politique d’achat de fiction de la RTS aux seules séries américaines. La RTS est la chaîne généraliste européenne qui diffuse le plus de films de cinéma français. Ni TF1, ni France 2, France 3 ou M6 ne diffusent autant de cinéma français et européen.»
Si la fiction américaine envahit les grilles, c’est parce qu’elle permet de les remplir à bon prix. Hollywood arrose le monde avec des feuilletons souvent déjà amortis sur le plan national, en modulant les prix selon la taille du territoire. Dans le cas de la Suisse romande, évidemment, la facture est modique. La rediffusion d’un Columbo ou d’une Arabesque en journée ne coûtera qu’un millier de francs. Un épisode inédit en soirée reviendra à environ 6000 francs, très loin du tarif des émissions ou des fictions que la RTS produit elle-même. En moyenne, une série achetée coûte 100 francs la minute; une fiction maison 10 000 francs. Gilles Marchand le souligne: «Nous ne pouvons évidemment pas produire l’équivalent de ce que nous achetons. Nous concentrons donc nos moyens sur la production originale suisse en prime time et tenons nos positions de marché grâce aux achats dans le reste de la grille.»
Et la grille est avide: la fiction (cinéma, séries et téléfilms) la nourrit à hauteur de 65%, «une place énorme, et de nombreuses cases à remplir…» relève Alix Nicole, responsable des achats de fiction. Elle l’assure, «nous sommes conscients de cette omniprésence américaine, c’est pourquoi nous avons créé une case «made in Europe», et nous essayons de plus en plus de proposer les séries européennes aussi en rattrapage.» La danoise Borgen occupe par exemple cette case européenne dès ce vendredi… à 23 h 15. Les responsables de la RTS affirment ne pas faire davantage d’audience avec ce type de fictions s’ils les placent plus tôt dans la soirée. Et ils excluent de montrer des séries sous-titrées, convaincus que ce format fait fuir les téléspectateurs. Une option qui favorise les fictions américaines, déjà doublées en France.

Après une confidence d’un de ses informateurs, Carrie Mathison, agent de la CIA souffrant en secret de trouble bipolaire, est la seule persuadée que Nicholas Brody, un Marine américain libéré lors d’une opération commando en 2011 au terme de huit ans de détention par Al-Qaïda, a été « retourné » et représente un risque pour la sécurité nationale du pays. Sa persévérance, qui va virer à l’obsession maladive, pour suivre le comportement du Marine, va l’amener à déterminer si le traumatisme du soldat est réel, ou s’il participe à une conspiration visant les États-Unis.
De fait, les séries américaines ne dominent pas outrageusement les audiences. Dans le Top 100 de l’année 2012, que la RTS a fourni au Temps, la première série qui apparaît est un chapitre des Experts: Miami, en 27e position, après des émissions propres (Mise au point, A bon entendeur) ou des événements sportifs – l’année 2012 cumulait les JO et l’Euro. Il faut toutefois relever que cet épisode précède de dix places le premier film de cinéma du palmarès, qui occupe le 37e rang. Et ces fictions en feuilletons drainent fidèlement, chaque semaine en début de soirée, leurs 130 000 amateurs, ou davantage. Avec de bons scores chez les 15-49 ans, une cible fort appétissante pour les annonceurs ainsi que les comptables des chaînes de télévision. Y compris ceux du service public helvétique.
«La RTS Choisit Les Méthodes De Diffusion Des Grandes Chaînes Privées»
Président du Conseil du public de la RTSR, Matthieu Béguelin plaide pour une meilleure exposition des séries «à valeur ajoutée».
Le socialiste neuchâtelois Matthieu Béguelin préside le Conseil du public de la RTSR, représentant de la société civile dans les régions face à la RTS. Ce conseil se penche ces temps sur la question des séries américaines.
Le Temps: La RTS diffuse-t-elle trop de fictions TV des Etats-Unis?
Matthieu Béguelin: Il y en a trop, par rapport à l’attention que l’on pourrait porter à des séries européennes, par exemple de Grande-Bretagne ou du Danemark. Mais il existe des séries américaines à valeur ajoutée, telles que Boardwalk Empire ou Homeland, qui mériteraient une meilleure case horaire. Et dans le cas de Borgen, dont la RTS montre la troisième saison à plus de 23 heures, on ne comprend pas un tel choix. Rien ne justifie un horaire aussi tardif, d’autant que cette série est assez proche d’une réalité que le téléspectateur suisse peut appréhender. En outre, notre questionnement porte sur la diffusion par deux épisodes; pour des saisons qui comportent 10 épisodes, voire moins, et dont les histoires se suivent d’un épisode à l’autre, la diffusion est achevée en un mois, cela ne permet pas de fidéliser le public…
– A l’heure du DVD et du visionnement en ligne, montrer deux épisodes à la suite, n’est-ce pas une parade des chaînes?
– Elles ont commencé avant le téléchargement – peut-être l’ont-elles même, ainsi, favorisé… Aux Etats-Unis, qui ne connaissent pas cette pratique, les spectateurs attendent! Si c’est possible avec une offre aussi pléthorique que celle des chaînes américaines, on peut imaginer que le public suisse puisse aussi s’enthousiasmer d’une semaine à l’autre. Et il y a d’autres possibilités: la RTS avait montré sa propre série 10 sur Internet avant la diffusion…
– Les grosses séries montrées en début de soirée, «Les Experts» ou «The Mentalist», demeurent très populaires…
– Elles le sont peut-être parce qu’elles sont montrées à cette heure. C’est la poule et l’œuf. Nous demandons une soirée dédiée aux séries plus construites, qui pourrait commencer par Borgen en premier rideau, puis suivre avec Magic City vers 21h30, pour donner un exemple. Cette dernière a des éléments de violence, mais n’oubliez pas que le contenu des Experts ou de NCIS n’est pas très sympathique. On s’y attarde sur des meurtres, des crimes, des cadavres…
– La chaîne principale de la RTS diffusant davantage d’épisodes américains que TF1, cela pose-t-il une question en termes de service public?
– Nous ne sommes pas très satisfaits de voir la RTS choisir les méthodes de diffusion des grandes chaînes privées. Les grilles se ressemblent. L’argument selon lequel la chaîne publique doit séduire le public peut se retourner: le contenu peut amener un audimat. La qualité de certaines séries justifie une prise de risque. Se concentrer sur la plus-value, pour un rendez-vous hebdomadaire, permet d’aller chercher des bonnes séries en Europe, songez aux anglaises Black Mirror ou The Shadow Line, aux fictions scandinaves, aux nouvelles productions françaises comme celles de Canal +… Il ne s’agit pas d’être élitaire en disant que les gens n’apprécient pas assez les séries de qualité, mais d’affirmer que les téléspectateurs doivent avoir droit à la meilleure qualité.
– Dans ce débat, ne fétichise-t-on pas la diffusion TV alors que les consommations par le Web et les autres écrans s’accroissent?
– Manifestement, le public est toujours là. C’est même une raison de plus pour le fidéliser autour d’un rendez-vous, d’une offre différente. TF1 voit ses audiences baisser, la formule peut s’épuiser. La question est de savoir comment la RTS s’inscrit face à cette grande créativité des séries. Y compris pour ses propres productions. Si les Danois réussissent à attirer 1,5 million de spectateurs avec Borgen, pourquoi ne pas s’en inspirer?
Plus De 70 Épisodes Américains Par Semaine
En une semaine, RTS Un et RTS Deux diffusent deux fois plus d’épisodes de séries américaines que TF1. Le plus souvent, la seule RTS Un montre davantage d’épisodes que la grande chaîne privée française. M6, elle, s’illustre, parfois avec TF1, dans des diffusions-fleuves d’épisodes en soirée, mais demeure un peu plus modeste en matière de séries «made in USA». C’est ce qui ressort d’un pointage réalisé par Le Temps.

Mad Men se déroule dans les années 1960 à New York, au sein d’une agence publicitaire fictive de Madison Avenue.
Les grilles de trois semaines, d’environ 6 h à 2 h du matin, ont été analysées, en septembre 2012, janvier et août 2013. Chaque épisode de production américaine a été compté, y compris les soaps tels que Top Model, mais pas les téléfilms unitaires ni les programmes de jeunesse. Hormis M6, qui accuse une baisse du nombre d’épisodes américains en août dernier par rapport à janvier, les volumes restent stables. En septembre 2012, les deux canaux de la RTS montraient 74 chapitres de fiction américaine, respectivement 43 et 34. TF1 en proposait 37. En janvier, le diffuseur romand offrait 75 épisodes (RTS Un: 48), TF1 38. Et en août, les chiffres sont de 40 sur RTS Un, 31 pour RTS Deux et 41 sur le leader hexagonal. M6 en affichait 28.
Sur le service public romand, les séries américaines accaparent au moins 42 heures de programme par semaine – une estimation prudente, car il s’agit d’une moyenne entre les épisodes de 42 et ceux de 26 minutes. Entre le 17 et le 23 août 2013, la RTS se singularisait par l’occupation de trois débuts de soirée – en comptant le jeudi dès 21h15 – au profit des feuilletons américains; TF1 et M6 n’en consacraient que deux.
Durant les trois semaines étudiées, M6 a battu le record de diffusion d’épisodes en une journée, 14 (le 18 janvier). Chaque jour, la RTS, surtout sur RTS Un, montre entre 2 et 11 épisodes «made in USA», avec des pointes les mercredis et dimanches.
- Nicolas Dufour
- Articles repris du journal Le Temps de Vendredi 30 août 2013
A lire sur le même sujet : L’article du Blog de la RTSR
Cinquante millions en une année pour la production externe.
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Article paru dans le journal Le Temps du jeudi 12 septembre 2013 en page 11
Programmer des séries américaines, c’est aussi défendre le service public
C’est un de ces sujets récurrents comme les régimes en été ou les impôts en hiver: la présence des séries américaines sur les grilles des programmes de la RTS est régulièrement débattue. Trop de séries américaines, trop bien exposées et peu compatibles avec le mandat de service public, affirment les uns. Un excellent choix, en avant-première et en VO, soutiennent les autres, qui pensent au contraire que le service public ne doit mépriser aucun public.
L’occasion donc de refaire le point.
C’est un fait, il y a de nombreuses séries américaines programmées sur la RTS. Est-ce compatible avec le mandat de service public? Sans aucun doute. Pour au moins trois bonnes raisons.
Il y a tout d’abord d’excellentes productions américaines. Bien réalisées, bien jouées, bien rythmées. C’est d’ailleurs aux Etats-Unis que se produit l’essentiel de la fiction mondiale. Est-ce problématique de les proposer au public romand? Oui, s’il n’y avait que cela. Non, si elles ne représentent qu’une partie d’une grille de programmes équilibrée dans laquelle toute la fiction ne pèse pas plus que l’information (28%). Preuve en est l’engouement qu’elles provoquent. Surtout si elles sont bien choisies et proposées avant tout le monde, en VO ou en VF, sur RTS Un ou Deux.
L’expérience de service public ne se limite pas à la production suisse. Celle-ci est certes décisive, essentielle même. Mais le fait d’apprécier et de suivre ensemble, voire de commenter un programme, d’où qu’il vienne, est aussi une expérience collective importante.
Et la série américaine à deux autres vertus cardinales pour la RTS.
D’une part, elle fédère un public important, qui se retrouve ensuite en nombre sur les rendez-vous de production suisse. Le 19:30 ne ferait pas régulièrement 60% de part de marché, les magazines comme Temps Présent, Mise au point, ABE, TTC ou Passe-moi les jumelles, pour ne prendre que ces quelques exemples, ne tutoieraient sans doute pas les 40% de part de marché si la RTS ne cultivait pas, patiemment, la fidélité de son audience, heure par heure, minute par minute. Avec l’aide précieuse de la fiction achetée, qui évite l’éparpillement d’une partie du public romand sur les écrans français, M6 et TF1 en tête.
D’autre part, il faut le dire, la fiction américaine représente un rapport qualité-prix imbattable dans le monde de la télévision. A 100 francs la minute sur le marché suisse, la fiction américaine terrasse la concurrence. La fiction suisse, portée par la production indépendante romande, se situe, elle, entre 12 000 et 15 000 francs la minute. Et c’est normal, et même très compétitif à l’échelle européenne.
Pourquoi la fiction américaine est-elle si bon marché? En fonction du volume produit et vendu dans le monde entier, effet de masse bien sûr.
Certes, répondent quelques-uns. Mais pourquoi lui offrir une telle exposition! Pourquoi ne pas mettre d’autres fictions, européennes par exemple, plus tôt?
D’abord parce que, pour maintenir les excellents résultats d’audience de la RTS, il faut exposer en début de soirée ce qui rassemble le public et non ce qui le divise. Ensuite parce que, aujourd’hui, ceux qui veulent trouver des séries plus pointues les trouveront à partir de 22 h 30 sur la RTS, et à l’heure qui leur convient sur le site de la RTS +7. L’essentiel y est, pour tous les écrans, à toute heure!
Et, franchement, il n’est pas honnête de résumer l’offre de programmes et même de fiction de la RTS aux séries américaines.
Il y a d’abord les différentes cases de fiction réservées à la production européenne, notamment anglaise et scandinave. Ensuite, la RTS est la chaîne généraliste qui programme le plus de fictions francophones en Europe, devant les chaînes françaises! C’est l’industrie française du film qui le démontre, statistiques à l’appui. Plus de 80% des téléfilms diffusés sur la RTS sont tournés en français.
Enfin, depuis trois ans, la RTS a lancé une politique assez audacieuse de séries suisses, avec la production indépendante romande. 10, CROM, T’es pas la seule, 1 et 2, L’Heure du secret, 1 et 2, Port d’attache, prochainement A Livre ouvert, et d’autres projets encore sont nés de ces initiatives. Avec, à la clé, une grande exposition en prime time, un savoir-faire qui se développe, des réalisateurs, des comédiens et des techniciens qui peuvent être fiers, avec la RTS, d’un tel succès public.
Et n’oublions pas non plus le cinéma suisse francophone, soutenu par la RTS, qui livre chaque année son lot de productions saluées par la critique suisse comme internationale. Lionel Baier ou Ursula Meier, pour ne citer que ces deux exemples emblématiques, illustrent parfaitement cette nouvelle veine, tout comme Elena Hazanov, Denis Rabaglia et Jacob Berger, qui disposent d’une carte blanche au 19:30 le vendredi, pour un exercice considéré comme une invraisemblable liberté partout ailleurs en Europe.
Alors, oui, la RTS dépense moins de 10% de son budget de programmes pour acheter des fictions. Grâce à cela et à toutes les émissions qu’elle fabrique, elle résiste plutôt bien à l’explosion du paysage audiovisuel numérique, linéaire ou à la carte. La fiction offre ainsi un bon socle de téléspectateurs, fidèles à la production suisse. C’est une contribution à un service public, pour tous les publics.
Directeur de la RTS
Cinquante millions en une année pour la production externe
Vendredi 30 août 2013 : vous aimez les séries, surtout les récurrentes à grande valeur ajoutée pour atteindre le haut de gamme? Peu-être avez-vous lu le LE TEMPS avec cinq sujets signés par Nicolas Dufour en pages 1 et 3 :
Les écrans de la RTS envahis par les feuilletons américains
Editorial : Diversité en séries
Séries américains, l’overdose ?
La RTS choisit les méthodes des grandes chaînes privées ( un entretien de Nicolas Dufour avec Matthieu Béguelin, président du conseil du public)
Plus que TF1
Ces différents articles sont à lire en suivant ce lien
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1/ Cinquante millions par année à la RTS pour la production externe ? Aucun lien avec la réalité. Un petit jeu de fiction financière : que pourrait-on faire avec cinquante millions par année ? Par grand chose, sauf d’acheter à tour de bras des séries américaines pas très ambitieuses déjà amorties sur le marché national. Tout de même une occasion de parler coût de production, de savoir un peu « combien çà coûte » ?
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2/ « Passe-moi les jumelles » ( plus simplement « Paju ») existe depuis vingt ans déjà. Cette émission contemplative honore la RTS qui la présente en premier rideau ( dès 20 heures, avec ses émissions originales.) Un hommage en images est introduit dans le texte.
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Troisième saison pour la remarquable série danoise, « Borgen ». Là aussi, dans le texte, un hommage par quelques images. Il faut protester contre la provocation faite par les responsables de la programmation qui n’exposent pas cette série avant 23h00 pour se terminer à près d’une heure du matin. Voilà comment l’on traite la qualité au royaume de la quantité reflétée par les parts de marché !
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Le téléspectateur devrait fonctionner au « coup de cœur » pour se laisser guider vers ses émissions préférées. A chacun de faire ses choix. Mais il faut aussi parfois aborder l’audiovisuel contemporain rationnellement. Il est facile de répéter qu’il y a trop de sports à la SSR-SRG., souvent installés en priorité sur RTS 2. Il l’est tout autant de regretter la place envahissante prise par les séries unitaires américaines aux meilleures heures, dès le milieu premier rideau, dès 21h00, sur RTS1, le « navire amiral », l’armada formée par les autres moyens modernes, internet, le portable, etc.
L’impossible transparence
Il vaut la peine de s’interroger sur ce que peut proposer la RTS, sur ses deux chaînes, durant quarante heures chaque jour de l’année. Il y a un problème d’argent, dont on entend rarement parler si le montant de la redevance est une sorte de monstre du Loch Ness ! Le souci de transparence n’est pas prioritaire. Combien çà coûte, une minute de « Téléjournal » ? Combien çà coûte, une minute de « Temps présent », ou de « Paju » dont on va dignement fêter le vingtième anniversaire ? Le sait-on vraiment ? Et si on le sait, accepterait-on de le dire ? Il n’est pas facile de répartir sur chaque émission les coûts de la rénovation de la Tour, de l’achat du matériel, du salaire du directeur des programmes, de de celui de l’assistante de la secrétaire de la responsable des achats des séries !
Le coût-minute de l’externalisation
Réponse possible, dans un domaine au moins. La télévision sait à peu près ce qu’elle dépense lorsqu’elle externalise sa production ou qu’elle procède à des achats d’un produit audiovisuel qui existe sans son intervention. On peut plus ou moins correctement estimer le coût pour une minute d’antenne.
Imaginons qu’une chaîne comme la RTS dispose de cinquante millions par année pour l’externalisation. Que pourrait-elle offrir, réponses approximatives données en heures annuelles de diffusion ou en minutes par jour ?
Les séries romandes du samedi soir
La RTS réserve quelques-uns de ses samedis soirs à des séries récurrentes. On attend pour cet automne la deuxième saison de « L’heure du secret » dont le tournage est pratiquement terminé. Admettons que l’ordre de grandeur du coût à la minute tourne autour des quinze mille francs. Cinquante millions permettraient de proposer trois mille trois cents minutes de programme :
55 heures pour une année entière ou 9 minutes par jour.
Objectif équivalent à « Borgen »
Un objectif à cinq ans devrait s’installer dans l’esprit des décideurs, pour arriver à faire en Suisse romande l’équivalent de « Borgen », il faudrait probablement pouvoir investir vingt-cinq mille francs la minute et décider de prendre le risque d’une programmation courageuse, au moins en milieu de premier rideau plutôt que le samedi soir à 20h00. Il y en aurait pour deux mille minutes :
33 heures pour l’année, entre 5 et 6 minutes par jour.
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La diffusion de la troisième saison de la splendide série danoise débute sur RTS 1 le vendredi 30 août 2013, à 23.15, le deuxième épisode se terminant à 01h00
Une fois de plus, cette programmation tardive est une provocante marque de mépris à l’égard de tous ceux qui tiennent en haute estime les séries récurrentes à forte valeur ajoutée qui prennent place dans le haut de gamme
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Co-production cinématographique : « Les grandes ondes » de Lionel Baier
La RTS a investi 350 mille francs pour les 85 minutes du film de Lionel BAIER qui vient de faire une première réussie sur le Piazza Grande de Locarno. Cela fait donc un peu plus de quatre mille francs la minute. C’est un assez gros investissement. Les cinquante millions permettent alors de proposer
210 heures annuelles, environ 35 minutes par jour.
Temps présent
Il est plausible d’estimer qu’un « Temps présent » de cinquante minutes coûte cent mille francs, donc deux mille francs la minute. On pourrait donc offrir vingt-cinq mille minutes
415 heures annuelles, un peu moins de 70 minutes par jour.
Côté « docs » avec « L’expérience Blocher » et « Le tableau noir »
Tant pour le premier (cent trente mille francs pour cent minutes) que pour le second (cent cinquante mille francs pour cent dix-sept minutes), on est autour de mille trois cents francs la minute. On disposerait alors de
615 heures annuelles, 105 minutes par jour.
Le tout venant de la série unitaire américaine
Les séries américaines, qui sont souvent produites par des chaînes à péage, comme certains films du reste, arrivent sur les marchés européens parfois entièrement amortis. C’est du « tout bénéfice ». Il n’est pas absurde d’effectuer un premier calcul en prenant un coût plausible de base de cent francs la minute.
Avec cinquante millions de francs suisses, on s’offre un cinq cent mille minutes d’antenne, de quoi remplir un canal 24 heures sur 24 :
8.500 heures annuelles, un peu moins de 1.400 minutes par jour.
Contribution à de bonnes parts de marché
Mille quatre cents minutes, ce sont à peu près vingt-quatre heures par jour. La conclusion est claire. Avec cinquante millions pour les achats et les séries américaines les plus commerciales déjà amorties, on peut faire tourner une chaîne vingt-quatre heures sur vingt-quatre. De plus, les séries majoritairement américaines contribuent à maintenir une bonne moyenne pour les parts de marché.
Répéter qu’il y a trop de séries américaines, c’est être un doux et utopique rêveur. Ces séries sont indispensables pour faire fonctionner le double programme de la RTS ; hélas !!
Il faut se battre pour une plus grande diversité dans l’origine des séries et des films de cinéma afin que certaines sources européennes, mais pas elles seulement, remplacent les sempiternelles américaines. Il faut que les séries à haute valeur ajoutée du haut de gamme soient plus souvent accueillies à des heures de meilleure écoute, par exemple en milieu de premier rideau (un peu après 21h00) plutôt qu’aux environs de minuit. La part de marché risquerait-elle d’être en baisse ? Mais que mesure l’audimat ? La quantité. La qualité est une valeur culturelle qui n’est pas prise en compte par une présentation de « Borgen » à 23h15 !!! Dit autrement : la RTS, qui s’aligne beaucoup trop sur l’esprit de TF1, devrait s’autoriser à « concurrencer » plus souvent ARTE.
La programmation de la fiction audiovisuelle est le point faible de « notre » télévision ! Elle est presque complétement l’esclave des parts de marché !! Doit faire mieux ! Mais le veut-on ?
Protection rapprochée
Vient d’être mis en ligne avec illustrations une première approche de « Person on Interest »
(Voir sous « Considérations estivales« , ci-dessous, point 3 – samedi 20.07.13)
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« Protection rapprochée », série danoise de deux saisons avec chaque fois dix épisodes d’environ cinquante-cinq minutes passe actuellement sur RTS1 le vendredi soir, dans une case réservée aux séries à forte valeur ajoutée, par duos jusqu’au 2 août 2013. La deuxième saison a été présentée sur la même antenne dès janvier 2012. Il s’agit donc probablement d’une seconde diffusion : pourquoi le taire dans les avant-programmes ? Par contre, l’heure tardive est compréhensible.
« Protection rapprochée » n’atteint pas le haut niveau de « Borgen » ni même de « Killing » ( dont il existe deux versions, l’une danoise, l’autre américaine). C’est tout de même une série à tout le moins intéressante, dont la notoriété n’atteint pas celle de « Borgen » y compris dans notre blog, la recherche « Borgen – série – Danemark » donnant dix-neuf références alors que le « Protection rapprochée –série –Danemark » n’offre que cinq allusions.
Mais la notoriété des séries danoises est maintenant une évidence un peu partout. Petit signe : vient de sortir un film intitulé « Hijacking » d’un danois, « Tobias Lindholm ». Le fait que Lindholm soit co-scénarise de « Borgen » est un peu partout mentionné.
Dans le bas du haut de gamme
Les Scandinaves doivent bien aussi avoir quelque part l’équivalent des fausses séries qui racontent une histoire par épisode sans prendre la peine de s’intéresser aux enquêteurs. Avec « Protection rapprochée », on est dans le bas en frôlant le milieu du haut de gamme à moyenne valeur ajoutée. Mais il est important de souligner quelques-unes de caractéristiques qui permettent à « Protection rapprochée » d’être supérieur aux séries de la RTS. Encore que les « nôtres » sont désormais honorables quand il s’agit de « L’heure du secret », « Crom » ou « Dix ».
La Police d’Escorte Tactique (PET) a donc pour mission de protéger des personnalités politiques contre toute forme d’interventions intempestives, attentats y compris, avec une consigne de discrétion qui devrait rester la plus grande possible. L’action y est souvent vive, avec un bon suspens. On ne va donc pas dégainer constamment pour tirer comme dans les séries américaines unitaires qui occupent les premiers rideaux un peu partout dans le monde, y compris en Suisse romande.
Une réalité politique plausible

Protection Rapprochée -Saison 1 -épisode 5 – Qui donc veut rendre impossible le mariage d’un ministre ?
Mais il y a ces « plus » qui font que l’on peut parler de « Protection rapprochée ». Il s’agit par exemple de protéger le ministre de la défense qui soit se rendre en Irak, de surveiller des milieux d’extrême-droite qui n’apprécient guère la nomination comme ministre de la culture d’une « secundos » originaire du moyen-orient, de veiller à la sérénité des participants à une conférence mondiale sur le climat qui se tient à Copenhague où la ministre britannique de l’environnement dénonce des pots de vin accordés à des experts pour minimiser le réchauffement climatique. Ou encore d’empêcher l’exécution d’un caricaturiste qui s’en est pris à Mahomet. Les allusions au terrorisme, les excès de milieux politiques extrémistes prennent peut-être plus de place que la routine de protection quotidienne alors que rien ne se passe. « Protection rapprochée » inscrit ses récits dans un réalité politique plausible sinon exacte.

Protection rapprochée – saison 1 – épisode 9 : il convient d’assurer la protection de la ministre de l’environnement anglaise qui dénonce des manoeuvres pour minimiser le réchauffement climatique.
Des femmes efficaces
Et à travers Jasmin el-Murad, efficace membre du PET à la vie privée non dépourvue de problèmes, on fait d’une pierre deux coups : l’engagement d’une danoise de la deuxième génération est aussi celui d’une femme. Une politicienne qui préside le gouvernement (Borgen), des enquêtrices efficaces ( « Killing », « Protection rapprochée » et bientôt « Le pont » ) : les Danois font la part belle aux femmes d’action dont la vie privée souvent difficile n’est pas occultée.
Considérations estivales I
Au fur et à mesure des idées, des envies, il faut profiter de l’été pour vagabonder, ne pas vouloir coller à l’actualité sans pourtant la négliger. L’été, à la RTS comme ailleurs, ce sont des programmes, disons » allégés », tournés plutôt vers le divertissement, entre autres à travers les fictions, que la réflexion sur le monde qui nous entoure.
Voici l’état actuel de cette « production » estivale
2/ Vous avez dit « Diversité »
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3/ « Person of interest ( RTS 1, dimanches dès 20H45)
Voudrait-on répondre à son addiction pour les séries en regardant chaque jour toutes celles qui sont proposées sur des dizaines de chaînes qui ravitaillent notre seule « étrange lucarne » qu’il faudrait que les journées durent plus de vingt-quatre heures. Dès lors, il faut bien disposer d’un certain nombre de critères pour établir un programme personnel. Il est possible de faire un premier tri des lectures, un second en tenant compte de recommandations amicales. Voici mes zigzagues pour parvenir à « Person of interest ».
Le « Ben » de « Lost » sur « Tf1 » ?
En mars dernier, Miriam qui connaît pourtant mes goûts et mes allergies prend le risque de me signaler qu’elle a vu un truc assez bizarre sur TF1 en premier rideau avec un acteur qui fut l’inquiétant Benjamin Linus de « Lost ». Faible attention, ce jour-là, pour cette info sur une série au titre étrange et un peu paresseux « Person of interest ». Je ne me nourris pas au biberon TF1 en premier rideau le mercredi soir, surtout quand on y aligne trois épisodes de suite, ce qui va à l’encontre du principe même de la série qui doit en principe être dégustée un par un, en provoquant le désir plus ou moins insupportables de le suite. Et puis, TF1 n’a tout de même pas la réputation de soutenir les séries récurrentes à scénario un peu trop complexe qui s’adressent en priorité à la spectatrice et consommatrice idéale, la ménagère de moins de cinquante ans !
Swonden et la « NSA »
Dans mon hebdomadaire lecture de l’avant-programme vert de la RTS, face au 7 juillet 2013, devant « Person of interest », un immense « ? ». Passage à l’acte le dimanche 14 !
C’est quoi, cette machine qui sait tout plein de choses sur des gens qui vont commettre un crime ou en être victime ? L’ambiguïté régnerait-elle sur cette imposante inquisition dans une série qui a démarré aux USA en 2011, apparue en Belgique puis sur TF et seulement en juillet 2013 sur la RTS qui pourtant se spécialise dans le passage avant toute chaîne française ?
Edward Swonden, actuellement en terrain neutre dans l’aéroport de Moscou a dénoncé l’espionnage universel mis en place par la NSA ( la Sécurité Nationale Américaine). Un traitre pour l’Etat américain, un héros, pour beaucoup de monde, qui ne prise guère l’existence même de « Brother ». Un système qui indigne les pays « amis » surveillés par les USA. Ressemblances étranges ! Prémonition, puisque la série date de 2011, le projet remontant encore plus le temps ?
J.J.Abrams
Et puis, ceci, important pour un mordu de série : un nom au générique, celui d JJ. Abrams ? Le créateur s’en est allé chercher dans « LOST » Michael Emerson, le Ben devenu Harold Finch, toujours aussi bizarre et inquiétant. JJAbrams, en séries, c’est, entre autres, « Alcatraz » ( 2012 – une seule saison, donc un échec pour le créateur), « Alias » ( 2001-2006 -5 saisons), « Lost : Les disparus » ( 2004-2010 – 6 saisons), « Fringe » ( 2008-2013 – 5 saisons), « Person of interest » ( en cours, 3 saisons). Abrams est chef de projet de série, producteur, scénariste, réalisateur,etc,,, c’est selon !
Une revue pointue et exigeante, « Les Cahiers du cinéma » (no 690 – juin2013), vient de consacrer de nombreuses pages, avec une précieuse filmographie qui concerne un réalisateur, un scénariste, un chef de projet de séries, à JJAbrams.
Faire connaissance avec Harold Finch
Vient alors une autre étape pour en savoir davantage, lequel va assez rapidement occuper deux bonnes heures sur internet aux bons soins du précieux camarade « google » : faire connaissance avec certains personnages. Harold Finch, le riche et boiteux ingénieur qui a conçu la machine, a pour assistant de plus en plus proche John Reeves : Avec l’inspectrice Carter vont se tisser des liens d’un épisode à l’autre donnant à « Person of interest » cette précieuse unité qui dépasse les séries unitaires avec leurs personnages certes récurrents mais figés.

Michael Emerson joue le rôle d’Harold FINCH, le propriétaire de la machine de « Person of interest ».
Voilà suffisamment de raison, même pour prendre un train qui est déjà en marche dès le cinquième épisode. La réflexion viendra après le visionnement à faire le dimanche 21 juillet. La tendance va vers la positif.

Taraja P Henson ( l’inspectrice Jess Carter) et Brennan Brown ( Nicolas Donnelly, personnage secondaire) dans « Person of interest ».
Un dernier détour : INDECT ?
Encore une rencontre faite dans cette promenade sur internet. Il existe un système financé pour l’Union européenne dit de surveillance intelligente se basant sur images et de sons recueillis par la vidéo surveillance. La machine qui observe des « comportements suspects » devrait être au point au début des années 2020. Ce système s’appelle I N D E C T. Il a déjà provoqué des manifestations contre cet esprit espionnage anonyme, sous forme d’affiche dénonciatrice ou de manifestation protestation.
Il y a entre la NSA ou INDECT et « Person of interest » des différences, mais aussi un point commun : « Big brother », inventé par George Orwell dans « 1984 » guette….
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2/ Vous avez dit « Diversité »
Dans le «Médiatic no 177 (juillet, août, septembre), ce texte en rubrique « papier d’émeri » » (page 11) de 7oo signes, espaces compris :
La concession oblige la SSR à la diversité. Dans l’ensemble des programmes, c’est chose acquise. Mais pas pour le cinéma suisse pourtant largement soutenu par le « pacte de l’audiovisuel » : sur la RTS, bon nombre de documents et la majorité des films d’auteur doivent poliment attendre 23h00 pour être montrés. Dans le domaine de plus en plus prisé des séries, le premier rideau de RTS1 (après 20h00, avant 22h30) est envahi par les polars unitaires américains. Les séries à forte valeur ajoutée, défendues par le Conseil du public, sont presque systématiquement rejetées à 23h00 ou même plus tard. Qui doit-on remercier pour cet étrange et original respect de la diversité à composante culturelle ?
En 2.1 – Deux semaines en juillet
Un exemple ou deux ne peuvent pas être considérés comme un échantillon de valeur scientifique. Mais quand on connait la rigidité des grilles de pratiquement toutes les chaînes de télévision, il y a fort à parier que les choses ne vont guère changer changer durant la période estivale qui s’étale sur environ deux mois.
Du 6 au 12 juillet, durant environ 1950 minutes en une semaine entre 20h30 et environ 01h00, on a trouvé mille trois cents minutes de produits d’origine américaine et cinq cent pour des produits européens. Plus de nonante pourcent du temps d’antenne pour la fiction divertissante, films et fiction. Et dans cette fiction, 68 % pour les USA. (voir ci-dessous, en 2.2, « semaine du 6 au 12 juillet 2013 )
Du 27 juillet au 2 août 2013, toujours sur RTS 1, toujours entre 20h30 et environ 01h00, sur les 1950 minutes, le même dépouillement donne 1440 minutes de produits américains et 400 autres, donc plus de nonante pourcent du temps d’antenne. Là, dans la fiction, les USA s’offrent le 77 % par rapport à tous les autres, suisse, danois et japonais. Une série intitulée « Crossing line 2 » a été classée dans le groupe USA.
En 2.2 – Semaine du 6 au 12 juillet 2013
Voyons comment la fiction s’empare des soirées de RTS1 entre 20h30 et 01h00 du matin environ, avec invasion américaine aux deux-tiers du temps disponible.
L’exemple d’une semaine prise parmi d’autres a de bonnes chances de se répéter ces deux prochains mois. RTS 1, de 19h00 à 20h30 environ, maintient heureusement et rigoureusement la présence d’émissions « maison », des téléjournaux ou la météo au « Dîner à la ferme » en passant par « Bye bye la Suisse » et « Temps présent ».
Ensuite, on entre dans des soirées thématiques divertissantes, sans s’occuper de dire si oui ou non on peut y trouver des qualités et les défendre ou flétrir des défauts avec une verve aussi percutante que celle d’Alix Nicole — bienvenue au club des critiques de télévision qui ne compte pas beaucoup de monde — pour « flinguer » dans “Télétopmatin du 16.06.2013, ‘DallasO.2″ qui n’est d’ailleurs guère enthousiasmant. il vaut la peine de savourer ce texte qui est une analyse assez acceptable de « DallasO.2 » :
(..) les producteurs ont perdu l’esprit de l’ancien « Dallas »: on ne retrouve pas le côté vénéneux de l’époque, çà manque d’aspérités. Il y a un trop grand décalage entre les vieux acteurs et la nouvelle génération. Des gamins dobybuildés côtoient un J.R presque grabataire. On essaie de mélanger l’eau et l’huile, du coup la sauce ne prend pas. (..) En voulant attirer les nostalgiques tout en draguant les jeunes, la série part dans tous les sens et on se demande à qui cela pourrait plaire. Les fans d’hier seront déçus et les autres n’y trouveront pas leur compte.
Il eut été intéressant de lire notre notre consoeur à propos d’une série de TF1, « JO », où la RTS apparait dans le générique.
Alors, en route pour goûter ce qui se passe sur RTS1 sept jours de juillet durant entre 20h30 et 01h00, environ 1950 minutes
Côté USA
- samedi 6 juillet : trois films, environ 310 minutes
- dimanche 7 : sept épisodes de séries, environ 250 minutes
- lundi 8 : choix en début de soirée entre deux films américains de 105 minutes chacun, plus trois épisodes de séries pour 140 minutes, en tout 245 minutes
- Mercredi 10 : cinq épisodes de séries, pendant 205 minutes
- Jeudi 11 : trois épisodes de séries, 110 minutes
- vendredi 12 : deux épisodes et un film d’horreur nocturne, 185 minutes
Total des produits américains : mille trois cents et cinq minutes
Les exceptions européennes, partiellement culturelles
- Mardi 9 : trois films français, 285 minutes
- Jeudi 11 : un portrait de cinéaste et un film suisses : 110 minutes
- Vendredi 12 : deux épisodes d’une série danoise, 110 minutes
Total des produits européens : cinq cents cinq minutes
Voici le 72 % aux USA et le 28 % à l’Europe réduite à un trio français, danois et suisse pour les mille et huit cents dix heures de fictions audiovisuelles. Le solde est occupé par la pub, les tirages de loterie et autres bandes de lancement De plus, les horaires octroyés aux présences suisse et danoise sont tardifs, à partir de 22h45 ou 22h35 pour prendre fin après minuit !
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1/ Un été nordique
Sous ce titre, « Le temps » ( Samedi 6, dimanche 7 juillet 2013) vient de consacrer près de trois pages à la Scandinavie, Danemark, Norvège, Suède et Finlande. Il va de soi que le sujet de l’édito de Pierre Veya, intitulé « Ces pays qui peuvent nous inspirer », devait forcément faire quelque allusion à l’audiovisuel. Et peut-être bien que les 5,6 millions de Danois, 5.0 de Norvégiens, 9,5 de Suédois et 5,4 de Finlandais forment un entité culturelle plus étroite et attentive les uns aux autres que nos quatre suisses, rétho-romanche, alémanique, italienne et française.
Deux allusions à l’audiovisuel :
(..)un dynamisme culturel insoupçonné comme le prouvent le triomphe des séries TV danoises, le succès planétaire des polars suédois » (..) (Pierre VEYA )
« Rayonnement mondial dans le domaine des séries TV, à commencer par les danoises ( The Killing, Borgen) (page 3).
Imaginons un tel texte paru dans les années soixante à quatre-vingt : on y aurait trouvé le nom d’Ingmar Bergman. Et dans les années nonante d’autres noms s’y seraient ajoutés, celui du Danois Lars von Trier, du finlandais Aki Kaurismaki. D’ailleurs les cinéastes cités ont tous travaillé ou collaboré avec des chaînes de télévision. Et avec la série « L’hôpital », Lars von Trier avait exploré en pionnier la voie désormais royale des séries haut de gamme.
Confirmation d’un fait désormais incontournable : on ne peut plus parler de créativité audiovisuelle sans s’arrêter aux séries télévisées. En Suisse, on est encore assez loin des scandinaves pour les séries, mais on sent monter l’envie….
Soirées thématiques
Une soirée d’au moins deux heures consacrée à un même sujet est chose très intéressante. Cela permet, bien entendu, d’en dire et montrer davantage que dans les modules habituels d’une heure au maximum. Une soirée thématique sera d’autant plus intéressante qu’elle aura des ambitions informatives ou culturelles plutôt que seulement divertissantes.
Mais d’abord, comment et pourquoi briser la rigidité de la routine. Puis viendront quelques exemples :
+ « Infrarouge » après « La part de l’autre » – RTS1 – à suivre
+ « Cosi fan tutte » – Mozart – Hanecke – ARTE – à suivre
+ Soirée papale – ARTE – à suivre
+ Football : coupe des fédérations – RTS2 – à suivre
+ Fictions américaines – RTS1 – à suivre
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Briser la rigidité de la routine
La rigidité des grilles de programmes est parfois éprouvante. Certains émissions sont formatées pour offrir, jour après jour ou semaine après semaine, des rubriques de même durée au même moment.
Ainsi le « 19 :30 » de RTS1 débute-t-il par deux petites minutes de sommaire, une répétition de son solde à 19h45 ( moins d’une minute). Un grand format met fin à ce que d’aucun appellent la « grand’messe », mais sa durée ne dépasse guère les quatre minutes. La structure générale est presque toujours la même, comme le générique de fin qui salue le responsable et ses quatre adjoints, sans que l’on sache ce que font les uns et les autres. Bien sûr, certains événements, accidents, faits divers occupent parfois l’antenne durant de longues minutes. Seul change le contenu.
« TTC », « Mise au point » et les autres reviennent chaque semaine dans le même moule. Même problème pour des magazines mensuels. Mais ce qui fait l’intérêt d’un « Spécimen » c’est, dans une grande souplesse, entre autres la diversité des expériences même si certaines sont parfois obscures tout en parvenant à titiller la curiosité.
Une soirée de durée variable, consacrée à un même sujet abordé sous des angles différents, brise heureusement cette routine. Il fallait une fois rendre un hommage à cette diversité sous diverses formes. Les soirées thématiques peuvent concerner un sport, ou des fictions de même esprit. Elles ne sont pas les plus enrichissantes. Celles consacrées à un même thème de société, à une approche culturelle, brisent la routine.
Ces quatre visages, pourquoi ? Pour briser la routine du texte, d’abord. Mais aussi pour rendre un hommage à l’équipe qui anime « Spécimen » six fois l’an, une des rares émissions de la RTS qui brise régulièrement cette routine. L’occasion est donc belle aussi d’ajouter aux deux images du présentateur les deux co-auteurs qui restent en général en coulisses.
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« Dallas2.0 » : en France mais pas en Suisse romande
Que peut donc offrir le retour de « Dallas », plus de vingt ans après le dernier de 357 épisodes ? Qui s’y intéressera, des fans de « DallasO.1″ ou du jeune public qui en ignorait l’existence ? Une incursion vers la diffusion aux USA, en France sur TF1 et son absence sur la RTS s’impose.
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Mais d’abord un rappel :
Une deuxième saison pour la série SSR-SRG, chose rare encore….
Avis aux cinéphiles sériophiles : SSR-SRG et ses quatre entreprises du média télévision se sont unies pour proposer une deuxième saison entièrement consacrée au cinéma suisse. Ce seront donc, sur la RTS, dix portraits de cinéastes de vingt-six minutes, suivis d’un long-métrage nocturne, dix jeudis soirs dès 22h45. Le 27 juin 2013, ce fut Ursula Meier (« Home »). Pour le 4 juillet, place à Fernand Melgar (« Exit »)
Fernand Melgar
Ursula Meier tient son Ours à (ou de) Berlin
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« Dallas 2.0 »
Souvenirs plausibles
Des magazines les plus populaires consacrés à l’audiovisuel avec beaucoup plus de place pour la télévision que la radio aux plus exigeants comme « Télérama », ils s’y sont tous mis pour saluer le retour de « Dallas ». Il faut pourtant avoir au moins quarante ans pour se souvenir des derniers des 357 épisodes des quatorze saisons proposés en francophonie de 1981 à 1989. Mais il y a aussi les plus jeunes pour qui « Dallas 2.0″ est une nouveauté. Sans avoir retrouvé d’anciens textes, je me souviens pourtant d’avoir alors mis du temps avant d’apprécier la subtilité de l’écriture qui déjà dépassait l’unitaire en introduisant dans chaque épisode la fin d’une anecdote, le développement d’une deuxième et l’amorce de la troisième. Les affrontements souvent violents des Ewing entre eux et avec les autres, autour du pétrole, de l’élevage bovin, de l’argent, du pouvoir, du sexe, c’était – un peu – l’élan et la fureur de la tragédie antique avec JR (John Ross), Bobby, Sue Ellen, Pamela et les autres? Admettons.

Larry Hagman, JR, décédé d’un cancer le 23.11.2013. Dans l’épisode 8 de la deuxiéme saison de « Dallas 2.0 », Jr sera enterré entouré des siens.
Avoir 20 ans et regarder « Dallas 2.0 »
Exercice difficile : j’ai donc désormais l’espace d’un intertitre et durant deux mille signes vingt ans seulement. Je viens de découvrir sur TF1 les samedis 22 et 29 juin 2013 en deux trios les six premiers épisodes d’une série appelée « Dallas 2.0 » dont je ne sais rien, sinon qu’elle comporte dix épisodes d’environ quarante minutes, qu’une deuxième saison a déjà été montrée aux USA et que la troisième est en tournage, ce qui fait en tout une trentaine d’épisodes.
Cela fait donc une fréquentation de plus de quatre heures avec huit personnages principaux, quatre couples de deux générations différentes, les pères et leurs femmes avec les fils et leurs compagnes. Les liens directs existent entre les hommes. John Ross III, fils de JR II et de son épouse Sue Ellen, est le digne successeur de son père, un parfait salaud lui aussi. Christopher est le fils adoptif de Bobby, frère de JR, qui s’est remarié avec une assez exquise et touchante Ann. Les femmes n’ont guère de liens entre-elles sinon que mariées elles portent le nom d’Ewing. Rebecca Sutter est l’épouse de Christopher qui cherche des occasions de gagner beaucoup d’argent. Elena Ramos, l’ex-fiancée de Christopher, est tombée dans les bras et le lit de JR III. Les femmes de la jeune génération sont peut-être plus ambitieuses et plus dures que celles de l’ancienne. Une certaine « gentillesse » s’incarne chez Bobby et Christopher.
On s’affronte en de multiples domaines, forer à nouveau du pétrole ou s’intéresser à des sources d’énergie plus écologiques, décider de l’avenir du ranch de Southfork dont on ne sait plus très bien qui est le vrai propriétaire : voilà quelques causes de conflits permanents qui pourraient tout de même être plus violents.
La série est-elle « impitoyable » comme le chante le générique ? Pas vraiment. Les personnages sont-ils presque tous plus vénéneux les uns que les autres ? Ils manquent d’aspérités. La jeune génération est–elle aussi féroce que l’ancienne ? Ils ne sont pas aussi méchants et sardoniques que JRII ! En fait, voici une série qu’il est difficile de classer dans le haut de gamme à forte valeur ajoutée. Mais en étant indulgent, ce n’est pas trop mal !!!
La diffusion de « Dallas2.0″
Dallas2.0 aux USA : le succès ?
Ressusciter en 2010 un « Dallas2.0 » dans le sillage d’un « Dallas1.0 » vingt ans après « Dallas1.0 » n’est pas une démarche culturelle. Elle est commerciale. « Dallas2.0 » a donc été produit par une télévision privée américaine cryptée, TNT. Il fallait tenter de profiter de l’ancien succès pour en connaître un nouveau sur le marché intérieur et bien entendu le vendre le plus souvent possible dans le plus grand nombre de pays, ce qui représente tout simplement un bénéfice net. Est-ce une bonne affaire ?
Aux USA, il semble bien que la nouvelle mouture soit considérée comme un succès. Les audiences de TNT en millions de spectateurs pour les dix épisodes de la saison 1 furent les suivantes : 6.86 – 6.86 – 4.76 – 4.08 – 3.36 – 3.63 – 3.88 – 3.25 – 3.25 – 4.29. Difficile savoir ce que signifient dans un pays de 315 millions d’habitants ces données pour un chaîne privée cryptée dont on ne connaît pas le nombre d’abonnés. Mais on peut noter que départ a presque sept millions n’a pas été confirmé dès le troisième épisode suivi d’oscillations entre le 4ème et le 9ème avec une légère remontée au dernier. Aurait-on joué sur le départ pour les ventes mondiales ?
Par contre, il est important de signaler que les dix épisodes ont été présentées en neuf soirées, le deux premiers liés, ce qui respecte évidemment l’esprit même de toute série sur petits écrans, passer par petites doses en créant à la fin de chaque épisode suffisamment de curiosité pour espérer maintenir l’audience d’une semaine à l’autre
Dallas2.0 sur TF1 : l’échec
Le samedi 23 juin 2013, les trois premiers épisodes ont été suivis respectivement par 3,83 millions de téléspectateurs, puis 3.40 et enfin 3.20 – une perte de vingt pourcent en cours de soirée. Les informations numériques du deuxième samedi sont en baisse, qui vont de 2.88 à 2.66 en passant par 2,78. La baisse en cours de soirée n’est que de 10 % ce qui signifie peut-être que ceux qui sont restés fidèles à « Dallas2.0 » résistent mieux à cette accumulation d’épisodes de quarante minutes qui trahissent l’esprit même de série et deviennent ainsi un long-métrage occupant près de deux heures agrémenté, bien entendu, de coupes publicitaires non pas entre épisodes mais durant leur développement.
3.5 millions le premier samedi contre 2.8 le deuxième , c’est une perte de 20 % d’une semaine à l’autre. Le 30 juin, ces 2.8 millions représentent une part de marché d’à peine 14 %, largement inférieure à la moyenne annuelle de TF1. Il y avait ce samedi soir vingt millions de français devant leur petit écran dans une population de 64 millions. C’est l’échec, peut-être même un accident industriel. On ne sait pas encore si « Dallas2.0 »sera déprogrammé. Car dans une chaîne généraliste commerciale, on ne badine pas avec les échecs.
Dallas2.0 sur la RTS : l’absence !!!
L’alignement des responsables des programmes de la RTS dans le domaine de la fiction en séries américaines qui envahissent le premier rideau sur TF1 est un fait. On s’étonne de l’absence de « Dallas2.0 ». La RTS s’efforce de proposer les séries qui sortent en France en particulier sur les réseaux commerciaux avant leur passage dans l’hexagone. Récemment encore, la RTS figurait au générique d’une opération commerciale de TF1 centrée autour du pâle « JO » qui n’aura pas de deuxième saison malgré les annonces de victoire lors du lancement de la première saison. La RTS se serait-elle heurtée à un problème contractuel, faute d’avoir su en signer un qui lui donnait la priorité sur la chaîne française ?
A noter en passant que suivre « Dallas2.0 » sur TF1, c’est rester tout de même en territoire publicitaire connu puisque la chaîne française accueille à bras ouvert la publicité suisse ! On se sent « chez nous » !
Et bien non, l’absence de « Dallas2.0 » qui n’est ni meilleur ni pire que des séries américaines comme « Hawaï5.0 », « Les experts », « Le mentaliste » et autres séries si prisées pour le premier rideau procède d’une origine culturelle.
Dans « TélétopMatin » du 16 juin 2013, à la question « Fallait-il relancer « Dallas » ?, Alix Nicole, discrète responsable de la programmation des fictions sur RTS répondait « non ». Voici son argumentation : « Les producteurs ont perdu l’esprit de l’ancien Dallas : on ne retrouve pas le côté vénéneux, çà manque d’aspérités. Il y a un trop grand décalage entre les vieux acteurs et la nouvelle génération. Des gamins bodybuildés côtoient un JR presque grabataire. On essaie de mélanger l’eau et l’huile, du coup, la sauce ne prend pas. En voulant attirer les nostalgiques tout en draguant les jeunes, la série part dans tous les sens et on se demande à qui çà pourrait bien plaire. Les fans d’hier seront déçus et les autres n’y trouveront pas leur compte ».
Ce rejet se fonde uniquement sur une comparaison qu’une partie du public ne saurait faire. On n’a pas souvent l’occasion de lire dans la presse romande une aussi brillante démolition d’une série américaine qui devait être de qualité et populaire autrement dit de faire bonne figure. Une telle sévérité pourrait aussi s’exercer à l’égard d’autres séries proposées par la RTS. Mais il faut laisser à Mme Nicole d’avoir deviné l’échec admis par TF1 et de pouvoir affirmer sans hésitation que les fans d’hier seraient déçus et les autres, autrement dit les jeunes, ce public qui ne représente pas les meilleures audiences de la RTS, n’y trouveraient pas leur compte. Et que dire alors de « T’es pas la seule » ou » Port d’attache » : « Dallas2.0″ leur est tout de même supérieur !!
Mais n’est-ce pas aussi avec une telle sévérité lucide dans l’argumentation que la RTS oublie de montrer « Hatufim » d’Israël, « Miss Fisher enquête » d’Australie, « Détectives » de France 2, « Real humans » de Suède ou encore « Dexter » des USA ?
Fictions en costumes
Faire une première approche de trois séries de fiction en costumes, « Le trône de fer » ( RTS1), « Odysseus » (Arte) et « Miss Fischer enquête » (France3), profiter de l’occasion pour s’interroger sur la notion de « série historique », observer les principes de leur programmation, en duos ou trios, et dans quelles cases horaires : vaste sujet
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Information du dimanche 23 juin 2013
Sur D8, début le mercredi 26 juin d’une nouvelle série américaine, la première saison d’un western, « Hell of Wheels » qui en compte déjà trois, dix fois cinquante minutes, avec les trois premiers épisodes. Les premières lectures à ce propos mettent l’eau à la bouche. Le série s’inscrirait dans le sillage de l’immense « Deadwood ». Voici une première image :
Et voici un résumé emprunté à Wikipédia
La série commence dans les années 1860, après la fin de la guerre de sécession et se concentre sur Cullen Bohannon, un ex-officier confédéré à la recherche des soldats de l’Union qui ont assassiné sa femme. Sa quête vengeresse l’emmène à l’ouest, dans la colonie itinérante appelée « Hell on Wheels » au Nebraska, qui suit la construction du premier chemin de fer transcontinental aux États-Unis. Toutefois, les choses se compliquent quand une tribu Cheyenne attaque la construction ferroviaire, de peur de voir leur terre envahie par « le progrès ».
On en reparlera…..
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A lire l’article « La part de l’autre » du 22.05.2013 avant la mise en ligne prochaine d’une sujet sur les « Soirées thématiques »
Trois séries historiques
« Game of Thrones » ( Trône de fer) , est une série HBO, actuellement présentée par la RTS les lundis soirs vers 22h40, en duos, les vingt épisodes des saisons 1 et 2 proposés du 3 juin au 5 août 2013. La 3ème saison est actuellement diffusée au USA et la 4ème serait en cours de tournage.

Games of Throne
Pour s’y retrouver avec les lieux : voici Le Mur derrière lequel règne un froid hivernal permanent
Au XVéme siècle ?
Cette « Heroïc fantasy » ( le « y » a tout de même un autre sens que le « ie » qui termine « fantaisie ») est tirée d’une série de livres de George R.R.Martin, adaptée par HBO par David Benioff et D.B.Weiss. Elle se déroule en sept lieux d’Angleterrre, probablement au XVéme siècle, plus ou moins inspirée par la Guerre des Deux-Roses. La première saison, aux USA, a vu le public passer d’un peu plus de deux millions à près de trois. Et certaines sources indiquent plus de quatre millions de spectateurs pour la deuxième saison. En Belgique, elle attirerait environ deux cent mille spectateurs, qui représentent une part de marché de dix pourcent. Elle est assez largement donnée comme un remarquable succès international partout où elle passe.
Cent mille francs la minute
Cinquante millions de francs suisses auraient été dépensés pour la première saison de dix épisodes de cinquante minutes environ. Le coût –minute en francs suisses s’inscrit donc aux environs de cent mille francs ( rappel – la locloise série romande « L’heure du secret » se contentait d’environ quatorze mille francs la minute ). L’investissement est imposant pour « Game of Thrones » qui se révèle ainsi un peu équivalent à un « blockbusker » cinématographique. En effet, un certain nombre de scènes d’action, un duel à cheval, des affrontements entre armées de clans différents dans des paysages grandioses font parfois penser à certaines séquences de la trilogie du « Seigneur des anneaux » de Peter Jackson. C’est dire la qualité souvent tonitruante du spectacle, avec des paysages, des foules, des cris, de la fureur.
Du sang et du sexe
Un prudent logo rouge accompagne le film sur la RTS. A juste titre : les scènes violentes sont fréquentes, de rapières à larges lames pénètrent les corps des adversaires à faire jaillir le sang en cascade, des têtes sont coupées d’un rageur coup d’épée et pas seulement celle d’un cheval. Un prince peut bien réclamer sa couronne d’or : il la recevra faite de métal en fusion et y laissera immédiatement sa vie. De fougueux combattants fréquentent des établissements qui offrent repos au guerrier dans des scènes d’amour ahanantes. Et les princes ne sont pas en reste dans l’art des rapports amoureux, une partie d’entre-eux toutefois situés hors-champ. Mieux vaut en effet proposer cette série en fin de soirée. Encore que son accès soit possible durant sept jours après diffusion sur le site de la RTS, et sans logo rouge.
Abondance de lieux et de personnages
Le générique annonce sept lieux dont des seigneurs, princes ou rois, vont se disputer la principale place, celle du trône centralisateur. Les personnages principaux sont une bonne vingtaine et les secondaires plus encore. Les blondes dénudées et les combattants en armures finissent par se ressembler. On risque de peiner à les reconnaître tous sans se tromper. Il n’est pas facile de deviner toujours en quel lieu on se trouve, vers quel autre conduit le chemin emprunté.
Une certaine réserve personnelle…..
Je reste un peu « paumé devant ce grand spectacle tonitruant à tant des personnages. Perplexe aussi, à ne pas savoir si la densité des personnages, des lieux et des actions n’est pas proposée dans une certaine confusion.En résumé, au petit jeu des notes scolaires sur le 6 maximum, c’est pour le moment un 4 ½ d’attente prudente…
A lire: le site de la RTS vers Game of Throne
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A consulter : le site d’Arte consacré à Odysseus
« Odysseus » est une nouvelle série propulsée par ARTE en co-production avec la RAI, la télévision du Portugal et TV5 Monde, sans sombrer le moins dans le « pudding » européen. Les douze épisodes de 52 minutes sont présentés en deux trios ( 13 et 20 juin 2013) et trois duos ( 27 juin, 4 et 11 juillet 2013), avec début en une heure abordable de premier rideau (20h50).
L’atelier d’écriture
Condition nécessaire à la réussite d’une série : la qualité de son écriture. Arte a fait confiance à Frédéric Azemar, associé à Frédéric Krivine, qui sont deux des co-signataires heureux de l’excellente série « Un village français » ( Cinquième saison annoncée pour cet automne 2013 ). Azemar porte le titre de “Directeur de collection et d’atelier d’écriture. » Il a signé le scénario de quelques épisodes.
Il y a désormais un petit monde des auteurs de séries qui s’inspirent les uns des autres. Dans l’entretien paru sur le site d’ARTE, Frédéric Azémar rappelle l’importance de HBO, cite le nom de David Simon, responsable de « The wire – A l’écoute ». Il se réfère aussi à David Milch, un des créateurs de “Deadwood”. La notion d’atelier est presque indispensable quand il s’agit d’écrire pour les six cents minutes d’une série comme “Odysseus”, l’équivalent de six longs-métrages de cinéma, avec les mêmes exigences.
Homère au VIème avant JC
Assurément, il ne fait pas oublier l’origine du texte d’Homère qui raconte, au VIIIe avant JC, dix ans après la guerre de Troie, l’attente à Ithaque du retour d’Ulysse. Ce serait bluffer que de vouloir jauger la fidélité ou non au texte initial tant est loin le temps de la lecture personnelle. Notons simplement qu’Azemar revendique une certaine liberté d’adaptation.
Un lieu unique: Ithaque
La reine Pénélope, (Caterina Murino) tisse sa toile en élevant son fils Télémaque (Niels Schneider) qui n’a pas connu son père, sous la surveillance plus ou moins bienveillante de son beau-père Laerte (Carlor Bandt). Pour eux, Ulysse n’est pas mort. C’est ce qu’un conteur leur confirmera durant le 3ème épisode, Ulysse réapparaissant incognito dès la fin du quatrième épisode.
A Ithaque A Ithaque, autour du prétendant Léocrite, les notables veulent que celui-ci épouse la reine, ce que celle-ci refuse, soutenue dans sa résolution par Mentor (Joseph Maluba). Télémaque est amoureux d’une apparente esclave, Cléa (Karine Testa). Autour de ces personnages gravitent des dizaines de silhouettes. Le lieu presque unique, Ithaque, des personnages bien campés, mais aussi présents dans une mémoire même lointaine, évitent les difficultés de compréhension qui nuisent à “Game of Throne”). C’est ainsi souligner d’emblée la qualité de l’écriture.
Deux acteurs suisses : Todeschini et Brandt
A noter que Bruno Todeschini, Carlo Brandt, acteurs suisses, trouvent dans cette imposante série internationale sous la houlette d’Arte, des rôles importants. Et c’est la même chaîne culturelle qui a donné un beau rôle aussi à Jean-Luc Bideau dans “Ainsi soient-ils”, qu’on vient de voir dans “DétectiveS” où il prend plaisir à se caricature un brin. Comment se fait-il qu’ils soient absents dans les séries suisses – à l’exception récente d’une brève apparition de Brandt dans “L’heure du secret”? Un problème de moyens financiers pour obtenir la signature de contrats ?
La mise en scène de Giusti
A s’interroger sur l’écriture, on s’éloigne ainsi de la mise en scène. Celle de Stéphane Giusti, un français d’origine italienne, est à première vue honorable sans être tonitruante. Les paysages, les costumes, les acteurs ou les amorces de scènes de foule sont bien mis en valeur. L’oreille, parfois, est un peu choquée par certains accents dont on ne comprend pas forcément la raison. Le recours est assez fréquemment fait à des séquences à deux personnages, avec un montage simple qui se veut efficace mais s’avère peu nuancé en champ et contre-champ. Et il y a une sorte de retenue un peu maladroite lors de certains affrontements. Les scènes d’amour ont une certaine tendance à ressembler les unes aux autres. Il se pourrait bien que la réalisation ne soit pas à la hauteur de l’écriture… Et peut-être que les finances disponibles étaient un peu étroites…
Note actuelle personnelle, un cinq sur six qui pourrait bien se revoir à la baisse !!
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Avant 1928 !
Il s’est passé plein de choses pour Miss Phryne Fisher, d’une famille australienne pauvre mais devenue plus confortable après la guerre de 14-18 qui a décimé la branche anglaise des Fisher. Phryne est devenue très anglaise, élégante et aisée. Mais elle décide en 1928 de rentrer au pays natal pour y poursuivre éventuellement une enquête sur la très ancienne disparition de sa petite sœur. A Melbourne, elle se donne pour mission de donner une éducation aux jeunes filles sans perdre son temps sur les bonnes manières, en leur donnant le goût de la liberté et le sens de l’auto-défense. Ainsi trace-t-elle une sorte d’auto-portrait.

Le commissaire Jack Robinson (Nathan Page) et Miss Phryne Fisher (Essa Davis), assis et le sergent Hughes Collins ( Hugo Johnson Bert) et Dorothy dit Dot Williams ( Asleigh Cunnigham)
Un quatuor entre en action
A peine arrivée en Australie qu’elle découvre qu’une mort apparemment naturelle est due à un empoisonnement au cyanure. Et c’est ainsi qu’en peu de temps voici Miss Fisher détective privée, aidée par son assistante Dorothy, souvent en opposition avec le Commissaire Robinson qui est séduisant et son assistant, le gentil sergent Hughes Collins, attiré et par Dorothy. Efficace quatuor, qui va résoudre une énigme par épisode, sans que l’aspect policier pose des problèmes à épuiser la tête pour les résoudre. L’intrigue n’est pas la principale préoccupation dans cette série. L’important, et l’intérêt sont ailleurs.
Des milieux différents
D’abord, cela se passe en Australie, autour des années trente. Et il est toujours intriguant et ici savoureux de découvrir un pays qui n’est pas au centre des préoccupations des séries que nous suivons. Chaque affaire permettra de fréquenter quelques personnages de milieux différents, des anarchistes lettons, un peintre français, des communistes chinois ou les amateurs d’un club de jazz. Miss Fisher, dans son extréme élégance, a l’air de ne jamais y toucher. Mais elle est d’une efficacité inattendue. Et quand elle s’empare de son arme dorée, ce n’est pas pour la salve des polars habituels : une ou deux balles suffisent pour l’action qui n’est pas la priorité du récit.
Une riche garde-robe
Miss Fisher s’offre le luxe de tenues plus élégantes les unes que les autres. Sa garde-robe est d’une richesse confirmée par les images qui illustrent ce récit. Miss Fisher est aussi d’une très grande liberté dans son comportement amoureux. Il se pourrait que sa préférence politique penche à gauche. C’est une croqueuse d’hommes délicieuse. Même si elle se sent de plus en plus attirée par le commissaire qui n’apprécie guère son comportement de détective privée mais ne reste pas insensible, loin de là, à son charme.
Sans coups de feu multiples
Il y a ainsi un pays peu connu, l’Australie dans les années trente, avec une jeune femme à l’humour délicieusement britannique, dans une série de divertissement policier sans excès de violence ni multiplication de coups de feu, lors d’enquêtes pas trop difficiles à dénouer, où les liens se tissent, subtils, avec l’entourage et où un quatuor conduit un ballet fait d’élégance et de charme.
De « Hatufim » à « Homeland »
La première saison de « Hatufim » vient de se terminer (jeudi 6 juin 2013) sur ARTE. Après son passage sur RTS1, « La deuxième saison » de « Homeland » apparaît pour les abonnés de CANAL + (en France dès le 6 juin en premier rideau). Les deux séries, étroitement liées, ont été, sont et seront encore l’objet de bien des attentions. Dans le supplément « CinéTéléObs » ( Samedi 1 au vendredi 7 juin), quatre pages permettent de suivre un « Itinéraire de deux séries chocs »
La version israélienne joue avec finesse sur l’émotion, en particulier dans les liens familiaux, alors que l’américaine donne dans le grand spectacle qui tient du « polar » politique. « Hatufim » est très proche du cinéma d’auteur alors que « Homeland » est l’équivalent d’un « blockbusker » ; deux réussites. En résumant les deux séries par une appréciation personnelle dans un bon vieux système scolaire ( du 4 suffisant au 6 parfait) ce serait un 5 ¾ pour « Hatufim » et 5 ½ pour « Homeland ».
Gidéon Raff en trait d’union
Raff est l’auteur principal d’ »Hatufim » dont il signe scénario et mise en scène alors qu’il n’est qu’un co-scénariste important de la version américaine. Questionné sur son éventuelle préférence, il a répondu :
J’aime les deux. Je trouve qu’il y a des idées brillantes dans « Homeland » dont celles de donner comme référent au téléspectateur une héroïne bipolaire à laquelle il ne sait pas s’il peut se fier. Mais je dois avouer que, devant « Hatufim », je ne peux pas m’empêcher de pleurer.

Gidéon Raff (à gauche), auteur, scénariste et réalisateur de « Hatufim », co-scénariste de « Homeland »,avec les deux principaux auteurs de « Homeland », Howard Gordon et Alex Gansa.
L’idée brillante à laquelle Raff fait allusion ne lui est peut-être pas étrangère. L’exemple permet de comprendre un peu comment le passage s’est effectué d’une version à l’autre. La bi-polarité médicale de Carrie est un ressort dramatique important sinon essentiel pour « Homeland ». Iris, l’assistante du psychiatre Haïm Cohen très soupçonneux, chargé discrètement par l’armée de surveiller Nimrod et Uri, a pour mission de se lier avec ce dernier. Mais elle tombe amoureuse de celui qu’elle surveille et décide alors de démissionner d’une charge devenue insupportable pour elle. Ainsi oscille-t-on entre deux pôles.

Haïm Cohen, le psychiatre de l’armée, en quelque sorte le « *tortionnaire » au nom de la sécurité des anciens prisonniers Uri et Nimrod
Arte a publié un excellent dossier sur son site lors de la sortie de la première saison d’ « Hatufim ». Voici un lien qui permet de trouver de précieux renseignements sur la série : Lien N°1 Cet autre lien conduit à un entretien avec l’auteur : Lien N°2
Une différence importante, le coût-minute
Il est un point sur lequel la différence entre les deux séries est éclatante. Raff l’a signalé lui-même : le coût d’un épisode de « Homeland » est le même que celui des dix épisodes de la première saison de « Hatufim ». Autrement dit une minute américaine chez Showtime coûte dix fois plus cher qu’une minute israélienne.
Voilà qui incite à se poser une question sous une forme nouvelle : pourquoi la RTS ne pourrait-elle pas réaliser, elle aussi, une série comme la télévision israélienne vient de le faire ? Il est fort possible qu’une comparaison des coûts à la minute montre une certaine proximité, comme cela s’est produit avec les exemples venus du Danemark, « The killing » et « Borgen ». Il est utile de regarder de Suisse vers la Scandinavie. Ce pourrait l’être tout autant de s’intéresser à Israël. Il faut rappeler que le coût-minute d’une série romande comme « L’heure du secret » est assez proche de quinze mille francs.
Quel impact sur le public ?
Peut-on comparer le public israélien avec celui de Suisse romande ? Ou plus encore comparer le public d’Arte, chaîne franco-allemande de service public à vocation culturelle avec une chaîne cryptée américaine comme Showtime ?
La Suisse romande compte un peu moins de deux millions d’habitants, Israël huit millions. Arte s’adresse à un marché francophone en Europe qui touche soixante-cinq millions de français, un peu plus de quatre millions de belges et nos deux millions de romands. Aux USA, Showtime, firme à péage qui produit « Homeland » compte vingt millions d’abonnés.

Drody et sa fille Dana qui, dans sa révolte, saura poser de bonnes
quesitons ( Homeland, saison 2, Une partie de campagne)
Difficile de faire des comparaisons, mais on peut tout de même fournir quelques informations numériques. En Israël, « Hatufim » a touché les trois quarts des foyers du pays. Aux USA, Homeland » a d’abord retenu l’attention d’un million d’abonnés avant de s’approcher des deux millions, ce qui est considéré comme un succès pour une série récurrente. Même satisfaction en France chez Canal + lors de la première saison de « Homeland » avec près d’un million et demi de spectateurs, audience là aussi considérée comme un réel succès. Arte a annoncé une part de marché d’environ cinq pourcent pour « Hatufim », nettement supérieure à sa moyenne annuelle sur la France.
Il semble que la deuxième saison d’ »Homeland » en Suisse romande proposée pour une fois à une heure de bonne écoute – peu après 21h00 – n’a pas répondu aux attentes. Mais comme on ne connaît pas la part de marché, ni l’attente attendue, cette absence de réponse aux attentes n’a pas de sens.
Pas facile de mesurer l’impact de ces deux séries dans différentes zones de diffusion. On semble pourtant partout satisfait, sauf en Suisse romande!
Pistes à suivre
Mieux vaut peut-être alors s’engager dans une autre voie. Il pourrait être intéressant de comparer les deux séries, pour leurs ressemblances autant que leurs différences. Avant d’esquisser quelques pistes, voici une première comparaison.
« Homeland » commence par un « H », possède trois syllabes et huit lettres. En francophonie, « Hatufim » a sept lettres, trois syllabes et commence aussi par un « H ». Le hasard y est pour beaucoup…
(à suivre en effet, prochainement, avec d’autres exemples plus sérieux !!)
- A lire aussi D’«Homeland» à «Hatufim», texte datant du 7 mai 2013
Séries de France
Assurément, et depuis longtemps, les américains sont les grands maîtres dans le domaine des séries, tout de même assez nettement devant les Anglais. Malgré l’engouement récent qui prend de plus en plus d’ampleur, la série n’est pas une invention de années deux mille. D’autres nations, au siècle précédent, contribuèrent à leur donner ces lettres de noblesse qu’une partie de la critique de cinéma nourrie au biberon de « google » hésite à leur accorder. Un petit tour d’horizon en forme d’hommage, regard porté vers la France. Ce sera forcément incomplet, mais qui peut prétendre avoir tout vu !
Cette série de textes sur les séries sera complétée dans les semaines qui viennent et pourquoi pas dans les mois au fur et à mesure des souvenirs, des envies, du temps libre. Il sera peut-être même possible de retrouver des textes plus lointains, par exemple en plongeant dans les archives de LA FEUILLE D’AVIS DE NEUCHATEL /L’EXPRESS et L’IMPARTIAL, quand j’aurai appris à naviguer au milieu d’un million et demi de pages dont la plus ancienne remonte à 275 ans !!
Souvenirs, souvenirs…
Commençons par les plus lointains, d’il y a quarante ans au moins. Ce sera forcément incomplet. Et, dans un premier élan, donnons la priorité à quelques images accompagnées de brèves informations. Vaste programme
Belphégor ( 1965 ) – Claude Barma
(Quatre fois septante minutes)

Belphégor, c’est donc un fantôme à l’opéra de Claude Barma (1965) du bon vieux temps sur la première chaîne de la bonne vieille ORTF inventive dans le fantastique poétique et inquiétant

Juliette Greco, oui, rien de moins que la chanteuse à l’imposante filmographie, Belphégor, parfois, Laurence Borel et sa jumelle Stéphanie Hicquet dans la série de Claude Barma ( 1965), du reste excellente actrice dans un rôle étrange.
Les shadocks – Jean Rouxel
(Deux cents huit fois deux à trois minutes, les trois premiers groupes sur l’ORTF entre 1968 et 1973 et la quatrième partie en 2000 sur Canal + ) Vous ne connaissez pas Les Shadoks ? : à lire d’urgence ici.

La devise, qui comme tous les textes jouent sur l’absurde, l’attendu – mais aussi un des plus belles réussites du Service de la Recherche de l’ORTF,( 1960-1974) qui trouvait, dirigé alors par Pierre Schaefer, de belles idées novatrices, comme cette mini-série quotidienne qui aura donc compté 208 numéros.

Personnage important des « Shadocks », un marin de service, chez Rouzel ( textes), avec la voix de Claude PIéplu.
La maison des bois ( 1971 ) – Maurice Pialat
(Sept fois cinquante-deux minutes )

« La maison des Bois », de Maurice PIalat, le seul grand auteur français à avoir signé une série télévisée, sensible et juste chronique d’un groupe d’enfants en zone rurale sous l’Occupation. La cinémathèque suisse vient de rendre un bel hommage à Pialat.
Les dames de la Côte ( 1979 ) – Nina Companeez

Nina COMPANEEZ écrit et réalise les cinq épisodes de soixante-dix minutes qui couvrent une période allant de 1911, la fin de la Belle époque, à 1919, l’après-guerre amer.
Plus près de nous
(dans un ordre décroissant de préférences personnelles)
Un village français

Image de tournage de « Un village français ». La cinquième saison, tournée en 2012, sera à l’antenne à l’automne 2013.

Robin Renucci, le maire, une fonction délicate à occuper car le gouvernement de Vichy collabore avec les Allemands et surveille les autorités locales par préfet interposé qui parfois en rajoute
Ainsi soient-ils

Jean-Luc Bideau dans « Ainsi soisenr-ils ». La deuxième saison est en préparatifs de tournage. La présence de l’acteur suisse y sera plus discrète que dans la saison 1. Bideau est donc aussi présent dans « DétectiveS » en un rôle plaisant mais un peu caricatural. Il n’est guère employé dans les séries de la RTS, mais beaucoup en France. Comme si sa présence risquait de lasser dans des produits audiovisuels commandités par la RTS…
Engrenages ( à suivre)
Scènes de ménage

Les aînés de « Scénes de ménage »,dans la charmante et durable réussite de M6 en modules courts. Huguette Marion Game) est le véritable CHEF de famille alors que Raymond (Gérard Hernandez), qui semble ne plus écouter son épouse, rêve en ancien gendarme de résoudre les petites énigmes du quartier.

José ( Frédéric Baudy) est un fonctionnaire d’origine espagnol féru du Réal, Liliane( Valérie Karsenti- voir aussi « Maison close »), esthéticienne, dépense beaucoup d’énergie pour sauver les apparences.
Kaameloot ( à suivre)
Caïn

Autour du capitaine Fred Caïn (Bruno Debrandt), dans sa chaise d’infirme, ses plus proches collégues, (de gauche à droite ), la Lieutenant Delambre ( Julie Delarme)à laquelle il fait mille « misères » mais qui se défend bien, Elizabeth Stunia ( Smadi Wolfman), toujours de bonne humeur malgré son travail de médecin légiste et le commandant Jacques Moretti ) Frédéric Pellegeay) qui couvre tous les excès de son subordonné.

Caïn (- France 2- 8 épisodes en saison 1 – 52 minutes)
Et comme si la chaise d’infirme ne lui sUffisait pas, il faut que Caïn se coltine avec une voiture jaune criard. Certes, chaque épisode permet de suivre une enquête en généra lplausible, mais l’intérêt le plus évident de la série réside dans les liens qui se tissent entre les membres de l’équipe de la police de Marseille, mais aussi parfois de manière inattendue entre certains protagonistes, dont le délicieusement insupportable mais finalement tendre Caïn.
Maison close

Hortense Gaillard ( Valérie Karsenti – voir Scènes de Ménage), dirige « Le paradis »( oui, pour qui, ce paradis ?même pas pour les riches clients ) mais perd le pouvoir et fait un peu n’importe quoi pour le reprendre. * »Maison close » est une série qui peine à démarrer, devient brillante quand on commence à faire connaissance vraiment avec plusieurs des « filles » mais se termine dans un ambiance sinistre, triste et sordidement mélodramatique).
DétectiveS

Jean-Luc Bideau et Frédéric Lefebvre dans « DétectiveS », une série fort plaisante qui passe actuellement sur France 2 ( nos 5 et 6 le 5 juin à 20:45 et les 7 et 8 sur huit le 12 ). Ils sont détectives de grand’père plus ou moins à la retraite ( Jean-Luc Bideau) en petit-fils. Avec un brin de chauvinisme, il faut signaler que le réalisateur, Gabriele Lorenzo, est suisse.
Jo ( à suivre )
La part de l’autre
Un journal gratuit, lu en « 20 minutes », traite plus de cent sujets – environ dix secondes en moyenne par sujet. Le meilleur de « Mise au point », ce sont ces modules de sept/huit minutes qui se terminent alors qu’ils deviennent vraiment intéressants. Un long-métrage de cinéma est l’équivalent d’une nouvelle bien dense d’une centaine de pages. Tout se passe comme si la réponse du berger curieux à la bergère hâtive prenait maintenant une place de plus en plus grande, d’où le succès grandissant des séries aux épisodes formatés à la minute près, la liberté retrouvée consistant à moduler le nombre de chapitres tout en donnant du temps au temps.

« La part de l’autre » de Christophe Chiesa, une mini-série de cinq épisodes sur le don et la réception d’organes tournée durant trois mois en immersion aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUV)
Nouvelle mini-séries des « DOCS »
Depuis le vendredi 24 mai 2013, durant cinq semaines, RTS1, en premier rideau, donc peu après vingt heures, fait place à cinq épisodes de quarante-cinq minutes placés sous le titre un peu mystérieux, « La part de l’autre », qui se déroule presque exclusivement, à en faire la constatation dans le premier épisode, aux HUV ( Hôpitaux Universitaires de Genève), dans un modeste service d’une douzaine de chambres, voué aux seules transplantations d’organes réalisées par des équipes médicales de pointe à la recherche permanente de progrès.
Hors du bloc opératoire
Alors, quoi, un « médical » de plus, ce genre qui fait parfois concurrence au « polar » unitaire ? Va-t-on se retrouver proche de la lointaine série « Urgences » et de son lieu de prédilection, le centre opératoire ? Ou se dirigera-t-on vers la primauté donnée au diagnostic qui fit le succès du très original « Dr House » ?
Les diagnostics sont clairs : les patients sont condamnés à mourir à brève échéance ou à de lourds traitements leur vie durant si une transplantation est impossible. Ces « receveurs » sont beaucoup plus nombreux que les « donneurs ». On peut prélever des organes sur un corps cliniquement mort avec le consentement préalable du défunt ou celui de ses proches. Mais le don peut aussi provenir d’un vivant et en bonne santé, souvent un proche. L’opération est alors double, avec coordination délicate exigeant une grande précision. Il s’agit de sauver une vie ou de rendre la survie acceptable grâce à cette « part » de l’autre.
Procéder par immersion
Dès lors, comment évoquer le don et la réception. L’équipe peut, en accord avec les soignants et leur organisation, être partout et tout le temps présente, au risque de perturber l’essentiel, les soins. Les responsables de « La part de l’autre » ont renoncé à imposer leur présence qui peut être perturbante. Ils ont choisi la discrétion, être présents le plus souvent possible, mais sans gêner les interventions professionnelles techniques, s’en tenir à écouter des conversations entre un receveur et ses proches ou interrogé par un membre de l’équipe, se glisser dans une réunion entre soignants, assister à des rencontres. Bref, être présents durant trois mois dans le petit service des HUV pour récolter images et sons sans perturber – mais peut-être parfois un peu tout de même –pour saisir un bébé qui ne veut pas quitter les bras de sa mère, un époux qui montre une immense tendresse pour sa femme qui va céder un rein à son bébé. Entre autres..
L’importance du montage
Une équipe de tournage réduite est bien entendu indispensable pour une démarche par immersion. Avec la légèreté du numérique, la matière accumulée peut se compter en dizaines, voire en centaines d’heures. Le choix pour ramener le tout à cinq fois quarante-cinq minutes s’effectue au montage.
Et ce montage, dès lors, ne différera guère de celui qui s’effectue pour des séries de fiction dont le tournage résulte d’une mise en scène. Il faut tirer du matériel un récit clair, précis, intéressant, didactique, amical, émouvant. Parler de récit permet d’éviter le mot « spectacle » qui a ici quelque chose d’un peu gênant.
Face à la caméra et au micro, il y a des personnes. Les « receveurs » comme les « donneurs » vivants ne sont nommés que par leurs prénoms. Ce sont des personnes qui en perdant leur identité du nom de famille deviennent des personnages. Il y a Fabio, 18 mois, sa mère Edwige qui lui donne son rein, son pèrei Bruno. Annie à aussi donné un rien à son fils David qui va bientôt quitter l’hôpital après un moment d’angoisse devant une crainte rejet qui n’était qu’une amorce d’infection. On fait aussi la connaissance de Michael, le jeune charpentier diabétique qui doit encore grandir.
Par contre, les accompagnants, qui sont certes médecins, chirurgiens, mais aussi psychologues ou psychiatres entourant les « receveurs » dans des situations parfois délicates, portent noms et prénoms, ce qui sert dès lors de rappel de la réalité professionnelle.
Rôle du commentaire
Le verbe, bien sûr, se glisse dans les multiples formes de conversations. Mais il doit souvent être appuyé par un commentaire qui complète le complexe audiovisuel d’informations indispensables. Ce commentaire est souvent utile. Mais il est parfois frustrant d’apprendre qu’un détail qui gripperait une intervention risque de renvoyer une transplantation de plusieurs mois sans que l’on puisse sinon comprendre du moins deviner les causes d’un tel renvoi ? S’agit-il d’une allusion au fait qu’un organe doit être transplanté dans un délai bref pour remplir sa fonction de substitution sans risque de rejet ?
Fiction et documentation
Le premier épisode est construit de telle sorte que tous les événements qui se produisent semblent se dérouler en un seul et même jour, même si des informations sont apportées par les conversations et les commentaires qui introduisent la notion de durée. Certaines interventions de la musique contribuent aussi à donner l’impression qu’une série qui reflète la réalité n’est que peu différente d’une fiction issue de la seule imagination de ses auteurs.
Certes, on va retrouver les différentes personnes, y compris les receveurs devenus personnages, d’une épisode à l’autre. Le premier épisode est placé déjà par son titre sous le signe de « L’espoir ». Viendront la « métamorphose » qui suit une transplantation, le « deuil » aussi, celui d’un donneur, ou le risque encouru lors d’un rejet, avant de s’intéresser au rôle de la famille.
« A suivre »
« A suivre » est le titre provisoire donné au cinquième épisode. On peut s’en servir pour recommander vivement de suivre une série qui, dès le premier épisode, s’annonce comme excellente, émouvante, généreuse. Et qui peut-être pourrait contribuer à faire augmenter le nombre de « donneurs » qui restent souvent trop rares pour les « receveurs ». Une telle série, réussite assurée, est à porter à l’actif de son équipe de réalisation et du groupe des « Docs » de la RTS.






































