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RTS : comment va ?
Disparues, depuis quelques semaines, “TSR” et “RSR”, au profit de “RTS” issue de la convergence conduisant à la fusion. Pour le client, l’auditeur et le téléspectateur, c’est le poids sur les programmes qui est intéressant. En télévision, ces programmes continuent de changer un petit peu, avec prudence, sereinement. En radio, l’annonce récente de profonds changements à “La première” dès cet automne a provoqué maintes secousses, pas seulement internes.
Profitons de l’occasion pour un survol lapidaire en télévision. “L’actu”, durant plus de soixante minutes quotidiennes, avec le “12:45”, “Couleurs locales” et surtout le “19:30”, champion à l’audimat, se porte bien. Elle déroule une quarantaine de sujets quotidiens, parfois répétés alors que l’équivalent en presse “people” en propose plus de cent par numéro de “20 minutes” ou du “Matin”.
Un sondage à l’actu lors du “19h30” de lundi 16.04.2012
Dans un document intitulé « Charte déontologique et valeurs de la RTS », édité par RTS – RADIO TELEVISION SUISSE – nous lisons :
Les sondages d’opinion sont présentés non pas comme des pronostics, mais comme des photographies datées de l’opinion publique. Le nombre de personnes interrogées, l’aire géographique, la marge d’erreur, la période de réalisation et le commanditaire sont cités.
J’ai reçu ces derniers jours deux exemplaires de ce document. Il semble bien que l’un d’eux était destiné au présentateur du TJ, Darius Rochebin. Mais il ne lui est donc pas parvenu. Durant 33 secondes, les renseignements suivants ont été fournis sur un sondage IFOP du 12 au 15 avril donnant les pourcentages pour le premier tour : Hollande 28 %, Sarkozy 27, Le Pen 15.5, Melenchon 14.5, Bayrou 9.5. Au second tour, cela donne Hollande 55.5 et Sarkozy 44.5.
Pas d’information sur le nombre de personnes interrogées, rien sur la marge d’erreur ( 3 % si l’échantillon est de mille personnes) ni sur le commanditaire. Rien non plus sur la composition de l’échantillon. Donc ces trente-trois secondes ne sont pas conformes à la charte déontologique !
Et impossible de prétendre que le temps manquait pour fournir ces informations. Pendant 258 secondes, Darius Rochebin a interrogé avec élégance, minutie Mme Alliot-Marie de blanc vêtue, vice présidente de l’UMP, qui en a naturellement profité pour assurer la promotion de son poulain Benali dit Nicolas Sarkozy. Trente secondes auraient pu être empruntées à la propagandiste !
Notons en passant l’intérêt inattendu d’images de la victoire de 2007 montrant le comportement d’une invitée, celle qui était alors l’épouse du candidat devenu président de la République, avec des expressions de son visage et l’incohérence de ses mouvements.
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La télévision continue de tirer sa force et son originalité de son premier rideau fait pratiquement d’émissions “maison”. Avouons un faible pour certains mercredis soirs, surtout avec“ Spécimen” et “Zone d’ombre” qui s’affirment au point de faire regretter leur fréquence modeste. Pour “Jour J”, on attendra !
L’info en premier rideau : “TTC” en direct depuis Paris le lundi 16.04.2012 dès 20h15 )
Les voyages sont appréciés des équipes de l’info de premier rideau. Celle de « TTC » a proposé son magazine du lundi 16 avril en direct de Paris, en se penchant sur certains aspects économiques et financiers de l’actuelle campagne présidentielle. La structure même de l’émission décentralisée était proche de celle qui existe chaque semaine en studio.
Parler de Paris en direct apporte-t-il un plus par rapport au studio de Genève ? Ma réponse serait plutôt négative. Les consultants du hockey-sur-glace passent en ces jours de finale Berne-Zürich de la cabine haut perchée des commentateurs à la sortie de la patinoire pour interroger des acteurs. Patrick Fischer est descendu de son toit pour terminer son émission sur les Champs-Elysées à la nuit tombante. Bel exploit sportif que d’être à peu près au même moment devant le cabaret des deux ânes à Clichy, montage au rendez-vous !
Pas vraiment intéressantes les questions posées dans la rue à n’importe quel passant. On y entend tout et son contraire selon la bonne méthode qui fait croire que l’opinion publique peu ainsi s’exprimer. A part cela, presque que du bon, dans l’exposé sans surprise pour qui suit cette campagne des différences entre les uns et les autres, la droite encore au pouvoir et la gauche, ainsi que les outdisers, dont Melanchon en pleine forme comme hier savait l’être Marchais !
Remarquables informations données dans un document et sur le toit par un ancien inspecteur fiscal devenu fiscaliste. Bonnes explications sur les fortunes qui risquent bien de se déplacer de France et pas seulement vers la Suisse. Révélateur, le montage qui montre la bonne entente entre Melenchon et Sarkozy sur la punition annoncée pour les futurs fuyards fiscaux. Intéressantes, les informations d’un spécialiste du coût de la présidence et du président pour les finances publiques : Obama aux USA revient en campagne officielle à 0,20 centimes par habitant alors que Sarkozy grimpe à 1.70 : mais en France, chaque président élu coûte régulièrement plus cher que le précédent. Bon commentaire ironique de J.Fr. Kahn !
Faire payer les riches ayant de gros revenus ou de belles fortunes, les sociétés à grand rendement financier, pourquoi pas ! En tous cas, cela plait largement, sans avoir besoin de s’appuyer sur un sondage. Mais « TTC » aura oublié de provoquer un calcul : le fameux 75 % de Hollande sur le revenu quand il dépasse un million annuel, cela rapporterait combien aux caisses de l’Etat.
Tout particulièrement passionnant à écouter un député socialiste français spécialiste des calculs du coût présidentiel – je n’ai malheureusement pas retenu son nom. Même décentralisé, « TTC » sait conserver l’essentiel de ses qualités confirmées d’une semaine à l’autre.
- Voir le TTC en question
- A noter que la SRT Neuchâtel reçoit l’équipe de TTC ce mercredi 18 avril à 20h00. Plus d’information en suivant ce lien.
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Et vivent “Les docs” pas assez souvent salués pour leur excellente contribution à la programmation de “RTS Deux”. L’invasion du sport serait plus supportable s’il y avait trois canaux de diffusion disponibles et pas seulement deux. Enfin, en fiction, il faut insister sur le rôle joué par les séries bien choisies malgré la trop forte présence des “policières” mais stigmatiser l’indigente programmation trop tardive du haut de gamme qui n’est pas seulement américain.
Damages : de Madoff à Tobin
« Damages », troisième saison en cours sur RTS Un, le vendredi soir, évidemment tardivement, en attendant les deux suivantes, c’est d’abord un personnage féminin fort, comme le sont souvent celles des meilleures séries. Patty Hewes, à la vie personnelle pas simple, grand avocate spécialisée dans l’obtention de dommages et intérêts ( des damages en langue d’origine), cyniquement efficace, poursuit rageusement ceux qu’elle traque, guère regardante sur ses méthodes pour obtenir des informations ou créer des situations favorables à sa cause. Ses collaborateurs, même les plus proches, doivent aussi s’accommoder de la rudesse de ses méthodes.
Glenn Close
A personnage fort, il faut grand interprète. Glenn Close, la soixantaine atteinte sans que cela soit évident, c’est « Liaisons Fatales » (A.Lyne), la Merteuil des « Liaisons dangereuses » ( S.Frears) ou la Cruella des « 101 dalmatiens »assurément plus que le discret « Albert Nobb » du film de Rodrigo Garcia qu’elle tenait tant à inteprèter. Ce fut déjà belle présence en juge fédérale dans « A la maison blanche » présidentielle. Rose Byrne, en Ellen Parsons, est pour elle d’abord une ambitieuse collaboratrice et une redoutable adversaire.

Encore Glenn Close, changement de couleur ! Mais le reflet semble plutôt appartenir à Rose Byrne en Ellen Pearso
Six mois plus tard …
Curieuse, la construction dramatique de chaque saison, avec une nouvelle affaire qui débute quand le spectateur se trouve brusquement projeté six mois plus tard, ou quatre et moins encore quand le temps défile. Lors de cette troisième saison, la découverte est faite assez rapidement du corps du plus proche collaborateur de Patty, Tom Hayes ( Tate Donovan), coincé dans un conteneur à ordures. Mais il est mort par noyade. Pas de surprise sur les faits, une belle ouverture sur le pourquoi de ce décès brutal, et la recherche des auteurs de ce geste. Cette complication temporelle est joue indiscutablement un rôle important dans l’intérêt que l’on porte au récit.
La réalité nourrit la fiction
Plus, dans cette troisième saison, voici assez claire allusion à l’affaire Bernard MADOFF, arrêté en décembre 2008 pour avoir escroqué des milliards à ses victimes mais aussi aux établissements bancaires qui crurent (naïvement ?) à sa pyramide dite de Ponzi. Une partie de sa famille fut chamboulée par l’affaire, un de ses fils conduit au suicide. Les Tobin, père, épouse, fils font claire référence à Madoff. Le choix du patronyme rappelle ironiquement la taxe du même nom qui devrait « punir » des transactions financières spéculatives ! Mais l’escros par milliards n’intéresse pas tellement les auteurs de la série. Leur attention se porte et sur l’argent probablement dissimulé, où et connu de qui, et au comportement de la famille, celui du fils Joe en particulier, dont le personnage tend à effacer le père avec lequel il était en conflit. Mais la fiction finit par prendre le dessus sur la réalité sans l’effacer.
Retour à Villeneuve
Juillet 1942, premières déportations massives des juifs : la rafle du « Vel d’hiv » reste une page sombre de l’Histoire de la France occupée, les Allemands ayant parfaitement organisé l’opération en imposant la logistique de l’action aux autorités françaises. En cet été, à Villeneuve, petite ville du Jura (elle ressemble à Dôle), un train est stoppé en gare, les Juifs qui y sont entassés extraits de wagons. Les autorités locales, le maire en tête, Daniel Larcher, doivent organiser leur accueil provisoire. Ils seront regroupés dans l’école.
« Un village français » est peut-être la meilleure série du XXIème jamais écrite et réalisée en France. Son propos comme sa mise en scène, entièrement au service de la reconstitution, conduisent à une impression de plausibilité étonnante. Entre collaboration et résistance actives, entre indignation ou indifférence passives, les uns et les autres s’inscrivent dans l’Histoire, entre incertitudes et certitudes.
Projection terminée, durant une quinzaine de minutes, des témoignages viennent corroborer le bien-fondé de la fiction. L’apport de cette série est aussi important et plausible que le fut en son temps un sommet du cinéma de documentation, « Le chagrin et la pitié » de Marcel Ophuls.

Sous la surveillance de soldats allemands, un groupe de Juifs sera accueilli à Villeneuve. C’est ce sont les autorités françaises qui se voient imposer toute la logistique ( photos France 3)
Dans un genre différent, un autre retour est à signaler, celui de « Damages » avec l’explosive avocate jouée par Glen Cloose, en troisième saison, durant six ou sept semaines. Excellente série divertissante. Une différence entre France 3 et RTS un : la perle de France est offerte à tous à 20h30, tandis que les seuls noctambules sont sollicités de rester devant le petit écran entre 23 heures et minuit et sa demie.
« Jour J » : une fois par trimestre
Intéressants, les mercredis soirs de RTS Un par la variété de ses propositions comme « 36,9 », « Spécimen ». « Zone d’ombre ».Voici un nouveau magazine de société, trimestriel, conçu par une équipe pour laquelle le Jour J est celui de l’entrée en retraite de trois personnes, une directrice d’école de langues privée, Liliane Rossi, 65 ans, un sergent pompier de l’aéroport de Genève, Jérôme Jaquier, 60 ans, le notable, Josef Zizyadis, 56 ans. Un choix clair pour la forme : pas de commentaire. Il eut été possible de présenter trois portraits successifs durant une vingtaine de minutes chacun. Là encore, un choix clair, lui aussi, risqué : proposer une approche amicale en un puzzle de séquences alternées. La prise de risque, évidente, est chose positive.
En attente de retraite
Liliane Rossi (65 ans) est directrice d’une école de langues et fait un peu tout elle-même. On découvre son dynamisme quand elle est au milieu des enfants. Mais on comprend aussi la rudesse de son problème actuel : que deviendra son école ? Elle rencontre des successeurs, qui ne sont malheureusement pas des acheteurs.Et quand un acheteur se profile, venu de l’étranger, encore faudrait-il que celui-ci puisse obtenir un permis de travail. Le jour J, pour elle, tarde à arriver. L’école ? Il suffirait qu’elle cesse son activité. Mais l’équivalent d’un deuxième pilier même modeste disparaît. Un futur pas forcément serein pour elle.
Départs anticipés
Jérôme Jacquier (60 ans ) est sergent du service de secours centré à l’aéroport de Genève. Il a décidé de prendre une retraite anticipée. Ses collègues et amis préparent une large et belle fête pour ce départ anticipé, qui se charge ainsi d’émotion. Il pourra être plus souvent avec son épouse, avec son petit-fils, donner plus de place à sa passion, la pêche avec ses amis sur un bateau. Amusante anecdote racontée en passant : sa maison est située dans l’axe des pistes de l’aéroport. Son chien aboie certains avions, mais pas tous, seulement ceux d’Easyjet ! Serait-il allergique à la couleur ?
Josef Zizyadis,56 ans, prend sa retraite de politicien professionnel et prouve aussi qu’elle ne signifie pas absence d’occupation. Il va donc retrouver ses racines grecques pour planter là-bas une vigne entre avec des amis vignerons vaudois. Le voici en colon dans son pays natal. Il pourra mieux encore qu’avant se laisser aller au plaisir que donne le goût du vin, de la bonne chère. Le gourmet politiquement d’opposition dans son pays d’adoption trouve aussi forme nouvelle d’engagement dans son pays d’origine.
Retraites à tous âges
Vingt minutes permettent de découvrir deux inconnus et d’en savoir un peu plus sur le troisième qui ajoute ainsi une facette à sa notabilité, à en faire oublier le politicien qui fut presque toujours dans l’opposition. Pour Mme Rossi, la retraite se fait attendre, qui pourrait bien se produire dans des conditions financières difficiles. Les deux messieurs semblent donc avoir pu anticiper la leur sans que cela leur pose de problèmes matériels. Il eut été intéressant d’en dire plus sur le problème du niveau de ceux qui ont franchi le Jour J. Ni l’un, ni l’autre ne peut représenter une retraite « normale » prise à l’âge légal.
Quelle chronologie ?
Mais le jour J, est-il le même pour les trois invités ? Pas facile de le savoir. On passe avec l’une le jour de la retraite qui se fait attendre en ayant suivi ce qui se passait avant elle. Pour le pompier, c’est le jourJ des adieux qui est au centre du portrait. Le politicien fait ses adieux politiques et on le retrouve en partie après. Avant, pendant, après, en même temps ou à des dates différentes, On s’y perd un peu dans la chronologie. Mais ce n’est pas très grave.
Passer de l’un à l’autre

L’équipe responsable de « Jour J » Astrid Buecher, Isabelle Nussbaum, Christian Fargues Sabrina Nessi, Francesco Cesalli, et Forence Farion ( Photos RTS)
Les trois « retraités » n’ont en commun que le fait de figurer dans la même émission. Dès lors que l’on renonce à suivre l’un puis le l’autre, il faut trouver le moyen de faire coexister les trois formes d’immersion dans trois vies privées. Pour passer de l’un à l’autre, recours est fait à une astuce technique : une même image est coupée en deux, à gauche on voit un moment de vie de l’un et à droite de l’autre. L’astuce est purement formelle.
Mais les soixante minutes ont au moins eu le mérite de ne pas générer d’ennui et de provoquer une amorce de « complicité » avec chacun des trois invités
Cause toujours mon lapin…
Ce titre pourrait être un complément à l’intervention de Laverdure chez Zazie du métro de Queneau Raymond, le «tu causes tu causes, c’est tout ce que tu sais faire». En complément, «Cause toujours mon lapin» pourrait être ironique remarque adressée par je ne sais qui à l’ensemble du «Conseil du public» de la RTSR. Autour de cette institution, pendant des années aura régné une discrétion évidente, comme si une sorte de conspiration du silence intervenait pour ne pas donner trop de notoriété à des remarques pas systématiquement laudatives sur les programmes de la radio ou de la télévision.
Mais le conseil du public communique maintenant assez largement quelques-unes de se préoccupations qui ne sont pas pour autant unanimement et immédiatement reprises par la presse écrite. La branche radio de la RTS , par exemple dans l’émission «Médialogues», en parle-t-elle, de ce «Conseil du public» ? Dommage que l’on ne puisse plus s’adresser à la très ancienne émission de Radio Lausanne qui s’appelait «Questionnez, on vous répondra»!
Médialogues
Monsieur ou Madame RTS vient d’annoncer récemment la prochaine disparition d’une série d’émissions de radio qui doivent donc être considérées comme gangrenées par l’usure du temps. Pourtant, «Médialogues» pourrait bien rester à l’antenne durant soixante minutes le samedi matin alors qu’il apparaît actuellement en semaine durant trente minutes cinq fois. Soixante minutes au lieu de cent-cinquante: on n’arrête pas le progrès! Il est vrai que l’émission prétendait faire réfléchir à la communication en général.
Le «Conseil du public» de la RTSR a une nouvelle fois déploré l’absence en télévision d’une émission de réflexion sur les médias, le cinéma surtout, mais aussi et pourquoi pas la télévision elle-même ou la radio. Pour le cinéma, un bruit court en guise de réponse: c’est la radio qui en parle; la télévision le montre, à forte dominante anglophone!! «Médialogues» n’est qu’en partie une émission sur le cinéma.
Il est intéressant de prendre connaissance d’une protestation contre le déclassement de «Médialogues». Elle émane du portail de l’éducation aux médias des départements de l’Instruction Publique de Suisse Romande et du Tessin. La prise de position du «Conseil du public» y est largement citée. Voilà qui contribue à faire au moins un peu connaître le travail d’une instance de la RTSR Cela permet aussi d’attirer l’attention sur le «Médiablog» d’«e-média»
A lire sur Mediablog d’e-media à ce sujet :
La télévision vue par elle-même
Toute chaîne de télévision de service public avec son mandat de prestation qui n’est donc pas commercial et financier se diti de réfléchir sur elle-même sans complaisance, tant est grande son importance dans la communication contemporaine. Un moyen efficace d’y parvenir, la série de fiction !
« Borgen » : un cut final qui échappe à la télévision
Le Danemark a su en faire la démonstration dans la première saison de la remarquable série « Borgen » qui vient de s’achever sur Arte. On y évoque, en fin de série, un conflit conduisant la garde rapprochée de Birgitte à exiger le regard final ( cut final) dans la version d’un entretien conduit par Kathryn dans un moment délicat pour la première des ministres. Une bizarrerie : la présidente du gouvernement s’appelle seulement Brigitte, la journaliste vedette de la chaîne, Kathryn. Les personnages masculins sont aussi réduits à leurs prénoms. Il ne viendrait à personne l’idée d’employer seulement des prénoms pour les politiciennes et politiciens réellement au pouvoir. On ne dit pas Doris ou Simonetta ! Avec les seuls prénoms, la fiction montre le bout de son nez !
« The hour » pendant la nationalisation du canal de Suez
Au tour de la BBC de parler d’elle-même avec « The Hour » ( fin de la première saison sur RTS UN le mercredi 21 mars 2012). Quand la France et la Grande-Bretagne s’en vont faire, en 1956, la guerre en Egypte pour la maîtrise du canal de Suez, elles furent empêchées par l’URSS et la USA. C’est alors que la BBC ouvre une case d’une heure pour une télévision d’information sous forme d’enquêtes d’investigation. A « The Hour » ressemblera plus tard en France « Cinq colonnes à la une » et en Suisse romande « Continents sans visa » qui deviendra « Temps présent . La série est donc enracinée dans un événement politique réel.
Un trio de personnages forts

Bel Rowley ( Romola Garai), le productrice; Hector Malden (Dominic West), Freddee Lyon ( Ben Whishaw) – Photos BBC
Ils sont trois pour former l’épine dorsale de la série. Freddie Lyon est un journaliste d’investigation efficace qui aime son métier, y croît comme à un sacerdoce, tout en étant lié d’amitié à la productrice de l’émission. Bel Rowley est donc la véritable patronne de l’émission qui dispose du droit final de décider ce qui passera à l’antenne et sous quelle forme, même en ayant des comptes à rendre à sa hiérarchie. Hector Malden, le présentateur vedette de l’émission, la porte vers le public qui lui en attribue la paternité alors qu’il n’en est que le faire-valoir. Marié à une femme de la grande bourgeoisie mondaine qui s’habille pour les repas, il vit une liaison avec Bel, ce qu rend tout de même Freddie un peu jaloux. Autour de ces trois personnages en gravitent une bonne dizaine d’autres qui existent vraiment, évitant d’être seulement des marionnettes caricaturales. C’est là une caractéristique des séries bien écrites.
Trois lignes de force
Dans le contexte historique précis de 1956 qui en fait un sujet déjà historique, « The Hour » raconte donc la naissance d’une émission de télévision. Mais Freddie s’intéresse aussi à de curieux mots croisés dont il tente de déchiffrer l’éventuel message. On assistera donc aussi à une sorte de récit d’espionnage qui introduit peut-être une surveillance gouvernementale de l’action d’une télévision impertinente. De plus, il enquête sur un meurtre. Tout n’est pas toujours harmonieux dans les passages d’un sujet à l’autre. Mais « The hour », qui fait souvent penser à « Mad men », est une série de très bon niveau.
Fiction et réalité
« Borgen » et « The hour », de pures fictions ? Pas seulement. Mais quel lien avec la réalité ? Il faudrait enquêter tant au Danemark qu’en Grande-Bretagne. Ces fictions reposent sur des éléments d’une réalité plausible. Et près de nous, en Suisse romande, la télévision a-t-elle aussi le poids prêté par la fiction à une chaîne généraliste danoise et à la BBC ?
Vingt-fois la Suisse
Lointain souvenir au début des années septante. Un imposante série nationale traçait, sous le titre de « Vingt-cinq fois la Suisse » le portrait de vingt-cinq cantons. L’un deux déplut fortement à un gouvernement cantonal. Le téléphone fonctionnait alors facilement pour propager du mécontentement. La TSR d’alors avait réalisé une nouvelle émission donnant une image plus « officielle » de canton au gouvernement protestataire : l’art du contre-poids !
Tout près de nous, « Infrarouge » influent ?
On connaît au moins indirectement l’influence considérable attribuée à « Aréna » à Zürich, aussi pour les romands qui doivent être « compatibles » avec les exigences de l’émission pour se faire bonne réputation en Suisse alémanique. En Suisse romande, quelle est l’influence réelle qui est parfois prêtée à « Infrarouge »
Intéressante, la lecture du « Temps » du mardi 13 mars 2012, dans un commentaire sur « La communication ratée des opposants Valaisans » à l’initiative Weber :
C’est l’émission de la TV romande Infrarouge qui est la plus souvent citée comme l’exemple des dérapages et des excès. Christophe Darbellay, président du PDC, et Jean-Marie Fournier, promoteur, s’y sont montrés particulièrement virulents. C’est là que les adversaires de l’initiative ont perdu la votation, selon le conseiller national socialiste Stéphane Rossini » On a pu lire aussi que chaque fois que Jean-Marie Fournier intervenait, il contribuait à grossir le nombre des Oui qui furent finalement majoritaires. Exemple d’une influence à contrario. Plausible ?
Chaque pays pourrait raconter à sa manière dans une série quelle est la réelle influence supposée ou admise de la télévision dans son bassin de diffusion. Même au pays du consensus selon la formule magique tout de même contestée, où les choses sont apparemment atténuées, les médias audiovisuels sont importants. On attend donc d’ici à quelques années la vision de la RTS sur elle-même dans une série qui reste à inventer.
Je t’la coupe !!
Mardi 6 mars 2012 au soir, invasion, sur presque tous supports romands : RTS deux, hockey-sur-glace puis football, Internet, hockey-sur-glace, RTS un, babil sur Servette à «Infrarouge» : beaucoup trop de sports! Entourée de quinquagénaires, avide de sujets d’actualité, quitte à tenter de précéder l’actu, Esther Mamarbachi nous a offert une curieuse soirée. Qui savait quoi autour d’elle? On le saura peut-être un jour. N’avaient-ils rien à dire par ignorance ou étaient-ils obligés de ne dire strictement rien? . Personne n’a dit «Pont» ou «Quennec»! Bref, la rage de suivre l’actualité a surtout permis d’organiser un spectacle! «Réussi ?»
Un incontournable avocat genevois, Me Warluzel, entre autres ancien président du Servette FC, proche de M.Pishyar, ignorant à quel parti appartenait un certain Charles Beer, a été particulièrement agressif avec à peu près tous les invités, insistant sur l’ampleur financière du traitement à appliquer au club mal soutenu par l’économie du bout du lac.
Or ce soir-là, la télévision genevoise se livrait à une expérience. On sait qu’en fin d’année, les chaînes prennent plaisir à passer des bêtisiers de toutes sauces. Mais il faut trouver autre chose. Scoop : RTS télévision prépare pour fin 2012 une série originale, combinée avec un concours. Le titre du jeu est dévoilé par notre titre. Qui saura le gagner en prouvant qu’il sait mieux que d’autres couper la parole aux autres invités, mesure faite durant soixante minutes – la durée habituelle d’ «Infrarouge» ? Les premiers concurrents sont choisis : il y aura Oskar ( Freysinger) en plus de Dominique ( Warluzel ) et d’Esther elle-même. On se réjouit !
TSR, RSR: démodés ! RTS: branché !
Éviter dans le titre le «Out» et le «In» attendus et remplacés par des équivalents plausibles traduits assez bien l’esprit de la convergence mise en place depuis près de deux ans. Le nouvel habillage unitaire avec «un» et «deux» est lettres est élégant. La bascule vers la haute définition est immédiatement en place pour une partie des abonnés.
Un seul site
Satisfaction générale de tous les intervenants, récemment à Genève lors de la conférence annuelle. Pour l’ensemble de la Suisse romande, la radio, «RTS la Première» reste nettement la meilleure en parts de marché. La télévision maintient un 27 % durant 24 heures sur 24 et 33 sur la tranche 18/23, malgré un léger tassement. C’est sur internet que la nouveauté est le plus immédiatement perçue :les sites RTS, TSR et RSR ne forment plus qu’un, celui de la RTS. Et les visites ou consultations de documents sont en forte hausse.
Restons dans les sigles: RTSR ( Radio Télévision Suisse Romande) subsiste en quatre majuscules alors que le trio fait la paire télévisée ou le quatuor radiophonique. Sur certaines pages du nouveau site, miraculeusement en lettres assez grandes pour qu’elles soient visibles sans recourir à une loupe, la RTS salue l’organisation institutionnelle avec l’ancien complément longtemps discret de “représentation du public”.
Presque une chaîne sportive
Oui, mais voici déjà deux états dans l’État, “RTS-Info” et “RTS-Sports” ; triomphants ! Par exemple, en cette année de jeux olympiques d’été, il y aura plus de deux mille heures de diffusion, donc plus de quatre-vingts jours entiers, pas loin d’un quart bon an. Mais de quoi s’agit-il ? De télévision seule, de radio seule ou de télévision et radio convergées ?
“RTS deux” confirme ainsi son statut de chaîne presque sportive considérée comme du divertissement plutôt que de l’information. Mais les “petits” sports trouvent au moins la petite place qu’ils ne trouvaient pas encore il y a quelques mois.
Le sport est à tout le moins bien traité sur les canaux de la RTS. Trop bien ? Personne ne semble s’interroger sur cette invasion! A se demander si la solution pour un meilleur équilibre ne passe pas par une troisième chaîne.
Bilan partiel par secteur
Les magazines de premier rideau de l’ex-TSR tiennent bien le coup.Il faut rappeler que cette mise en valeur remonte aux années soixante du siècle dernier. Ceux qui font la télévision aujourd’hui et qui parfois répètent que les choses changent, ce qui est vrai, savent-ils ce qu’ils doivent à leurs ancêtres ? “Continents sans visa” existait avant leur naissance ! Notre télévision tire une bonne partie de son excellente réputation internationale grâce aux programmes qu’elle ose montrer en premier rideau après l’incontournable champion qu’est le “19 :30”.
Les “Docs” audiovisuels sont en très bonne santé. L’équipe est aussi efficace dans les productions propres, les coproductions, les achats que la programmation. On devrait le dire plus souvent.
La fiction cinématographique est toujours dominée par les sources américaines. “Box-Office” rend hommage à l’audimat qui mesure les succès commerciaux qui ne sont pas forcément en corrélation avec la valeur culturelle. Mais le processus que l’on s’était amusé à dire de “macdonaldisation de la fiction sur les chaînes francophones” il y a plus de dix ans subsiste.
Un progrès évident: une meilleure présence du cinéma suisse, qui reflète un meilleur budget pour les coproductions. La SSR met dans le cinéma suisse d’auteur autant sinon plus que la Confédération. Mais la plupart des films de fiction sont programmés en fin de premier rideau ou plus tard, alors que dans les années septante on pouvait voir Godard, Tanner, Soutter ou Goretta en début ou milieu de premier rideau.
Les séries malmenées
Il faut se répéter. L’écart entre le cinéma et la télévision de fiction est en train de s’effacer, avec les séries qui rendent à l’audiovisuel une des dimensions essentielles de la notion de récit littéraire. Une série de dix fois cinquante minutes, c’est l’équivalent littéraire d’une saga de cinq cents pages. “Mad men”, “Boardwalk empire”, “Deadwood”, “Les sopranos” et tant d’autres c’est la suite du cinéma de “Autant en emporte le vent”, “Lawrence d’Arabie”, “Le pont de la rivière KwaΔ ou de certains écrits de Balzac, Dostoïski, Tolstoï, Dumas. Ce sont des spectacles populaires, littéraires, visuels qui méritent d’être proposés au plus grand nombre, pas de se retrouver confinés en deuxième rideau. Mais une bonne exposition donnée à la culture semble aux yeux des programmateurs de la première décennie du XXIe siècle moins importante que l’audimat.

« Skandal » est un journal fictif à cancans qui accompagne la diffusion de « Borgen » sur ARTE. Il s’y publie des caricatures de la première des ministres qui a, comme n’importe quel gouvernement, des problèmes… avec les avions de combat !!
Alors, on doit poser une question: imaginons que durant une dizaine d’heures réparties sur le même jour d’une dizaine de semaines la part de marché diminue de cinq points, avec par exemple un “Mad men” présenté à 21h00, quelle serait la baisse de la moyenne annuelle ? Invisible, ou presque. Il faudra revenir sur ce type et calcul et rappeler que le grand patron de la SSR, Roger de Weck, avant d’entrer en fonction, avait tout de même dit que pour améliorer la présence de la culture, on pourrait parfois sacrifier un petit bout de part de marché.
Et encore “Borgen”…avant d’y revenir
Aucune raison de craindre de se répéter. Pourquoi des séries produites par la RTS ne tendraient-elles pas vers le niveau atteint au Danemark, l’accord étant facile à se faire sur l’intérêt et la qualité de “Borgen” ? Il est vrai que plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. On y reviendra quand on saura combien coûte la minute de la série danoise, combien de minutes utiles sont tournées et montées par jour, quelle est la réponse du public du pays, avant même de prendre acte de l’importance d’une diffusion internationale. Questions plus ou moins bien posées en public lors de la conférence de presse, qui méritent des réponses.
Le sport pendant, avant, après
Quelles sont les émissions, pour une chaîne de service public généraliste comme la TSR ( ou la RSR) , dont la diffusion est précédée de souvent longues présentations et suivies de tout aussi souvent multiples commentaires ? Les émissions politiques, qu’il s’agisse de votations et d’élections. Le service public joue là fort correctement son rôle informatif
A part cela ? Il n’y a guère que certains sports à être soumis à pareil régime.
Et d’autant plus si ce sport apporte aux « clients » une équipe ou des sportifs de haut niveau « patriotique » ! Ainsi en va-t-il actuellement avec le football (FC Bâle), le ski alpin (Cuche, Feuz, etc) et nordique (Amann, Cologna), le cyclisme (Cancellara), le tennis (Federer). Pour diverses qualités spectaculaires, on peut compléter cette liste avec l’athlétisme, le hockey-sur-glace, les sports motorisés, le rugby et le patinage artistique. Les journalistes, leurs experts et autres consultants parlent abondamment, parfois en revenant inlassablement sur les mêmes images – ah, ce but de Stocker à la 87ème minute! Le Verbe répété règne en maître. Il ne fait pourtant pas fuir le consommateur !
Mais la vraie valeur du spectacle se situe dans le sport lui-même plus que son commentaire. Il y a les sports qui montrent bien les qualités des interprètes et leurs maladresses : cela vaut pour le football, le ski nordique, le patinage artistique, le tennis surtout, un peu le cyclisme, le rugby. Sans les informations du chrono, qu’en serait-il du ski alpin ? L’attente de chutes et d’abandons. Les sports motorisés : va pour les dépassements, souvent dangereux. Alors à qui la palme ? Au tennis, au football et au rugby, qui se passent de trop de mots !
CROM, entre deux chaises
Des femmes à la tête d’un pays
Le cinéma populaire à grand spectacle et vocation commerciale ne fait guère belle place aux grands personnages féminins s’il continue d’affectionner les belles actrices qui savent répondre aux désirs masculins. Les séries télévisées, dans une certaine mesure équivalentes à ce cinéma des « blockbuster », qui disposent du poids littéraire de la saga de longue durée ( une page de roman vaut environ une minute d’audiovisuel), ont une vertu qui ne doit pas être oubliée : les personnages féminins y sont souvent choyés, dans une exposition équivalente ou parfois supérieure à celle des hommes. Des récits comme «A la Maison Blanche», « Les hommes de l’ombre » ou encore « Borgen » mettent en scène avant l’heure des femmes à la tête d’un Etat ou d’un gouvernement, sans masquer les difficultés et parfois les compromissions de la fonction. Ces séries pointues obéissent à de grandes exigences aussi sur le plan formel.
Les invisibles
Tel est le titre d’un sujet récemment abordé dans « Télévisions – le Monde » ( lundi 20 février 2012). Il s’agit de considérations qui prennent en compte la fiction française et les classes populaires. D’intéressantes observations y sont faites : alors que les employés représentent le 14 % de la population, ceux-ci n’apparaissent que dans le « 5 % des personnes vues à la télévision, toutes catégories de programmes confondues ». Pour les ouvriers, les deux chiffres sont 12 % contre 2 %. Par contre, les cadres qui ne forment que le « 5 % de la population, représentent le 79 % des personnes vues à la télévision ». Ce sont là des résultats attribués à « un baromètre de la diversité à la télévision publié par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en juillet 2012 »
La télévision, un œil ouvert sur le monde ? Un demi-œil, en encore entr’ouvert,sur une toute petite partie de la société. I n’y a pas de raison de penser que la situation est Suisse Romande soit très différente de celle qui règne en France
Il vaut la peine de s’arrêter en passant sur deux citations. La directrice de la fiction de TF1 dit : « Si on raconte précisément ce que vivent les Français aujourd’hui, çà ne les fait pas rêver ». Celle qui occupe la même fonction à Arte avance : « Les histoires des gens normaux sont toutes exceptionnelles». Il y a là une intéressante différence de comportement entre une chaîne généraliste commerciale et un généraliste de service public !

Eboueurs en « orangé » de travail : Les histoires des gens normaux sont toutes exceptionnelles (Photos TSR/CAB)
Un podium mondial
Sur le podium des meilleures séries mondiales de grande ambition, la plus haute marche est occupée par les Etats-Unis, emmenés par les chaînes à péage. Sur le deuxième on doit probablement placer la Grande-Bretagne. Et il se pourrait que les pays scandinaves, Danemark en tête, soient de bronze à forte composante féminine. La France se place toute de même avant la Suisse romande, qui peut revendiquer une place honorable grâce à « Dix » et « Crom » plus que « T’es pas la seule » ou « Heidi »
Les éboueurs de CROM
L’ouverture de la fiction sur des milieux qui ne sont pas fréquemment représentés sur le petit écran peut et doit être considérée comme un élément positif. Dans une petite ville de province, Yverdon, une équipe d’éboueurs municipaux est observée dans son travail quotidien, en ses «orangés» de travail. De leur métier, on découvre un certain nombre de moments, de mouvements, de gestes, de problèmes. Un bon point pour le choix d’un tel sujet. Autour d’eux, il y a des épouses, des cadres, un journaliste de télévision, une aubergiste, une juge et la jeune fille qui accomplit un Travail d’Intérêt Général » ( TIG) plutôt que de se morfondre en prison.
Une autre mini-série récente, tournée elle aussi à Yverdon, «Romans d’ados» eut le grand mérite de faire des plongées dans des milieux qui n’étaient pas seulement de cadres ecclésiastiques. Encore un bon point ! La jeune fille du TIG pourrait bien être une des ados des « Romans » connaissant des difficultés d’adaptation arrivée à l’âge adulte.
Des personnages plutôt bien campés
La galerie de personnages de «CROM» est ainsi intéressante dans sa diversité. Oscar Moreau ( Roland Vouilloz), chauffeur de camion, voit s’éloigner de lui son épouse. Il s’installe d’abord chez une restauratrice avant de s’en aller vivre dans une caravane. Il souffre d’avoir perdu Evelyne ( Marina Golovine) séduite par un joli cœur de la télévisIon et d’être séparé de sa fille Mélodie ( Danaé Destraz), qui supporte mal les conflits de ses parents mais fait preuve d’une belle lucidité pour son âge. Raymond Debonneville (Jean-Luc Borgeat) se veut cadre efficace qui applique de méthodes de direction d’une équipe permettant d’améliorer le rendement ; croît-il. Tina Viorel (Julie Perrazini), affublé d’un bizarre petit ami prêt à vendre le bébé qu’elle porte, apporte sa fantaisie dans l’équipe par se franchise et ses réactions inattendues
Quand apparaît brusquement Madame Debonneville affublée de deux chiens de salon, pimbêche superficielle, on se prend à regretter qu’elle complète son mari de manière désagréable. Un scénario plus ambitieux aurait pu en faire un personnage surprenant, en contrepoint plutôt qu’en confirmation.
Une place pour l’humour
Le comportement de Tina, anarchiste dans une équipe plutôt sérieuse au travail, fait souvent sourire par sa liberté provocatrice. Debonneville impose à l’équipe une gymnastique quotidienne de mouvements en groupe qui rappellent de très loin les exercices pratiqués dans l’armée au milieu de siècle dernier. La musique rythmée s’ajoute alors comme un commentaire souriant. Une autre forme sonore est employée pour prendre plaisir à partager avec Oscar qu’il porte à l’opéra, jusque dans la cabine de son véhicule
Un rythme assez vif
Bruno Neuville, le réalisateur, ne se contente pas de filmer des personnages qui se parlent comme c’est souvent le cas dans de telles séries ( « T’es pas la seule » ). Il fait mettre dans le cadre un détail du décor, un passant, la ligne de fuite d’un paysage et demande à ses acteurs d’ajouter aux mots un geste, un mouvement, un silence qui enrichissent image fort élégante. Dans une série courante, pour changer de lieu, on montrerait un personnage se dirigeant vers la sortie, fermant une porte, marchant deux/trois lieux différents pour ouvrir une nouvelle porte dans une autre maison. Ici, une porte fermée et un mouvement suffisent pour opérer un déplacement. Le récit est conduit sur un bon rythme, tout en sachant ménager des temps d’arrêt contemplatif associés à des moments d’émotion.
De bons moyens
La production disposait d’environ trois millions et demi de francs, pour treize fois vingt-cinq minutes, soit environ dix mille francs la minute. En cinéma, cela représente un budget d’un million pour un film de nonante minutes : ce n’est pas beaucoup ! Mais on tourne et on monte quatre/cinq minutes par jour dans une série de ce genre, contre deux minutes pour un film. On est loin du confort américain qui dépasse le million de dollars pour un épisode de « Mad men
Bilan
«CROM» se veut donc populaire et de qualité, pour parodier les une formule de Nicolas Bideau quand il dirigeait de Berne le cinéma suisse. «CROM», qui ne manque donc pas de qualitgés, représente un réel progrès par rapport à « T’es pas la seule ». La programmation de ses épisodes, un par un en premier rideau du samedi soir sur TSR1 et en reprise pleine soirée le lundis sur TSR 2 permet-elle de rencontrer un vaste public qui en ferait une série populaire ? Je n’ai pas cherché à la savoir.
Oui, mais…
Mais quand on met en face de « Dix « ou de «CROM», « Killing », « Millénium », « Protection rapprochée » et surtout « Borgen » qui viennent de Scandinavie, l’écart reste grand. Alors, pourquoi, mais pourquoi diable la TSR n’a-t-elle pas envie de faire aussi bien que la télévision publique danoise ? Question sans réponse ! Faudrait-il adopter la forme d’une lettre ouverte à Gilles Marchand, le grand patron, pour avoir une réponse sur le manque d’ambition de ses troupes ?



















