Séries TV

Une deuxième saison pour « L’heure du secret »

Avertissement :pour illustrer ce texte, quelques images souvenirs de la première saison de « L’heure du secret » (photos RTS)

Le sériophile gâté

Avec “Homeland” ( RTS1- dimanches –heure trop tardive), “Ca!in” ( France 2 – vendredis –en premier rideau), “Dexter” ( TF 1 – TF1 – heure tardive et interdit d’antenne romande ), “Ainsi soient-ils” ( Arte – vendredis – premier rideau et grand succès avec près de 6 % de part de marché), le sériophile est particulièrement gâté. Et “Borgen” ( RTS 1 – vendredis – heure trop tardive) confirme en deuxième saison ses qualités, en mélanges subtils de comportements individuels, d’affrontement politiques, de conflits avec les médias. Chaque numéro traite un sujet de politique alors que les relations entre personnages, personnelles, sociales ou professionnelles, continuent d’évoluer. La RTS devrait pouvoir faire aussi bien que la télévision danoise. Quand on lance cette affirmation devant des responsables de notre chaîne, personne ne se trouve pour dire que ce n’est pas possible.

Elena Hazanov, réalisatrice et Alain Monney, scénariste

Elena Hazanov, réalisatrice et Alain Monney, scénariste

La notion de succès pour une série

Il est bon de commencer par s’interroger sur les conditions à remplir pour pouvoir parler du succès d’une série. Une bonne part de marché dans sa zone de diffusion est nécessaire, mais de loin pas suffisante. D’excellentes séries peuvent être des échecs d’autant plus si elles sont bêtement programmées ( suivez mon regard qui se porte vers “Ainsi soient-ils” saboté à la RTS !). Mais il faut remplir d’autres conditions. Il est important d’être sélectionné en confrontations internationales, autrement dit en festivals ou équivalents. Un prix ou une mention est chose intéressante, qui peut préparer l’étape suivante, trouver des “clients” qui achètent la série pour la diffuser sur ses propres antennes. Et si une chaîne cryptée américaine achète les droits d’adaptation, ce sera la cerise sur le gâteau.

En Suisse, apparaître sur le marché national du divertissement est un exploit, tant l’autonomie est chère aux trois régions, l’alémanique et rétho-romanche, la tessinoise et la romande qui s’ignorent trop souvent

Elena Hazanov et Frédéric Recrosio

Elena Hazanov et Frédéric Recrosio

Les qualités de “L’heure du secret”

En deuxième saison, il faudra savoir conserver les qualités acquises lors de la première: production solide, bonne mise en scène et en image, montage efficace, interprétation de bon niveau,  personnages intéressants, suspens réussi, bon enracinement dans le paysage jurassien, juste inscription dans l’artisanat horloger. Abandonner les allusions au conflit entre Haut et Bas serait un gain réel : pas besoin de faire du Cuche et Barbezat ! La ville, en objet d’urbanisme, avec mélange entre Le Locle et la Chaux-de-Fonds aura été bien présente. On a même fait quelques incursions ferroviaires dans d’anciens dépôts plus ou moins hors de service.

Marie Duc, un personnage qui mériterait d’être développé…

Marie Duc, un personnage qui mériterait d’être développé…

Trop de cadavres

Le temps d’une prise de distance avec flics et cadavres est peut-être venu. Voici quelques extraits de presse: “ le retour des éternels Experts, Esprits criminels et Mentalistes”…Flics, flics et encore flics…Le genre policier prime car il est efficace et rassemble un public large”. Et bien non, ce n’est pas là une appréciation qui concerne la RTS. C’est tiré de “Libération” ( 06.09.2012) et la rentrée d’automne 2012 sur TF 1. Mais c’est aussi une assez parfaite description de l’esprit de la programmation de la RTS dans un secteur où notre service public généraliste imite la chaine commerciale française. Une réelle lassitude commence à se faire sentir : trop de flics et trop de cadavres!  “L’heure du secret” en première saison aura été assez généreuse en matière de cadavres.

Catherine Renaud

Catherine Renaud

Ecrire autrement

L’écriture est peut-être  déjà en cours. Mais il doit être permis d’émettre un voeu : le suspens avec cadavres lors de la première saison de “L’heure du secret” était assurément réussi. Mais les cadavres ne sont pas indispensables pour une bonne histoire à suspens. On peut se contenter d’un petit nombre, comme dans une autre série danoise, “The killing”. Il y a assez de possiblités pour éviter des morts qui éloignérent la première saison de la réalité plausible d’une petite cite jurassienne horlogère : conflits financiers, contrefaçons, espionnage économique. Les casses en regions horlogères se font de plus en plus nombreux, mais mieux vaut voler de l’or que des montres de luxe plus difficiles à écouler. Politiquement, les affontements peuvent être mis en évidence autour de la notion de swissmade, qui n’a pas le même sens si l’on exige 50 %  de composants fabriqués et de montage en Suisse ou si l’on grimpe à 80 %. On peut aussi passer de l’artisanat qui était raconté durant la première saison au comportement de grands groupes industriels introduits sur les marches internationaux. Des problèmes sociaux se posent avec la présence dans l’horlogerie de nombreux frontaliers qui permettent de s’intéresser aux relations entre deux pays dans de nombreux domaines, santé, chômage, salaires versés en euros et ainsi de suite. Il serait même possible d’inventer un gouvernement qui aurait à négocier différentes questions tout en étant dans un assez bel état de faiblesse, l’un de ses membres l’ayant quitté pour un poste national prestigieux, un autre oblige de démissionner, une troisième renonçant à solliciter un nouveau mandat, un quatrième démissionnant de son propre parti pour se retrouver solitaire après une nuit agitée dans un bar.

La monde réel est suffisamment riche pour écrire une histoire passionnante sans avoir besoin de multiplier les cadavres. Assez de flics à la recherche des coupables de meurtre, pas assez d’inspecteurs qui traquent les contrefaçons, de douaniers qui tombent sur des actes de contrebande.

Agnés Soral

Agnés Soral

Etre plus proche de la réalité plausible

Les séries danoises qui comme “Borgen”, “Killing”, “Protection rapprochée”, même avec policiers et parfois quelques cadavres l’ont bien montré : en s’approchant d’une réalité plausible, on peut construire des séries passionnantes sans multiplier les cadavres et mettre la police constamment plein centre. On peut faire autre chose que les sempiternelS “Experts”, “Esprits criminels” ou encore “Mentalistes” sans devenir ennuyeux.L’exemple en Suisse romande de “Dix” mérite d’être rappelé.  “L’heure du secret” y gagnerait à éviter les cadavres. Le personnage de la policière rouquine était riche de promesses sans insister sur le déplacement de Neuchâtel à Locle.

Un pas en avant peut-être important serait accompli si le commanditaire fixait aux auteurs de la série un cahier des charges sans surcharge cadavérique !!

Tout sur tout tout de suite partout

A propos de l’illustration : le choix a été fait de huit séries parmi celles citées dans ce texte. Elles sont classées de la meilleure à encore assez intéressante. Histoire de donner aussi une appréciation personnelle, afin que l’on sache ce que l’on entend par haut de gamme…Retour scolaire sur un maximum de 6 : excellent, c’est entre 5,5 et 6, fort bon entre 5 et 5,5, assez bien entre 4,5 et 5 et encore intéressant entre 4 et 4,5. On atteint donc au moins le suffisant !!

Excellent : « Homeland »

Excellent : « Homeland »

Chacun de son côté sur son écran personnel…

 Le « tout sur tout tout de suite » qui séduit l’audiovisuel,  la télévision en particulier, est en train de s’enrichir d’un « partout » avec le multiplication de l’offre sur différents canaux. Dans une intéressante  contribution parue dans « Le Matin-Dimanche » ( 30 septembre 2012), le directeur de la RTS, Gilles Marchand, admet que « l’hyperactivité ne provoque pas nécessairement l’hypercuriosité ».  (..)Nous avons connu les délices de la liberté en décalant à l’infini les consultations : « Quand je veux, où je veux ! ». Et voilà que nous nous retrouvons tous ensemble, en même temps, mais chacun de son côté, sur son écran personnel », pour suivre un « TJ » ou des jeux olympiques ! Progrès réjouissants ou inquiétante uniformisation ?

Ceci conduit à un manque de diversité dans la « consommation » des offres sur ce que de Gaulle nommait il y a cinquante ans l’étrange lucarne désormais multiples sur téléviseur, écran d’ordinateur, portable de lecture ou téléphone.

Excellent : « Borgen »

Excellent : « Borgen »

Tous ensemble pour la «même » émission

Voici un exemple  d’uniformisation inquiétante, à la RTS.

En milieu de premier rideau, aux alentours de 21h00, qu’offre RTS1 ?

Dimanche, deux « Experts » ; mercredi, deux « Desesperate Housewives » ; jeudi, deux « NCIS, enquêtes spéciales » ;  vendredi, «  Le mentaliste » deux fois et parfois le samedi non pas deux mais trois « Castle ». Onze fois cinquante minutes, onze fois une origine américaine,  neuf fois du polar avec meurtres et enquêtes, un cadavre enterré-déterré alourdissant « Desperate housewives »  en huitième saison sombrant dans le vaudeville .

Fort bon : « Ainsi soient-ils »

Fort bon : « Ainsi soient-ils »

Hécatombe à Wisteria Lane !

Et encore, à en croire « Télétop Matin ( no 42- du 14 au 20 octobre), il s’agit d’une « série tueuse ». En huit saisons, soit 180 épisodes de 42 minutes chacun : «  On assiste à sept naissances, tandis que soixante personnages plus ou moins importants ( dont un opossum, un hamster et un rat ) sont passés de vie à trépas. Les femmes meurent plus que les hommes ( trente-deux contre vingt-cinq ) et l’on comptabilise vingt-six morts provoquées, dix-huit accidents et treize morts naturelles ». Merci à Saskia Galitch pour ces savoureuses informations. Je n’aurai pas su les apporter, car j’ai pris de grandes distances avec cette  série depuis assez longtemps. Tout de même, au compte de morts, voilà qui dépasse « Dexter » !!

Fort bon : « *Dexter »

Fort bon : « *Dexter »

Mais mieux encore, donc pire…

Durant cette même semaine type sont proposées encore d’autres séries : dimanche, « Homeland » de 22h40 à 00h25, vendredi, « Borgen » en deuxième saison de 22h50 à 00h50. Enfin de second rideau, ce sont là les  deux meilleures séries proposées actuellement par la RTS. Durant les quatre semaines précédentes, il y avait un sucre en plus, « Ainsi soient-ils » offerts en même temps que « Homeland ». Gageons que l’on pourrait bien trouver à la RTS quelqu’un qui aime assez l’audimate pour affirmer que la qualité de ces deux séries est inférieure aux « Experts », « NCIS « , « Castle » et autres « Mentaliste ».

Assez bien : « Weeds »

Assez bien : « Weeds »

Les séries de minuit

Et ce n’est pas tout, car on occupe aussi le troisième rideau, parfois au-delà de 24 heures avec des séries  à tout le moins parfois intéressantes :

Lundi, « Weeds » de 00h25 à 00h55, mercredi « Lie to me » de 23h45 à 01h15. Jeudi « Californication » de 00h20 à 00h50, ou encore sur RTS 2 , « Vampire diaries » de 23h25 à 00h50, vendredi « Gold case » de 00h00 à 01h30, samedi l’efficace et rude « Sons of anarchy » de 23h35 à 00h50. Là. Il y a du bon et du moins bon qu’il n’est pas nécessaire de défendre !!

Bon nombre de chaînes publiques généralistes se plaignent discrètement que leur public fidèle soit d’un plus grand âge que la population dans son ensemble. Elles veulent offrir du miel pour attirer les jeunes. Mais ceux-ci sont-ils des noctambules insomniaques ?

Assez bien : « Californication »

Assez bien : « Californication »

Et pourquoi par duos ?

A l’origine de toute série, il y a un choix précis : offrir chaque jour ou chaque semaine UN épisode, afin de provoquer une fidélisation du public. Ainsi font en général les américains qui sont en avance sur tous les autres dans le domaine des séries haut-de-gamme. La RTS, sauf quand il s’agit de ses propres séries ou de quelques autres d’après-minuit, juge bon de les grouper deux par deux et parfois trois par trois. E ce sens, elle ne fait qu’imiter ce qui se passe en France voisine où tout le monde s’est une fois pour toutes alignéssur les chaînes commerciales, donc sur TF1 suivi par M6. On subit donc en Suisse romande l’esprit d’une programmation imposée par la télévision commerciale, notre télévision généraliste de service public y perdant son autonomie avec l’importation d’une telle programmation.

Encore intéressant : « Lie to me »

Encore intéressant : « Lie to me »

Nombre de places limitées en premier rideau

Il n’y a que quatorze heures chaque semaine entre 21h00 et 23h00. Mais il y aurait place pour dix séries si on abandonnait la présentation en duo. Il y a donc une solution au moins pour revaloriser la programmation assez lamentable des meilleures séries par la RTS,  surtout  les plus pointues, les plus riches, celles qui son capables de rivaliser avec le bon cinéma d’auteur.

La RTS donne excellente place à son information quotidienne ( les différentes versions des TJ), à ses émissions propres ( ses magazines de premier rideau ),  à la création dans la documentation issue de la seule télévision ou du cinéma. Aux sports bien entendu, le direct ayant souvent toute priorité

La programmation  des séries les meilleures est tout simplement lamentable. Faut que çà change et que la RTS trouve un passionné de séries pour en prendre la défense dans l’ambiance conformiste et molle qui règne dans ce secteur de programmation.

Encore intéressant : « Sons of anarchy »

Encore intéressant : « Sons of anarchy »

Et un PS pour « Dexter »

Pour de bien mauvaises raisons  de morale mal placée qui se perdent presque dans la nuit des temps et ont pris valeur définitive, la RTS seule au monde en tous cas francophone pour suivre l’avis d’un seul ancien responsable des programmes refuse de présenter une série certes éprouvante mais assez largement considérée comme d’excellente qualité. Il s’agit de « Dexter » ! Le moralisme soit encore en odeur de sainteté, quand dans le « Télétop » déjà cité, on peut liree : Qu’un médecin légiste (se) métamorphose en criminel la nuit ne corresponc pas aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre. C’est énorme : dommage que Christophe Pinol ne mentionne pas l’auteur de cette leçon de morale. Il serait facile de transposer ce texte aux dames des « Desperate housewives » et leurs dizaines de cadavres,  au Jack Bauer de « 24 heures chrono », aux suceurs de sang de « True blood » et ainsi suite.

Force est dès lors de recommander à ceux qui savent ce que vaut cette série de se brancher ces prochaines semaines sur TF 1, le mercredi de 23h15 à 00h55, bien entendu en duos, à une heure tardive pour une fois compréhensible, avec équivalent au  « logo rouge »

Et un second PS à propos d’ “Emmanuelle” !

350 millions de spectateurs dans le monde ont vu “Emmanuelle”, avec Sylvie Kristel, un porno doux et élégant du milieu des années septante, d’après un texte de je ne sais plus quel romancier, dans une mise en scène de je ne sais plus quel réalisateur. Le “19h30” du 18 octobre 2012 a voulu rendre un bref hommage à l’actrice qui vient de disparaître.

Quelle curieuse idée pourtant de faire appel à un témoin de 1975, très remonté contre le film qui fut en son temps un temps paraît-il interdit dans les cantons de Vaud et Genève ( on ne dit rien alors du Valais ) considéré comme répugnant. On apprit alors que l’on ne devrait jamais voir “Emmanuelle” passer sur le petit écran romand car “ un tel film ne correspond pas aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre”.

Depuis lors, sur le petit écran et les autres supports, on en a vu d’autres qui font d“Emmanuelle” une bluette esthétisante. Et puis, mieux vaut suggérer ou voir de temps en temps des gens qui font l’amour plutôt que d’assister à des meurtres sanguinolents comme dans nombre de séries pourtant actuellement présentées en premier rideau.

Heureusement, des moralisateurs, hier, veillèrent à la bonne santé  des téléspectateurs en leur évitant des choses comme “Emmanuelle”.

PS 1 : les lignes ci-dessus ont été rédigées au soir du 18 vers 20h15. Depuis lors, une lecture de la presse matinale remet en mémoire le nom de la romancière, Emmanuelle Arsan et celui du réalisateur, Just Jaeckin.

PS 2 : “Emmanuelle” a-t-il connu déjà un passage sur notre petit écran ? Aucun souvenir !  On pourrait le reprendre en lieu et place de “Dexter”

« Homeland » : confirmation d’une réussite

Que la puissante RTS1, avec « Homeland », fasse concurrence à la modeste RTS2, avec « Ainsi soient-ils » durant environ une heure pleine mais trop tardive le dimanche soir tient du ridicule. Mais le ridicule ne tue pas.. les programmateurs. Deux séries de haut niveau s’affrontent sur des rythmes opposés avec deux importants sujets de société, la paranoïa américaine d’après septembre 2001d’une part, l’actuelle crise des vocations dans l’église catholique de l’autre.

Carrie Mathison (  Claire Danes), apparemment fragile (Photos RTS/FOX)

Carrie Mathison ( Claire Danes), apparemment fragile (Photos RTS/FOX)

D’une série israélienne à une américaine

L’auteur de la série israélienne, Gédéon Raff, collabore pour l’adaptation américaine avec ceux qui déjà signèrent « 24 heures chrono », Howard Gordon et Alex Gamba. Personne, en Europe, ne semble avoir été attiré par la série originale. Elle a fait »tilt » chez les américains de « Showtime ». L’attention aux séries  est grande aux USA prompts à adapter le meilleur des autres, comme par exemple « Killing »

Nicholas Brody (Damian Lewis), prisonnier en Irak

Nicholas Brody (Damian Lewis), prisonnier en Irak

D’Irak aux USA

Le spectacle conduit d’emblée d’Irak aux USA en s’installant dans différents milieux, dans la famille de  Nicholas Brody, « héros » de retour après huit ans de captivité.  Carrie Mathison voit en lui un terroriste retourné par Al Qaida. Le rythme rappelle, en mieux, celui de « 24 heures »

De Jack Bauer à Carrie Mathison

Jack Bauer était le vengeur solitaire qui punissait tous les ennemis de l’Amérique, islamistes y compris, en ayant toujours raison, sans la moindre hésitation sur les moyens même illégaux. Les personnages de « Homeland », dans leurs contradictions, sont beaucoup plus complexes autant par ce qu’ils montrent que ce qu’ils dissimulent. Le doute généralisé a remplacé les certitudes. Carrie Mathison souffre d’une maladie qui devrait  même lui valoir d’être repoussée de la CIA. Brody est-il ce terroriste qu’elle se donne mission de traquer? Les acteurs, par leurs gestes, leurs mouvements, leurs mots portent autant le spectacle que les événements.

Samuel Berenson (Mandy Patinkin), le supérieur hiérarchique proche de Carie

Samuel Berenson (Mandy Patinkin), le supérieur hiérarchique proche de Carie

De l’action à la psychologie

Amorçons une autre différence entre « 24 heures » et « Homeland ». Dans la première, tout pour l’action, presque rien pour la psychologie des comportements. Dans la deuxième, renversement complet : priorité est donnée aux informations par le dialogue et la mise en scène qui permettent de comprendre petit à petit le comportement des personnages et avec eux des institutions.

David Estes (David Harewood), un grand patron de la CIA

David Estes (David Harewood), un grand patron de la CIA

Du comportement de Carrie à sa maladie

Pourquoi diable Carrie se sent-elle investie d’une mission si importante, démontrer que Brody est un dangereux terroriste prêt à attenter à la sécurité des USA ? EN 2001, elle fut de celles qui auraient pu éviter les actions du 11 septembre mais qui en ayant passé à côté ! On ne sait du reste pas comment, du moins dans les premiers épisodes. Et on ne revient pas sur ce lointain comportement signalé par une seule phrase dans une courte séquence. A se demander si la maladie dont souffre Carrie, qui s’apparente à la schizophrénie, n’est pas en cause. Là aussi, au cours des deux premiers épisodes, il est question de la médication qu’elle emploie en « piquant » des pilules à son père qui souffre de la même maladie qu’elle. Mais sa maladie ne doit par être connue de la CIA dont elle dépend. On ne revient pas si cette question médicale, du moins dans les épisodes 3 et 4.

« 24 heures » n’était qu’action vengeresse après septembre 2011 alors que « Homeland » est recherche pour comprendre ses conséquences.

« Ainsi soient-ils » : promesses tenues

En guise d’introduction : Ainsi soient-ils à l’audimate ?

21.900 personnes le 16 septembre pour les deux premiers numéros d’ « Ainsi soient-ils », avec une part de marché de 4.6 % sur RTS 2 dès 22h00 : « Embêtant », écrit le « Guide TV cinéma » qui trouve l’heure de passage regrettable.

21.900, cela signifie-t-il que cet ensemble a vu les deux épisodes en entier ou seulement une partie ? En  principe, il doit s’agir d’une information issue de la fréquentation sur téléviseur. Encore qu’avec l’importance accordée aux autres supports,  l’ordinateur, le portable, peut-être sait-on maintenant mesurer leur impact et l’additionner à celui du l’étrange lucarne!

22 mille personnes, pendant 90 minutes un même soir, est-ce beaucoup ? Sur grand écran, pour  atteindre une pareille audience, il faut plusieurs jours et il ne doit pas y avoir plus un film sur cinq qui dépasse les vingt mille en Suisse romande. Cette comparaison petit et grand écrans permet de dire : pas mal !

Mais le petit écran en général dépasse largement le grand. 22 mille, admettons que cela ne soit pas un bien important. Cette série d’esprit catholique de gauche, ni un polar, ni un médical, passe sur TSR 2 alors que les séries sont en général offertes sur TSR 1. De plus, en face d’elle, dès 22h40, il y avait sur RTS 1 le  16 septembre les derniers épisodes des « Tudors ». Les 23 et 30 septembre, ainsi que le 7 octobre, la concurrence est plus forte encore, avec le très attendu « Homeland ». Il ne reste plus qu’à féliciter le ou les responsables d’une telle programmation, qui ressemble à un attentat contre la qualité d’ « Ainsi soient-ils » destiné à lui offrir l’audience la plus médiocre possible. Embêtant ? Plus que cela : regrettable. Mieux : le choix d’un vocable plus « colérique » est laissé à l’imagination du lecteur….( Fyly – 23.09.2012 à 17:00)

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Le sériophile qui fréquente le haut de gamme attendu est fort mal traité par les programmateurs de la RTS : les dimanches 23 et 30 septembre, ainsi que le 7 octobre 2012, entre 22h40 et 23h50, il est possible de suivre sur RTS1 « Homeland » et sur  RTS 2 « Ainsi soient-ils ».  Passer d’une chaîne à l’autre pour deviner ce que sont deux excellentes séries est un non-sens! Solution personnelle choisie devant une provocation programmatique : donner la priorité à « Homeland » et m’en aller ensuite sur internet pour « Ainsi soient-ils » durant quelques jours seulement ou, mieux, attendre sa projection sur ARTE à partir du 11 octobre 2012 !

Souci et respect de l’esthétique

Michel Duchaussoy : Monseigneur Roman (Photos Arte)

Michel Duchaussoy : Monseigneur Roman (Photos Arte)

Plus l’écran est grand et meilleure est transmise au téléspectateur sensible la beauté  d’une forme audiovisuelle rigoureusement soignée. Images et sons d’« Ainsi soient-ils » sont traités avec une haute exigence, qu’il s’agisse des cadres, de la lumière, des chants, de la musique. Le spectacle des rituels catholiques séduit aussi par la beauté de ses couleurs.

L’esthétique est une préoccupation de créatifs. Elle n’occupe  guère les programmateurs  : à chacun son métier ! Il y a sur l’écran souvent petit d’un ordinateur tout de même quelques beaux restes.

Jean-Luc Bideau : le Père Fromenter

Jean-Luc Bideau : le Père Fromenter

Deux grands acteurs

Les qualités de la série sont nombreuses. Arrêtons-nous à un aspect pas assez souvent souligné, l’interprétation. Le père Fromenger, Supérieur du séminaire des capucins, ancien prêtre ouvrier, appartient à la mouvance du catholicisme social de gauche. Monseigneur Roman, Président de la conférence des évêques de France, représente un catholicisme traditionnel respectueux de l’autorité pontificale. A Rome, il intrigue contre Fromenger et à Paris, ce dernier doit se plier devant son supérieur. Les deux hommes de Dieu se détestent cordialement, mais ils y mettent les formes d’une riche élégance verbale, mais agressive en demi-mots. Admirables, Jean-Luc Bideau et Michel Duchaussoy, dans la finesse  d’un geste retenu, la simplicité d’un regard, la discrétion d’une suggestion, la subtilité d’une intonation. L’affrontement de ces deux grands acteurs est un régal. Bideau, assez inattendu dans un tel rôle, est tout simplement formidable.

Thierry Jiomenez : le père Bosco

Thierry Jiomenez : le père Bosco

Très bonne prestation aussi de Thierry Gimenez, en père Bosco qui a grande confiance en son mentor, Fromenger. Mais il ne va plus très bien savoir quel comportement adopter devant les imperfections de celui qu’il admire.

L’église entre tradition et modernisme

A travers ces trois personnages, voici une composante importante de la série, la vie de l’église catholique entre tradition et modernisme, orthodoxie et engagement social, alors même que la crise des vocations  est grande, et les doutes des futurs prêtres plus forts que leurs certitudes.

Cinq milieux différents

Chacun, avec son cursus personnel, permet de côtoyer des milieux très différents, Emmanuel ( David Baïot), l’archéologue qui fuit se démons, Yann ( Julien Bouanich), l’idéaliste qui va connaître des désillusions, Guillaume ( Clément Manuel), chef de famille par substitution, José l’écorché vif qui sort de prison ( Samuel Jouy),et Raphaël ( Clément Roussier), en conflit avec sa riche famille et le pouvoir de l’argent.

De gauche à droite : Emmanuel, Yann, Guillaume , José, Raphaël

De gauche à droite : Emmanuel, Yann, Guillaume , José, Raphaël

Et le temps dont dispose tout créateur de série permet de s’intéresser avec soin et précision aux différents milieux dont sont issus les cinq séminaristes sur leur chemin difficile vers la prêtrise. C’est évidemment là une des forces des séries haut de gamme que de pouvoir faire vivre sur l’écran à travers plusieurs personnages des événements dans une ampleur proche de la saga. Huit fois cinquante minutes, c’est l’équivalent indéniable d’un roman de cinq cents pages….

Vers un grand succès pour « Homeland » ?

Une nouvelle série américaine, « Homeland », adaptation d’un « Hatufim » israélien de Gidéon Raff, que l’on retrouve  à l’écriture avec les scénaristes de « 24 heures chrono », Howard Gordon et Alex Gansa, prend son élan tardif sur RTS1 le 23 septembre. Sera-t-elle le « grand succès » attendu ou espéré ? A en croire la presse qui prend au sérieux la télévision de création, dans le domaine des séries de fiction, la réponse est oui. Le service de presse de la RTS vient de publier un communiqué élogieux pour la série. Et le petit écran est peut-être en train de s’emparer de la notion qu’Hollywood nomme « Blockbuster » ?

Il se trouve souvent un collaborateur d’une chaîne à péage américaine, quelqu’un pour réagir devant une série originale comme “Hatufim”. Rapidement se prépare à une adaptation pour le marché des USA, en collaboration  parfois avec le scénariste de l’original. Par contre, personne dans les pays francophones,  n’a songé à acheter la série israélienne originale; surtout pas la RTS !

A son retour d’Irak où il fut retenu prisonnier pendant huit ans, le sergent Brody (Damien Lewis) est accueilli en héros (Photo RTS/Fox)

A son retour d’Irak où il fut retenu prisonnier pendant huit ans, le sergent Brody (Damien Lewis) est accueilli en héros (Photo RTS/Fox)

Parmi les raisons de croire à la force d’”homeland”, celle-ci : le  véritable auteur d’une série est presque toujoursle groupe qui se charge de l’écriture, placé sous la direction d’un animateur ( le « showrunner »). Que les scénaristes à succès de « 24 heures chrono », une des plus efficaces séries jamais réalisées, signent « Homeland » est une promesse de réussite formelle, comme la bande de lancement vue sur un site  le laisse croire. Mais pour l’esprit, ce sera autre chose, fort éloigné de celui de l’efficace justicier solitaire, brutal et patriote qu’était Jack  Bauer.“Homeland”est donc une série américaine produite par la chaîne à péage “Showtime”, douze fois cinquante minutes, déjà saluée comme un regard nouveau et important sur l’après “9/11”, signée des auteurs de “24 heures chrono” qui semblent bien en prendre le contre-pied idéologique.

Carrie Mathison (Claire Davies), agente de la CIA, se méfie du « héros ».

Carrie Mathison (Claire Davies), agente de la CIA, se méfie du « héros ».

“Ainsi soient-ils” !

“Ainsi soient-ils” est une série initiée par Arte qui suit la vocation de cinq jeunes hommes qui se destinent à la prêtrise sous le ordres du père Fromenger ( Jean-Luc Bideau), en huit épisodes de cinquante minutes. Une deuxième saison a déjà été commandée, sans attendre de savoir si la première sera bien accueillie. “Homeland” et “Ainsi soient-ils” ont le mérite de ne pas appartenir aux genres qui connaîssent un peu partout les plus grands succès en premier rideau, le “polar” ou au “médical”.

Jean-Luc Bideau, le Père Fromenger, directeur du séminaire ( Photo Arte)

Jean-Luc Bideau, le Père Fromenger, directeur du séminaire ( Photo Arte)

Fidélités romandes

Fidèle à un principe inavoué, la RTS propose ses meilleures séries à des heures tardives. Enfin, “meilleures”, ce sont quelques observateurs qui l’écrivent, le répètent, ne sont plus seuls à le dire, mais qui n’ont pas les compétences des programmateurs et programmatrices de la télévision!

La RTS, surtout après la surdose tournant à l’overdose sportive redevenue  surdose, est fière de proclamer que le téléspectateur romand donne large préférence aux programmes romands quand il a  le choix, fidèle à l’écoute de nos commentateurs qui passent une partie du temps d’antenne à faire la promotion pour la prochaine émission sportive.

Tous les moyens sont bons pour rendre fidèle le spectateur romand. Par exemple, celui-ci qui fonctionne dans le domaine des séries : les présenter sur le RTS avant toute apparition sur une chaîne française, y compris ARTE en sa déclinaison francophone.

Le père Fromenger, son collègue,  le père Bosco ( Thierry Jimanez)et les cinq séminaristes de « Ainsi soient-ils ». Mais qui est la dame ? (photo Arte)

Le père Fromenger, son collègue, le père Bosco ( Thierry Jimanez)et les cinq séminaristes de « Ainsi soient-ils ». Mais qui est la dame ? (photo Arte)

Priorité maintenue

Un grand bravo, sincèrement sincère, à nos programmateurs en chef et à leurs adjointes. “Ainsi soient-ils” est programmé les dimanches 16, 23 et  30 septembre, ainsi que 7 octobre, dès 21h50 par duos alors qu’Arte démarre quatre jeudis de suite dès le 11 octobre, deux par deux aussi, mais, ce n’est par un moindre détail, à 20h50.

Pas de concurrence avec “Canal+”

“Homeland” passe actuellement sur la chaîne cryptée “Canal +”, par salves de trois ou deux épisodes, chaque semaine quatre fois, les jeudis dès 20h55 depuis le 13 septembre, les vendredis dès 08h25, les lundis en nocturne à 00h25 et les  mardis dès 14h00. Heureux abonnés qui retrouvent une liberté précieuse, celle de choisir l’heure de son programme de diffusion sur le petit écran qui est tout de même plus grand en général que celui de l’ordinateur ou du portable. L’étrange lucarne reste supérieure aux autres écrans pour qui est sensible à la beauté des images ! Une chaîne commerciale privée n’est pas une concurrente “dangereuse” pour une généraliste de service public. “Homeland” apparaît par duos sur le RTS  dès le 23 septembre un  peu avant 23heures pour se terminer vers minuit et demi.

RTS1 contre RTS2 : hallucinant !!!

Ceci dit, adressons à “NOTRE” télévision des félicitations sincères, charnues, émues : en effet, dès le dimanche 23 septembre, à en croire les avant-programmes de couleur verte, ” Homeland” démarre sur RTS1 à 22h40 pour se terminer vers 00h30. “Ainsi soient-ils” sera à l’antenne sur RTS2 de 22h00 à presque 24 heures. Donc pendant une heure au moins, autour de  23h00, le téléspectateur romand ne peut suivre qu’une des séries. Hallucinant, ce manque de respect et pour les oeuvres et pour le téléspectateur!

« The spiral » : série européenne expérimentale d’esprit scandinave

« The Spiral » est une série télévisée qui part d’une idée irréalisable ou presque : le vol simultané dans six pays de six portraits, belle occasion de faire admirer des toiles de peintres  plus ou moins connus, qui illustrent notre texte. Un jeu interactif souligne l’intérêt de cette série construite sur des événements de pure imagination. Mais l’occasion est belle pour les auteurs de s’interroger sur les liens entre l’art et l’argent du mécénat allégeant la fiscalité.Une écriture brillante rend plausible des hypothèses irréalistes. Le survol de cette série européenne d’esprit scandinave se termine par une approche du financement de cette entreprise qui évite brillamment d’être un  « pudding » européen.

Autoportrait d’Edward Münch – Musée National d’Oslo

Autoportrait d’Edward Münch – Musée National d’Oslo


Une expérience créative

Les chaînes généralistes s’adonnent volontiers à un formatage qui fait que bon nombre d’émissions, d’un jour à l’autre, d’une semaine à l’autre, se ressemblent formellement, n’apportant ainsi de différences que par le contenu. Ainsi se doit-on d’être attentif à toute forme nouvelle. Voici une série d’ARTE, cinq lundis de suite du 3 septembre à 1er octobre, un peu tardive ( vers 23h00), « The spiral », séduisante. La série est diffusée simultanément  dans six pays alors qu’ARTE la propose en France et en Allemagne. Toute expérience, surtout si elle est réussie, peut contribuer à faire progresser l’audiovisuel, même si cela d’abord ne touche qu’un petit nombre. Un acte de créativité finit souvent par en entraîner d’autres.

Autoportrait de Rubens – Maison Rubens à Anvers

Autoportrait de Rubens – Maison Rubens à Anvers

Purement imaginaire !

Six tableaux de grands peintres ont été volés au même moment dans des musées de six pays,  Belgique,  Pays-Bas,  Danemark, Norvège, Suède et  Finlande. Il n’est par facile de voler une toile de valeur dans un musée en général assez bien surveillé. Alors, imaginer un vol réussi d’un portait à la même heure dans six pays  par les membres d’une équipe dirigée par une sorte de Robin des Bois tient de l’imagination délicieusement délirante.

Victor Detta, alias Arturo, qui provoque le milieu artistique depuis des années, avec un groupe de jeunes artistes, arrose un vernissage mondain de faux billets parfaitement imités. Ils tombent par milliers comme neige drue sur les invités à un vernissage mondain alors qu’un mécène offre à ce musée une girafe dorée géante.  Autre exemple de l’imagination en liberté.

C’est ainsi qu’Arturo signe ses « crimes »

C’est ainsi qu’Arturo signe ses « crimes »

Un divertissement interactif

Victor Detta alias Arturo, l’organisateur du vol coordonné non pour s’enrichir par un chantage à la restitution des toiles, veut ainsi dénoncer les dérives commerciales d’un certain monde artistique. Une grande manifestation doit avoir lieu à Bruxelles le 28 septembre 2012  lors de la restitution des six.

Et c’est ainsi que l’on glisse dans une forme inattendue de réalité. Au cours du premier épisode, Arturo décrit à son équipe son projet et lui annonce qu’un jeu va se dérouler en parallèle sur un site qui existe : www.thespiral.eu. Les producteurs d’une opération médiatique qui n’est donc plus seulement une série télévisée estiment que sur cent spectateurs une dizaine peut-être visiteront le site et qu’un seul parmi eux se mettra à jouer. On trouve sur le site les reportages et conseils d’un documentariste belge, Jean-Baptiste  Dumont qui joue dans la série un rôle de … documentariste.

Je ne serai pas cette exception,  n’ayant jamais joué à un quelconque jeu sur le web, mais j’ai tout de même passé un peu de temps, amusé et curieux, sur le site.

Buste de femme – Pablo Picasso, Musée d’Eindhoven

Buste de femme – Pablo Picasso, Musée d’Eindhoven

Plus  qu’un simple divertissement

Un jeu interactif dépasse le divertissement pour aborder  une réflexion sur les relations entre l’art et l’argent, à travers le rôle de certains mécènes par exemple. Au moment même  un mécène offre à un musée danois une sculpture fort couteuse, la girafe dorée sous riche lustre, il vient de congédier sept mille membres du personnel d’une de ses entreprises. Et Arturo de s’interroger sur le mécénat qui donne aussi des avantages fiscaux exorbitants.

Le spectateur sait que Victor Netta et Arturo ne font qu’un, comme les six membres de l’équipe du Waterhouse et de proches amis. Les policiers du groupe EUROPOL et la majorité des invités du vernissage ignorent l’identité réelle d’Arturo, ce qui conduit à une forme assez inhabituelle de suspens. Il ne s’agit pas de découvrir le « coupable », mais bien d’appréhender la manière dont il se comporte. On ne joue pas sur le « qui » mais sur le « comment » et le « pourquoi».  C’est ainsi  que chacun des vols, dans le premier épisode, peut se réduire à quelques plans.

Carl Olaf Larsson – Musé national des Beaux-Arts à Stockholm

Carl Olaf Larsson – Musé national des Beaux-Arts à Stockholm

Une brillante réussite d’écriture

 « The spiral » s’inscrit donc assez clairement dans la brillante ligne des séries qui viennent de Scandinavie, de Suède comme « Millénium » ou du Danemark, comme « Killing » ou même « Borgen ».. A partir d’histoires absolument pas vraisemblables, l’écriture se fait habile qui va, par de multiples astuces, rendre cette histoire plausible. Un vol simultané ouvre dont une réflexion sur l’art, l’argent, le mécénat et sa culture, dont on va probablement trouver d’autres indices dans les épisodes deux à cinq.

Un exemple permet aussi d’observer le mécanisme de cette écriture conduisant vers la plausibilité. Comment diable une équipe peut-elle arriver à fabriquer des milliers de faux billets déversés sur les têtes des invités nombreux  d’un vernissage ? Rose Dubois, le cheffe de la brigade d’Europol en matière d’art, comprend qu’il faut pour une telle réussite technique disposer d’une machine de haute performance. Or les imprimantes à billets, dans certains des pays où l’Euro a remplacé la monnaie nationale, ont été vouées à la démolition. En principe : on retrouvera la trace d’une machine qui a échappé à cette démolition et  permis l’impression de ces faux billets : très belle idée !

Il se pourrait que cette notion de plausibilité introduite au milieu de la plus totale imagination soit l’une des clefs qui permettent de comprendre la force persuasive des séries scandinaves actuelles, lesquelles doivent du reste beaucoup aux talents d’écriture issues des équipes à la base des meilleurs séries américaines quand elles reposent sur l’invraisemblable, celui de « 24 heures chrono » , « Prison Break » ou encore « Lost » et peut-être bien du prochain « Homeland » qui démarre sur la RTS le 23 septembre 2012, à – devinez ? – forcément 22h40 pour se terminer après deux numéros vers 00h30.

Portrait du sculpteur Bartel Thorvasen par Christoffer Wilhelm Eckersberg - Musée Thorwaldsen de Copenhague

Portrait du sculpteur Bartel Thorvasen par Christoffer Wilhelm Eckersberg – Musée Thorwaldsen de Copenhague

L’aspect financier

Le budget global de toute l’opération se monte, selon une seule source trouvée pour le moment, à six millions d’euros, ce qui donne environ sept millions et demi des francs suisses. L’un des clefs efficaces autant qu’indispensables pour comprend un peu le financement  de la création audiovisuelle en télévision comme en cinéma est mesurer le coût par minute de produit fini. Les cinq épisodes de la série occuper environ de deux cent vingt minutes d’antenne. On en arrive à un peu  plus de trente mille francs par minute. En Suisse, « L ‘Heure du secret » à coûté, avec ses quatre millions pour environ trois cents minutes, un peu plus de treize mille francs la minute. Le coût d’une série américaine comme « Mad men » ou « Board Empire » est probablement plus élevé.

Mais dans le cas de « The spiral », trois pays sont annoncés comme co-producteurs de la série, la Belgique, le Danemark et la Suède. Ils sont donc trois à se partager un coût de production duquel il faut déduire les droits de passage à l’antenne aux Pays-Bas, en Norvège, en Finlande, en France et en Allemagne. Sur ARTE. La Suisse, par exemple à travers le RTS, n’est pas associée à cette opération. Pour le moment, la série n’a pas (pas encore ?) fait l’objet ‘dune négociation en vue d’achat. C’est peut-être regrettable….

Jeune fille de Californie par Hélène Schjerfbeck – Musée Didrichsen – Helsinki

Jeune fille de Californie par Hélène Schjerfbeck – Musée Didrichsen – Helsinki

Il se pourrait qu’une opération comme « The spiral » soit aussi une bonne opération commerciale pour les partenaires européens. Reste à savoir si les prochains épisodes vont tenir les promesses de forme et de fond du premier.

« Boardwalk empire » : record battu !

La caution du sérieux universitaire

Les milieux qui accordent une grande importance créatrice aux séries haut de gamme, secteur enrichissant de l’audiovisuel, cinéma et la télévision confondus,  sont de plus en plus larges. Les très (trop ?) sérieuses Presses Universitaires de France (PUF) viennent de créer une nouvelle collection qui aborde déjà trois sujets, « Les experts. La police des morts », « Desperate Housewiwes. Un plaisir coupable » ou «  The pratice. La justice à la barre ». Elles annoncent, entre autres, pour 2012 et 2013 des sujets sur « Six feet Under », « 24 heures chrono », « Mad men ». La caution universitaire est tout de même une garantie de bonne valeur culturelle.

Priorités romandes

Les meilleures des série américaines sont souvent issues de chaînes à péage comme HBO, aux puissants moyens financiers, qui n’ont pas de souci d’audimat hebdomadaire, ni même mensuel, plutôt annuel. Les chaînes généralistes en font abondante consommation. Les françaises ont les moyens de s’offrir des doublages assez coûteux, auxquels la RTS participe parfois parcimonieusement. La programmation romande est tributaire de ce qui se fait chez nos voisins. Mais par contrat, nous avons souvent droit à une vision en priorité. Il ne reste dès lors qu’un choix restreint pour la programmation, une fois ces conditions imposées par la concurrence remplies. Les séries doublées par ARTE, comme « Borgen », « Killing », « Protection rapprochée » ne sont pas reprises par la télévision romande.

A des heures tardives

Une photographie d’Atlanta-City dans les années 1920. On retrouve en décor reconstitué quai et bâtiment dans « Boardwalk empire »


Mais il y a pire encore : les séries de haut de gamme, comme « Roma », « Mad Man » ou l’actuel « Broadwalk empire », munies du logo rouge avertisseur de scènes choquantes, sont programmés en deuxième rideau, pas avant vingt-trois heures, ce qui n’est pas très favorable pour les audiences importantes.

Le personnage principal et toujours superbement élégant, Enoch Thompson, dit « Nucky » (Steve Buscemi dans « Boardwalk Empire – photo RTS)

Avec une politesse presque délicieuse, le conseil du public de la RTSR, sous la nouvelle présidence du neuchâtelois Matthieu Béguelin, demande de meilleures heures d’exposition pour ces excellentes séries. Et quelques rares chroniqueurs se permettent de formuler un tel désir qui repose sur un effort d’offre culturelle adressée à un public large. Souhaits inutiles qui reviennent à « péter dans un violon » selon une expression nauséabonde. La preuve : On en arrive même, un soir exceptionnel, à devoir attendre jusqu’à 23 :59  ( dimanche 27 mai 2012), le début de l’épisode hebdomadaire de « Broadwork empire ». Record battu ! Jolie réponse de la bergère aux gentils moutons amateurs de bons divertissements.

La compagne de Nucky, souvent malmenée, Margaret Schroeder (Kelly Macdonald- Photo RTS)

Mais quoi, en premier rideau, sur RTS ?

Le dimanche soir, priorité dès 21h00 aux « experts » à triple rafale, le jeudi, aux « Esprits criminels », pour citer deux exemples. Il vaut la peine de s’arrêter à ces «  Esprits criminels » une série policière américaine apparue en 2005 qui déroule sa septième saison, due à Jeff Davis.

Une division du FBI, installée en Virginie, poursuit des tueurs en série sur tout le territoire des USA. Les policiers en uniforme sont rapides à sortir leurs armes et interviennent en force en criant « Police, FBI « . Un bel avion au début et à la fin rappelle que les voyages forment la jeunesse. Le temps d’une enquête par numéro, et on recommence avec une autre. Seul élément de continuité : l’évolution du comportement de certains membres de l’équipe, plutôt entre eux que dans leur univers privé.

L’équipe en tenues bien visibles d’ »Esprits criminels » ( Photo RTS)

Les criminels en série ont  tout de même quelques spécialités. Ce sont des tueurs d’enfants, de prostituées, de militaires, de gérant de casino, d’adolescents, de rescapés d’un attentat qui émasculent, envoient bouler dans des escaliers, tirent des flèches de chasse, opèrent par pendaison et ainsi de suite. On y donne sans vergogne dans le sordide.

Au milieu de l’équipe en costumes de ville, une flamboyante rouquine qui ne se trouve jamais dans le terrain. Elle trouve tout ce qu’on lui demande sur son ordinateur ( Kirsten Vangness en Pénélope Garcia, le personnage le plus curieux de la bande – photo RTS)

Les quelques numéros suivis récemment font aussi apparaître une coquetterie dramatique dont j’ignore si elle se développe dans chaque épisode. Des séquences destinées aux spectateurs montrent comment les tueurs procèdent. Les policiers enquêteurs le comprennent largement après les spectateurs, ce qui est tout de même une curieuse manière de jouer sur le suspens.

Bref, la série n’est pas d’un très haut niveau. Elle contribue à confirmer la primauté, sur l’antenne de la RTS, de l’enquête policière même pas très intéressante placée en  premier rideau.

Programmation fantaisiste

Ces dernières semaines, les épisodes furent présentés en duo, mais avec un trio le 17 mai. Il y a eut d’abord deux épisodes successifs de la septième saison. Mais apparurent ensuite d’autres duos, un épisode de la septième saison suivi d’un épisode de la sixième ( le 31 mai, le 16ème de la saison 7 suivi du 9ème de la saison 6 – idem le 7 juin avec les numéros 17 de l’une et 10 de l’autre). Pour comprendre, il faudrait peut-être s’en aller voir comment TF1 programme cette série.

Supposons que la série soit consciencieusement écrite pour faire apparaître une évolution subtile dans le comportement des membres de la cellule. Le spectateur promené de la saison 7 en saison 6 pourrait bien n’y plus rien comprendre. A condition qu’il y ait quelque chose à comprendre…

Ces tueurs en série objets d’une enquête policière unitaire pas très intéressante  sont offerts au public romand non pas dans la continuité des épisodes mais dans le désordre.

Et c’est ainsi que l’excellente, rigoureuse, surprenante, richement informative et historiquement plausible série qu’est « Boardwalk empire » apparaît, elle, discrètement en fin de soirée. On ne manquera pas de nous dire qu’ « Esprits criminels »  fait d’excellentes parts de marché. Et ainsi tout est dit de la composante culturelle de certains programmes.

D’une jungle à l’autre

Avertissement  : «  D’une jungle à l’autre »,, c’est en six épisodes, un peu plus de trois heures d’émissions  sur un même sujet. A l’opposé de l’esprit « clip » ! Cela mérite bien huit mille signes.  A qui  cesse de lire après avoir parcouru »Vingt minutes », ceci : on peut lire indépendamment les unes des autres certaines parties ci-dessous associées à un sous-titre ! Les images sans légende  proviennent du service de presse de la RTS. (Fyly)

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 Les considérations qui suivent reposent sur un visonnement en solitaire devant un petit écran les DVD des trois premiers épisodes. Il est fort probable que les trois derniers ne viendront pas modifier le regard porté sur les premiers.

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« D’une jungle à l’autre » s’inscrit dans le mouvement actuel qui fait la part belle aux séries.  On admet de plus en plus largement que les séries de fiction où les USA brillent apportent une grande  contribution à la créativité audio-visuelle,  en retrouvant ce qui fait l’intérêt des  grandes sagas littéraires des meilleurs  romanciers.

A l’opposé de l’information en rafale !

La notion même de série sert de contre-poids à l’information contemporaine  qui fait la part belle à la multiplicité des sujets traités rapidement et brièvement,  ce  peu intéressant du «  tout – sur – tout – tout – de –suite – sur – tout – support ». La série échappe heureusement au rythme du clip qui caractérise ce type d’information. Elle permet  aussi d’entreprendre une approche de l’histoire récente ou ancienne à travers des faits et des événements, sans donner une trop grande place aux individus.

Une nouvelle réussite romande

Une série de documentation permet aussi d’aborder des problèmes à travers une ou plusieurs personnes. La télévision de suisse romande apporte dans ce domaine une contribution nouvelle après la réussite récente des « Romands d’ados » qui ont entrepris au moins une carrière francophone. « D’une jungle à l’autre » mériterait de connaître le même sort. On peut même se demander si le principe d’une version pour le cinéma n’aurait pas mérité réflexion.

La quantité est là. Reste à découvrir dans la masse les séries  celles qui méritent attention pour leurs qualités. Il s’agit donc de dépasser le tout- venant pour s’en tenir à ce qui est au moins un peu intéressant et, mieux encore, rencontrer le meilleur même avec nuances. « Romans d’ados » comme « D’une jungle à l’autre » dépassent l’intéressant pour frapper à la porte du haut de gamme.

Une expérience thérapeutique en psychiatrie

« D’une jungle à l’autre » décrit une expérience médicale qui consiste à plonger dans la solitude et la rudesse de la jungle amazonienne des patients qui souffrent de problèmes dépendant de la psychiatrie accompagnés de soignants et de guides.

Mais l’expérience passe par des personnes de la vie quotidienne. Comment Arthur, Cyril, Daniel, Maïlyn, Cyril et Cédric, les six patients, Monique, Serge, Alexandra et Nicolas, les soignants, Erwan et Roger, deux des guides vont- ils vivre cette expérience qui se déroule en Guinée pendant un mois environ ? Ces « inconnus » vont en quelque sorte devenir les « personnages » d’un roman thérapeutique. Et pour rendre ce récit intéressant, les règles de la fiction vont s’appliquer en partie. On peut bien filmer et filmer encore les événements, le montage intervient ensuite pour créer l’attention par les règles  de construction d’un spectacle qui ne trahit pas pour autant la réalité.

Des personnes qui deviennent personnages

On va donc d’abord faire connaissance des uns et des autres, à des degrés différents, prendre acte des conditions de l’expérience et du but  de l’opération thérapeutique.  Chacun est présenté  par son prénom, mais entre eux, le « vous » subsiste, alors que la fiction pure recourt assez rapidement au « tu ». Le premier épisode ( trente-cinq minutes environ), « Saut dans l’inconnu » permet de faire les présentations, de suivre les préparatifs du voyage conduisant en Guinée. Les deux suivants, « Confidences dans la jungle » ( RTS Un – vendredi 4 mai 2012 vers 20h15) et « Casser la crise » ( 11 mai) suivent une plongée dans la jungle sans autre présence humaine que celles des protagonistes de l’expédition, guides y compris.On ne verra que peu ou pas les porteurs et l’équipe de réalisation.  « Des voix dans la jungle » ( 4/6), suivie de « La vie des autres » puis « Les esprits sont de retour » vont permettre de confronter nos « héros »  avec d’autres habitants qui vivent aux confins ou dans la jungle amazonienne. Le titre indique bien que tout un chacun  retrouvera  une autre forme de jungle lors du retour à la vie « civile ».

Approche par touches discrètes

On pourrait raconter ce que sont certains des participants, reprendre des informations qu’ils apportent sur eux-mêmes, observer leurs gestes, écouter leurs mots, tenter de mesurer le dit et le non-dit. Au téléspectateur de choisir ce qui retient son attention en un lien qui peut s’établir avec sa sensibilité. Emouvant, par exemple, le témoignage de Maïlyn qui veut absolument parler à sa grand-mère, mais le décrire  finirait par frôler l’indécence.

Un autre choix est ici effectué, celui de retenir quelques-unes des idées énoncées par les uns ou les autres, proposées par les astuces de la construction. L’idée même de l’expérience a été provoquée par une infirmière qui vécut une expérience semblable alors qu’elle était une patiente. Une des malades rêvait de devenir infirmière. Un malade dit « bipolaire » parle de l’intensité de son  plaisir euphorique ressenti au cours d’une journée comme si c’était « un soleil de Van Gogh ».  Passer une nuit dans une sorte de cabane de dimension réduite n’est pas idéal pour la qualité du sommeil quand des ronflements fendent l’air, source de discussions et même de conflit.

Important conseil donné par le guide : ne pas bouger de l’endroit oû l’on se trouve si on se perd dans la jungle ! Autre conseil de comportement dans la solitude de la jungle parfois hostile : boire suffisamment avant d’avoir soif.  Chaque veillée permet de consacrer du temps au « débriefing », mais les patients doivent conserver la liberté de ne pas y assister, même sans être obligés de s’expliquer à ce propos. Comment réagir quand un patient a de son propre chef décidé d’augmenter sa dose de médicaments ? Etrange, cette prise de salive en pleine jungle, qui permettra ensuite à des chercheurs de formuler des remarques sur le stress.

Et puis, voici au hasard d’une remarque sur le comportement supposé de vieilles rombières parisiennes qui se trouveraient dans la jungle, un « Toi tu est payée pour faire cela » : une formule gratuite et polémique ou  une information sur le financement de l’opération, dont rien n’a été dit lors de la promotion de l’aventure et dans les trois premiers épisodes.

Une production externe

« D’une jungle à l’autre » est produit par une société qui ne dépend pas de la télévision, « Point prod. ». Il faut profiter de l’occasion pour souligner le rôle important que joue la télévision, pas seulement en suisse romande, mais en suisse et souvent dans d’autres pays, pour permettre la création audio-visuelle par d’autres personnes et groupes hors de son sérail. Notons qu’en Suisse la SSR est la plus importante source de financement de la création audiovisuelle en cinéma et télévision avec la Confédération ou des associations régionales.

L’écriture pour « Une jungle à l’autre » est attribuée à David Rihs et Raymond Vouillamoz. On trouvait parfois leurs deux noms associés dans des émissions de l’ancienne TSR. Le premier est devenu un des patrons de l’entreprise « Point prod ». Mais quand celle-ci se présente à la télévision avec un Raymond Vouillamoz comme réalisateur, elle n’a pas grand peine à garantir le professionnalisme de son collègue qui a passé par à peu près tous les échelons dans l’entreprise.

Dans sa jeune septantaine, Raymond Vouillamoz aura renoué avec ses activités qui précédèrent ses fonctions dirigeantes. Il est ici parfaitement à l’aise dans son travail créatif partant de la documentation pour s’appuyer sur certaines des exigences formelles de la fiction, surtout au moment du montage. Une des clefs de sa réussite doit être relevée : la simplicité discrète d’une réalisation qui prend en compte aussi la proximité des visages comme des gestes, les mouvements comme les mots. Le respect de ceux que l’on observe contribue à la réussite d’une création audiovisuelle

A lire à ce sujet :

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Vendredi 13 : la meilleure série à minuit

Curieuse expérience, au hasard d’une soirée. 20h15 : “Passe-moi les jumelles”, en reprise, un téléfilm de Benoit Aymon en hommage à Erhard Loretan, alpiniste inventeur de nouveaux comportements, guide au service de ses clients, qui ne parlait guère, frappé par la mort de son bébé dont il fut responsable. Avec une sincérité discrète, Xénia Minder qui était membre de l’expédition où il trouva la mort, parle de lui comme “quelqu’un que j’aimais et qui m’aimait”. Un beau téléfilm qui ose faire partager une émotion profonde.

21:20, “Castle”. Un meurtre, mais le corps manque. Une escouade de policiers armes au poing pénètre dans un décor insolite. Le générique peut commencer. On est en milieu de cryogénie, financé par un producteur de cinéma porno. Etc : du tout-venant policier à l’américaine, en premier rideau. De la médiocrité certes bien emballée!

22:05 : un épisode de “Body of proof”. Megan Hunt, divorcée, son mari ayant obtenu la garde de leur fille, neurochirurgienne devenue médecin légiste, enquête en pratiquant des méthodes peu orthodoxes, plus ou moins appréciées de son entourage hiérarchique. Un personnage fort, attirant la curiosité, bien servi par Dana Denaly.

De 22h55 à 00h25, deux épisodes de “Damages” avec Glenn Close. On est dans le haut de gamme, après un passage dans le meilleur du moyen (Body).

“Damages” avec Glenn Close.

Hélas, parfait exemple d’une des plus grandes faiblesses “notre” télévision, la programmation des séries pourtant plutôt bien choisies, dans le cadre restreint de celles qui sont doublées en français. Premier rideau différent le 20, mais même topo pour les trois séries. Inquiétante programmation de la fiction !

Damages : de Madoff à Tobin

« Damages », troisième saison en cours sur RTS Un, le vendredi soir, évidemment tardivement, en attendant les deux suivantes, c’est d’abord un personnage féminin fort, comme le sont souvent celles des meilleures séries. Patty Hewes, à la vie personnelle pas simple, grand avocate spécialisée dans l’obtention de dommages et intérêts ( des damages en langue d’origine), cyniquement efficace, poursuit rageusement ceux qu’elle traque, guère regardante sur ses méthodes pour obtenir des informations ou créer des situations favorables à sa cause. Ses collaborateurs, même les plus proches, doivent aussi s’accommoder de la rudesse de ses méthodes.

Glenn Close

Glenn Close dans un environnement très très coloré

A personnage fort, il faut grand interprète. Glenn Close, la soixantaine atteinte sans que cela soit évident, c’est  « Liaisons Fatales »  (A.Lyne), la Merteuil des « Liaisons dangereuses » ( S.Frears)  ou la Cruella des « 101 dalmatiens »assurément plus que le discret « Albert Nobb » du film de Rodrigo Garcia qu’elle tenait tant à inteprèter. Ce fut déjà belle présence en juge fédérale dans « A la maison blanche » présidentielle. Rose Byrne, en Ellen Parsons, est pour elle d’abord une ambitieuse collaboratrice et une redoutable adversaire.

Encore Glenn Close, changement de couleur ! Mais le reflet semble plutôt appartenir à Rose Byrne en Ellen Pearso

Six mois plus tard …

Curieuse, la construction dramatique de chaque saison, avec une nouvelle affaire qui débute quand le spectateur se trouve brusquement projeté six mois plus tard,  ou quatre et moins encore quand le temps défile. Lors de cette troisième saison, la découverte est faite assez rapidement du corps du plus proche collaborateur de Patty, Tom Hayes ( Tate Donovan), coincé dans un conteneur à ordures. Mais il est mort par noyade. Pas de surprise sur les faits, une belle ouverture sur le pourquoi de ce décès brutal, et la recherche des auteurs de ce geste. Cette complication temporelle est joue indiscutablement un rôle important dans l’intérêt que l’on porte au récit.

La réalité nourrit la fiction

Joe (Scott Campbell), fils de Louis, mais Tobin de la fiction et non Madoff !

Plus, dans cette troisième saison, voici assez claire allusion à l’affaire Bernard MADOFF, arrêté en décembre 2008  pour avoir escroqué des milliards à ses victimes mais aussi aux établissements bancaires qui crurent (naïvement ?) à sa pyramide dite de Ponzi. Une partie de sa famille fut chamboulée par l’affaire, un de ses fils conduit au suicide. Les Tobin, père,  épouse, fils font claire référence à Madoff. Le choix du patronyme rappelle ironiquement la taxe du même nom qui devrait « punir » des transactions financières spéculatives ! Mais l’escros par milliards n’intéresse pas tellement les auteurs de la série. Leur attention se porte et sur l’argent probablement dissimulé, où et connu de qui, et au comportement de la famille, celui du fils Joe en particulier, dont le personnage tend à effacer le père avec lequel il était en conflit. Mais la fiction finit par prendre le dessus sur la réalité sans l’effacer.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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