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« L’heure du secret » : saison 2

L’heure du secret 2

Sept sujets (de bas en haut) :

  1. Généralités
  2. Le bas du « haut de gamme »
  3. L’écriture
  4. Les personnages principaux
  5. Sous l’angle de l’audience !
  6. Personnages secondaires
  7. Clichés russes ! (24.01.14 – 13:30)

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7/ Clichés russes !( 24.01.14 – 13:30)

 D’une saison à l’autre, un an a passé. Le « secret » de morts multiples subsiste, à travers les visions de Lyne. L’ « heure » à tout de même un lieu avec l’horlogerie. En principe, les dirigeants d’ « Univers » sont bien installés dans leur petite entreprise. L’artisan horloger semble bien devenu commercial durant la pause du récit. Voilà Vincent en liaisons douteuses avec des trafiquants russes présents à Genève. Mais l’ellipse est géante.

L'heure du secret

l’heure du secret 1 –
Mme Berthin en robe rouge

Une collection de montres haut de gamme a été semble-t-il fabriquée en double exemplaire alors qu’il ne devrait n’y avoir qu’un original. Mais on ne comprend pas bien comment l’élégant Vladimir s’y est pris pour « coincer » Vincent. Il y a de la femme fatale dans l’air, une certaine Ksénia (assez étrange Julia Batinova), vêtue parfois de rouge comme la « méchante » Berthin de la saison 1. Elle doit non seulement traduire, mais aussi séduire pour mieux maîtriser le fournisseur montres. Malgré des dessous noirs troublants, Vincent repousse. Elle est dans l’impossibilité de faire front avec Vincent contre ses employeurs : ceux-ci semblent détenir en otage sa fille à Moscou !

L'heure du secret, 2_ la robe rouge de la séductrice russe, Ksenia ( Julia Batinova)

L’heure du secret, 2_
la robe rouge de la séductrice russe, Ksenia ( Julia Batinova)

Dans la Russie d’après le communisme, certaines choses subsistent.  Kséniai pourrait bien être une espionne du KGB chargée de charmer l’ennemi en étant sous une lourde menace qui lui interdit d’avoir le moindre doute sur sa mission. L’écriture connaît un temps de faiblesse, fondé sur des clichés sans originalité. Dommage, mais pas au point de faire sombrer le récit.

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6.Personnages secondaires

La ligne d’un récit tire sa force de l’écriture et l’interprétation des personnages principaux. Vincent Girod (Frédéric Recrosio) est le moins sûr du trio. L’écriture  l’englue dans une histoire russe un peu obscure et conformiste ; son jeu est parfois fragile. Lyne Tremblay (Catherine Renaud), avec ses visions bénéficie de sa double « culture », une manière subtile tirant l’ancienne vers la nouvelle. De la première à la deuxième saison, Ariane Perret (Marie Duc) prend du galon. La forte présence encore discrète de la jeune policière en première saison a peut-être conduit les auteurs à soigner son personnage dans la deuxième.

L'heure du secret, 2 / Etonnant personnage secondaire : Colette PERRET ( Severine Bujard)

L’heure du secret, 2 /
Etonnant personnage secondaire : Colette PERRET ( Severine Bujard)

Les personnages secondaires sont importants s’ils ne sont pas réduits à des silhouettes rapidement escamotées. Ariane a un frère médecin, Simon (José Lillo) qui va tenter de séduire Lyne déçue par Vincent. Colette, leur mère, est étrange, mystérieuse, sans que l’on sache si ce sont par des atteintes de l’âge ou un passé qui la met en marge d’une fin de vie normale. Son comportement a aussi quelque chose d’inquiétant.

L'heure du secret, personnages secondaires. Gilles Tschudi (dans le rôle de Blaise Bergens) et Laetitia Bocquet (dans le rôle d'Amélie) lors du tournage de la saison 2 de "L'Heure du Secret"

L’heure du secret, personnages secondaires.
Gilles Tschudi (dans le rôle de Blaise Bergens) et Laetitia Bocquet (dans le rôle d’Amélie) lors du tournage de la saison 2 de « L’Heure du Secret »

L’étrange responsable d’une sorte de secte, Blaise Bergens(Gilles Tschudi) cache aussi quelque chose. Pourquoi s’adresse-t-il à Ariane d’un inattendu « Melle Perret » qui lui vaut une réplique sèche et aussi inattendue évoquant sa fonction. On comprendra que la policière fut son étudiante. Mais là encore, mystère autour d’un passé intrigant.

Et comme souvent, le non-dit et le suggéré contribuent à enrichir le récit de points d’interrogation.

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5. Sous l’angle de « audience » !

Rappel : la part de marché obtenue par une chaîne confronte le nombre de téléspectateurs qui regardent cette chaîne par rapport à l’ensemble de ceux qui suivent la télévision au même moment. Elle s’exprime en pourcent et en milliers de spectateurs. Les mesures communiquées par les chaînes ou les instituts de sondage respectent les règles de la statistique. Il manque trop souvent la marge d’erreur.

Le premier épisode de la saison 2 de « L’heure du secret », diffusé le samedi 11 janvier, a été suivi par 133’000 téléspectateurs. Ceci représente une part de marché de 24.3%. Au même moment passait sur RTS2 le match de hockey-sur-glace entre Genève-Servette et Lausanne, avec 11.7 % de pdm, ce qui représente 64’000 autres spectateurs. Pour les deux chaînes « normales » de la RTS l’addition donne une part totale de marché de 36,0% et un public 197’000 téléspectateurs.

En juin et juillet 2012, les sept épisodes de la première saison proposés sur RTS1, face à l’Eurofoot et aux Jeux Olympiques avaient aussi obtenu une part de marché de 24,3% correspondant alors à 85’000 spectateurs.

Apparemment, la comparaison est flatteuse pour le début de la deuxième saison, même pourcentage, nette augmentation du nombre de téléspectateurs. Oui, mais, depuis 2012, l’outil de mesure et le panel ont changés. La comparaison est devenue difficile. On devrait en savoir plus lors d’une prochaine conférence de  presse.

Mais il semble bien que la satisfaction pour ce départ de la nouvelle saison soit justifiée.

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4. Les personnages principaux

 Dans cette deuxième saison de « L’heure du secret », ils sont trois personnages principaux, Lyne Tremblay, venue du Québec, Vincent Girod, l’horloger, Ariane Perret, la policière. La qualité de l’interprétation est importante, tout comme les dialogues et les comportements qui viennent de l’écriture. Le rôle de la réalisatrice, Elena Hanazov, est essentiel.

Elena HAZANOV et Alain MONNEY, deux des plus importants créatifs de L'HEURE DU SECRET.

Elena HAZANOV et Alain MONNEY, deux des plus importants créatifs de L’HEURE DU SECRET.

Dès les premiers épisodes, Catherine Renaud s’est imposée, d’abord par son côté « exotique » d’enseignante du Québec accent  compris que par le charme de sa vivacité et la gravité du don qui lui permet de rendre plausibles ses « visions ». Intéressante son évolution qui lui fait s’installer naturellement dans un milieu nouveau pour elle, peu à peu imprégnée par l’environnement.

D’abord discrète dans le première saison, Marie Druc, promue inspectrice principale, est étonnante, mystérieuse à souhait, bonne professionnelle, mais aussi enrichie par son proche entourage, une mère étrange, un frère inattendu. Il faut bénéficier d’un bon sens du jeu pour inciter le spectateur à se demander qui elle fut dans le passé pour l’inquiétant Bergens..

L'heure du secret, 2 : Ariane Perret ( Marie Durc, la révélation romande de la série)

L’heure du secret, 2 : Ariane Perret ( Marie Durc, la révélation romande de la série)

Les deux comédiennes comptent en révélations de la série. Frédéric Recrosio,  plus souvent dernière un micro que la caméra, mène carrière d’humoriste, parfois seul maître à bord de son spectacle. Sa diction surprend et son registre d’expression et de comportement est un peu restreint. Par chance pour lui, ces faiblesses apparaissent quand les scènes deviennent un peu longues. Heureusement, les courtes sont les plus nombreuses.

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3. L’écriture

« Carabine FM »,  fin des années 80, qui s’en souvient ? C’était dingue, délirant, provocateur, vif, parfois insupportable ! Qu’est devenu le trio : Lolita a disparu. Les deux autres ?  Y’a qu’à chercher ! Gérard Mermet et Alain Monney écrivent la deuxième saison de « L’heure du secret ». On n’ose pas encore nommer Monney « showrunner », mais il a droit au très sage titre prometteur de « directeur artistique ». Oui, ils écrivent, et même bien, malgré quelques scories. Les dialogues fonctionnent, associés aux personnages dont les accents subsistent, gommés. Celui du Québec tend vers la rocaille du Creux-du-Van.

Le choix de cette de "Carabine FM" du trio Lolita, Mermet, Monney des années 86 à 91 ? Pour saluer les auteurs désormais "sérieux" et saluer la fantaisie et l'humour d'hier qui n'ont pas été remplacés par le décevant "C'est la jungle" de Martina Chyba.. Aurait-on encore assez d'audace en 2014 pour chercher l'équivalent de "Carabine FM" né sur "Couleur 3" ?

Le choix de cette  image de « Carabine FM » du trio Lolita, Mermet, Monney des années 86 à 91, pourquoi  ? Pour saluer les auteurs désormais « sérieux » et évoquer la fantaisie et l’humour d’hier qui n’ont pas été remplacés par le décevant « C’est la jungle » de Martina Chyba. Aurait-on encore assez d’audace en 2014 pour rechercher l’équivalent de « Carabine FM » né sur « Couleur 3 » ?

Le sujet mérite attention. On s’éloigne de la viticulture vaudoise en conflit familial de « T’es pas le seule ». On évite les trois familles et les spéculations sommaires de la médecine privée de « Port d’attache ». On quitte le Léman pour Yverdon et les éboueurs inattendus et attachants de« Crom ». Voici donc un horloger jurassien aux prises avec une québécoise de lointaine origine locloise qui a des visions plus intéressantes que les intuitions du « Mentaliste ». On y aborde une ville, on y découvre des paysages. On dit des choses intéressantes d’une industrie artisanale, en se prenant un peu les pattes dans la nouvelle mafia russe, mais cela permet d’économiser le coût de nuits d’hôtel pour l’équipe en tournant à Genève.

Le choix de cette image ? Pas pour l'acteur, mais pour le décor, qui donne présence à un atelier d'horlogerie, industrie et artisanat présents dans "L'heure du secret", qui eussent pu l'être plus encore.

Le choix de cette image ? Pas pour l’acteur, mais pour le décor qui montre une partie d’ un atelier d’horlogerie, industrie et artisanat présents dans « L’heure du secret », qui eussent pu l’être plus encore.

Et puis aussi, on sait faire vivre des personnages principaux, un trio crédible, entouré de secondaires, finement campés, parfois mystérieux, et peut-être bien criminels (A suivre)

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 2. Proche du bas du haut de gamme

On peut classer tout produit audiovisuel dans l’une des trois catégories, bas,  milieu ou le haut de gamme. Mieux vaut ignorer le bas insuffisant, s’intéresser au milieu suffisant, se laisser séduire par le haut . A chacun sa hiérarchie

Il faut préciser certaines conditions nécessaires pour l’appartenance au haut de gamme. Une série haut de gamme devrait obtenir une part de marché égale ou supérieure à la moyenne de l’heure de diffusion dans sa région d’origine.

Elena Hazanov, réalisatrice, face à Frédéric Recrosio, acteur, en tournage, devant un arrière-plan animé (Photo RTS/Laurent Bleuze)

Elena Hazanov, réalisatrice, face à Frédéric Recrosio, acteur, en tournage, devant un arrière-plan animé (Photo RTS/Laurent Bleuze)

Difficile, en Suisse romande, d’obtenir ensuite un bon dossier de presse composé de réflexion critique, la promotion informative étant devenue  la norme.

Autre condition nécessaire : participer à des confrontations internationales, festivals ou marchés, si possible obtenir des prix ou s’y faire remarquer.

Le trio d'acteurs présents au Locle pour la première du 8 janvier, Catherine Renaud, Marie Druc et Pierre Mifsud. La présence de l'excellente actrice québecoise permettra-t-elle d'intéresser la télévision canadienne à la série romande ?

Le trio d’acteurs présents au Locle pour la première du 8 janvier, Catherine Renaud, Marie Druc et Pierre Mifsud. La présence de l’excellente actrice québecoise permettra-t-elle d’intéresser la télévision canadienne à la série romande ?

Condition suivante : sortir sur une autre chaîne francophone. Cible à ne pas manquer par la RTS, TV5 Monde. Si possible atteindre ARTE ou une généraliste du service public français. Se rappeler que la Wallonie et le Québec existent.

Le succès peut aussi s’affirmer à travers l’intérêt d’autres régions linguistiques prêtes à sous-titre, doubler ou même réaliser une nouvelle version.Paradoxe : on verra « L’heure du secret 2 » au Sénégal ou en Côte d’Yvoire avant la Suisse alémanique ou le Tessin !

Meilleure que la saison 1, « L’heure du secret 2 » se trouve dans le haut du milieu de gamme, plus très loin du bas du haut de gamme.

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 1/Généralités »

A Locle, comme le disait Lyne Tremblay en arrivant de son Québec natal, et cette fois présente pour la première de la deuxième saison( on dit seconde quand c’est la fin), il y eut six cents personnes au Casino pour les deux premiers épisodes le jeudi 9 janvier 2014. Record d’applaudissements pour Catherine Renaud ! Mérités. Mais pas loin derrière, beaucoup pour Marie Druc (Ariane Perret) : mérités eux aussi.

Catherine Renaud (Lyne Tremblay), atout majeur de "L'heure du secret", personnage et interprète en partielle voie d'assimilation jurassienne ( Photo RTS/Joe Louvion)

Catherine Renaud (Lyne Tremblay), atout majeur de « L’heure du secret », personnage et interprète en partielle voie d’assimilation jurassienne ( Photo RTS/Jay Louvion)

La série de cinq épisodes passe donc le samedi soir du  11 janvier au 8 février 2014 en premier rideau sur RTS1, dès 20h15. Miracle de programmation : ce sera un par un, enfin dans le respect de l’esprit même de toute série récurrente dont chaque épisode se termine sur un point d’interrogation brillant et habile.

Il y aura donc « série » de textes, chacun  ne dépassant pas mille cinq cents signes, pour dire beaucoup de choses de cet important effort de créativité de la RTS dans le domaine de la fiction de divertissement. Voici les premières envies après une soirée où un large public aura pu rencontrer quelques-uns de ceux qui contribuent à la création audiovisuelle. Trois cents dans une salle, c’est autre chose que seul avec portable.

Ariane Perret ( Marie Druc), révélation en finesse et vivacité étrange, pressentie en saison 1, confirmée en saison 2. Photo RTS/Joe Louvion Même barrière, mêmes arbres, probablement côté Creux-du-VAN : portraits pris pendant le tournage, pas photo de tournage !

Ariane Perret ( Marie Druc), révélation en finesse et vivacité étrange, pressentie en saison 1, confirmée en saison 2.
Photo RTS/Jay Louvion
Même barrière, mêmes arbres, probablement côté Creux-du-Van, que ci-dessus : portraits pris pendant le tournage, pas photo de tournage ! Un peu choquant, ce bandeau jaune criard !!

Il sera donc question prochainement d’écriture de la série, des trois rôles principaux, des subtilités pour faire vivre des personnages secondaires, de la réalisation proprement dite, direction d’acteurs et imprégnation dans les lieux et le paysage, du rôle des finitions tournage terminé, des structures de production et de financement, etc !

« Top of the lake »

 Comment programmer une série récurrente

Cinéma et télévision confondus, « Top of the lake », la série de Jane Campion s’inscrit parmi mes dix meilleures découvertes d’œuvres audiovisuelles en 2013.

Il ne s’agit pourtant pas aujourd’hui d’en vanter les qualités. Pour ce faire, on peut avantageusement consulter un dossier proposé par wikipédia : A lire ici !

Tout aussi intéressant, on peut suivre un entretien avec Jane Campion : A voir ici !

Notre approche de ce jour est différente : elle revient à s’interroger sur les principes de la programmation des séries récurrentes et de la surprenante solution choisie par ARTE.

Les six illustrations sont empruntées au site d’ARTE, les légendes de fyly.

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 Depuis des mois déjà, on entendait parler de cette série de six épisodes signée d’une grande réalisatrice de Nouvelle-Zélande, Jane Campion, connue du monde des cinéphiles et peut-être même d’un assez grand public pour sa « Leçon de piano », Palme d’Or à Cannes en 1993. Avec beaucoup d’autres, Maurice  Pialat, Lars von Trier, David Lynch, Martin Scorsese, David Fincher, tout récemment Dominik Moll ( avec « Le Tunnel » actuellement sur « CanalAlpha » ), grands cinéastes reconnus comme auteurs, elle a rempli un rôle nouveau dans la création audiovisuelle, que les américains nomment « Showrunner ».

Elisabeth Moss ( Robin Griffin) et jacqueline JOE (Tui Mitchan)

Elisabeth Moss ( Robin Griffin) et Jacqueline JOE (Tui Mitcham). Tui, douze ans, enceinte, disparait au chapitre 1, reste constamment présente dans son absence, et réapparaît au chapitre 6, bien différente de celle que l’on attendait…

La curiosité d’Arte

Arte a compris l’intérêt des séries haut de gamme en ayant su faire place à des expériences scandinaves, israéliennes, néo-zélandaises, ou même en offrant ses propres productions, comme « Ainsi soient-ils ».

En principe, entre « Arte » et la « SSR-SRG » existent des liens souvent étroits, les deux diffuseurs se trouvant assez souvent partenaires dans la co-production de documents de création. Des collaborateurs des entreprises suisses ont maintenant des contacts assez réguliers avec des collègues danois. Il est dès lors étonnant que « Top of the lake » n’ait pas retenu l’attention « notre » télévision. Comprenne qui pourra quelque chose de la politique d’achat ou de pré-achat des responsables de la RTS.

Véritable "personnage" de la série, le paysage, dans lequel Robin (Elisabeth Moos) semble perdue - top of the lake

Véritable « personnage » de la série, le paysage, dans lequel Robin (Elisabeth Moos) semble perdue…

Etrange diffusion en rafale sur Arte

Les jeudis 7 et 14 novembre 2013, Arte, dès 20h45 a présenté l’ensemble de la série en deux fois trois épisodes, sans coupures publicitaires. Mais il n’est pas aisé de rester scotché devant son écran  durant presque trois heures, le générique de fin du troisième (ou sixième) épisode apparaissant peu avant minuit.

Par contre, il est agréable d’avoir pu découvrir cette série sur ARTE autrement qu’en nocturne. Il est fort probable que si la RTS avait signé un contrat de diffusion lui assurant un passage avant ARTE, le noctambule romand serait entré dans le jeu vers 23 heures pour en finir à 02h00 ( trois par trois ) ou à 01h00 ( deux par deux).

Encore Robin(Elisabeth Moos) cette fois un peu comme prisonnière de la végétation, dans la forêt inquiétante où se cache Tui Top of the lake

Encore Robin(Elisabeth Moos) cette fois un peu comme prisonnière de la végétation, dans la forêt inquiétante où se cache Tui  

Comment « consommer » une série récurrente ?

Si le choix reste possible, y compris en tenant compte du problème financier, coût direct ou non de la consommation d’une œuvre, mieux vaudra toujours et encore voir un film dans une salle obscure sur grand écran. Mieux vaudra aussi voir une œuvre de création sur le téléviseur de salon le plus grand possible, en évitant l’écran plus petit de l’ordinateur. Et il devient grotesque d’imaginer voir un « Top of the lake » sur un portable. Une œuvre, surtout si sa qualité est indéniable, mérite d’être « consommée » dans les conditions les meilleures possibles.

Epuisante expérience, faite le 7 novembre 2013. J’ai décroché à la fin du deuxième épisode. Heureusement, un enregistrement me permet de disposer quand je veux, durant le temps que je veux, des six épisodes. Et j’aurai trouvé ces derniers jours un plaisir étrange et fort, celui de regarder l’œuvre de Jane Campion tranquillement, épisode par épisode, une première fois d’une traite avant d’aller quérir des détails qui méritent attention.

Jamie (Luke Buchanan),volontairement muet, qui répond de sa main où est écrit NO ou YES, l'ami fidèle de Tui, qui y laissera sa vie dans une triste méprise.. Top of the lake

Jamie (Luke Buchanan),volontairement muet, qui répond de sa main où est écrit NO ou YES, l’ami fidèle de Tui, qui y laissera sa vie dans une triste méprise.

Six chapitres

Jane Campion parle non pas d’une série récurrente, mais d’une œuvre composée de six chapitres. Et elle rejoint ainsi ce que l’on commence enfin à comprendre en pays francophones.  Il est évident que les séries récurrentes sont assez semblables aux romans imposants de plusieurs centaines de pages qui ne se lisent pas d’une traite.

Suivre épisode par épisode une série récurrente, c’est retrouver le mode d’approche de textes qui ne sont pas de courtes nouvelles, auxquelles s’apparentent les séries unitaires. C’est recréer entre l’œuvre et celui qui l’absorbe la complicité  indispensable pour retrouver la richesse d’un témoignage, les élans d’une démarche créatrice.

Les Américains qui sont en avance sur le reste du monde dans le domaine des séries, y compris dans le haut de gamme  surtout composé de séries récurrentes, les proposent en principe par épisode par épisode, semaine après semaine plutôt que jour après jour. Ils permettent au spectateur de « savourer » une œuvre à un rythme personnel presque semblable à celui de la lecture, en un lien avec l’oeuvre qui devient amical ou fraternel.

Jude Griffin (Robyn Newyn), la mère de Robin, malad, mourante, avec un passé inattendu - Top of the lake

Jude Griffin (Robyn Newyn), la mère de Robin, malade, mourante, avec un passé inattendu

A la RTS le 6 décembre 2013

Le vendredi 6 décembre, la RTS offre trois épisodes unitaires d’une série américaine sans grand intérêt, « Motive, le mobile du crime », entre 21h00 et 23h30 puis place un épisode d’une série britannique proche du haut gamme, « Downton Abbey » entre 23 :30 et 00h40 enfermé dans ce que l’on appelle pas très adroitement une « niche ».

Un chapitre de l’Histoire anglaise de la première moitié du XXe siècle après trois enquêtes américaines sans intérêt, est-ce vraiment tenir compte de la notion précieuse de diversité ?

Pourquoi pas un « Mobile de crime » pour grand public, puis un « Downton Abbey » peut-être pour un public un peu moins grand avant une apparition tonitruante des « Sons of anarchy » ? Peut-être même que les 15-30 ans qui consomment les séries ailleurs que sur le petit écran traditionnel commenceraient d’y revenir, contribuant ainsi à rajeunir le grand public traditionnel ?

Sérieux, bien organisé, Al Parker ( David Wenham), apparemment, mais presque brutalement trouble au chapitre 6 Top of the lake)

Sérieux, bien organisé, Al Parker ( David Wenham), apparemment, mais presque brutalement trouble au dernier chapitre

D' »Elementary » à « Sous le dome »

« Unité 9 » sur TV5Monde FBS ( France-Belgique-Suisse)

Surprise que de trouver le lundi 28 octobre 2013 dans « Le Temps » aux deux éditeurs à égalité, mais vendeurs, une publicité adressée au public romand lui recommandant une « série québécoise événement », une plongée dans l’univers carcéral féminin, « Unité 9 », lundis soirs à raison de deux épisodes à la fois, à 23h10. Etrange que la RTS, qui affectionne les exclusivités, n’ait pas obtenu « Unité 9 » en avant-première ! Difficile pour l’admirateur fidèle de « Boardwalk empire » d’abandonner l’élan donné par Scorsese. Vu quelques minutes pendant la pub, présence pour une fois appréciée. Promenade faite sur internet, une certitude : « Unité ) » est une série très probablement intéressante. Ci-dessous une première image qui sert d’affiche :

"Unité 9", première saison d'une série du Québec présentée par TV5Monde FBS en première vision

« Unité 9 », première saison d’une série du Québec présentée par TV5Monde FBS en première vision

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 A un film intéressant je préfère désormais une série moyenne, à condition qu’elle soit partiellement récurrente, autrement dit qu’elle exige d’être vue en entier pour suivre l’évolution d’un récit ou des personnages. On a le droit de changer de priorités à tout âge !

 Certes, le cinéma continue d’apporter grandes satisfactions ces dernières semaines, avec « Blue Jasmine » de Woody Allen, « La vie d’Adèle » d’Abdellatif Kechiche, « Prisonners » de Denis Villeneuve,   « Gravity » d’Alfonso Cuaron ou encore le prochain délicieux « The LunchBox » de Ritesch Batra, et depuis le 30 octobre, « L’Expérience Blocher », de Jean-Stéphane Bron ( co-produit par la RTS),  films auxquels j’attribue une note supérieure à cinq ( sur 6 au maximum ).

 Mais c’est vers deux séries qui apparaissent sur le RTS à des heures abordables que je fixe ici mon attention, « Elementary » ( jeudis peu après 21h00) et « Under the Dome( samedis aux environs de 22h00) (fyly – 29.10.13)

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Elementary

 Le titre, d’emblée, se réfère à Conan Doyle, lequel prête à son personnage une formule victorieuse, le très « élémentaire, mon cher Watson », pour résumer les situations les plus complexes découvertes par la sagacité du détective britannique né à la fin du XIXe siècle. Mais Sherlock Holmès à New-York est d’apparence très éloigné de l’anglais qui se promenait dans les alpes bernoises ! Qu’importe, ne chipotons pas au nom de souvenirs de lecture que le temps efface.

La panoplie du Sherlock Holmès, un "classique" de fin du XIXe.

La panoplie du Sherlock Holmès, un « classique » de fin du XIXe.

 

La doctoresse Joan Watson !

Sherlock Holmès s’est ainsi installé à New-York où il est parfois consulté par l’inspecteur Tobias Gregson dont il fit connaissance à Londres alors que ce dernier étudiait les mesures prises en Grande-Bretagne contre le terrorisme international après les attentats du 11 septembre 2001. Il sort d’une cure de désintoxication. Son père le fait surveiller par une chirurgienne, la Doctoresse Joan Watson, devenue surveillante rémunérée d’anciens drogués. Holmès possède des tatouages qui sont paraît-il ceux que portent l’acteur John Lee Miller. La chinoise Lung Lie, que l’on vit en méchante dans un film de Tarantino, ne transige pas avec son mandat. Elle l’accomplit rigoureusement : il arrive même que des bribes de ses raisonnements soient utiles à Sherlock qui ne lui en veut même pas tellement.

Lucy Liu ( Dr Joan Watson) et Johnny Lee Miller (Sherlock Holmès ) dans ELEMENTARY

Lucy Liu ( Dr Joan Watson) et Johnny Lee Miller (Sherlock Holmès ) à New-Yprk

Il doit bien se trouver quelques puristes « conandoyliens » pour s’étonner de cette prise évidemment grande de liberté avec l’original. Les sériophiles ne manqueront pas de se livrer au petit jeu des comparaisons entre ce « Elementary » de la CBS et le « Sherlock » de la BBC lancé en 2010 et proche de sa troisième saison avec des épisodes de nonante minutes. Ma préférence va vers la série britannique avec sa transposition très réussie des enquêtes dans le présent du début de XXIe siècle. Un conflit devant la justice semble avoir opposé CBS et BBC.

Jouer au chat et à la souris Mais qui est le chat ?

Lucy Liu ( Dr Joan Watson), Johnny Lee Miller (Sherlock Holmès ) et, au centre, Aidan Quinn ( Tobias Gregson ) dans ELEMENTARY

Lucy Liu ( Dr Joan Watson), Johnny Lee Miller (Sherlock Holmès ) et, au centre, Aidan Quinn ( Tobias Gregson, l’inspecteur américain)

Chaque épisode d’ « Elementary » dure 42 minutes, contre 90 donc au « Sherlock » de la BBC. La situation est claire : l’enquête du jour est forcément mieux traitée dans un épisode long que dans un court où il est difficile d’installer de subtiles nuances. L’intérêt se déplace vers les personnages. Comment vont-ils se comporter l’un à l’égard de l’autre dans ce qui est un jeu de chat et de souris ? Mais qui est la souris ? Le manège de Joan pour amadouer Sherlock est assurément amusant à suivre, dans les premiers épisodes. Tant le scénario que la réalisation prennent des libertés qui font sourire, telle l’obligation pour Sherlock de participer à des réunions de Drogués Anonymes sur le schéma utilisé par les AA ( Alcooliques Anonymes). Pour le moment, observons une bienveillante attention envers une série dont les débuts sont intéressants !

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Sous le dome

Trois bonnes fées : King, Spielberg, Vaughan

A l’origine, un pavé de mille pages au moins signé Stephen King, né en 1947 romancier, scénariste, survolant l’horreur, la science-fiction, le fantasque, qui aurait vendu plus de 350 millions de ses livres de par le monde. Stanley Kübrick a fait de son « Shining » un très grand film. Libre à King de le détester.  Co-scénariste de « Sous le dome », il a admis de nombreux  changements lors du passage de l’écrit à l’audiovisuel, la durée même du récit par exemple qui passe de la semaine à plusieurs mois.

Stephen King, auteur de "Under the dome", so-scénariste de la série du même nom

Stephen King, auteur de « Under the dome », so-scénariste de la série du même nom

A la production, deux partenaires pour CBS, Dreamks Work télévision et Amblin Entertainement : normal alors de lire en au générique le nom de Steven Spielberg, associé de près à l’opération.

Brian K. Vaughan est donné comme créateur principal de la série avec Stephen King. Selon certaines sources, il aurait travaillé sous la direction de J.J.Abrams pour la série « Lost ». Cette série imposante suivait une communauté d’une quarantaine de naufragés coincés sur un île qui semble d’abord déserte après la chute d’un avion. La petite ville de Chester’s Mill est brusquement enfermée sous un immense cloche transparente qui l’isole complétement du monde.

L'affiche de UNDER THE DOME / une certaine ressemblance avec l'affiche de UN VILLAGE FRANCAIS

L’affiche de UNDER THE DOME

Faire connaissance avec des personnages

La construction, qui mettait dans plusieurs épisodes de « Lost » en évidence un personnage du présent face à son passé et parfois son avenir,  pourrait se retrouver dans « Sous le dome ». Les deux premiers épisodes permettent de faire connaissance avec quelques personnages, Dale « Barby » Barbara, un ancien combattant qui se trouve par hasard dans la ville quand elle est coupée du monde, Big Jim, le seul membre du conseil municipal présent quand la dome s’installe, complice du révérend Coggins dans une histoire de trafic de propane. « Junior », le fils de « Big Jim », jaloux maladif, psychopathe, séquestre sa petite amie Angie. Julia, journaliste curieuse, semble garder les pieds sur terre, mais la disparition de son mari brise sa sérénité.

Parmi les belles idées, notons-en une qui concerne le son. Le mur invisible ne laisse passer aucun bruit, si bien que les prisonniers n’entendent pas ce qui se passe en dehors de leur dome.

 

Alex KOCH (JUNIOR) et Angie (Brit Robertson) dans UNDER THE DOME

Alex KOCH (JUNIOR) et Angie (Brit Robertson) dans UNDER THE DOME

Séance de rattrapage sur M6

Il se pourrait que « Sous le dome » soit une série qui s’installe dans la bonne moyenne du haut de gamme à intéressante valeur ajoutée. L’avenir le dira, le samedi soir sur RTS 1, aux alentours de 22 heures. Et pour qui aurait manqué un épisode, après un premier et, espérons-le, unique trio, une séance de rattrapage est possible sur M6, laquelle démarre le jeudi un peu avant 21h00.

 

 

 

 

Deux séries « historiques »

Voici deux séries qui se rattachent à l’Histoire, même avec un « H », qui ont le mérite de la plausibilité, avec peut-être une plus grande prise de liberté dans les Etats-Unis de la Prohibition des années 20 ( Boardwalk empire) que dans une petite ville du Jura français durant la guerre de 39-45 (« Un village français ») près de la frontière suisse. Une série qui s’inscrit dans le haut de gamme à forte valeur ajoutée, le divertissement ne masquant pas le témoignage historique, offre aussi  le réel plaisir de suivre un récit bien troussé et de découvrir des personnages intéressants. Essentielle, cette notion rappelée de plaisir !!

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Je voulais ici aborder deux séries liées à l’Histoire, « Boardwalk Empire* et « Un village français ». Le premier sujet est traité ci-dessous. Le second ne l’est pas. L’actualité m’a conduit à y renoncer pour le moment. « Le village français » reste donc en « à suivre »… Que l’on ne me tienne pas rigueur de ce changement( fyly – 28.10.13 )

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1/ Broadwalk empire ( RTS – lundis soirs vers 23h00)

RTS1 propose, depuis le lundi 14 octobre 2013, la troisième saison de « Boardwalk empire », une série apparaît comme un véritable « blockbusker ».  La quatrième saison est déjà en route. C’est HBO qui a pris en charge cette production imposante. Le pilote aurait coûté près de vingt millions de dollars. Une autre source affirme que la reconstitution de front de mer d’Atlantic City en 1920 serait revenue à vingt millions de dollars. Le même investissement rapporté à deux faits rapprochés ? Il y a beaucoup d’argent dans cette série, et cela se voit.

"Boardwalk Empire" : le décor reconsitué du front de mer d'Atlantic City vers 1920 (Photos  HBO)

Pour les besoins du tournage, une grande paretie de la ville de l’époque, notamment le front de mer, a dû être reproduite. Une prouesse qui a coûté vingt millions de dollars. (Texte paru dans « Le Monde »,13-14 octobre 2013 (Photos HBO)

Steve Buscemi

La série est fortement marquée par la présence de Steve Buscemi, grand acteur s’il en est, mais pas seulement. Il a écrit et réalisé quelques films qui n’ont pas laissé de traces et quatre épisodes de la série des « Soprano », où il est aussi interprète. Dans son impressionnante filmographie, mentionnons ses collaborations avec de grands cinéastes comme Jim Jarmusch, Abel Ferrrera, les frères Coen, Quentin Tarantino. Détail : dans le générique de « Boardwalk Empire », il apparaît dans la moitié au moins des quara on abord « Boardwalk empire ». il y figure parmi les responsables de la production. Il a signé aussi la réalisation du premier épisode qui s’inscrit parfaitement bien dans son œuvre  qui revient sur les mafias de l’histoire des USA. La période de la prohibition manquait dans sa filmographie. Elle s’y trouve désormais, série ou films placés au même niveau dans la production de fiction audiovisuelle contemporaine.

Steve Buscemi et Martin Scorsese (de dos) lors du tournage du pilote ( pour 18millions de dollars ) de BOARDWALK EMPIRE ¨ ( PHOTO HBO)

Steve Buscemi et Martin Scorsese (de dos) lors du tournage du pilote de « BOARDWALK EMPIRE ¨

Le nom de Martin Scorsese revient souvent quand on abord « Boardwalk empire ». il y figure parmi les responsables de la production. Il a signé aussi la réalisation du premier épisode qui s’inscrit parfaitement bien dans son œuvre  qui revint en  plusieurs occasions sur les mafias de l’histoire des USA. La période de la prohibition manquait dans sa filmographie. Elle s’y trouve désormais, série ou films placés au même niveau dans la production audiovisuelle contemporaine.

Enoch L. Johnson devient Nucky Thompson

Enoch L. Johnson (1883-1968)  fut homme politique et maffieux du début du XXe siècle à la seconde guerre mondiale.   Durant les années vingt, Il fut maire d’Atlantic City  un des hauts lieux du trafic d’alcool durant la prohibition. Que le Johnson devienne Thompson permet peut-être de prendre certaines libertés avec des faits réels.

Al Capone

La présence de l’Histoire à travers une démarche de fiction passe aussi par des membres de la mafia devenues personnages. Lors d’incursions à Chicago, on y rencontre Al Capone, surnommé Scarface, qui fit aussi fortune dans la prohibition. Dans les épisodes 3 et 4 de la 3ème aison, il apparaît en père de famille indigné que son fils se fasse tabasser à l’école. Il lui donne une leçon d’autodéfense en lui imposant de le frapper, ce qui terrorise l’enfant qui ose à peine pleurer. Plus tard, on  verra ce père de famille attentif battre à mort avec une incroyable violence un adversaire. Réalisme ou réalité ? L’important est que ce soit plausible.

Stephen Graham ( Al Capone ) dans l'épisode ou 4 de la saison 3 de Boardwalk empire, fortement influiencée par Martin Scorsese

Stephen Graham ( Al Capone  et son fils) dans l’épisode 4 de la saison 3

Margaret Thompson en dame patronnesse

Quel est le degré de réalité de Margaret Thompson, veuve Schoreder, que son mari Nucky trompe désormais allégrement ? Je ne sais pas y répondre. Mais   c’est d’abord l’occasion de souligner une des qualités formelles de la série, celle de la reconstitution vestimentaire.

L'élégance vestimentaire dans "Boardwalk empire" : Nicky Thompson (Steve Buscemi) et son épouse Margaret, née Schroeder (Kelly Mac Donald)

L’élégance vestimentaire dans « Boardwalk empire » : Nicky Thompson (Steve Buscemi) et son épouse Margaret,(Kelly Mac Donald)

D’origine pauvre, malmenée par Schroeder, son premier mari, Margaret finit par mener aux côtés de Nuck la grande vie, mais faite aussi par elle de générosité dans sa lutte pour une meilleure information des femmes qui mal informées sur certains aspects de santé quand elles arrivent dans l’hôpital dont elle s’occupe. Savoureuse, la séquence de la rédaction d’un texte promotionnel par une religieuse, mais il ne faut par appeler les choses par leur nom !

Elle se lancera aussi dans la distribution publique de tracts féministes. Elle imposera à son mari même éloigné d’elle de recevoir une décoration remise par un important dignitaire de l’église. Mais l’avenir ( de la série) dira si elle restera ce personnage désormais lucidement positif et généreusement humaniste.

 

 2 /Un village français (France 3 – mardis soirs dès 20h45)

( A suivre, mais dans quelques jours )

Psychopathes de séries : plutôt diviseurs que rassembleurs ?

Deux séries actuellement à l’antenne de la RTS, « Traque en série » et « Luther », une troisième jamais montrée par « notre télévision », « Dexter ». Un texte en cinq parties, assez indépendantes les unes des autres.

Après la fiche d’identité des deux premières, un rappel sur la nécessaire qualité de l’écriture. Rencontrerait-on trop de psychopathes ? L’audimat de « Traque en série » serait-il mauvais ? La RTS étonne par une assez paradoxale programmation.

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 1/Fiche d’identité

Très curieuse, cette apparition sur la RTS de deux séries européennes qui ont beaucoup de ressemblances. Elles peuvent être rapprochées d’une fort connue série américaine, « Dexter ». Nous y reviendrons plus bas.

Traque en série

« Traque en série » est apparue sur la RTS le 25 septembre 2013 en duos, à 21h15, les mercredis soirs. La projection se termine le 30 octobre, toujours en premier rideau. La RTS prend ainsi de vitesse ARTE qui diffuse la série durant six semaines depuis 11 octobre à 20h50.

Laura Bach

Laura Bach / Traque en série

Cette série est une assez vaste co-production de 2010 qui regroupait à l’origine TV2 du DANEMARK, TV2 de NORVEGE, la ZDF allemande, une entreprise danoise chargée de la production, MISO FILM.

Luther

« Luther » est une série britannique qui date, elle aussi, de 2010, adaptée en version française par Canal + en 2012. Il semble ainsi que la RTS soit la première à la proposer dans sa case « Made in Europa » par duos – forcément ¨- le vendredi soir aux alentours de 23h00. La saison 1 comprenait six épisodes, la 2 en 2011 quatre et la 3 en 2013 4 aussi. L’auteur se nomme Neil Cross et quatre réalisateurs, Brian Kirk (2), Sam Miller  (8 ), Stefan Schwartz (2) et Faren Blackburn (2) signent les mises en scène. Les audiences en Grande-Bretagne furent excellentes.

LUTHER - série BBC Idris ALBA dans le rôle de John LUTHER

LUTHER – série BBC
Idris ALBA dans le rôle de John LUTHER

2/La qualité de l’écriture

Il n’est pas inutile de le répéter : l’une des conditions nécessaires pour qu’une série soit membre du club «  haut-de-gamme à forte valeur ajoutée » tient à la qualité de l’écriture. Elle doit permettre à la fois de raconter des histoires passionnantes ou à tout le moins intéressantes avec des personnages à fortes composantes et multiples interférences entre les uns et les autres.

Ceci acquis ne signifie pourtant pas que le consommateur de la série va forcément se sentir à l’aise avec le sujet et les personnages. Peut alors intervenir une appréciation si prisée de réseaux sociaux installés sur internet, laquelle consiste à résumer son opinion d’une péremptoire «  J’aime », qui ne donne qu’une réaction personnelle sans mesurer la qualité de l’objet. Dans ce monde binaire, à ce « J’aime » s’oppose le « J’aime pas » tout aussi personnel sans être un jugement de la valeur réelle.

3/Trop de psychopathes

 Deux écritures brillantes, oui, certes, mais pourquoi ? On est alors frappé par d’autres ressemblances. Il s’agit une fois de plus de tueurs, et pas n’importe lesquels, de tueurs en séries. On est donc d’emblée de l’anormalité de cas extrêmement rares, sauf… dans la fiction télévisée des séries. Il n’y a pas le moindre effort fait pour  se trouver devant une situation réelle ou à tout le moins plausible. Voir beaucoup de psychopathes dans deux séries que sont proposées la même semaine conduit à un sentiment de bien inutile abondance.

Luther - série BBC Ruth Wilden dans le rôle d'Alice MORGAN

Luther – série BBC
Ruth Wilden dans le rôle d’Alice MORGAN

Dans les deux séries bien écrites, les enquêteurs et enquêteuses, ces dernières plus nombreuses dans les fictions de création que dans la réalité, souffrent aussi de certains troubles.  Dans « Traque en série », il y a de sombres pages dévoilées avec parcimonie, tant autour de Katrine, réduite à son seul prénom que de  Schaeffer, affublé de son nom de famille. Les problèmes qui affectent John Luther au passé trouble et au présent incertain (sa femme l’a quitté !), policier aux méthodes assez peu orthodoxes et Alice Morgan, au comportement trouble, se ressemblent. Les enquêteurs et les tueurs sont des psychopathes aussi inquiétants les uns que les autres avec leurs doubles personnalités certes différentes et leur comportement antisocial. Les comportements cruels et sadiques des tueurs laissent paraître la jouissance provoquée par des morts lentes.

Il faut faire par instants faire un réel effort pour ne pas fuir devant de tels personnages repoussants dans ces récits éprouvants. L’équilibre s’avère délicat à maintenir entre la reconnaissance des qualités réelles de telles séries et la marginalité des récits et des personnages qui les portent.

Jacob Cedergren /traque en série

Jacob Cedergren /Traque en série

 

 4/Mauvais audimat pour « Traque en série »

 Dans son édition du 12 au 18 octobre 2013, « Guide TV » qui fournit chaque semaine des informations sur certaines audiences de la RTS signale que « Traque en série » a fait une piètre part de marché en deuxième semaine. Même si la part de marché est souvent induite par le « j’aime » / « j’aime pas », il vaut la peine de s’y arrêter puisqu’il n’est pas possible de mettre en cause la qualité de la réalisation.

 » Guide Tv » amorce une explication un brin sommaire : ce serait le début de la chute des séries scandinaves pourtant si prisées, pas forcément encore par le grand public ni des parts de marché, mais assurément par ceux qui respectent les démarches créatrices de l’audiovisuel télévisé. Gageons que cette explication va combler d’aise ceux qui, à l’intérieur de la télévision, sont satisfaits des actuels principes de programmation des séries. Il se trouvera bien quelqu’un pour voir dans cet échec la preuve de la supériorité des séries unitaires américaines qui sont presque seules à occuper le premier rideau.

Laura Bach et Jacob Dedergren  Trauque en série

Laura Bach et Jacob Cedergren
Traque en série

Ce n’est peut-être pas aussi simple que cela.  On peut se demander si ce rejet qui reste à confirmer ne vient pas du sujet avec ces psychopathes où les enquêteurs souffrent et les tueurs sont des sadiques. Peut-être se trouve-t-on face à un « ras-le-bol » qui divise plutôt que de rassembler.

Ce rejet, s’il se confirme, devrait conduire les responsables des programmes de la RTS  à se demander pourquoi ils ne parviennent pas à faire apprécier par un large public des séries de haut niveau qu’ils présentent un peu trop systématiquement à des heures peu attrayantes. Par le passé, la TSR a su s’attacher un public exigeant. Elle a continué de le  faire ces dernières années en innovant avec des magazines informatifs ( « spécimen », « Zone d’ombre ») ou divertissants ( « Passe-moi les jumelles ») et dans les « Docs. Elle n’a pas su le faire, tant dans la présentation du cinéma d’auteur, le suisse en particulier, qu’avec les séries exigeantes, systématiquement reléguées en fin de soirée peu soutenues par une promotion timide.

 5/Paradoxale programmation à la RTS

On peut former un groupe avec trois séries, « Traque en série », « Zone d’ombre » et « Dexter » qui ont de profondes et troublantes ressemblances à travers leurs psychopathes. Il devient intéressant  d’observer la manière dont la RTS les inscrit dans son programme.

« Traque en série » dispose d’une excellente exposition à une heure agréable,  un soir de semaine, le mercredi à 21h15. « Luther » met fin à la soirée du vendredi, tardivement, aux environs de 23h00.  « Dexter » a été pratiquement interdit d’antenne suite à la décision d’un ancien responsable des programmes devenu soudain juge et moralisateur, décision maintenue par le suite.

 

Dexter (Michael C.Hall), en action transparente, durant la saison 8 - sur tf1 en super-nocturne et pas sur la RTS

Dexter (Michael C.Hall), en action transparente, durant la saison 8 – sur tf1 en super-nocturne et pas sur la RTS

Il est difficile de comprendre cette «programmation » qui manque à tout le moins de cohérence. Pourquoi une série en premier rideau et l’autre pratiquement « censurée » ? Avantager « Traque en série » plutôt que « Luther » permet de  prendre de vitesse ARTE dont par ailleurs les faibles parts de marché sont parfois citées avec une once de supériorité.

On pourrait proposer une meilleure programmation si on présentait les séries récurrentes faites pour fidéliser le public épisode par épisode et non pas en duos. Mais, parmi les généralistes francophones, chacun s’aligne sur les chaînes commerciales que sont TF1 et M6. La TSR n’ose malheureusement pas faire preuve d’audace et d’originalité face à la création audiovisuelle comme elle savait et sait encore le faire dans d’autres secteurs.

 

 

 

Cinéastes à la télévision

Avis aux sériophiles : à ne pas manquer,  à 20h45 sur France 3, les mardis  8,15, 22 et 29 octobre, ainsi que le 5 novembre, la cinquième saison d’une des dix meilleures séries que l’on puisse voir en francophonie ces cinq dernières années, UN VILLAGE FRANCAIS, douze épisodes proposés deux par deux et suivis de témoignages.

"Un village français", saison 3, une image au sens très clair ! (Photo France3)

La RTS s’efforce, souvent avec un indéniable succès, de présenter bon nombre de séries avant les chaînes françaises. Ce n’est pas le cas ici. Alors, quoi : essayé, pas pu ? ou  oublié d’essayer ? ou essayer au moins pour les deux prochaines saisons ?( fyly – 01.10.13 – 08h00)

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Même les revues de cinéma pourtant peu portées à s’intéresser à la créativité de la télévision prennent enfin conscience de l’importance  des séries dans l’audiovisuel contemporain.  C’est ainsi que «POSITIF », la meilleure revue en langue française, (numéro 632 – octobre 2013) tient rubrique de seize pages,  sous le titre « Cinéastes à la télévision », saluée dès l’édito du « red-en-chef » Michel Ciment. On peut commenter cette contribution aussi bien d’un « Consécration méritée » que d’un « Enfin ! » que je lui préfère. Trois sujets y sont développés.

« Top of the lake » – Jane Campion

  « Top of the lake », abordé en quatre pages avant d’en proposer quatre autres d’entretiens avec la réalisatrice Jane Campion, a déjà été remarqué dans des festivals de cinéma. Et c’est en voyant « Mad men » que la réalisatrice a choisi son interprète principale, Elisabeth Moss. A la question « Vous saviez depuis le début que ce serait une série ? », Jane Campion répond « Oui, je voulais écrire un film moderne, même si je ne sais pas si cela vous semble moderne ».

"Top of the lake" - Jane Campion ( BBC - USA - Australie/Nouvelle Zélande) Elisabeth Moss dans le rôle de Robin Griffin. Sur ARTE les 7 et 14 novembre à 20h50.

« Top of the lake » – Jane Campion ( BBC – USA – Australie/Nouvelle Zélande)
Elisabeth Moss dans le rôle de Robin Griffin. Sur ARTE les 7 et 14 novembre à 20h50.

« House of cards » – David Fincher

Trois pages sont consacrées à  « House of Cards » de David Fincher, la première saison d’une série télévisée de treize épisodes, qui porte la responsabilité de la série entière, en ayant réalisé lui-même les deux premiers épisodes qui donnent le ton à l’ensemble.

Kevin Spacey et Robin EWright dans "House of Cards", une série dirigée par David Fincher ( Photo Canal +)

Kevin Spacey et Robin EWright dans « House of Cards », une série dirigée par David Fincher ( Photo Canal +)

L’image manquante » – Rithy Panh

 C’est sur ARTE qu’apparaît le dernier film de Rithy Panh, « L’image manquante », avant même une éventuelle sortie sur grands écrans. Cette première a lieu le mercredi 9 octobre à 20h50. Cette priorité accordée à une chaîne de télévision qui co-produit le film et s’occupe de sa diffusion est à souligner comme un événement qui est encore rare, mais ouvre à une œuvre des portes nouvelles que le grand écran est parfois avare d’offrir.

"Une image manquante" - Rithy Panh - Cambodge/France ( Photo ARTE)

« Une image manquante » – Rithy Panh – Cambodge/France ( Photo ARTE)

Ici, la notion de série prend une forme différente des deux premières. Rithy Panh poursuit sa réflexion de documentariste sur la tyrannie exercée au Cambodge par les Khmers rouges qui a déjà connu deux étapes, « S21, la machine de mort Khmer rouge » ( 2003) et « Duch, le maître des forges de l’enfer » (2011), où il donnait la parole à un tortionnaire. Cette « Série » est une contribution essentielle pour qu’un génocide ne tombe pas dans l’oubli.

 

"Une image manquante" - Rithy Panh - Cambodge/France ( Photo Arte)

« Une image manquante » – Rithy Panh – Cambodge/France ( Photo Arte)

 

 

Qui est l’auteur d’une série ?

L’illustration ? Juste en passant, un salut à « Plus belle la vie », puis l’occasion d’attirer l’attention sur une série danoise inédite, proposée par la RTS durant cinq semaines (  dès le mercredi  25 septembre à une heure agréable, 21h15), « Traque en série » et rappeler que « Borgen », autre danoise, s’arrête à la fin de la  troisième saison ( vendredi 27 septembre dès 22h55). « Traque en série », avec cadavres, en premier rideau ! « Borgen » , sans cadavres, entre 23h00 et 01h00. Mystère de la programmation romande ?  (fyly –  25.09.13 à 16h15)

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A qui attribuer la responsabilité de la démarche créatrice à la base de toute œuvre audiovisuelle de fiction ? Peut-on appliquer la « politique des auteurs » si efficace pour le cinéma, même si elle reste assez peu répandue ? Quelques réflexions amorcent une réponse.

« Sur », Par » ou « De » ?

veDans l’abondance de l’offre de la télévision, plus imposante que celle du cinéma, avec la multiplication des chaînes et des supports (téléviseur, internet, console, portable, DVD), comment faire pour choisir ? La télévision assure avec efficacité la promotion de ses programmes. Si l’on s’arrête un instant à l’audiovisuel de fiction, force est de reconnaître que constater que cette promo s’exprime fréquemment  « SUR » le sujet, assez souvent disant « PAR » quels acteurs les rôles sont tenus, plus rarement  « DE » qui attribue l’œuvre à un auteur.

La politique des auteurs

La notion d’auteur de films est devenue importante à partir de la moitié du siècle dernier sans parvenir à supplanter le genre et l’interprète. Les tenants de cette assez célèbre « politique des auteurs », souvent associée en francophonie aux « CAHIERS DU CINEMA » de la grande époque des années cinquante, avec les Bazin, Chabrol, Truffaut, Godard, Rohmer et bien d’autres restent pourtant aujourd’hui encore minoritaires.

Mais que faut-il pour qu’existe un film, notion qu’il faut remplacer par celle d’œuvre audiovisuelle, qu’il s’agisse de films ou de téléfilms, de fiction, de documentation, d’animation, de tous formats ? A la base économique, il y a la structure de production qui se charge du financement, de l’organisation de la fabrication et de la vente du produit fini aux multiples diffuseurs.

 

Laura Bach et Jacob Dedergren  Trauque en série

Laura Bach ( Katrine Ries Jansen, capitaine de police) et Jacob Dedergren (Thomas Schaeffer, psychiatre) dans
Traque en série, six fois deux épisodes de 45 minutes). Une nouvelle réussite danoise ? Probablement !

La création audiovisuelle en quatre étapes

Pour la création, il  faut franchir quatre  étapes

+ l’écriture du scénario et des dialogues qui tient de la littérature

+ la direction artistique qui assure la cohérence esthétique et tient des arts plastiques ( décors, couleurs, costumes, lumières )

+ la mise en scène qui se rattache au théâtre et repose sur les deux démarches qui précèdent pour diriger les acteurs et la caméra

+ les finitions, qui comprennent le montage, la sonorisation qui tient d’une sorte de musicalité qui ne se borne pas à la seule musique et la préparation des supports de diffusion

Le véritable auteur d’une œuvre audiovisuelle doit participer aux quatre étapes, mais la « politique des auteurs » n’a souvent retenu que l’étape de la mise en scène. Un film ou téléfilm d’une centaine de minutes est comparable à une nouvelle d’une centaine de pages.

"Plus belle la vie" : le 23 septembre, ce fut le numro 2328

« Plus belle la vie » : en septembre 2013, déjà plus de 23oo numéros de cet agréable « soap-opéra »

Les soap-opéras

Depuis bien des années, la télévision donne naissance à des séries que l’on nomme avec un peu de mépris « soap-opéras » qui reviennent chaque jour avec la régularité métronomique d’un téléjournal. Sur la seule RTS, actuellement, le 24 septembre 2013, « Plus belle la vie » en est à l’épisode 2330, « Top Models » arrive au 6534 et « Les feux de l’amour » suivent à 6224.

Jacob Cedergren /traque en série

Jacob Cedergren (Thomas Schaeffer) /Traque en série

Des unitaires aux récurrentes

Les séries qui en principe réapparaissent chaque semaine sont dans l’ensemble plus intéressantes. Elles sont de nature assez différentes. Les « unitaires » racontent une histoire différente à chaque mais avec des mêmes personnages qui restent semblables à eux-mêmes. Les récurrentes » proposent des récits qui progressent d’un épisode à l’autre avec plusieurs personnages dont le comportement se modifie.  On retrouve alors les qualités de la grande littérature épique, dans d’étonnantes sagas souvent familiales.  Entre deux se situent les « hybrides ».

Laura Bach

Laura Bach (Katrine Ries Jensen) / Traque en série.

 

La domination américaine

Les américains dominent largement le monde des séries depuis bien des années, mais dans nos régions occidentales, les anglais comme les français s’expriment parfois avec bonheur. Sur TSR, la programmation fait place aux heures dites de grande écoute, entre dix-huit et vingt-trois heures, à une majorité d’unitaires américains. Leur mérite tient à la fois à leur coût, cent francs la minute et à la force attractive qu’ils exercent sur le grand public. De nombreuses cases horaires sont occupées à moindres frais en maintenant les parts de marché annuelles à un bon niveau.

Programmation en duos

Légende Birgitte Nyborg (Sidse Babett Knudsen), Katrine Fønsmark (Birgitte Hjort Sørensen), Erik Hoffmann (Kristian Halken) et Nete Buch (Julie Agnete Vang Christensen). Crédit/Copyright : RTS/Mike Kollöffel Saison 3/ep2

Birgitte Nyborg (Sidse Babett Knudsen), Katrine Fønsmark (Birgitte Hjort Sørensen), Erik Hoffmann (Kristian Halken) et Nete Buch (Julie Agnete Vang Christensen).
Crédit/Copyright : RTS/Mike Kollöffel
Borgen, Saison 3/épisode 2

 

A l’origine, les séries sont faites pour être consommées une par une à intervalles réguliers. C’est ainsi que cela se passe au pays des séries triomphantes, aux USA, où la fidélisation est particulièrement soignée en fin d’un épisode par un point d’interrogation ?

Curieusement, dans l’Europe surtout francophone à laquelle nous nous référons, le mode de diffusion n’est pas le même. On y présente des duos le même jour ou même des triplets. Ces habitudes des chaînes généralistes commerciales ont débordé sur les chaînes généralistes de service public. La RTS ne fait que suivre ces habitudes parfois en présentant certaines séries doublées avant les chaînes françaises, en s’alignant sur FT1 et M6

On doit aussi remarquer que les séries récurrentes sont programmées à la RTS en milieu ou fin de premier rideau, parfois même en nocturne, alors que les unitaires occupent les heures de grande écoute. Les unitaires d’un abord facile feraient-elles de meilleures audiences que les récurrentes ou les hybrides ? Le critère de qualité n’est donc probablement pas pris en compte.

égende Birgitte Nyborg (Sidse Babett Knudsen) et Bent Sejrø (Lars Knutzon). Crédit/Copyright : RTS/Mike Kollöffel


Birgitte Nyborg (Sidse Babett Knudsen) et Bent Sejrø (Lars Knutzon).
Crédit/Copyright : RTS/Mike Kollöffel

 

Comment aborde les séries récurrentes ?

La politique des auteurs, culturellement solide, prend en  compte une notion de qualité qui n’est pas forcément confirmée par la quantité issue du box-office.  Comment adapter cette politique aux séries récurrentes ? Il faut d’abord apprendre à se poser les bonnes questions. On commence à en deviner quelques-unes. Il est certain que l’écriture est désormais primordiale : on commence à parler du « Showrunner», le patron d’une équipe de scénaristes et dialoguistes qui a une vue d’ensemble sur la série qui se décline parfois en plusieurs saisons. Mais l’habitué à la politique des auteurs dans le sillage des « Cahiers du Cinéma » et maintenant peut-être plus encore de « Positif » ne sait plus très bien décrire le rôle que joue le réalisateur et comment se déroulent les finitions avec l’étape pourtant essentielle du montage. Un nouvel apprentissage devient indispensable. Ces lignes amorcent une réflexion

« La source » sur RTS2 avant France 2 !

 

Le vendredi soir, et pour deux semaines encore, c’est veillée tardive pour passer de magnifiques moments avec les personnages de « Borgen » que je place actuellement parmi mes cinq meilleures séries jamais vues. Et je continue de préférer une vision sur mon assez grand petit écran sans interruption que de m’installer sur internet. Comme je continuerai encore longtemps de préférer découvrir un film sur grand écran dans une salle obscure où le rideau se lève  encore sur des promesses parfois tenues.

« Trois propositions vers 21h00

Dès lors, que faire avant 23h00 ? Repéré trois possibilités au soir du vendredi 13 septembre aux environs de 21h00 : sur France 2, « Les limiers » nos 3 et 4 de la première saison,  sur ARTE un épisode de plus des enquêtes unitaires du scandinave   « Wallander » , sur RTS2 les deux premiers épisodes d’une série française, « La source ».

« Les limiers », premiers plans : on recherche un violeur pour le meurtre de cinq femmes ! Passons à autre chose : il y a  trop de meurtres de fictions, de viols, d’armes dégainées, d’affrontements violents.  « Wallander » ? Du cousu main, solide, bien tenu par l’anglais Kenneth Branagh, mais apparemment aucune surprise.

La source : Marie Voisin (Flore Bonaventura), étudiante

La source : Marie Voisin (Flore Bonaventura), étudiante

Dès les premiers plans, le déclic se produit pour « La source ». Il y a certes la mort violente d’une certaine Mylène au comportement bien curieux alors qu’elle semblait fouiner subrepticement dans les locaux d’une entreprise. Mais ce sera tout ou presque pour la mort et les violences. Il faut une petite dizaine de minutes pour s’installer confortablement dans cette nouvelle série qui confirme le lent retour en forme du service public français. Cette étudiante charmante et intellectuellement douée, Marie Voisin ( Flore Bonaventura), qui gagne sa vie en faisant de la surveillance d’enfants chez les Lacanel, va se faire imposer d’espionner son patron, John, directeur d’une entreprise qui se livre peut-être à un vaste trafic de déchets toxiques. François Kalder (Edouard Moutoute), chef de la DCRI ( Direction Centrale du Renseignement Intérieur) mène l’enquête avec son adjointe Claire (Clotidle Courau).  Esther Lacanel ( Maruschka Detmers) apprécie Marie qui, certes autoritaire, s’entend bien avec les enfants.

Marie Voisin ( Flore Bonaventura) et les enfants à sa garde confiés

Marie Voisin ( Flore Bonaventura) et les enfants à sa garde confiés

Kalder conduit autant une enquête sur la mort de son amie Mylène que sur l’entreprise soupçonnée de trafic. Marie ne comprend strictement rien à ce qu’on lui demande de faire, mais elle est coincée par de fausses accusations portées contre son frère accusé de terrorisme et jeté en prison. Et vogue la galère d’un épisode à l’autre. Si violences il y a, elles sont plus psychologiques que physiques. Et puis, ce personnage principal d’étudiante douée en gardienne d’enfants transformée en espionne contre son gré nous change des glorieux héros du genre. Il se passe donc quelque chose au royaume du service public français, inscrit dans la ligne d’un renouveau qui passe par « Engrenages », « Caïn », « Détectives », « Maison close »  et quelques autres.

Clotilde Courau (Claire Périn) dans "La source"

Clotilde Courau (Claire Périn) dans « La source »

Maigre promotion sur la RTS

Alors on passe au stade suivant, en cherchant l’information qui doit bien être proposée ici et là par la promotion d’une série qui le mérite.

Pas beaucoup d’efforts entreprises par la RTS : pas vu de BDL ( à moins de l’avoir ratée), pas trouvé grand chose dans la presse spécialisée, les mêmes résumés dans le « Guide TV » et « Télétop matin », mais tout de même un entretien avec Christophe Lambert dans TV 8. Sur le site de la RTS, pas grand chose non plus. Quelques photos destinées à la presse sur rtsmédias. Dans « Sept + », la possibilité de revoir durant sept jours les deux premiers épisodes. Rien trouvé d’autre – mais je suis peut-être un plouc qui ne sait pas naviguer sur le site www.rts.ch ! Un peu court. Les responsables du programme ont fait ce qu’ils pensent être leur travail: la série apparaît sur RTS 2 à une heure abordable le vendredi 13, A V A N T sa première sur France 2 prévue pour le mercredi 18 septembre à 20h45. Mission prioritaire remplie. Mais ce n’est pas très exigeant !

Edouard Moutoute (le commissaire François Kalder) dans "La source"

Edouard Moutoute (le commissaire François Kalder) dans « La source »

Bel effort en France.

Dans la presse qui s’intéresse à la télévision, mais pas exclusivement, trouvé un élogieux développement dans « TV le monde » ( 16.09.13),  une présentation nuancée dans Télérama (18.09.13). Même « Téléstar » qui ne passe pas pour s’arrêter souvent dans le au haut de gamme, une présentation plus longue que dans les magazines romands.

Sur google,  simplement avec «  La source – France 2 », un site complet avec différentes rubriques, vidéos, épisodes, présentation, personnages, galerie, interviews. Très riche. Une offre préalable, le premier épisode en « A première vue » du 11 au 18 septembre, puis une présence durant sept jours après la présentation sur le téléviseur.

France2 fait la promotion pour "La source"

France2 fait la promotion pour « La source »

Cela permet d’an savoir un peu plus sur le réalisateur Xavier Durringer, dramaturge et aussi réalisateur, en particulier d’un film de fiction qui n’a pas laissé beaucoup de traces, « La conquête ». une sorte de biographie de Nicolas Sarkozy interprété par Denis Podalydès lors de son accession à la présidence. Au scénario, on trouve Nathalie Suhard ( « Avocats et associés ») et Laurent Burtin (« Engrenages »), co-auteurs honorables de séries honorables. La distribution est plutôt brillante, avec Christophe Lambert ( John Lacanel), Maruschka Detmers ( Claire Lacanel), Clotilde Courau (Claire Périn), Edouard Moutoute (François Kalder) qui a été l’interprète au théâtre de plusieurs textes de Xavier Durringer. Et puis il y a cette presque inconnue Flore Bonaventura, excellente en Marie Voisin.

« La source » procurer un réel plaisir par sa modeste valeur ajoutée qui s’approche du haut de gamme. Elle prend place dans une catégorie qui comprend aussi des produits suisses comme « Dix » ou « L’heure du secret 1 » ( prochaine reprise, en attendant que « L’heure du secret 2 » confirme être meilleure que le 1), par l’écriture et en partie les interprètes plus que la mise en scène.

 

 

« LA GIFLE » sur ARTE

 

Sous le titre « Diversités en séries », Le Temps publiait, le 30 août 2013, plusieurs textes signés Nicolas Dufour et un entretien avec Matthieu Béguelin, président du conseil du public, consacré aux séries majoritairement américaines programmées par la RTS. Le jeudi 12, en page 11 du même journal, le directeur de la RTS, Gilles Marchand, signe un texte intituté « Programmer des séries américaines, c’est aussi défendre le service public », qui est aussi une réponse aux contributions du 30 août. Accès direct au texte sur la page d’accueil du site  rtsr.ch

Le débat n’est pas clos! Dans le domaine de la programmation, y compris de séries américaines à forte valeur ajoutée et du cinéma d’auteur, suisse en particulier, la RTS peut – d o i t – faire mieux ! ( Fyly – 12.09.2013 – o7:52)

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Les séries intéressantes, ambitieuses, à forte valeur ajoutée, cela vient de partout. En voici trois venues d’Australie, « Top of the lake« , attendu, « Miss Fisher enquête« , il y a peu sur France 2 et « La gifle« , actuellement sur ARTE. Mais on ne les retrouve pas forcément sur la RTS.

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Top of the lake

On attend donc de Jane Campion la néo-zélandaise, une série américano-britannico-australienne,  tournée en Nouvelle-Zélande, « Top of the lake », six épisodes pour une durée d’environ six heures, présentée  dans plusieurs festivals cinématographques qui, eux, se souviennent que la réalisatrice fut une des premières ( ou la ?) femme à gagner la palme d’or à Cannes, en 1993, avec « La leçon de piano ». Les producteurs ont investi deux millions de dollars sur chaque épisode. Jane Campion a co-écrit tous les épisodes, en a réalisé trois elle-même et confié à Elisabeth Moss (la Peggy Olson « Mad Men ») un rôle important.

Top of the lake - Jane Campion. Elisabeth Moos Photo festival sundance

Top of the lake – Jane Campion. Elisabeth Moos
Photo festival sundance

Arte doit présenter un novembre une version probablement française de « Top of the lake ». il y aura peut-être enquête policière et qui sait, des meurtres aussi. Gageons qu’avec cette réalisatrice responsable du scénario on sera fort éloigné des séries unitaires répétitives. Reste à savoir si les belles-au-bois dormant sauf dans la forêt américaine ont tenté d’obtenir le droit de présenter la série sur la RTS  avant son passage sur ARTE.

Voici comment le service de presse d’ARTE présente le film :

Jane Campion revient dans un festival de cinéma avec une série télé réalisée avec Garth Davis. Cette série de six épisodes intitulée « Top of the lake » décrit un petit monde au fin fond de la Nouvelle Zélande. Un petit monde fait de meurtres, de tatouages, de femme-flic, de petite fille enceinte, de communauté de femmes fantasques, de petits chiens choyés et de gros chien assassiné. Un monde a priori bizarre et violent, décrit avec mystère mais aussi, et c´est très important, avec humour.

 

Miss Fisher enquête

Nous avons eu l’occasion d’exprimer notre satisfaction devant la vivacité de cette série australienne récurrente à épisodes policiers qui aborde des milieux différents, y compris en politique, proposée réemment en version doublée par France 2. Les belles-au-bois-dormant de la RTS qui attendant minuit pour placer le haut de gamme ont peut-être l’intention de présenter cette excellente série en matinée pour les EMS dans quelques années.

Essie Davis dans MISS FISHER ENQUETE

Essie Davis dans MISS FISHER ENQUETE

L’actrice Essie Davis porte sur ses épaules pas si frêles miss Phryne Fisher et des tenues aussi élégantes et insolites les unes que les autres.

( On trouve ce texte sous FICTIONS EN COSTUMES  –  TROIS SERIES HISTORIQUES – 18.06.2013 )

 

La gifle

C’est une fois enore ARTE qui offre en version française une série australienne comme les deux ci-dessus. Comme les belles-au-bois-dormant de la RTS qui ont décidé que leur client ne sait pas lire des sous-titres, force sera d’attendre encore quelques mois pour voir sur le petit écran romand et ses multiples avatars cette série bien éloignée des polars et autres “medics” unitaires américains. On n’en savouera pas moins quelques belles soirées en premier rideau, les quatre jeudis de septembre dès 20:50 – deux par deux.Mais pourquoi diable une chaine aussi rigoureuse qu’ARTE fait-elle comme tous ses rivaux francophones en présentant ds duos d’épisodes faits pour être savourés l’un après l’autre chaque semaine ? Pour faire croire à un long-métrage habituel?

Très simple, l’idée, que l’on nomme parfois “pitch”, un résumé très court d’un scenario, destiné à convaincre en quelques mots de l’intérêt d’une histoire (selon wiktionary; important, de citer les sources !!).

Okonado

Mélissa George – Essie Davis – Sophie Okonado
LA GIFLE – ARTE

Dans un milieu d’émigrants grecs installés à Melbourne, lors d’un picnic entre familles amies, un des invités gifle un gosse. Les parents de l’affreux jojo portent plainte. Les amis ne sont pas autant liés par l’amitié qu’on le pouvait croire.

Le doublage en français, fort bon, fait perdre les accents d’origine grecque de familles d’émigrés dans le milieu culturel anglophone de Melbourne. Mais on prend plaisir à voir de belles images, à entendre de plaisantes musiques, à observer le jeu nuancé d’excellents acteurs, à saisir peu à peu ce que les apparences d’une rencontre amicale peuvent cacher. On ne peut pas toujours affirmer que la mise en scène, en images et en sons dans les bons rythmes d’un montage fluide, soit d’un excellent niveau comme on le peut ici faire.

Huit personnages de même importance

La construction du scenario tiré d’un roman de Christof Tsiolkas est particulièrement intéressante, sans être nouvelle : chaque épisode présente un personnage. Ainsi sont-ils huit à cgacun peser un peu le même poids ; ce seront les élans ou les refus du spectateur qui vont privilégier les uns, rejeter les autres. Au montage conduit à une sorte de partition chorale à huit instruments. Certes, il y a l’unité de ce dimanche d’anniversaire qui tourne mal à cause d’une gifle.  On y revient sans insistance.  Ce qui va se passer avec chaque personnage se nourrit aussi bien d’un passé plus ou moins dévoilé en partie au cours de conversations que du présent d’un dimanche sinistre et du futur proche.

Hector (épisode 1- jeudi 5)

HECTOR, LA GIFLE, épisode 1- Jonathan LaPaglia

HECTOR, LA GIFLE, épisode 1- Jonathan LaPaglia

 

“Hector”, qui vient d’atteindre quarante ans, est le sujet du premier episode. Son entente avec son épouse Aisha connait des moments de tension ou d’indifférence.  Le conflit entre eux latent éclate à cause d’un cadeau presque imposé par ses parents. Hector trouve vraiment exquise Connie, lajeune baby-sitter qui s’occupe deleurs deux enfants. Banal, assurément, mais la qualité de la mise en scène et du texte transcende souvent cette banalité ne serait-ce qu’à traverse  des non-dits.

Anouk ( episode 2 – jeudi 5)

 

Essie Davis et son jeune amant dans LA GIFLE, épisode 2 - ANOUK

Essie Davis et son jeune amant dans LA GIFLE, épisode 2 – ANOUK

“Anouk”, la quarantaine elle aussi, affublée d’un amant beaucoup plus jeune qu’elle, est responsible d’un groupe de scénaristes qui écrivent les episodes d’un “soap opera” pour la television. On comprend assez facilement qu’ils ne travaillent pas sur un sujet aussi ambitieux que “La “gifle”. L’écriture doit être rapide, et souples les reactions pour accepter les directives imposant des changements. On voit Anouk voit vomir, puis se render à une consultation médicale. Reste à se demander à quel moment le spectateur pressent ou comprend qu’elle est enceinte. A quarante-et-un an, voilà qui pose problem. Elle prend une décision sans consulter son compagnon. Banal ? Pas certain ! Ici aussi la finesse de l’approche des personnages, les liens qui se tissent entre les uns et les autres, le rappel de l’incident de base sans tiennent lui de ce spectacle à huit instruments qui tient qui de la chorégraphie d’un ballet. La série apporte aussi d’intéressantes infofrmations sur une société autralienne qui n’est pas au centre de nombreuses oeuvres audiovisuelles. On en prend par instants plein la gueule avec des personnages qui sont plus aptes à se déchirer qu’à se comprendre.

“La gifle” a été présentée à Genève, au festival Tous Ecrans l’année dernière. Les “belles-aux-bois-dormant”  de la RTS, responsables de l’achat et de la programmation des séries n’ont peut-être pas trouvé le temps de s’y rendre, trop occupées à rechercher parmi leurs achats les meilleures series à réserver pour les diffusions de minuit.

« Borgen »: saison 3

 

 

Sous le titre « Diversités en séries », Le Temps publiait, le 30 septembre 2013, plusieurs textes signés Nicolas Dufour et un entretien avec Matthieu Béguelin, président du conseil du public, consacré aux séries majoritairement américaines programmées par la RTS. Le jeudi 12, en page 11 du même journal, le directeur de la RTS, Gilles Marchand, signe un texte intituté « Programmer des séries américaines, c’est aussi défendre le service public », qui est aussi une réponse aux contributions du 30 septembre. Accès direct au texte au centre de la page d’accueil du site rtsr.ch

Le débat n’est pas clos. Dans le domaine de la programmation, y compris de séries américaines à forte valeur ajoutée et du cinéma d’auteur, suisse en particulier, la RTS peut – d o i t – faire mieux ! ( Fyly – 12.09.2013 – o7:52)

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Sages, ces danois : ils ne vont pas surexploiter leur mine d’or. « Borgen » s’arrête à la fin de la troisième saison. Son auteur principal, Adam Price, appartient à la famille des meilleurs « showrunners », ces responsables de la structure d’une série qui dirigent des équipes de scénaristes et de dialoguistes.

Le plaisir des retrouvailles

Il y a d’abord un plaisir au premier degré, celui de retrouver une bande de « copains », et parmi eux d’y compter quelques amies  ou amis. C’est un des effets positifs de la série récurrente qui se développe comme une imposante saga. Content de vous retrouver, Birgitte, Katrine, Kasper, Ulrik, Torben, Philippe, Layra, Magnus et les autres.

BORGEN Saison 3-3 Débat politique entre Svend Åge Saltum (Ole Thestrup) et Birgitte Nyborg (Sidse Babett Knudsen) modéré par les journalistes Juul (Pilou Asbæk) et Torben Friis (Søren Malling). [Mike Kollöffel - RTS]

BORGEN Saison 3-3
Débat politique entre Svend Åge Saltum (Ole Thestrup) et Birgitte Nyborg (Sidse Babett Knudsen) modéré par les journalistes Juul (Pilou Asbæk) et Torben Friis (Søren Malling). [Mike Kollöffel – RTS]

Contre une loi trop sévère

Depuis sa défaite électorale, Birgitte parcourt le monde en conférencière. Layra et Magnus grandissent. L’ancienne cheffe du gouvernement a gardé un plutôt bon contact avec son ex-mari Philippe, tout en ayant un nouveau compagnon. Mais elle n’arrive pas à oublier la politique, elle qui s’est refusée à faire des compromis sur les droits de l’homme. Or le parlement danois s’apprête à voter une loi sévère qui devrait permettre d’expulser plus facilement des étrangers considérés comme indésirables. Cela, Birgitte la centriste ne le supporte pas. Elle penche vers la gauche humanitaire plutôt  que la droite sécuritaire. Elle veut donc reprendre le combat.

Candidate à la présidence de son parti du centre, elle est battue par 59 voix contre 51. Rentrer dans le rang ? Pas question. Elle décide, seule d’abord, de fonder un nouveau parti. Katrine, la journaliste de la première chaîne, qui élève plus ou moins seule un enfant en bas âge, prendra le risque de la rejoindre. Elle ne restera pas seule. Ses anciens amis vont devoir se définir par rapport à elle.

Anecdote : un certain Grabre !

 Birgitte se présente à l’entrée de la télévision. L’entrée lui est d’abord interdite, car elle doit décliner son identité comme n’importe quel quidam. Et puis, un gardien n’est pas censé avoir mémorisé les visages du tout le personnel politique du pays, surtout deux ans après un retrait du pouvoir.

BORGEN  SAISON 3 - 4 Brigiette avec ses deux enfants Magnus et Leyra

BORGEN SAISON 3 – 4
Birgitte avec ses deux enfants Magnus et Leyra

Exagération de scénariste ?  Une anecdote m’est revenue, qui circulait à la TSR à la fin des années soixante. Un monsieur d’un certain âge se présente à l’entrée où il est sommé de patienter. Le gardien prend son téléphone interne, appelle Monsieur Dumur pour lui demander ce qu’il doit faire avec « un certain msieur Grabre » qui veut le rejoindre. Pierre Graber était alors président de la Confédération s’en attendu, sauf erreur, à « Table ouverte »!

Politique d’accueil

Fonder un nouveau parti national pour lutter contre une politique d’accueil des demandeurs d’asile jugée trop sévère, n’est-ce pas utopique ? Oui, c’est de la fiction. Mais tout de même, pour appuyer  Madame Widmer-Schlumpff rejetée pour crime de lèse-majesté blocherienne, en 2008 en Suisse fut créé un nouveau parti, le certes modeste PDB.

BORGEN Saison 3 - 2 Johan Philip Pilou Asbaek (Kasper Juul),  Katrine et le bébé

BORGEN Saison 3 – 2
Johan Philip Pilou Asbaek (Kasper Juul),
et Birgitt Hjort Sorensen (Katrine Fonsmark) et le bébé

La vie politique suisse de 2008 présente quelque ressemblance avec la fiction danoise. « Borgen » est le reflet réinventé de certaines réalités politiques qui se restent pas confinées dans un petit territoire. Mais on pourrait faire un « Borgen » suisse, en s’inspirant en partie de nos réalités. Regarder« Borgen » en pensant à notre propre situation ouvre un nouvel angle d’approche sur cette série qui reste donc parmi les meilleures que l’on puisse voir actuellement.

Un plaisir gâché…..

 

BORGEN / Saison 3 - 1 Sidse Babett Knuden (joue Birgitte Nyborg Christensen) Mikael Birrkjaer (Philip Christensen)

BORGEN / Saison 3 – 1
Sidse Babett Knuden (Birgitte Nyborg Christensen) et Mikael Birrkjaer (Philip Christensen)

Je vais rabâcher au risque d’énerver  le lecteur !! Il faut être au rendez-vous proposé par  RTS 1, le vendredi 6 septembre 2013 à 23 :50, une demi-heure plus tard que pour les quatre autres duos d’épisodes présentés à 23h20. La fin de l’épisode 4, c’est pour 01h50 – mais oui, deux heures du matin! « Passe-moi les jumelles » qui a vingt ans mérite bien deux heures de fête en premier rideau. Les fanatiques du « Mentaliste » peuvent, ce soir-là, se plaindre de n’avoir eu qu’un numéro de leur série préférée. Les noctambules qui aiment « Borgen » pourront se taper comme d’habitude deux numéros successifs d’une série pourtant conçue pour être proposée épisode par épisode. Il faudra revenir aussi sur ce principe de programmation qui imite servilement les généralistes de France, commerciales mais hélas aussi de service public, qui accumulent parfois trois ou quatre  épisodes le même soir. Un incroyable non-sens!

Cette programmation tardive est tout simplement un défi à la qualité, une provocation faite contre ceux qui rêvent d’une mise en valeur de ce que la fiction offre actuellement de meilleur parmi les séries récurrentes. Incompréhensible ! Inexcusable ! Mais pourquoi diable les responsables de la programmation sabotent-ils (faudrait-il écrire « elles ») le travail des créateurs ? Et où va se cacher l’esprit du « Siècle des Lumières » auquel le PDG de la SSR-SRG, Roger de Weck, se référait  en accédant à sa nouvelle fonction?

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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