Deux descendants de Sherlock Holmes

Vient d’être mis en ligne une septième partie consacrée à « Port d’attache » : les épisodes 3 et 4 renforcent la tendance mélodramatique de la saga à trois familles tandis que l’aspect politique de la lutte contre l’installation d’une clinique de chirurgie corporelle reste trop effacé (06.02.2013)

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Le personnage de Conan Doyle

Empruntées à Wikipédia, ces quelques caractéristiques concernent le personnage inventé par Sir Conan Doyle (1859-1930) dans quatre romans et des dizaines de nouvelles.

Célibataire, il habite au 221B, Baker Street à Londres, avec son ami le Dr Watson. Il a un côté « bohème », même en étant constamment hyperactif. Ses connaissances en anatomie sont grandes. Supérieurement intelligent, il préfère la justice à la loi. Sa méthode de travail passe par une observation des indices, des phases de réflexion avant de formuler un verdict en une synthèse rigoureuse. Il se drogue occasionnellement. Il est aussi mélomane en ses loisirs.

Pour donner libre cours à de plus hautes ambitions littéraires, Doyle fit mourir Holmes dans les chutes de Reichenbach. Mais sous la pression de ses admirateurs, un tour de passe-passe littéraire provoqua sa résurrection. Le personnage, paradoxalement,  échappait à Doyle. Il allait y avoir une ribambelle d’Holmes audiovisuels.

Gregory House

Les caractéristiques de Sherlock s’appliquent t fort bien à Gregory House qui, après huit saisons, vient de quitter le petit écran romand Le « Dr House » aura eu une longue vie audiovisuelle, aussi dense sinon plus que la vie littéraire de Sherlock Holmes.

Ce n’est pas Gregory House, mais Hugh Laurie à Montreux

Ce n’est pas Gregory House, mais Hugh Laurie à Montreux

House, cela sonne un peu comme Holmes, Watson et Wilson sont assez proches. Les ressemblances peuvent encore être prolongées. House, à ses heures perdues, jouait de plusieurs instruments. Mais Hugh Laurie, co.-producteur de la série et acteur, possède une voix taillée pour le blues et maîtrise le piano. Il a participé  au Montreux Jazz Festival en 2012.

Un Sherlock de la BBC

La série signée Mark Gattis et Steven Moffat est composée de trois saisons. Du 21 décembre 2012 au 25 janvier 2013, la RTS a rediffusé les saisons une et deux  en fin de soirée du vendredi. Il peut arriver à tout voyageur même attentif de rater un train. C’est ce qui m’est arrivé en avril 2011. Dès lors, ces quelques remarques veulent saluer tardivement une série qui aurait mérité beaucoup plus d’attention. « Sherlock Homes » a  passé sur de nombreuses chaines, rencontrant souvent un beau succès, par exemple avec une dizaine de millions de téléspectateurs au Royaume-Uni à chacun des six épisodes de nonante minutes environ.

Sir Conan Doyle s’est souvent rendu en Suisse alpestre. Sa statue est dressée devant la chapelle de Meiringen

Sir Conan Doyle s’est souvent rendu en Suisse alpestre. Sa statue est dressée devant la chapelle de Meiringen

Mieux vaut donc tard que jamais pour signaler la tranquille liberté prise par les  scénaristes dans leur adaptation inscrite dans le monde contemporain. C’est ainsi que l’on peut voir apparaître sur un mur le portrait de Winston Churchill et celui de Margaret Thatcher.

« Le chien des Baskerville »  devient   « Les chiens de Baskerville »

Dans le Devonshire, un énorme chien démoniaque à la gueule enflammée aurait tué un membre de la famille Baskerville, prénommé Hugo. Son descendant, Sir Charles, veut en savoir davantage. Holmes enquête.

Benedict Cumberbath ( Sherlock Holmes ) et Martin Freeman (Dr Watson) version BBC

Benedict Cumberbatch ( Sherlock Holmes ) et Martin Freeman (Dr Watson) version BBC

Dans la version pour la BBC, Holmes se rend dans le Dartmoor à la demande d’un fils traumatisé par le mort de son père qui aurait été tué par un véritable molosse ( en anglais hound). Leur enquête les conduit dans un centre de recherche militaire secrète sis à Baskerville, placé sous rigoureuse surveillance. On y élève des singes soumis aux effets d’un gaz toxique puissant qui provoque des hallucinations. « Le chien des Baskerville » de Doyle est devenu « Les chiens de Baskerville », avec inversion singulier/pluriel. Et pourtant, les scénaristes respectent l’esprit de sir Conan Doyle.

La qualité des deux épisodes qui composent des « Chiens » est suffisamment frappante pour que l’on se dise que la mise en scène pourrait bien, de temps en temps, être aussi importante que l’écriture. Mais j’en reste là de cet   hommage trop tardif et serai plus vigilant

Chronique d’une mort oubliée

Pour saluer la présence de « Ma nouvelle Héloïse » de Francis Reusser à Soleure le dimanche 27 janvier 2013, lire un complément au texte « Ma nouvelle Héloïse », en troisième partie, « C’est la faute à Voltaire », composé de quelques zigzags (24.01.2013)

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Pierre Morath consacre un document d’une grande dignité à la découverte en mai 2005 d’un corps vingt-huit mois après sa mort. Un débat de grande valeur suit la projection de « Chronique d’une mort oubliée »  (RTS 1 – 16.01.2013) découvert à « Visions du réel » à Nyon en avril 2012. La télévision sait alors se faire indispensable  pour contribuer à éviter de laisser des personnes dans une immense solitude. De Janvier 2003 à janvier 2013, il y a dix ans….

En mai 2005, un corps d’os et de poussière est découvert dans un appartement d’un immeuble locatif de Genève. Quelques jours plus tard, avec un texte paru dans la « Tribune de Genève », tombe une nouvelle stupéfiante. La mort se serait produite il y a 28 mois. Le gouvernement genevois commandite ensuite une enquête en imposant une condition de confidentialité.

Le couloir vide d’un immeuble locatif !

Le couloir vide d’un immeuble locatif !

Le cinéaste Pierre Morath se lance dans une longue investigation qui aboutit, en avril 2012, à la présentation de  « Chronique d’une mort oubliée » au festival de Nyon où il reçoit un accueil digne de ses  qualités. Huit mois plus tard, la RTS présente le film en premier rideau qui sera suivi d’un débat d’un remarquable niveau.

Comprendre les mécanismes d’un oubli

Avant 2005, les proches du défunt n’ont rien entrepris pour trouver les raisons de son absence. Les institutions, publiques  ou privées, n’ont pas davantage fait preuve de curiosité. Mais le document de Pierre Morath ne se fait pas du tout accusateur : il cherche à comprendre et y parvient souvent comment un tel oubli a pu s’installer.

Impossible ou presque qu’un document puisse permette de comprendre les raisons d’une décès dans  de telles conditions. Il y a peut-être un côté suicidaire volontaire ou non dans une telle solitude. Ce renoncement à vivre pourrait bien avoir précédé la mort physique. Le document ne se hasarde pas à poser à une telle question laissant  quelques-uns, parfois, à leurs regrets personnels.

Contribuer à briser des solitudes

Par contre, le débat qui suivit la projection du document aura fait apparaître des ouvertures qui devraient contribuer à briser des solitudes. Pour les institutions, une meilleure collaboration entre elles apparaît indispensable. Pour les personnes, une plus grande attention à l’égard des isolés s’impose comme un devoir de solidarité active.

Une clause de confidentialité

Une levée de corps par la police

Une levée de corps par la police

Vingt- huit mois ont séparé la mort de la découverte du corps. Le conseil d’Etat genevois, en demandant une enquête à un expert, réagissait positivement à cet oubli. On peut toutefois s’étonner d’une clause de confidentialité qui, à en croire un participant au début, n’est que partiellement levée actuellement.

Pierre Morath s’est ensuite lancé dans une longue investigation qui lui a permis, en avril 2012, de présenter son film dans un festival qui aura contribué à attirer une première fois l’attention sur un mort longtemps oublié. Il a fait, répétons-le, un remarquable travail. Le début s’est montré digne du film. A noter que la publicité télévisée ne s’est exceptionnellement  pas glissée entre le document et le débat!

Mieux vaut tard que jamais

Mais d’avril 2012 lors de la présentation en public à Nyon à janvier 2013 avec un « Infrarouge » en deux parties,  il y a près de neuf mois. Et de janvier 2003 à janvier 2013 il y a dix ans. Or l’impact sur des milliers de téléspectateurs, après celui provoqué par des articles de presse et des informations audiovisuelles, peut être important,  pour contribuer à éviter de trop grandes solitudes. Il aura fallu attendre longtemps pour que la télévision fasse assurément œuvre utile, grâce à une prise de position de l’équipe des « Docs » sur un sujet qui aurait peut-être aussi pu retenir l’attention de « Temps présent ». S’il est une occasion d’utiliser le cliché du « mieux vaut tard de jamais », c’est bien celle-ci !

Les promesses de « Port d’attache »

Pour agrémenter la lecture de ce dossier qui ne trouverait pas place dans « 20 minutes », l’illustration permet d’abord de présenter quelques-uns des principaux personnages, les Chappuis (cinq), les Vailland (trois), les Monnestier (deux et deux outsiders, Carrier et Leutrat.

Juliette Chappuis ( Catherine Wilkening), le pivot de la famille, qui va défendre son bien, une taverne modeste au bord du lac.

Juliette Chappuis ( Catherine Wilkening), le pivot de la famille, qui va défendre son bien, une taverne modeste au bord du lac.

Avertissement :

Dès le samedi 12 janvier 2013 peu après vingt heures, la RTS propose les six épisodes d’environ cinquante minutes de sa nouvelle série, « Port d’attache ». Voici les têtes de « chapitres » d’un mini-dossier.  Ces différents « chapitres » sont construits pour être lus indépendamment  les uns des autres.

1. L’existence même de la nouvelle série de la RTS, « Port d’attache » est le produit d’un bel effort de la RTS qui mérite d’être souligné.

2. Il faut donc profiter de l’occasion pour inscrire cette nouvelle série dans les cinq   récentes qui la précèdent.

3. La description des conditions dans lesquelles nous abordons ce sujet mérite d’être précisée.

4. Et il convient d’emblée de mettre en évidence l’importance de l’écriture, qui vaut pour toute série du moins si celle-ci est au moins un peu ambitieuse.

5. Dès le premier épisode, les prises de risques sont nombreuses, bonnes ou mauvaises. Ces considérations portent sur l’écriture, pas encore sur la mise en scène ( Mise en ligne de 10 janvier 2013).

6. Les promesses seront-elles vraiment tenues ? Le deuxième épisode provoque une certaine inquiétude. Un peu trop de saga familiale compliquée et pas assez de vie publique : un ancien adultère contre un vote escamoté par le scénario. ( Mise en ligne le 22 janvier 2013).

7. Au cours des épisodes 3 et 4, la saga occupe une plus grande place que la vie de société. Et cette saga joue du mélodrame, avec le retour de Faustine ( mise en ligne le 6 février 2013).

8 / Hélas, les promesses n’auront finalement pas été tenues. « Port d’attache » n’est pas un petit pas en avant ! Regrettable et triste conclusion ! ( mis en ligne le 8 avril 2013)

Christian Vailland ( Thierry Meury), maire de Tally, est aussi un ami d’enfance de Juliette Chappuis

Christian Vailland ( Thierry Meury), maire de Tally, est aussi un ami d’enfance de Juliette Chappuis

1/ Le bel effort produit par la RTS

Pour ces six seules heures de création dans le domaine de la fiction, .la RTS consacre un peu plus de un pourcent de ses moyens financiers.  Il est en effet probable que le budget global à disposition ressemble à celui du récent « L’heure du secret », qui était voisin de quatre millions, soit environ treize mille francs la minute. La RTS ne peut répéter une telle opération que deux ou trois fois par année.

Notons en passant l’avantage d’un texte mis en ligne sur internet : il est  facile de le modifier, de le compléter au fur et à mesure d’informations complémentaires ou d’idées nouvelles. Ainsi sera-t-il fait si nécessaire.

Six noms sont inscrits au générique pour le staff de production, une dizaine d’autres ont contribué à l’écriture, et l’équipe de direction du tournage et des finitions comporte une dizaine de noms. Il y a douze personnages principaux et une bonne trentaine de secondaires. Il serait intéressant d’additionner les mois de travail ainsi accumulés pour obtenir ces trois cents minutes de fictions. Ils se comptent par centaines.

C’est presque dérisoire de parler de leur travail en quelques dizaines de lignes. Tout travail mérite salaire, dit-on, ici en payant de sa personne par attention.  Après ma seule vision d’un DVD, je dispose d’un premier jet de onze mille signes auxquelles s’ajoutent celles-ci !

Margot Monnestier ( Viviana Aliberti), occupa la mairie avant Vailland. Elle se lance dans une campagne politique pour devenir parlementaire fédérale.

Margot Monnestier ( Viviana Aliberti), occupa la mairie avant Vailland. Elle se lance dans une campagne politique pour devenir parlementaire fédérale.

2/ Les cinq plus récentes séries de la RTS

La réputation de la RTS ne s’est que rarement faite sur l’originalité de ses séries de fiction. « Notre» télévision aura tiré sa force et sa bonne réputation de ses magazines d’information bien exposés en premier rideau, de la bonne qualité de ses documents de création, de son information quotidienne et de la présence même excessive du sport. La programmation de la fiction est souvent restée prudente,  peu soutenue par une promotion timide, souvent à des heures tardives. Trop de séries du haut de gamme passent en fin de soirée, en duos et parfois même en trios, ce qui est la négation même de leur esprit. Il en va de même pour le cinéma d’auteur. La ressemblance est trop grande avec les  programmes de chaînes commerciales françaises qu’il faut prendre de vitesse  par n’importe quelle astuce .

Depuis le tournant du siècle, une saine ambition a fait son apparition. Certes, et la chose est rappelée dans la document de promotion qui accompagne « Port d’attache », la RTS se sent fière de pouvoir présenter ses séries à des heures de grand écoute, en ouverture du premier rideau ou au début de cette période ( en principe vers les 20h00, après téléjournal, météo et publicité). On y souligne du reste le bon accueil du public avec d’estimables parts de marché. Toutefois, ce souci du bon audimat possède un côté « populaire et de qualité » qui n’aura pas fait tellement de bien au cinéma suisse de fiction sous l’ère de Nicolas Bideau. Mais ceci est une tout autre question.

Voyons tout de même comment les cinq séries les plus récentes peuvent être appréciées, selon une approche forcément personnelle. Dans un ordre croissant de préférence, on peut aligner « T’es pas la seule » mieux qu’insuffisant mais pas encore suffisant ( dans le langage scolaire avec note la plus basse égale à un et la meilleure à six, ce serait  un 3,5 ), puis « En direct de notre passé » divertissement sans ambition, un peu mieux que simplement suffisant ( 4,25), pour en arriver à la satisfaction apportée par « Crom » ( 4,5), la proximité de «bien » valant pour « L’heure du secret » ( 4.75), seul « Dix » atteignant l’appréciation « bien » (5,0). A première vue, « Port d’attache » s’en va probablement frôler et peut-être atteindre la mention « bien ». Le bilan est à faire après le 6ème épisode.

En passant, pour s’expliquer sur ces préférences personnelles, « Ainsi soient-ils » recevrait 5.25 comme « Un village français », « The killing » et « Boardwork empire » des 5.50 et « Homeland » et « Borgen » arrivant au 5.75.

Oui, mais pour décoller du 5, il faut plus que de prochains petits pas. Pour faire aussi bien que les Danois avec « The killing » et « Borgen », un grand bond en avant est nécessaire.

Jean-Paul Chappuis ( Pierre-Isaïe Duc), homme tranquille, aime son métier de pêcheur.

Jean-Paul Chappuis ( Pierre-Isaïe Duc), homme tranquille, aime son métier de pêcheur.

3/ Conditions d’approche

Du samedi 12 janvier 2013 peu après 20h00 au samedi 16 février, la RTS offre donc en premier rideau sa nouvelle série ambitieuse, « Port d’attache ». Ces lignes sont écrites avant le samedi 12, à partir du visionnement d0un DVD du premier épisode d’un peu plus de cinquante minutes et de la lecture du dossier mis à disposition de la presse qui comprend une douzaine de pages. Ce ne sont pas tout à fait les mêmes conditions que celle du téléspectateur du premier samedi soir, mais elles permettent de formuler des premières remarques, de se poser des questions, de « parier » sur la suite.

Bemjamin Monestier ( Stéphane Boschung), 24 ans, est un jeune arriviste.

Bemjamin Monestier ( Stéphane Boschung), 24 ans, est un jeune arriviste.

4/ L’importance de l’écriture

La série tient du cinéma. Mais c’est en même temps un retour indirect à la littérature. On admet de manière un peu simpliste qu’il faut un peu plus d’une minute de film pour restituer le contenu d’une page de livre. Le long-métrage de cinéma, avec sa moyenne autour des nonante minutes, correspond à une nouvelle  un peu développée ou à un très court roman. La série, surtout avec son niveau d’exigence de plus en plus élevé, est équivalente à un imposant roman.

Pendant des décennies, surtout dès le milieu du siècle dernier, le cinéma dans ce qu’il a de meilleur a été abordé à travers la notion d’auteur. L’important était et reste encore le cinéaste qui met en scène un texte, dirige les acteurs dans des décors, construit le film  montage en procédant au mélange de l’image et du son qui peuvent très bien être partiellement autonomes. On aura vécu pendant cinquante ans avec la notion d’auteur de film, cet auteur étant d’abord metteur en scène,parfois aussi co-scénariste , bien entendu présent lors de toutes les étapes de la finition.

Les meilleures séries, actuellement, doivent remplir une condition nécessaire : être bien écrites. Le scénariste du cinéma fait désormais place à des équipes qui écrivent, certes souvent sous la direction de ce que les américains appellent un « showrunner », autrement dit  l’écrivain en chef du projet.

Même si on ne sait trop qui est le « showrunner » dans les récentes séries de la RTS, il faut s’arrêter d’emblée sur l’écriture d’un projet, sur les structures de l’intrigue. Il n’y a pas de série acceptable sans un bon texte.  Le réalisateur n’est pas au service de son univers personnel, il se transforme en traducteur d’un texte auquel il doit doner vivre. C’est ainsi que pour le moment on ne mentionne guère le nom du responsable de la réalisation d’une série, laquelle est d’abord affaire de scénaristes, rarement esseulés.

Ariane (Roxane Baumachon), fille unique du couple Vailland, étudiante en médecine, amoureuse de Benjamin, est aussi la filleule de Juliette : cela se complique !

Ariane (Roxane Baumachon), fille unique du couple Vailland, étudiante en médecine, amoureuse de Benjamin, est aussi la filleule de Juliette : cela se complique !

5/ Prises de risques, bons ou non, dans le premier épisode

Le fonctionnement de la série est facile à saisir : dans une petite et agréable bourgade en bord de lac, des promoteurs espèrent pouvoir ériger une luxueuse clinique de soins corporels. Ils veulent devenir propriétaires du terrain sur lequel est construite une maison familiale qui sert aussi de buvette.

Trois clans

Une douzaine de personnages importants vont apparaître dès le premier épisode: les cinq Chappuis, les trois Vailland et les deux Monnestier qui vivent dans la commune de Lally. On pourrait réduire les conflits à venir à l’affrontement des trois chefs de clan, Juliette Chappuis la tenancière, Christian Vailland le maire et Margot Monnestier, la politicienne et actionnaire de la société Paradia à l’origine du projet de construction. Le maire va se trouver pris entre les Chappuis et les Monnestier.

Des bons et des méchants

Sommairement, dans le premier épisode, les Chappuis sont des gens modestes qui veulent défendre en écolos respectueux de la nature leur coin de terre qui est aussi leur instrument de travail : ce sont les « Bons ». Les Monnestier se lancent dans une opération immobilière aux marges de la santé publique de base qui doit contribuer à les enrichir plus encore : ce sont les « Méchants ». Entre eux, le Maire va osciller des uns aux autres en cherchant à rester plus ou moins neutre s’il est pourtant soucieux du développement de sa Commune. Dans le fond, on entre dans un western. Qui donc va triompher, finalement ? L’astuce pourrait bien être de ne pas le dire clairement, ce qui laisserait ouverte la possibilité d’une deuxième saison. Suspens !

Ernest Grand ( Maurice Auclair), l'ancêtre du clan Chappuis

Ernest Grand ( Maurice Auclair), l’ancêtre du clan Chappuis

Oû va-t-on ?

Mais, au lieu d’une clinique de soins corporels de luxe, à base d’une chirurgie de confort, on aurait pu choisir d’envisager la construction d’une maison de retraite ou d’une école, ou encore d’habitations à loyer modérés. Mais pas au bord d’un lac où les propriétés privées sont souvent luxueuses ! Les Monnestier arriveront-ils ou non à leurs fins avec l’appui de la Municipalité ? Que la réponse soit oui ou non, restera à savoir comment ou pourquoi? Va-t-on fustiger les appétits de gain des Monnestier, prendre fait et cause pour la résistance des modestes Chappuis ?

Le premier épisode doit permettre de faire connaissance avec les dix personnages principaux, aux quels vont d’ajouter Leurat, l’adjoint du maire qui sera la bras dit armé des Monnestier et Carrier, l’idéaliste qui va prendre parti pour la cause des Chappuis.

Des liens dans et entre les clans

Si la situation générale semble bien être « simple », les complications et les nuances vont forcément apparaître à travers les individualités. Mais il n’y a que quelques minutes disponibles pour chacun des douze durant les cinquante minutes du premier épisode. Pascal Chappuis, jeune adulte atteint d’une maladie d’Asperger, magnifique connaisseur de la nature végétale et animale des bords du lac, obnubilé par la construction de cabanes, s’impose en une sorte de poète attachant. On est intrigué de savoir pourquoi Augustine Chappuis a quitté Tally. Ariane, la fille unique des Vailland a pour amant Benjamin Monnestier et pour marraine Juliette Chappuis. Gloria Vailland et Juliette furent amies proches, mais ne vont pas le rester. Il y a de nombreuses indications dès le premier épisode qui garantissent la richesse des liens entre les personnages d’un même clan et entre ceux des clans qui vont s’affronter. Là, à l’évidence, les promesses seront déjà tenues.

Pascal Chappuis ( Timothée Leubat), seul poète parmi les douze

Pascal Chappuis ( Timothée Leubat), seul poète parmi les douze

Economie et politique

Dans « L’heure du secret », on apprenait certaines choses sur un horloger au moins, sur l’horlogerie mais pas grand chose ou même rien sur l’industrie horlogère. Il y avait trop de cadavres ! Dans « Port d’attache », on peut parier sur l’intérêt qu’il y a de voir vivre et évoluer les douze personnages principaux tout comme les secondaires assez nombreux. On doit d’emblée s’interroger sur le traitement qui sera fait de la vie démocratique d’une communauté et de ses règles, de l’industrie du luxe qui s’oppose à l’enracinement dans la nature préservée des rives d’un lac. Il faut espérer que ce brin d’inquiétude sur l’aspect économique et politique de la série s’efface dès le deuxième épisode. Ainsi le « local » peut tendre vers l’ « universel » …

6/ 2ème épisode : deux pères et un vote à huis-clos!

Ce deuxième épisode permet d’un peu mieux se situer par rapport à cette nouvelle saga de la RTS. Un point est désormais assuré, mais sans surprise : les prises de vues sont nettes, les sons purs. Chaque famille possède son lieu de vie, sa maison, à l’image de son milieu social. Celle des Chappuis, dans la nature verte, proche du lac, est accueillante. La demeure du maire fait assez classe moyenne. Chez les  Monnestier, le luxe est ostensiblement présent. La production a bien fait son travail dans le choix architectural, mais la beauté de la nature, le charme du lac ne dépendant pas d’elle.

Le dossier de presse de Port d’attache est surtout centré sur les interprètes. Voici la seule image qui donne une idée du paysage. Elle a été vue partout....

Le dossier de presse de Port d’attache est surtout centré sur les interprètes. Voici la seule image qui donne une idée du paysage. Elle a été vue partout….

A  Paris, filmer la Tour Eiffel…

On doit par contre s’interroger sur le choix des images de la ville. On a  vu le pont du Mont-Blanc, le Jet d’Eau, un ou deux grands boulevards, et bien entendu le massif Hôpital Universitaire. Comme si, à Paris on montrait seulement la tour Eiffel, l’Arc de Triomphe, les Champs Elysées…  et peut-être le centre Pompidou. L’énumération est un jugement de valeur que le lecteur interprétera à sa guise.

Direction d’acteur inégale !

A première vue, la direction des acteurs semble bien être un peu inégale. On se trouve plutôt dans la mouvance  « Heidi »  ou « T’es pas la seule » que « Crom » et surtout « L’heure du secret ».

Une autre image de « Port d’attache » que l’on « devine » vaguement lacustre. Curieuse, dans le dossier de presse de la RTS, l’absence du paysage et des maisons familiales..

Une autre image de « Port d’attache » que l’on « devine » vaguement lacustre. Curieuse, dans le dossier de presse de la RTS, l’absence du paysage et des maisons familiales..

Un « Bon » au passé trouble…

Le premier épisode mettait en scène les « Bons » ( Chappuis), les « Méchants » (Monnestier et leur spéculation financière autour du luxe de la chirurgie corporelle esthétique) et les « Hésitants » ( Vailland). Peu de changement sur ce point, sinon que les premières failles apparaissent chez  les « Bons », les « Méchants » campant sur leurs positions.

L’importance d’un groupe sanguin

Ce deuxième épisode traite deux problèmes principaux : la situation politique locale, avec le vote du conseil municipal en faveur de la vente du terrain et une sombre histoire d’enfant illégitime.  L’étudiante en médecine Ariane Vailland qui, comme par hasard, s’occupe de son père hospitalisé découvre à partir des groupes sanguins qu’elle n’est pas la fille de son père. A force d’insistance, elle découvre que son géniteur n’est autre que Jean-Paul Chappuis, qui ne trompa Juliette qu’une seule fois. A Tally, tout se sait  bien rapidement. La compagne du fils Monnestier née Vailland est fille d’un Chappuis. Cela crée bien dans les liens un petit sous-ensemble de trois familles !

Ariane ( Roxane Baumachon)

Ariane ( Roxane Baumachon)

Huis-clos valable aussi pour le scénario…

Le côté saga familiale prend donc le dessus sur l’économie de la médecine de luxe qui doit en passer par des décisions politiques. Le huis-clos a été demandé au conseil municipal lors du vote qui donne la majorité au projet de vente du terrain en vue de la construction de la clinique. Il se trouve que ce huis-clos dont on ne fait que mentionner oralement l’existence celui  des scénaristes qui n’ont pas pris la peine de s’intéresser au spectacle de la politique dans une localité de moyenne importance. Dommage : les événements autour d’un adultère commis il y a vingt-cinq ans dont l’existence a rapidement fait le tour des chaumières prend netttement le dessus sur les problèmes économiques,  politiques et les conflits qu’ils provoquent. Mais c’est un « Hésitant », le maire, qui glisse à  l’oreille de Juliette l’idée du référendum au plan local, qui doit recueillir huit cents signatures parmi les quatre mille citoyens.  Suite au troisième épisode.

Mais la déception se précise! Je n’aime pas être déçu…

7/ Episodes 3 et 4 : la saga familiale l’emporte sur la vie en société

Il est évident qu’une série dont les épisodes doivent être vus à la suite les uns des autres, comme « Port d’attache », doit trouver son équilibre entre la saga familiale, les événements entre personnes et la vie en société, ici la politique qui conduitvers la création d’une clinique de soins corporels au bord d’un lac à la place d’une buvette publique de loisirs. Il apparaît aussi, à travers les épisodes 3 et 4, que « Port d’attache » privilégie, comme on pouvait le craindre, la saga à la politique. Et cela explique en partie un jugement assez sévère, qui pourrait l’être aussi en vouant une plus grande attention au jeu des acteurs, fort inégal, avec diction ici ou là mal maîtrisée.

Mesurer les temps pour les personnes et pour la politique

Donc revu en profitant de reprises en « + sept » sur internet, le troisième épisode, occasion hélas de mieux percevoir défauts dans la mise en scène que d’apprécier certaines qualités. Les événements purement politiques, conseil municipal, recherche de signatures pour un référendum, problèmes liés à leur nombre sont pris en compte pendant douze à treize minutes. Les révélations associées au fait qu’Ariane, qui vit en couple avec Benjamin Monnestier n’est pas la fille de son père Christian Vaillant mais bien celle de Jean-Paul Chappuis après un dérapage d’il y a vingt-cinq ans occupe l’écran durant environ seize minutes. Cinq minutes sont consacrées à l’enterrement de Christian qui a fait une chute très discrètement mise en scène sur un chantier qu’il dirigeait. Restent une quinzaine de minutes, dont le résumé et le générique de fin presque illisible difficiles à classer puisque survolant l’un et l’autre thème ou en abordant d’autres.

La situation est claire : qui aime les sagas à rebondissements multiples est largement servi. Qui souhaite un équilibre entre les problèmes personnels et la vie d’une petite société en agréable rives lacustres est frustré.

Le retour de Faustine

Je n’ai pas répété durant le quatrième épisode la mesure des temps accordés aux deux pôles principaux de la série. Mais, intuitivement, la priorité accordée aux problèmes personnels subsiste. Il y a plus : l’insisrtance sur certaines attitudes accentue le côté mélodramatique. On sait que Faustine Chappuis a quitté Tally il y a bien longtemps pour faire carrière dans la danse à New-York. Sans bien comprendre la raison de sa venue au pays, la voici de retour au milieu du quatrième épisode. Il y a donc matière à quelques scènes pour qu’elle soit mise au courant de ce qui se passe, troublée par le fait qu’elle découvre qu’une ancienne amie est sa demi-sœur. On prendra donc acte de sa surprise et l’on suivra ses réactions. De plus, il semble bien que Benjamin soit attiré par elle, peut-être depuis très longtemps déjà. L’occasion d’en rajouter n’est pas ratée. Ariane est enceinte, et le futur père ne peut semble-t-il être que Benjamin.

Un couple désuni

Juliette se démène pour tenter de sauver sa buvette du bord du lac. Son mari s’éloigne d’elle sans que l’on puisse vraiment comprendre pourquoi. Un journaliste prend fait et cause pour elle. Il va, en bon homme de gauche, la soutenir dans son combat contre la spéculation hospitalière. Et ce qui devait arriver arrivera : Juliette en fera son amant.

Il est assez difficile, dans ce contexte envahissant du mélodrame, de s’intéresser vraiment aux candidatures électorales, à un ordre d’expulsion, à une pétition et à l’ouverture d’une campagne électorale.

Encore à suivre sur deux épisodes. Le temps sera alors d’exposer les raisons d’un rejet du poids de la saga qui efface la vie politique et la spéculation d’une médecine capitaliste dont on ne connaît que les promoteurs.

De 2012 à 2013

Résumé en quatre stations visitées fin 2012 (le 31) et début 2013 ( le 1), selon la méthode du pitonnage, qui consiste à se promener d’une chaîne à l’autre, avec la liberté de s’arrêter si un déclic se produit. Cela va des « Contes d’Hoffmann » sur « Mezzo » à Yves Montand sur « France 2″ en  passant par le portrait d’une génération de chanteuses et chanteurs français, des années 45 à 65, amoureux du texte et de la simplicité sur « ARTE ».Rien que du bonheur de téléspectateur, malheureusement pas prêt à recevoir l’humour du corps de garde de « RTS1″ durant quelques minutes juste avant les douze coups !

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Sur « Mezzo »

Quel beau sens du devoir, que de se demander comment, pour accompagner des solitaires parfois involontaires, procède « la » télévision entre le 31 à 23h00 et le 1 à 02h00 ? On peut donc commencer ce pitonnage par la sécurité : que se passe-t-il, musicalement, sur INTERMEZZO, cette chaîne de France qui reprend des programme musicaux glanés un peu partout ? Par exemple « Les contes d’Hoffmann » de Jacques Offenbach dans une version du Metropolitan Opera House de New-York, sous la direction de James Levine dans une mise en scène de Bartlett Sher qui a raison, en effet de se référer à Fellini, du moins en partie, pour le côté diabolique. Accroché par la sensibilité des entretiens au service d’un brillant spectacle.

Anna Netrebko et Joseph Calleja

Anna Netrebko et Joseph Calleja

Sur « RTS1″

Devoir toujours : passage sur RTS 1, avec dame Marie-Thérèse que guère je ne porte dans mon cœur!  Il est question d’un certain Dreysinger, politicien partisan de la Délation. Correction faite : il suffit de remplacer les deux « D » par deux « F » : aïe ! Un cri, « Mais bon Dieu » remplacé aussi tôt par un « Nom d’une pipe » qui heureusement « se passe à genou » : re-aïe !! Un panneau avec le nom de la gare de  « Gland » apparaît porté par un homme nu :  Re-re-aïe!!! Il est temps de passer ailleurs. Madame vient de hurler de « un » à « douze.

Sur « ARTE »

Ce sera sur ARTE : Il est minuit deux, et en effet « Paris s’éveille » des cabarets modestes de Rive Gauche en Olympia sur Droite.  Jean Rochefort, Henri Gougaud compositeur et d’autres servent au présent de guides devant un fond noir parsemé de points ronds colorés. Et revoici les Aznavour, Barbara, Brassens, Brel, Ferret, Ferré, Gréco, Les Frères Jacques, et tant d’autres qui ont  poussé parfois trois chansons sur de petites scènes confidentielles pour dix francs et parfois pour rien.

Les frères Jacques

Les frères Jacques

Un lien presque entre tous : la simplicité, du costume, de l’attitude, du décor. Il n’était alors que le sens des mots qui voulaient dire l’émotion, la douceur, la colère, le rejet de l’injustice, l’amour, l’amitié, dans ce temps où la musique était au service du texte. Puis vinrent saluer les « copains », les mignonnes jeunes filles pour lesquels Gainsbourg écrivit de si jolies paroles.  Le texte disparut pour quelques années, effacé par le commerce bruyant et le spectacle des claudettes. Il fallut attendre les années nonante pour que ces poètes refassent surface. Et qu’ils y restent.

Sur « France 2″

Encore un moment d’heureux pitonnage, sur « France2 2″, le premier de l’an vers 22h00, un remarquable document, « Ivo Livi, dit Yves Montand » d’un remarquable documentariste, Patrick Rotman, commentaire dit d’une voix chaude et amicale par Denis Podalydés. Rotman résume en moins de deux heures un livre érit à deux, avec Hervé Hamon, « Tu vois, je n’ai pas oublié ».  C’est l’histoire, presque, d’un enfant du siècle, compagnon proche du communisme, par son père et son frère, mais n’ayant pas supporté d’apprendre ce que fut le stalinisme,  positions prises, peut-être plus dans certains films ( « Z », « La guerre est finie »,  que par les mots des chants, contre les dictatures de droite ( Grèce) comme de gauche (Tchécoslovaquie – affaire London). Il n’est pas évident d’oser avouer s’être trompé ! Il faut un réel courage pour le faire.

Montand, ce sont aussi des années consacrées aux mots mis en musique, qu’ils en appellent à la justice ou honorent les poètes ( « la très chère était – nue – Baudelaire), mais qui répondent en un dialogue souvent subtil aux témoignages ou aux informations du commentaire. Le grand acteur n’est certes pas oublié, mais il est plus facile de s’attarder sur une chanson que sur un film.

Un couple durant plus de trente ans, Simone Signoret et Yves Montand

Un couple durant plus de trente ans, Simone Signoret et Yves Montand

Il s’agissait là de la rediffusion d’un document présenté en novembre 2011, vingt ans après la mort de Montand. Ce fut pour moi une première porteuse de véritable bonheur Le générique de fin salue la participation de la RTS. Il faut donc signaler que le site de la RTS accorde une belle place à Yves Montand, avec d’anciennes archives de grand intérêt. ( Taper sur GOOGLE : « Yves Montand – archives rts » !!)

Ma nouvelle Héloïse

Excellent tremplin que «Ma nouvelle Héloïse», le film de Francis Reusser, pour un  triple envol:

  1. Une production menée au pas de charge grâce à la RTS sans laquelle le  film n’existerait pas
  2. L’approche de Rousseau par Reusser quand il emploie le «Ma»
  3. Un rappel d’une vive querelle littéraire opposant Rousseau à Voltaire résumée par «La faute à Rousseau»

I/ Une  production menée au pas de charge  

Depuis des mois sinon des années, Reusser travaille sur l’adaptation d’un roman de Jacques Chessex, «La Trinité». Il dispose de bien des atouts: probablement un bon scénario concocté avec Jean-Claude Carrière, qui a écrit des textes splendides pour Bunuel et Forman, une bonne filmographie dont on se demande bien pourquoi elle n’est pas plus riche, l’appui promis de la TSR pour le projet, cent mille francs déjà dépensés pour les préparatifs conduisant au scénario. Oui, mais: refus de Berne, deux fois de suite. Belle colère de Reusser contre les fonctionnaires et experts de la section du cinéma qu’il assimile à des staliniens des années 1950! Passons.

Début 2012: Reusser change d’arme et propose une adaptation très personnelle de «La nouvelle Héloïse», en cette année du 300ème anniversaire de la naissance du «Divin Jean-Jacques». II tape à la porte de la RTS, chez Alberto Chollet, qui dispose de quelque argent qui devait s’en aller sur un projet dont le tournage est retardé. Il arrive à un bon moment!

Et vogue la galère: Chollet dispose d’environ quatre cent mille francs  à mettre sur un téléfilm exceptionnel. Il fonce appuyé par sa hiérarchie. La Fondation Romande applique la nouvelle règle de l’aide automatique en y ajoutant le 70 %. Interviennent d’autres contributions comme celle de la Ville de Genève. La production dispose en quelques semaines d’au moins huit cent mille francs. Cela donne un film à budget encore modeste, dont le coût à la minute s’établit autour des dix mille francs (moins qu’une série comme «L’heure du secret». Une condition pourtant est posée: le film doit être terminé pour être présenté encore en 2012. Ce fut donc le cas le 12 décembre, vers 22h00, sur RTS 2, lors d’une soirée thématique à trois composantes.

Ainsi fut faite la preuve qu’il devient possible de faire naître un film comme «Ma nouvelle Héloïse »  sans l’aide fédérale, dans l’urgence.

En Suisse romande, depuis le début de 2012, trois sources de financement peuvent donc intervenir dans la production d’un film: la Confédération, le Fondation Romande et la Télévision. Il est important que deux sur trois suffisent pour des budgets moyens de l’ordre de grandeur du million de francs.

Les contrats sont signés en avril. Le tournage démarre en mai dans un climat de totale liberté – il est question de cette liberté créatrice dans le film lui-même. Un hôtel en intérieur unique, des extérieurs. Une demi-douzaine de personnages, pas plus, des équipes techniques peu nombreuses: on s’adapte au budget! L’automne est consacré au montage et aux finitions. Sortie rapide dans des salles de Suisse romande pour quelques jours à mi-novembre: le téléfilm est devenu aussi film de cinéma. Il devrait ainsi pouvoir poursuivre sa carrière en manifestations culturelles et en festivals et qui sait, trouver des partenaires dans quelques pays.

Alberto Chollet, responsable de la fiction de création à la RTS, appuyé par Gilles Pache, chef des programmes, a pris le risque de faire exister un film qui n’existerait pas sans eux et c’est très bien ainsi, même si certaines circonstances assez particulières ont permis à la RTS de dire OUI. La diffusion un peu tardive, vers 22h00, et sur le deuxième canal de RTS 2, est un peu trop prudente. Mais c’est hélas le reflet de l’attitude  générale de la RTS à l’égard du cinéma d’auteur. Quand on officie la tête dans le guidon formé de part de marché, on ne prend pas de risque. Dans sa conception de la diffusion, la RTS doit apprendre [ré-apprendre ?) le gout du risque. Au moins de temps en temps.

II/Autour du «Ma »  selon Francis Reusser

Fidèle au roman épistolaire de Rousseau? Et si oui, comment? Infidèle? Le «ma» affirme une liberté d’approche qui fut aussi celle des cinquante créateurs de courts films présentés sous le titre générique de «La faute à Rousseau». [voir ci-dessous)

Pour y répondre, voici quelques lignes d’un fin connaisseur de Rousseau, le professeur Martin Rueff, en guise de quittance ès «fidélité»


Vos mots me touchent comme votre film m’avait touché.
La création, c’est le courage. Le reste relève de ce que Rousseau ne cesse
de dénoncer – « la philosophie parlière ».
Je souhaite à votre oeuvre le succès qu’elle mérite amplement,
bien à vous et oui au plaisir de vous croiser.


Les personnages du roman réinventés par Reusser sont donc de jeunes acteurs dont les lignes sentimentales vont se croiser comme celles des personnages, en particulier dans des séquences du film dans le film qui apparaissent en noir/blanc. Marie et sa drôle de moto volante prennent vite la place principale à côté d’un duo qui reste un peu pâle. Autre personnage important, Alicia, l’épouse de Dan Servais, qui se rend compte que son compagnon est tombé ou sous le charme ou amoureux d’une jeunette. Le trio amoureux est reconstitué.

Le personnage principal, celui autour duquel tourne le tournage, c’est le metteur en scène, qui se livre à théories sur la présence d’une peau nue, mais aussi sur la différence entre les pixels du numérique et les vertus de l’argentique d’une pellicule. Sa complicité avec son opérateur laisse penser à un travail commun qui n’est pas à sa première expérience. Assez rapidement transparaît le fait que Dan Servais est le double du réalisateur. Et son opérateur a quelque ressemblance avec le Ciccio qui accompagna les premiers longs métrages de Reusser .Un brin de folie s’installe sur un film qui s’inscrit dans la lignée des «Grand soir» et «Seuls» dont le ton déjà existait dans un premier long-métrage aussi oublié que maudit, «Vive la mort». Dan se félicite-t-il vraiment de l’entière liberté que le producteur et mécène japonais

« Heute nacht oder nicht ». On va  prendre plaisir à parler gourmandise et cuisine, comme chez un autre amoureux de la table, Claude Chabrol. « Ma nouvelle Héloïse » s’inscrit assez bien dans la fraicheur du cinéma poétique et romand des années 70 du siècle précédent, comme un film de jeunesse parfaitement assumé.

Reusser est né au bord du Léman. Il a toujours su montrer le paysage dans lequel il sut trouver une certaine sérénité, le lac assurément, la plaine à l’embouchure du Rhône maintenant traversée par une autoroute envahissante, et la montagne toute proche devant laquelle le révolté se sentait à l’aise malgré la solitude. « Ma nouvelle Héloïse » est aussi une promenade dans un pays qui fut celui de Rousseau. Avec une sorte de complicité entre solitaires révoltés. Reusser est un tendre qui cherche à se cacher derrière un masque parfois provocateur.

III/ La faute à Rousseau

Je m’en veux un peu, en 2012, de n’avoir pas été très attentif aux nombreuses propositions faites autour du troisième centenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. Il est tout de même intéressant de rappeler qu’une carte blanche a été donnée à une cinquantaine de cinéastes pour très librement actualiser la pensée de Rousseau. La série a été initiée par le cinéaste Pierre Maillard et le Département cinéma/cinéma du réel de la HEAD de Genève, porté par Rita production. Dix de ces films ont fait l’objet d’une projection en nocturne sur la RTS entre minuit et une heure dans la nuit du 12 au 13 décembre 2012. Il y en eut pour tous les goûts.

Je n’ai ainsi pas raté ce qui était probablement une seconde diffusion, mais en me trouvant dans la position d’un spectateur qui ne sait rien d’autre que le titre de la série. A la fin de chaque document, un texte apparaît, dont les quelques minutes viennent d’être l’illustration. Ce choix signifie donc assez clairement que le spectateur pouvait se poser la question de l’origine du texte illustrant l’œuvre de Rousseau ou de la pensée sous-jacente. La série était destinée à un public de connaisseurs plutôt que de novices, en un parti pris compréhensible. La « complicité » avec les films eut été différente si la citation avait été mise au début ou si le visiteur avait une connaissance préalable de l’esprit de la série.

 

Mais la formule du titre, d’où tombe-t-elle ?

Gavroche dans « Les misérables » de Victor Hugo chante:

 « Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à Rousseau
. »

Voltaire/Rousseau ? Une splendide querelle littéraire a souvent opposé les admirateurs du « divin Jean-Jacques » à ceux du « cynique Voltaire ». Dans un entretien avec une journaliste de la chaîne régionale « La télé », Francis Reusser rappelle en passant que sa précédente réalisation avait pour titre «Voltaire et l’affaire Callas », où il s’intéressait plus à Callas qu’à Voltaire. On aurait pu se demander s’il ne devait pas un peu de son approche à l’esprit de Rousseau. Et dans un élan de facile symétrie, on pourrait poursuivre en affirmant que certaines affirmations du cinéaste dans le film qui s’empare de « La nouvelle Héloïse » ont un petit coté ironiquement voltairien.

La présentation de « Ma nouvelle Héloïse » à Soleure, le dimanche 27 janvier 2013, permet de rappeler l’existence de ce film véritablement excitant pour un spectateur curieux. Mais, dans un mouvement qui s’éloigne de plus en plus du film et de l’anniversaire qui vient d’être célébré, j’ai envie d’en rester au plaisir d’une citation des délicieuses paroles d’une chanson anti-cléricale de Béranger qui furent publiées en 1834 :

« Si tant de prélats mitrés
Successeurs du bon saint Pierre,
Au paradis sont entrés
Par Sodome et par Cythère,
Des clefs s’ils ont un trousseau,
C’est la faute à Rousseau ;
S’ils entrent par derrière,
C’est la faute à Voltaire.
»

Après tout, dans l’entretien à « la télé » cité plus haut, mais aussi dans la bande de lancement du film, à la question :« Ma nouvelle Héloïse », est-ce un film d’amour ou de cul ? »on peut se demander si la réponse donnée :

« Les deux » ! est rousseauiste ou voltairienne ? Les deux, peut-être !!

Un dernier effet collatéral

Finalement, ceci encore. Les voyages en zig-zag sur internet autour de Rousseau et de son Héloïse m’ont conduit à retrouver des « conférences » admirablement télévisées tenues dans les années septante par un merveilleux et passionnant conteur, Henri Guillemin, dans son admiration lucide pour Rousseau…

Henri Guillemin

Henri Guillemin. né à Macon en 1903, mort à Neuchâtel en 1992

 

On peut le retrouver parmi les « archives » de la RTS. Aujourd’hui, il serait diffusé à 23h30 sur RTS 2. Hier, il avait presque droit au premier rideau !

Pour autant que ma mémoire point ne me trahisse!!

 Ces zigzags et dérapages sont donc inscrits dans le sillage de “Ma nouvelle Héloïse”. C’est la faute à Reusser !!

 

 

 

Changement de gouvernement

États-Unis 20 – Chine 1

Pendant de longues semaines, la RTS a surcouvert l’élection présidentielle américaine. Et, pas de chance, les autres médias francophones en ont fait autant. En comparaison, le changement de l’équipe dirigeante en Chine a fait dans la frugalité médiatique : certes, les Chinois sont discrets, mais l’importance de l’évènement nous amène à nous interroger sur la gestion des priorités médiatiques à la RTS.

Dommage !

  • Sur Option Musique, les infos commencent quand la résonance du « jingle » n’est pas encore terminée. On rate le début !
  • Sur Option Musique, lors du bulletin météo, il y a un fond musical. On n’entend ni la musique, ni le bulletin !
  • À la RTS, pourquoi laisser l’original d’un commentaire en langue étrangère lorsqu’il est traduit simultanément en français ? On ne comprend plus rien !

Secret bancaire et Rousseau : hors routine

La rigidité des grilles de programmes dans l’audiovisuel est si grande que certaines dérogations surprennent. La RTS vient, dans la même semaine, de consacrer trois heures à Rousseau (RTS Deux, mercredi 12 décembre, de 22h00 à 01h00) et au secret bancaire (RTS Un, jeudi de 20h15 à 23 :59).

Il est intéressant de s’interroger sur les efforts de promotion engagés par les responsables des programmes pour mettre en valeur des soirées thématiques qui sortent donc de la routine. Parmi ces moyens, l’auto-promotion joue un rôle assez important. C’est ainsi que la présence exceptionnelle de «La puce à l’oreille», information culturelle du genre pudding, en premier rideau à 20h15 sur RTS Deux (le 13) aura été assurément mieux annoncée que le renvoi d’une excellente série de fiction médicale, «Nurse Jackie» à une heure du matin ( nuit du 12 au 13)!

Nurse Jackie ( Edie Falco, en bleu) entourée de l’équipe de l’impertinente série nocturne.

Nurse Jackie (Edie Falco, en bleu) entourée de l’équipe de l’impertinente série nocturne.

La soirée consacrée au secret bancaire, composée d’un « Temps présent », d’un débat sans pugilat conduit par Romaine Jean dans le décor somptueux du Bellevue à Berne et de la reprise de «Cleveland contre Wall-Street» de J.S.Bron, a bénéficié de plusieurs annonces aux heures de grande écoute. Par contre, les trois heures consacrées à Rousseau ont fait l’objet d’une grande discrétion.

Personne ne peut voir tout ce qui se passe sur les deux canaux de la RTS chaque jour. Mais force est de constater que la promotion du hors routine qui touche l’information ( secret bancaire) semble bien avoir été  nettement mieux faite sur le petit écran que celle qui concerne Rousseau avec ses approches cinématographiques et «Nurse Jackie». Ce n’est évidemment pas une surprise puisque c’est presque une règle générale!

C’est la faute à Rousseau

Pourtant, je m’en veux un peu d’avoir été inattentif, tout au long de l’année, aux nombreuses propositions autour de Rousseau et de ne me « réveiller » qu’en fin de saison. Sur internet, avec l’appui de Google, on rencontre de nombreuses informations en écrivant « C’est la faute à Rousseau ». Carte blanche a été donnée à une cinquantaine de cinéastes pour très librement actualiser la pensée de Rousseau. La série a été initié par le cinéaste Pierre Maillard et le Département cinéma/cinéma du réel de la HEAD de Genève, porté par Rita production. Dix de ces films ont fait l’objet d’une projection en nocturne entre minuit et une heure dans la nuit du 12 au 13 décembre.

Je n’ai ainsi pas raté ce qui était probablement une seconde diffusion, mais en me trouvant dans la position d’un spectateur qui ne sait rien d’autre que le titre de la série. A la fin de chaque document, un texte apparaît, dont les quelques minutes viennent d’être l’illustration. Ce choix signifie donc assez clairement que le spectateur pouvait se poser la question de l’origine du texte illustrant l’œuvre de Rousseau ou de la pensée sous-jacente. La série était plutôt destinée à un public de connaisseurs plutôt que de novices. C’était là un parti pris compréhensible. La « complicité » avec les films eut été différente si la citation avait été mise au début ou si le visiteur avait une connaissance préalable du l’esprit de la série.

Mais il n’en reste pas moins qu’une diffusion entre minuit et une heure du matin n’est guère favorable à une expérience audiovisuelle intéressante.

Hier, Henri Guillemin fut orateur de magnifiques séries autour de ses passions littéraires, dont Rouseau bien entendu. On peut le retrouver parmi les « archives » de la RTS. Aujourd’hui, il serait diffusé à 23h30 sur RTS Deux. Hier, il avait presque droit au premier rideau ! Pour autant que ma mémoire point ne me trahisse!!

Hier, Henri Guillemin fut orateur de magnifiques séries autour de ses passions littéraires, dont Rouseau bien entendu. On peut le retrouver parmi les « archives » de la RTS. Aujourd’hui, il serait diffusé à 23h30 sur RTS Deux. Hier, il avait presque droit au premier rideau ! Pour autant que ma mémoire point ne me trahisse!!

Joël Dicker en « Infrarouge », en « Puce » et en « Twin Peaks »

« La puce à l’oreille » ( rts – jeudis soirs vers 23h00) est une des rares émissions consacrées à une information sur la vie culturelle romande artistique. Elle a été confiée à une firme extérieure à la TSR, quoique proche d’elle, constat fait que personne à la télévision n’était apte à maîtriser cette information culturelle. Après des débuts hésitants, l’émission a trouvé son rythme d’itinérante en Suisse romande. Mais passer d’un établissement public à aux espaces d’une exposition ne prend que petite place dans ce qui doit aussi être un spectacle.

Le principe de « La puce à l’oreille »

Le principe même de l’émission, dont on ne sait pas si la présentatrice, Iris Jimenez, considérée comme « productrice éditoriale », porte seule l’entière responsabilité, n’est pas des plus heureux. En principe, il est demandé aux invités, souvent un trio,  souvent de créatifs, de s’en aller voir ailleurs ce qui se passe en Suisse romande. Chaque invité a quelque chose à dire de son art mais il doit aussi se plier à parler d’un autre qui n’est pas forcément  sa tasse de thé. D’où d’étranges moments où l’on ne sait d’un livre, d’un film ou d’une exposition que les réserves de qui est chargé d’en parler.

Un plateau intéressant

Intéressant plateau, le 29 novembre 2012, avec Rachel Kolly d’Alba, Suissesse flamboyante plus encore avec son violon que sa chevelure, Michel Ocelot l’exquis et génial père de Kirikou forcément sensible à la beauté de papiers découpés du Pays-d’en-Haut et Joël Dicker, auteur heureux de « La vérité sur l’affaire Harry Dicker », un récit beaucoup plus séduisant par sa construction que son écriture.

La couverture de « Lire »

La couverture de « Lire »

En savoir plus sur Joël Dicker

L’auteur genevois était déjà présent à « Infrarouge » (13 novembre consacré en priorité à un succès donné comme vaguement « coquin » « Fifty Shades of Greys ». Il n’y fut qu’une sorte d’alibi dans son nouveau rôle d’auteur à succès.

En prenant son envol pour s’inscrire dans l’actualité brûlante avec un succès donné comme mondial (tout le monde le dit ; admettons qu’en effet il se produise aussi au Japon ou en Russie), Esther Mamarbachi a pourtant misé sur le mauvais cheval parmi les courses automnales. Il semble bien qu’en Suisse romande et même en France les ventes, intéressantes mesures d’un succès, de  « Harry Quebert » soient supérieures à celle de « Fifty Shades ». La proximité voudrait qu’un phénomène littéraire régional et probablement même francophone soit aussi un fait de société.

La couverture du livre

La couverture du livre

« La Vérité sur l’Affaire Harry Québert »

Le succès de l’imposant roman de six cents pages de Dicker est en lui-même un fait de société. Il mériterait de provoquer une approche, qui n’eut pas lieu ni en « Infrarouge », ni en « Puce à l’oreille ». Faudra-t-il attendre « Mise au point » ou même « TTC » pour comprendre le succès d’« Harry  Quebert », puisqu’il n’y a plus depuis longtemps d’émission littéraire, mais pas seulement à la RTS.

Vers l’Amérique dite profonde !

Vers l’Amérique dite profonde !

Le lecteur peut en effet être séduit plus par la construction du roman de Dicker que par son style qu’il est difficile de porter aux nues. Mais on ne peut qu’admirer cette construction qui passe aisément de 1975 à 2008 et  met en scène deux écrivains à succès, le premier ayant formé le second qui continue de l’admirer. Cette aussi une plongée dans l’Amérique profonde de la cote Atlantique avec enquête de loin pas seulement policière sur la mort mystérieuse d’une jeune lycéenne d’une quinzaine d’années. Grand est aussi le soin apporté à la présence des personnages secondaires.

Une  grande saga littéraire !

La dame à la buche dans « Twin Peaks » pourrait aussi rencontrer «Harry Quebert»

La dame à la buche dans « Twin Peaks » pourrait aussi rencontrer «Harry Quebert»

Serait-on dans l’air du temps, qui, sur le petit écran, fait actuellement la part belle à l’équivalent en séries télévisées des grandes sagas littéraires, à permettre à certains d’affirmer que Dostoievski ou Tolstoï, et bien d’autres seraient aujourd’hui les responsables littéraires de séries comme « Les soprano », « Mad men », « Downton Abbey », « Borgen »? On y retrouve l’étalement du temps de la lecture non plus d’un trait mais savouré par doses régulières, invitant à une sorte de longue complicité avec les personnages et provoquant une intense curiosité à propos des événements.

Nola Kellergan et Laura Palmer

Laura Palmer, dans « Twin Peaks »

Et puis, on peut pousser plus loin encore le questionnement à propos du livre de Dicker, dont les ressemblances avec « Twin peaks » sont nombreuses, l’Amérique de la province, l’enquête enfin délivrée du pur esprit policier pour s’en aller chercher à percer les comportements dans le foisonnement des événements. Et puis, cette Nola Kellergan à la fois fragile, maltraitée et finalement perverse et amoureuse, dont on n’arrive pas à savoir qui est le coupable de sa mort à force de s’engager sur des fausses pistes aussi plausibles les unes que les autres, a bien des ressemblances avec Laura Palmer. Et cela même si Joël Dicker ignore l’existence du « Twin peaks » de David Lynch.

Le clinquant de l’actu contre la dignité de l’info

« Amour et cravache : pourquoi çà marche ? » : voilà un habile titre titillant pour un « Infrarouge » (RTS, 13.11.2012),  consacré à un roman porno doux destiné aux ménagères de moins de cinquante ans,  la cible préférée de TF 1 à laquelle trop souvent se met à ressembler la RTS.

Dans son édition du 18.11.2012, Télétop-Matin s’est en une page interrogé d’un “Infrarouge” : racoleur ? “. Bien sûr que non, répond Esther Mamarbachi, qui est probablement assez télévisuellement grande pour choisir ses sujets, à condition, bien sûr, que la part de marché reste bonne. La semaine suivante, la même publication offre cinq interventions, trois plutôt contre, un pour et un “ni-ni”. Voilà une “polémiquette” bien dans le ton d’ “Infrarouge”.

Incontournable, Mix&Remix, avec son humour décalé, pour illustrer « Infrarouge » !

Incontournable, Mix&Remix, avec son humour décalé, pour illustrer « Infrarouge » !

Une incursion dans le passé s’impose, en rappelant aux bons souvenirs de quelques-uns le très ancien “Table ouverte” dominical. Ce fut souvent une émission où l’on y parlait de ce dont beaucoup de gens ensuite parleraient. “Infrarouge” choisit comme sujets de parler de ceux dont tout le monde parle déjà. La différence est de taille. Elle permet de relever la différence entre une télévision de service public généraliste (“Table ouverte”) et une télévision généraliste de tendance commerciale versant tendance pugilat.

La présence de Joël Dicker

Son roman “La vérité sur l’affaire Harry Québert” qui récolte prix importants et surtout milliers d’acheteurs qui deviennent assurément lecteurs valut ainsi à Joël Dicker une invitation à manier la cravache, ce que point il ne fit se demandant un peu ce qu’il faisait dans cette coquine assemblée d’esprits rieurs. Enfin, sa présence était due à une vertu appréciée à “infrarouge”, la notoriété même naissante.

Il est pourtant intéressant de noter que le “Fifty shades of Grey” aura fait parler de son contenu seulement, personne parmi ceux vus, entendus ou lus n’ayant fait la moindre allusion à l’écriture, comme si le style pouvait intéressant les amateurs de pugilat. Le style d’écriture, qui tout de même compte dans l’art du roman, a parfois été mis en valeur ou contesté à propos du livre de Dicker. S’intéresser à la forme et pas seulement au fond est certes démarche de minoritaire !

Et pour une fois, “La puce à l’oreille” ( jeudi 29.11.2012) qui invite Dicker aura une belle occasion de compenser le manque de curiosité littéraire de la télévision, mais c’est  une entreprise de l’extérieur qui doit s’en charger puisque la RTS n’a pas su trouver parmi ses collaborateurs des personnes aptes à défendre sur le petit écran un éventail culturel mieux accueilli sur les ondes.

Jo!el Dicker

Joël Dicker

Le manifeste des 313

En avril 1971, elles furent 343 “salopes” à signer un manifeste rédigé par Simone de Beauvoir qui reconnuren avoir avorté, ce que la loi interdisait. Quatre ans plus tard, la ministre de la santé faisait adopter une loi dépénalisant l’avortement. Le manifeste des 343 avait été efficace.

Isabelle Demongeot, 46 ans, une des « 313″. Son violeur vient d’être condamné à sept ans de réclusion !

Isabelle Demongeot, 46 ans, une des « 313″. Son violeur vient d’être condamné à sept ans de réclusion !

Elles sont 313, en novembre 2012, à déclarer “avoir été violées”. Ce manifeste aura-il le même poids que l’ancien. Il s’inscrit dans un contexte délicat : en France, une femme est violée toutes les huit minutes. Dans le 80 pourcent des cas, la violée l’est par un proche. Et sur dix violeurs, un seul finit par être condamné par la justice. Impossible ici d’expliquer le contenu du dossier ouvert dans le NOUVEL OBSERVATEUR du 22 au 28 novembre, dont la lecture demande bien trente minutes. “Viol, elles se manifestent”, sur France 2 ( dimanche 25 novembre de 22h25 à 23h35) est la forme télévisée du ddossier du NO, lequel collabore au document audiovisuel de l’entreprise CAPA. Et déjà France 5 ( mardi 20 novembre 2012, de 20h40 à 21h30) avait abordé le même problème parfois avec les mêmes témoins, dans “Viol double peine”.

Clémentine Autain, qui pris d’importantes responsabilités dans l’appel des « 313″, dans le décor plutôt détérioré du document d’Andréa Rawlins-Gaston et Stéphane Carrel pour Capa

Clémentine Autain, qui pris d’importantes responsabilités dans l’appel des « 313″, dans le décor plutôt détérioré du document d’Andréa Rawlins-Gaston et Stéphane Carrel pour Capa

Des différents témoignages, d’une intense dignité, surgit l’évidence du silence des victimes qui se prolonge parfois durant de longues années. S’ils parviennent à aider les victimes à briser ce silence, à trouver autour d’elle une réelle écoute, alors ils auront atteint un but essentiel, permettre de se reconquérir dans un climat qui finit par les étouffer d’une culpabilité dont elles ne sont pas responsables.

Et alors qu’en France on aborde ce problème du viol dans une émission nommée “Infrarouge”,  “Infrarouge” suisse s’amuse avec la cravache !

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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