Jeudi 18 avril 2013
Il en aura fallu du temps pour qu’une série récente , de haut niveau, intelligente, bien faite, riche de sens ait droit, sur RTS 1, à une heure de diffusion digne de ses qualités. Les qualités de « Homeland » furent saluées dès la première saison, en septembre 2012
Pourquoi cette apparition, peu après 21 heures plutôt que 23 ? Faut-il l’attribuer à l’insistance du Conseil du Public qui aura su sensibiliser le Comité Régional de la RTSR ? Des regrets individuels souvent exprimés ici n’eurent probablement guère d’effets. Voici en 2ème saison de douze épisodes montrés deux par deux pendant six semaines, « Homeland » accessible au plus grand nombre. Tant mieux et bravo !!
Claire Danis – Carrie Mathison face à elle-même (Fox-RTS)
Se faire concurrence à soi-même : Homeland contre « The killing » et « The killing » contre « Hung »
Il y un « mais » ! Sur RTS 2 démarre à 22h45, une série de bon niveau, la version américaine de « The Killing » d’origine danoise alors que « Homeland » se termine après 23 heures. Un grand bravo, ironique cette fois, pour cet art difficile de se faire concurrence à soi-même.
Et ce soir-là, on n’a pas raté l’occasion d’en rajouter. Alors que « The killing » se déroule sur TSR 1 DE 22H45 à 00H20, voici sur RTS 2 « Hung », une série amusante, coquine qui démarre à juste après minuit pour prendre fin à 01h00.
Il arrive souvent que le secteur des sports, vice-roi de la RTS, donc aussi de la SSR-SRG, se trouve face à des doublons. Tout est alors fait pour en informer le public, annoncer largement à l’avance un différé, envoyer ce public sur internet ou sur un autre canal suisse avec commentaire en français. Assurément, il est plus facile de suivre deux compétitions sportives en pitonnant de l’une à l’autre que de sauter d’une série à l’autre. Les responsables des sports, eux, respectent leur public en multipliant les informations données par les commentateurs. Ceux et/ou celles qui s’occupent de diffuser les séries de fiction remplissent des cases horaires sans se poser aucune question !
A tout prix, précéder la concurrence française
Un robot suffirait pour prendre la responsabilité d’une partie de la programmation des séries à la RTS. L’important, pour ne pas dire l’essentiel, c’est de programmer une série parfois un jour ou deux avant son passage sur une chaîne francophone concurrente. Audimate et part de marché obligent ! Cela conduit à certaines aberrations comme par exemple avec « Le silence des Eglises » (Nous y reviendrons).
Ce robot posséderait la liste des séries prêtes à être diffusées. Il se procurerait les programmes des chaines françaises dès que possible pour montrer sur RTS1 ou RTS2, à n’importe quelle heure, les séries annoncées en France. Les généralistes commerciales comme TF1 et M6 ont un goût très prononcé pour lancer les uns après les autres non pas deux mais parfois trois ou plus épisodes d’une série. Bien entendu, on imite les voisins dans cette étrange attitude qui consiste à faire d’une série dont on ne devrait déguster qu’un épisode d’environ une heure par semaine, pour retrouver la durée du cinéma avec des longs métrages.
Concurrence indirecte faite à Arte ?
Face à « Homeland », « The Killing » et « Hung »,le sériophile trouve le jeudi soir pour quelques semaines encore une série suédoise de très grande qualité, « Cent pour humain », qui aura passé sur le tête des acheteurs de la RTS. »Sur Arte, « Real Humans »apparait de 20h50 à 22h50 alors que « Homeland » se déroule donc sur RTS1 entre 21h20et 23h10 ». Que faire ? Enregistrer une des deux séries ? Profiter le l’offre sur internet pendant les sept jours qui suivent la projection, ce qu’Arte annonce largement vouloir faire ?
De quel droit parler de concurrence faite à Arte ? Que diable, la RTS n’a pas à tenir compte des opérations de prestige conduites par Arte qui aura enregistré de très bonnes audiences, largement supérieures à sa moyenne, tant avec « Ainsi soient-ils » que « Real Humans ».
Les liens sont étroits entre la SSR-SRG et Arte, en particulier associées dans de nombreuses co-productions, surtout dans le documentaire. Impossible d’imaginer les partenaires du secteur documentaire se livrant à une petite guerre les uns contre les autres. En fiction, dans les séries, la RTS pratique l’art du n’importe quoi, même quand elle se décide à mieux exposer une série qui va certainement tenir ses promesses.
D’une série romande à l’autre
1/ Finalement, « Port d’attache » n’aura pas tenu ses promesses. Voici un peu pourquoi !
2/ Comparer sommairement les unes aux autres cinq séries romandes permet de proposer un classement personnel
3/ Encore quelques petits pas pour mettre fin à un « Tour de Romandie » cantonal avant de faire un grand bond en avant en cultivant de nouvelles fleurs séduisantes : un avenir direction « Borgen » ?
1/ « Port d’attache » : promesses pas tenues
Les 08, 10 et 18 janvier 2013, ainsi que le 6 février, en sept petits chapitres, nous avons porté attention à « Port d’attache »(A lire en suivant ce lien). Dans un premier temps, l’espoir de rencontrer une nouvelle série faisant un pas de plus en avant était promesse crédible, d’autant plus qu’un « petit bijou » était annoncé. Au fur et a mesure de la découverte des épisodes, la déception grandit, surtout en s’appuyant sur l’angle d’approche choisi, l’écriture. Un arrêt sur texte prit en considération es épisodes 3 et 4. Plus rien sur les épisodes 5 et 6, le silence d’abord préféré à l’expression d’une déception.
Vif coup de gueule
Le 13 février 2013, « Jean Etienne » en poussant un immense coup de gueule partant dans bien des sens (Billag, la direction de la RTS) démolissait « Port d’attache ». Dans un premier temps, une réponse à cet intervenant, exprimant un accord partiel sur le fond, aurait mérité de prendre des distances avec la forme. L’intention n ‘a pas été concrétisée.
Pourquoi une actrice française ?
La filmographie de Catherine Wikening, née en 1963 à Dijon, est imposante, y compris comme réalisatrice d’un scénario écrit par elle. Mais sa présence n’était pas irradiante, loin de là. Manquerait-on de comédiennes en Suisse romande pour tenir un rôle important ? Il est vrai qu’une actrice, même bonne, pour se dépasser, doit être bien dirigée. La direction d’acteurs de « Port d’attache » aura pour le moins laissé à désirer.
Certes, pour « L’heure du secret », on s’en est allé chercher au Québec une exquise et excellente Catherine Renaud. Cela s’imposait dès lors que le personnage écrit était enfant de parents jurassiens née au Canada. L’équipe des scénaristes de « Port d’attche » n’aura fait aucun effort pour justifier ce choix d’une actrice française, difficile à comprendre.
Déception confirmée
Il y a d’excellents acteurs, comme Thierry Meury, inattendu dans son personnage « sérieux » ou Pierre-Isaïe Duc( Jean-Paul Chappuis) et beaucoup d’autres formant un ensemble fort inégal. La mise en scène est parfois maladroite, les images pas toujours très subtiles. Le montage s’efforce de donner au récit une fluidité qui lui manque souvent. On peine à comprendre les remontées dans le temps qui restent trop longtemps mystérieuses avec son faux suspens. Mais la déception est presque plus profonde si l’on s’en tient à l’écriture.
Faire mieux eut été possible !
La dimension sociale sera restée superficiellement abordée. Les faits de politique, le comportement des autorités d’une petite bourgade en bord de lac, et d’économie, l‘implantation d’une clinique privée spécialisées dans la santé de confort pour clientèle disposant de bons moyens financiers., sont allégrement escamotés. Alors que la série était diffusée, les remous provoqués à Neuchâtel par le rachat de l’hôpital catholique de la Providence par le groupe Genolier montraient bien la diversité des conflits qui apparaissent dans un cas un peu semblable, même si les scénaristes ne pouvaient pas avoir été inspirés par cette réalité.
La dimension dramatique se sera trop rapidement centrée sur les affaires familiales entre les trois clans, les « Bons » Chappuis, les « Méchants » monestier et les « Hésitants » Vailland, qui sont à peu près les mêmes à la fin du sixième épisode qu’au début de premier. Le passé qui refait surface est en bonne partie liée à la notion d’adultère. Un peu court, tout de même ! Il y a des familles où existent d’autres conflits tout aussi intéressants, par exemple une prise de pouvoir d’une fille experte en communication sur la carrière d’un père qui entre en conflit avec sa mère qui s’efforce de reprendre la main qu’elle a perdue.
2/ Comparaison entre cinq séries romandes
Certes, il faut se méfier d’une déception quand elle succède à une réelle attente. Quatre séries récentes comparables entre elles sont à prendre en compte : « Dix », « T’es pas la seule », « Crom », « L’heure du secret », avant d’y insérer « Port d’attache ». « En direct de notre passé » n’a rien de comparable avec elles, ne serait-ce que par la durée de chaque épisode.
Rappelons un classement personnel qui utilisait la notation scolaire sur le maximum six avec le quatre marquant le « suffisant ». Avec un 4,0 « Port d’attache » s’inscrit entre l’insuffisant « T’es pas la seule » et le satisfaisant « Crom ». Voici ce classement complété :
3.5 à « T’es pas la seule »
4,0 à « Port d’attache »
4,5 à « Crom »
4,75 à « L’heure du secret »
5 à « Dix ».
Bruno Todeschini dans « Dix »
« Dix » reste à ce jour ce que la RTS a fait de mieux dans les séries de fiction. C’est la seule qui aura trouvé récompense dans un festival international, à notre connaissance, avec Prix de la meilleure série au Festival de la Rochelle en 2010.
Détail, qui pourrait bien être significatif, comme si la RTS voulait confirmer un choix de programmation. « Dix « a été présenté en deuxième rideau (aux environs de 23 heures) alors que les quatre autres séries ont eu les honneurs du premier rideau. Le meilleur aura été montré tardivement ; c’est presque un critère de qualité valable pour la programmation de la RTS qui ressemble à celle de TF1 trop systématiquement.
Autre exemple dans la haute estime dans laquelle la RTS tient « DIX ». Il existe un site accessible à la presse qui permet d’y trouver des photos de bon nombre d’émissions. Pas de place pour « Dix . Le dossier des photos de « Port d’attache » n’est pas encore en ligne. Il y a par contre des dizaines d’images des trois autres !
Un cycle d’au moins trois ans
Pour arriver au passage sur l’antenne d’une série, trois ans sont presque indispensables. D’abord, il faut quelques idées de base, retenues dans ce qui peut ressembler à un concours entre producteurs, réalisateurs ou scénaristes. Ils sont ensuite quelques-uns à proposer un premier développement. Nouvel examen, qui permet de mettre enfin une série en écriture. Le temps parfois long de l’écrire passé, il faut la mettre en production, repérer, préparer, choisir les lieux, les acteurs. Et tourner, une étape lourde qui finalement n’est pas la plus longue. Le tournage terminé commence une dernière parfois longue période, celle du montage de l’image et du son suivi de fignolages techniques comme l’étalonnage de l’image et du son. Reste à trouver les cases pour la diffusion et à s’occuper de la promotion du produit fini. Ce que l’on verra dans quelques mois est en montage. Le tournage de l’été 2013 sera visible en 2014. Ce que l’on verra dans deux ans est en cours ou en préparation d’écriture. On cherche peut-être des idées pour ce que l’on verra en 2015 ou 2016.
3/ Encore des petits pas avant un grand bond
Le rêve des petits pas
Ainsi peut-on espérer, si on continue de s’inscrire dans la ligne actuelle, que d’une série à l’autre on saura faire un petit pas vers une amélioration. A ceci près que, hélas, et il y a lieu d’en être profondément attristé, « Port d’attache » est en vérité un assez grand pas en arrière par rapport à « Crom » et surtout « L’heure du secret ».

« Crom »
Les responsables des programmes de la RTS ont heureusement su reconnaître, parfois après quelques hésitations, les qualités de « L’heure du secret ». Une seconde série sera tournée dans les semaines et mois qui viennent et en principe le montage sera terminé pour fin 2013, début 2014
Achever d’abord le « Tour de Romandie » cantonal !!
Oui, mais les petits pas qui conduisent à faire un petit peu mieux tout en restant les yeux fixés d’avance sur l’audimat offert par un premier rideau suffisent-ils à permettre un jour à la RTS de s’élever au niveau des pays scandinaves. Les séries de ces dernières années ont permis de faire un partiel tour de Romandie, bassin lémanique ( « T’es pas la seule », « Port d’attache »), plateau entre région des trois lacs et gros de Vaud ( « Crom » à Yverdon ), montagnes du Jura ( au Locle surtout pour les deux saisons de « L’heure du secret » ). Reste à ne pas oublier les Préalpes et les alpes pourtant bien traitées par d’autres secteurs. Gageons que le temps d’une série dans le cadre du Valais viendra.
Une fois achevé le Tour de Romandie des cantons, il sera temps de se demander si le mieux ne serait pas d’être beaucoup plus ambitieux. Les pays scandinaves qui ressemblent par leur population à la Suisse ont fait de magnifiques séries ces dernières années. Elles ont obtenu intenses succès au niveau nationale et sont de plus reconnues dans de nombreux autres pays. Les scandinaves savent probablement mieux collaborer entre eux que les trois chaînes linguistiques de la télévision suisse. A quand un équivalent suisse du « Varg veum » pourtant assez moyen ( Norvège – presque cinq millions d’habitants), de « Millénium » ou de « Real Humans » dont la diffusion vient de commencer sur ARTE, certitude d’emblée acquise de la haute tenue de cette série ( Suède – environ neuf millions et demi d’habitants) ou encore « Killing » et « Borgen » après le déjà ancien « L’Hôpital et ses fantômes » de Lars von Trier, entre 1994 et 1998 ( Danemark – un peu plus de cinq millions d’habitants ) ?
C’est possible, si on accepte de faire un grand bond en avant en cultivant des dizaines de nouvelles fleurs. Dans quatre ou cinq ans ! A condition de le vouloir vraiment ! Mais ceci est une autre question.
Côté séries et « OsKar » n’était pas à « Infrarouge »!
Côté séries
Avis de nouveauté aux « sériophiles ».
Real Humans (100% humain)
Sur ARTE, une nouvelle série nordique, cette fois suédoise, ainsi présentée sur le site:
Tous les jeudis du 4 avril au 2 mai à 20h50

Dans un monde proche du nôtre, les hubots (human robots) ressemblent à s’y méprendre aux êtres humains qu’ils remplacent dans les tâches domestiques.
Une cohabitation qui engendre des relations complexes et des émotions contrastées, entre amour et haine, alors que certains humanoïdes rêvent d’émancipation
*=*=*=*=*=*=*
The killing(US) – Saison 2 – RTS 2 dès 23h40 le 4 avril 2013
Il existe une seconde version de « The Killing », respectueuse de l’originale danoise, qui se déroule à Seattle. Rappelons que la série traite trois sujets, la recherche d’un meurtrier, la destruction d’une famille qui accomplit son deuil, la politique peut-être mêlée au crime au moment d’une élection.
Une fois de plus, un grand bravo pour cette courageuse programmation d’une série haut de gamme, alors que NCIS mérite le premier rideau surRTS1 et que l’américaine « Hung » passe à la même heure. Normal: « The Killing(US) est une série américaine haut de gamme d’origine européenne donc dangereusement « intellectuelle »! L’eau monte pourtant à la bouche de sériophiles noctambules.
- Michelle Forbes interprète Sarah Linden dans la version US

Sofia Grabel, la Sarah Linden de la version danoise, tient un petit rôle dans la deuxième saison de la version US
*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*
« Os K ar n’était pas à « Infrarouge » !
Pas de complément « verbal », seulement quatre illustrations, quatre « commentaires » signés Mix&Remix. Les participants à chaque débat ne se rendent probablement pas compte du sens de ces interventions. Le comprendrait-il que cela pourrait bien donner lieu à quelques empoignades désordonnées. Savourons l’impertinence provocatrice !
Si vous dites « Oskar », écrit avec un « k », vous êtes valaisan. Vous employez « Freysinger » ou même « Monsieur » ? Vous êtes d’ailleurs. Mais vous savez que les dernières élections valaisannes, deuxième tour compris, ont mis en lumière quatre faits : le brillant résultat d’Oskar, qui n’est pas forcément celui de l’UDC, le progrès d’un tour à l’autre de Mme Waeber-Kalbermatten, socialiste, haut valaisanne et femme , fort spectaculaire, le PLR qui disparaît de l’exécutif, la majorité relative du PDC au Grand Conseil qui conserve pourtant l’absolue au Conseil d’ETAT.
« L’Hebdo », (21.03.2103), a décerné des compliments à l’émission de mots ( dite « talk-show ») la plus réussie, en multiples catégories, participatif, libre, littéraire, expert, convivial : que des victoires françaises ! On y prend tout de même le pouls suisse romand, celui qui bat assez bien avec le « Pardonnez-moi » de Darius Rochebin, l’autre qui bat de l’aile, à « Infrarouge ».
Esther Mamarbachi met en cause l’étroitesse du bassin de population pour renouveler le panel des invités. Elle devrait pourtant s’interroger sur les choix de ses sujets. Des quatre axes de l’élection valaisanne, elle ne retient que celui qui concerne « Oskar », lequel d’ailleurs n’aurait pas voulu ou pu honorer l’émission de sa présence ! Un dessin de Mix&Remix résume bien la situation !
C’est quoi, un bon conseiller d’Etat, demandait Esther M, sensibilités PDC et PLR absentes du débat ? Pour contribuer à la réponse, deux présences neuchâteloises. Frédéric Hainard reste tout de même assez discret. Et le candidat Yvan Perrin, regard étrange, se porte bien, foi de son médecin !
PS : « Avant et après » !
Le caillou du candidat Varone a fait grands bruits avant l’élection. Mais le candidat savait-il que le caillou tenait peut-être du châpiteau turc. Un historique emblème de la grande Allemagne sis dans le bureau de l’élu Freysinger fait petit bruit après l’élection. Mais l’élu savait-il que le drapeau est vénéré par les néonazis ? Mieux valait que cela se sache après qu’avant !
Le métis de Dieu
Un pape polonais, Jean-Paul II et un cardinal français d’origine juive, deux amis qui doivent s’occuper d’un couvent de carmélites installé à Auschwitz. « Le métis de Dieu » est un téléfilm français unitaire, tout simplement un grand film.
Présenté le dimanche 24 mars à 22h10 sur RTS1. A voir le 29 sur Arte à20h50 puis sur « ARTE sept + » pendant sept jours.
Un « Pyrénée d’or » à Luchon
On ne parle guère des nombreux festivals consacrés à la seule télévision qui pourtant touche chaque jour un public beaucoup plus large de le cinéma. Se déroule à Luchon depuis une quinzaine d’années une manifestation consacrée aux « créations télévisuelles ». Seize films unitaires participaient à la dernière édition du 13 au 17 février 2013. Le « Pyrénées d’or », prix principal, vient d’être attribué au « Métis de Dieu » présenté dès 22h15 par RTS 2 le dimanche 24 mars et proposé le vendredi 29 par ARTE en début de soirée. Il sera ensuite possible de le voir sur ARTE + SEPT durant sept jours, mais pas sur le RTS qui ne dispose pas des droits si tant est qu’ils aient été demandés.
Jean-Marie Aron Lustiger
Ilan Duran Cohen en est le réalisateur qui signe le scénario et les dialogues avec Chantal de Rudder. Comme tout un chacun, je connaissais vaguement l’existence du cardinal Lustiger ( 1926-2007) énergique et non-conformiste. Le téléfilm m’apporte ainsi des informations nouvelles. Mais il s’agit d’une fiction. Il est toujours intéressant de savoir quelles peuvent être les libertés prises par une fiction à l’égard du vécu de personnalités connues du public. Un rapide passage sur internet pour y trouver les grandes lignes d’une vie permet d’affirmer que les faits mis en scène sont conformes à la réalité. Mais ce survol n’a pas permis de trouver trace de la cousine Fanny du cardinal ! Et il faudrait être un parfait « vaticanologue » pour savoir comment se sont déroulés certains entretiens entre le cardinal français d’origine juive et Jean-Paul II, son patron et ami polonais . Entre eux, dans le film, ils emploient le « tu ».
Choix indispensables
Pour raconter toute une vie, nonante minutes ne suffisent pas ; bien entendu. On pourrait s’en approcher mieux en construisant une série. « Le métis de Dieu » aurait pu donner lieu à une série du même esprit qu’ « Ainsi soient-ils », récente succès d’ARTE qui ne faisait pas de référence à une prêtre connu.
En rester à un « unitaire », c’est faire d’indispensables choix. Un certain nombre de séquences annoncées par des dates et des lieux permet de prendre acte de la rapide montée en puissance de celui qui allait devenir cardinal. Cela permet de mettre en évidence la forte personnalité de Jean-Marie Lustiger qui avait abandonné son prénom d’enfance, Aron. A quatorze ans, en 1940, l’adolescent juif se convertit au catholicisme, démarche que son père ne comprit guère. Sa mère est morte à Auschwitz. Le cardinal catholique a pourtant toujours revendiqué son ascendance juive. Il était juif E T catholique !
Le couvent des carmélites polonaises d’Auschwitz
La seconde moitié du film traite dès lors d’un événement qui créa de sérieux remous entre les communautés juives et catholiques, l’installation dans le camp d’Auschwitz d’un couvent de quelques carmélites polonaises au milieu des années 80. Les tensions furent alors intenses. Le « métis de dieu » accorde une grande place aux négociations religieuses et politiques qui amenèrent le départ des carmélites en 1994.
Dans un entretien, le réalisateur dit avoir, avec sa scénariste, « imaginé » ce que Jean-Paul II et son ami Lustiger avaient pu se dire dans le privé. On y montre en effet le pape polonais très préoccupé par la nécessité de la chute du communisme autoriser le cardinal à négocier le retrait des carmélites puisque le Mur de Berlin allait tomber
Une mise en scène à l’énergie
Impossible et peut-être pas très intéressant de savoir quand s’arrête la réalité et où commence, sinon la fiction, du moins l’interprétation des comportements liés à cette réalité. « Le métis de dieu » se présente en spectacle dominé par l’énergie d’un homme, curé qui roulait en moto, évêque qui prenait des leçons de conduite, qui peinait presque à suivre le pape franchissant à pas rapides les couloirs du Vatican, plongeait avec lui dans la piscine que Jean-Paul II saurait fait aménager dans la résidence de Castel Gandolfo.
Cette énergie est assurément celle du scénario qui joue admirablement bien sur les tensions dramatiques nées des confrontations religieuses et politiques, associées aussi à certaines ambiguïtés polonaises à l’égard de Juifs. Mais la vertu spectaculaire tient aussi à l’énergie dégagée par les interprètes, Laurent Lucas ( Lustiger) et Aurélien Recoing (Jean-Paul) en particulier.

Deux amis face à face, le Pape Jean-Paul II et le cardinal Lustiger ( Laurent Lucas et Aurèle Recoing)
Pourquoi pas sur grand écran ?
Il y a longtemps que pareille journée ne s’était plus déroulée pour moi ce dimanche 24 mars 2013. Se tenait à Neuchâtel le traditionnel « Festival du sud ». J’aurai vu ce jour-là quatre films, tous au moins bons, trois sur grand écran, un sur le petit, que j’énumère dans un ordre personnel croissant de préférences :
« Les enfants de Sarajevo » d’Aida Bégic – Bosnie- un frère et une sœur mal dans leur peau, la sœur constamment cernée de près par une caméra portée qui la prive presque de liberté en la faisant prisonnière
« Ai weiwei » Never story » d’Alison Klayman, USA, qui rend compte du comportement, du talent et du combat d’un opposant au gouvernement de Chine
« Wadjda » de Haiffa Al Mansour, une réalisatrice qui signe le premier ou deuxième long métrage de fiction d’Arabie saoudite bénéficie d’un excellent scénario, de remarquables interprètes mais aussi de sons appuis internationaux, les festivals de Sundance et Rotterdam, de techniciens du cinéma allemand pour la qualité technique et esthétique de l’image et de son qui ont facilité son accès aux publics.
Je mets au même niveau que « Wadjda » ce « Métis de dieu » présenté ci-dessus.
Wajdja, (Waad Mohammed), 12 ans, rêve de posséder un vélo, dans le film de Haifaa Al Mansour ( photo Praesens), qui mérite d’être vu !
« Wadjda » connaît un beau succès public, du moins en France. Les deux autres risquent bien de faire une brève carrière numérique, quelques rares séances marginales dans un nombre de localités peut-être plus grand qu’au temps de la pellicule. Sur le petit écran, « Le métis de Dieu » comptera tellement plus de téléspectateurs qu’il n’aurait rencontré de spectateurs. Mais se trouverait-il un distributeur de cinéma pour chercher à diffuser ce film en salle que ce serait un véritable miracle.
Souillé par la pub
Incident malencontreux lors du passage sur le petit écran romand dimanche dernier. Le cardinal Lustinger se rend à Auschwitz où l’émotion s’empare de lui au souvenir de sa mère qui y mourut gazée en 1943. Coupure brutale : voici une place publicitaire durant le récit de deux minutes au moins. Fin de la pub : à genoux devant l’entrée principale du camp, au milieu des rails, le cardinal n’arrive pas à prier, ni selon le rite juif, ni selon le Notre père chrétien. Cette brutalité est tout simplement scandaleuse si elle est, dira-t-on, légale : on peut couper une projection de plus de soixante minutes par des plages publicitaires. On pourrait aussi parfois se passer de le faire, mais il faudrait que quelqu’un qui a la responsabilité des programmes donne des directives à la régie qui gère les diffusions sur le plan technique.
L’importance de « The Gatekeepers »
Une organisation israélienne
Le « Shin Beth » (ou Shabak) est une organisation de l’Etat d’Israël dont la mission principale, depuis des décennies, est la lutte contre le terrorisme, celui des Palestiniens, des islamistes, mais aussi des Israéliens extrémistes, de droite y compris. L’un de ses dirigeants, Ami Ayalon, se réfère à Clausewitz pour qui la victoire est la capacité de créer une réalité politique meilleure, ,mais reconnaît presque douloureusement que nous gagnons chaque bataille, mais nous perdons la guerre.
Une bataille perdue
Le « Shin beth » a reçu des gouvernements successifs mission de protéger Israël contre le terrorisme des Palestiniens, mais aussi celle de surveiller les extrémistes israéliens, associés souvent à la droite religieuse. Il a perdu au moins une bataille. Isaac Rabin, en 1995, auquel le responsable de l’organisation avait conseillé de porter un gilet pare-balles ce que le président du gouvernement refusa de faire, a été assassiné par un fanatique religieux. L’organisation n’avait jamais inscrit son nom dans les listes pourtant bien remplies des activistes à surveiller.
Le succès du document
« The gateekkpers » est un film israélien de Moreh Dror qui s’est retrouvé parmi cinq autres documents du monde entier dans la cour à l’oscar, sans l’avoir gagné. La RTS ( dimanche 3 mars avec reprise lundi 4 sur RTS 2 ) et ARTE ( mardi 5 ) l’ont proposé à leurs publics. Le passage sur ARTE a donné, en France, une part de marché de près de 4 %, frôlant le million de spectateurs.
Gros efforts de promotion
Un gros effort avait été fourni par ARTE pour sa présentation du mardi, avec force articles de presse. La RTS en a fait son « Histoire vivante » qui propose cinq heures de radio du lundi au vendredi de 20h00 à 21h00 sur « La première » alors que la RTS en fait l’attraction du dimanche soir. Un lien est aussi annoncé avec « La Liberté », associée à l’opération dans son édition du 1er mars, avec une page entière empruntée à Annette Lévy-Willard parue dans « Libération ».
La force du « Verbe »
« The gatekeepers » de Dror Moreh est un remarquable document de nonante minutes d’une grande simplicité. Les entretiens avec des anciens dirigeants du « Shin Beth » sont conduits devant un décor qui ressemble à un centre de commandement avec multiples cartes ou écrans. Entre les plans « parlés » en hébreu, mais traduits, sans masquer les voix de chacun, s’intercalent des documents filmés et des photographies qui évoquent des événements, dont quelques-uns désormais inscrits dans l’histoire. Le point fort, c’est le « Verbe ».
Les patrons en plein doute
Les anciens chefs du « Shin Beth » ont tous ou presque admis qu’il ne peut être question de morale dans la lutte antiterroriste, au point que le travail de l’organisation a ramené les attentats de quelques centaines à petites dizaines par année. L’efficacité du « Shin beth » était réelle, mais en quelque sorte amère.
La « mission » des antiterroristes, vaincre le terrorisme n’est donc pas créer de meilleures conditions politiques pour éviter la poursuite de la guerre. Il y a dans l’action dirigée par les témoins mis en confiance par Moreh une totale absence d’esprit de vengeance, mais aussi une totale impossibilité de s’en tenir à des règles de morale.
L’absence d’une vision politique
Faute d’une réponse politique, et clairement une vraie négociation politique entre Israël et les Palestiniens pour la création d’un état palestinien, la mission au final est un échec. Cet échec pour les anciens chefs du « Shin beth » est celui des politiciens qui n’ont pas su ouvrir de vraies négociations conduisant à la coexistence de deux états. Ils portent la responsabilité de la situation actuelle qui continue d’être dans une impasse
L’un des anciens patrons finit dès lors par expliquer que, une fois quittée l’organisation, il a couru le risque de devenir gauchiste tant est grande cette absence de vision politique, qui devrait forcément conduire à négocier les conditions de la coexistence de ceux états. Et c’est pour lui chose douloureuse que de le dire.
Les patrons du « Shin Beth » ont ainsi fait preuve d’un réel courage politique en exprimant leurs réserves fondamentales sur la mission qui fut la leur. Ils ont ainsi fait la démonstration de l’existence d’une totale liberté d’expression sur les limites d’une politique dans le pays qui est le leur et cela, semble-t-il, sans encourir de poursuites.
Le récent renouvellement des autorités législatives israéliennes fut décevant par Benjamin Natanayou. Un fort courant, 20 % des sièges, a suivi Yaïr Lapil, un ancien animateur de la radio devenu ministre des Finances, dans un gouvernement de coalition. Selon certains observateurs, la projection de « The gatekeepers » aurait contribué à succès d’un partisan de nouvelles négociations avec les Palestiniens.
L’attaque aveugle, par des drones.
L’un des participants évoque l’incroyable situation dans laquelle il s’est trouvé au moment où il fallait donner l’ordre de tirer sur une cible humaine repérée sans savoir si des innocents n’étaient pas aussi dans le champ. L’exécution réussie à l’aveugle n’allait pas sans profonde interrogation par la suite. Sur ce récit, l’image montre un véhicule suivi sur un écran qui se déplace et l’effet du tir.
En fait, la bataille qui alors se déroule est assez nouvelle. Elle est purement technique. C’est ainsi que l’Amérique d’Obama livre guerre en Asie, qui connut un sommet de réussite avec la mise à mort de Ben Laden, fait un recours aux drones.
De « Gatekeepers » à « Homeland ».
Arbitraires, les considérations qui suivent ? Peut-être bien. Dans une série israélienne, « Hatufilm », le scénariste Gidéon Raff relate le retour de deux soldats israéliens en Israël libérés après sept ans de détention. Il s’y interroge sur difficulté de réintégration dans la vie civile après un puissant traumatisme provoqué par la guerre.
Les Américains de HBO ont décidé d’adapter la série de Raff en associant le scénariste israélien à leur travail. Le résultat est largement connu, c’est « Homeland », La première saison a déjà été diffusée en Suisse. La décision de tourner une troisième est prise.

Carrie Mathinson ( Claire Danes ) et Saul Berenson (Mandy Patinkin, deux agents de la CIA, la première subordonnée du second
Il s’agit aussi de savoir comment des anciens prisonniers retenus en IRAK se réintègrent dans la société américaine. On verra le rôle fondamental joué par les dégâts commis par aveuglément par un drone dans la série, dégât qui a contribué au traumatisme causé sur des anciens combattants de retour au pays. « Homeland est ainsi en partie une réflexion sur cette nouvelle forme de bataille de pure technique, avec des drones qui eux sont aveugles quand ils obéissent à des ordres techniques.
L’audiovisuel contemporain, qu’il s’exprime dans « The gatekeepers », un document, que dans « HOMELAND », une série télévisée ou encore dans « Zéro Dark Thirty », le film de Kathryn Bigelov, aborde de front la guerre moderne et exprime ou fait sentir les réserves qui s’imposent.
Séries et film d’auteur mal programmés par la RTS
Les séries étrangères programmées trop tardivement par la RTS sont souvent les meilleures : un avis personnel, certes, mais largement partagé. Une fiction helvético-argentine fortement soutenue par la RTS et récompensée par la SSR-SRG pour son succès artistique présentée à minuit sur RTS 1 : de quoi s’étonner !

L’équipe gagnante de « L’heure du secret », Elena Hazanov et Alain Monney. Il y aura une deuxième saison. Une série romande bien meilleure que « Port d’attache ».
Une œuvre audiovisuelle contemporaine, c’est aussi bien un film court ou long, de fiction, de documentation ou d’expérimentation qu’une série télévisée, de fiction et de documentation. Les séries sont à prendre désormais en considération comme n’importe quel film. C’est dans ce domaine que l’audiovisuel contemporain apporte les plus belles surprises.
La RTS met bien en valeur ses productions propres !
La conception générale, depuis des années, de la programmation de la RTS est bonne, puisque le temps de diffusion le plus suivi (entre 19 et environ 23h00, le premier rideau au sens large), fait place à la majorité des productions de l’entreprise. L’information, la documentation, les magazines, le divertissement sont ainsi bien mis en valeur. Une série romande ambitieuse mais décevante comme « Port d’attache » a été présentée en premier rideau. On peut certes regretter l’invasion de RTS 2 par les sports. Mais deux domaines sont actuellement malmenés, les séries haut de gamme, qui sont toutes étrangères ainsi que le cinéma d’auteur, suisse y compris.
Deux séries de séries
L’information moderne du multimédia traite souvent de questions même importantes en quelques centaines de signes dans « 20 minutes » ou nonante secondes dans un téléjournal. Faisons de même à la hache en employant insuffisant, suffisant et bon pour caractériser les séries de deux séries de séries inédites présentées entre le 23 février et le 1 mars 2013. Les semaines précédentes comme les suivantes lui ressemblent
En premier rideau, cela donne « esprits criminels », suffisant ; « Revenge », suffisant ; « NCIS », suffisant ; « Hawaï 5-0», insuffisant.
En deuxième rideau et en nocturne, on trouve « Mad men », 4ème saison, lundis dès 23h00 – bien ; « Damages », 3ème saison, jeudis dès 23h00 ( sur RTS 2). – bien ; « Hung », jeudis, dès 23h30, bien ; « The hour », 2ème saison, vendredis dés 23h00, bien. Et comme ces séries sont présentées en duos, cela se termine après 00h30. Le « suffisant » aux meilleures heures, le « bien » tardivement !
Le clan des défenseurs de séries gagne du terrain régulièrement. C’est ainsi que Sandrine Cohen ( TV 8 du 23.02.2013) déroule Le tapis rouge pour les séries. Sur le petit écran de « notre » télévision, les meilleures séries « bénéficient » donc d’une diffusion tardive : le feu rouge est mis, mais pour la programmation !
Le populaire de qualité
Pendant le règne de Nicolas Bideau sur le cinéma suisse à la section du cinéma de Berne, belle place fut faite à la notion de « film populaire de qualité ». On arrive à mesurer le populaire, avec le nombre d’entrées dans les salles ou l’audimate pour le petit écran. Mais là le nombre de téléspectateurs est plus révélateur que le pourcentage – un cinquante pourcent de PDM en Suisse romande quand huit cents mille personnes regardent le petit écran, c’est quatre cent mille. Quand il y a dix mille spectateurs encore éveillés à une heure du matin, cela donne cinq mille. Mais c’est chaque fois cinquante pourcent de pdm !
Comment définir la qualité ?
Le box-office comme l’audimate mesurent assurément la quantité. Bien plus délicate est la mesure de qualité, qui pourtant n’est pas seulement une affaire de goût personnel. On s’est rendu compte, en Suisse, comme du reste ailleurs, qu’il fallait trouver des indices de qualité. Tant le Confédération que la SSR disposent maintenant d’un instrument de mesure qui commence à être fiable. Il s’agit de porter à l’actif d’un film sa participation fondée sur des sélections à des manifestations, ce qui vaut aussi bien pour des césars, des oscars ou des quartz du cinéma suisse lors d’une présence dans des festivals reconnus d’une certaine importance, y compris sur la piazza grande le soir à Locarno.
Succès artistique SSR-SRG
C’est ainsi que la SSR-SRG a décidé de consacrer dès 2013 cinq cent mille francs par année à cette notion de succès artistique en créant quatre catégories, fictions, documentaires, courts métrages et courts films d’animation, séries exclues.
C’est ainsi que quatre long-métrages viennent d’être retenus, « L’enfant d’en haut » d’Ursula Meier (cent cinq mille francs ), « Giocci d’estate » de Rolando Colla, « Abrir puertas y ventanas » de Milagros Mumenthaler, ( chacun septante mille) et « L’intervallo » de Leonardo Di Constanzo ( trente-cine millle). Les montants ainsi obtenus sont loin d’être négligeables. Ils participent à la poursuite d’une carrière de production et de réalisation.
La SSR et Milagros Mumenthaler
La RTS a co-produit le film tourné en Argentine par Milagros Mumenthaler, qui a obtenu à Locarno le Léopard d’or en 2011. Cette récompense a permis à ce film helvético-argentin de participer à de nombreux festivals, mais aussi d’être distribué dans plusieurs pays, la France en particulier.
La SSR-SRG, avec son nouveau critère ci-dessus décrit confirme le succès artistique du film en lui accordant aussi une agréable récompense en bon argent. On admettra donc que la carrière du film et les réactions à son égard permettent de le classer parmi ceux qui ont indéniablement des qualités. Peut-être même que le film est populaire.
Aux oubliettes à minuit !
Certes, de ce film, il n’existe pas de version doublée en français seulement une sous-titrée. On comprend qu’il eut été autant difficile que délicat de le présenter dans « Box office » un lundi soir peu avant vingt-et-une heures.
Mais le proposer le 12 février 2013 sur RTS 1 à minuit, c’est aberrant et finalement méprisant pour tous ceux qui défendent ce film. La programmation du cinéma d’auteur montre une fois de plus sa toute-puissance dévastatrice contre le cinéma d’auteur dont la qualité a ici été largement reconnue par d’autres collaborateurs de l’entreprise. On pourrait citer d’autres exemples.
Quelques mots sur le film
Trois jeunes femmes se retrouvent dans une pavillon de banlieue, tristes, seules, à la mort de leur grand’mère qui s’occupaient de ces orphelines. Comment «ouvrir portes et fenêtres», (vague traduction du titre espagnol) d’une maison sur une vie normale, sur le travail, sur une formation, sur l’amour, quand on est plus ou moins enfermées dans une cuisine, un salon avec téléviseur, un jardin avec hamac ? Un film d’une belle sensibilité qui ne se donne pas facilement.
Huit heures de Chine
Cinq heures de radio, trois heures de télévision : une « Histoire vivante » à deux médias, en télévision racontée par Jean-Michel Carré qui ne fait appel qu’à des interlocuteurs chinois. Remarquable !
*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*
La Chine ? Elle s’éveille puis s’affirme et aujourd’hui domine. Cette Chine, lors des événements de 68 fit même croire à un ami politicien qu’elle allait envahir physiquement le reste du monde ! Elle vient seulement d’occuper durant cinq heures « La première » du lundi 11 au vendredi 15 février 2013 en début de soirée et durant trois autres RTS 1 le dimanche 17. Mais qui donc parmi les auditeurs et téléspectateurs aura consacré autant d’heures à ce pays, entraîné par la convergence réussie de nos deux médias ?
Pour ma part, ce furent deux heures en direct pour « Le Chine s’affirme » puis « La Chine domine » sur le petit écran et un recours à internet pour la première heure de télévision. « La Chine s’éveille » et une pour l’entretien en radio avec le réalisateur de la mini-série Jean-Michel Carré (Emission du vendredi 15 ). Mais trois heures de télévision sur le même sujet, un dimanche soir, c’est tout de même une aberration programmatique!
Maoïste libertaire
Très difficile, bien sûr, de résumer ces quatre seules heures. Intéressant, par contre, de s’arrêter aux regards portés sur la Chine. Le réalisateur joue franc jeu à la radio. En 1968, il avait vingt ans, reconnaît avoir été maoïste sans appartenir à un groupe sectaire ou stalinien : il était maoïste libertaire ! Voilà qui est clair.
N’interroger que des Chinois
Il a fait un autre choix tout aussi clair : n’interroger que des chinois, de tous milieux, un paysan, un ouvrier, un professeur de statistique, un historien des religions, un philosophe, un spécialiste des relations sino-africaines, un dissident, etc. L’un d’eux est devenu maoïste après l’accès de Mao au pouvoir. Les témoignages contradictoires, d’une réelle honnêteté intellectuelle, permettent une approche passionnante pour mieux connaître la Chine précieux et redoutable partenaire écBionomique. Une admiration jamais aveugle aura coexisté avec des réserves lucides.
Lire entre les images
Le téléspectateur dispose même de la liberté de lire entre les images commentées par le réalisateur. Par exemple, quel sens donner à la mode vestimentaire, ces anciens cols « maos » des images anciennes souvent encore en noir -blanc et les parfois éclatantes cravates sur des chemises portées aujourd’hui par les cadres en Chine comme dans le monde entier. Ou tout à coup, des détails dont on se demande quel sens ils peuvent bien prendre. Frappent à plusieurs reprises des plans du passé, aussi en noir-blanc, avec foule où les porteurs de lunettes sont en très grand nombre. Les plans équivalents de ces dernières années, dans des foules encore, ne montrent que de rares porteurs de lunettes. Hasard, ou signe d’un réel progrès dans de la médecine de la vue?
La politique de l’enfant unique
Entre les années 1970 et 1980, le fécondité chinois a chuté, mais pas assez selon le gouvernement. Ainsi Deng Xioping mit en place la politique de l’enfant unique, un par famille, pour améliorer le niveau de vie de l’ensemble de la population. Il semble même que cette politique aurait été considérée encore plus efficace quand cet enfant est de sexe masculin. Strictement appliquée, cette politique risquait pourtant de conduire à une démographie insuffisante. Dès le début des années 2000, la naissance d’un second enfant est devenue possible moyennant le versement d’une sorte de taxe, cinq mille yuans qui correspondent à plusieurs mois de salaire moyen. Cela est donc un privilège réservé en milieu urbain à la nouvelle classe moyenne aisée. Dans les campagnes, la notion d’enfant unique aurait eu bien du mal à être appliquée. L’un des invités de Jean-Michel Carré fait remarquer que si on passait brusquement en un enfant par famille à deux, l’explosion démographique conduirait à une situation difficile dans deux ou trois décennies. Aujourd’hui, il semble pourtant que le manque de femmes commence à se faire sentir. Trouvé, de manière somme toute assez attendue, dans « Charlie Hebdo » ( 2 janvier 2013) un texte solidement documenté de Patrick Chenet, intitulé « Les Chinois achètent tout, même les femmes ». Impossible de résister au plaisir de reprendre un dessin de Honrof qui résume (probablement assez bien) une situation nouvelle.
« Borgia » et « The Borgias »
Deux séries sur le même sujet, c’est tout de même une de trop! Mais laquelle ?
En amorce, quelques comparaisons.
Un PS sur « Dexter » : photo TF1 – évidemment !
*=*=*=*=*=*=*=*
Le lundi 17 février 2013 s’est terminée sur RTS1 la première saison d’une imposante série, « Borgia », produite par « Canal + », douze fois cinquante minutes. La seconde saison est semble-t-il terminée. On devrait la voir en mars sur Canal + et plus tard, forcément, sur la RTS. C’est une série européenne, tournée à Prague, écrite par Tom Fontana, producteur et scénariste américain auquel on doit l’imposante série « Oz », en 56 épisodes de 55 minutes entre 1997 et 2003.
Une autre série, titre au pluriel, « Les Borgias », sous la houlette du cinéaste irlandais Neil Jordan, en est déjà à sa troisième saison. La RTS a présenté la première fin 2011. Cette production internationale fut attribuée au Canada, (Showtime producteur), à l’Irlande (Jordan réalisateur) et à la Hongrie où eut lieu une bonne partie du tournage. C’est pourtant une série nord-américaine.
Il doit bien se trouver quelque chercheur peut-être universitaire pour comparer les deux « Borgias » et vérifier leur conformité historique. Ce n’est pas facile à faire, étant donné que deux ans séparent la vision des deux séries.
L’arbre généalogique
(emprunt à wikipédia)
La pratique du célibat des prêtres laissait alors à désirer !!
Prudentes comparaisons
Les remarques qui suivent mériteraient donc d’être vérifiées. Il me semble que « Borgia » introduit plus de nuances que « Les Borgias » dans le comportement du clan familial d’origine espagnole. Rodrigo devenu Alexandre VI, pape de 1492 à 1503, est le père de Juan le « soldat » et Cesare le prêtre, deux frères qui se détestent. Sa douce fille Lucrézia, aux liens incestueux avec Cesare, devient une créature démoniaque obsédée par le plaisir sexuel. L’autorité papale prend parfois le pas sur le père qui défend sa famille et hurle à la mort de Juan. Tant dans le mysticisme religieux que par des comportements personnels à la recherche du pouvoir, pratiqués avec excès, «Borgia » va plus loin que « Les Borgias »
Les tenues des cardinaux, telles qu’on les voit actuellement portées par d’éventuels candidats à la papauté en 2013, ressemblent à celles du XVème siècle. La richesse dans la reconstitution des costumes, des intérieurs permettent d’affirmer que les Européens savent désormais rivaliser avec les américains.
Le pouvoir temporel plutôt que le royaume de Dieu
L’essentiel, ce n’est pas la foi ni le royaume de Dieu, c’est le pouvoir temporel qui donne puissance et richesse. Le pape défend bec et ongles ses propres enfants : on ne parlait guère alors du célibat des prêtres.
Je ne saurais dire quelle est la plus violente des deux séries, qui ne reculent devant aucun meurtre ou torture punitive. Les scènes d’amour recouvrent une grande variété qui tient de kamasutra en duos variés. Peut-être que « Borgia » aurait mérité deux logos rouges romands alors qu’un seul suffisait pour « Les Borgias ».
L’ensemble des turpitudes parfois décrites avec grande précision (un peu complaisante) par la mise en scène dépasse largement les bornes de la bienséance. Cà fornique ferme, çà s’entretue joyeusement, çà torture l’adversaire, çà emprisonne dans des conditions sordides. Oui, mais un peu hypocritement, il y a la caution de l’Histoire. Est-ce vraiment ainsi que cela se passait ? Qu’importe, il est plausible de le supposer. Et les deux séries sont fondées sur les mêmes sources historiques.

Cesare Borgia version « Les borgias » : l’acteur François Arnaud et un portrait attribué à Altobello Melone
La télévision commerciale cryptée, largement reprise par toutes sortes de chaînes y compris des généralistes de service public, s’est installée dans le grand spectacle, faisant ainsi concurrence à l’équivalent cinématographique des « blockbusker ». Esthétiquement, la qualité est garantie, comme ce fut déjà le cas avec « Roma » ou les « Tudors ». Mais deux séries sur la même famille, c’est tout de même une de trop ! Diable, ce ne sont pourtant pas les sujets qui manquent !
*=*=*=*=*=*=*
PS qui n’a presque rien à voir : pires que « Dexter » ?
Il y a quelques années, le responsable des programmes d’alors, Yves Menestrier, avait estimé qu’une télévision de service public ne pouvait pas présenter une série aussi sanguinolente que « Dexter » laquelle montrait un tueur en série, policier dans sa fonction de médecin légiste qui, dans la nuit, trucidait des tueurs en série que la police n’était pas parvenue à arrêter.

Dexter Morgan en quatrième saison -photo TF1, évidemment!
Rappel : on vit aussi Michel C.Hall dans « Six feet under
Officiellement, la RTS était moralement fière d’avoir rejeté « Dexter », montré partout, mais série souvent considérée à juste titre comme de grande qualité. Il ne s’est trouvé presque personne pour oser dénoncer l’hypocrisie d’une mesure qui s’en prend à un tueur en série dans une série parmi d’autres séries qui mettent en scène des tueurs en série. Dexter est un justicier qui se donne le droit de réparer des oublis de la justice. Pas de recherche d’enrichissement, pas d’attirance pour le pouvoir, pas de violence gratuite ! Mais la justice d’un « justicier » solitaire pose en effet problème !
Une programmation cohérente aurait du, selon le critère de refus de « Dexter », conduire aussi à rejeter tant « Borgia » que « Les Borgias ». De plus, la RTS prétend que son public n’aime pas les séries historiques. Mais peut-être que la programmation, évidemment très tardive selon les bonnes traditions romandes, est une manière d’accueillir les tueurs en série sur « notre » télévision. Nul ne se sent obligé de faire des bêtises du passé ostensiblement table rase !!
Après « Vol spécial » : « Le monde est comme çà »
« Vol spécial » est film soutenu par la RTS qui dénonce les renvois de sans-papiers dans leur pays d’origine. Mais après, que se passe-t-il ? Il était important que le réalisateur, Fernand Melgar, donne des nouvelles de certains d’entre-eux dans un indispensable suivi, « Le monde est comme çà ». Les illustrations et légendes des portraits dessinés sont tirées du site http://www.volspecial.ch/fr/
*=*=*=*=*=*=*=*
Ils s’appellent Wandifa qui se trouve en Gambie, Geordry au Cameroun, Ragip au Kosovo, Dia au Sénégal, Jeton et Slavica restés en Suisse. Il y a aussi Serge, mais il était trop dangereux de se rendre en RDC à Kinshaha, Julius blessé reexpédié au Nigaria mais sans nouvelle de lui ou Pitchou, presque miraculé resté en Suisse, peut-être à cause du film qui venait d’être tourné à Frambois.
Une voix qui dit « je », celle du cinéaste probablement, prend acte de ces trois absences. « Le monde est comme çà » évoque donc huit parmi la trentaine de détenus dont les noms sont inscrits à la fin de « Vol spécial ». La même voix, au début du film, a rappelé ce qu’était « Vol spécial », un film produit par Climage, soutenu par la Confédération, la RTS, la SSR, Arte, la Fondation romande, et d’autres, qui fut salué avec respect au Festival de Locarno en 2011.
Une polémique injuste
Paulo Branco, président du jury de Locarno, provoqua une polémique qui du reste aida le film à trouver et son public et une large diffusion internationale. L’accusation de fascisme était profondément injuste. Selon Branco, il aurait fallu dire que tous ceux qui avaient à s’occuper des détenus de Frambois, ces sans papiers en attente d’expulsion, étaient des salauds. Melgar a aussi donné la parole aux gardiens, aux responsables du centre, à des policiers chargés de prendre en compte les expulsés, qui font parfois avec indifférence, mais aussi sympathie, leur métier. La dureté de certaines règles, en partie issues d’une volonté démocratique, permet de brutaliser des demandeurs d’asile qui refusent de partir de leur plein gré. Melgar n’était, par choix, ni pour ni contre les gardiens, mais il n’eut point besoin de proclamer qu’il comprenait et défendait les sans-papiers, qu’ils soient expulsés de force en un vol spécial ou presque miraculeusement autorisés à rester en Suisse.
Passer rapidement d’une chose à l’autre
Sur le grand écran des salles du pays, face au films suisses, le public s’intéresse beaucoup plus à l’information documentée qu’à la fiction . Un document qui soulève un problème, provoque l’émotion, dénonce, étonne, révolte, pendant son passage sur le petit écran. Et puis après ? L’oubli s’installe, car la télévision passe à autre chose, dénonce un autre scandale, fait naître une nouvelle émotion.
L’importance du suivi

Musicien souvent en tournée, il perd son permis de séjour après 15 ans en Suisse. De retour à Dakar sans argent, il vit dans la honte et le non-dit, avec la souffrance d’être séparé de ses quatre enfants
Et pourtant, le « suivi » devrait parfois s’imposer. Que sont-ils donc devenus, deux ans plus tard, les expulsés du « Vol spécial » ? La réponse existe, pour certains, en partie. Fernand Melgar a su suivre cinq de ceux qu’il rencontra à Frambois. Il donne aussi de brèves nouvelles de trois autres dont un resté en Suisse. Et ceux qui sont totalement absents ? Si tout allait bien pour eux après leur expulsion, cela se saurait. Car pour ceux qui ont été retrouvés, cela ne va pas bien. Geordry, rendu à la rue, a été battu de quatre cents coups de bâton sous la plante de pieds, à ne plus d’abord pouvoir marcher. Ragip et Dia sont séparés de leurs familles restées en Suisse, rejetés par leurs proches confinés dans leur incompréhension. Parfois restés en Suisse durant des années, ils pouvaient venir en aide à leurs proches. Et même pour Jeton et Slavica restés en Suisse, l’angoisse subsiste.

Ragip a travaillé plus de vingt ans en Suisse avant d’être expulsé au Kosovo. Sa femme et ses enfants ont réussi à se cacher pour éviter de subir le même sort…
Pour ne pas perdre la mémoire
« Vol spécial » était déjà une manière de suivre le problème de l’accueil en Suisse après « La forteresse ». La suite de « Vol spécial », ce document de cinquante minutes, « Le monde est comme çà », au titre évoquant l’impuissance, sera certainement montré sur le petit écran. Les moyens modernes permettent d’accélérer le processus important du « suivi », sous la forme d’un DVD à deux galets audiovisuels et un document d’une trentaine de page. Et un site existe, http://www.volspecial.ch/fr/, qui offre commentaires et compléments d’information.

Après 16 mois à Frambois, le retour en Gambie est très difficile : les deux ou trois cents francs que Wandifa envoyait régulièrement permettait à une quinzaine de personnes de se nourrir, de payer l’école et les soins médicaux…
Molle cohésion nationale
Les trois principales chaînes linguistiques du pays, qui forment la branche télévision de la SSR-SRG, ne brillent pas par l’intérêt qu’elles se portent les unes aux autres. Dans un texte intitulé « Quand la SSR joue avec sa concession », Nicolas Dufour ( «Le temps», 29.01.2013 ) constate que la cohésion nationale est plutôt molle, certains experts affirmant que «Moins de 1% des thèmes régionaux traités concernent une autre région». Gilles Marchand, directeur de la RTS, reconnaît qu’ «il est certainement possible d’accorder encore plus de place à la réalité des autres régions ». Encore que le « encore » apparaisse habilement pour minimiser l’importance du problème ! Voici un exemple de ce qu’il ne faut pas faire, présenter un film à la sauvette ou le contre exemple d’une réussite, une série documentaire consacrée à des «Médecins assistants
A la sauvette : Synesthésie – Erik Bernasconi : ce qu’il ne faut pas faire !
« Synesthésie », d’Erik Bernasconi, produit par Ville Hermann, largement soutenu pour la TSI, qui plus est en version doublée en français, chose rare pour un des rares films tessinois, a été présenté au soir du mardi 22 janvier 2013 sur RTS1 à 24h00, case-horaire qui sert à accueillir bon nombre de films suisses suspectés de ne retenir que l’attention de rares cinéphiles.
Quatre chapitres sans chronologie
Un accident, un type cloué dans une chaise – prologue / Epilogue, juste avant l’accident de 2006. Entre les eux quatre chapitres : le premier est consacré à l’épouse Françoise que se rend à Genève pour assister au procès qui suit l’accident d’Alan. Le deuxième dresse le portait d’Igor qui rencontre Michela, qui accompagnait Alan lors de l’accident. Dans le troisième, Alan et Igor évoquent certains souvenirs dans une vallée isolée où Igor meurt d’un infarctus. Le dernier chapitre est consacré à Michela privée de son amant par l’accident.
Chaque partie fait place à deux personnages au moins. Pas de chronologie. Parfois les mêmes événements sont vus de manières différentes, occasion aussi de passer d’un genre de cinéma à l’autre, de manière un peu confuse. Il s’agit d’un jeu sur le temps, sur la mémoire, dans un contexte d’amitié et d’amour. Ce film ambitieux et attachant est tout de même artificiellement compliqué, mais retient l’attention pour sa structure. Le spectateur est curieux de savoir comment le réalisateur se débrouille avec les complications qu’il s’impose et s’en tire plus ou moins bien. Passer du Tessin à Lucerne en se rendant à Genève permet de parcourir presque naturellement d’intéressants paysages suisses.
Un tel film risquerait de ne pas retenir l’attention des foules qui en général suivent les propositions de « Box office » en premier rideau le lundi soir. Le présenter à minuit dans la plus parfaite discrétion est somme toute assez révélateur d’une forme de « cohésion » nationale qui fait semblant d’exister n’importe comment. Mais c’est au moins permettre au film de profiter du « passage » antenne.
La programmation de la fiction à la RTS, des films de cinéma produits, co-produits et achetés, comme celle des séries télévisées, n’est pas la meilleure qui puisse exister. Mais ceci est une autre question qui se pose aussi dans la perspective de la cohésion à travers les programmes repris d’une région à l’autre.
Le contre-exemple paradoxal d’une réussite
Admettons que la règle soit, en effet, le manque de curiosité d’une région pour les démarches créatrices culturelles y compris informatives des deux autres. Un miracle serait donc en train de se produire si le produit audiovisuel de l’une est porté intelligemment à la connaissance de l’autre, piqué dans ce « 1% » cité ci-dessus dont on doit d’ailleurs se demander s’il reflète vraiment la réalité
Les médecins assistants
Du vendredi 18 janvier 2013 au 15 février 2013, à une excellente heure d’écoute, une série documentaire venue de « Zürich », « Les médecins assistants » est adaptée pour le public romand. On y suit la formation de futurs praticiens attachés à certains services de l’Hôpital régional d’Interlaken. On y assiste au travail à l’intérieur de l’établissement, aux rapports entre personnels soignants, à certains dialogues avec des patients. Le service de garde nocturne peut se dérouler à l’extérieur lors d’une grande kermesse ou conduire à suivre un jeune médecin dans une intervention en haute montagne, un cinquante pourcent de son emploi se déroulant au service de la Rega. Avec beaucoup de discrétion, peut-être même trop, le problème de la mort a été abordé. On ne peut réussir à soigner tout le monde.
Bien sûr, passer d’une langue dans l’autre est essentiel. La version originale fait alterner commentaires, réponses à des questions, discussions entre soignants ou entre ceux-ci et patients. Il y a presque autant de voix différentes à entendre que de visages à découvrir. Il est donc nécessaire, traduction faite, de disposer de plusieurs voix différentes, associées à ces visages différents. Ce peut être un exercice de haut vol. Cette diversité, pour l’oreille, est indispensable. On ne peut pas imaginer n’entendre qu’une seule voix. Toutefois, on y perd une information, la langue originale et, puisque on se trouve en Suisse, la « musicalité » parfois un peu rauque des dialectes. Faire entendre les voix d’origine est – ou plutôt serait – une bonne chose qui associerait à un visage, un corps, la couleur de la diction . On pourrait très bien alors renoncer à traduire les « bonjours » et autres « comment allez-vous ». Il existe bien sûr un autre moyen de faire comprendre de temps en temps un texte, celle du sous-titrage.









































