« La grande battle » contre « Tango »
A l’attaque !
Participant il y a quelques mois à la deuxième émission de “Tango”, Nicole Baur, déléguée à la politique familiale et à l’égalité du canton de Neuchâtel, a récemment fait part dans les colonnes de L’express/L’Impartial ( édition du 7 novembre 2102) de son mécontentement à propos de la manière dont elle fut accueillie en direct, en formulant aussi de sérieuses réserves sur le contenu et la forme de l’émission.
A la contr’attaque !

Pour les couleurs du décor de « Tango » et la caméra plutôt que pour les animateurs pas très à l’aise ( Photo RTS)
Sofia Pekmez et Michel Zendali, journalistes, Christian Karcher, producteur, ont répondu dans le même journal ( édition du 10 novembre )à son “attaque” par une description de l’émission qui va du reste quitter l’antenne. Dans “Tango”, “on peut être sérieux sans être docte, convaincant sans être hautain et informatif sans être ennuyeux (..) Le service public (..) a le devoir de divertir autant que d’informer. “Tango” est une tentative de faire les deux dans un même programme”. Si “Tango” était un bon reflet de ces intentions, on pourrait prendre sa défense. Impossible de le faire !
Un hasard bien venu
J’hésitais à consacrer une chronique pour formuler uniquement des réserves au sujet de deux échecs actuels de la RTS, “C’est la jungle”, animée par Martina Chyba (lundis soirs) et “Tango” ( parfois le mercredi soir). C’est un peu par hasard que je suis tombé sur “La grande battle” (France 2, mardi 13.11.2012) bien conduite par Nagui, subtilement accompagné par Jean-François Zygel.
Faire aimer la musique classique
France proposait donc pour la deuxième année consécutive la finale d’un vaste concours organisé dans le cadre d’une émission d’abord destinée à faire aimer la musique classique. Il y eut en 2011 près de trois millions de spectateurs, selon JF Zygel, un record pour un spectacle musical à partir d’un art qui reste souvent élitaire.

La préparation d’une installation sonore de l’équipe de « ZicZazou » qui sortira vainqueur du concours 2012 le « La grande Battle » ( Photo France 2)
Voici les choix de 2012 :
- BEETHOVEN, Symphonie n°9 – Hymne à la joie
- BIZET, Carmen – L’amour est un oiseau rebelle
- BRAHMS, Danse hongroise n°5
- HAENDEL, Suite en ré mineur – Sarabande
- MOZART, Une petite musique de nuit – Allegro
- ROSSINI, Guillaume Tell – Ouverture
- TCHAÏKOVSKI, Casse-Noisette – Valse des Fleurs
- VERDI, Traviata – Libiamo
Des informations sont données sur les huit compositeurs dont la partition est interprétée par un orchestre symphonique. Après un discussion avec des invités arrive une quatrième partie : les huit rescapés d’un concours national interprètent chacun une partition de manière inattendue, libre, délirante, folle, humoristique, rendant huit beaux hommages à huit compositeurs.
Diriger un orchestre
L’orchestre “sérieux” était formé des lauréats du conservatoire dirigés par une très énergique jeune femme par gestes donc sans baguette, Alexandra Cravero. Elle s’est prêtée à une intéressant démonstration : elle a montré comment ralentir ou accélérer le rythme, comment assourdir ou renforcer l’ampleur sonore. Elle a même cédé la place à Nagui qui s’est alors livré à une pitrerie un brin déplacée dans le cadre d’une bonne démonstration sur le rôle essentiel du chef.
La liberté des hommages !

L’équipe de ZicZazou sur le plateau de « La grande Battle » lors de sa déclaration impertinente d’admiration à » L’amour est oiseau rebelle »de Bizet repiqué dans « Carmen » sans le moindre instrument normal ( Photo France 2)
Après un discussion avec des invités arrive une quatrième partie : les huit rescapés d’un concours national interprètent leur partition de leur choix de manière inattendue, libre, délirante, folle, humoristique, rendant huit beaux hommages à huit compositeurs. Vainqueurs d’un concours national dont les huit meilleurs ont été désignés par les internautes, les porteurs de bleus de travail ont offert “L’amour est un oiseau rebelle” en multipliant les objets capables d’émettre des sons qui n’ont souvent rien à voir avec leur usage normal. Ce fut délicieux. Et j’aurai partagé le choix des jurys couronnant l’équipe de ZicZazou. Splendide et involontaire humour final : ces mécaniciens qui jouent de tout sauf des instruments normaux ont reçu bon d’achat de vingt-cinq mille euros d’une grande société qui vend…. des instruments de musique.
Divertir et enrichir
Le “Tango” ne trouvait rien de mieux que de reconstituer y compris par le décor le conflit hommes-femmes avec insuffisants échantillons et pourcentages de petits écarts d’opinion interprétés comme des faits révélateurs de société. Il eut été éventuellement plus intéressant de former deux groupes séparés par l’âge, pour tatonner autour du comportement des générations. Le hasard a voulu que France 2 offre un bel exemple de divertissement réussi qui contribue, lui, à l’enrichissement culturel et à l’information du téléspectateur.
PS : très fâchée contre la TSR qui n’existe plus que sous RTS maintenant, Mme Nicole Baur s’est adressée au Conseil suisse de la presse pour protester contre ce qu’elle estime être une violation du code de déontologie. Sa démarche n’a pas été couronnée de succès sans pourtant être incomprise. Pourquoi donc Mme Baur ne s’est-elle pas adressée au médiateur de la RTSR qui ne passe pas pour être au service aveugle et sourd de la RTS ? Une question à elle posée à ce propos n’a pas obtenu de réponse !
Un coffret consacré à Freddy Buache
D’un livre, d’un coffret et d’un vagadondage
Pourquoi pas, de temps en temps, tenter de faire partager le plaisir d’une découverte ou d’une confirmation. Et me voilà avec la livrée d’un camelot qui tente d’attirer l’attention sur des publications passionnantes !
Bien long, ce texte ! Enfin, je préfère un « Temps présent »,, certains sujets un brin développés de « Mise au point » ou « TTC » à un nonante secondes du « 19 :30 ». Mais c’est là position de minoritaire.
Oh lecteur, sachez qu’il y a ci-dessous trois sujets :
- Un livre – L’EXPÉRIENCE DE LA VILLE
- Un coffret – FREDDY BUACHE
- Une promenade – VAGABONDER AVEC BUACHE ET RETROUVER MAIRE
On peut n’en lire qu’un sans perte magistrale ! Et même plus, glaner en chaque sujet un paragraphe plutôt qu’un autre.
La cinémathèque suisse de Lausanne et le RTS viennent de s’unir pour publier un coffret consacré à Freddy Buache, co-fondateur de la cinémathèque suisse et son premier directeur pendant de longues années. La cinémathèque suisse, actuellement dirigée par Frédéric Maire, est une des plus riches du monde. La Confédération est en train de diriger un grand chantier pour lui permettre de mieux conserver et faire vivre ses archives en tous genres. Saluons de propos assez libres cette parution. Le texte ci-dessous sera prochainement illustré ( Fyly – 12.11.2012).
Un livre d’images : « L’Expérience de la ville »
Un samedi matin de septembre 2012
Ce fut, pendant deux heures, au « National » à Neuchâtel, le fief des radicaux de longues années durant, un long dialogue plus qu’un entretien genre question-réponse, mais sans enregistrement ni prise de notes, avec Thierry Béguin, « l’invité » de la SRT-NE pour la page douze du MEDIATIC no 173. Evidemment, j’ai largement dépassé les limites de quatre mille signes et une photo.
Quand on s’entretient sur la télévision, sur le cinéma, on parle aussi images et de sons. Avec un premier plaisir qui permet de se surprendre avec son interlocuteur à aimer un même film, « The end of time » de Peter Mettler, cinéaste qui passa quelques mois de sa jeunesse à Neuchâtel, dont je venais de découvrir la version en DVD. Le film avait passé à Locarno l’été dernier où se rendit Thierry Béguin, désormais notable dans le cinéma suisse à travers sa présidence du Forum Romand. D’images ( belles ) et de sons (justes) il fut tout naturel de glisser vers un très bel ouvrage dont le président de l’Institut Neuchâtelois se mit à parler avec une grande chaleur. Il fut l’un des instigateurs de « La Chaux-de-Fonds L’EXPERIENCE DE LA VILLE », Editions Attinger, bilingue en mots (français et anglais) et triple regard.

Une très belle image de Mathieu Gafsou,
d’une surréalisme presque pictural qui rappelle Paul Delvaux
A lire aussi : le texte « Thierry Béguin : culture et audiovisuel «
Pas de conformisme urbanistique et enneigé
Ni une, ni deux, et voilà un appel au camarade « Google ». Magnifiques, les quelques images trouvées, tellement inattendues d’une ville où l’on croiserait durant les très longs mois d’hiver une dame avec son cabas pour porter le pain le long des rues qui se coupent à angles droit, sauf que de temps en temps il y a une ouverture sur une maison construite par Le Corbusier et peut-être une statue de l’inventeur des Chevrolet.
Alors, ces trois photographes, Yann Amstutz, Matthieu, Milo Keller ont raconté chacun avec ses images leur expérience de la ville prolongée durant d’assez nombreux mois. Et puis, j’ai reçu de Thierry Béguin un “pot de vin” joyeusement accepté, un exemplaire de ce très beau livre.
Parler de chaque photographe ? Non, c’est partiellement fait. Trois images de chacun d’eux illustrent un texte qui relate en long, en large et en chapitre cette rencontre de septembre dernier.
Des regards de femmes
Une remarque pourtant. Presque brutalement, au milieu du livre, dix visages de femmes, non, dix regards étonnants. Dix femmes, certainement de la Chaux-de-Fonds, mais qui auraient pu être d’ailleurs. Il y eut, paraît-il de fortes discussions au sein de l’équipe responsable de la « commande » sur cette présence de regards de partout. Ces visages apparaissent pourtant comme une respiration dans un ensemble dense.
Et puis, autre respiration, il y a des textes qui relatent l’expérience de « l’expérience de la ville », un préambule de l’autre “moteur” de l’opération, Marcel Schiess, une approche d’un trio pour donner « un point de vue extérieur » mais qui aborde la démarche des trois photographes, pour se termiuner par un texte d’une grande austérité signé Sylvain Malfroy.
Des souvenirs d’enfance
Enfin, à signaler un dernier dérapage, volontaire, mais bien dans la ligne et du livre et de l’attention qui lui est portée ici. Un natif de la Chaux-de-Fonds raconte la ville de son enfance et de son adolescence, vagabonde en ancien gymnasien dont bon nombre de professeurs jouaient la gauche, passe de son grand-père cotisant socialiste à Blaise Cendras, admire Notre-Dame de Ronchamp de Jeanneret-Gris avant d’avouer sa détestation de l’œuvre de l’Eplattenier pour le crématoire glacial. Le boucle est bouclée : ce texte d’une autre forme d’expérience de cette ville est signé Thierry Béguin !
Un coffret consacré à Freddy Buache
Photos tirées du livret associé aux DVD, collections cinémathèque suisse
Et d’abord un détour
C’était, sauf erreur, en 1981. Pour des raisons douloureuses et personnelles, j’avais renoncé à me rendre aux journées de Soleure. Toutefois, soucieux de ne pas être trop largué, j’ai demandé à un ancien élève ce qui l’avait frappé durant cette édition, quelle y fut sa plus grande surprise. Réponse inattendue : un film expérimental nommé « Scissere » d’un certain Peter Mettler dont je découvris ensuite la présence à Neuchâtel. J’achetai alors une copie qui fut déposée auprès de ce qui alors se nommait « Film pool ». Ce ne fut même pas un succès d’estime.
Il y a quelques jours, cet ancien élève m’a transmis un salut amical du même Mettler dont il venait de présenter à Lausanne à la cinémathèque « The end of time ». Cet ancien élève n’est autre que l’ancien directeur de Locarno depuis trois ans à la tête de la cinémathèque. Thierry Béguin lui a rendu un bref hommage au passeur qu’il est en mettant en complicité auditeur et spectateur dans une rubrique radiophonique consacrée au cinéma.
Les éditeurs du coffret et son contenu audiovisuel
La cinémathèque et la RTS sont donc éditeurs d’un fort intéressant coffret consacré au fondateur de la cinémathèque, Freddy Buache, grâce auquel cette institution dirigée par Frédéric Maire est une des cinq plus riches du monde. Là aussi, le boucle est bouclée. En presque, car je vais continuer mon gazouillis de souvenirs.
Dans ce coffret, il y a bien entendu des documents audiovisuels
- Freddy Buache, passeur du 7ème art »( parties 1 – 2007, 53’ et 2012, 44’) des entretiens conduits et des documents organisés par Michel van Zele
- Cinéma en tête, dans la série Personnalités suisses ( 1969 – 51’)
Journaliste aux commandes, Marie-Magdeleine Brumagne, passe du “ “vous” très officiel au “tu” plus personnel provoquant quelques beaux moments de silences de Freddy.

Freddy Buache probablement à Locarno avec Lotter Eisner, qui était alors collaboratrice de la Cinémathéque française et Vinicio Beretta, qui fit du festival de Locarno des années 50/65 une manifestation généreuse pour les jeunes cinéastes.
Moment d’émotion personnelle que cette « rencontre » avec celle qui fut l’épouse et magnifique compagne de Buache, aujourd’hui décédée, qui souvent accompagna feu Micheline mon épouse dans sa lente agonie de l’été 1980
- « Freddy Buache, le Cinéma » (Fabrice Aragno, 2012, 46’),
un intéressant montage un peu hâtif de Frédéric Aragno, avec nombreux extraits de films et des archives de la RTS.
Plaisir personnel du co-producteur de « Quatre d’entre elles » ( 1969), que d’y trouver une extrait d’ «Angèle » d’Yves Yersin, un des grands films du cinéma suisse des années soixante !
Donner aussi la parole aux mots !
Dans le coffret, il y a aussi un livret d’une soixantaine de pages, richement illustré, avec de multiples photos de Buache jeune et moins jeune, seul ou avec d’autres, chevaux courts devenant plus longs, moustachu toujours et même un temps barbu.
Signent des textes descriptifs et amicaux Serge Toubiana, directeur de la cinémathèque française, Michel van Zele, cinéaste, Michel Piccioli, acteur, Gilles jacob, président du festival de Cannes, Jean-Marie Straub, cinéaste.
Bien entendu, les co-éditeurs s’expriment eux aussi. Gilles Pache, directeur des programmes de la RTS, n’oublie pas son enfance et sa jeunesse de cinéphile embarqué dans un ciné-club et les débats organisés par Buache. Frédéric Maire, directeur de la cinémathèque, dit tout ce qu’il doit à Freddy.
Une promenade – Vagabonder avec Buache et retrouver Maire
Je connais Buache depuis 1950, une camaraderie cinéphiliquement complice devenue solide amitié qui résiste à l’usure de temps transformant parfois le duo des deux Freddy en vieux grognons du Muppett show. J’ai bien envie de raconter quelques autres aspects de l’ami Buache qui sont restés dans l’ombre.
Aux débuts de la cinémathèque quand l’argent manquait presque totalement, des édiles lausannois, à la fin des années quarante, servaient à Buache des bons de repas destinés à des chômeurs, en guise de salaire. Buache en sourit encore. Il s’agissait alors presque de bénévolat ! Il était difficile faire autrement ! Il n’est pas question de polémique en le rappelant.
Pas seulement conserver des copies, aussi montrer des films
D’emblée, Buache l’a dit et répété : garder des copies de films ne devait pas consister à des déposer pour “dormir” sur des rayons. Il fallait les montrer, en particulier dans les cinés-clubs qui furent nombreux à se constituer souvent avec l’aide de Buache dans les années cinquante. Cela permit tout de même à la cinémathèque d’émettre quelques factures. Souvent, le prix dépendit du public potentiel : nous avons négocié des montants légers lorsqu’il s’agissait de faire découvrir par un petit groupe le cinéma récent ou l’ancien, élevé si le film était destiné à un ciné-club regroupant des centaines de membres ou réservé à l’ensemble des gymnasiens d’une école. Il nous est même arrivé de faire d’excellentes affaires lors de cours de vacances de l’Université de Neuchâtel par exemple, aussitôt bénéfices aussitôt réinvestis dans des tirages en 16 mm de films de passage à la cinémathèque – à la limite de la légalité, mais cela a aussi permis de contribuer à enrichir des collections. De même que le producteur parfois fauché que je fus du temps de Milos-films sa aura tout de même pu laissser des copies à la cinémathèque qui avait parfois assumé le paiement de la facture au laboratoire.
De l’armée et de la douane!
Vous connaissez le premier-lieutenant ( ou le capitaine ) Buache ? Mais oui! Quelques-uns, Outre-Sarine, mais pas seulement, le prenaient pour un dangereux sous-marin au service de la gauche mondiale. Certains sont parvenus à le « priver » d’une fonction militaire. Buache n’eut de cesse de la réintégrer : il avait des amis vaudois haut placés ! Retour de Cannes en 1968, par l’Italie où les stations d’essence restaient ouvertes. Douane au Grand-St-Bernard au milieu de la nuit : un douanier reconnaît Buache et s’étonne qu’il passe cette nuit-là sans bobine de film !
Certains, un peu les mêmes(?), tentèrent de rapatrier à Zürich une cinémathèque qui devenait importante. Mais quelques-uns de ses anciens pourfendeurs sont même devenus de vrais amis. Il faudrait évoquer Buache reconstituant à Lausanne des CICI ( Congrés International du cinéma indépendant ou peut-être Congrès indépendant du cinéma international ) ressuscités des années trente, souligner son rôle important pour les premières décennies du festival de Locarno, pas seulement dans l’organisation des rétrospectives. Il y eut des années passées dans les commissions fédérales à Berne où la cinémathèque ne fut pas toujours en odeur de sainteté si son directeur était un expert écouté.
Mais il faut s’arrêter, cela ne tient plus que de loin à la promotion d’un coffret. Un dernier arrêt, pourtant, pour justifier le titre : c’est Buache qui avait fortement insisté pour que feu Micheline et moi venions voir ce qui se passait à Locarno dès 1959. C’est votre serviteur qui a pris dans les bagages d’une délégation neuchâteloise, en 1979 sauf erreur, comme participant aux Rencontres Cinéma et Gioventu à Locarno, un certain Frédéric Maire. Frédéric a dirigé ensuite le festival de Locarno et se trouve à la tête de l’imposante cinémathèque qui n’existerait pas sans Buache.
Les « Insupportables » : Gregory House et Frédéric Caïn
Condition nécessaire pour la réussite d’une série : disposer d’au moins un personnage fort, qui s’impose aux autres en les faisant réagir, plus du genre insupportable que mieilleux. Gregory House, docteur de son état, de retour sur la RTS pour sa huitième et dernière saison( jeudis soirs), en fait assurément partie. Frédéric Caïn vient de quitter France 2 après une première saison qui aura mis l’eau à la bouche. Caïn, cet officier de police paralysé des deux jambes se conduit systématiquement aussi mal que Gregory. Bien entendu, difficile d’imaginer pouvoir rencontrer dans le monde réel deux pareils personnages issus de l’imagination délirante de scénaristes
Gregory en sa prison
J’ai raté la fin de la septième saison. Je crois avoir compris lors d’une lecture que sa présence en prison était due à un accident volontaire avec son automobile. Amusant de ne pas faire de recherche pour savoir si la huitième saison fera comprendre la raison de son emprisonnement !
Toujours est-il que House tente de jouer des caïds en prison avec sa rouerie, sans grand succès. Il doit donc se plier à certaines « épreuves » pour continuer de trouver ses pilules et bénéficier d’une certaine tranquillité : sans grand succès non plus. Bien entendu, il va exercer son sens du diagnostic contre la hiérarchie et finir par avoir raison, trouvant une nouvelle admiratrice dans la jeune femme médecin qui officie dans la prison
A la tête d’une équipe réduite
Il semble bien devoir à son ancien collaborateur qui fut souvent sa victime, le Dr Forman, sa sortie de prison. Mais le voici à la tête d’une équipe composée d’une seule jeune femme transférée dans son hôpital pour avoir giflé son chef de service en neurologie. Voilà qui vaudra à sa nouvelle équipière une réelle admiration de sa part, inexprimée, bien entendu !
House ne change pas. Il souffre de sa jambe malade, déteste tout le monde, ne s’intéresse pas aux malades, rabroue tout un chacun, même ses proches et lui-même. Seul compte pour lui le diagnostic et pas n’importe lequel, le juste. Confirmation : House n’a qu’un seul modèle, et pas dans le milieu hospitalier. C’est, rappelons-le, Sherlock Holmés. La série continue d’être un habile mélange de polar et de médical, mais les cadavres sont ceux de malades qui n’ont pas pu être soignés. Il reste quelques belles soirées encore à passer avec lui,oh miracle à la RTS, avant 23 heures ( jeudis soirs).
Frédéric en sa chaise d’infirme

Autour de Frédéric Caïn ( Bruno Debrand), la lieutenant lucie Delambre ( Julie Delarme), le Dr Elisabeth Stunia, médecin légiste (Smadi Wolf) et le commandant Jacques Moretti (Frédéric Pellegeay) ( Photos France 2 )
Dans le monde réel de la police, existerait-il un Frédéric Caïn, officier de police et enquêteur cloué dans une chaise d’infirme suite à un accident de moto dont on comprend peu à peu qu’il n’est pas totalement disons honorable » ? On peut en douter. Il s’agit donc d’un personnage de pure fiction, mais qui permet de brillants développements. Infirme, il a su apprendre à maîtriser son moyen auxiliaire de déplacement avec une rapidité déconcertante. Il le quitte même, certes avec difficultés, parfois pour rejoindre une compagne d’un soir ou la femme dont il est séparé pour faire joyeusement l’amour. Il profit de son handicap pour se mettre au-dessus des lois qu’un enquêteur doit respecter et se moquer de toutes les convenances. Dans son métier, il est efficace, lucide, intuitif.
Des ressemblances avec House
Avec son entourage, il se montre insupportable d’ironie mordante, en particulier avec sa plus proche collaboratrice, la lieutenant Lucie Delambre (Julie Delarme) qui lui résiste … en finissant par lui ressembler en partie. Ses prises de bec avec la médecin légiste devraient lui valoir condamnation pour harcèlement sexuel verbal. Il bénéficie de la protection de son supérieur hiérarchique excédé souvent par son comportement. Il aime encore sa femme dont il est séparé et lui rend la vie dure par jalousie. Et son fils de seize ans lui cause bien des tourments, les parents séparés parfaitement d’accord sur les « leçons » à lui donner. Le personnage et son proche entourage sont fort bien réussis.
Oui, mais dans chaque épisode de cinquante minutes, il y a une affaire policière à résoudre, qui permet certes d’entrer dans différents milieux aussi troubles les uns que les autres. Sur le plan du récit policier, de l’enquête, c’est parfois un peu court, bien sommaire et sans grand intérêt. Ma foi, un peu partout, la bonne série devra apprendre à se passer des cadavres trop nombreux et trop envahissants.
On peut attendre avec curiosité la prochaine saison. Il conviendra alors d’y revenir dès sa réapparition. Caìn est tout de même un personnage plus puissant que Navarro et quelques-uns de ses anciens confrères trop envahissants.
Une deuxième saison pour « L’heure du secret »
Avertissement :pour illustrer ce texte, quelques images souvenirs de la première saison de « L’heure du secret » (photos RTS)
Le sériophile gâté
Avec “Homeland” ( RTS1- dimanches –heure trop tardive), “Ca!in” ( France 2 – vendredis –en premier rideau), “Dexter” ( TF 1 – TF1 – heure tardive et interdit d’antenne romande ), “Ainsi soient-ils” ( Arte – vendredis – premier rideau et grand succès avec près de 6 % de part de marché), le sériophile est particulièrement gâté. Et “Borgen” ( RTS 1 – vendredis – heure trop tardive) confirme en deuxième saison ses qualités, en mélanges subtils de comportements individuels, d’affrontement politiques, de conflits avec les médias. Chaque numéro traite un sujet de politique alors que les relations entre personnages, personnelles, sociales ou professionnelles, continuent d’évoluer. La RTS devrait pouvoir faire aussi bien que la télévision danoise. Quand on lance cette affirmation devant des responsables de notre chaîne, personne ne se trouve pour dire que ce n’est pas possible.
La notion de succès pour une série
Il est bon de commencer par s’interroger sur les conditions à remplir pour pouvoir parler du succès d’une série. Une bonne part de marché dans sa zone de diffusion est nécessaire, mais de loin pas suffisante. D’excellentes séries peuvent être des échecs d’autant plus si elles sont bêtement programmées ( suivez mon regard qui se porte vers “Ainsi soient-ils” saboté à la RTS !). Mais il faut remplir d’autres conditions. Il est important d’être sélectionné en confrontations internationales, autrement dit en festivals ou équivalents. Un prix ou une mention est chose intéressante, qui peut préparer l’étape suivante, trouver des “clients” qui achètent la série pour la diffuser sur ses propres antennes. Et si une chaîne cryptée américaine achète les droits d’adaptation, ce sera la cerise sur le gâteau.
En Suisse, apparaître sur le marché national du divertissement est un exploit, tant l’autonomie est chère aux trois régions, l’alémanique et rétho-romanche, la tessinoise et la romande qui s’ignorent trop souvent
Les qualités de “L’heure du secret”
En deuxième saison, il faudra savoir conserver les qualités acquises lors de la première: production solide, bonne mise en scène et en image, montage efficace, interprétation de bon niveau, personnages intéressants, suspens réussi, bon enracinement dans le paysage jurassien, juste inscription dans l’artisanat horloger. Abandonner les allusions au conflit entre Haut et Bas serait un gain réel : pas besoin de faire du Cuche et Barbezat ! La ville, en objet d’urbanisme, avec mélange entre Le Locle et la Chaux-de-Fonds aura été bien présente. On a même fait quelques incursions ferroviaires dans d’anciens dépôts plus ou moins hors de service.
Trop de cadavres
Le temps d’une prise de distance avec flics et cadavres est peut-être venu. Voici quelques extraits de presse: “ le retour des éternels Experts, Esprits criminels et Mentalistes”…Flics, flics et encore flics…Le genre policier prime car il est efficace et rassemble un public large”. Et bien non, ce n’est pas là une appréciation qui concerne la RTS. C’est tiré de “Libération” ( 06.09.2012) et la rentrée d’automne 2012 sur TF 1. Mais c’est aussi une assez parfaite description de l’esprit de la programmation de la RTS dans un secteur où notre service public généraliste imite la chaine commerciale française. Une réelle lassitude commence à se faire sentir : trop de flics et trop de cadavres! “L’heure du secret” en première saison aura été assez généreuse en matière de cadavres.
Ecrire autrement
L’écriture est peut-être déjà en cours. Mais il doit être permis d’émettre un voeu : le suspens avec cadavres lors de la première saison de “L’heure du secret” était assurément réussi. Mais les cadavres ne sont pas indispensables pour une bonne histoire à suspens. On peut se contenter d’un petit nombre, comme dans une autre série danoise, “The killing”. Il y a assez de possiblités pour éviter des morts qui éloignérent la première saison de la réalité plausible d’une petite cite jurassienne horlogère : conflits financiers, contrefaçons, espionnage économique. Les casses en regions horlogères se font de plus en plus nombreux, mais mieux vaut voler de l’or que des montres de luxe plus difficiles à écouler. Politiquement, les affontements peuvent être mis en évidence autour de la notion de swissmade, qui n’a pas le même sens si l’on exige 50 % de composants fabriqués et de montage en Suisse ou si l’on grimpe à 80 %. On peut aussi passer de l’artisanat qui était raconté durant la première saison au comportement de grands groupes industriels introduits sur les marches internationaux. Des problèmes sociaux se posent avec la présence dans l’horlogerie de nombreux frontaliers qui permettent de s’intéresser aux relations entre deux pays dans de nombreux domaines, santé, chômage, salaires versés en euros et ainsi de suite. Il serait même possible d’inventer un gouvernement qui aurait à négocier différentes questions tout en étant dans un assez bel état de faiblesse, l’un de ses membres l’ayant quitté pour un poste national prestigieux, un autre oblige de démissionner, une troisième renonçant à solliciter un nouveau mandat, un quatrième démissionnant de son propre parti pour se retrouver solitaire après une nuit agitée dans un bar.
La monde réel est suffisamment riche pour écrire une histoire passionnante sans avoir besoin de multiplier les cadavres. Assez de flics à la recherche des coupables de meurtre, pas assez d’inspecteurs qui traquent les contrefaçons, de douaniers qui tombent sur des actes de contrebande.
Etre plus proche de la réalité plausible
Les séries danoises qui comme “Borgen”, “Killing”, “Protection rapprochée”, même avec policiers et parfois quelques cadavres l’ont bien montré : en s’approchant d’une réalité plausible, on peut construire des séries passionnantes sans multiplier les cadavres et mettre la police constamment plein centre. On peut faire autre chose que les sempiternelS “Experts”, “Esprits criminels” ou encore “Mentalistes” sans devenir ennuyeux.L’exemple en Suisse romande de “Dix” mérite d’être rappelé. “L’heure du secret” y gagnerait à éviter les cadavres. Le personnage de la policière rouquine était riche de promesses sans insister sur le déplacement de Neuchâtel à Locle.
Un pas en avant peut-être important serait accompli si le commanditaire fixait aux auteurs de la série un cahier des charges sans surcharge cadavérique !!
Tout sur tout tout de suite partout
A propos de l’illustration : le choix a été fait de huit séries parmi celles citées dans ce texte. Elles sont classées de la meilleure à encore assez intéressante. Histoire de donner aussi une appréciation personnelle, afin que l’on sache ce que l’on entend par haut de gamme…Retour scolaire sur un maximum de 6 : excellent, c’est entre 5,5 et 6, fort bon entre 5 et 5,5, assez bien entre 4,5 et 5 et encore intéressant entre 4 et 4,5. On atteint donc au moins le suffisant !!
Chacun de son côté sur son écran personnel…
Le « tout sur tout tout de suite » qui séduit l’audiovisuel, la télévision en particulier, est en train de s’enrichir d’un « partout » avec le multiplication de l’offre sur différents canaux. Dans une intéressante contribution parue dans « Le Matin-Dimanche » ( 30 septembre 2012), le directeur de la RTS, Gilles Marchand, admet que « l’hyperactivité ne provoque pas nécessairement l’hypercuriosité ». (..)Nous avons connu les délices de la liberté en décalant à l’infini les consultations : « Quand je veux, où je veux ! ». Et voilà que nous nous retrouvons tous ensemble, en même temps, mais chacun de son côté, sur son écran personnel », pour suivre un « TJ » ou des jeux olympiques ! Progrès réjouissants ou inquiétante uniformisation ?
Ceci conduit à un manque de diversité dans la « consommation » des offres sur ce que de Gaulle nommait il y a cinquante ans l’étrange lucarne désormais multiples sur téléviseur, écran d’ordinateur, portable de lecture ou téléphone.
Tous ensemble pour la «même » émission
Voici un exemple d’uniformisation inquiétante, à la RTS.
En milieu de premier rideau, aux alentours de 21h00, qu’offre RTS1 ?
Dimanche, deux « Experts » ; mercredi, deux « Desesperate Housewives » ; jeudi, deux « NCIS, enquêtes spéciales » ; vendredi, « Le mentaliste » deux fois et parfois le samedi non pas deux mais trois « Castle ». Onze fois cinquante minutes, onze fois une origine américaine, neuf fois du polar avec meurtres et enquêtes, un cadavre enterré-déterré alourdissant « Desperate housewives » en huitième saison sombrant dans le vaudeville .
Hécatombe à Wisteria Lane !
Et encore, à en croire « Télétop Matin ( no 42- du 14 au 20 octobre), il s’agit d’une « série tueuse ». En huit saisons, soit 180 épisodes de 42 minutes chacun : « On assiste à sept naissances, tandis que soixante personnages plus ou moins importants ( dont un opossum, un hamster et un rat ) sont passés de vie à trépas. Les femmes meurent plus que les hommes ( trente-deux contre vingt-cinq ) et l’on comptabilise vingt-six morts provoquées, dix-huit accidents et treize morts naturelles ». Merci à Saskia Galitch pour ces savoureuses informations. Je n’aurai pas su les apporter, car j’ai pris de grandes distances avec cette série depuis assez longtemps. Tout de même, au compte de morts, voilà qui dépasse « Dexter » !!
Mais mieux encore, donc pire…
Durant cette même semaine type sont proposées encore d’autres séries : dimanche, « Homeland » de 22h40 à 00h25, vendredi, « Borgen » en deuxième saison de 22h50 à 00h50. Enfin de second rideau, ce sont là les deux meilleures séries proposées actuellement par la RTS. Durant les quatre semaines précédentes, il y avait un sucre en plus, « Ainsi soient-ils » offerts en même temps que « Homeland ». Gageons que l’on pourrait bien trouver à la RTS quelqu’un qui aime assez l’audimate pour affirmer que la qualité de ces deux séries est inférieure aux « Experts », « NCIS « , « Castle » et autres « Mentaliste ».
Les séries de minuit
Et ce n’est pas tout, car on occupe aussi le troisième rideau, parfois au-delà de 24 heures avec des séries à tout le moins parfois intéressantes :
Lundi, « Weeds » de 00h25 à 00h55, mercredi « Lie to me » de 23h45 à 01h15. Jeudi « Californication » de 00h20 à 00h50, ou encore sur RTS 2 , « Vampire diaries » de 23h25 à 00h50, vendredi « Gold case » de 00h00 à 01h30, samedi l’efficace et rude « Sons of anarchy » de 23h35 à 00h50. Là. Il y a du bon et du moins bon qu’il n’est pas nécessaire de défendre !!
Bon nombre de chaînes publiques généralistes se plaignent discrètement que leur public fidèle soit d’un plus grand âge que la population dans son ensemble. Elles veulent offrir du miel pour attirer les jeunes. Mais ceux-ci sont-ils des noctambules insomniaques ?
Et pourquoi par duos ?
A l’origine de toute série, il y a un choix précis : offrir chaque jour ou chaque semaine UN épisode, afin de provoquer une fidélisation du public. Ainsi font en général les américains qui sont en avance sur tous les autres dans le domaine des séries haut-de-gamme. La RTS, sauf quand il s’agit de ses propres séries ou de quelques autres d’après-minuit, juge bon de les grouper deux par deux et parfois trois par trois. E ce sens, elle ne fait qu’imiter ce qui se passe en France voisine où tout le monde s’est une fois pour toutes alignéssur les chaînes commerciales, donc sur TF1 suivi par M6. On subit donc en Suisse romande l’esprit d’une programmation imposée par la télévision commerciale, notre télévision généraliste de service public y perdant son autonomie avec l’importation d’une telle programmation.
Nombre de places limitées en premier rideau
Il n’y a que quatorze heures chaque semaine entre 21h00 et 23h00. Mais il y aurait place pour dix séries si on abandonnait la présentation en duo. Il y a donc une solution au moins pour revaloriser la programmation assez lamentable des meilleures séries par la RTS, surtout les plus pointues, les plus riches, celles qui son capables de rivaliser avec le bon cinéma d’auteur.
La RTS donne excellente place à son information quotidienne ( les différentes versions des TJ), à ses émissions propres ( ses magazines de premier rideau ), à la création dans la documentation issue de la seule télévision ou du cinéma. Aux sports bien entendu, le direct ayant souvent toute priorité
La programmation des séries les meilleures est tout simplement lamentable. Faut que çà change et que la RTS trouve un passionné de séries pour en prendre la défense dans l’ambiance conformiste et molle qui règne dans ce secteur de programmation.
Et un PS pour « Dexter »
Pour de bien mauvaises raisons de morale mal placée qui se perdent presque dans la nuit des temps et ont pris valeur définitive, la RTS seule au monde en tous cas francophone pour suivre l’avis d’un seul ancien responsable des programmes refuse de présenter une série certes éprouvante mais assez largement considérée comme d’excellente qualité. Il s’agit de « Dexter » ! Le moralisme soit encore en odeur de sainteté, quand dans le « Télétop » déjà cité, on peut liree : Qu’un médecin légiste (se) métamorphose en criminel la nuit ne corresponc pas aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre. C’est énorme : dommage que Christophe Pinol ne mentionne pas l’auteur de cette leçon de morale. Il serait facile de transposer ce texte aux dames des « Desperate housewives » et leurs dizaines de cadavres, au Jack Bauer de « 24 heures chrono », aux suceurs de sang de « True blood » et ainsi suite.
Force est dès lors de recommander à ceux qui savent ce que vaut cette série de se brancher ces prochaines semaines sur TF 1, le mercredi de 23h15 à 00h55, bien entendu en duos, à une heure tardive pour une fois compréhensible, avec équivalent au « logo rouge »
Et un second PS à propos d’ “Emmanuelle” !
350 millions de spectateurs dans le monde ont vu “Emmanuelle”, avec Sylvie Kristel, un porno doux et élégant du milieu des années septante, d’après un texte de je ne sais plus quel romancier, dans une mise en scène de je ne sais plus quel réalisateur. Le “19h30” du 18 octobre 2012 a voulu rendre un bref hommage à l’actrice qui vient de disparaître.
Quelle curieuse idée pourtant de faire appel à un témoin de 1975, très remonté contre le film qui fut en son temps un temps paraît-il interdit dans les cantons de Vaud et Genève ( on ne dit rien alors du Valais ) considéré comme répugnant. On apprit alors que l’on ne devrait jamais voir “Emmanuelle” passer sur le petit écran romand car “ un tel film ne correspond pas aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre”.
Depuis lors, sur le petit écran et les autres supports, on en a vu d’autres qui font d“Emmanuelle” une bluette esthétisante. Et puis, mieux vaut suggérer ou voir de temps en temps des gens qui font l’amour plutôt que d’assister à des meurtres sanguinolents comme dans nombre de séries pourtant actuellement présentées en premier rideau.
Heureusement, des moralisateurs, hier, veillèrent à la bonne santé des téléspectateurs en leur évitant des choses comme “Emmanuelle”.
PS 1 : les lignes ci-dessus ont été rédigées au soir du 18 vers 20h15. Depuis lors, une lecture de la presse matinale remet en mémoire le nom de la romancière, Emmanuelle Arsan et celui du réalisateur, Just Jaeckin.
PS 2 : “Emmanuelle” a-t-il connu déjà un passage sur notre petit écran ? Aucun souvenir ! On pourrait le reprendre en lieu et place de “Dexter”
Thierry Béguin : culture et audiovisuel
Radical très à droite durant sa jeunesse à la Chaux-de-Fonds dans l’anti mouvance de « soixante-huit », aujourd’hui plutôt à l’aile gauche de grand vieux parti devenu le PLR, évolution assez rare, avocat, puis juge d’instruction et procureur général de la république et canton de Neuchâtel, conseiller aux Etats (1987-1999), conseiller d’Etat (1997- 2005), Thierry Béguin, né en 1947, est un retraité « politique » très actif. Il est membre coopté du comité régional de la RTSR. Il préside aussi la nouvelle Fondation romande du cinéma. Voilà qui permet de décrire comment il prend la défense du service public, quels sont ses nouveaux liens avec le cinéma, quel est son comportement comme consommateur d’audiovisuel.
Lire aussi
- 2 – Thierry Béguin et le cinéma
- 3 – Thierry Béguin et la défense du service public
- 4 – Thierry Béguin en consommateur d’audiovisuel
- 5 – Pour terminer, en dire davantage sur “The end of time” de Peter Mettler – Canada/Suisse
L’institut Neuchâtelois et « L’expérience de la ville »
Thierry Béguin est membre d’une vingtaine d’autres associations. Il préside en particulier l’Insitut Neuchâtelois qui vient de prendre une part active à l’édition d’un ouvrage de photographies sur la Ville de la Chaux-de-Fonds. A la fin de notre rencontre, dans une parenthèse, il s’est mis à parler de manière séduisante d’un livre qui a permis à trois photographes qui se sont plongés dans sa ville natale de la « raconter » chacun à sa manière libre et inattendue.
A peine de retour devant mon ordinateur, j’ai consulté « google » avec « L’expérience de la ville ». Les premières images confirmèrent la qualité de la prochaine publication dont l’un des initiateurs dynamique fut l’Institut Neuchâtelois que Thierry Béguin préside. Coup de chance supplémentaire : dans son édition du 4 octobre 2012, « Le temps », sous la signature de Caroline Stevan présente sans la pression d’un nombre restreint de signes le style de chacun des trois photographes. Nous lui empruntons l’esprit de ses textes.
Pour savourer l’illustration
Les initiateurs de “L’Expérience de la ville” ont donné aux trois artistes-photographes invités de l’automne 2009 à l’hiver 2011 carte blanche, mais dans une ligne souhaitée plutôt urbanistique. Dit autrement, ils devaient remplacer la photographie humaniste par des compositions plus froides.
Matthieu Gafsou le frontal, lausannois habitué aux enquêtes photographiques, qui ne connaissait pas la “Tschaux”, a pris le parti d’un travail poétique en se détachant de certains clichés, comme des rues rectilignes et brumeuses, la présence de Le Corbusier, etc. Il s’est donc inspiré de sujets “pauvres”, comme un tas de neige, une façade éclairée, une petite tache de couleurs.
Yann Amstutz, pas loin du peintre avec son chevalet, neuchâtelois, s’est arrêté sur le végétal, frappé par des essences locales. A travers feuillus et sapins, les branches s’écartent pour dévoiler la ville plus ou moins proche.
Milo Keller est à l’intérieur, avec des clichés du théâtre, d’un temple, de l’hôpital, d’un centre commercial, lieux publics connus qui pourraient se situer ailleurs, montrés comme quelqu’un habitué à l’architecture mais en renonçant à regarder l’endroit dans son ensemble
Pour en savoir davantage, ceci
- « L’expérience de la ville », Matthieu Gafsou, Milo Keller et Yvan Attinger, Editions Attinger
- Exposition au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, du 7 octobre 2012 au 20 janvier 2013
2 – Thierry Béguin et le Cinéma
Comment devient-on président de la Fondation Romande du cinéma ?
Le cinéma, aujourd’hui, en Suisse, n’existerait pas sans l’intervention des communautés publiques – confédération, cantons, villes principales – ou semi-publiques – télévision, loteries. Regrouper des forces disparates devenait indispensable dans un milieu souvent traversé d’homériques batailles. Dans la plupart des cantons, l’aide au cinéma, démarche culturelle, dépend des départements de l’Instruction Publique. Une réelle volonté est intervenue il y a quelques années pour remplacer le premier “Fonds Régio” dont le principe d’aide automatique a été préservé. La “Fondation romande du cinéma” innove sur deux points essentiels : elle introduit la notion d’aide sélective et celle d’une contribution à l’écriture des sujets. Il devient ainsi possible de financer de temps en temps et assez correctement des productions pas trop coûteuses à deux, en liaison avec la RTS sans la Confédération. La Fondation est dirigée par une dizaine de représentants des cantons et cinq professionnels. Genève, Ville et Canton, y apporte près de la moitié des dix millions à disposition. La contribution vaudoise, importante aussi, est supérieure à celle du Valais dont le total correspond aux apports de Fribourg, Neuchâtel et du Jura réunis. Une présidence “lémanique” aurait peut-être posé problème. Certains conseillers d’Etat se sont souvenus de leur ancien collègue. C’est ainsi que Thierry Béguin est devenu président de la nouvelle fondation depuis deux ans.
Garantie de la diversité de l’aide
En Suisse romande, désormais, la majorité de l’aide provient de la Confédération, de la RTS et de la Fondation. Deux des trois sources de financement acquises permettent donc de se passer éventuellement de la troisième. La Fondation romande intervient aussi bien dans le domaine de la fiction que de la documentation, de l’animation que de l’expérimentation. Quatre fois par année des experts tiennent séance. Mais ce ne sont pas les mêmes d’une session à l’autre. Les demandeurs peuvent revenir trois fois à la charge avec leur projet complété ou modifié. Une grande attention leur est ainsi garantie.
Dialogues de qualité
Bien entendu, le président ne se prononce pas sur les projets. Il veille au bon fonctionnement de la nouvelle institution, dirige les travaux de consolidation des structures, surveille l’application des principes en restant en contacts étroits avec l’équipe dirigée par Robert Boner, ancien opérateur, cinéaste et producteur devenu secrétaire général. Les contacts sont aussi fréquents avec la direction de la RTS, laquelle gère le “Pacte Audiovisuel” qui lie la télévision nationale au cinéma indépendant, en lui attribuant chaque année un peu plus de vingt millions de francs dont une dizaine passe par la RTS. Le Président de la Fondation rencontre souvent Gilles Marchand, le directeur général de la RTS ou Alberto Chollet, le responsible de la fiction. Il peut aussi s’assurer que le cinéma de documentation de Suisse romande continue d’être bien soutenu par les responsables des “Docs” de la RTS qui obtiennent des heures de diffusion souvent excellentes. Le président de la Fondation est le garant du bon fonctionnement d’une nouvelle institution et d’un dialogue de qualité avec l’Office fédéral de la culture, les responsables de la RTS, tout en ayant la confiance des autorités politiques des cantons de Suisse romande. Une des occasions annuelles de tels contacts s’offre pendant le festival de Locarno, à la jonction de l’utile et l’agréable.

Thierry Béguin, Président Cinéforom, et Gilles Marchand, Directeur RTS, lors du festival Visions du Réel à Nyon
3-Thierry Béguin et la défense du service public
La SSR, puissant service public
En Suisse, le service public est puissant avec son budget de 1.5 milliards provenant de la redevance pour le 70 %, de sponsoring et de publicité pour le solde. Il doit pourtant faire face à une intense concurrence des pays voisins, particulièrement forte en Suisse romande. A l’intérieur même du pays, le partage du marché sportif entre Swisscom tv et la SSR donne lieu à des tensions. Le service public est aussi l’objet d’attaques idéologies ou économiques venues surtout de milieux de droite, en particulier l’UDC.
La composition du comité régional
Si la Suisse romande formait un cercle électoral unique, en s’en tenant aux courants de gauche modérée, du centre et de la droite modérée, la droite dominerait d’assez peu la gauche. Pendant des années, le conseil d’administration de la RTSR a connu une majorité absolue regroupant le PLR et le PDC. Il se pourrait que l’actuel comité régional nouveau qui a succédé à l’ancien conseil d’administration refléte encore cette situation. A noter d’ailleurs que rien n’impose d’avoir une représentation proportionnelle politique pas plus que des quotas féminin. Quatre anciens conseillers d’Etat sont actuellement membres de ce conseil régional. Faut-il voir là un reflet d’un pouvoir longtemps exercé par des conseillers d’Etat jusque dans les années 80 du siècle dernier, souvent par l’intermédiaire d’appels téléphoniques ? Formuler ces remarques m’aura valu une belle « leçon » de pragmatisme politique.
Pas d’appel téléphonique.
C’est un genre que Thierry Béguin, conseiller d’Etat de 1997 à 2005 n’a jamais pratiqué pour faire pression sur la radio et de la télévision. Des rencontres régulières parfois annuelles entre la direction de la Radio et de la Télévision et les conseils d’Etat incorpore permettaient d’intéressants échanges au cours desquels il était possible de formuler remarques, réserves ou compliments,
Le clef de répartition avantage les minorités
La RTSR en Suisse romande fait partie d’une organisation à la base démocratique de la SSR-SRG souvent donnée comme unique au monde. Mais ceci impose à notre interlocuteur et à ses collègues du comité régional d’être solides défenseurs d’un service public généraliste fort dans tous les domaines. Il est essentiel de soutenir la redevance liée à la clef de réparation qui accorde à la suisse romande le tiers du budget annuel de la SSR, avantageant ainsi notre minorité linguistique, comme l’est aussi celle de la Suisse italienne.
Les attaques contre le service public, plus virulentes en Suisse alémanique qu’au Tessin et en Romandie, proviennent d’une part de milieux proches de l’UDC pour des raisons de comportement politique jugé trop à gauche et de l’autre de représentants d’une économie libérale qui tendent à restreindre les moyens à disposition du service public. Les attaques de la gauche contre le service public sont rares.. Pour s’opposer à ces attaques venues d’une droite extrême et d’une droite souvent liée au pouvoir économique, mieux vaut des personnalités qui s’inscrivent dans la mouvance politique du centre.
Bonne cause en effet que cett forme de défense du service public. Et lucide justification de la composition actuelle du comité directeur de la RTSR.
4-Thierry Béguin en consommateur d’audiovisuel
A titre personnel, comment Thierry Béguin consomme-t-il radio et télévision ? En tout début de matinée, il écoute souvent la radio dont il apprécie l’information. C’est en milieu de soirée qu’il donne place au petit écran. Il doit aussi concilier sa consommation d’audiovisuel entre son domicile suisse de St-Blaise et sa résidence secondaire du Midi de la France, pays où la RTS n’est pas facilement accessible. C’est ainsi en se branchant sur TV5 Europe qu’il peut rester fidèle au «19h30 », grâce à la reprise du téléjournal en fin de soirée.
Ni sports, ni séries
Il avoue ne guère fréquenter deux secteurs de l’offre télévisuelle : les sports et les séries. Dommage : j’aurais bien voulu trouver un allié pour déplorer la trop grande place accordée aux sports et la programmation fort tardive de bon nombre de séries haut de gamme. Il sait pourtant que la minute d’une série suisse revient à la RTS à dix mille francs au moins et que l’achat d’une série américaine ne dépasse pas les quatre cents francs pour le même minute. Mais il aura aussi consenti une exception pour « L’heure du secret » dans sa dimension horlogère et locloise, un peu songeur lors des premiers épisodes avant de se laisser séduire par la force du récit .
Entre la Suisse et la France
Le double domicile fait de lui un auditeur et téléspectateur qui fait ses courses aussi bien sur le RTS que sur les chaînes françaises. Sa curiosité du soir le conduit à suivre des débats politiques, des reportages informatifs, des téléfilms ou des films de documentation. Il privilégie donc l’information mais dans le confort d’un salon installé devant un téléviseur. La radio, il l’écoute souvent dans sa voiture.
Il apprécie en particulier le « C.. dans l’air » de France 5 avec des invités qui certes se disputent mais en s’écoutant sous la direction d’un animateur qui évite de transformer son émission en pugilat comme cela se produit à « Infrarouge ».
Une envie de cinéma venue de la radio
Avant notre rencontre d’un samedi matin, il venait d’écouter la prestation radiophonique de Frédéric Maire, directeur de la cinémathèque, admiratif devant la précision de sa pensée, qui lui a donné envie d’aller voir un film qui parle cuisine à l’Elysée concoctée par Catherine Frot pour un président incarné par un acteur inattendu, Jean d’Ormesson. Bel hommage ainsi rendu à la radio qui sait donner la parole à un « passeur » qui lui sait donner envie d’aller au cinéma.
Un film parmi d’autres à Locarno : « The end of time »

A travers des branches, une lune, dirait-on, dans une curieuse lumière. Mais ce n’est pas du « Yann Amstutz » : rencontre inattendue dans le végétal. Voici une image tirée de « The end of time » de Peter Mettler, en octobre 2012 sur les écrans romands.
Radio, télévision et cinéma s’inscrivent naturellement parmi les activités du membre du comité régional de la RTS et du président de la fondation romande qui se rend désormais régulièrement à Locarno, haut lieu estival de rencontre. Belle occasion de savoir s’il en avait profité cet été 2012 pour voir la coproduction entre le Canada et la Suisse, d’un réalisateur double national ayant eu des liens avec Neuchâtel dans sa jeunesse, Peter Mettler,« The End of time ». La rigueur de la démarche scientifique du réalisateur, la justesse d’un hommage rendu à DostoÏevski, la force du témoignage d’une mère, la beauté de la lave d’un volcan en fusion, la splendeur de certaines images passant de la réalité aux formes géométriques abstraites et colorées valent à ce poème cinématographique notre admiration partagée.
5-Pour terminer, en dire davantage sur “The end of time” de Peter Mettler – Canada/Suisse
Le cinéma suisse de documentation se porte actuellement bien. “Sahdu”, d’un jeune valaisan, Gaël Métroz, tourné en complicité amicale profonde avec un ermite saisi de doute aux Indes et au Népal, fait brillante carrière publique. “Hiver nomade” de Manuel von Sturler reçoit au Festival de Film Francophone de Namur le pris du public, son opérateur Camille Cottagnoud est récompensé par le “*Bayard d’Or de la Meilleure Photographie. Ces deux films ont été co-produits par la RTS.
“The end of Time” de Peter Mettler a fait grande impression lors de sa présentation au festival de Locarno. Thierry Béguin n’est pas le seul a avoir apprécié ce film d’un suisse qui travaille entre le Canada et son pays d’origine, avec un film qui a reçu l’appui de la DRS. Voici quatre images du film ( Look Now !) sur les écrans romands depuis le 17 octobre. Un texte paru dans L’EVENEMENT SYNDICAL (10.10.2012), en fait un emprunt personnel, permet d’en dire davantage sur cet excellent film.
Des nuages aux formes qui se déforment; un parachutiste qui s’élance dans le vide de trente kilométres de haut; des nuages encore, qui incitent le cinéaste à se demander ce qu’est le temps. Chacun peut énoncer des phrases avec le mot “temps”. Il prendra rapidement conscience qu’une définition unique et rigoureuse est impossible à formuler. Avec le cinéaste, il y aura une première plongée dans le commencement du temps lors d’une visite au CERN. Un immense accélérateur de particules permet de provoquer dans l’infiniment petit de l’espace et du temps des collisions entre particules élémentaires supposées par des théoriciens, le boson, de Higgs, dont l’existence est désormais confirmée. A la TSR, Darius Rochebin, sourire en coin, avait donné trente secondes de temps à un scientifique pour expliquer le sens de cette révolution!
Nous voilà partis ensuite à la recherche du temps des géologues, près d’un volcan avec sa grise lave pétrifiée ou celle rouge en fusion et en mouvement avec blocs qui déboulent le long d’une pente brulant tout sur leur passage. Un solitaire dans sa maison épargnée médite sur la situation. En un autre temps, voici un immense parking à Détroit, dans un ancien cinéma. Des maisons abandonnées sont montrées de droite à gauche dans un lent mouvement de caméra accompagné d’une musique triste. Mais au retour, mouvement de gauche à droite, la vie réapparait au milieu de ces ruines industrielles dans la ville où Ford construisait des voitures que ses ouvriers pouvaient acheter. Nous voici près d’un d’un observatoire aux coupoles sphériques, après avoir assisté à une cérémomie bouddhiste. Le CERN réapparait, tandis que des formes issues du réel deviennent abstraites, telle la demi-sphère d’une coupole transformée en cercle. Mettler, esquissant des définitions possibles du temps, s’est mis à rêver. Il apporte la beauté, celle d’un arbre qui se reflète dans l’eau, celle d’un visage, celui de sa mère qui sait profiter de ce temps qui passe de plus en plus vite quand l’âge avance. La poèsie des formes, des couleurs, de la musique s’est glissée dans cette quête des temps. Le film est devenu poème. Pas forcément aisé d’y accéder !
Que de surprises, bonnes (Paju, Spécimen) ou mauvaises…
J’aime que la télévision me surprenne, plus par la forme que le sujet, que ce soit en bien – avec les séries pointues hélas généralement tardives – et un peu paradoxalement, aussi en « mal » – ces sports trop envahissants ( mais bon spectacle divertissant lors de la rencontre Porto-PSG au soir du 3 octobre 2012). Avec les « TTC », « A bon entendeur », « 36.9 », « Temps présent », « Mise au point », excellentes émissions coincées dans des formes ronronnantes, les surprises sont rares si l’on ne tient pas compte du fond.
Passe-moi les jumelles
Bonnes surprises, souvent, avec « Passe-moi les jumelles » qui n’est certes pas de première jeunesse mais offre à ses collaborateurs une belle liberté de ton. Quel plaisir, lors de l’émission du 28 septembre, placée sous le signes de « Saveurs et sabots » inscrits sur une ballade Dent-de-Vaulion-Vallée-de-Joux avec deux splendides sujets. Blaise Piguet réalise le portrait de German Herrero qui « Danse avec les chevaux » sans éperon. Manuela Maury conduit un reportage avec Philippe Ligron qui enseigne la cuisine plutôt que de diriger un restaurant. Et il y en eut bien d’autres, plaisantes, avant…Et aussi une fort bonne, plus récente, celle du 5 octobre
Document ou reportage ?
A la lecture du générique de fin, une petite surprise : Blaise Piguet est crédité d’une « réalisation » et Manuela Maury signe un « reportage ». Quelle différence ? Un reportage implique une immersion dans un sujet conduisant à une partie de pêche de tout ce qui se passe sans influencer l’événement. C’est au montage et parfois dans la hâte que nait le reportage. La réalisation d’un téléfilm qui tient alors de la documentation suppose que le tournage obéisse à quelques choix préalables, une amorce peut-être de mise en situation. Le montage n’est plus découverte, mais confirmation ( ou négation) de ce que l’on pressentait. Le reportage est sur une première marche, le document sur la deuxième. La troisième, un film, suppose la prise en compte de la responsabilité de la diffusion en salles sur grands écrans.
Fiançailles radio/tv ratées
Mauvaise surprise avec « C’est la jungle » du lundi soir : il s’agit probablement d’une allergie personnelle à l’humour chybaesque. Mauvaise surprise aussi avec « Pl3in le poste » : l’allergie vient, entre autres, de la voix qui tombe du ciel et fait rire au moins la présentatrice.
Allergies mises à part, on peut se demander si ces deux émissions ne procèdent pas en partie du même esprit, dans une certaine volonté de marier radio et télévision, qui vaut surtout pour « Pl3in le poste », le titre déjà faisant penser au poste… de radio. Tentative honorable. Reste à se demander si le ton libre, impertinent, provocateur et parfois un brin salace de « Couleurs 3 » supporte vraiment l’image. Pas sûr..
Il se pourrait aussi que les deux émissions aient l’ambition de satisfaire un public très fuyant, les jeunes, qui auraient ainsi un humour à leur portée et la musique moderne qu’ils aiment. Les cinéphiles et autres téléphiles, eux, continueront d’attendre une émission de réflexion autour de la fiction et de la documentation, que ce soit au cinéma et en télévision.

Photo-famille de « Borgen » en début de deuxième saison. Le premier épisode a pour thème l’armée danoise engagée en Afghanistan, le second la désignation d’un commissaire européen. Mais entre personnages, les liens se nouent et se dénouent…
Profitons de l’occasion pour signaler que « Borgen » en sa deuxième saison confirme les qualités de la première, que « Homeland » est vraiment une imposante série sur l’Amérique d’après septembre 2001. Et signalons aux téléspectateurs – il doit bien en exister un ou deux – qui s’intéressent à la fois à « Homeland » et à « Ainsi soient-ils » qu’ils n’ont plus à se demander que regarder le dimanche soir à 23h00 ils peuvent désormais suivre le père Fromenger sur ARTE, le jeudi soir, et en début de soirée ( dès le 11 octobre 2012)

Jean-Luc Bideau en grande forme pour faire vivre le bel esprit non-conformiste du Père Fromenger dans * »Ainsi soient-ils » à voir désormais le jeudi sur Arte puisque le dimanche soir TSR 1 oppose à cette série européenne « Homeland »
Un salut en passant à « Spécimen »
Mais, super bonne surprise, ce que la RTS offre de mieux, depuis déjà assez longtemps, se nomme « Spécimen » et passe le mercredi soir de temps en temps. Splendide – et « émouvant », « L’instinct maternel » du 12 septembre. Trop tard pour en dire plus ! Mais volonté d’être attentif prochainement.
« Homeland » : confirmation d’une réussite
Que la puissante RTS1, avec « Homeland », fasse concurrence à la modeste RTS2, avec « Ainsi soient-ils » durant environ une heure pleine mais trop tardive le dimanche soir tient du ridicule. Mais le ridicule ne tue pas.. les programmateurs. Deux séries de haut niveau s’affrontent sur des rythmes opposés avec deux importants sujets de société, la paranoïa américaine d’après septembre 2001d’une part, l’actuelle crise des vocations dans l’église catholique de l’autre.
D’une série israélienne à une américaine
L’auteur de la série israélienne, Gédéon Raff, collabore pour l’adaptation américaine avec ceux qui déjà signèrent « 24 heures chrono », Howard Gordon et Alex Gamba. Personne, en Europe, ne semble avoir été attiré par la série originale. Elle a fait »tilt » chez les américains de « Showtime ». L’attention aux séries est grande aux USA prompts à adapter le meilleur des autres, comme par exemple « Killing »
D’Irak aux USA
Le spectacle conduit d’emblée d’Irak aux USA en s’installant dans différents milieux, dans la famille de Nicholas Brody, « héros » de retour après huit ans de captivité. Carrie Mathison voit en lui un terroriste retourné par Al Qaida. Le rythme rappelle, en mieux, celui de « 24 heures »
De Jack Bauer à Carrie Mathison
Jack Bauer était le vengeur solitaire qui punissait tous les ennemis de l’Amérique, islamistes y compris, en ayant toujours raison, sans la moindre hésitation sur les moyens même illégaux. Les personnages de « Homeland », dans leurs contradictions, sont beaucoup plus complexes autant par ce qu’ils montrent que ce qu’ils dissimulent. Le doute généralisé a remplacé les certitudes. Carrie Mathison souffre d’une maladie qui devrait même lui valoir d’être repoussée de la CIA. Brody est-il ce terroriste qu’elle se donne mission de traquer? Les acteurs, par leurs gestes, leurs mouvements, leurs mots portent autant le spectacle que les événements.
De l’action à la psychologie
Amorçons une autre différence entre « 24 heures » et « Homeland ». Dans la première, tout pour l’action, presque rien pour la psychologie des comportements. Dans la deuxième, renversement complet : priorité est donnée aux informations par le dialogue et la mise en scène qui permettent de comprendre petit à petit le comportement des personnages et avec eux des institutions.
Du comportement de Carrie à sa maladie
Pourquoi diable Carrie se sent-elle investie d’une mission si importante, démontrer que Brody est un dangereux terroriste prêt à attenter à la sécurité des USA ? EN 2001, elle fut de celles qui auraient pu éviter les actions du 11 septembre mais qui en ayant passé à côté ! On ne sait du reste pas comment, du moins dans les premiers épisodes. Et on ne revient pas sur ce lointain comportement signalé par une seule phrase dans une courte séquence. A se demander si la maladie dont souffre Carrie, qui s’apparente à la schizophrénie, n’est pas en cause. Là aussi, au cours des deux premiers épisodes, il est question de la médication qu’elle emploie en « piquant » des pilules à son père qui souffre de la même maladie qu’elle. Mais sa maladie ne doit par être connue de la CIA dont elle dépend. On ne revient pas si cette question médicale, du moins dans les épisodes 3 et 4.
« 24 heures » n’était qu’action vengeresse après septembre 2011 alors que « Homeland » est recherche pour comprendre ses conséquences.
« Ainsi soient-ils » : promesses tenues
En guise d’introduction : Ainsi soient-ils à l’audimate ?
21.900 personnes le 16 septembre pour les deux premiers numéros d’ « Ainsi soient-ils », avec une part de marché de 4.6 % sur RTS 2 dès 22h00 : « Embêtant », écrit le « Guide TV cinéma » qui trouve l’heure de passage regrettable.
21.900, cela signifie-t-il que cet ensemble a vu les deux épisodes en entier ou seulement une partie ? En principe, il doit s’agir d’une information issue de la fréquentation sur téléviseur. Encore qu’avec l’importance accordée aux autres supports, l’ordinateur, le portable, peut-être sait-on maintenant mesurer leur impact et l’additionner à celui du l’étrange lucarne!
22 mille personnes, pendant 90 minutes un même soir, est-ce beaucoup ? Sur grand écran, pour atteindre une pareille audience, il faut plusieurs jours et il ne doit pas y avoir plus un film sur cinq qui dépasse les vingt mille en Suisse romande. Cette comparaison petit et grand écrans permet de dire : pas mal !
Mais le petit écran en général dépasse largement le grand. 22 mille, admettons que cela ne soit pas un bien important. Cette série d’esprit catholique de gauche, ni un polar, ni un médical, passe sur TSR 2 alors que les séries sont en général offertes sur TSR 1. De plus, en face d’elle, dès 22h40, il y avait sur RTS 1 le 16 septembre les derniers épisodes des « Tudors ». Les 23 et 30 septembre, ainsi que le 7 octobre, la concurrence est plus forte encore, avec le très attendu « Homeland ». Il ne reste plus qu’à féliciter le ou les responsables d’une telle programmation, qui ressemble à un attentat contre la qualité d’ « Ainsi soient-ils » destiné à lui offrir l’audience la plus médiocre possible. Embêtant ? Plus que cela : regrettable. Mieux : le choix d’un vocable plus « colérique » est laissé à l’imagination du lecteur….( Fyly – 23.09.2012 à 17:00)
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Le sériophile qui fréquente le haut de gamme attendu est fort mal traité par les programmateurs de la RTS : les dimanches 23 et 30 septembre, ainsi que le 7 octobre 2012, entre 22h40 et 23h50, il est possible de suivre sur RTS1 « Homeland » et sur RTS 2 « Ainsi soient-ils ». Passer d’une chaîne à l’autre pour deviner ce que sont deux excellentes séries est un non-sens! Solution personnelle choisie devant une provocation programmatique : donner la priorité à « Homeland » et m’en aller ensuite sur internet pour « Ainsi soient-ils » durant quelques jours seulement ou, mieux, attendre sa projection sur ARTE à partir du 11 octobre 2012 !
Souci et respect de l’esthétique
Plus l’écran est grand et meilleure est transmise au téléspectateur sensible la beauté d’une forme audiovisuelle rigoureusement soignée. Images et sons d’« Ainsi soient-ils » sont traités avec une haute exigence, qu’il s’agisse des cadres, de la lumière, des chants, de la musique. Le spectacle des rituels catholiques séduit aussi par la beauté de ses couleurs.
L’esthétique est une préoccupation de créatifs. Elle n’occupe guère les programmateurs : à chacun son métier ! Il y a sur l’écran souvent petit d’un ordinateur tout de même quelques beaux restes.
Deux grands acteurs
Les qualités de la série sont nombreuses. Arrêtons-nous à un aspect pas assez souvent souligné, l’interprétation. Le père Fromenger, Supérieur du séminaire des capucins, ancien prêtre ouvrier, appartient à la mouvance du catholicisme social de gauche. Monseigneur Roman, Président de la conférence des évêques de France, représente un catholicisme traditionnel respectueux de l’autorité pontificale. A Rome, il intrigue contre Fromenger et à Paris, ce dernier doit se plier devant son supérieur. Les deux hommes de Dieu se détestent cordialement, mais ils y mettent les formes d’une riche élégance verbale, mais agressive en demi-mots. Admirables, Jean-Luc Bideau et Michel Duchaussoy, dans la finesse d’un geste retenu, la simplicité d’un regard, la discrétion d’une suggestion, la subtilité d’une intonation. L’affrontement de ces deux grands acteurs est un régal. Bideau, assez inattendu dans un tel rôle, est tout simplement formidable.
Très bonne prestation aussi de Thierry Gimenez, en père Bosco qui a grande confiance en son mentor, Fromenger. Mais il ne va plus très bien savoir quel comportement adopter devant les imperfections de celui qu’il admire.
L’église entre tradition et modernisme
A travers ces trois personnages, voici une composante importante de la série, la vie de l’église catholique entre tradition et modernisme, orthodoxie et engagement social, alors même que la crise des vocations est grande, et les doutes des futurs prêtres plus forts que leurs certitudes.
Cinq milieux différents
Chacun, avec son cursus personnel, permet de côtoyer des milieux très différents, Emmanuel ( David Baïot), l’archéologue qui fuit se démons, Yann ( Julien Bouanich), l’idéaliste qui va connaître des désillusions, Guillaume ( Clément Manuel), chef de famille par substitution, José l’écorché vif qui sort de prison ( Samuel Jouy),et Raphaël ( Clément Roussier), en conflit avec sa riche famille et le pouvoir de l’argent.
Et le temps dont dispose tout créateur de série permet de s’intéresser avec soin et précision aux différents milieux dont sont issus les cinq séminaristes sur leur chemin difficile vers la prêtrise. C’est évidemment là une des forces des séries haut de gamme que de pouvoir faire vivre sur l’écran à travers plusieurs personnages des événements dans une ampleur proche de la saga. Huit fois cinquante minutes, c’est l’équivalent indéniable d’un roman de cinq cents pages….
Vers un grand succès pour « Homeland » ?
Une nouvelle série américaine, « Homeland », adaptation d’un « Hatufim » israélien de Gidéon Raff, que l’on retrouve à l’écriture avec les scénaristes de « 24 heures chrono », Howard Gordon et Alex Gansa, prend son élan tardif sur RTS1 le 23 septembre. Sera-t-elle le « grand succès » attendu ou espéré ? A en croire la presse qui prend au sérieux la télévision de création, dans le domaine des séries de fiction, la réponse est oui. Le service de presse de la RTS vient de publier un communiqué élogieux pour la série. Et le petit écran est peut-être en train de s’emparer de la notion qu’Hollywood nomme « Blockbuster » ?
Il se trouve souvent un collaborateur d’une chaîne à péage américaine, quelqu’un pour réagir devant une série originale comme “Hatufim”. Rapidement se prépare à une adaptation pour le marché des USA, en collaboration parfois avec le scénariste de l’original. Par contre, personne dans les pays francophones, n’a songé à acheter la série israélienne originale; surtout pas la RTS !

A son retour d’Irak où il fut retenu prisonnier pendant huit ans, le sergent Brody (Damien Lewis) est accueilli en héros (Photo RTS/Fox)
Parmi les raisons de croire à la force d’”homeland”, celle-ci : le véritable auteur d’une série est presque toujoursle groupe qui se charge de l’écriture, placé sous la direction d’un animateur ( le « showrunner »). Que les scénaristes à succès de « 24 heures chrono », une des plus efficaces séries jamais réalisées, signent « Homeland » est une promesse de réussite formelle, comme la bande de lancement vue sur un site le laisse croire. Mais pour l’esprit, ce sera autre chose, fort éloigné de celui de l’efficace justicier solitaire, brutal et patriote qu’était Jack Bauer.“Homeland”est donc une série américaine produite par la chaîne à péage “Showtime”, douze fois cinquante minutes, déjà saluée comme un regard nouveau et important sur l’après “9/11”, signée des auteurs de “24 heures chrono” qui semblent bien en prendre le contre-pied idéologique.
“Ainsi soient-ils” !
“Ainsi soient-ils” est une série initiée par Arte qui suit la vocation de cinq jeunes hommes qui se destinent à la prêtrise sous le ordres du père Fromenger ( Jean-Luc Bideau), en huit épisodes de cinquante minutes. Une deuxième saison a déjà été commandée, sans attendre de savoir si la première sera bien accueillie. “Homeland” et “Ainsi soient-ils” ont le mérite de ne pas appartenir aux genres qui connaîssent un peu partout les plus grands succès en premier rideau, le “polar” ou au “médical”.
Fidélités romandes
Fidèle à un principe inavoué, la RTS propose ses meilleures séries à des heures tardives. Enfin, “meilleures”, ce sont quelques observateurs qui l’écrivent, le répètent, ne sont plus seuls à le dire, mais qui n’ont pas les compétences des programmateurs et programmatrices de la télévision!
La RTS, surtout après la surdose tournant à l’overdose sportive redevenue surdose, est fière de proclamer que le téléspectateur romand donne large préférence aux programmes romands quand il a le choix, fidèle à l’écoute de nos commentateurs qui passent une partie du temps d’antenne à faire la promotion pour la prochaine émission sportive.
Tous les moyens sont bons pour rendre fidèle le spectateur romand. Par exemple, celui-ci qui fonctionne dans le domaine des séries : les présenter sur le RTS avant toute apparition sur une chaîne française, y compris ARTE en sa déclinaison francophone.

Le père Fromenger, son collègue, le père Bosco ( Thierry Jimanez)et les cinq séminaristes de « Ainsi soient-ils ». Mais qui est la dame ? (photo Arte)
Priorité maintenue
Un grand bravo, sincèrement sincère, à nos programmateurs en chef et à leurs adjointes. “Ainsi soient-ils” est programmé les dimanches 16, 23 et 30 septembre, ainsi que 7 octobre, dès 21h50 par duos alors qu’Arte démarre quatre jeudis de suite dès le 11 octobre, deux par deux aussi, mais, ce n’est par un moindre détail, à 20h50.
Pas de concurrence avec “Canal+”
“Homeland” passe actuellement sur la chaîne cryptée “Canal +”, par salves de trois ou deux épisodes, chaque semaine quatre fois, les jeudis dès 20h55 depuis le 13 septembre, les vendredis dès 08h25, les lundis en nocturne à 00h25 et les mardis dès 14h00. Heureux abonnés qui retrouvent une liberté précieuse, celle de choisir l’heure de son programme de diffusion sur le petit écran qui est tout de même plus grand en général que celui de l’ordinateur ou du portable. L’étrange lucarne reste supérieure aux autres écrans pour qui est sensible à la beauté des images ! Une chaîne commerciale privée n’est pas une concurrente “dangereuse” pour une généraliste de service public. “Homeland” apparaît par duos sur le RTS dès le 23 septembre un peu avant 23heures pour se terminer vers minuit et demi.
RTS1 contre RTS2 : hallucinant !!!
Ceci dit, adressons à “NOTRE” télévision des félicitations sincères, charnues, émues : en effet, dès le dimanche 23 septembre, à en croire les avant-programmes de couleur verte, ” Homeland” démarre sur RTS1 à 22h40 pour se terminer vers 00h30. “Ainsi soient-ils” sera à l’antenne sur RTS2 de 22h00 à presque 24 heures. Donc pendant une heure au moins, autour de 23h00, le téléspectateur romand ne peut suivre qu’une des séries. Hallucinant, ce manque de respect et pour les oeuvres et pour le téléspectateur!
















































