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Séries et film d’auteur mal programmés par la RTS

Les séries étrangères programmées trop tardivement par la RTS sont souvent les meilleures : un avis personnel, certes, mais largement partagé. Une fiction helvético-argentine fortement soutenue par la RTS et récompensée par la SSR-SRG pour son succès artistique présentée à minuit sur RTS 1 : de quoi s’étonner !

L'équipe gagnante de  "L'heure du secret",  Elena Hazanov et Alain Monney. Une série romande bien meilleure que "Port d'attache" Il y aura une deuxième saison.

L’équipe gagnante de « L’heure du secret », Elena Hazanov et Alain Monney. Il y aura une deuxième saison. Une série romande bien meilleure que « Port d’attache ».

Une œuvre audiovisuelle contemporaine, c’est aussi bien un film court ou long, de fiction, de documentation ou d’expérimentation qu’une série télévisée, de fiction et de documentation. Les séries sont à prendre désormais en considération comme n’importe quel film. C’est dans ce domaine que l’audiovisuel contemporain apporte les plus belles surprises.

La RTS met bien en valeur ses productions propres !

La conception générale, depuis des années, de la programmation de la RTS est bonne, puisque le temps de diffusion le plus suivi (entre 19 et  environ 23h00, le  premier rideau au sens large), fait place à la majorité des productions de l’entreprise. L’information, la documentation, les magazines, le divertissement sont ainsi bien mis en valeur. Une série romande ambitieuse mais décevante comme « Port d’attache » a été présentée en premier rideau. On peut certes regretter l’invasion de RTS 2 par les sports. Mais deux domaines sont actuellement malmenés,  les séries haut de gamme, qui sont toutes étrangères ainsi que le cinéma d’auteur, suisse y compris.

Deux séries de séries

L’information moderne du multimédia traite souvent de questions même importantes en quelques centaines de signes  dans « 20 minutes »  ou nonante secondes dans un téléjournal. Faisons de même à  la hache en employant insuffisant, suffisant et bon pour caractériser les séries de deux séries de séries inédites présentées entre le 23 février et le 1 mars 2013. Les semaines précédentes comme les suivantes lui ressemblent

En premier rideau, cela donne « esprits criminels », suffisant ; « Revenge », suffisant ; « NCIS », suffisant ; « Hawaï 5-0», insuffisant.

Glenn Close, en avocate cheffe d'entreprise dans "Damages"

Glenn Close, en avocate cheffe d’entreprise dans « Damages »

En deuxième rideau et en nocturne, on trouve « Mad men », 4ème saison, lundis dès 23h00 – bien ; « Damages », 3ème saison, jeudis dès 23h00 ( sur RTS 2). – bien ; « Hung », jeudis, dès 23h30, bien ; « The hour », 2ème saison, vendredis dés 23h00, bien. Et comme ces séries sont présentées en duos, cela se termine après 00h30. Le « suffisant » aux meilleures heures, le « bien » tardivement !

Le personnel des débuts de l'entreprise de publicité de "Mad men" dans les années soixante

Le personnel des débuts de l’entreprise de publicité de « Mad men » dans les années soixante

Le clan des défenseurs de séries gagne du terrain régulièrement. C’est ainsi que  Sandrine Cohen ( TV 8 du 23.02.2013) déroule Le tapis rouge pour les séries. Sur le petit écran de « notre » télévision, les meilleures séries « bénéficient »  donc d’une diffusion tardive : le feu rouge est mis, mais pour la programmation !

Le populaire de qualité

Pendant le règne de Nicolas Bideau sur le cinéma suisse à la section du cinéma de Berne, belle place  fut faite à la notion de « film populaire de qualité ». On arrive à mesurer le populaire, avec le nombre d’entrées dans les salles ou l’audimate pour le petit écran. Mais là le nombre de téléspectateurs est plus révélateur que le pourcentage – un cinquante pourcent de PDM en Suisse romande quand huit cents mille personnes regardent le petit écran, c’est quatre cent mille.  Quand il y a dix mille spectateurs encore éveillés à une heure du matin, cela donne cinq mille. Mais c’est chaque fois cinquante pourcent de pdm !

Comment définir la qualité ?

Le box-office comme l’audimate mesurent assurément la quantité. Bien plus délicate est la mesure de qualité, qui pourtant n’est pas seulement une affaire de goût personnel. On s’est rendu compte, en Suisse, comme du reste ailleurs, qu’il fallait trouver des indices de qualité. Tant le Confédération que la SSR disposent maintenant d’un instrument de mesure qui commence à être fiable. Il s’agit de porter à l’actif d’un film sa participation fondée sur des sélections à des manifestations, ce qui vaut aussi bien pour des césars, des oscars ou des quartz du cinéma suisse lors d’une  présence dans des festivals reconnus d’une certaine importance, y compris sur la piazza grande le soir à Locarno.

Kevin Mottet Klein, "L'enfant d'en haut", met en vente le fruit de ses rapines

Kevin Mottet Klein, « L’enfant d’en haut », met en vente le fruit de ses rapines

Succès artistique SSR-SRG

C’est ainsi que la SSR-SRG a décidé de consacrer dès 2013 cinq cent mille francs par année à cette notion de succès artistique en créant quatre catégories, fictions, documentaires, courts métrages et courts films d’animation, séries exclues.

C’est ainsi que quatre long-métrages viennent d’être retenus, « L’enfant d’en haut » d’Ursula Meier (cent cinq mille francs ), « Giocci d’estate » de Rolando Colla, « Abrir puertas y ventanas » de Milagros Mumenthaler, ( chacun septante mille) et « L’intervallo » de Leonardo Di Constanzo ( trente-cine millle). Les montants ainsi obtenus  sont loin d’être négligeables. Ils participent à la poursuite d’une carrière de production et de réalisation.

La SSR et Milagros Mumenthaler

La RTS a co-produit le film tourné en Argentine par Milagros Mumenthaler, qui a obtenu à Locarno le Léopard d’or en 2011. Cette récompense a permis à ce film helvético-argentin de participer à de nombreux  festivals, mais aussi d’être distribué dans plusieurs pays, la France en particulier.

La SSR-SRG, avec son nouveau critère ci-dessus décrit confirme le succès artistique du film en lui accordant aussi une agréable récompense en bon argent. On admettra donc que la carrière du film et les réactions à son égard permettent de le classer parmi ceux qui ont indéniablement des qualités. Peut-être même que le film est populaire.

Aux oubliettes à minuit !

Certes, de ce film, il n’existe pas de version doublée en français  seulement une sous-titrée. On comprend qu’il eut été autant difficile que délicat de le présenter dans « Box office » un lundi soir peu avant vingt-et-une heures.

Mais le proposer le 12 février 2013 sur RTS 1 à minuit, c’est  aberrant et finalement méprisant pour tous ceux qui  défendent ce film. La programmation du cinéma d’auteur montre une fois de plus sa toute-puissance dévastatrice contre le cinéma d’auteur dont la qualité a ici été largement reconnue par d’autres collaborateurs de l’entreprise. On pourrait citer d’autres exemples.

Les trois soeurs du film de Milagros Mumenthaler : rencontre à minuit sur la RTS !

Les trois soeurs du film de Milagros Mumenthaler : rencontre à minuit sur la RTS !

Quelques mots sur le film

Trois jeunes femmes se retrouvent dans une pavillon de banlieue,  tristes, seules, à la mort de leur grand’mère qui s’occupaient de ces orphelines. Comment «ouvrir portes et fenêtres», (vague traduction du titre espagnol) d’une maison sur une vie normale, sur le travail, sur une formation, sur l’amour, quand on est plus ou moins enfermées dans une cuisine, un salon avec téléviseur, un jardin avec hamac ? Un film d’une belle sensibilité qui ne se donne pas facilement.

 

Huit heures de Chine

Cinq heures de radio, trois heures de télévision : une « Histoire vivante » à deux médias, en télévision racontée par Jean-Michel Carré qui ne fait appel qu’à des interlocuteurs chinois. Remarquable !

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La Chine ? Elle s’éveille puis s’affirme et aujourd’hui domine. Cette Chine, lors des événements de 68 fit même croire à un ami politicien qu’elle allait envahir physiquement le reste du monde ! Elle vient seulement d’occuper durant cinq heures « La première » du lundi 11 au vendredi 15 février 2013 en début de soirée et durant trois autres RTS 1 le dimanche 17. Mais qui donc parmi les auditeurs et téléspectateurs aura consacré autant d’heures à ce pays, entraîné par la convergence réussie de nos deux médias ?

Jean-Michel Carré, maoiste libertaire en 1968

Jean-Michel Carré, qui était maoiste libertaire en 1968

Pour ma part, ce furent deux heures en direct pour  « Le Chine s’affirme » puis « La Chine domine » sur le petit écran et un recours à internet pour la première heure de télévision. « La Chine s’éveille » et une pour l’entretien en  radio avec le réalisateur de la mini-série Jean-Michel Carré (Emission du vendredi 15 ). Mais trois heures de télévision sur le même sujet, un dimanche soir, c’est tout de même une aberration programmatique!

La Chine s'affirme

La Chine s’affirme

Maoïste libertaire

Très  difficile, bien sûr, de résumer ces quatre seules heures. Intéressant, par contre, de s’arrêter aux regards portés sur la Chine. Le réalisateur joue franc jeu à la radio. En 1968, il avait vingt ans, reconnaît avoir été maoïste sans appartenir à un groupe sectaire ou stalinien : il était maoïste libertaire ! Voilà qui est clair.

 

ai Wei Wei,dissident

ai Wei Wei,dissident

N’interroger que des Chinois

Il a fait un autre choix tout aussi clair : n’interroger que des chinois, de tous milieux, un paysan, un ouvrier, un professeur de statistique, un historien des religions, un philosophe, un spécialiste des relations sino-africaines, un dissident, etc. L’un d’eux est devenu maoïste après l’accès de Mao au pouvoir. Les témoignages contradictoires, d’une réelle honnêteté intellectuelle, permettent une approche passionnante pour mieux connaître la Chine précieux et redoutable partenaire écBionomique. Une admiration jamais aveugle aura coexisté avec des réserves lucides.

 

La Chine triomphe, ici avec une masse spectaculaire

La Chine triomphe, ici avec une masse spectaculaire

 

Lire entre les images

Le téléspectateur dispose même de la liberté de lire entre les images commentées par le réalisateur. Par exemple, quel sens donner à la mode vestimentaire, ces anciens cols « maos » des images anciennes souvent encore en noir -blanc et les parfois éclatantes cravates sur des chemises portées aujourd’hui par les cadres en Chine comme dans le monde entier. Ou tout à coup, des détails dont on se demande quel sens ils peuvent bien prendre. Frappent à plusieurs reprises des plans du passé, aussi en noir-blanc, avec foule où les porteurs de lunettes sont en très grand nombre. Les plans équivalents de ces dernières années, dans des foules encore, ne montrent que de rares porteurs de lunettes. Hasard, ou signe d’un réel progrès dans de la médecine de la vue?

la Chine au travail

la Chine au travail

La politique de l’enfant unique

Entre les années 1970 et 1980, le fécondité chinois a chuté, mais pas assez selon le gouvernement. Ainsi Deng Xioping mit en place la politique de l’enfant unique, un par famille, pour améliorer le niveau de vie de l’ensemble de la population. Il semble même que cette politique aurait été considérée encore plus efficace quand cet enfant est de sexe masculin. Strictement appliquée, cette politique risquait pourtant de conduire à une démographie insuffisante. Dès le début des années 2000, la naissance d’un second enfant est devenue possible moyennant le versement d’une sorte de taxe, cinq mille yuans qui correspondent à plusieurs mois de salaire moyen. Cela est donc un privilège réservé en milieu urbain à la nouvelle classe moyenne aisée. Dans les campagnes, la notion d’enfant unique aurait eu bien du mal à être appliquée. L’un des invités de Jean-Michel Carré fait remarquer que si on passait brusquement en un enfant par famille à deux, l’explosion démographique conduirait à une situation difficile dans deux ou trois décennies. Aujourd’hui, il semble pourtant que le manque de femmes commence à se faire sentir. Trouvé, de manière somme toute assez attendue, dans « Charlie Hebdo » ( 2 janvier 2013) un texte solidement documenté de Patrick Chenet, intitulé « Les Chinois achètent tout, même les femmes ». Impossible de résister au plaisir de reprendre un dessin de Honrof qui résume (probablement assez bien) une situation nouvelle.

chine

 

Après « Vol spécial » : « Le monde est comme çà »

« Vol spécial » est  film soutenu  par la RTS qui dénonce les renvois de sans-papiers dans leur pays d’origine. Mais après, que se passe-t-il ? Il était important que le réalisateur, Fernand Melgar,  donne des nouvelles de certains d’entre-eux dans un indispensable suivi, « Le monde est comme çà ». Les illustrations et légendes des portraits dessinés sont tirées du site http://www.volspecial.ch/fr/

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Ils s’appellent Wandifa qui se trouve en Gambie, Geordry au Cameroun, Ragip au Kosovo, Dia au Sénégal, Jeton et Slavica restés en Suisse. Il y a aussi Serge, mais il était trop dangereux de se rendre en RDC à Kinshaha, Julius blessé reexpédié au Nigaria mais sans nouvelle de lui ou  Pitchou, presque miraculé resté en Suisse, peut-être à cause du film qui venait d’être tourné à Frambois.

Frambois

Frambois

Une voix qui dit « je », celle du cinéaste probablement, prend acte de ces trois absences. « Le monde est comme çà » évoque donc huit parmi la trentaine de détenus dont les noms sont inscrits à la fin de « Vol spécial ». La même voix, au début du film, a rappelé ce qu’était « Vol spécial », un film produit par Climage, soutenu par la Confédération, la RTS, la SSR, Arte, la Fondation romande, et d’autres, qui fut salué avec respect au Festival de Locarno en 2011.

Prêt pour un vol spécial !

Prêt pour un vol spécial

Une  polémique injuste

Paulo Branco, président du jury de Locarno, provoqua une polémique qui du reste aida le film à trouver et son public  et une large diffusion internationale. L’accusation de fascisme était profondément injuste. Selon Branco, il aurait fallu dire que tous ceux qui avaient à s’occuper des détenus de Frambois, ces sans papiers en attente d’expulsion, étaient des salauds. Melgar a aussi donné la parole aux gardiens, aux responsables du centre, à des policiers chargés de prendre en compte les expulsés, qui font parfois avec indifférence, mais aussi sympathie, leur métier. La dureté de certaines règles, en partie issues d’une volonté démocratique, permet de brutaliser des demandeurs d’asile qui refusent de partir de leur plein gré. Melgar n’était, par choix, ni pour ni contre les gardiens, mais il n’eut point besoin de proclamer qu’il comprenait et défendait les sans-papiers, qu’ils soient expulsés de force en un vol spécial ou presque miraculeusement autorisés à rester en Suisse.

Fernand Melgar, qui fut durement attaqué par Paulo Branca, président du jury de Locarno en 2011

Fernand Melgar, qui fut durement attaqué par Paulo Branca, président du jury de Locarno en 2011

Passer rapidement d’une chose à l’autre

Sur le grand écran des salles du pays, face au films suisses,  le public s’intéresse beaucoup plus à l’information documentée qu’à la fiction . Un document qui soulève un problème, provoque l’émotion, dénonce, étonne, révolte, pendant son passage sur le petit écran. Et puis après ? L’oubli s’installe, car la télévision passe à autre chose, dénonce un autre scandale, fait naître une nouvelle émotion.

L’importance du suivi

 Musicien souvent en tournée, il perd son permis de séjour après 15 ans en Suisse. De retour à Dakar sans argent, il vit dans la honte et le non-dit, avec la souffrance d’être séparé de ses quatre enfants


Musicien souvent en tournée, il perd son permis de séjour après 15 ans en Suisse. De retour à Dakar sans argent, il vit dans la honte et le non-dit, avec la souffrance d’être séparé de ses quatre enfants

Et pourtant, le « suivi » devrait  parfois s’imposer. Que sont-ils donc devenus, deux ans plus tard, les expulsés du « Vol spécial » ? La réponse existe, pour certains, en partie. Fernand Melgar a su suivre cinq de ceux qu’il rencontra à Frambois. Il donne aussi de  brèves nouvelles de trois autres dont un resté en Suisse. Et ceux qui sont totalement absents ? Si tout allait bien pour eux après leur expulsion,  cela se saurait. Car pour ceux qui ont été retrouvés, cela ne va pas bien. Geordry, rendu à la rue, a été battu de quatre cents coups de bâton sous la plante de pieds, à ne plus d’abord pouvoir marcher. Ragip et Dia sont séparés de leurs familles restées en Suisse, rejetés par leurs proches confinés dans leur incompréhension. Parfois restés en Suisse durant des années, ils pouvaient venir en aide à leurs proches. Et même pour Jeton et Slavica restés en Suisse, l’angoisse subsiste.

 Ragip a travaillé plus de vingt ans en Suisse avant d’être expulsé au Kosovo. Sa femme et ses enfants ont réussi à se cacher pour éviter de subir le même sort...


Ragip a travaillé plus de vingt ans en Suisse avant d’être expulsé au Kosovo. Sa femme et ses enfants ont réussi à se cacher pour éviter de subir le même sort…

Pour ne pas perdre la mémoire

« Vol spécial »  était déjà une manière de suivre le problème de l’accueil en Suisse après « La forteresse ». La suite de « Vol spécial », ce document de cinquante minutes, « Le monde est comme çà », au titre évoquant l’impuissance,  sera certainement montré sur le petit écran. Les moyens modernes permettent d’accélérer le processus important du « suivi », sous la forme d’un DVD à deux galets audiovisuels et un document d’une trentaine de page. Et un site existe, http://www.volspecial.ch/fr/, qui offre commentaires et compléments d’information.

 Après 16 mois à Frambois, le retour en Gambie est très difficile : les deux ou trois cents francs que Wandifa envoyait régulièrement permettait à une quinzaine de personnes de se nourrir, de payer l'école et les soins médicaux...


Après 16 mois à Frambois, le retour en Gambie est très difficile : les deux ou trois cents francs que Wandifa envoyait régulièrement permettait à une quinzaine de personnes de se nourrir, de payer l’école et les soins médicaux…

 

Molle cohésion nationale

Les trois principales chaînes linguistiques du pays, qui forment la branche télévision de la SSR-SRG, ne brillent pas par l’intérêt qu’elles se portent les unes aux autres. Dans un texte intitulé « Quand la SSR joue avec sa concession », Nicolas Dufour ( «Le temps»,  29.01.2013 ) constate que la cohésion nationale est plutôt molle, certains experts affirmant que «Moins de 1% des thèmes régionaux traités concernent une autre région». Gilles Marchand, directeur de la RTS, reconnaît qu’ «il est certainement possible d’accorder encore plus de place à la réalité des autres régions ». Encore que le « encore » apparaisse  habilement pour minimiser l’importance du problème ! Voici un exemple de ce qu’il ne faut pas faire, présenter  un film à  la sauvette ou le contre exemple d’une réussite, une série documentaire consacrée à des «Médecins assistants

A la sauvette : Synesthésie – Erik Bernasconi : ce qu’il ne faut pas faire !

« Synesthésie », d’Erik Bernasconi, produit par Ville Hermann, largement soutenu pour la TSI, qui plus est en version doublée en français, chose rare pour un des rares films tessinois, a été présenté au soir du mardi 22 janvier 2013 sur RTS1 à 24h00, case-horaire qui sert à accueillir bon nombre de films suisses suspectés de ne retenir que l’attention de rares cinéphiles.

Quatre chapitres sans chronologie

Un accident, un type cloué dans une chaise – prologue / Epilogue, juste avant l’accident de 2006.  Entre les eux quatre chapitres : le premier est  consacré à l’épouse Françoise que se rend à Genève pour assister au procès qui suit l’accident d’Alan. Le deuxième dresse le portait d’Igor qui rencontre Michela, qui accompagnait Alan lors de l’accident. Dans le troisième, Alan et Igor évoquent certains souvenirs dans une vallée isolée où Igor meurt d’un infarctus. Le dernier chapitre est consacré à Michela privée de son amant par l’accident.

Mélanie Winiger (Michela) devait-elle jouer le rôle de locomotive par sa notoriété ?

Mélanie Winiger (Michela) devait-elle jouer le rôle de locomotive par sa notoriété ?

Chaque partie fait place à deux personnages au moins.  Pas de chronologie. Parfois les  mêmes événements sont vus de manières différentes, occasion aussi de passer d’un genre de cinéma à l’autre, de manière un peu confuse. Il s’agit d’un jeu sur le temps, sur la mémoire, dans un contexte d’amitié et d’amour. Ce film ambitieux et attachant est tout de même artificiellement compliqué, mais retient l’attention pour sa structure. Le spectateur est curieux de savoir comment le réalisateur se débrouille avec les complications qu’il s’impose et s’en tire plus ou moins bien. Passer du Tessin à Lucerne en se rendant à Genève permet de parcourir presque naturellement d’intéressants paysages suisses.

Alessio Bini (Alan) et Leonardo Nigro (Igor)

Alessio Bini (Alan) et Leonardo Nigro (Igor)

Un tel film risquerait de ne pas retenir l’attention des foules qui en général suivent les propositions de « Box office » en premier rideau le lundi soir. Le présenter à minuit dans la plus parfaite discrétion est somme toute assez révélateur d’une forme de « cohésion » nationale qui fait semblant d’exister n’importe comment. Mais c’est au moins permettre au film de profiter du « passage » antenne.

La programmation de la fiction à la RTS, des films de cinéma produits, co-produits et achetés, comme celle des séries télévisées, n’est pas la meilleure qui puisse exister. Mais ceci est une autre question qui se pose aussi dans la perspective de la cohésion à travers les programmes repris d’une région à l’autre.

 Le contre-exemple paradoxal d’une réussite

Admettons que la règle soit, en effet, le manque de curiosité d’une région pour les démarches créatrices culturelles y compris informatives des deux autres. Un miracle serait donc en train de se produire si le produit audiovisuel de l’une est  porté intelligemment à la connaissance de l’autre, piqué dans ce «  1% » cité ci-dessus dont on doit d’ailleurs se demander s’il reflète vraiment la réalité

Les médecins assistants

Du vendredi 18 janvier 2013 au 15 février 2013, à une excellente heure d’écoute, une série documentaire venue de « Zürich », « Les médecins assistants » est adaptée pour le public romand. On y suit la formation de futurs praticiens attachés à certains services de l’Hôpital régional d’Interlaken. On y assiste au travail à l’intérieur de l’établissement, aux rapports entre personnels soignants, à certains dialogues avec des patients. Le service de garde nocturne peut se dérouler à l’extérieur lors d’une grande kermesse ou conduire à suivre un jeune médecin dans une intervention en haute montagne, un cinquante pourcent de son emploi se déroulant au service de la Rega. Avec beaucoup de discrétion, peut-être même trop, le problème de la mort a été abordé. On ne peut réussir à soigner tout le monde.

Les problèmes de l’adaptation

Les problèmes de l’adaptation

Bien sûr, passer d’une langue dans l’autre est essentiel. La version originale fait alterner commentaires, réponses à des questions, discussions entre soignants ou entre ceux-ci et patients. Il y a presque autant de voix différentes à entendre que de visages à découvrir. Il est donc nécessaire, traduction faite, de disposer de plusieurs voix différentes, associées à ces visages différents. Ce peut être un exercice de haut vol. Cette diversité, pour l’oreille, est indispensable. On ne peut pas imaginer n’entendre qu’une seule voix. Toutefois, on y perd une information, la langue originale et, puisque on se trouve en Suisse, la « musicalité » parfois un peu rauque des dialectes. Faire entendre les voix d’origine est – ou plutôt serait – une bonne chose qui associerait à un visage, un corps, la couleur de la diction . On pourrait très bien alors renoncer à traduire les « bonjours » et autres « comment allez-vous ». Il existe bien sûr un autre moyen de faire comprendre de temps en temps un texte, celle du sous-titrage.

De 2012 à 2013

Résumé en quatre stations visitées fin 2012 (le 31) et début 2013 ( le 1), selon la méthode du pitonnage, qui consiste à se promener d’une chaîne à l’autre, avec la liberté de s’arrêter si un déclic se produit. Cela va des « Contes d’Hoffmann » sur « Mezzo » à Yves Montand sur « France 2″ en  passant par le portrait d’une génération de chanteuses et chanteurs français, des années 45 à 65, amoureux du texte et de la simplicité sur « ARTE ».Rien que du bonheur de téléspectateur, malheureusement pas prêt à recevoir l’humour du corps de garde de « RTS1″ durant quelques minutes juste avant les douze coups !

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Sur « Mezzo »

Quel beau sens du devoir, que de se demander comment, pour accompagner des solitaires parfois involontaires, procède « la » télévision entre le 31 à 23h00 et le 1 à 02h00 ? On peut donc commencer ce pitonnage par la sécurité : que se passe-t-il, musicalement, sur INTERMEZZO, cette chaîne de France qui reprend des programme musicaux glanés un peu partout ? Par exemple « Les contes d’Hoffmann » de Jacques Offenbach dans une version du Metropolitan Opera House de New-York, sous la direction de James Levine dans une mise en scène de Bartlett Sher qui a raison, en effet de se référer à Fellini, du moins en partie, pour le côté diabolique. Accroché par la sensibilité des entretiens au service d’un brillant spectacle.

Anna Netrebko et Joseph Calleja

Anna Netrebko et Joseph Calleja

Sur « RTS1″

Devoir toujours : passage sur RTS 1, avec dame Marie-Thérèse que guère je ne porte dans mon cœur!  Il est question d’un certain Dreysinger, politicien partisan de la Délation. Correction faite : il suffit de remplacer les deux « D » par deux « F » : aïe ! Un cri, « Mais bon Dieu » remplacé aussi tôt par un « Nom d’une pipe » qui heureusement « se passe à genou » : re-aïe !! Un panneau avec le nom de la gare de  « Gland » apparaît porté par un homme nu :  Re-re-aïe!!! Il est temps de passer ailleurs. Madame vient de hurler de « un » à « douze.

Sur « ARTE »

Ce sera sur ARTE : Il est minuit deux, et en effet « Paris s’éveille » des cabarets modestes de Rive Gauche en Olympia sur Droite.  Jean Rochefort, Henri Gougaud compositeur et d’autres servent au présent de guides devant un fond noir parsemé de points ronds colorés. Et revoici les Aznavour, Barbara, Brassens, Brel, Ferret, Ferré, Gréco, Les Frères Jacques, et tant d’autres qui ont  poussé parfois trois chansons sur de petites scènes confidentielles pour dix francs et parfois pour rien.

Les frères Jacques

Les frères Jacques

Un lien presque entre tous : la simplicité, du costume, de l’attitude, du décor. Il n’était alors que le sens des mots qui voulaient dire l’émotion, la douceur, la colère, le rejet de l’injustice, l’amour, l’amitié, dans ce temps où la musique était au service du texte. Puis vinrent saluer les « copains », les mignonnes jeunes filles pour lesquels Gainsbourg écrivit de si jolies paroles.  Le texte disparut pour quelques années, effacé par le commerce bruyant et le spectacle des claudettes. Il fallut attendre les années nonante pour que ces poètes refassent surface. Et qu’ils y restent.

Sur « France 2″

Encore un moment d’heureux pitonnage, sur « France2 2″, le premier de l’an vers 22h00, un remarquable document, « Ivo Livi, dit Yves Montand » d’un remarquable documentariste, Patrick Rotman, commentaire dit d’une voix chaude et amicale par Denis Podalydés. Rotman résume en moins de deux heures un livre érit à deux, avec Hervé Hamon, « Tu vois, je n’ai pas oublié ».  C’est l’histoire, presque, d’un enfant du siècle, compagnon proche du communisme, par son père et son frère, mais n’ayant pas supporté d’apprendre ce que fut le stalinisme,  positions prises, peut-être plus dans certains films ( « Z », « La guerre est finie »,  que par les mots des chants, contre les dictatures de droite ( Grèce) comme de gauche (Tchécoslovaquie – affaire London). Il n’est pas évident d’oser avouer s’être trompé ! Il faut un réel courage pour le faire.

Montand, ce sont aussi des années consacrées aux mots mis en musique, qu’ils en appellent à la justice ou honorent les poètes ( « la très chère était – nue – Baudelaire), mais qui répondent en un dialogue souvent subtil aux témoignages ou aux informations du commentaire. Le grand acteur n’est certes pas oublié, mais il est plus facile de s’attarder sur une chanson que sur un film.

Un couple durant plus de trente ans, Simone Signoret et Yves Montand

Un couple durant plus de trente ans, Simone Signoret et Yves Montand

Il s’agissait là de la rediffusion d’un document présenté en novembre 2011, vingt ans après la mort de Montand. Ce fut pour moi une première porteuse de véritable bonheur Le générique de fin salue la participation de la RTS. Il faut donc signaler que le site de la RTS accorde une belle place à Yves Montand, avec d’anciennes archives de grand intérêt. ( Taper sur GOOGLE : « Yves Montand – archives rts » !!)

Secret bancaire et Rousseau : hors routine

La rigidité des grilles de programmes dans l’audiovisuel est si grande que certaines dérogations surprennent. La RTS vient, dans la même semaine, de consacrer trois heures à Rousseau (RTS Deux, mercredi 12 décembre, de 22h00 à 01h00) et au secret bancaire (RTS Un, jeudi de 20h15 à 23 :59).

Il est intéressant de s’interroger sur les efforts de promotion engagés par les responsables des programmes pour mettre en valeur des soirées thématiques qui sortent donc de la routine. Parmi ces moyens, l’auto-promotion joue un rôle assez important. C’est ainsi que la présence exceptionnelle de «La puce à l’oreille», information culturelle du genre pudding, en premier rideau à 20h15 sur RTS Deux (le 13) aura été assurément mieux annoncée que le renvoi d’une excellente série de fiction médicale, «Nurse Jackie» à une heure du matin ( nuit du 12 au 13)!

Nurse Jackie ( Edie Falco, en bleu) entourée de l’équipe de l’impertinente série nocturne.

Nurse Jackie (Edie Falco, en bleu) entourée de l’équipe de l’impertinente série nocturne.

La soirée consacrée au secret bancaire, composée d’un « Temps présent », d’un débat sans pugilat conduit par Romaine Jean dans le décor somptueux du Bellevue à Berne et de la reprise de «Cleveland contre Wall-Street» de J.S.Bron, a bénéficié de plusieurs annonces aux heures de grande écoute. Par contre, les trois heures consacrées à Rousseau ont fait l’objet d’une grande discrétion.

Personne ne peut voir tout ce qui se passe sur les deux canaux de la RTS chaque jour. Mais force est de constater que la promotion du hors routine qui touche l’information ( secret bancaire) semble bien avoir été  nettement mieux faite sur le petit écran que celle qui concerne Rousseau avec ses approches cinématographiques et «Nurse Jackie». Ce n’est évidemment pas une surprise puisque c’est presque une règle générale!

C’est la faute à Rousseau

Pourtant, je m’en veux un peu d’avoir été inattentif, tout au long de l’année, aux nombreuses propositions autour de Rousseau et de ne me « réveiller » qu’en fin de saison. Sur internet, avec l’appui de Google, on rencontre de nombreuses informations en écrivant « C’est la faute à Rousseau ». Carte blanche a été donnée à une cinquantaine de cinéastes pour très librement actualiser la pensée de Rousseau. La série a été initié par le cinéaste Pierre Maillard et le Département cinéma/cinéma du réel de la HEAD de Genève, porté par Rita production. Dix de ces films ont fait l’objet d’une projection en nocturne entre minuit et une heure dans la nuit du 12 au 13 décembre.

Je n’ai ainsi pas raté ce qui était probablement une seconde diffusion, mais en me trouvant dans la position d’un spectateur qui ne sait rien d’autre que le titre de la série. A la fin de chaque document, un texte apparaît, dont les quelques minutes viennent d’être l’illustration. Ce choix signifie donc assez clairement que le spectateur pouvait se poser la question de l’origine du texte illustrant l’œuvre de Rousseau ou de la pensée sous-jacente. La série était plutôt destinée à un public de connaisseurs plutôt que de novices. C’était là un parti pris compréhensible. La « complicité » avec les films eut été différente si la citation avait été mise au début ou si le visiteur avait une connaissance préalable du l’esprit de la série.

Mais il n’en reste pas moins qu’une diffusion entre minuit et une heure du matin n’est guère favorable à une expérience audiovisuelle intéressante.

Hier, Henri Guillemin fut orateur de magnifiques séries autour de ses passions littéraires, dont Rouseau bien entendu. On peut le retrouver parmi les « archives » de la RTS. Aujourd’hui, il serait diffusé à 23h30 sur RTS Deux. Hier, il avait presque droit au premier rideau ! Pour autant que ma mémoire point ne me trahisse!!

Hier, Henri Guillemin fut orateur de magnifiques séries autour de ses passions littéraires, dont Rouseau bien entendu. On peut le retrouver parmi les « archives » de la RTS. Aujourd’hui, il serait diffusé à 23h30 sur RTS Deux. Hier, il avait presque droit au premier rideau ! Pour autant que ma mémoire point ne me trahisse!!

Joël Dicker en « Infrarouge », en « Puce » et en « Twin Peaks »

« La puce à l’oreille » ( rts – jeudis soirs vers 23h00) est une des rares émissions consacrées à une information sur la vie culturelle romande artistique. Elle a été confiée à une firme extérieure à la TSR, quoique proche d’elle, constat fait que personne à la télévision n’était apte à maîtriser cette information culturelle. Après des débuts hésitants, l’émission a trouvé son rythme d’itinérante en Suisse romande. Mais passer d’un établissement public à aux espaces d’une exposition ne prend que petite place dans ce qui doit aussi être un spectacle.

Le principe de « La puce à l’oreille »

Le principe même de l’émission, dont on ne sait pas si la présentatrice, Iris Jimenez, considérée comme « productrice éditoriale », porte seule l’entière responsabilité, n’est pas des plus heureux. En principe, il est demandé aux invités, souvent un trio,  souvent de créatifs, de s’en aller voir ailleurs ce qui se passe en Suisse romande. Chaque invité a quelque chose à dire de son art mais il doit aussi se plier à parler d’un autre qui n’est pas forcément  sa tasse de thé. D’où d’étranges moments où l’on ne sait d’un livre, d’un film ou d’une exposition que les réserves de qui est chargé d’en parler.

Un plateau intéressant

Intéressant plateau, le 29 novembre 2012, avec Rachel Kolly d’Alba, Suissesse flamboyante plus encore avec son violon que sa chevelure, Michel Ocelot l’exquis et génial père de Kirikou forcément sensible à la beauté de papiers découpés du Pays-d’en-Haut et Joël Dicker, auteur heureux de « La vérité sur l’affaire Harry Dicker », un récit beaucoup plus séduisant par sa construction que son écriture.

La couverture de « Lire »

La couverture de « Lire »

En savoir plus sur Joël Dicker

L’auteur genevois était déjà présent à « Infrarouge » (13 novembre consacré en priorité à un succès donné comme vaguement « coquin » « Fifty Shades of Greys ». Il n’y fut qu’une sorte d’alibi dans son nouveau rôle d’auteur à succès.

En prenant son envol pour s’inscrire dans l’actualité brûlante avec un succès donné comme mondial (tout le monde le dit ; admettons qu’en effet il se produise aussi au Japon ou en Russie), Esther Mamarbachi a pourtant misé sur le mauvais cheval parmi les courses automnales. Il semble bien qu’en Suisse romande et même en France les ventes, intéressantes mesures d’un succès, de  « Harry Quebert » soient supérieures à celle de « Fifty Shades ». La proximité voudrait qu’un phénomène littéraire régional et probablement même francophone soit aussi un fait de société.

La couverture du livre

La couverture du livre

« La Vérité sur l’Affaire Harry Québert »

Le succès de l’imposant roman de six cents pages de Dicker est en lui-même un fait de société. Il mériterait de provoquer une approche, qui n’eut pas lieu ni en « Infrarouge », ni en « Puce à l’oreille ». Faudra-t-il attendre « Mise au point » ou même « TTC » pour comprendre le succès d’« Harry  Quebert », puisqu’il n’y a plus depuis longtemps d’émission littéraire, mais pas seulement à la RTS.

Vers l’Amérique dite profonde !

Vers l’Amérique dite profonde !

Le lecteur peut en effet être séduit plus par la construction du roman de Dicker que par son style qu’il est difficile de porter aux nues. Mais on ne peut qu’admirer cette construction qui passe aisément de 1975 à 2008 et  met en scène deux écrivains à succès, le premier ayant formé le second qui continue de l’admirer. Cette aussi une plongée dans l’Amérique profonde de la cote Atlantique avec enquête de loin pas seulement policière sur la mort mystérieuse d’une jeune lycéenne d’une quinzaine d’années. Grand est aussi le soin apporté à la présence des personnages secondaires.

Une  grande saga littéraire !

La dame à la buche dans « Twin Peaks » pourrait aussi rencontrer «Harry Quebert»

La dame à la buche dans « Twin Peaks » pourrait aussi rencontrer «Harry Quebert»

Serait-on dans l’air du temps, qui, sur le petit écran, fait actuellement la part belle à l’équivalent en séries télévisées des grandes sagas littéraires, à permettre à certains d’affirmer que Dostoievski ou Tolstoï, et bien d’autres seraient aujourd’hui les responsables littéraires de séries comme « Les soprano », « Mad men », « Downton Abbey », « Borgen »? On y retrouve l’étalement du temps de la lecture non plus d’un trait mais savouré par doses régulières, invitant à une sorte de longue complicité avec les personnages et provoquant une intense curiosité à propos des événements.

Nola Kellergan et Laura Palmer

Laura Palmer, dans « Twin Peaks »

Et puis, on peut pousser plus loin encore le questionnement à propos du livre de Dicker, dont les ressemblances avec « Twin peaks » sont nombreuses, l’Amérique de la province, l’enquête enfin délivrée du pur esprit policier pour s’en aller chercher à percer les comportements dans le foisonnement des événements. Et puis, cette Nola Kellergan à la fois fragile, maltraitée et finalement perverse et amoureuse, dont on n’arrive pas à savoir qui est le coupable de sa mort à force de s’engager sur des fausses pistes aussi plausibles les unes que les autres, a bien des ressemblances avec Laura Palmer. Et cela même si Joël Dicker ignore l’existence du « Twin peaks » de David Lynch.

Le clinquant de l’actu contre la dignité de l’info

« Amour et cravache : pourquoi çà marche ? » : voilà un habile titre titillant pour un « Infrarouge » (RTS, 13.11.2012),  consacré à un roman porno doux destiné aux ménagères de moins de cinquante ans,  la cible préférée de TF 1 à laquelle trop souvent se met à ressembler la RTS.

Dans son édition du 18.11.2012, Télétop-Matin s’est en une page interrogé d’un “Infrarouge” : racoleur ? “. Bien sûr que non, répond Esther Mamarbachi, qui est probablement assez télévisuellement grande pour choisir ses sujets, à condition, bien sûr, que la part de marché reste bonne. La semaine suivante, la même publication offre cinq interventions, trois plutôt contre, un pour et un “ni-ni”. Voilà une “polémiquette” bien dans le ton d’ “Infrarouge”.

Incontournable, Mix&Remix, avec son humour décalé, pour illustrer « Infrarouge » !

Incontournable, Mix&Remix, avec son humour décalé, pour illustrer « Infrarouge » !

Une incursion dans le passé s’impose, en rappelant aux bons souvenirs de quelques-uns le très ancien “Table ouverte” dominical. Ce fut souvent une émission où l’on y parlait de ce dont beaucoup de gens ensuite parleraient. “Infrarouge” choisit comme sujets de parler de ceux dont tout le monde parle déjà. La différence est de taille. Elle permet de relever la différence entre une télévision de service public généraliste (“Table ouverte”) et une télévision généraliste de tendance commerciale versant tendance pugilat.

La présence de Joël Dicker

Son roman “La vérité sur l’affaire Harry Québert” qui récolte prix importants et surtout milliers d’acheteurs qui deviennent assurément lecteurs valut ainsi à Joël Dicker une invitation à manier la cravache, ce que point il ne fit se demandant un peu ce qu’il faisait dans cette coquine assemblée d’esprits rieurs. Enfin, sa présence était due à une vertu appréciée à “infrarouge”, la notoriété même naissante.

Il est pourtant intéressant de noter que le “Fifty shades of Grey” aura fait parler de son contenu seulement, personne parmi ceux vus, entendus ou lus n’ayant fait la moindre allusion à l’écriture, comme si le style pouvait intéressant les amateurs de pugilat. Le style d’écriture, qui tout de même compte dans l’art du roman, a parfois été mis en valeur ou contesté à propos du livre de Dicker. S’intéresser à la forme et pas seulement au fond est certes démarche de minoritaire !

Et pour une fois, “La puce à l’oreille” ( jeudi 29.11.2012) qui invite Dicker aura une belle occasion de compenser le manque de curiosité littéraire de la télévision, mais c’est  une entreprise de l’extérieur qui doit s’en charger puisque la RTS n’a pas su trouver parmi ses collaborateurs des personnes aptes à défendre sur le petit écran un éventail culturel mieux accueilli sur les ondes.

Jo!el Dicker

Joël Dicker

Le manifeste des 313

En avril 1971, elles furent 343 “salopes” à signer un manifeste rédigé par Simone de Beauvoir qui reconnuren avoir avorté, ce que la loi interdisait. Quatre ans plus tard, la ministre de la santé faisait adopter une loi dépénalisant l’avortement. Le manifeste des 343 avait été efficace.

Isabelle Demongeot, 46 ans, une des « 313″. Son violeur vient d’être condamné à sept ans de réclusion !

Isabelle Demongeot, 46 ans, une des « 313″. Son violeur vient d’être condamné à sept ans de réclusion !

Elles sont 313, en novembre 2012, à déclarer “avoir été violées”. Ce manifeste aura-il le même poids que l’ancien. Il s’inscrit dans un contexte délicat : en France, une femme est violée toutes les huit minutes. Dans le 80 pourcent des cas, la violée l’est par un proche. Et sur dix violeurs, un seul finit par être condamné par la justice. Impossible ici d’expliquer le contenu du dossier ouvert dans le NOUVEL OBSERVATEUR du 22 au 28 novembre, dont la lecture demande bien trente minutes. “Viol, elles se manifestent”, sur France 2 ( dimanche 25 novembre de 22h25 à 23h35) est la forme télévisée du ddossier du NO, lequel collabore au document audiovisuel de l’entreprise CAPA. Et déjà France 5 ( mardi 20 novembre 2012, de 20h40 à 21h30) avait abordé le même problème parfois avec les mêmes témoins, dans “Viol double peine”.

Clémentine Autain, qui pris d’importantes responsabilités dans l’appel des « 313″, dans le décor plutôt détérioré du document d’Andréa Rawlins-Gaston et Stéphane Carrel pour Capa

Clémentine Autain, qui pris d’importantes responsabilités dans l’appel des « 313″, dans le décor plutôt détérioré du document d’Andréa Rawlins-Gaston et Stéphane Carrel pour Capa

Des différents témoignages, d’une intense dignité, surgit l’évidence du silence des victimes qui se prolonge parfois durant de longues années. S’ils parviennent à aider les victimes à briser ce silence, à trouver autour d’elle une réelle écoute, alors ils auront atteint un but essentiel, permettre de se reconquérir dans un climat qui finit par les étouffer d’une culpabilité dont elles ne sont pas responsables.

Et alors qu’en France on aborde ce problème du viol dans une émission nommée “Infrarouge”,  “Infrarouge” suisse s’amuse avec la cravache !

Un coffret consacré à Freddy Buache

D’un livre, d’un coffret et d’un vagadondage

Pourquoi pas, de temps en temps, tenter de faire partager  le plaisir d’une découverte  ou d’une confirmation. Et me voilà avec la livrée d’un camelot qui tente d’attirer l’attention sur des publications passionnantes !

Bien long, ce texte ! Enfin, je préfère un « Temps présent »,, certains sujets un brin développés de « Mise au point » ou « TTC » à un nonante secondes du « 19 :30 ». Mais c’est là position de minoritaire.

Oh lecteur, sachez qu’il y a ci-dessous trois sujets :

On peut n’en lire qu’un sans perte magistrale ! Et même plus, glaner en chaque sujet un paragraphe plutôt qu’un autre.

La cinémathèque suisse de Lausanne et le RTS viennent de s’unir pour publier un coffret consacré à Freddy Buache, co-fondateur de la cinémathèque suisse et son premier directeur pendant de longues années. La cinémathèque suisse, actuellement dirigée par Frédéric Maire, est une des plus riches du monde. La Confédération est en train de diriger un grand chantier pour lui permettre de mieux conserver et faire vivre ses archives en tous genres. Saluons de propos assez libres cette parution. Le texte ci-dessous sera prochainement illustré ( Fyly – 12.11.2012).

Un livre d’images : « L’Expérience de la ville »

Un samedi matin de septembre 2012

Ce fut, pendant deux heures, au « National » à Neuchâtel, le fief des radicaux de longues années durant, un long dialogue plus qu’un entretien genre question-réponse, mais sans enregistrement ni prise de notes, avec Thierry Béguin, « l’invité » de la SRT-NE pour la page douze du MEDIATIC no 173. Evidemment, j’ai largement dépassé les limites de quatre mille signes et une photo.

Quand on s’entretient sur la télévision, sur le cinéma, on parle aussi images et de sons. Avec un premier plaisir qui permet de se surprendre avec son interlocuteur à aimer un même film, « The end of time » de Peter Mettler, cinéaste qui passa quelques mois de sa jeunesse à Neuchâtel, dont je venais de découvrir la version en DVD. Le film avait passé à Locarno l’été dernier où se rendit Thierry Béguin, désormais notable dans le cinéma suisse à travers sa présidence du Forum Romand. D’images ( belles ) et de sons (justes) il fut tout naturel de glisser vers un très bel ouvrage dont le président de l’Institut Neuchâtelois se mit à parler avec une grande chaleur. Il fut l’un des instigateurs de « La Chaux-de-Fonds L’EXPERIENCE DE LA VILLE », Editions Attinger, bilingue en mots (français et anglais) et triple regard.

Une très belle image de Mathieu Gafsou, d’une surréalisme presque pictural qui rappelle Paul Delvaux

Une très belle image de Mathieu Gafsou,
d’une surréalisme presque pictural qui rappelle Paul Delvaux

A lire aussi : le texte « Thierry Béguin : culture et audiovisuel « 

Pas de conformisme urbanistique et enneigé

Ni une, ni deux, et voilà un appel au camarade « Google ». Magnifiques, les quelques images trouvées, tellement inattendues d’une ville où l’on croiserait durant les très longs mois d’hiver une dame avec son cabas pour porter le pain le long des rues qui se coupent à angles droit, sauf que de temps en temps il y a une ouverture sur une maison construite par Le Corbusier et peut-être une statue de l’inventeur des Chevrolet.

Alors, ces trois photographes, Yann Amstutz, Matthieu, Milo Keller ont raconté chacun avec ses images leur expérience de la ville prolongée durant d’assez nombreux mois. Et puis, j’ai reçu de Thierry Béguin un “pot de vin” joyeusement accepté, un exemplaire de ce très beau livre.

MIlo Keller, le visage de Muriel et surtout son regard

MIlo Keller, le visage de Muriel et surtout son regard

Parler de chaque photographe ? Non, c’est partiellement fait. Trois images de chacun d’eux illustrent un texte qui relate en long, en large et en chapitre cette rencontre de septembre dernier.

Des regards de femmes

Une remarque pourtant. Presque brutalement, au milieu du livre, dix visages de femmes, non, dix regards étonnants. Dix femmes, certainement de la Chaux-de-Fonds, mais qui auraient pu être d’ailleurs. Il y eut, paraît-il de fortes discussions au sein de l’équipe responsable de la « commande » sur cette présence de regards de partout. Ces visages apparaissent pourtant comme une respiration dans un ensemble dense.

Et puis, autre respiration, il y a des textes qui relatent l’expérience de « l’expérience de la ville », un préambule de l’autre “moteur” de l’opération, Marcel Schiess, une approche d’un trio pour donner «  un point de vue extérieur » mais qui aborde la démarche des trois photographes, pour se termiuner par  un texte d’une grande austérité signé Sylvain Malfroy.

MIlo Keller, le regard de Monique et son visage

MIlo Keller, le regard de Monique et son visage

Des souvenirs d’enfance

Enfin, à signaler un dernier dérapage, volontaire, mais bien dans la ligne et du livre et de l’attention qui lui est portée ici. Un natif de la Chaux-de-Fonds raconte la ville de son enfance et de son adolescence, vagabonde en ancien gymnasien dont bon nombre de professeurs jouaient la gauche,  passe de son grand-père cotisant  socialiste à Blaise Cendras, admire Notre-Dame de Ronchamp de Jeanneret-Gris avant d’avouer sa détestation de l’œuvre de l’Eplattenier pour le crématoire glacial. Le boucle est bouclée : ce texte d’une autre forme d’expérience de cette ville est signé Thierry Béguin !

Un coffret consacré à Freddy Buache

Photos tirées du livret associé aux DVD, collections cinémathèque suisse

Et d’abord un détour

C’était, sauf erreur, en 1981. Pour des raisons  douloureuses et  personnelles, j’avais renoncé à me rendre aux journées de Soleure. Toutefois, soucieux de ne pas être trop largué, j’ai demandé à un ancien élève ce qui l’avait frappé durant cette édition, quelle y fut sa plus grande surprise. Réponse inattendue : un film expérimental nommé « Scissere » d’un certain Peter Mettler dont je découvris ensuite la présence à Neuchâtel. J’achetai alors une copie qui fut déposée auprès de ce qui alors se nommait  « Film pool ». Ce ne fut même pas un succès d’estime.

Freddy Buache avec avec Luis Bunuel à Cannes

Freddy Buache avec avec Luis Bunuel à Cannes

Il y a quelques jours, cet ancien élève m’a transmis un salut amical du même Mettler dont il venait de présenter à Lausanne à la cinémathèque « The end of time ». Cet ancien élève n’est autre que l’ancien directeur de Locarno depuis trois ans à la tête de la cinémathèque. Thierry Béguin lui a rendu un bref hommage au passeur qu’il est en mettant en complicité auditeur et spectateur dans une rubrique radiophonique consacrée au cinéma.

Les éditeurs du coffret et son contenu audiovisuel

La cinémathèque et la RTS sont donc éditeurs d’un fort intéressant coffret consacré au fondateur de la cinémathèque, Freddy Buache, grâce auquel cette institution dirigée par Frédéric Maire est une des cinq plus riches du monde. Là aussi, le boucle est bouclée. En presque, car je vais continuer mon gazouillis de souvenirs.

Freddy Buache avec Michel Simon

Freddy Buache avec Michel Simon

Dans ce coffret, il y a bien entendu des documents audiovisuels

  • Freddy Buache, passeur du 7ème art »( parties 1 – 2007, 53’  et 2012, 44’) des entretiens conduits et des documents organisés par Michel van Zele
  • Cinéma en tête, dans la série Personnalités suisses ( 1969 – 51’)

Journaliste aux commandes, Marie-Magdeleine Brumagne, passe du “  “vous”  très officiel au “tu” plus personnel provoquant quelques beaux moments de silences de Freddy.

Freddy Buache probablement à Locarno avec Lotter Eisner, qui était alors collaboratrice de la Cinémathéque française et Vinicio Beretta, qui fit du festival de Locarno des années 50/65 une manifestation généreuse pour les jeunes cinéastes.

Freddy Buache probablement à Locarno avec Lotter Eisner, qui était alors collaboratrice de la Cinémathéque française et Vinicio Beretta, qui fit du festival de Locarno des années 50/65 une manifestation généreuse pour les jeunes cinéastes.

Moment d’émotion personnelle que cette « rencontre » avec celle qui fut l’épouse et magnifique compagne de Buache, aujourd’hui décédée, qui souvent accompagna feu Micheline mon épouse dans sa lente agonie de l’été 1980

  • « Freddy Buache, le Cinéma » (Fabrice Aragno, 2012, 46’),

un intéressant montage un peu hâtif de Frédéric Aragno, avec nombreux extraits de films et des archives de la RTS.

Plaisir personnel du co-producteur de « Quatre d’entre elles » ( 1969), que d’y trouver une extrait d’ «Angèle » d’Yves Yersin, un des grands films du cinéma suisse des années soixante !

Donner aussi la parole aux mots !

Dans le coffret, il y a aussi un livret d’une soixantaine de pages, richement illustré, avec de multiples photos de Buache jeune et moins jeune, seul ou avec d’autres, chevaux courts devenant plus longs, moustachu toujours et même un temps barbu.

Freddy Buache

Freddy Buache avec sa barbe dont il ne reste maintenant que le moustache.

Signent des textes descriptifs et amicaux Serge Toubiana, directeur de la cinémathèque française, Michel van Zele, cinéaste, Michel Piccioli, acteur, Gilles jacob, président du festival de Cannes, Jean-Marie Straub, cinéaste.

Bien entendu, les co-éditeurs s’expriment eux aussi. Gilles Pache, directeur des programmes de la RTS, n’oublie pas son enfance et sa jeunesse de cinéphile embarqué dans un ciné-club et les débats organisés par Buache. Frédéric Maire, directeur de la cinémathèque, dit tout ce qu’il doit à Freddy.

Une promenade – Vagabonder avec Buache et retrouver Maire

Je connais Buache depuis 1950,  une camaraderie cinéphiliquement complice devenue solide amitié qui résiste à l’usure de temps transformant parfois le duo des deux Freddy en vieux grognons du Muppett show. J’ai bien envie de raconter quelques autres aspects de l’ami Buache qui sont restés dans l’ombre.

Aux débuts de la cinémathèque quand l’argent manquait presque totalement, des édiles lausannois, à la fin des années quarante, servaient à Buache des bons de repas destinés à des chômeurs, en guise de salaire. Buache en sourit encore. Il s’agissait alors presque de bénévolat ! Il était difficile faire autrement ! Il n’est pas question de polémique en le rappelant.

Pas seulement conserver des copies, aussi montrer des films

D’emblée, Buache l’a dit et répété : garder des copies de films ne devait pas consister à des déposer pour  “dormir” sur des rayons. Il fallait  les montrer, en particulier dans les cinés-clubs qui furent nombreux à se constituer souvent avec l’aide de Buache dans les années cinquante. Cela permit tout de même à la cinémathèque d’émettre quelques factures. Souvent, le  prix dépendit du public potentiel : nous avons négocié des montants légers lorsqu’il s’agissait de faire découvrir par un petit groupe le cinéma récent ou l’ancien, élevé si le film était destiné à un ciné-club regroupant des centaines de membres ou réservé à l’ensemble des gymnasiens d’une école. Il nous est même arrivé de faire d’excellentes affaires lors de cours de vacances de l’Université de Neuchâtel par exemple, aussitôt bénéfices aussitôt réinvestis dans des tirages en 16 mm de films de passage à la cinémathèque – à la limite de la légalité, mais cela a aussi permis de contribuer à enrichir des collections. De même que le producteur parfois fauché que je fus du temps de Milos-films sa aura tout de même pu laissser des copies à la cinémathèque  qui avait parfois assumé le paiement de la facture au laboratoire.

De l’armée et de la douane!

Vous connaissez le premier-lieutenant ( ou le capitaine ) Buache ? Mais oui!  Quelques-uns, Outre-Sarine, mais pas seulement, le prenaient pour un dangereux sous-marin au service de la gauche mondiale. Certains sont parvenus à le « priver » d’une fonction militaire. Buache n’eut de cesse de la réintégrer : il avait des amis vaudois haut placés ! Retour de Cannes en 1968, par l’Italie où les stations d’essence restaient ouvertes. Douane au Grand-St-Bernard au milieu de la nuit : un douanier reconnaît Buache et s’étonne qu’il passe cette nuit-là sans bobine de film !

Certains, un peu les mêmes(?), tentèrent de rapatrier à Zürich une cinémathèque qui devenait importante. Mais quelques-uns de ses anciens pourfendeurs sont même devenus de vrais amis. Il faudrait évoquer Buache reconstituant à Lausanne des CICI ( Congrés International du cinéma indépendant ou peut-être Congrès indépendant du cinéma international ) ressuscités des années trente, souligner son rôle important pour les premières décennies du festival de Locarno, pas seulement dans l’organisation des rétrospectives. Il y eut des années passées dans les commissions fédérales à Berne où la cinémathèque ne fut pas toujours en odeur de sainteté si son directeur était un expert écouté.

Mais il faut s’arrêter, cela ne tient plus que de loin à la promotion d’un coffret. Un dernier arrêt, pourtant,  pour justifier le titre : c’est Buache qui avait fortement insisté pour que feu Micheline et moi venions voir ce qui se passait à Locarno dès 1959. C’est votre serviteur qui a pris dans les bagages d’une délégation neuchâteloise, en 1979 sauf erreur, comme participant aux Rencontres Cinéma et Gioventu à Locarno, un certain Frédéric Maire. Frédéric a dirigé ensuite le festival de Locarno et se trouve à la tête de l’imposante cinémathèque qui n’existerait pas sans Buache.

Tout sur tout tout de suite partout

A propos de l’illustration : le choix a été fait de huit séries parmi celles citées dans ce texte. Elles sont classées de la meilleure à encore assez intéressante. Histoire de donner aussi une appréciation personnelle, afin que l’on sache ce que l’on entend par haut de gamme…Retour scolaire sur un maximum de 6 : excellent, c’est entre 5,5 et 6, fort bon entre 5 et 5,5, assez bien entre 4,5 et 5 et encore intéressant entre 4 et 4,5. On atteint donc au moins le suffisant !!

Excellent : « Homeland »

Excellent : « Homeland »

Chacun de son côté sur son écran personnel…

 Le « tout sur tout tout de suite » qui séduit l’audiovisuel,  la télévision en particulier, est en train de s’enrichir d’un « partout » avec le multiplication de l’offre sur différents canaux. Dans une intéressante  contribution parue dans « Le Matin-Dimanche » ( 30 septembre 2012), le directeur de la RTS, Gilles Marchand, admet que « l’hyperactivité ne provoque pas nécessairement l’hypercuriosité ».  (..)Nous avons connu les délices de la liberté en décalant à l’infini les consultations : « Quand je veux, où je veux ! ». Et voilà que nous nous retrouvons tous ensemble, en même temps, mais chacun de son côté, sur son écran personnel », pour suivre un « TJ » ou des jeux olympiques ! Progrès réjouissants ou inquiétante uniformisation ?

Ceci conduit à un manque de diversité dans la « consommation » des offres sur ce que de Gaulle nommait il y a cinquante ans l’étrange lucarne désormais multiples sur téléviseur, écran d’ordinateur, portable de lecture ou téléphone.

Excellent : « Borgen »

Excellent : « Borgen »

Tous ensemble pour la «même » émission

Voici un exemple  d’uniformisation inquiétante, à la RTS.

En milieu de premier rideau, aux alentours de 21h00, qu’offre RTS1 ?

Dimanche, deux « Experts » ; mercredi, deux « Desesperate Housewives » ; jeudi, deux « NCIS, enquêtes spéciales » ;  vendredi, «  Le mentaliste » deux fois et parfois le samedi non pas deux mais trois « Castle ». Onze fois cinquante minutes, onze fois une origine américaine,  neuf fois du polar avec meurtres et enquêtes, un cadavre enterré-déterré alourdissant « Desperate housewives »  en huitième saison sombrant dans le vaudeville .

Fort bon : « Ainsi soient-ils »

Fort bon : « Ainsi soient-ils »

Hécatombe à Wisteria Lane !

Et encore, à en croire « Télétop Matin ( no 42- du 14 au 20 octobre), il s’agit d’une « série tueuse ». En huit saisons, soit 180 épisodes de 42 minutes chacun : «  On assiste à sept naissances, tandis que soixante personnages plus ou moins importants ( dont un opossum, un hamster et un rat ) sont passés de vie à trépas. Les femmes meurent plus que les hommes ( trente-deux contre vingt-cinq ) et l’on comptabilise vingt-six morts provoquées, dix-huit accidents et treize morts naturelles ». Merci à Saskia Galitch pour ces savoureuses informations. Je n’aurai pas su les apporter, car j’ai pris de grandes distances avec cette  série depuis assez longtemps. Tout de même, au compte de morts, voilà qui dépasse « Dexter » !!

Fort bon : « *Dexter »

Fort bon : « *Dexter »

Mais mieux encore, donc pire…

Durant cette même semaine type sont proposées encore d’autres séries : dimanche, « Homeland » de 22h40 à 00h25, vendredi, « Borgen » en deuxième saison de 22h50 à 00h50. Enfin de second rideau, ce sont là les  deux meilleures séries proposées actuellement par la RTS. Durant les quatre semaines précédentes, il y avait un sucre en plus, « Ainsi soient-ils » offerts en même temps que « Homeland ». Gageons que l’on pourrait bien trouver à la RTS quelqu’un qui aime assez l’audimate pour affirmer que la qualité de ces deux séries est inférieure aux « Experts », « NCIS « , « Castle » et autres « Mentaliste ».

Assez bien : « Weeds »

Assez bien : « Weeds »

Les séries de minuit

Et ce n’est pas tout, car on occupe aussi le troisième rideau, parfois au-delà de 24 heures avec des séries  à tout le moins parfois intéressantes :

Lundi, « Weeds » de 00h25 à 00h55, mercredi « Lie to me » de 23h45 à 01h15. Jeudi « Californication » de 00h20 à 00h50, ou encore sur RTS 2 , « Vampire diaries » de 23h25 à 00h50, vendredi « Gold case » de 00h00 à 01h30, samedi l’efficace et rude « Sons of anarchy » de 23h35 à 00h50. Là. Il y a du bon et du moins bon qu’il n’est pas nécessaire de défendre !!

Bon nombre de chaînes publiques généralistes se plaignent discrètement que leur public fidèle soit d’un plus grand âge que la population dans son ensemble. Elles veulent offrir du miel pour attirer les jeunes. Mais ceux-ci sont-ils des noctambules insomniaques ?

Assez bien : « Californication »

Assez bien : « Californication »

Et pourquoi par duos ?

A l’origine de toute série, il y a un choix précis : offrir chaque jour ou chaque semaine UN épisode, afin de provoquer une fidélisation du public. Ainsi font en général les américains qui sont en avance sur tous les autres dans le domaine des séries haut-de-gamme. La RTS, sauf quand il s’agit de ses propres séries ou de quelques autres d’après-minuit, juge bon de les grouper deux par deux et parfois trois par trois. E ce sens, elle ne fait qu’imiter ce qui se passe en France voisine où tout le monde s’est une fois pour toutes alignéssur les chaînes commerciales, donc sur TF1 suivi par M6. On subit donc en Suisse romande l’esprit d’une programmation imposée par la télévision commerciale, notre télévision généraliste de service public y perdant son autonomie avec l’importation d’une telle programmation.

Encore intéressant : « Lie to me »

Encore intéressant : « Lie to me »

Nombre de places limitées en premier rideau

Il n’y a que quatorze heures chaque semaine entre 21h00 et 23h00. Mais il y aurait place pour dix séries si on abandonnait la présentation en duo. Il y a donc une solution au moins pour revaloriser la programmation assez lamentable des meilleures séries par la RTS,  surtout  les plus pointues, les plus riches, celles qui son capables de rivaliser avec le bon cinéma d’auteur.

La RTS donne excellente place à son information quotidienne ( les différentes versions des TJ), à ses émissions propres ( ses magazines de premier rideau ),  à la création dans la documentation issue de la seule télévision ou du cinéma. Aux sports bien entendu, le direct ayant souvent toute priorité

La programmation  des séries les meilleures est tout simplement lamentable. Faut que çà change et que la RTS trouve un passionné de séries pour en prendre la défense dans l’ambiance conformiste et molle qui règne dans ce secteur de programmation.

Encore intéressant : « Sons of anarchy »

Encore intéressant : « Sons of anarchy »

Et un PS pour « Dexter »

Pour de bien mauvaises raisons  de morale mal placée qui se perdent presque dans la nuit des temps et ont pris valeur définitive, la RTS seule au monde en tous cas francophone pour suivre l’avis d’un seul ancien responsable des programmes refuse de présenter une série certes éprouvante mais assez largement considérée comme d’excellente qualité. Il s’agit de « Dexter » ! Le moralisme soit encore en odeur de sainteté, quand dans le « Télétop » déjà cité, on peut liree : Qu’un médecin légiste (se) métamorphose en criminel la nuit ne corresponc pas aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre. C’est énorme : dommage que Christophe Pinol ne mentionne pas l’auteur de cette leçon de morale. Il serait facile de transposer ce texte aux dames des « Desperate housewives » et leurs dizaines de cadavres,  au Jack Bauer de « 24 heures chrono », aux suceurs de sang de « True blood » et ainsi suite.

Force est dès lors de recommander à ceux qui savent ce que vaut cette série de se brancher ces prochaines semaines sur TF 1, le mercredi de 23h15 à 00h55, bien entendu en duos, à une heure tardive pour une fois compréhensible, avec équivalent au  « logo rouge »

Et un second PS à propos d’ “Emmanuelle” !

350 millions de spectateurs dans le monde ont vu “Emmanuelle”, avec Sylvie Kristel, un porno doux et élégant du milieu des années septante, d’après un texte de je ne sais plus quel romancier, dans une mise en scène de je ne sais plus quel réalisateur. Le “19h30” du 18 octobre 2012 a voulu rendre un bref hommage à l’actrice qui vient de disparaître.

Quelle curieuse idée pourtant de faire appel à un témoin de 1975, très remonté contre le film qui fut en son temps un temps paraît-il interdit dans les cantons de Vaud et Genève ( on ne dit rien alors du Valais ) considéré comme répugnant. On apprit alors que l’on ne devrait jamais voir “Emmanuelle” passer sur le petit écran romand car “ un tel film ne correspond pas aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre”.

Depuis lors, sur le petit écran et les autres supports, on en a vu d’autres qui font d“Emmanuelle” une bluette esthétisante. Et puis, mieux vaut suggérer ou voir de temps en temps des gens qui font l’amour plutôt que d’assister à des meurtres sanguinolents comme dans nombre de séries pourtant actuellement présentées en premier rideau.

Heureusement, des moralisateurs, hier, veillèrent à la bonne santé  des téléspectateurs en leur évitant des choses comme “Emmanuelle”.

PS 1 : les lignes ci-dessus ont été rédigées au soir du 18 vers 20h15. Depuis lors, une lecture de la presse matinale remet en mémoire le nom de la romancière, Emmanuelle Arsan et celui du réalisateur, Just Jaeckin.

PS 2 : “Emmanuelle” a-t-il connu déjà un passage sur notre petit écran ? Aucun souvenir !  On pourrait le reprendre en lieu et place de “Dexter”

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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